Traité de la providence – Chapitre CXLVII, CXLVIII, CXLIX

CXLVII.- De ceux qui jettent plus parfaitement que les autres les filets dans la mer.

1. Ainsi tu vois à la lumière de ton intelligence avec quelle providence ma Vérité incarnée, pendant tout le temps qu’elle a conversé avec les hommes, accomplissait ses actes et ses mystères. Tu dois comprendre ce qu’il faut faire et ce que fait une âme qui est arrivée à la perfection. Mais remarque que les uns agissent plus parfaitement que les autres, selon qu’ils obéissent à mon Verbe avec un cœur plus ardent, avec une lumière plus parfaite, et avec une espérance qu’ils ne placent pas en eux, mais uniquement en leur Créateur.

2. Celui qui obéit aux préceptes et aux conseils mentalement et réellement, jette plus parfaitement ses filets que celui qui observe les préceptes réellement, et les conseils mentalement car celui qui n’observe pas les conseils mentalement ne peut observer les préceptes réellement, parce qu’il sont liés ensemble, comme je l’ai expliqué. Celui qui jette les filets parfaitement prend aussi parfaitement les âmes: les parfaits dont je t’ai parlé en prennent abondamment et avec une grande perfection.

3. Leurs moyens deviennent excellents, par cette bonne garde et cette vigilance que le libre arbitre établit à la porte de la volonté. Tous leurs sens rendent un accord doux et harmonieux, qui s’échappe de la cité de l’âme, dont toutes les portes sont à la fois ouvertes et fermées. La porte de la volonté est fermée à l’amour-propre, mais ouverte au désir de ma gloire et à l’amour du prochain. L’intelligence est fermée aux vanités, aux délices et aux misères du monde qui sont comme une nuit profonde pour celui qui les aime et en use contre l’ordre; mais elle est ouverte à la lumière qui brille dans ma Vérité incarnée. La mémoire est fermée à tout souvenir du monde ou d’elle-même, pour tout ce qui regarde la vie matérielle; mais elle se rappelle avec amour et reconnaissance les bienfaits dont je la comble tous les jours.

4. Alors cette âme chante un cantique délicieux, en s’accompagnant sur un instrument dont la prudence a si bien disposé les cordes, qu’elles rendent toutes une sainte harmonie pour la gloire et l’honneur de mon nom. Cette harmonie est produite par les grandes cordes, qui sont les puissances de l’âme, et par les petites, qui sont les sens extérieurs du corps. Elles sont toutes d’accord entre elles, ainsi que je te l’ai dit en te parlant des hommes méchants, dont tous les sens rendent un son de mort, parce qu’ils sont au pouvoir de l’ennemi, tandis que les parfaits rendent un son de vie, parce qu’ils ont pour alliées les vertus véritables, qui leur font faire des œuvres saintes.

5. Tout membre accomplit parfaitement la charge qui lui est confiée: l’œil sert à voir, l’oreille à entendre, l’odorat à sentir, le palais à goûter, la langue à s’exprimer, les mains à toucher, les pieds à marcher; et il en résulte comme un son mélodieux qui sert au prochain, à ma gloire et aux âmes pour lesquelles se font les bonnes œuvres. Tous les sens obéissent au moindre mouvement de l’âme, comme un instrument délicieux qui m’est agréable, et qui plaît aussi aux anges, et à tous ceux qui l’entendent dans la joie de leur cœur, parce que chacun profite du bien des autres.

6. Les parfaits plaisent au monde lui-même, qu’il le veuille ou ne le veuille pas, car les méchants ne peuvent s’empêcher d’entendre aussi la douceur de cette harmonie: beaucoup même en sont tellement captivés, qu’ils abandonnent la mort pour retourner à la vie. Tous mes saints ont pris des ailes par cette harmonie. Le premier qui l’ait fait entendre est mon Verbe bien-aimé, lorsqu’il a revêtu votre humanité, et que l’unissant à la divinité il a joué sur la Croix cette musique ineffable qui ravit le genre humain. Il a vaincu ainsi le démon, son adversaire, en lui ôtant le pouvoir qu’il avait eu si longtemps sur l’homme par sa faute.

7. Vous êtes tous les disciples de ce bon Maître, vous qui rendez des sens harmonieux. C’est avec sa douce méthode que les glorieux Apôtres ont conquis tant d’âmes eu semant par tout le monde cette parole qu’ils avaient apprise de mon Fils bien-aimé. C’est à la même harmonie que les martyrs, les confesseurs, les docteurs et les vierges doivent les mêmes conquêtes. La vierge Ursule fit entendre des accords si délicieux, qu’elle séduisit à elle seule onze mille vierges et une multitude d’autres âmes.

8. Ainsi font tous les saints d’une manière ou d’une autre. Qui agit en eux? Ma providence. C’est elle qui leur donne l’instrument, la science et les moyens de s’en servir. Tout ce que je fais, tout ce que je permets pendant leur vie est pour qu’ils perfectionnent leurs instruments, afin que les hommes en profitent et ne se privent pas de cette lumière qui leur est nécessaire, en l’obscurcissant par les ténèbres de l’amour-propre et du plaisir des sens.

CXLVIII.- Providence de Dieu envers ses créatures dans cette vie et dans l’autre.

1. Maintenant, ma fille bien-aimée, dilate ton cœur, et que ton intelligence contemple à la lumière de la foi avec quel amour ma providence a créé l’homme, et tout préparé pour qu’il puisse jouit de mon suprême et éternel bonheur. J’ai tout disposé pour l’âme et le corps, pour les imparfaits et pour les parfaits, pour les bons et pour les mauvais, temporellement et spirituellement, au ciel et sur la terre, dans la vie qui passe et dans celle qui ne finit jamais.

2. Dans cette vie, où vous êtes étrangers et voyageurs, je vous ai liés par les liens de la charité; car l’homme est forcément uni à son semblable. S’il veut s’en séparer en manquant de charité, il lui est uni cependant par la nécessité. Afin de vous unir par les œuvres en même temps que par l’amour, je n’ai pas donné à chacun ce qui est nécessaire à son existence, de sorte que celui qui par le péché perd l’amour du prochain ne peut s’en séparer à cause de ses besoins. Vous êtes ainsi tous liés ensemble par des actes de charité. L’ouvrier a nécessairement recours au laboureur, et le laboureur à l’ouvrier; l’un se sert de l’autre parce qu’il ne sait pas faire ce qu’il fait. De même le religieux a besoin du séculier, et le séculier du religieux; l’un ne peut agir sans l’autre: il en est ainsi du reste des hommes.

3. Ne pouvais-je pas donner à chacun tout ce qui lui est nécessaire? Si, assurément; mais j’ai voulu que chacun fût soumis à son semblable, afin que tous soient contraints de s’unir par un échange de bons services. J’ai montré la grandeur et la bonté de ma providence en eux, et ils préfèrent marcher dans les ténèbres de leur propre faiblesse.

4. Les membres de votre corps doivent vous faire rougir, car ils ont en eux l’union, qui vous manque. Quand la tête a besoin de la main, la main ne lui aide-t-elle pas sur-le-champ? Si le doigt, qui est si peu considérable dans le corps, vient à souffrir quelque chose, la tête lui refuse-t-elle son secours parce qu’elle est plus noble et plus considérable? Elle ne néglige au contraire aucun moyen de lui être utile par la vue, par l’ouïe ou par la parole. Tous les membres agissent ainsi entre eux.

5. Pourquoi l’homme orgueilleux ne fait-il pas de même lorsqu’il voit le pauvre, malade et manquant de tout? N’est-ce pas un de ses membres? Et cependant, loin de l’assister de ses biens, il ne lui fait même pas l’aumône d’une bonne parole; il n’a pour lui que des reproches, et il s’en détourne comme d’une chose qui lui donne des nausées. Il regorge de richesses, et il laisse son semblable mourir de faim, Il ne songe pas que sa cruauté déplorable est d’une odeur infecte en ma présence, et que le fond des enfers est destiné à sa corruption.

6. Ma providence secourt le pauvre d’une autre manière et c’est au poids de sa pauvreté que lui seront comptées d’abondantes richesses. Le riche au contraire sera durement repris par ma Vérité, ainsi qu’il est annoncé dans l’Évangile; et s’il ne se corrige, il entendra cette parole: J’ai eu faim, et vous ne m’avez pas donné à manger; j’ai eu soif, et vous ne m’avez pas donné à boire; j’étais nu, et vous ne m’avez pas vêtu; j’étais infirme et en prison, et vous ne m’avez pas visité. (S. Mt. XXV, 42).

7. Dans ce moment terrible, il lui sera inutile de dire: Je ne vous ai jamais vu, et si je vous avais vu, j’aurais tout fait pour vous bien volontiers. Ce misérable ne savait-il pas que mon Fils a déclaré dans l’Évangile que ce qui serait fait par amour pour Dieu au plus petit des hommes, il le tiendrait fait à lui-même? Ce sera donc justement qu’il partagera avec les démons un supplice éternel; car j’ai tout disposé sur la terre pour qu’il évite ce malheur.

8. Si tu contemples le ciel, tu verras avec quel ordre et quel amour ma providence a tout réglé parmi les anges et les bienheureux qui ont mérité havie éternelle par le sang de l’Agneau. Aucun ne jouit seul du bonheur que je lui ai donné, mais tous participent au bonheur de chacun, afin qu’unis par une charité parfaite, le plus grand jouisse du bonheur du plus petit, et le plus petit du bonheur du plus grand. Je dis le plus petit quant à la mesure de la béatitude, car le plus petit est aussi rassasié que le plus grand; tous à des degrés différents jouissent de la plénitude du bonheur.

9. Oh! combien la charité est forte au ciel, combien-elle unit tous les êtres en moi! Tous reconnaissent en moi la source de cette charité qu’ils ont reçue avec cette sainte crainte et ce respect que je leur ai inspirés; ils brûlent d’ardeur en moi, et comprennent toute la grandeur que je leur ai donnée.

10. C’est dans une joie ineffable que les anges communiquent avec les bienheureux, et les bienheureux avec les anges. Tous jouissent en commun de leur bonheur dans l’union de la charité la plus parfaite, et ils en ressentent une ivresse, une béatitude que l’esprit ne pourra jamais comprendre, car en moi il n’y a aucune cause de tristesse; au ciel tout est doux, l’amertume en est bannie, parce que pendant la vie et dans la mort même, ils m’ont goûté par l’amour dans la charité véritable du prochain. Qui a ordonné ces choses? C’est ma sagesse et les soins admirables de ma providence.

11. Si maintenant tu regardes le purgatoire, tu y trouveras aussi mon ineffable providence assistant les pauvres âmes qui, dans leur ignorance, Ont méconnu le prix du temps; car depuis qu’elles sont séparées du corps, elles ne peuvent plus acquérir de mérite. Ma providence permet que vous, qui êtes encore sur terre, vous puissiez les secourir par les aumônes, les jeûnes, les prières, par toutes les bonnes œuvres faites en état de grâce, et surtout par le Sacrifice que mes ministres offrent à l’Autel. Ma miséricorde veut bien que vous abrégiez ainsi le temps de leur pénitence. N’est-ce pas là une grande grâce de ma bonté?

12. Je t’ai dit tout ce j’ai fait dans l’âme pour son salut, afin que tu aimes avec passion ma providence, et que tu te révèles en elle des lumières de la foi et de la fermeté de l’espérance, que tu te dépouilles de toi-même, et qu’en toute occasion tu te confies en moi sans aucune crainte servile.

CXLIX.- Providence de Dieu envers ses serviteurs pauvres, même dans les choses temporelles.

1. Maintenant, ma fille bien-aimée, je veux te dire quelque chose des moyens que je prends à l’égard des serviteurs qui espèrent en moi, pour les assister dans leurs besoins extérieurs. Je veille sur eux avec plus ou moins de sollicitude, selon qu’ils se sont plus ou moins parfaitement dépouillés d’eux-mêmes. Ma providence cependant ne manque à aucun, mais elle protège surtout mes chers pauvres, c’est-à-dire ceux qui sont véritablement, par la volonté, pauvres d’esprit et d’intention. Car beaucoup sont pauvres contre leur volonté: ceux-là sont riches quant à la volonté, mais ils sont mendiants dans la réalité, parce qu’ils n’espèrent pas en moi et qu’ils portent contre leur gré cette pauvreté que je leur donne comme une médecine pour leur âme: la fortune eût été pour eux un mal et une cause de damnation.

2. Si mes serviteurs sont pauvres, ils ne sont pas mendiants. Le mendiant n’a pas souvent ce qui lui est nécessaire, et il souffre de grandes privations: le pauvre n’est pas dans l’abondance, mais il a le nécessaire. Je ne manque jamais à ceux qui espèrent en moi. Quelquefois, cependant, je les réduis à une certaine extrémité, afin qu’ils voient et qu’ils comprennent plus clairement que je puis et que je veux fournir à tous leurs besoins. C’est ce qui fait, qu’ils se confient davantage à ma providence, et qu’ils s’attachent avec plus d’amour à la vraie pauvreté, leur épouse.

3. Alors, par des effets merveilleux de ma bonté, le Saint Esprit, qui désire toujours les assister, pourvoit à leurs besoins extérieurs même, en inspirant aux riches la pensée de les secourir: et ainsi la vie de mes chers pauvres est alimentée par cette compassion que je donne pour eux aux serviteurs du monde.

4. Quelquefois, il est vrai, afin de fortifier leur vertu et d’éprouver leur foi et leur patience, je souffre qu’ils reçoivent des injures et des affronts. Mais celui-là même qui les insulte est forcé par ma clémence à leur donner l’aumône et à les secourir. C’est là ce que ma providence fait en général pour mes chers pauvres. D’autres fois, pour mes grands amis et mes plus fidèles serviteurs, ma providence agit sans l’intermédiaire des créatures, directement, comme tu eu as fait l’expérience.

5. Ne l’as-tu pas entendu raconter de ton Père, le bienheureux Dominique, mon glorieux serviteur? Dans les premiers temps de son Ordre, à l’heure du repas, les Frères n’avaient rien à manger; mais comme il espérait en moi, et qu’il était certain de ma providence, il dit aux Frères de s’asseoir, et quand ils eurent obéi à leur Père, je n’abandonnai pas ceux qui espéraient en moi: j’envoyai deux,anges avec des pains très blancs qui fournirent abondamment plusieurs repas. Ma providence agit ainsi sans l’intermédiaire de l’homme, et par le seul acte de ma bonté.

6. Quelquefois aussi ma providence multiplie pour eux des quantités qui étaient insuffisantes. C’est ce qui arriva pour ta compagne, la bienheureuse Agnès, qui me servit depuis son enfance jusqu’au dernier instant de sa vie avec une humilité si sincère et une si ferme espérance, qu’elle n’eut jamais la moindre inquiétude pour elle et pour sa famille. Cette chère petite pauvre n’avait pour toute fortune qu’une foi vive, lorsque la glorieuse Vierge Marie lui donna l’ordre de bâtir un beau monastère, dans un lieu souillé par des femmes de mauvaise vie. Elle n’eut aucune inquiétude et ne dit pas: Comment pourrais-je accomplir une œuvre si difficile? Elle mit en moi toute sa confiance, et bâtit avec ma providence le monastère de religieuses, où elle plaça dix huit jeunes vierges qui n’avaient d’autres choses que ce que je leur envoyais.

7. Une fois cependant je les laissai trois jours sans pain, et elles ne mangèrent que des herbes. Tu pourrais t’en étonner et me dire: Comment avez-vous permis une telle extrémité, puisque vous m’avez assuré que vous ne manquiez jamais à ceux qui espèrent en vous? Il semble que votre providence a fait défaut en cette circonstance, puisque en général l’homme ne peut vivre d’herbes seulement, surtout lorsqu’il n’est pas arrivé à une grande perfection. La bienheureuse Agnès était assez parfaite, mais nous pouvons croire que toutes ses filles ne l’étalent pas autant.

8. Je te répondrai que j’ai agi de la sorte pour leur faire aimer avec plus d’ardeur et de perfection ma providence. Les imparfaits trouvèrent dans le miracle qui sui vit un puissant moyen d’acquérir la sainte lumière de la foi. Je puis d’ailleurs, en pareille circonstance, faire en sorte que le corps profite plus d’un peu d’herbes, ou de n’importe qu’elle autre substance, que du pain qu’il recevait auparavant, et de tout autre aliment que l’homme prépare pour se nourrir, N’en as-tu pas fait toi-même l’expérience? Je puis aussi faire alors une multiplication miraculeuse.

9. Après ces trois jours de disette, ma fidèle Agnès éleva vers moi son cœur et m’adressa cette prière: Mon bien-aimé Seigneur, mon tendre Père, mon éternel Époux, ne m’avez-vous pas ordonné de retirer de leur famille ces vierges, et les avez-vous réunies dans votre maison pour les laisser mourir de faim? Bon Maître, pourvoyez donc à leurs besoins.

10. C’était moi qui lui faisais faire cette prière; je me plaisais à éprouver sa foi et à exaucer son humble demande. Pour satisfaire son cœur qui s’élevait vers moi, j’inspirai à quelqu’un la pensée de lui porter cinq petits pains et je le lui révélai. Quand celui qui venait approcha de la porte, Agnès dit à une de ses filles: Ma fille, allez au tour et apportez le pain que le Seigneur nous envoie dans sa bonté. Dès que les pains furent apportés On se mit à table, et pendant qu’elle faisait le partage, je mis dans ses mains une telle puissance, que les pains se multiplièrent si abondamment, que toutes furent rassasiées, et qu’il en resta assez sur la table pour fournir largement aux repas suivants.

11. C’est par des moyens semblables que ma providence assiste mes serviteurs et mes amis qui sont devenus non seulement pauvres volontaires, mais encore pauvres d’esprit et d’intention; car il leur servirait peu de faire comme les anciens philosophes, qui, par le désir qu’ils avaient d’acquérir une science profane, méprisaient les richesses et se faisaient volontairement pauvres, comprenant, par leur expérience ou par la lumière naturelle, que cet embarras extérieur des richesses du monde devait les empêcher d’atteindre la perfection de la science, à laquelle tendait leur intelligence comme à leur fin dernière. Mais parce que cette pauvreté volontaire n’avait pas pour motif la gloire et l’honneur de mon nom, ces philosophes ne purent avoir la vie de la grâce et la perfection; ils n’eurent en partage que la mort éternelle.

Traité de la providence – Chapitre CXLIV, CXLV, CXLVI

CXLIV.- Providence de Dieu envers les imparfaits pour les conduire à la perfection.

1. Sais-tu, ma fille bien-aimée, quelle conduite je tiens à l’égard des imparfaits pour les mener à la perfection et les faire avancer dans la vertu? Quelquefois je les éprouve par la confusion de leurs pensées ou par la stérilité de leur esprit. Il semble à l’âme que je l’ai abandonnée et qu’il n’y a plus en elle aucune affection; elle ne peut se reposer dans le monde, parce qu’elle ne lui appartient pas, et il lui paraît qu’elle m’est étrangère, parce qu’elle n’éprouve aucun bon sentiment; sa volonté seulement l’empêche de m’offenser. Et comme dans l’homme la volonté est la porte principale qui garde l’âme, je lui ai fait présent d’une liberté forte et indépendante. Je ne laisse jamais les démons et les autres ennemis de l’homme ouvrir et forcer cette porte, à moins que le libre-arbitre n’y consente; mais je leur permets souvent d’attaquer et de briser les autres portes de l’âme.

2. La cité de l’âme a plusieurs portes; elle en a trois principales: la première est la volonté, qui est inexpugnable et garde toutes les autres; la force, que je lui ai donnée, est le libre arbitre, qui peut ouvrir et fermer à qui lui plaît et quand il veut. Les autres portes sont la mémoire et l’entendement; si la volonté cède et ouvre, aussitôt entre l’ennemi, qui est l’amour-propre, avec les autres ennemis qui l’accompagnent. L’entendement reçoit les ténèbres qui combattent la véritable lumière; la mémoire retient la haine, qui naît du souvenir de l’injure et qui détruit la charité du prochain. Elle se rappelle les plaisirs et les jouissances de la vie du monde, aussi variés que les péchés opposés aux vertus.

3. Dès que ces trois portes omit cédé, toutes les petites portes des sens sont ouvertes; les sens extérieurs sont des instruments, des organes qui correspondent à l’âme. Ces portes prises correspondent à ces organes; et alors l’harmonie est détruite, le mal souille tous les rapports et tous les actes qui en viennent. L’œil dorme et propage la mort, parce qu’il considère une chose morte avec un regard coupable et dissolu; et ce regard entraîne là légèreté, la vanité du cœur et un extérieur déshonnête, qui lui cause la mort et la donné aux autres. Malheureux, tu profanes ce que je t’ai donné dans ma bonté; tu devais regarder le ciel et tout ce qui est beau dans mes créatures, pour me glorifier et admirer les mystères de ma providence; et, en n’y voyant que matière et corruption, tu n’arrives qu’à la mort.

4. L’oreille aussi se délecte de choses déshonnêtes et de propos sur le prochain, qu’elle juge sans examen comme sans justice, et je l’ai donnée à l’homme pour qu’il écoute ma parole et serve son semblable. Je lui ai donné la langue pour confesser ses fautes, annoncer ma vérité et travailler au salut des âmes; il en abuse pour blasphémer son Créateur et perdre son prochain, qu’il déchire par ses mensonges. Il blâme le bien et loue le mal qu’il voit faire; il rend de faux témoignages, il corrompt son âme et celle des autres par des paroles lascives. Ses lèvres profèrent des injures, qui blessent le cœur comme un glaive aigu, et qui provoquent la haine et la colère. Oh! combien la langue produit d’homicides, d’impuretés, de colères, de querelles, de haines, de maux de toute espèce!

5. L’odorat commet l’offense en abusant du plaisir qu’il trouve dans ses sensations; le goût, avec son avidité insatiable et ses appétits désordonnés, demande sans cessé des mets, et ne semble occupé qu’à remplir le corps; et cette âme malheureuse ne s’aperçoit pas que ces excès allument dans sa chair fragile une chaleur pernicieuse qui engendre presque toujours la corruption.

6. Les mains se perdent aussi en ravissant le bien d’autrui et en faisant des actes honteux et déshonnêtes, tandis qu’elles sont données à l’homme pour servir son semblable, surtout quand il est malade, et pour lui distribuer l’aumône dont il a besoin. Les pieds lui sont accordés seulement pour aller où l’appelle son utilité, celle du prochain et la gloire de mon nom; il s’en sert souvent pour aller à des rendez-vous coupables, pour courir aux conversations légères et défendues, qui corrompent son âme et celles des autres au gré de ses mauvais désirs.

7. Je te dis tout cela, ma fille bien-aimée, pour que tu redoubles tes pieux gémissements à la vue de cette noble cité de l’âme si cruellement désolée. Tu vois bien que toutes ces iniquités entrent par la porte principale de la volonté, que nul ennemi de l’homme ne peut ouvrir par la violence. Mais je permets que les portes soient attaquées et forcées par l’ennemi; quelquefois je permets que d’épais nuages tourmentent et obscurcissent l’entendement; quelquefois c’est la mémoire qui ne peut plus se souvenir de moi. D’autres fois il semble qu’il y a des révoltes dans les sens de votre corps, même en voyant, en touchant, en entendant et en sentant les choses saintes; quand vous vous en approchez, on dirait que tout apporte à vos sens un trouble honteux et corrupteur. Mais ces choses ne donnent pas la mort à l’homme; je l’en préserve, à moins qu’il n’ouvre follement la porte de sa volonté.

8. Je permets que les ennemis frappent au dehors, mais non pas qu’ils entrent malgré lui; ils ne le peuvent que si le libre arbitre devient leur complice. Pourquoi permettre que cette âme soit tourmentée par tant d’ennemis qui l’assiègent? Ce n’est pas pour qu’elle succombe et qu’elle perde les richesses de la grâce; c’est pour qu’elle comprenne ma providence, qu’elle espère en moi, et non pas en elle-même; c’est pour qu’elle se réveille de sa négligence, et que, pleine d’une sainte inquiétude, elle se réfugie vers moi qui suis son protecteur, son tendre père; vers moi qui veux la sauver en lui faisant reconnaître humblement qu’elle n’est rien par elle-même, et qu’elle reçoit son être et ses grâces de moi qui suis sa vie.

9. Dès que l’âme reconnaît cette vérité et se fie en ma providence, elle éprouve mon secours dans tous ses combats; car chaque jour je permets qu’elle soit tourmentée de la manière qui convient le plus à son salut, Il lui semble quelquefois qu’elle est en enfer, et bientôt, sans aucun effort de sa part, elle se trouve délivrée de toute angoisse, et elle savoure dans une paix profonde comme un avant-goût du ciel. Tout en elle est calme et bien ordonné; tout la porte à Dieu, et son cœur s’enflamme d’amour en contemplant les mystères de ma providence. Elle se sent délivrée des tempêtes de cette mer profonde, non par elle-même, puisqu’elle a vu tout-à-coup la lumière, mais par mon ineffable bonté, qui a pourvu à ses besoins au moment même où elle paraissait succomber.

10. Pourquoi, lorsqu’elle m’adressait des prières humbles et ferventes, ne l’ai-je pas exaucée, en dissipant ses ténèbres et en lui rendant la lumière? C’est parce qu’elle était encore imparfaite, et qu’il ne fallait pas qu’elle s’attribuât ce qui ne venait certainement pas d’elle. Ainsi, tu vois comment l’imparfait, en s’exerçant aux combats, marche vers la perfection, parce que ces combats lui l’ont éprouver ma providence, et voir par l’expérience ce qu’il croyait auparavant par la foi, Cette certitude qu’il acquiert lui inspire une charité plus parfaite, parce qu’il connaît davantage ma bonté dans ma providence, et qu’il abandonne l’imperfection de son amour.

11. J’use aussi d’une sainte fraude pour retirer l’homme de son imperfection: je lui donne quelquefois une affection spirituelle et particulière pour une créature, afin que par ce moyen il s’exerce dans la vertu et se corrige de ses défauts. Son cœur se dépouille de l’amour sensible qu’il portait aux autres créatures, à ses parents, à ses frères, à ses sœurs, et il ne les aime que dans le Seigneur, sans aucun mouvement charnel. Cette affection pure, que je lui ai donnée, détruit l’affection déréglée qu’il avait pour les autres créatures, et le fait sortir de son imperfection.

12. Mais, remarque-le bien, cet amour spirituel ne doit avoir d’autre résultat que d’éprouver si l’amour de l’âme pour moi et pour cette créature est parfait. C’est un moyen que je lui ai donné de le reconnaître. L’âme reconnaîtra que son amour est imparfait, si elle voit qu’elle s’aime elle-même et qu’elle n’aime pas uniquement ce qui lui vient de moi.

13. L’âme qui est encore imparfaite m’aime d’un amour imparfait, et, par conséquent, elle aime aussi d’un amour imparfait son prochain, parce que la charité parfaite envers le prochain ne peut avoir d’autre source que la charité parfaite envers moi; c’est avec la même mesure qu’on m’aime et qu’on aime le prochain.

14. Comment cette âme sera-t-elle éclairée par le moyen de la créature? De beaucoup de manières, comme je te l’ai déjà montré. Voici une autre manière que je vais t’expliquer. Quelquefois cette créature qui est l’objet de son affection particulière, la prive de sa présence, et lui retire la douceur de ses entretiens, où elle goûtait tant de consolations; ou bien il semble que cette personne aimée lui en préfère une autre: et alors la peine qu’elle en ressent la porte à se connaître elle-même. Si elle veut marcher avec prudence et dans la lumière, elle devra aimer cette créature d’un amour plus parfait, parce que la connaissance de soi-même et la haine de son sens propre combattent l’imperfection et font tendre à la vertu. Celui qui est plus parfait aime plus parfaitement toutes les créatures, en général et en particulier. Ma bonté a voulu que l’homme fût ainsi fortifié par la haine de lui-même et par l’amour des vertus pendant la vie de son pèlerinage.

15. L’âme, au milieu de cette épreuve, ne doit pas abandonner ses pieux exercices, et se laisser aller par ignorance à la tristesse du cœur et à un ennui qui bouleverse l’esprit; ce serait s’exposer û un grand danger et trouver la mort où j’ai placé la vie. Pour éviter ce malheur, l’âme se reconnaîtra humblement indigne de la consolation qu’elle désirait. Elle verra à la lumière de la foi que la vertu qui lui faisait surtout aimer cette créature n’est pas diminuée, et elle s’efforcera d’augmenter dans son cœur une sainte faim et un grand désir de souffrir toutes sortes de peines pour l’honneur et la gloire de mon nom.

16. Elle accomplira ainsi ma volonté, en acquérant le fruit de perfection que ma grâce a fait mûrir par ces combats et par l’intermédiaire de la créature. Tout ce qui lui arrivé est disposé pour la conduire à ma lumière. Tels sont les moyens que ma providence emploie à l’égard des imparfaits. Elle en a bien d’autres, car ses ressources sont infinies.

CXLV.- Providence de Dieu envers ceux qui ont la charité parfaite.

1. Tu sauras que ma providence veille aussi sur les parfaits, afin d’éprouver et d’augmenter en eux leur perfection; car, dans cette vie présente, personne n’est si parfait qu’il ne puisse l’être davantage. Voici un des moyens que j’emploie envers eux. Ma Vérité a dit dans l’Évangile: « Je suis la Vigne véritable, et mon Père est le vigneron »(S. Jean, XV, 1). Vous, vous êtes les rameaux. Celui qui reste en celui qui est la Vigne véritable, parce que c’est moi le Père qui l’ai engendré, celui-là porte beaucoup de fruit en suivant ses traces et sa doctrine; et afin que le fruit augmente tous les jours, je vous émonde par les tribulations, les injures, les moqueries, les humiliations, les contradictions de faits et de paroles, par la faim et la soif, selon qu’il plait à ma bonté, et dans la mesure qui convient à chacun.

2. La tribulation est le signe qui prouve que la charité est parfaite dans une âme qui sait souffrir avec une douce patience. Les tribulations et les injures que je permets exercent la patience de mes serviteurs. Le feu d’une tendre charité augmente dans leur âme par la compassion qu’ils ressentent pour ceux qui les insultent; car ils souffrent plus du tort que les autres se font et de l’offense qu’ils commettent envers moi, que de l’injure qu’ils reçoivent. C’est ainsi qu’agissent ceux qui sont arrivés à une grande perfection. Leur vertu se nourrit de tout ce que je permets comme de tout ce que je leur accorde; je leur donne une faim du salut des âmes qui les fait frapper jour et nuit à la porte de ma miséricorde, tellement qu’ils s’oublient eux-mêmes, comme je te l’ai dit en te parlant de l’état des parfaits.

3. Plus ils s’abandonnent ainsi, plus ils se retrouvent avec avantage en moi. Où me cherchent-ils? Dans la vérité, en suivant avec perfection la voie que leur a tracée mon Verbe incarné. Ils ont lu son Livre doux et glorieux; ils y ont vu qu’en voulant m’obéir, pour montrer combien il aimait mon honneur et combien il désirait le salut du genre humain, mon Fils a couru, au milieu des peines et des opprobres, à la table de la très sainte Croix, où il a pris la nourriture amère du genre humain, Il m’a montré, par les douleurs de son humanité, à quel point il chérissait ma gloire.

4. Ainsi font mes enfants bien-aimés qui sont parvenus à la perfection; ils montrent la vérité de leur amour en persévérant humblement dans les veilles et la prière; ils s’appliquent à imiter les salutaires exemples de mon Verbe incarné, en souffrant avec joie pour le salut du prochain. Ils n’ont pu trouver un meilleur moyen de me prouver qu’ils m’aiment, et, s’ils en avaient trouvé un autre, il eût toujours eu pour instrument la créature raisonnable; car je te l’ai dit, toute bonne œuvre s’accomplit par l’intermédiaire du prochain.

5. Nul bien ne peut se faire sans la charité de Dieu et du prochain; sans elle les bonnes actions mêmes ne sont pas méritoires, et on ne commet le mal qu’en manquant de cette charité. C’est par les créatures que l’âme montre sa perfection et l’amour qu’elle a pour moi, en travaillant chaque jour, avec ardeur et patience, au salut du prochain. J’éprouve mes serviteurs par la tribulation pendant cette vie, afin qu’ils portent des fruits plus abondants et plus délicieux devant moi, et je me réjouis des parfums de leur patience et de leur vertu.

6. Oh! combien ces fruits sont agréables et doux! quelle consolation et quel avantage en retire l’âme qui souffre sans m’offenser! Si on le savait, si on le comprenait, avec quelle joie et quelle ardeur on demanderait des épreuves à souffrir! C’est pour lui procurer ce trésor si peu connu que ma providence paternelle afflige l’âme par tant de tribulations qui empêchent sa patience de se rouiller et de rester oisive. Quand vient le temps de l’épreuve, elle est toujours prête, tandis que, si elle se repose, sa patience contracte souvent une rouille qui la ronge.

7. J’use aussi quelquefois avec les parfaits d’un utile et doux stratagème, afin de les conserver dans la vertu ils l’humilité: j’endors tellement leur sensibilité, qu’ils ne sentent aucun combat dans leur volonté et dans leurs sens, comme des personnes endormies; je ne dis pas comme des personnes mortes, parce que dans une âme parfaite la sensualité sommeille, mais n’est pas morte. Dès que la piété se ralentit et que le feu des saints désirs s’éteint, la sensualité s’y réveille avec violence et y soulève de plus grandes tempêtes. Que personne ne se rassure, quelque parfait qu’il soit: il faut toujours se maintenir dans une sainte crainte: car ceux qui se confient en eux-mêmes tombent misérablement.

8. Je dis que leurs sens paraissent dormir, parce qu’ayant à supporter beaucoup de peines et de travaux, ils ne semblent pas en souffrir; mais tout à coup, s’il leur arrive une chose légère qui n’est rien et dont ils riront ensuite, ils en ressentent une douleur profonde; l’âme en sera surprise et consternée. Ma divine providence le permet ainsi pour faire avancer l’âme dans la vertu par la voie de l’humilité. Car l’âme avertie se met en garde contre elle-même; elle se reproche avec une sainte haine cette sensibilité; elle la châtie avec une rigueur salutaire, et cette rigueur l’endort bientôt plus parfaitement.

9. Quelquefois je protège mes amis et mes plus fidèles serviteurs en leur laissant cet aiguillon que ressentait le glorieux apôtre Paul. Après avoir donné à ce vase d’élection la doctrine de ma Vérité dans l’abîme de l’éternelle Trinité, je lui laissai l’aiguillon de la chair. Certainement, je puis pour mes amis, comme je le pouvais pour Paul éteindre ces mouvements que je leur laisse; mais ma providence les leur conserve pour augmenter leur vertu, pour enrichir leur couronne et les conserver dans une véritable connaissance d’eux-mêmes. Ils y trouvent une humilité précieuse, et y puisent une tendresse plus grande pour le prochain. Ils deviennent plus doux, et compatissent avec plus de zèle aux tentations et aux souffrances des autres, parce qu’ils les éprouvent eux-mêmes. Leur charité s’augmente, et ils courent vers moi tout parfumés d’humilité, tout embrasés de mon amour. C’est par ces moyens et par bien d’autres que je les conduis à l’union parfaite.

10. Ils arrivent à une telle union et à une telle connaissance de ma bonté, que dès ici-bas ils goûtent les biens du ciel, et ne sentent plus les chaînes de leur corps. A mesure qu’ils me connaissent, ils m’aiment davantage, et celui qui aime beaucoup souffre nécessairement beaucoup, là où croit l’amour, augmente aussi la douleur. Mais quelle douleur peut tourmenter l’âme des parfaits? Ce ne sont pas les injures qu’on leur adresse, les souffrances de leur corps, les persécutions de leurs ennemis et les tribulations qu’ils peuvent rencontrer; ils ne souffrent et ne s’affligent que des offenses qui me sont faites parce qu’ils savent et voient clairement combien je suis digne d’être aimé et d’être servi.

11. Ils pleurent la perte de ces âmes qui marchent dans les ténèbres de la vie présente et qui sont plongées dans un si grand aveuglement. L’amour qui les unit à moi leur fait comprendre combien j’aime ma créature; et comme ils voient en elle mon image, ils se passionnent pour elle par amour pour moi. De là vient l’immense douleur qu’ils ressentent en la voyant s’éloigner de ma bonté cette peine est si grande, que toutes les autres peines qu’ils éprouvent ne semblent plus rien. Ils n’en tiennent aucun compte et ne paraissent pas les sentir.

12. Ma bonté assiste encore mes serviteurs par la connaissance que je leur donne de moi-même. Ils voient en moi, avec une grande amertume, les chagrins et les misères de la vie présente, la damnation des âmes en général et en particulier. J’augmente ainsi leur amour et leur peine, afin que, pressés par le feu des saints désirs, ils crient vers moi avec la ferme espérance et la sainte lumière de la foi pour obtenir le secours nécessaire à tant d’infortunés. Ma divine providence secourt le monde, parce que je me laisse faire violence par les doux et laborieux désirs de mes amis, et ils en profitent eux-mêmes, parce qu’ils arrivent ainsi à une connaissance plus profonde et à une union plus parfaite avec moi.

13. Tu vois donc que j’assiste les parfaits par un grand nombre de moyens et qu’ils peuvent pendant cette vie augmenter le degré de leur perfection et de leur mérite. C’est pour cela que je les purifie de toute affection propre et déréglée, dans l’ordre spirituel ou temporel. Je les éprouve chaque jour par un grand nombre de tribulations, afin qu’ils portent, en ma présence, des fruits plus abondants et plus parfaits. En voyant les offenses que je reçois, et combien d’âmes sont privées de ma grâce, ils ressentent une peine profonde, qui détruit en eux tout amour nuisible et leur fait supporter et mépriser tous les maux qu’ils rencontrent. Ils estiment autant les épreuves que les consolations, parce qu’ils ne recherchent jamais leur propre satisfaction et qu’ils ne m’aiment pas d’un amour mercenaire pour le bonheur qu’ils y goûtent, mais seulement pour l’honneur et la gloire de mon nom.

14. Ainsi, ma fille bien-aimée, tu peux voir clairement que les hommes, dans toutes les positions, de toute manière et en tout lieu, ressentent les bienfaits de ma tendre et paternelle sollicitude. Les hommes qui sont dans les ténèbres les méconnaissent, parce que la lumière n’est pas comprise par les ténèbres; mais ceux qui ont la lumière les comprennent plus ou moins, selon le degré de leur perfection. La lumière s’acquiert par la connaissance véritable que l’âme a d’elle-même, et de cette connaissance vient la sainte haine des ténèbres.

CXLVI.- Résumé de ce qui précède.- Explication des paroles de Jésus-Christ à saint Pierre: « Jetez vos filets à droite ». (Saint Jean, XXI, 6.)

1. Ma fille bien-aimée, ce que je t’ai dit de ma providence générale et particulière envers mes créatures, est à la réalité ce qu’est la vapeur d’une goutte d’eau comparée à l’immensité de l’Océan. Je t’ai aussi montré, en te parlant du sacrement Eucharistique, tous les moyens que je prends pour augmenter la sainte faim de l’âme. J’agis d’abord à l’intérieur en lui donnant la grâce par l’intermédiaire de l’Esprit Saint, qui assiste fidèlement l’homme coupable pour le ramener au bien, l’homme imparfait pour le conduire à la perfection, et l’homme parfait pour le rendre plus parfait encore; car pendant cette vie, vous pouvez vous perfectionner chaque jour. Les parfaits doivent devenir des médiateurs entre moi et les hommes tombés dans l’abîme du péché; car, je te l’ai déjà dit, c’est à la médiation de mes amis que j’accorderai miséricorde au monde, et c’est à cause de leurs souffrances que je réformerai l’Église.

2. On peut bien les appeler d’autres Jésus-Christs crucifiés, puisqu’ils en accomplissent l’œuvre. Mon Fils unique est venu comme médiateur pour guérir l’homme de sa misère et le réconcilier avec moi, en souffrant avec patience jusqu’à la mort ignominieuse de la Croix. Ainsi font ceux qui sont crucifiés par leurs saints désirs: ils deviennent des médiateurs par leurs humbles prières, leurs exhortations pressantes et leur vie sainte qui les rend des modèles pour tous. Ils brillent comme des pierres précieuses de vertu, en supportant avec une patience véritable les défauts des autres.

3. Ils ont des moyens de prendre les âmes et ils jettent le filet à droite et non à gauche, comme le dit la Vérité, dans l’Évangile, à Pierre et aux autres disciples après la Résurrection. La gauche est l’amour-propre qui est vaincu et mort en eux; la droite est l’amour divin pur et véritable avec lequel ils jettent le filet d’un saint désir, en moi, qui suis une mer tranquille. Si tu réunis la pêche qui précéda la Résurrection et celle qui la suivIt, tu verras qu’en tirant à eux les filets, c’est-à-dire se renfermant dans une humble connaissance d’eux-mêmes et de leur nullité, ils trouvent et prennent une telle abondance de poissons, c’est-à-dire d’âmes, qu’ils sont obligés d’appeler des compagnons pour tirer les filets, parce qu’ils ne peuvent y suffire. Pour saisir et jeter leurs filets, ils doivent s’entretenir dans une humilité sincère en appelant le prochain à cette pèche des âmes par le mouvement d’une charité véritable.

4. Tu dois le voir et l’éprouver en toi-même et dans mes autres amis la charge des âmes qu’ils prennent dans les filets d’un saint désir leur paraît si considérable, qu’ils appellent avec ardeur, afin de n’être pas seuls. Ils voudraient que tout le monde vînt les aider, parce que leur humilité les persuade de leur insuffisance. Ils réclament donc l’humilité et la charité du prochain pour les aider à tirer ces poissons, et ils en trouvent dans leurs filets une grande abondance, quoique beaucoup leur échappent par leurs fautes, et ne veulent pas rester dans cette salutaire captivité.

5. Les filets du saint désir pourraient assurément prendre tous les poissons, parce que l’âme affamée de non honneur ne se contente pas d’une petite part, mais voudrait tout avoir. Elle désire les bons, parce qu’ils lui aideraient à la pêche, en conservant et augmentant leur perfection; elle désire avec amour les imparfaits, pour qu’ils deviennent parfaits, et les mauvais pour qu’il deviennent bons. Elle désire les infidèles qui sont dans les ténèbres de l’erreur, pour qu’ils parviennent à la sainte lumière du baptême; elle désire tous les hommes, quels que soient leur âge et leur condition, parce qu’elle les voit en moi, créés par ma bonté et rachetés par le feu de l’amour et le sang précieux de Jésus-Christ mon Fils.

6. Elle les comprend tous dans son saint désir; mais beaucoup échappent à ses filets, en s’éloignant de la grâce ou en persévérant dans le péché mortel. Ils sont cependant toujours poursuivis par le désir et la prière continuelle de l’âme; car l’homme a beau par le péché s’éloigner de moi et de l’amour, du respect qu’il doit avoir pour mes serviteurs, l’ardeur de la charité et de la soif de salut des âmes ne se ralentit pas en eux, et il jettent toujours leurs filets à droite.
7. O ma fille bien-aimée! tu vois dans l’Évangile ce que fit Pierre, mon apôtre, lorsque ma Vérité lui ordonna de jeter les filets à la mer; il répondit: « Maître, nous avons travaillé toute la nuit et nous n’avons rien pris; mais sur votre parole je jetterai le filet. Il le fit, et il prit une si grande quantité de poissons, qu’il ne le pouvait tirer tout seul, et qu’il appela ses compagnons pour lui aider ». (S. Lc V. 5-7).

8. Si tu médites ce passage, tu verras une figure sous la réalité, et cette figure te conviendra; car tous les actes et les mystères accomplis par ma Vérité dans ce monde avec ou sans les disciples, étaient des figures pour instruire et sauver les âmes. Vous pouvez toujours y voir une règle et une doctrine en les étudiant à la lumière de la raison: les personnes ignorantes et grossières comme les intelligences supérieures pourront y puiser des exemples, et tous, pourvu qu’ils le veuillent, y trouveront leur salut et leur consolation.
9. Je t’ai dit que Pierre, sur l’ordre de Jésus-Christ, jeta les filets dans la mer: il fut donc obéissant. Il crut fermement qu’il prendrait du poisson, et il en prit en effet une grande quantité; mais ce ne fut pas pendant la nuit. Quelle est cette nuit? C’est la nuit obscure du péché mortel, où l’âme est privée de la lumière de la grâce. Pendant cette nuit on ne prend rien de bon, parce que le désir jette le filet, non pas dans une mer vive, mais dans, une mer morte, où il trouve le péché qui n’est que néant et les plus grandes fatigues ne sont d’aucune utilité.

10. Ceux qui travaillent ainsi sont les martyrs du démon, au lieu d’être ceux de Jésus crucifié. Mais lorsque brille le jour où l’âme s’éloigne du mal et revient à la grâce, alors apparaissent à l’esprit les préceptes salutaires que je lui ai donnés; et l’homme jette ses filets selon la parole de ma Vérité incarnée en m’aimant par dessus toutes choses et en aimant le prochain comme lui-même. Il obéit avec la lumière de la foi et avec une ferme espérance, en suivant la doctrine et les traces de mon doux Verbe et de ses disciples. Je t’ai dit ceux qu’il prend et ceux qu’il appelle.

Traité de la providence – Chapitre CXLI, CXLII, CXLIII

CXLI.- La Providence nous envoie la tribulation pour notre salut.- Malheur de ceux qui espèrent en eux-mêmes au lieu d’espérer en Dieu.

1. Vois comment ma providence a réparé la ruine de l’homme, J’ai laissé dans le monde les épines nombreuses de la tribulation, et l’homme y a rencontré la révolte en toutes choses. Je l’ai voulu ainsi pour votre bien, car il était très utile que l’homme ne mit pas son espérance dans la vie présente, pour qu’il courût avec ardeur vers moi, son bonheur véritable et sa fin dernière. Les peines et les contrariétés doivent détacher son cœur du inonde et l’élever vers moi. Et cependant l’homme, dans son ignorance, ne voit pas cette vérité. Il est si faible et si porté aux choses du monde, que, malgré les peines et les tribulations qu’il y rencontre, il ne voudrait jamais s’en séparer pour retourner dans la patrie qui lui est préparée.

2. Tu peux comprendre par cela, ma fille bien-aimée, et que ferait l’homme malheureux s’il trouvait dans le monde la jouissance, la satisfaction de ses désirs, et un repos sans orage. Aussi, par un acte miséricordieux de ma douce providence, je permets que le monde produise des peines et des épreuves en abondance; c’est le moyen d’éprouver sa vertu, et je trouve dans la violence qu’il se fait le motif de lui donner une récompense. Ma providence règle ainsi tout avec une souveraine sagesse.

3. J’ai donné beaucoup à l’homme, parce que je suis riche, et je puis lui donner bien davantage, parce que mes richesses sont infinies. Tout a été fait par moi, et sans moi rien ne pourrait être. Si quelqu’un veut voir et posséder la beauté, je suis la beauté suprême; si quelqu’un désire la bonté, je suis l’éternelle Bonté. Je suis la vraie Sagesse, la Douceur, la Tendresse, la Justice, la Miséricorde par excellence. Je suis un Dieu prodigue et non pas avare, j’accorde avec abondance à ceux qui me demandent, j’ouvre avec empressement à ceux qui frappent véritablement, et je réponds à, tous ceux qui m’appellent. Je ne suis pas ingrat, mais reconnaissant, et je récompense avec largesse ceux qui souffrent pour ma gloire. Je suis aimable surtout, et je conserve dans une grande joie l’âme qui s’est revêtue de ma volonté. Je suis cette providence certaine qui ne manque jamais à mes serviteurs qui espèrent en moi; je leur accorde tout ce qui est utile pour l’âme et pour le corps.

4. L’homme infidèle me voit nourrir le ver dans un bois aride, faire vivre les animaux sauvages, les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, régler le soleil, la rosée, les saisons, pour engraisser la terre qui doit porter des plantes et des fruits. Comment peut-il croire que je ne veille pas sur lui, que j’ai créé à mon image et ressemblance, lorsque j’ai tout fait pour ses besoins et son service? De quelque côté qu’il se tourne, spirituellement ou temporellement, il ne pourra trouver autre chose que l’abîme et le feu de mon éternelle charité, qui agit avec une vraie et parfaite sagesse.

5. Mais il ne voit pas, parce qu’il s’est privé de la lumière, et qu’il ne veut pas voir. Il se trouble et limite sa charité envers le prochain, parce qu’il s’inquiète avec avarice du lendemain. Ma Vérité le lui a défendu lorsqu’elle a dit: « Ne pensez pas au lendemain, à chaque jour suffit sa peine » (S. Mt. VI, 34). Cette parole condamne votre infidélité, en vous montrant ma providence et la rapidité du temps; elle vous dit de ne pas penser au lendemain: car pourquoi se tourmenter de ce qu’on n’est pas sûr d’avoir?

6. Il faut, avant tout, chercher le royaume de Dieu et sa justice, c’est-à-dire une vie bonne et sainte. Votre Père, qui est dans l’éternité, ne connaît-il pas les petites choses dont vous pouvez manquer? ne les ai-je pas faites pour vous, et n’ai-je pas dit à la terre de vous donner ses fruits? Le malheureux qui par sa défiance rétrécit le cœur et la main qu’il devait ouvrir à son prochain, n’a pas lu cette loi de ma Vérité, puisqu’il n’en Suit pas les traces; et c’est pour cela qu’il se rend insupportable à lui-même, Tout son mal vient de ce qu’il espère en lui, au lieu d’espérer en moi.

7. Il se fait juge de la volonté des hommes, sans songer que ce droit m’appartient. Il ne tient aucun compte de ma volonté, et ne trouve bien que ce qui est heureux et agréable selon le monde. Si ce bonheur lui manque, il lui semble ne rien éprouver, ne rien recevoir de ma providence et de ma bonté. Il croit être privé de tout bien, parce qu’il a placé tonte son affection dans les joies du monde et dans son propre plaisir. L’amour de lui-même l’aveugle au point qu’il ignore ce que sont les richesses intérieures et les fruits d’une véritable pénitence. Il aspire ainsi la mort, et goûte dès cette vie les arrhes de l’enfer.

8. Malgré cela, ma bonté ne cesse de veiller sur lui, car j’ai commandé à la terre de donner ses fruits au juste et au pécheur. Je leur accorde également la pluie et le soleil (S. Mt., V. 45). Souvent même le pécheur en jouira plus que le juste. Ma bonté agit ainsi pour donner en plus grande abondance les richesses invisibles à l’âme du juste, qui par amour pour moi s’est dépouillé de tous les biens temporels, en renonçant au monde, aux plaisirs et à sa propre volonté. Ceux-là enrichissent leur âme et dilatent leur cœur dans l’abîme de ma charité. Ils perdent tout soin d’eux-mêmes; ils ne se tourmentent plus des choses du monde; et renoncent à tout ce qui les regarde; alors je me charge de leur âme et de leur corps, et j’ai pour eux une providence particulière. L’Esprit Saint devient pour ainsi dire leur serviteur.

9. N’as-tu pas lu dans la vie des saints Pères l’histoire de ce grand solitaire qui avait renoncé à tout pour l’amour de moi? Lorsqu’il tomba malade, je lui envoyai un ange pour le servir et l’assister dans ses besoins rien ne manquait à son corps, et son âme trouvait une joie ineffable dans la conversation de l’envoyé céleste.
10. L’Esprit Saint, comme une mère tendre, nourrit ces hommes sur le sein de sa divine charité; il les rend libres et souverains en les délivrant des chaînes de l’amour-propre. Car, là où se trouve le feu de mon infinie charité, on ne trouve jamais l’eau de l’amour-propre, qui éteint sa douce flamme dans les âmes. Oui, l’Esprit Saint est un bon serviteur, que ma bonté leur a donné; il revêt l’âme, il l’enivre, l’inonde de douceur et la comble de richesses.

11. Celui qui a tout abandonné pour moi retrouve tout en moi. Je revêts avec magnificence sa nudité volontaire, et l’humilité qui le fait servir est la cause de sa puissance. Sa vertu l’élève au dessus du monde et des sens, parce qu’il a renoncé à voir par lui-même. Il jouit d’une lumière parfaite, parce qu’il n’espère pas en lui une ferme espérance, une foi vive l’attachent à moi, et il goûte ainsi la vie éternelle, sans ressentir dans son esprit aucune amertume, aucune douleur. Il juge tout en bien, parce qu’il trouve en tout ma volonté, et qu’il comprend à la lumière de la foi que je cherche en tout sa sanctification. Aussi rien n’altère sa patience.

12. Oh! que cette âme est heureuse, puisque dans un corps mortel elle goûte un bien éternel! Elle reçoit et voit tout avec respect. La main gauche ne lui pèse pas plus que la main droite; elle aime autant la tribulation que la consolation, la faim et la soif que la nourriture et le rafraîchissement, le froid que la chaleur, la nudité qu’un vêtement, la vie que la mort, la gloire que les affronts. En toutes choses elle est calme et inébranlable, parce qu’elle est affermie sur la pierre vivante, et qu’elle voit à la sainte lumière de la foi et avec une forte espérance que je fais tout par amour, dans l’unique but de votre salut:

13. C’est dans les grandes épreuves que je montre la grandeur de ma puissance. Je ne donne les fardeaux pesants qu’à ceux qui peuvent les porter, en les acceptant par amour pour moi. Le sang de mon Fils vous a prouvé que je ne veux pas la mort du pécheur, mais plutôt qu’il se convertisse et qu’il vive; n’est pour cela que je lui domine tout ce qu’il reçoit. Ceci est évident pour l’âme qui se dépouille d’elle-même, qui se réjouit de tout ça qu’elle voit en elle ou dans les autres. Comment craindrait-elle que ces petites choses lui manquent, lorsque dans les grandes et les difficiles, la foi lui montre toujours ma providence? Oh qu’elle est belle la lumière de la très sainte foi, avec laquelle on voit et on comprend ma vérité, la lumière qui vient par les bons soins du Saint Esprit, la, lumière surnaturelle que l’âme acquiert par ma grâce, en usant bien de la lumière naturelle que je lui ai d’abord donnée!

CXLII.- Providence de Dieu dans le sacrement de l’Eucharistie.

1. Ne sais-tu pas, ma fille bien-aimée, comment ma providence agit envers mes serviteurs et les âmes qui espèrent en moi? Elle agit de deux manières, pour l’âme et pour le corps; et ce que je fais pour le corps est utile à l’âme, afin que la lumière de la foi croisse et augmente en elle, afin qu’elle espère en moi et qu’elle connaisse clairement que je suis le seul qui ai l’être, le pouvoir, la volonté et l’intelligence, pour subvenir à ses besoins et à son salut.

2. C’est pour la vie de l’âme que j’ai institué les sacrements de la sainte Église, qui sont sa nourriture; car le pain est mi aliment grossier qui convient au corps; mais l’âme incorporelle vit de ma parole. Ma Vérité a dit dans l’Évangile: « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (S. Mt., IV, 4). C’est-à-dire, en suivant de cœur la doctrine de mon Verbe incarné pour vous. C’est par le Verbe et par la vertu du précieux Sang que les sacrements vous donnent la vie. Ces moyens spirituels sont pour l’âme, quoiqu’ils lui arrivent par l’intermédiaire du corps. Mais l’acte extérieur et corporel ne donne la vie de la grâce qu’autant que l’âme l’accepte par une disposition intérieure, par un saint et ardent désir, dont elle est seule capable. C’est pour cela que je t’ai dit que les sacrements étaient les biens spirituels de l’âme, parce qu’il faut son désir pour les recevoir, quoiqu’ils lui soient administrés par l’intermédiaire du corps.

3. Quelquefois, pour augmenter cette faim, ce désir de l’âme, je fais en sorte qu’elle souhaite ces biens sans pouvoir les obtenir. Cette privation augmente son ardeur, et, dans son indigence, elle se connaît mieux elle-même. Elle se trouve indigne de ces biens et alors je l’en rends digne en lui prodiguant les trésors de ma bonté dans mon Sacrement. Tu le sais bien toi-même par expérience; car par mon ordre la grâce du Saint Esprit, qui règle tout, porte le ministre de l’Autel à préparer cette nourriture, et le force intérieurement à en rassasier l’âme. Quelquefois je diffère jusqu’au dernier instant l’accomplissement de son désir, et je le satisfais à l’instant où elle doit perdre toute espérance.

4. Remarque que je pourrais accorder sur-le-champ ce que je fais tant attendre; mais j’agis de cette manière pour augmenter la lumière de la foi dans l’âme et l’habituer à ne jamais se lasser d’espérer en moi. Elle devient ainsi fidèle et prudente; elle ne regarde pas en arrière avec méfiance, et ne laisse pas éteindre l’ardeur de son désir. Souviens-toi que j’ai ainsi éprouvé une âme qui m’aime (Les exemples que Dieu cité sont des faits arrivés à sainte Catherine elle-même.).

5. Cette âme était venue à l’église avec un grand désir de la sainte Communion. Elle demanda humblement au ministre de l’Autel le corps de l’Homme-Dieu parfait; elle fut refusée: mais son cœur grandit au milieu de ses pieux gémissements, et le prêtre ressentit dans sa conscience un tel remords, que quand il voulut offrir le Calice, il fut forcé par le Saint Esprit de lui faire dire que, si elle voulait recevoir le corps de Jésus-Christ, il le lui donnerait avec empressement. Ma bonté voulut ainsi rassasier le désir de cette âme; l’étincelle d’amour et de foi qu’elle ressentit d’abord devint un tel incendie, qu’il lui semblait que la vie allait abandonner son corps. Je n’avais permis ce refus que pour affermir son espérance et détruire en elle tout amour-propre. Je me suis servi de la créature dans cette occasion; mais dans beaucoup d’autres le Saint Esprit veut bien agir sans intermédiaire. Je t’en donnerai deux exemples qui doivent fortifier ta foi et te faire admirer ma providence.

6. Tu sais que le jour de la conversion de mon apôtre Paul, il y avait dans une église une âme qui était dévorée du désir de recevoir la sainte Communion. Presque tous les prêtres qui devaient célébrer la messe lui dirent qu’elle ne pourrait pas communier. Je permis ces refus pour lui montrer que si les hommes lai faisaient défaut, elle ne serait pas abandonnée par le Créateur. J’attendis la dernière messe, et j’employai ce doux stratagème pour la mieux enivrer de ma providence. Voici comment je la trompai: elle avait dit à celui qui allait servir la messe qu’elle voulait communier; mais celui-ci n’avertit pas le prêtre. N’ayant pas reçu de réponse contraire, elle attendait avec ardeur la sainte Communion; quand la messe fut terminée et qu’elle se vit frustrée de son espérance, elle sentit s’augmenter son désir et sa faim de la nourriture des anges; mais son humilité profonde lui persuadait qu’elle en était indigne, et elle se reprochait d’avoir osé demander un si grand Sacrement.

7. Alors moi qui me plais à élever les humbles, je l’attirai vers moi, en lui faisant connaître l’abîme de l’éternelle Trinité. Je montrai à l’œil de son intelligence la puissance du Père, la sagesse du Fils, la douceur du Saint Esprit, qui ne font qu’un par essence. Et cette âme tut ravie à un tel degré d’union, que son corps était élevé de terre; car, comme je te l’ai dit, dans cette union, l’âme est plus unie à moi par l’amour qu’elle ne l’est, naturellement au corps. Alors, pour satisfaire enfin son désir, je lui donnai moi-même la sainte Communion; et comme preuve de cette grâce, pendant plusieurs jours elle ressentit d’une manière ineffable le goût et l’odeur du corps et du sang de mon Fils unique, Jésus crucifié. Elle fut toute renouvelée et fortifiée par la lumière de ma providence, qu’elle avait, dans cette occasion, si délicieusement éprouvée. Le monde ignora cette grâce; mais elle la comprit d’une manière claire et sensible.

8. Le second fait que je veux te citer eut pour témoin le prêtre qui célébrait à l’Autel. Cette âme avait ardemment désiré entendre la messe et y communier; mais la maladie la retarda, et elle ne put arriver qu’au moment de la Consécration. La messe se disait près du grand autel, au chevet de l’église; elle se mit en prière à l’autre extrémité, parce qu’on le lui avait ordonné; et elle disait au milieu de ses larmes et de ses pieux gémissements: Âme infortunée, ne vois-tu pas la grâce que Dieu a bien voulu te faire, en te permettant d’entrer dans son église sainte, et d’apercevoir le ministre qui consacre à l’Autel? Ne mériterais-tu pas plutôt par tes fautes d’être en enfer? Mais en s’abaissant ainsi dans les profondeurs de son humilité, son désir au lieu de diminuer, augmentait toujours, parce qu’elle croyait fermement à ma bonté, et qu’elle espérait de l’Esprit Saint la consolation qu’elle attendait.

9. Je la lui accordai d’une manière qu’elle ne pouvait prévoir et demander; car, au moment où, selon les rites de l’Église, le prêtre divise l’Hostie, une fraction de cette hostie s’éloigna de l’autel par un acte de ma puissance, et alla à l’autre extrémité de l’Église vers la personne qui priait et qui put ainsi communier. Elle pensa d’abord que j’avais satisfait l’ardeur de son désir d’une manière invisible, comme je l’avais déjà fait plusieurs fois; mais le prêtre savait le contraire, car il fut profondément affligé de ne pas trouver cette fraction de l’Hostie, jusqu’à ce que le Saint Esprit lui eût révélé ce qu’elle était devenue; son inquiétude ne fut calmée que par l’assurance de la personne qui l’avait reçue.

10. Ne pouvais-je pas facilement détruire l’obstacle de la maladie et permettre à cette personne d’arriver à temps pour entendre la messe et communier comme à l’ordinaire? Je le pouvais certainement; mais je voulus prouver par expérience à cette âme qu’avec ou sans l’intermédiaire des créatures, en quelque lieu et de quelque manière qu’il me plaise, je puis, je veux et je sais satisfaire admirablement, et plus qu’elle ne saurait l’imaginer, les saintes ardeurs de son désir. Que ce que je viens de dire sur ce sujet, ma fille bien-aimée, te suffise pour te faire connaître ma providence. Je vais maintenant t’expliquer les moyens que j’emploie au dedans de l’âme sans l’intermédiaire du corps ou des agents extérieurs. Je t’en ai déjà dit quelque chose eu t’entretenant des états de l’âme.

CXLIII.- Providence de Dieu à l’égard de ceux qui sont en péché mortel.

1. L’âme est en état de péché mortel ou en état de grâce; et en état de grâce, elle est parfaite ou imparfaite. Dans tous ces états, ma providence agit avec sagesse et diversement, selon ce que je vois être le plus utile. Quant aux hommes du monde qui dorment dans l’obscurité du péché mortel, je réveille leur conscience par la douleur de l’aiguillon qu’ils ressentent au fond de leur cœur, et par des moyens si variés que la parole humaine ne saurait les dire; les remords et les peines intérieures qu ils éprouvent les éloignent bien souvent du maI.

2. Quelquefois aussi je cueille les roses sur les épines. Lorsque je vois l’homme qui penche vers le péché mortel et vers l’amour désordonné de la créature, ma bonté lui ôte l’occasion et le temps de céder à sa volonté mauvaise; et alors la tristesse qu’il en éprouve trouble son âme, réveille le cri de sa conscience et le guérit de la folie où il était tombé; car ne peut-on pas appeler une folie cette affection pour une chose dont on reconnaît ensuite le néant? La créature qu’il aimait d’un amour corrompu est bien quelque chose; mais l’usage qu’il voulait en faire n’était rien, parce que le péché n’est que la privation de la grâce, comme l’aveuglement est la privation de la vue.
3. Ainsi, de la faute même qu’on peut bien appeler une épine, puisqu’elle déchire cruellement, je tire une rose en y trouvant un moyen de salut. Qui me fait agir de la sorte? Ce n’est pas le pécheur, qui ne me cherche pas et qui me demande le secours de ma providence que pour pécher, ou jouir des richesses, des plaisirs et des honneurs du monde; c’est mon amour, ma tendresse paternelle qui me poussent; car je vous ai aimés avant votre naissance, et je, désire être aimé de vous.

4. Je suis aussi excité et forcé par les prières de mes serviteurs et de mes amis, qui, par la grâce du Saint Esprit, pour ma gloire et pour le salut du prochain, demandent avec ardeur leur conversion, s’efforçant d’apaiser ma colère et de lier les mains de ma justice sous les coups de laquelle le pécheur devrait tomber. Leurs larmes et leurs humbles supplications me retiennent et me font pour ainsi dire violence Qui les pousse à crier ainsi vers moi? C’est ma providence, qui veille aux besoins de ceux que tue te péché; car il est écrit: « Je ne veux pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive » (Ézéchiel XXXIII, 11).

5. O ma fille bien-aimée, passionne-toi pour ma providence; ouvre les yeux de ton esprit et de ton corps, tu verras les hommes coupables auxquels la lèpre du péché communique la corruption de la mort. Ils sont plongés dans les ténèbres, parce qu’ils sont privés de la lumière de la grâce; ils marchent en chantant et en riant; ils perdent le temps que ma bonté leur accorde, dans la vanité, les plaisirs et les honteuses jouissances; ils se gorgent de vin et d’aliments avec une telle avidité, qu’ils semblent avoir fait un dieu de leur ventre. Ils vivent dans ces haines, ces vengeances, cet orgueil et ces vices que je t’ai déjà fait connaître; ils ignorent leur état et courent vers la mort éternelle qui les attend s’ils ne se convertissent; les infortunés se réjouissent au milieu d’un si grand péril!

6. Ne devrait-on pas croire bien insensés des condamnés à mort qui iraient au supplice en chantant, en dansant et en donnant les signes d’une folle joie? Ne sont-ils pas aussi insensés, ces malheureux, et ne le sont-ils même pas davantage, puisque la mort de l’âme est bien plus à craindre que la mort du corps? Ils perdent la vie de la grâce et courent à une peine infinie, s’ils meurent dans cet, état; tandis que les autres ne perdent que la vie du corps et n’endurent qu’une peine finie et passagère. Et cependant ils chantent, dans leur délire, comme des insensés et des fous.
7. Mes serviteurs, au contraire, sont dans les gémissements et la douleur; ils persévèrent dans les veilles, dans la prière, dans les larmes et les jeûnes, afin d’obtenir leur salut. Les hommes les tournent en dérision, mais leurs insultes retombent sur leur tête; la punition suit nécessairement la faute, tandis que toutes les peines que les justes souffrent pour mon amour auront leurs joies et leur récompenses. Ne suis-je pas un Dieu juste, qui rendra à chacun selon ses œuvres.

8. Mes vrais serviteurs, malgré ces injures, cette ingratitude et ces persécutions, ne cessent pas de prier; ils crient, au contraire, vers moi, avec plus de force, et redoublent de charité. Qui les pousse à frapper avec tant d’ardeur à la porte de la miséricorde? C’est mon ineffable providence, parce qu’ainsi je procure le salut de ces malheureux, et j’augmente en même temps la vertu et les fruits de la charité dans le cœur de mes amis. Je multiplie ainsi et je varie sans cesse les moyens que ma providence emploie pour retirer les âmes des ténèbres du péché mortel. Maintenant je te dirai ce que fait ma providence pour ceux qui se sont retirés du mal, mais qui sont encore imparfaits; sans cependant répéter ce que j’ai dit des états de l’âme, je t’expliquerai ce sujet rapidement.

Traité de la providence – Chapitre CXXXVIII, CXXXIX, CXL

CXXXVIII.- Tout ce que Dieu permet est pour notre salut.- Combien sont aveugles ceux qui pensent le contraire.

1. Je veux, ma fille bien-aimée, que tu voies et que tu comprennes quelle patience il me faut pour supporter l’homme, que j’ai créé avec tant d’amour à mon image et ressemblance. Ouvre l’œil de ton intelligence, et regarde en moi. Considère l’effet particulier d’une prière que tu as faite à ma providence, et tu verras avec quel bonheur cette grâce a été obtenue sans danger de mort. Ce qui est arrivé dans ce cas particulier arrive aussi en toutes choses.

2. Alors cette âme, ouvrant l’œil de son intelligence à la sainte lumière de la foi, avec l’ardent désir que la parole de Dieu lui avait inspiré, connut davantage la vérité; et contemplant, selon l’ordre qu’elle avait reçu, les bienfaits de la Providence, elle considérait la bonté de la Majesté divine et de son ineffable charité; elle y voyait clairement cette Bonté éternelle et souveraine qui, non seulement nous a créés avec tendresse, mais nous a encore rachetés avec le sang précieux de son Fils. C’était du même amour que sortaient toutes choses et que s’épanchaient sur chacun les épreuves et les consolations. Sa paternelle sollicitude apparaissait dans toutes les créatures, et son unique but était le salut éternel des hommes; la preuve évidente était dans ce Sang versé avec une si ardente charité.

3. Alors Dieu le Père lui dit: Combien sont aveuglés par l’amour-propre ceux qui se scandalisent et s’impatientent! Je te parle de ma providence générale et particulière, dont je vais continuer à t’entretenir. Ces hommes jugent injustement et condamnent, pour leur malheur et leur ruine, ce que je fais par amour pour eux et pour leur bien, afin de les sauver des flammes de l’enfer et de les conduire heureusement à des joies éternelles. Et pourquoi se plaignent-ils de moi? C’est qu’au lieu d’espérer en moi, ils espèrent en eux-mêmes, et ils tombent ainsi dans les ténèbres.

4. Ils méconnaissent et détestent ce qu’ils devraient recevoir avec le plus grand respect. Dans leur orgueil ils veulent scruter mes jugements secrets, qui sont tous droits et justes. Ils font comme un aveugle gui, avec l’imperfection des sens qui lui restent, voudrait distinguer la beauté et les défauts des choses extérieures. Ils ne veulent pas se confier en moi, qui suis la vraie Lumière, la souveraine Sagesse et la source de leur vie spirituelle et corporelle, puisque sans moi ils ne peuvent rien avoir et rien faire. S’ils reçoivent quelques services d’une créature, c’est moi qui ai dirigé cette créature, et tout disposé pour qu’elle voulût et qu’elle pût leur être utile.

5. Ces insensés ne veulent voir les choses qu’en les touchant; mais la main se trompe souvent, parce qu’elle manque de lumière et qu’elle ne peut discerner les couleurs. Le goût s’égare aussi, parce qu’il ne distingue pas l’animal immonde qui sert d’aliment. L’oreille est séduite par la douceur des sons; mais elle ne voit pas celui qui chante et qui cache, si l’on n’y prend garde, des coups mortels sous cette mélodie. Ainsi font les aveugles qui ont perdu la lumière de la raison. Ils touchent avec la main des sens extérieurs de la vie charnelle du monde, des plaisirs qu’ils croient bons; ils ne s’aperçoivent pas que ces plaisirs sont des choses mêlées et entourées de beaucoup d’épines, de misères, d’angoisses, et que le cœur qui veut les posséder sans moi y trouve un poids insupportable.

6. Ces plaisirs semblent doux et agréables à la bouche qui les désire. Lorsqu’on les aime désordonnément, on ne s’aperçoit pas qu’en eux est la chair immonde du péché mortel, qui souille l’âme, l’éloigne de ma ressemblance et détruit la vie de la grâce. Ceux qui ne s’appliquent pas, avec la lumière de la foi, à purifier leur âme dans le Sang, contractent dans, ces plaisirs une mort éternelle.

7. L’amour-propre rend des sons harmonieux; l’âme en est séduite parce qu’elle obéit à la sensualité. Elle se laisse aller sur une pente mauvaise, et tombe dans le précipice chargée des chaînes du péché, et livrée aux mains de ses ennemis. L’amour-propre et l’espérance qu’elle a placés en elle-même l’ont aveuglée; elle ne se confie plus à moi, qui suis la voie et le guide fidèle. Cette voie a été tracée au genre humain par le Verbe incarné, mon Fils unique, qui vous a dit formellement: Je suis la Voie, la Vérité, la Vie. Il est aussi la Lumière; celui qui va par lui ne peut être trompé et ne marche pas dans les ténèbres. Personne ne peut venir à moi sans lui, parce qu’il est un avec moi. Je te l’ai déjà dit, j’en ai fait un pont pour que vous puissiez venir sûrement jusqu’à moi, qui suis votre dernière fin.

8. Les hommes ignorants et ingrats ne se confient point à moi, qui ne désire et ne cherche autre chose que leur sanctification. C’est pour cette fin que mon amour permet et dispose toutes choses. Les hommes se scandalisent sans cesse de moi, et je les supporte toujours avec patience malgré leurs vices. Je les ai aimés même avant leur naissance, et je n’en suis pas aimé. Ils me persécutent tous les jours par leur impatience, leur haine, leurs murmures. Ils veulent, dans leur ignorance, pénétrer mes jugements secrets, qui sont toujours justes et pleins d’amour. Ils s’ignorent eux-mêmes et ne peuvent rien juger; car celui qui ne se connaît pas ne peut pas me connaître, et comprendre par conséquent ma justice.

CXXXIX.- De l’action de la Providence pour sauver une âme.

1. Si tu veux savoir maintenant, ma chère fille, combien le monde se trompe sur les mystères de ma Providence, ouvre les yeux de ton intelligence; regarde en moi, et tu verras le cas particulier que je t’ai promis de te montrer (C’était à ce cas particulier que se rapportait sans doute la quatrième demande de sainte Catherine, ch. I, 1.). Je pourrais te faire connaître bien d’autres exemples semblables. Alors cette âme fidèle, obéissant à l’ordre de Dieu le Père, regarda en lui avec un ardent désir, et Dieu lui montra clairement la perte de celui auquel l’évènement était arrivé. Je veux que tu voies, lui dit-il, que pour éviter l’éternelle damnation que méritait cet homme, j’ai permis cette catastrophe inattendue. Il fallait que, par ce moyen terrible, son sang, par la médiation du sang de mon Fils bien-aimé, lui achetât la vie éternelle.

2. Je n’avais pas oublié son amour et son respect pour Marie, la glorieuse Mère de mon Fils, et j’ai décrété dans ma bonté, pour honorer le Verbe incarné, que quiconque, juste ou pécheur, recourrait à Marie avec amour et respect, ne pourrait jamais être la victime et la proie du monstre infernal. Marie est comme une douce amorce offerte par ma bonté pour attirer les hommes et surtout les pécheurs.

3. C’est donc par un acte de mon infinie miséricorde que j’ai permis cet accident. Ce n’est pas moi qui ai fait la volonté coupable des méchants; j’en ai voulu seulement le résultat, que les hommes ont trouvé si cruel, parce que leur amour-propre les prive de la lumière et leur cache ma Vérité. S’ils dissipent le nuage, ils la verraient et l’aimeraient; ils accepteraient tout avec respect, et, quand viendrait le temps favorable, ils recueilleraient avec joie le fruit de leurs travaux.

4. Ma fille bien-aimée, sois certaine que pour ce que tu me demandes, je remplirai ton désir et celui de mes autres amis. Je suis votre Dieu; je récompense avec justice la peine, et je satisfais les saints désirs, pourvu qu’on frappe véritablement à la porte de ma Vérité, afin de ne pas errer et d’espérer toujours en ma Providence.

CXL.- Dieu explique sa providence envers ses créatures, et se plaint de leur infidélité.

1. Après t’avoir montré ma providence dans cette occasion, je veux te l’expliquer dans son action générale. Tu ne pourras jamais comprendre à quel degré l’ignorance de l’homme est grande. II perd l’intelligence lorsqu’il espère en lui et qu’il se confie dans son propre sens. O pauvre insensé, ne vois-tu pas que tu ne sais rien de toi-même, et que c’est ma bonté qui t’accorde tout selon tes besoins? Qui te le fera donc comprendre? Ton expérience même.

2. Combien souvent veux-tu faire une chose sans le pouvoir et sans le savoir faire! Quand tu le sais, tu ne le peux pas, le temps te manque; si tu as le temps, c’est la volonté qui te fait défaut. Tout t’a été donné par ma grâce pour ton salut, pour que tu reconnaisses et tu comprennes que tu n’as pas l’être par toi-même, et pour que tu aies plus raison, de t’humilier que de t’enorgueillir. En toute chose tu trouves des privations et des changements, parce que rien n’est en ta puissance; il n’y a que ma grâce que tu trouveras ferme et inébranlable aucune force ne pourra t’en séparer, à moins que tu t’en éloignes toi-même en retournant au mal.

3. Comment donc peux-tu résister à ma bonté? Le ferais-tu, si tu consultais ta raison, et placerais-tu tes espérances dans tes pensées, et ta confiance en ce qui vient de toi? Mais tu es devenu comme l’animal sans raison; tu ne vois pas et tu ne reconnais pas que tout change, excepté ma grâce. Pourquoi ne pas te fier à moi, qui suis ton Créateur? pourquoi compter sur toi? Ne te suis-je pas toujours fidèle? Comment pouvoir en douter, puisque tu l’éprouves tous les jours?

4. O ma fille bien-aimée! vois combien l’homme m’est infidèle. Il manque à l’obéissance que je lui avais imposée, et il tombe dans la mort. Moi, au contraire, je lui ai toujours été fidèle, en lui procurant le bien pour lequel je l’avais créé. Afin qu’il puisse l’atteindre et le posséder, j’ai uni ma divinité à l’infirmité de sa nature. L’homme, ainsi racheté et renouvelé dans la grâce par le sang de mon Fils bien-aimé, devrait me connaître par expérience. Et cependant ce pauvre infidèle semble douter que je sois assez puissant pour le secourir, assez fort pour le défendre contre ses ennemis, assez sage pour éclairer son intelligence, assez bon pour lui donner ce qui est nécessaire à son salut.

5. Il pense que je n’ai pas des trésors pour le rendre riche, une beauté pour l’embellir, une nourriture pour le rassasier, un vêtement pour le couvrir. Ses actions prouvent qu’il en juge ainsi. S’il en était autrement, ne ferait-il pas des œuvres bonnes et saintes? L’expérience devrait pourtant lui montrer que je suis fort; car tous les jours je conserve son être, et ma main le défend contre ses ennemis. Personne ne peut résister à l’action de ma puissance; si l’homme ne le voit pas, c’est qu’il ne veut pas voir.

6. Ma sagesse a tout ordonné dans le monde, et le gouverne avec tant de sollicitude, que rien n’y manque, et qu’il est impossible d’y ajouter quelque chose pour l’âme et pour le corps. J’ai pourvu à tout, sans que votre volonté m’y ait forcé, puisque vous n’étiez pas encore, et c’est ma seule bonté qui m’a fait agir. J’ai créé le ciel, la terre et la mer: j’ai étendu le firmament au dessus de vos têtes; j’ai fait l’air pour que vous respiriez, le feu et l’eau pour les modérer par leur opposition; le soleil, pour que vous ne fussiez pas dans les ténèbres: tout a été fait et ordonné pour satisfaire aux besoins de l’homme. Le ciel est peuplé d’oiseaux, la mer est riche de poissons, la terre, d’animaux et de fruits, afin que l’homme puisse en vivre. Ma providence a tout réglé avec ordre et sagesse.

7. Après avoir créé toutes ces choses bonnes et parfaites, j’ai enfin créé l’homme à mon image et ressemblance, et je l’ai placé dans un jardin qui, par la faute d’Adam, mm produit des épines, tandis qu’il n’avait donné d’abord que des fleurs embaumées d’innocence et de sainteté. Tout obéissait à l’homme; mais, dès qu’il eut commis sa faute, il trouva la révolte en lui et dans les autres créatures. Le monde devint sauvage, et l’homme, qui le résume, partagea son sort.
8. Mais ma tendresse paternelle vint à son secours en envoyant au monde mon Verbe, qui en ôta la stérilité de la chute et en arracha les épines. Je refis du monde un beau jardin que j’arrosai avec le Sang précieux de mon Fils unique, et, après en avoir ôté les épines du péché mortel, j’y plantai les fleurs des sept dons du Saint Esprit.

9. Cela fut accompli seulement après la mort de mon Fils, ainsi que l’explique une figure de l’Ancien Testament. Élisée fut prié de ressusciter un enfant (IV Reg. IV, 22); il n’y alla pas, mais il envoya Giézi avec son bâton, lui ordonnant de placer le bâton sur celui qui était mort. Giézi exécuta ce qui lui avait été commandé, mais l’enfant ne ressuscita pas. Alors Élisée vint en personne; il appliqua ses membres aux membres de l’enfant, lui souffla sept fois au visage, et l’enfant fut rappelé à la vie. Cette figure représente Moïse, que j’ai envoyé avec le bâton de la loi, pour qu’il l’appliquât sur le genre humain, qui était mort; mais le bâton de la loi ne lui rendit pas la vie, j’envoyai donc mon Fils unique, qui est figuré par Élisée, et qui prit les proportions du mort par l’union de la nature divine avec la nature humaine. Cette nature divine lui fut, unie par tous ses membres, par la puissance du Père, par la sagesse du Fils et par la clémence du Saint Esprit. Ainsi, moi, Dieu éternel, dans mon unité et ma trinité, je fus muni et assimilé à votre nature humaine.

10. Après cette union, le Verbe adorable en fit une autre. Dans l’ardeur de son amour, il s’élança vers la mort ignominieuse de la Croix pour s’y livrer tout entier. Et après cette seconde union, il donna les sept dons du Saint Esprit à celui qui était mort, en respirant sept fois sur son visage, et en soufflant dans la bouche de son cœur. Il ôte ainsi dans le baptême la mort du péché, et rend la vie de la grâce. Le mort respire aussitôt, et en signe de vie, il rejette ses péchés par une humble confession.

11. Alors le jardin est orné de fruits suaves et délicieux. Il est vrai que le jardinier, qui est le libre arbitre, peut le rendre fertile ou sauvage, selon qu’il le cultive ou le néglige. Car, s’il y sème le poison de l’amour-propre, qui fait naître les sept vices capitaux et tous ceux qui viennent d’eux, il chasse les sept dons du Saint Esprit et se prive de toute vertu. Il n’y a plus de force, parce qu’il s’est affaibli; il n’y a plus de tempérance et de prudence, parce qu’il a perdu la lumière dont se servait sa raison; il n’y a plus de foi, d’espérance, de justice, parce qu’il est devenu injuste. Il espère en lui, et parce que sa foi est morte, il se confie plutôt dans les créatures qu’en moi, son Créateur. Il n’y a plus de charité, parce qu’il l’a détruite dans son cœur par l’amour de sa propre faiblesse. Et parce qu’il a été cruel envers lui-même, il ne peut être bon envers son prochain. Ainsi privé de tout bien, il tombe dans le mal et dans les horreurs de la mort.

12. Comment pourra-t-il retrouver la vie? Par Élisée, par le Verbe, mon Fils unique. Et de quelle manière? Le jardinier arrachera les épines de sa faute par une sainte haine de lui-même; car, s’il ne se hait pas, il ne pourra jamais les arracher. Qu’il s’empresse de se conformer, par un amour sincère, à la doctrine de ma Vérité incarnée; qu’il arrose son jardin avec le sang précieux de mon Fils, avec ce Sang que le prêtre répand sur la tête du pécheur, lorsqu’il reçoit l’absolution, avec la contrition, la confession, la satisfaction et la ferme résolution de ne plus m’offenser. De cette manière, l’homme peut renouveler et comme le jardin de son âme pendant cette vie; mais après sa mort, il ne pourra plus le faire, comme je te l’ai expliqué ailleurs.

Traité de la providence – Chapitre CXXXV, CXXXVI, CXXXVII

CXXXV.- De la providence de Dieu en général.

1. Alors l’Éternel, dans son ineffable clémence, jeta sur cette âme un regard plein de tendresse, et voulut bien lui expliquer comment sa divine providence ne manque jamais à personne, pourvu qu’on l’accepte humblement. Il s’exprima ainsi, en se plaignant doucement de ses créatures raisonnables: O ma fille bien-aimée! combien de fois te l’ai-je répété! oui, je veux faire miséricorde au monde et assister chacun selon ses besoins; mais l’homme ignorant trouve la mort où j’ai placé la vie. Moi je veille toujours, et je veux que tu comprennes que ce que je donne à chacun est réglé par mon infinie providence.

2. C’est ma providence qui a créé l’homme; et, lorsque je l’ai regardé en moi-même, je me suis passionné pour la beauté de ma créature, parce que ma providence souveraine l’avait créé à mon image et ressemblance. Je lui ai donné la mémoire pour qu’il se rappelât mes bienfaits et qu’il participât à la puissance du Père; je lui ai donné l’intelligence pour que, dans la sagesse du Fils il connût et comprît ma volonté, car je suis la source de toutes les grâces, que je répands avec un ardent et paternel amour. Je lui ai donné la volonté pour aimer, afin qu’en participant à la bonté du Saint Esprit il put aimer ce qu’avait vu et connu son intelligence. Ma douce providence a fait cela pour que l’homme fût capable de me comprendre et de nie goûter dans la joie suprême d’une éternelle vision.

3. Comme je te l’ai déjà dit, le ciel était fermé par la désobéissance de votre premier père Adam, qui méconnut la dignité de son origine et ne vit pas avec quelle ineffable tendresse je l’avais créé. Il tomba dans la désobéissance, et ensuite dans la corruption par orgueil et par faiblesse pour sa femme, aimant mieux lui céder et lui plaire qu’obéir à mon commandement. Il voyait l’injustice de ce qu’elle lui proposait, mais il y consentit pour ne pas l’affliger. C’est de cette désobéissance que naquirent les maux de la terre. Tous, vous avez ressenti les effets de ce poison, dont je t’expliquerai ailleurs les dangers, pour te faire mieux comprendre les avantages de l’obéissance.

4. Pour éloigner de l’homme cette mort de la désobéissance et vous sauver de cette extrémité, je vous ai donné mon Fils unique par un acte de mon infinie providence; car, en unissant ma divinité à votre humanité, j’ai vaincu le démon, qui ne voulut pas connaître ma Vérité. En s’incarnant elle consuma et détruisit le mensonge par lequel il avait trompé l’homme; et ce fut un grand acte de ma providence.

5. Considère, ma fille bien-aimée, que je ne pouvais faire plus que de vous donner mon Fils unique; je l’ai soumis à une grande obéissance afin qu’il délivrât le genre humain du venin que la désobéissance de votre premier père avait répandu dans le inonde. Transporté d’amour et d’obéissance, il s’est élancé vers la mort ignominieuse de la sainte Croix, et par cette mort il vous a donné la vie, non pas en vertu de l’humanité, mais en vertu de la divinité que j’avais miséricordieusement unie à votre nature pour satisfaire à la faute commise contre moi, le Bien infini, qui demandais une réparation infinie.

6. La nature humaine finie devait s’unir à un être infini afin de pouvoir me satisfaire d’une manière infinie pour tous les hommes passés, présents et futurs. Afin que toutes les fois qu’un homme m’offenserait, il pût me satisfaire et revenir à moi pendant sa vie, j’ai uni la nature divine à votre nature humaine, et dans cette union vous ayez le moyen d’une satisfaction parfaite. C’est là un grand bienfait de ma providence, puisqu’un acte fini et limité par le supplice de la Croix vous a donné dans mon Fils un fruit infini par la vertu de sa divinité.

7. Ma paternelle et infinie providence permet ainsi à l’homme de revêtir un vêtement de grâce, lorsqu’il a perdu la robe d’innocence, et que, dépouillé de toute vertu, il meurt de faim et de froid pendant son pèlerinage, où il est soumis à toutes les misères. La porte du ciel lui était fermée, et il n’avait aucune espérance qui pût consoler son malheur d’ici-bas; c’était là pour lui une immense affliction.

8. Moi, l’Éternel et l’Amour infini, j’ai miséricordieusement secouru l’homme dans son indigence. Ce ne sont pas vos mérites et vos vertus, mais seulement mon ineffable bonté qui m’a porté à vous dominer le vêtement désirable de mon Fils, qui s’est dépouillé lui-même de la vie par la mort, pour vous revêtir de grâce et d’innocence. Cette grâce et cette innocence, vous l’avez reçue dans le saint baptême par l’efficacité de son précieux sang, qui a lavé en vous la tache originelle que vous avaient transmise vos parents. Ma providence a usé de toute la tendresse possible, puisqu’elle ne s’est pas servie, comme dans l’Ancien Testament, de la peine corporelle de la circoncision, mais de la douce efficacité du saint baptême.

9. Non seulement j’ai revêtu l’homme, mais je l’ai réchauffé, lorsque j’ai dominé au genre humain mon Fils, dont les blessures qui déchirèrent son corps laissèrent échapper le feu de mon infinie charité, caché sous la cendre de votre humanité. N’était-ce pas assez pour embraser le cœur glacé de l’homme, et ne faut-il pas qu’il soit bien rebelle et bien aveuglé par l’amour-propre, pour ne pas voir l’affection tendre et dévouée que je lui porte?

10. Ma providence lui a encore donné la nourriture de vie qui doit le soutenir pendant le cours de son pèlerinage; elle le rend plus fort que ses ennemis, et nul ne peut lui nuire, s’il n’y consent dans sa volonté, Une voie droite et facile a été tracée par le sang de ma Vérité incarnée, pour que l’homme puisse atteindre la tin que ma grâce lui a destinée. Quelle est cette nourriture? je te l’ai déjà dit: c’est le sacrement du corps et du sang de Jésus-Christ crucifié, qui contient un Dieu et l’homme tout ensemble; c’est le Pain de vie, le Pain des anges, qui donne faim à celui qui le savoure, et laisse insensible celui qui n’en a pas le désir. Car cette nourriture doit être prise avec un saint désir et goûtée avec un ardent amour. Tu vois que ma providence a donné, à l’homme tous les secours qui lui sont nécessaires.

CXXXVI.- Dieu a donné l’espérance à l’homme.- Plus on espère, plus on goûte parfaitement sa providence.

1. J’ai donné encore à l’homme le secours de l’espérance. Dès qu’à la lumière sainte de la foi il contemple le prix du Sang précieux qui a été payé pour lui, cette vue doit mettre dans son cœur une espérance ferme et la certitude de son salut. L’honneur lui est rendu par Les opprobres de Jésus crucifié; car, s’il m’a souvent offensé par tous les membres de son corps, par tous les membres de son corps aussi, Jésus mon Fils bien-aimé, a souffert d’affreux tourments. Son humble obéissance a corrigé, purifié la désobéissance d’Adam et sa postérité. Par cette obéissance vous avez tous acquis la grâce, comme par la désobéissance de votre premier père vous aviez tous contracté la faute. C’est là le plan de ma providence, qui n’a jamais manqué à l’homme depuis le commencement du monde jusqu’à cette heure. Elle pourvoira jusqu’au dernier jour à toutes vos nécessités.

2. Je suis le bon et parfait Médecin, qui connaît ce qui est nécessaire à votre faiblesse et ce qui est utile à votre salut; je vous rendrai une santé parfaite et je vous la conserverai. Ma providence ne fera jamais défaut à celui qui voudra la recevoir et qui placera toute son espérance en moi. Celui qui espère en moi, qui frappe et qui appelle véritablement, non seulement avec la parole mais avec l’élan et la lumière d’une sainte foi, celui-là me goûte dans ma providence, mais non celui qui frappe et m’appelle en disant seulement: Seigneur, Seigneur.

3. Celui qui me cherche ainsi et me demande sans autre mérite, je ne le connaîtrai pas dans ma miséricorde, mais dans ma justice. Tu sais que l’homme ne peut espérer en deux choses opposées; la Vérité incarnée a dit dans l’Évangile: « Nul ne peut servir deux maîtres, car, s’il en sert un, il méprisera l’autre » (S. Luc. XVI,13). On ne peut servir sans espérance: le serviteur qui sert son maître le fait dans l’espoir de lui plaire ou dans l’attente de quelque récompense, de quelque avantage. Il ne servira jamais l’ennemi de son maître, parce qu’il ne peut en retirer quelque profit, et parce qu’il perdrait même ce qu’il a droit d’attendre de celui dont il est le serviteur. Apprends, ma fille bien-aimée, qu’il en arrive ainsi pour l’âme.

4. Il faut qu’elle espère en moi et qu’elle me serve, ou qu’elle espère en elle-même et dans le monde, et qu’elle le serve. Elle sert le monde hors de moi autant qu’elle aime la sensualité et qu’elle lui obéit; si elle le sert, c’est qu’elle trouve dans ce service et cet amour un avantage, une jouissance qui lui plait. Son espérance, placée dans une chose finie, est vaine et passagère. L’âme se trompe et n’atteint pas le but qu’elle désirait; tant qu’elle espère en elle et dans le monde, elle n’espère pas en moi-puisque je hais le monde, c’est-à-dire les vains désirs de l’homme. Je les ai tellement en horreur, que c’est à cause d’eux que j’ai fait subir à mon Fils unique la mort ignominieuse de la Croix. Le monde n’a aucune ressemblance avec moi, ni moi, avec lui.

5. L’âme au contraire qui espère en moi, et qui me sert de tout son cœur, refuse nécessairement sa confiance au monde,et ne saurait la placer dans sa propre faiblesse. Son espérance est plus ou moins parfaite selon le degré de son amour pour moi, et c’est dans la même mesure qu’elle goûte ma providence. Ceux qui espèrent en moi et me servent dans le seul but de me plaire, la goûtent mieux que ceux qui le font à cause du profit qu’ils en retirent, ou du bonheur qu’ils trouvent en moi. Les premiers sont ceux dont je t’ai fait connaître la perfection en t’expliquant les états de l’âme; les autres, dont je te parle maintenant, sont ceux dont je t’ai montré l’imperfection, parce qu’ils marchent et servent avec l’espoir d’une récompense ou du bonheur qu’ils trouvent en moi.

6. Ces parfaits et ces imparfaits sont l’objet de ma plus tendre sollicitude, pourvu qu’ils n’espèrent pas en eux-mêmes; car la présomption, cette espérance de l’amour-propre, obscurcit l’intelligence et la prive de la sainte lumière de la foi. L’homme ne marche plus à la lumière de la raison et ne connaît pas ma providence. Il l’éprouve cependant; nul n’en est exclu, les justes et les pécheurs; car tout est créé par ma bonté. Je suis Celui qui suis, et sans moi rien ne se fait, excepté le péché, qui n’est pas.

7. Tous me reçoivent de ma providence; mais il en est qui ne la comprennent pas, parce qu’ils ne la reconnaissent pas; et, ne la reconnaissant pas, ils sont pour elle sans amour. Ils voient tout en désordre, comme des aveugles, quoique tout soit dans l’ordre. Ils prennent la lumière pour les ténèbres, et les ténèbres pour la lumière, et, parce qu’ils ont mis leur espérance et leur soin dans les ténèbres, ils murmurent et tombent dans l’impatience.

8. Vois, ma fille bien-aimée, quelle est la folie de leur pensée. Comment peuvent-ils croire que moi, qui suis l’éternelle et souveraine Bonté, je puisse vouloir autre chose que leur bien dans les petites choses que je permets tous les jours pour leur salut, lorsqu’ils savent par expérience que dans les grandes je n’ai d’autre but que leur sanctification? Malgré tout leur aveuglement ils devraient, avec la simple lumière naturelle, reconnaître ma bonté et les bienfaits de ma providence, qui ne peut leur échapper dans la création, et dans la régénération de l’homme par le Sang qui fait renaître à la grâce.

9. Il y a là une évidence que rien ne peut contredire, et cependant ils s’effrayent de leur nombre même, parce qu’ils n’omit pas développé la lumière naturelle dans la vertu. L’homme insensé n’aperçoit pas, ne remarque pas que toujours, j’ai pourvu au monde en général, et à chacun en particulier, selon son état; et comme dans cette vie présente rien n’est stable, que tout change sans cesse, jusqu’à ce que son but soit atteint, je règle ce qui convient à chaque chose et à chaque instant.

CXXXVII.- De la providence de Dieu dans l’Ancien et le Nouveau Testament.

1. Dans l’ancien Testament, ma providence a donné les tables de la loi à Moïse; et à mon peuple, pour le conduire, des prophètes éclairés par l’Esprit Saint. Avant l’incarnation de mon Fils, la nation juive a presque toujours eu des prophètes, afin que leur parole inspirée lui donnât l’espérance de voir ma Vérité revêtir un corps, et le Prophète des prophètes venir la délivrer de la servitude, et lui ouvrir, par son sang précieux, le ciel, qui avait été si longtemps fermé.

2. Dès que mon Verbe bien-aimé se fut incarné, aucun prophète ne parut, afin que les Juifs fussent certains que celui qu’ils attendaient était venu. Les prophètes n’avaient plus besoin de l’annoncer; leur aveuglement seul les empêchait de le reconnaître. Ma providence envoya donc mon Verbe, qui l’ut votre médiateur auprès de moi, l’Éternel. Après lui vinrent les apôtres, les martyrs, les docteurs et les confesseurs.

3. Ma providence pourvoit à toute chose, et elle agira ainsi jusqu’à la fin. Cette providence générale regarde toute créature raisonnable, dès qu’elle veut en accepter les dons..Ma providence règle aussi tout en particulier, la vie, la mort, de quelque manière qu’elles viennent; la faim, la soif, les pertes de fortune, la nudité, le froid, la chaleur, les injures, les abaissements et les affronts. Je permets que toutes ces choses arrivent aux hommes, sans que je sois pour cela la cause de la volonté perverse qui fait le mal ou l’injure. Je donne à l’homme l’être et le temps, non pas pour qu’il m’offense et qu’il offense son semblable, mais pour qu’il me serve fidèlement, et qu’il serve le prochain par la charité. Je permets le mal pour exercer la patience de l’âme qui en souffre, ou pour qu’elle se connaisse humblement.

4. Quelquefois je permettrai que le juste soit combattu par le monde entier. Sa mort même causera un grand étonnement; il semblera, injuste que cet homme périsse violemment par l’eau, par le feu, par la dent d’une bête féroce ou par la ruine de quelque édifice. Et en effet, cela doit être inexplicable pour l’œil qui n’a pas la lumière sainte de la foi. Mais il n’en est pas de même pour celui qui m’est fidèle.

5. Celui-là trouve et goûte par l’amour ma providence dans les grandes choses; il voit et reconnaît que ma providence dispose tout avec tendresse pour le salut de l’homme; il reçoit tout avec un humble respect; rien ne le scandalise, en lui, dans mes œuvres et dans le prochain; il supporte tout avec une patience si sincère, parce qu’il sait que ma providence ne manque jamais à aucune créature, car c’est elle qui préside à tout. Lorsque je brise quelqu’un par la foudre et la tempête, on m’accuse de cruauté, on pense que j’ai négligé le salut de cette personne; et j’ai permis ce malheur, Je l’ai frappée pour la sauver de la mort éternelle. Ainsi les hommes du monde insultent toutes mes œuvres, en les jugeant mal et en les expliquant avec leur faible raison.

Traité de la prière II – Chapitre CXXXII, CXXXIII, CXXXIV

CXXXII.- De la mort des pécheurs et de leurs peines au dernier moment.

1.- Ma fille bien-aimée, le bonheur de mes ministres fidèles est grand, sans doute; mais le malheur des infortunés dont je t’ai parlé est encore plus grand. Que leur moi-t est affreuse et terrible! Dans leurs derniers instants, les démons les accusent et les épouvantent en leur apparaissant. Tu sais que leur figure est si hideuse, qu’il vaudrait mieux souffrir toutes les peines de la vie que de voir le démon dans sa réalité.

2.- Le remords de la conscience renaît aussi pour ronger et dévorer le pécheur. Tous les plaisirs déréglés, les sens qui étaient les maîtres, et la raison qui était esclave, l’accusent d’une manière terrible, parce qu’il reconnaît la vérité de ce qu’il avait méconnu d’abord; son erreur le couvre de confusion. Pendant toute sa vie il a été infidèle, tandis qu’il devait me servir; mais l’amour-propre avait obscurci dans son intelligence la lumière de la sainte foi. Aussi le démon le poursuit de la pensée dé ses infidélités pour le faire tomber dans le désespoir.

3.- Oh! combien ce combat est dur! Le pécheur est sans défense; il n’est pas armé des sentiments de la charité; il en est complètement privé, parce qu’il est devenu un membre du’ démon. Il n’a pas la lumière surnaturelle, ni celle de la science qu’il ne peut comprendre, parce que son orgueil ne lui permet pas d’en savourer la douceur. Aussi, quand vient le grand combat, il ne sait plus que faire. Il n’est pas soutenu par l’espérance, car il n’a pas espéré en moi, ni dans le Sang dont je l’ai fait ministre; il a espéré en lui-même, dans les honneurs et les délices du monde; ce malheureux ne voyait pas que tout lui était prêté, et qu’il devait m’en rendre compte comme à un créancier. Il se trouve nu et sans vertu, et de quelque côté qu’il se tourne, il ne voit que des sujets de honte et de confusion.

4. L’injustice dont il s’est rendu coupable pendant toute sa vie, l’accuse tellement devant sa conscience, qu’il n’ose demander autre chose que la justice. Sa confusion est si grande, qu’il ne peut plus, comme il faisait pendant sa vie, espérer dans ma miséricorde; ses fautes montraient que cette espérance n’était que présomption car celui qui m’offense en s’appuyant sur ma miséricorde ne peut pas dire qu’il espère en ma miséricorde; il compte seulement sur elle. Si, quand vient l’heure de la mort, il reconnaît ses fautes et décharge sa conscience par une sainte confession, la présomption cesse, et il ne m’offense plus. La miséricorde lui reste, et avec cette miséricorde il peut, s’il le veut, se rattacher à l’espérance. Sans cela il ne pourrait éviter le désespoir, qui l’entraînerait avec les démons dans l’éternelle damnation.

5. C’est ma miséricorde qui fait espérer l’homme en ma miséricorde pendant sa vie. Je ne lui accorde pas cette grâce pour qu’il m’offense, mais pour qu’il se livre à ma charité et à la considération de ma bonté. Celui-là fait le contraire quand il m’offense, parce qu’il compte sur ma miséricorde. Cependant je le conserve dans l’espérance de ma miséricorde, afin qu’au moment de la mort il puisse s’y attacher, et qu’il ne périsse pas en tombant dans le désespoir. Car ce qui est le plus odieux pour moi, et le plus malheureux pour lui, c’est le désespoir.

6. Ce dernier péché est plus grand que tous ceux qu’il a commis. Ce qui fait que ce péché m’irrite et lui nuit plus que les autres, c’est qu’il y a dans les autres péchés un certain plaisir, un entraînement des sens, et qu’on peut en avoir un regret qui attire la miséricorde; mais dans le péché de désespoir, comment prétexter la faiblesses puisqu’on n’y trouve aucune jouissance, mais au contraire une peine insupportable? Le désespoir est le mépris de ma miséricorde; il fait croire la faute plus grande que ma miséricorde et ma bonté. Celui qui tombe dans ce péché ne se repent pas et ne pleure pas véritablement de m’avoir outragé; il pleure son malheur et non mon offense; et c’est pourquoi il tombe dans l’éternelle damnation.

7. Ce péché seul le conduit en enfer, où il sera tourmenté pour ce péché et pour tous ceux qu’il a commis. S’il se fût repenti de l’offense qu’il m’avait faite, s’il avait espéré dans ma miséricorde, il eût trouvé miséricorde. Car, comme je te l’ai dit, ma miséricorde est infiniment plus grande que tous les péchés que peuvent commettre les créatures. Aussi ceux qui la jugent inférieure à leurs péchés me déplaisent plus que tous les autres. C’est là le péché qui n’est pardonné ni en cette vie ni en l’autre. Quand vient l’heure de la mort pour celui qui a vécu dans le désordre et le crime, le désespoir me déplaît tant, que je voudrais le faire espérer dans ma miséricorde; c’est pour cela que, pendant sa vie, je me suis servi d’un doux stratagème, en le laissant trop compter sur ma miséricorde. L’habitude de l’espérance l’expose moins à la perdre au moment de la mort, au milieu des combats terribles qu’il éprouve alors.

8. Cette grâce vient du foyer de mon ineffable charité; mais, parce que l’homme la reçoit avec les ténèbres de l’amour-propre, d’où procède toute faute, il la méconnaît, et la douceur de ma miséricorde n’a été pour son cœur qu’un motif de présomption; c’est ce que sa conscience lui reproche en présence des démons; elle lui rappelle la patience et la grandeur de ma miséricorde, sur laquelle il comptait, Il devait se livrer à la charité et à l’amour des vertus, et employer saintement le temps que lui avait donné mon amour, et il a employé le temps et l’espérance de ma miséricorde pour m’offenser.

9. O aveugle plus qu’aveugle! tu as enterré la perle et le talent que j’avais mis dans tes mains pour les faire profiter. Par présomption, tu n’as pas voulu faire ma volonté; tu as enfoui ton trésor sous la terre de l’amour déréglé de toi-même, et maintenant tu en retires un gain de mort. O malheureux, combien grande est la peine que tu reçois à cette heure dernière! Tes misères ne te sont plus cachées, car le ver de la conscience ne dort plus, mais il ronge. Les démons t’insultent et te payent le prix de ta fidélité à les servir, c’est-à-dire la confusion et les reproches. Pour qu’au moment de la mort tu n’échappes pas à leurs mains, ils veulent te jeter dans le désespoir; ils te troublent, afin de partager ensuite avec toi ce qu’ils ont pour eux-mêmes.

10. Malheureux, la dignité à laquelle je t’avais élevé, tu la vois maintenant sublime comme elle l’est; tu reconnais à ta honte que tu l’as profanée, et que tu as employé les biens de l’Église dans les ténèbres du péché. Tu vois maintenant que tu as dérobé et gardé ce que tu devais rendre aux pauvres et à la sainte Église. Ta conscience te reproche de l’avoir employé à payer tes coupables plaisirs, à enrichir tes parents et à te ruiner en repas, en meubles pour ta maison et en vaisselle d’argent, toi qui devais vivre dans la pauvreté volontaire. Ta conscience te rappelle l’Office divin, que tu as négligé sans t’inquiéter de commettre ainsi un péché mortel, et, quand tu le récitais, c’était de bouche; ton cœur était loin de moi.

11. Et ceux qui t’étaient confiés, la charité, le zèle que tu devais avoir pour les porter à la vertu, t’obligeaient à leur donner de saints exemples et à les battre avec la main de la miséricorde et la verge de la justice. Tu as fait le contraire, et ta conscience te le reproche en présence des démons. Dans ta puissance, tu confiais des charges et des âmes à des sujets indignes, sans y faire attention; ta conscience te le montre maintenant. Tu ne devais pas alors te laisser influencer par des flatteries, par des présents, par le désir de plaire aux autres; tu ne devais considérer que la vertu, mon honneur et le salut des âmes. Tu ne l’as pas fait; ta conscience te le redira pour ta honte, pour ton supplice, et à la lumière de ton intelligence tu verras clairement que tu as fait ce que tu ne devais pas faire, et que tu n’as pas fait ce que tu devais faire.

12. Ma chère fille, on apprécie le blanc près du noir, et le noir près du blanc, mieux que s’ils étaient séparés l’un de l’autre. Il en est de même pour ces malheureux. A leur mort et à celle des autres hommes, l’âme commence à voir plus distinctement son malheur ou sa béatitude. Le coupable voit clairement sa vie criminelle. Personne n’a besoin de la lui montrer, parce que sa conscience le met en présence des fautes qu’il a commises et des vertus qu’il devait pratiquer. Pourquoi des vertus? Pour que sa confusion soit plus grande, parce qu’en rapprochant le vice de la vertu, la vertu fait mieux connaître le vice, et plus il est connu, plus la honte est grande. Le coupable, par la connaissance de ses fautes, connaît mieux la perfection de la vertu, et alors sa douleur augmente, parce qu’il voit que sa vie a été éloignée de toute vertu.

13. Dans la connaissance qu’il a du vice et de la vertu le pécheur voit clairement le bien qui récompense l’homme vertueux, et le châtiment qui punit le coupable, plongé dans les ténèbres du péché mortel. Je ne lui donne pas cette connaissance pour qu’il tombe dans le désespoir, mais pour qu’il ait une connaissance plus parfaite de lui-même, et qu’il rougisse de ses fautes avec espérance; cette honte et cette connaissance le convertiront, et il apaisera ma colère en implorant humblement ma miséricorde.

14. L’homme juste grandit dans la joie et la connaissance de ma charité, parce qu’il attribue non pas à lui, mais à moi, la grâce qu’il a eue de suivre la vertu par la doctrine de ma Vérité, il se réjouit en moi; avec cette lumière et cette connaissance véritable, il goûte et reçoit cette douce fin, dont je t’ai parlé ailleurs. Le juste qui a vécu dans l’ardeur de la charité surabonde de joie, tandis que le coupable qui a vécu dans les ténèbres est accablé par la douleur. Les apparitions des démons ne nuisent point au juste, et il ne les craint pas, parce qu’il n’y a que le péché qu’il redoute et qui puisse lui nuire. Mais ceux qui ont vécu dans le vice et la débauche tremblent et souffrent à la vue des démons; cette vue, s’ils le veulent, ne doit pas entraîner dans le désespoir, mais seulement réveiller leur conscience et les conduire par la crainte au repentir.

15. Tu vois, ma très chère fille, combien sont différents pour le juste et le pécheur les derniers instants de la vie et les combats de la mort. Je t’en ai à peine dit un mot. Ce que j’ai montré aux regards de ton intelligence n’est pour ainsi dire rien en comparaison de la réalité, c’est-à-dire de la peine que le pécheur endure, et du bien que le juste reçoit considère I’aveuglement des hommes et surtout celui des malheureux dont je t’ai parlé: plus ils ont reçu de moi, plus ils sont éclairés par les Saintes Écritures, et plus ils ont d obligations, plus ils recevront une honte intolérable Plus ils auront connu le saint Évangile pendant leur vie, plus ils connaîtront à leur mort les grandes fautes qu’ils ont commises; ils auront à souffrir des tourments plus grands que les autres, comme les bons jouiront au contraire d’une plus douce récompense.

16. Il leur arrive comme au mauvais chrétien, qui dans l’enfer est plus torturé que le païen, parce qu’il a eu la lumière de la foi, et qu’il y a renoncé, tandis que le païen ne l’a pas possédée. Ces malheureux sont plus punis pour chaque faute que tous les autres chrétiens, à cause du ministère que je leur avais confié, en leur donnant à distribuer le Soleil eucharistique: ils avaient la lumière de la science afin de pouvoir discerner la vérité, pour eux et pour les autres s’ils l’avaient voulu; il est bien juste qu’ils reçoivent un plus terrible châtiment.

17. Ces infortunés n’y pensent pas; s’ils réfléchissaient sur leur état, ils ne tomberaient pas dans de telles iniquités; ils seraient ce qu’ils devraient être, et non ce qu’ils sont. Le monde est corrompu, parce qu’ils font pire que les séculiers eux-mêmes. Ils souillent par leur impureté la face de leurs âmes, et corrompent ceux qui leur sont confiés; ils sucent le sang de mon Épouse la sainte Église, tellement, que par leurs fautes elle devient pâle et défaillante. L’amour et le zèle qu’ils devraient avoir pour elle, ils les ont gardés pour eux-mêmes. Ils ne s’occupent qu’à la dépouiller et à en retirer des honneurs et des revenus considérables, tandis qu’ils ne devraient chercher que les âmes. Aussi, leur mauvaise vie rend les hommes du monde sans respect et sans soumission pour l’Église. Ils ne devraient pas le faire, car leurs fautes ne sont jamais excusées par celles des ministres.

CXXXIII.- Dieu défend aux séculiers de toucher à ses ministres.- Il invite l’âme à pleurer sur ces prévaricateurs.

1. J’aurais bien d’autres vices à te faire connaître, mais je ne veux pas souiller davantage tes oreilles. Je t’ai dit ces choses pour satisfaire ton désir, et pour que tu sois plus ardente à m’offrir pour ces coupables tes doux, tes tendres et bien-aimés désirs. Je t’ai fait connaître la dignité à laquelle je les avais élevés, et le trésor que j’avais confié à leurs mains, le Sacrement du Dieu-Homme que j’ai comparé au soleil pour que tu comprennes que leurs fautes n’en altèrent pas la vertu. Je ne veux pas qu’elles altèrent le respect envers eux. Je t’ai montré l’excellence de mes saints ministres en qui brille la pierre précieuse de la vertu et de la justice.

2. Je t’ai fait voir combien me déplaisent les persécutions contre l’Église, et le mépris qu’on a pour le sang de mon Fils. Ce qu’on fait contre ses ministres, je le considère fait contre ce sang, et non contre eux, parce que j’ai défendu de toucher à mes Christs. Je t’ai entretenu de leur vie coupable, des désordres qu’ils commettent, des peines et de la confusion où ils sont plongés à leur dernière heure, et des tourments qui doivent les punir plus cruellement que les autres après la mort; en te racontant quelque chose de leur vie, j’ai satisfait à la demande que tu m’avais faite en me rappelant ma promesse.

3. Je te dis de nouveau que, malgré tous leurs vices, et lors même qu’ils seraient plus grands encore, je ne veux pas que les séculiers se chargent de les punir. S’ils le font, leur faute ne restera pas sans châtiment, à moins qu’ils ne se purifient par la contrition du cœur, et qu’ils ne changent de conduite. Les mauvais ministres et leurs persécuteurs sont des démons incarnés; la justice divine permet qu’ils se châtient les uns par les autres. Tous sont coupables; les séculiers ne sont pas excusés par les péchés des pasteurs, ni les pasteurs par ceux des séculiers.

4. Maintenant, ma fille aimée, je vous invite tous, toi et mes autres serviteurs, à pleurer sur ces morts, et à rester comme des brebis fidèles dans le jardin de la sainte Église, vous nourrissant sans cesse de saints désirs, et m’offrant pour eux l’encens de vos continuelles prières; car je veux taire miséricorde au monde. Ne vous laissez distraire par rien, ni par l’injure, ni par la prospérité. Ne levez pas la tête ni par l’impatience, ni par une joie déréglée; mais appliquez-vous humblement à procurer mon honneur, le salut des âmes et la réforme de la sainte Église. Vous me prouverez ainsi que vous m’aimez cri vérité. Tu sais bien que je t’ai montré que je voulais que vous soyez les brebis fidèles, et que vous vous nourrissiez toujours dans le jardin de la sainte Église, en supportant la fatigue et la peine, jusqu’à l’heure de la mort. Si tu le fais, j’accomplirai tes désirs.

CXXXIV.- L’âme remercie Dieu et prie pour la sainte Église.

1. Alors cette âme, enivrée, haletante et embrasée d’amour, sentait son cœur inondé d’amertume; elle se tournait vers la souveraine et éternelle Bonté, et lui disait: O Dieu éternel, Ô Lumière au dessus de toutes les lumières, source de toute lumière; Feu au dessus de tout feu, Feu qui seul brûle et ne se consume pas, Feu qui consume tout péché et tout amour-propre dans l’âme, Feu qui ne détruit pas l’âme, mais qui la nourrit d’un amour insatiable; en la rassasiant tu ne la rassasies pas, car toujours elle te désire plus elle a, plus elle te demande; plus elle te désire, plus elle te trouve et te goûte, ô Feu éternel et souverain, abîme de charité!

2. O Bien suprême, Dieu infini, qui vous a porté à m’éclairer de la lumière de votre vérité, moi votre créature bornée? Vous-même, ô Feu d’amour, vous-même en êtes la cause, car c’est toujours l’amour qui vous force à nous créer à votre image et à votre ressemblance, à nous faire miséricorde, à donner à vos créatures raisonnables des grâces infinies et sans mesure; l’amour, car vous nous avez aimés avant que nous fussions. O bonne et éternelle Grandeur, vous vous êtes fait bas et petit pour faire l’homme grand. De quelque côté que je me tourne, je ne trouve qu’abîme et flamme de votre charité.

3. Comment moi, misérable, pourrai-je reconnaître ces grâces et cette ardente charité que vous m’avez montrées avec tant d’amour, à moi en particulier, en dehors de tout ce que vous faites pour toutes vos créatures? Non, jamais; mais vous seul, doux et tendre Père, vous seul serez reconnaissant pour moi; c’est l’ardeur de votre charité qui vous rendra grâces, car moi je suis celle qui ne suis pas. Si je disais que je suis quelque chose par moi-même, je mentirais et je serais la fille du démon, qui est le père du mensonge. Mais vous, vous êtes Celui qui êtes l’être; et toutes ces grâces que vous y avez ajoutées, je les tiens de vous, qui me les avez données et me les donnez par amour et non par devoir. O mon très doux Père, l’humanité était malade du péché d’Adam, et vous lui avez envoyé le bon et tendre médecin, le Verbe, votre cher Fils.

4. Et moi je languissais dans la négligence et, dans une profonde ignorance. Vous, très aimable Médecin, Dieu éternel, vous m’avez donné une suave, une douce et amère médecine qui m’a guérie et sauvée de mon infirmité. Elle était suave, parce qu’avec votre ineffable charité vous vous êtes manifesté à moi; elle était douce plus que toutes les douceurs, parce que vous avez éclairé l’œil de mon intelligence avec la lumière de la très sainte foi; et dans cette lumière où il vous a plu de vous manifester, j’ai connu la grâce ineffable que vous avez faite à l’homme en lui donnant, dans le corps mystique de la sainte Église, la divinité et l’humanité parfaite de votre Fils. J’ai connu aussi la dignité des ministres que vous avez choisis pour nous distribuer ce trésor.

5. Je désirais vous voir remplir la promesse que vous m’aviez faite, et vous me donnez beaucoup plus en me donnant ce que je ne savais pas vous demander. Oui, je comprends parfaitement que le cœur de l’homme ne peut demander ni désirer autant que vous lui donnez. Je vois que vous êtes le Bien infini, éternel, et que nous sommes ceux qui ne sommes pas. Vous êtes infini, et nous sommes finis; vous donnez ce que votre créature raisonnable ne peut, ne sait pas désirer. Vous seul savez, pouvez et voulez satisfaire l’âme et la rassasier de toutes les choses qu’elle ne vous a pas demandées; et vous le faites de cette manière si douce et si aimable que vous avez de donner.

6. J’ai donc reçu la lumière dans la grandeur de votre charité, par l’amour que vous avez manifesté à tout le genre humain, et surtout à vos ministres, qui doivent être les anges de la terre en cette vie. Vous m’avez montré la vertu et la béatitude de vos ministres qui ont vécu dans votre Église comme des lampes ardentes et des perles de justice. Par là, j’ai mieux compris la faute de ceux qui vivent misérablement. J’ai ressenti une immense douleur de l’offense qui vous est ainsi faite et du malheur qui en résulte pour le monde; car ils nuisent au monde en étant le miroir du vice, tandis qu’ils devraient être le miroir de la vertu. Vous m’avez montré leurs iniquités, à moi, misérable, qui suis la cause et l’instrument de tant de fautes; et en vous entendant vous plaindre de leurs iniquités, j’ai ressenti une douleur intolérable.

7. O amour ineffable, en me montrant ces choses, vous m’avez donné une médecine douce et amère qui me guérit de mon ignorance et de ma tiédeur, pour que, dans l’ardeur de mon désir, j’aie recours à vous, et que, connaissant votre bonté et tous les outrages qui vous sont faits par les hommes et spécialement par vos ministres, je répande sur moi, pauvre misérable, et sur ces morts qui vivent si mal, un torrent de larmes que me donnera la connaissance de votre bonté infinie. Non, je ne veux pas, ô Père, foyer d’amour, abîme de charité, je ne veux pas cesser un instant de désirer votre honneur et le salut des âmes. Mes yeux ne se lasseront pas de pleurer; je vous demande en grâce qu’ils deviennent deux fontaines de cette eau qui sort de vous, l’océan de la paix! Grâces, grâces vous soient rendues, ô Père, de ce que vous m’avez accordé ce que je vous demandais et ce que je ne connaissais pas, ce que je ne demandais pas, puisque, vous m’avez invitée si doucement à pleurer puisque vous m’avez si puissamment provoquée à offrir devant vous mes ardents désirs avec mes humbles et continuelles prières.

8. Maintenant je vous demande de faire miséricorde au inonde et à votre sainte Église. Je vous supplie d’accomplir ce que vous me faites demander. Oh! combien ma pauvre âme souffre d’être cause de tant de mal! Ne tardez plus à faire miséricorde au monde; laissez vous fléchir, et accomplissez le désir de vos serviteurs. Oui, c’est vous qui les faites crier; entendez donc leur voix. Votre Vérité a dit d’appeler, et il nous serait répondu de frapper, et il nous serait ouvert; de demander, et il nous serait donné. O Père éternel, vos serviteurs appellent votre miséricorde, qu’elle leur réponde donc. Je sais bien que la miséricorde vous est propre, et que vous mie pouvez vous défendre de la donner à qui vous la demande. Ils frappent à la porte de votre Vérité, parce que dans votre Fils ils connaissent l’amour ineffable que vous avez eu pour l’homme. Ils frappent à la porte; l’ardeur de votre charité ne doit pas, ne peut pas refuser d’ouvrir à qui frappe avec persévérance.

9. Ouvrez donc, brisez, élargissez les cœurs endurcis de vos créatures. Que ce ne soit pas à cause d’elles, qui ne frappent pas, mais faites-le à cause de votre infinie bonté et à cause de l’amour de vos, serviteurs, qui frappent pour elles; faites-le, ô Père, car vous voyez qu’ils sont à la porte de votre Vérité et qu’ils demandent. Que demandent-ils? Ils demandent le sang de votre Fils, qui est la porte de la Vérité; parce que dans ce sang vous avez lavé l’iniquité et effacé la tache du péché d’Adam. Ce Sang est à nous, car vous nous en avez fait un bain, et vous ne pouvez, vous ne devez pas le refuser à qui vous le demande. Donnez donc le fruit de ce Sang à vos créatures; mettez dans la balance le prix du Sang de votre Fils, afin que les démons de l’enfer ne puissent emporter vos brebis.

10. Vous êtes le bon Pasteur, car vous nous avez donné pour nous conduire votre Fils bien-aimé, qui, par obéissance, est mort pour vos brebis et nous a fait un bain de son Sang. C’est ce Sang que vous demandent vos serviteurs qui frappent à la porte avec un si grand désir lis vous demandent par ce Sang de faire miséricorde au monde, et de remplir de nouveau votre sainte Église des fleurs odoriférantes de vos bons et saints pasteurs, pour que leur parfum corrige l’infection des fleurs corrompues. Vous avez dit, ô Père éternel, que vous écouteriez votre amour pour les créatures raisonnables; que vous vous laisseriez fléchir par les prières de vos serviteurs et par les peines qu’ils souffrent sans les mériter, que vous feriez miséricorde au monde, et que vous réformeriez l’Église. Donnez-nous cette consolation; ne tardez pas à jeter sur nous regard de miséricorde; mais répondez, car vous voulez nous répondre avant même que nous vous appelions avec la voix de votre miséricorde.

11. Ouvrez la porte de votre ineffable charité que vous nous avez donnée dans la personne de votre Fils. Je sais déjà que vous ouvrez avant que nous frappions; car c’est avec l’amour que vous avez donné à vos serviteurs qu’ils frappent, qu’ils vous appellent, en cherchant votre honneur et le salut des âmes. Donnez-leur donc le Pain de vie, c’est-à-dire le fruit du sang de votre Fils bien-aimé, qu’ils vous demandent pour la gloire et la louange de votre nom et pour le salut des âmes; car il me semble qu’il vous revient plus de gloire et de louange à sauver tant de créatures qu’à les laisser périr dans leur endurcissement.

12. Tout vous est possible, Ô Père. Je sais que vous nous avez créés sans nous, mais que vous ne pouvez nous sauver sans nous. Je ne vous le demande pas, mais je vous conjure de forcer leur volonté, de les disposer à vouloir ce qu’elles ne veulent pas; et je vous le demande au nom de votre miséricorde. Vous nous avez créés de rien; mais maintenant que nous existons, faites-nous miséricorde; réparez les vases que vous avez façonnés à votre image et à votre ressemblance; rétablissez-les dan la grâce par la miséricorde et le sang de votre Fils, le Christ, le doux Jésus.

Traité de la prière II – Chapitre CXXIX, CXXX, CXXXI

CXXIX.- Des autres péchés qui viennent de l’orgueil et de l’amour-propre.

1. Tout ce que j’ai dit, ma fille, est pour te faire pleurer plus amèrement sur l’aveuglement de ceux qui Sont dans cet état de damnation, et pour te faire mieux connaître ma miséricorde, afin que tu places dans cette miséricorde toute ta confiance, et que tu l’invoques en présentant devant moi ces ministres de la sainte Église et l’univers tout entier. Plus tu m’offriras pour eux tes tendres et douloureux désirs, plus tu me témoigneras l’amour que tu as pour moi. Ni toi ni mes serviteurs vous ne pouvez m’être utiles, mais vous devez me rendre service parce moyen.

2. Oui, je me laisserai faire violence par les désirs, les larmes et les prières de mes serviteurs; je ferai miséricorde à mon Épouse en la réformant par de saints et bons pasteurs. Ces bons pasteurs corrigeront leurs inférieurs; car presque tout le mal que font les inférieurs est causé par les mauvais pasteurs. S’ils les reprenaient, si la perle de la justice brillait dans toute leur conduite, les choses ne seraient point ainsi. Sais-tu ce qui résulte de tous ces vices? C’est que l’un suit les traces de l’autre; les inférieurs n’obéissent pas, parce que le supérieur, avant de le devenir, n’obéissait pas à son supérieur; on lui fait ce qu’il a fait lui-même, et comme il a mal obéi, il est mauvais pasteur.

3. La cause de tous ces désordres est l’orgueil qui vient de l’amour-propre. Il était ignorant et superbe lorsqu’il était inférieur; il est encore plus ignorant et plus superbe maintenant qu’il commande. Son ignorance est si grande, qu’il pousse l’aveuglement jusqu’à donner le sacerdoce à un idiot qui saura lire à peine et qui ne pourra dire son Office. Quelquefois même il ne connaîtra pas bien les paroles sacramentelles, et il ne consacrera pas. Il fera ainsi par ignorance ce que d’autres font par malice; il ne consacrera pas, tout en paraissant consacrer.

4. Au lieu de choisir des hommes expérimentés et vertueux, qui savent et comprennent ce qu’ils disent, ces mauvais pasteurs feront le contraire; ils ne regarderont ni au savoir ni à l’âge, et ils aimeront mieux choisir des enfants que des hommes mûrs. Ils n’examineront pas si leur vie est exemplaire, et s’ils comprennent la dignité qu’ils vont recevoir et le grand mystère qu’ils auront à accomplir; ils ne songent qu’au nombre et non pas aux vertus; ils sont aveugles et conduisent des aveugles. Ils ne pensent pas qu’à l’heure de la mort je leur demanderai compte de toutes ces choses.

5. Après avoir fait des prêtres si déplorables, ils leur confient le soin des âmes, quoiqu’ils voient bien qu’ils ne savent pas se conduire eux-mêmes. Comment ceux qui ne connaissent pas leurs fautes pourront-ils les connaître et les corriger dans les autres? Ils ne peuvent pas et ne veulent pas agir contre eux-mêmes. Les brebis qui n’ont pas de pasteur pour les soigner et les conduire s’égareront facilement et seront souvent attaquées et dévorées par les loups.

6. Le mauvais pasteur n’a pas soin d’avoir un chien qui aboie en voyant venir le loup; il en a un qui ne vaut pas mieux que lui. Le pasteur sans sollicitude pour les âmes n’a pas le chien de la conscience; il ne tient pas dans ses mains le bâton de la justice ni la verge de la correction. Le chien de la conscience n’aboie pas, parce qu’ils ne se reprennent pas eux-mêmes, et les brebis s’écartent de la voie de la vérité, c’est-à-dire de l’observation de mes commandements. Ils ne s’appliquent pas à, les y ramener, pour que le loup infernal ne les dévore pas. Si le chien de leur conscience aboyait, s’ils corrigeaient leurs défauts avec la verge de la justice, les brebis reviendraient et rentreraient au bercail; mais, parce que le pasteur est sans bâton et sans chien ses brebis périssent, et il ne s’en inquiète pas.

7. Le chien de la conscience languit et n’aboie pas, parce qu’il ne lui donne pas de nourriture. La nourriture qu’il doit lui donner, c’est la nourriture de l’Agneau mon Fils; car, quand la mémoire qui est le vase de l’âme, est pleine du sang de l’Agneau, la conscience s’en nourrit. Le souvenir du Sang allume dans l’âme la haine du vice et l’amour de la vertu Cette haine et cet amour purifient l’âme de la souillure du péché mortel et donnent tant de force à la conscience qu’ils gardent l’âme et éloignent l’ennemi, c’est-à-dire le péché; s’il veut entrer non seulement dans le cœur, mais aussi dans la pensée, aussitôt la conscience, comme un chien vigilants appelle la raison et empêche de commettre l’injustice; car celui qui a une conscience possède la justice.

8. Ces coupables ne sont pas dignes d’être appelés mes ministres, ni même de créatures raisonnables, parce qu’ils se sont abrutis par leurs vices. Ils n’ont pas de chien, parce que leur conscience est si affaiblie, qu’elle semble ne pas exister; ils n’ont pas la verge de la sainte justice, et leurs fautes les ont rendus, si timides, qu’une ombre leur fait peur; leur crainte n’est pas sainte, mais servile. Ils devraient s’exposer à la mort pour retirer les âmes des mains du démon, et ils les lui livrent au contraire, en ne leur donnant pas l’enseignement d’une bonne vie, et en ne voulant pas supporter une seule parole injurieuse pour leur salut.

9. Souvent une âme qui leur est confiée sera chargée de grandes fautes et devra beaucoup au prochain. Mais l’amour déréglé que ce ministre infidèle aura pour sa famille arrêtera la restitution, pour ne pas la dépouiller. Il se taira lors, même que le scandale sera public, et qu’on le lui aura fait connaître afin qu’il guérisse cette âme dont il est le médecin. Quelquefois le malheureux se décidera à parler comme il le doit; mais un mot, une injure, un regard menaçant l’empêcheront de le faire. Une autre fois ce sera un présent, et ce présent ou cette crainte servile lui feront laisser cette âme entre les mains du démon.
10. Il lui donnera le corps de mon Fils, quoiqu’il voie et qu’il sache bien qu’elle est plongée dans les ténèbres du péché mortel, pour plaire aux hommes, par crainte ou par intérêt. Il administrera les sacrements aux indignes, et ensevelira dans l’église avec de grands honneurs ceux qui devaient en être rejetés comme des animaux et des membres retranchés. Qui est cause de cela? L’amour-propre et la grandeur de son orgueil; car, s’il m’avait aimé au dessus de toute chose, s’il avait aimé cette pauvre âme, il eut cherché son salut avec humilité et sans crainte.

11. Tu vois combien de maux viennent des trois vices lui sont les supports, les colonnes de tous les autres péchés: l’orgueil, l’avarice, l’impureté de l’esprit et du corps. Ton oreille ne pourrait entendre toutes les iniquités que commettent les membres du démon par ces trois vices (Tu enim aliquando vidisti simnplices aliquas bonae fidei qui sentiunt aliquem in sua persona defectum ex aliquo timore procedentem: dubitantes autem se a daemonio vexari, vadunt ad miserum sacerdotem, existimantes ab eo posse liberari sive juvari; et vadunt ut unus diabolus expetiat alium: ipse vero velut avarus et acceptabit ab ea donum, et valut lascivus et inhonestus infelici mulierculae dicet: Ab isto defectu nullo modo liberari potestis, nisi per talem modum: et ita miserabiliter inducet eam ad perdendum pudicitiam secum.).

12. O démon pire que les démons, et qui fais plus mal qu’eux! car beaucoup de démons ont horreur de ce péché que tu commets, et tu t’y plonges comme le pourceau dans la fange. O brute immonde, est-ce donc là ce que je demande de toi? Je t’ai, par la vertu du sang de mon Fils, chargé de chasser le démon des âmes, et c’est toi qui l’y introduis. Tu ne vois pas que la hache de la justice divine est déjà à ta racine. Et je te dis que tes iniquités seront punies avec usure en temps et lieu, si tu ne les punis toi-même par la pénitence et par la contrition du cœur. Tu ne seras pas épargné parce que tu es prêtre; tu seras frappé au contraire rigoureusement pour ces péchés et pour ceux des autres; c’est toi qui seras le plus cruellement torturé, et tu te souviendras d’avoir chassé le démon avec le démon de la concupiscence (Insuper et aliam infelicem vidisti ligatam in peccato mortali, quae vadens ad miserum sacerdotem ut eam absolveret a suo peccato, ab eo fortius est aligata in graviori culpa quam erat, et per admirabiles vias induxit eam ad peccandum secum. Ergo vere talis pastor est absque cane conscientiae, imo suffocat conscientiam aliorum, nec tantum non vult conservare propriam. Ego namque elegi eos ut ad honorem meum cantent divinum officium atque psalmirent in nocte. Ipsi vero student in malis, et aci daemonum incantiones, et juxta posse satagunt ut operatione diabolica, nocte media adducantur eis, aliquae creaturae quas amore polluto diligent. Ita namque judicant esse, sed illuduntur a diabolo; quoniam in veritate non est ita.).

13. Malheureux, est-ce pour de tels sacrilèges que je t’ai élevé au sacerdoce? C’était par des veilles et des prières que tu devais te préparer à célébrer, le matin; c’était le parfum de la vertu et non l’infection du vice qu’il fallait offrir aux fidèles. Je t’ai élevé à l’état des anges, afin que tu puisses converser avec les anges, dès cette vie, par de saintes méditations, et me goûter ensuite avec eux dans le ciel. Tu te plais à être avec les démons et à t’entretenir avec eux, même avant la mort.

14. La corne de ton orgueil a frappé dans ton intelligence l’œil de la sainte foi. Tu as perdu la lumière, et tu ne vois pas dans quelle misère tu es tombé, tu ne crois pas véritablement que toute faute est punie et toute vérité récompensée; car, si tu le croyais, tu n’agirais pas de la sorte. Tu ne chercherais pas à t’entretenir avec le démon, tu craindrais d’entendre son nom même; mais parce que tu suis sa volonté, tu prends plaisir à ses œuvres. O aveugle, plus qu’aveugle, demande donc au démon le service qu’il peut te rendre pour ce que tu fais. Il répondra qu’il te donnera ce qu’il a pour lui-même Il ne peut te donner que les affreux tourments et les flammes éternelles, où son orgueil l’a précipité du haut du ciel.

15. Toi, l’ange de la terre, ton orgueil t’a précipité des hauteurs du sacerdoce et des richesses de la vertu dans un abîme de misères, et si tu ne te corriges pas, tu tomberas au fond des enfers. Tu as fait de toi et du monde ton dieu et ton seigneur. Tu as joui du monde et de ses délices pendant cette vie; tes sens, ont abusé de ses biens; dis donc maintenant au monde et à ses plaisirs de répondre pour toi devant moi, le souverain Juge. Ils te répondront: Nous ne pouvons t’aider en rien; ils se moqueront de toi, en disant, qu’il est bien juste que tu sois couvert de confusion devant moi et devant le monde.

16. Tu as méprisé le sacerdoce que je t’avais confié, et le monde te méprise. Tu ne vois pas ton malheur, parce que ton orgueil t’aveugle; mais tu le verras au moment de la mort, lorsque tu ne trouveras, le secours d’aucune vertu. Tu n’auras d’autre refuge que ma miséricorde, si tu espères dans le Sang dont je t’ai fait ministre. Personne ne sera rejeté, s’il espère dans ce Sang et dans ma miséricorde, mais personne aussi ne doit être assez aveugle et assez insensé pour attendre à ce dernier moment.

17. Songe qu’à ce dernier moment, le démon, le monde et les sens accusent celui qui a mal vécu; ils ne le trompent plus, en lui montrant comme autrefois le plaisir où est I’amertume, le bien ou est le mal, la lumière ou se trouvent les ténèbres. Ils lui font tout voir dans la réalité. Alors le chien de la conscience, qui était muet, commence à aboyer avec tant de violence qu’elle jette presque l’âme dans le désespoir. Il ne faut jamais s’y laisser aller, mais au contraire toujours espérer dans le Sang de mon Fils, maIgré tous les crimes qu’on a commis. Ma miséricorde, que vous recevez par ce Sang, est infiniment plus grande que tous les péchés qui se commettent dans le monde. Mais il ne faut pas différer, car c’est une chose terrible pour l’homme que de se trouver désarmé au milieu des ennemis sur le champ de bataille.

CXXX.- De beaucoup d’autres fautes que commettent les mauvais pasteurs.

1. O ma fille bien-aimée, ces malheureux n’y pensent pas. S’ils y pensaient, ils ne commettraient pas ces fautes, et tant d’autres; mais ils feraient comme ceux qui vivent saintement, et qui aimeraient mieux mourir que de m’offenser en souillant leur âme et la dignité que je leur ai donnée. Ils augmentent au contraire la dignité et la beauté de leur âme. La dignité du sacerdoce ne peut, il est vrai, croître par la vertu, ni diminuer par le vice; mais les vertus sont un ornement pour l’âme, une parure ajoutée à la beauté, à la pureté que je lui ai donnée dans le principe en la créant à mon image et à ma ressemblance. Ceux-là n’ont pas méconnu ces trésors de ma bonté, parce que l’orgueil et l’amour-propre ne les ont point aveuglés’ et privés de la lumière de la raison; ils ne l’ont pas perdue, car ils m’aimaient et ils aimaient le salut des âmes.

2. Mais ces pauvres malheureux sont entièrement privés de cette lumière, et ils ne s’inquiètent pas d’aller de vice en vice, jusqu’à ce qu’ils tombent dans l’abîme. Du temple de leur âme et de la sainte Église, qui est un jardin, ils ont fait un repaire d’animaux. O ma chère fille, combien m’est odieuse leur maison, qui devait être pleine de mes serviteurs et de mes pauvres! Ils devaient y avoir pour épouse leur bréviaire, et pour enfants les livres de la Sainte Écriture, ils devaient s y complaire, afin d’enseigner leur prochain et de lui donner de saints exemples et leur demeure est pleine de désordres et de personnes vicieuses (Sed ipsi sponsam breviarii pertractant veluti adulteram, et in suo loco tenent unam diabolicam concubinam, cum qua vivunt immundissime, cum fetenti miseria. Libri vero sui sunt actes filiorum quos acquisierunt in tanta miseria et iniquitate, et absque verecundia quacumque cum bis impudentissime delectantur.).

3. Le jour de Pâques et les autres fêtes, que ce prêtre devait employer à glorifier mon nom par là saint Office, et à m’offrir l’encens de ses humbles et ferventes prières, il les passe à jouer, à se divertir avec des femmes, et à s’amuser avec les gens du monde, à la chasse et à la pipée, comme s’il était un séculier et un homme de cour.

4. Malheureux, où en es-tu venu? Tu devais prendre des âmes pour la gloire de mon nom, et garder le jardin de ta sainte Église, et tu vas courir les bois. Et cela, parce que tu es abruti en laissant entrer dans ton âme, comme des animaux, tant de péchés mortels: voilà comme tu es devenu chasseur et oiseleur! Le jardin de ton âme est inculte et rempli d’épines, parce que tu te plais dans les lieux déserts à poursuivre les bêtes sauvages.

5. Rougis donc, malheureux, et regarde tes défauts. De quelque côté que tu te tournes, tu trouves un sujet de confusion. Mais tu ne rougis pas, parce que tu as perdu ma crainte salutaire (Imo veluti meretrix absque verecundia, quandoque te jactabis habere mundi statum, pulchram hahere familiam, et aciem filiorum; et si forte non habes, juxta posse satagis habere, ut tibi succedant haeredes: unde tu fures atque latro, quoniam optime nosti quod ita facere non debes. Haeredes enim tui debent esse pauperes et ecclesia tibi commissa.). O démon incarné, privé de toute lumière, tu cherches ce que tu ne dois pas chercher; tu loues et tu vantes ce qui devrait te faire rougir et te couvrir de confusion devant moi, qui vois l’intérieur de ton cœur. Tu es déshonoré devant toutes les créatures, mais ton orgueil t’empêche de voir ta honte.

6. O ma fille bien-aimée, je l’ai placé sur le pont de ma doctrine et de ma Vérité pour vous administrer pendant votre pèlerinage les sacrements de la sainte Église; et le malheureux se tient sous le pont, dans le fleuve des délices et des misères du monde: c’est là qu’il exerce son ministère, et il ne s’aperçoit pas que le flot de la mort s’approche et va l’entraîner avec les démons ses maîtres, qui le conduisent par le fleuve, sans aucune résistance. S’il ne se corrige pas il arrivera à l’éternelle damnation avec tant de charges contre lui, que ta bouche ne pourrait jamais les dire; et il sera plus puni qu’un autre, car la même faute sera plus châtiée en lui qu’en ceux qui étaient du monde; et au moment de la mort, tous ses ennemis se lèveront contre lui pour l’accuser avec plus d’acharnement que tout autre.

CXXXI.- Différence de la mort des justes et des pécheurs. – Mort des justes.

1. Je t’ai dit comment le monde, les démons et les sens accusaient ces malheureux prévaricateurs. Je veux te parler plus longuement à ce sujet, afin que tu en aies plus grande compassion, et que tu voies la différence qui existe entre les combats qu’ont à souffrir les justes et les pécheurs, combien leur mort est différente, et avec quelle paix meurent les justes, selon la perfection de leur âme.

2. Apprends d’abord que toutes les peines des créatures raisonnables ont leur cause dans la volonté; car si leur volonté était soumise et unie à la mienne, elles ne souffriraient pas. Elles ne seraient certainement pas exemptes d’épreuves, mais leur volonté, qui les supporterait avec joie par amour pour moi, n’en ressentirait aucune peine, puisqu’elles n’y verraient que ma volonté.

3. La sainte haine que le juste a de lui-même lui fait combattre le monde, le démon et les sens. Aussi, quand vient la mort, il la reçoit au milieu de la paix, parce qu’il a vaincu ses ennemis pendant la vie. Le monde ne peut l’accuser, parce qu’il a reconnu ses mensonges et qu’il a renoncé à tous ses plaisirs. Ses sens et son corps ne peuvent l’accuser, car il les a domptés avec le frein de la raison, en macérant sa chair par la pénitence, par les veilles, et par d’humbles et continuelles prières. Il a tué la volonté Sensitive par l’horreur qu’il a pour le vice et l’amour qu’il a pour la vertu. Il a détruit toute tendresse pour son corps, et c’est cette tendresse, cet amour que l’âme a naturellement pour son corps qui lui fait paraître la mort terrible.

4. L’homme craint naturellement la mort. Mais parce que la vertu, dans le juste parfait, surmonte la nature, c’est-à-dire cette crainte de la mort, elle l’éteint par la haine sainte et par le désir de retourner à sa fin. La tendresse naturelle ne peut donc lui faire la guerre, et sa conscience est tranquille, parce que pendant sa vie elle a fait bonne garde, en aboyant quand l’ennemi voulait s’emparer de la cité de son âme; car, comme le chien qui est à la porte aboie lorsqu’il voit l’ennemi, et réveille les gardes, le chien de la conscience réveille le garde de la raison, et la raison avec le libre arbitre reconnaît, à la lumière de l’intelligence, si c’est un ami ou un ennemi qui approche.

5. Si c’est un ami, c’est-à-dire la vertu et les saintes pensées du cœur, ils les reçoivent avec empressement, avec amour, et les cultivent avec ardeur. Si c’est l’ennemi, c’est-à-dire le vice et les pensées mauvaises, ils les chassent par la haine et le dégoût. Le juste, armé du glaive de la haine et de l’amour, triomphe de ses ennemis avec la lumière de la raison et la main du libre arbitre. Aussi, quand vient la mort, sa conscience ne le tourmente pas, parce qu’elle a fait bonne garde, et il se repose en paix.

6. L’âme du juste, il est vrai, parce qu’elle est humble et qu’elle connaît le prix du temps et de la vertu, se reprend elle-même à l’heure de la mort de n’avoir pas bien employé ce temps; mais ce n’est pas là une peine qui l’afflige; elle l’engraisse, au contraire; car elle fait que l’âme se recueille en elle-même, et contemple le sang de l’humble Agneau sans tache, mon Fils. Elle ne regarde pas en arrière pour admirer ses vertus passées, parce qu’elle ne veut pas espérer en ses mérites, mais seulement dans le Sang précieux où elle trouvera ma miséricorde; et comme elle a vécu dans la pensée continuelle de ce Sang, elle s’y plonge; elle en est enivrée à l’heure de la mort.

7. Pourquoi les démons ne pourront-ils pas la convaincre de péché? Parce que, pendant sa vie, elle aura triomphé de leur malice par sa sagesse. Ils se présentent cependant pour voir s’ils pourront gagner quelque chose. Ils prennent des apparences horribles et lui offrent souvent des visions hideuses pour l’effrayer; mais parce que l’âme est pure du venin du péché, leur aspect ne lui fait pas peur comme à ceux qui ont vécu d’une manière coupable dans le monde. Aussi, lorsque les démons voient que l’âme s’est plongée dans le Sang de mon Fils avec une ardente charité, ils ne peuvent plus lui résister, et ils se bornent à lui jeter de loin quelques-unes de leurs flèches.

8. Leurs attaques et leurs cris ne nuisent point à l’âme, parce qu’elle a commencé à jouir de la vie éternelle, comme je te l’ai dit autre part. L’œil de son intelligence, éclairé par la lumière de la sainte foi, me contemple, moi le Bien éternel et infini qu’elle attend de ma grâce et non de ses mérites, par la vertu de Jésus-Christ mon Fils. Elle tend vers ce Bien suprême les bras de l’espérance; elle l’embrasse avec les mains de l’amour; elle en jouit avant d’y être, comme je te l’ai expliqué. Puis, toute baignée de ce Sang, elle entre par la porte étroite de mon Verbe; elle arrive à moi, l’océan de la paix; l’océan et la porte ne font qu’un, parce que moi et mon Fils nous sommes une même chose.

9. Quelle joie reçoit l’âme qui se voit si doucement arrivée à ce passage, et qui goûte enfin la félicité des anges et des bienheureux! Tout ceux qui meurent saintement participent à cette félicité. Mais les ministres que je t’ai montrés vivant comme des anges reçoivent davantage, parce que dans cette vie lis ont. Vécu dans une plus grande connaissance et dans une faim plus ardente de mon honneur et du salut des âmes. Non seulement ils ont eu la lumière de la vertu, que tous peuvent avoir, mais ils ont uni à la lumière d’une vie sainte la lumière sut-naturelle de la science, qui leur a fait connaître davantage ma Vérité; et plus on connaît, plus on aime; plus on aime, plus on reçoit. Votre mérite est mesuré sur l’amour.

10. Quelqu’un qui n’a pas de science peut-il arriver à cet amour? Oui certainement, il est possible qu’il y parvienne. Mais une chose particulière n’est pas une loi générale. Ceux-là sont élevés en dignité par le sacerdoce, puisque je les établis pour le bien des âmes; et, s’il voue est ordonné à tous de rester dans l’amour du prochain, il est de plus ordonné à ceux-ci d’administrer le sang de mon Fils et de gouverner, les âmes. S’il le font avec zèle et avec l’amour de la vertu, comme je te l’ai dit, ils recevront plus que les autres.

11.Oh! combien est heureuse leur âme lorsqu’ils arrivent au moment de la mort Ils ont été les apôtres et les défenseurs de la foi, pour leur prochain; ils l’ont tellement incarnée dans la mœlle de leur âme, que par elle ils se voient en moi. Ils ont tellement, espéré en ma providence pendant leur vie, qu’ils ont perdu l’espérance d’eux-mêmes, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas espéré dans leur propre science; et parce qu’ils ont perdu cette fausse espérance, ils n’ont eu d’amour déréglé pour aucune créature. Ils ont vécu pauvres volontairement, et ils ont mis leur espérance en moi avec une grande douceur. Leur cœur fut un vase d’amour qui portait mon nom avec une ardente charité, et ils l’annonçaient au prochain par les exemples de leur sainte vie et les enseignements de leur parole.

12. Ce cœur du ministre fidèle s’est élevé vers moi avec une ardeur ineffable; il m’a embrassé avec amour, moi qui suis sa fin; il m’a présenté la perle de la justice, car il la porte toujours devant lui, accomplissant la justice et rendant fidèlement a chacun ce qui lui est dû. Il me rend justice par son humilité; il rend gloire et honneur à mon nom, en reconnaissant que c’est par ma grâce qu’il a parcouru le temps avec une conscience sainte et pure, et en confessant qu’il était indigne de recevoir une telle faveur.

13. Sa conscience lui rend bon témoignage, et moi je lui donne la couronne de justice qu’il mérite; je la lui donne tout ornée des pierres précieuses de la vertu, c’est-à-dire du fruit que la charité a tiré de la vertu. O ange de la terre! que tu es heureux de n’avoir pas reçu mes bienfaits avec ingratitude, et de n’en avoir pas abusé par négligence ou par ignorance, mais d’avoir, avec la vraie lumière, sans cesse tenu les yeux attachés sur ceux qui t’étaient confiés! Comme un fidèle et courageux pasteur, tu as toujours suivi la doctrine du vrai et bon pasteur, du Christ, le doux Jésus, mon Fils unique. Tu as réellement passé par lui, en te baignant, en te noyant dans son précieux sang, avec le troupeau de tes brebis que tu as conduites, par une sainte doctrine et par ta vie, jusqu’à la vie éternelle, et tu en as laissé beaucoup d’autres en état de grâce.

14.- O ma fille bien-aimée, ceux-là ne souffriront pas des visions du démon, parce qu’ils me voient par la foi et me possèdent par l’amour. Le poison du péché n’est pas en eux; les ténèbres et les choses terribles ne peuvent les troubler et les faire craindre, car leur crainte n’est pas servile, mais sainte. Ils ne redoutent pas, les illusions du démon, parce qu’avec la lumière surnaturelle et la lumière des Saintes Écritures, ils reconnaissent tous ses pièges. Aussi leur âme ne peut être obscurcie et troublée. Ils meurent glorieusement baignés dans le sang de mon Fils, avec la faim du salut des âmes et tout embrasés de la charité du prochain; ils passent par la porte du Verbe, ils entrent en moi, et ma bonté leur donne le rang qui leur convient, selon la mesure de l’amour qu’ils m’ont donné.

Traité de la prière II – Chapitre CXXVI, CXXVII, CXXVIII

CXXVI.- De ceux qui s’abandonnent aux plaisirs des sens.

1. Ma fille bien-aimée, je t’ai dit quelque chose de ceux qui vivent en religion avec le vêtement des agneaux, tandis qu’ils sont des loups ravisseurs. Je reviens maintenant aux ecclésiastiques et aux ministres de la sainte Église, pour déplorer avec toi les péchés qu’ils ajoutent à ceux dont je t’ai parlé. Je t’entretiendrai des trois colonnes du vice que je t’ai montré une fois. Ces colonnes sont l’impureté, l’orgueil et la cupidité qui fait vendre la grâce du Saint Esprit. Ces vices se tiennent entre eux, leur fondement commun est l’amour-propre. Tant que ces trois colonnes sont debout et ne sont pas renversées par la force de l’amour des vertus, elles suffisent pour fixer et maintenir l’âme dans tous les vices. Tous les vices naissent de l’amour-propre, qui est lui-même le père de l’orgueil. L’homme orgueilleux est privé du sentiment de la charité; son orgueil l’entraîne à l’impureté et à l’avarice, et il se lie ainsi avec les chaînes du démon.

2. Considère maintenant, ma fille, combien l’orgueil et l’impureté souillent leur âme et leur corps. Je veux ajouter quelque chose pour que tu connaisses mieux l’abondance de ma miséricorde, et que tu aies une plus grande compassion de ces malheureux. Quelques-uns sont si possédés du démon, que non seulement ils outragent les sacrements et ne respectent pas la dignité que je leur ai donnée, mais qu’ils s’oublient et s’égarent dans l’amour des créatures. Quand ils ne peuvent avoir ce qu’ils désirent, ils pratiqueront des sortilèges et se serviront même du Sacrement qui est votre nourriture et votre vie, pour composer des maléfice et satisfaire leurs pensées impures et leurs coupables volontés. Les pauvres brebis dont ils devaient nourrir les âmes et les corps sont ainsi tourmentées par ces détestables moyens, et par d’autres que je passerai sous silence, pour ne pas t’affliger davantage, Tu les as vues ces pauvres brebis, comme folles et hors d’elles-mêmes, sentir leur volonté violentée par ces démons incarnés, et entrai nées à faire ce qu’elles ne voulaient pas. La résistance qu’elles opposaient causait à leur corps d’horribles souffrances. Il est inutile de te rappeler ces malheurs et tant d’autres. Tu sais quelle en est la cause: une vie impure et coupable.

3. O ma fille bien-aimée la chair qui est élevée au-dessus de tous les chœurs des anges par ma nature divine unie à votre nature humaine, ils l’emploient à de telles iniquités! Homme abominable et semblable à la brute, ta chair que j’ai consacrée par l’onction sainte, tu la livres aux prostituées et à des choses plus viles encor. Cette chair, et celle du genre humain, avaient été guéries de la plaie que lui avait faite le péché d’Adam, par le corps de mon Fils torturé sur l’arbre de la Croix. Malheureux! il t’a honoré et tu l’outrages; il a guéri tes plaies avec son sang, il t’a fait son ministre, et tu le poursuis de tes honteux péchés. Le bon Pasteur avait lavé ses brebis dans son sang; tu salis celles qui sont pures, et tu fais tous tes efforts pour les plonger dans la fange.

4. Tu devais donner l’exemple de la pureté, et tu donnes celui de la débauche. Tu emploies toutes les parties de ton corps à commettre le mal, et tu fais le contraire de ce qu’a fait mon Fils. J’ai permis que ses yeux fussent bandés pour t’éclairer, et tu ouvres les tiens pour empoisonner ton âme et le cœur des autres par des regards criminels. J’ai souffert qu’il fût abreuvé de fiel et de vinaigre, et toi tu te repais, comme l’animal, de mets délicats; tu fais un dieu de ton ventre. Ta langue est pleine de paroles frivoles et déshonnêtes, tandis que tu devais l’employer à reprendre le prochain, à enseigner ma vérités et à réciter pieusement ton Office. Je n’en reçois que la corruption. Tu jures et tu blasphèmes souvent comme un libertin. J’ai souffert que les mains de mon Fils fussent liées pour te délivrer et délivrer le genre humain des liens du péché; tes mains, qui ont été consacrées pour administrer la sainte Eucharistie, tu les souilles par tes vices, toutes les œuvres qu’elles font sont mauvaises et destinées au service du démon. Malheureux! Je t’ai élevé cependant à une si grande dignité pour que tu m’honores et que tu serves mes créatures.

5. J’ai voulu que les pieds de mon Fils fussent percés pour te faire parvenir à son corps; j’ai voulu que son côté fût ouvert pour te faire voir le secret de son cœur; je vous l’ai offert comme un asile où vous pouvez contempler et goûter l’amour ineffable que j’ai ressenti pour vous en unissant ainsi ma nature divine à votre nature humaine. Ce sang, dont tu es le ministre, est un bain pour laver vos iniquités, et tu as fait de ton cœur le temple du démon. Tu ne fixes pas en moi ton affection, représentée par les pieds, et tu ne m’offres que la corruption et le blasphème. Tes pieds te portent où le démon t’appelle. Ainsi tout ton corps persécute le corps de mon Fils; tu fais sans cesse le contraire de ce qu’il a fait, et de ce que toi et toutes les autres créatures, êtes obligés de faire.

6. Tous les organes de ton corps sont viciés, parce que les trois puissances de ton âme sont unies au nom du démon, au lieu d’être unies en mon nom, Ta mémoire devrait être pleine des bienfaits que tu as reçus de moi, et elle est pleine de choses déshonnêtes et coupables. Ton intelligence devrait contempler, à la lumière de la foi, Jésus crucifié, mon Fils unique, dont tu es le ministre, et tu l’appliques aux délices, aux honneurs, aux richesses du monde. Ton amour devrait m’appartenir sans partage, et tu le donnes misérablement aux créatures. Tu me préfères ton corps et jusqu’à tes animaux. Qu’est-ce qui le prouve? Ta révolte contre moi quand je t’enlève ce que tu aimes, et ton impatience contre le prochain quand tu crois qu’il t’a fait quelque tort. Tu le hais et tu l’outrages; tu te sépares de ma charité et de la sienne. O infortuné! tu as été choisi pour répandre le feu de la charité divine, et tu la perds à cause de tes plaisirs coupables et des légers, préjudices que tu reçois du prochain. Voilà, ma fille bien-aimée, une de ces trois malheureuses colonnes du mal dont je t’ai parlé.

CXXVII.- De l’avarice et des maux qu’elle cause à l’Église.

1. La seconde colonne du mal est l’avarice. Ce que mon Fils avait donné avec tant de générosité, l’avarice veut le vendre. Son divin corps, sur l’arbre de la croix, était ouvert, et son sang coulait de toute part. C’est avec ce sang que l’amour vous a rachetés, et non pas avec de l’or et de l’argent. Ce n’était pas pour la moitié du monde qu’il était répandu, mais pour tout le genre humain pour tous ceux qui ont été, qui sont et qui seront. Ce sang ne vous a pas été administré sans le feu; car c’est par le feu de l’amour que je vous l’ai donné, et ce feu et ce sang ne sont pas sans ma nature divine, parfaitement unie à la nature humaine. C’est de ce sang qui par l’amour que j’ai fait l’homme ministre.

2.- Et toi, tu es avare de ce que mon Fils a gagné sur la Croix, pour ces âmes rachetées avec tant d’amour. Ce qu’il t’a donné en te faisant ministre de son sang, tu le retiens par avarice; tu veux vendre la grâce du Saint Esprit, et tu exiges qu’on t’achète ce que tu as reçu gratuitement tu ne cherches point à te rassasier des âmes pour mon honneur, mais à te repaître d’argent. Tu es, si peu généreux de ce que tu as reçu avec tant de largesse, qu’il est évident que je ne suis pas en toi par la grâce, et que le prochain n’y est pas par l’amour. Les biens temporels que tu reçois à cause de ce sang, tu les reçois en abondance, et, dans ton avarice, tu ne les fais pas servir à d’autres qu’à toi. Voleur digne, de la mort éternelle, tu dépouilles les pauvres et l’Église pour vivre dans le plaisir avec tes parents et avec des gens sans conduite tu les dépouilles pour te procurer des jouissances et élever tes enfants.

3. O misérable, où sont les fils des solides et saintes vertus que tu devais avoir? Où est l’ardente charité que tu devais répandre, et le désir dévorant pour mon honneur et le salut des âmes? Où est cette poignante douleur que tu devrais ressentir en voyant le loup infernal emporter tes brebis? Tu n’éprouves rien; tu n’aimes que toi, et cet amour est un poison pour toi et pour les autres. Tu es toi-même ce loup infernal qui les dévores par ton amour déréglé. Tu n’as d’ardeur que pour cela. Comment craindrais-tu de voir le démon invisible emporter les âmes puisque tu es le démon visible, l’instrument qui les fait tomber en enfer?

4. C’est toi et ceux qui te ressemblent que tu revêts et que tu engraisses des biens de l’Église; tu en nourris même des animaux, ces beaux chevaux que tu as pour tes plaisirs, et non pour tes besoins, tandis que tu devrais te borner au nécessaire. Ces plaisirs sont ceux des hommes du monde; tes jouissances devraient être d’assister les pauvres, de visiter les infirmes et de pourvoir à tous leurs besoins spirituels et temporels; car ce n’est pas pour autre chose que je t’ai fait mon ministre, et que je t’ai revêtu d’une si grande dignité. Mais, parce que tu te fais semblable aux bêtes, tu te plais au milieu des bêtes. Que tu es aveugle! Si tu voyais les supplices qui t’attendent si tu ne changes, tu ne te conduirais pas de la sorte, mais tu te repentirais des fautes passées, et tu emploierais mieux le temps présent.

5. Tu vois, ma fille bien-aimée, combien j’ai raison de me plaindre de ces misérables, combien j’ai été généreux envers eux, et combien ils sont avares envers moi. Que te dire encore? Apprends qu’il y en a qui prêtent à usure. Ils ne mettent pas d’enseignes comme les usuriers publics, mais ils ont une foule de moyens subtils pour vendre le temps à leur prochain avec une coupable avidité, ce qui n’est jamais permis. Si on leur fait un présent, si petit qu’il soit, et s’ils le reçoivent pour prix du service qu’il ont rendu en prêtant de l’argent, cela est une usure, comme tout ce qu’on reçoit pour payer le temps.

6. Je les établis pour qu’ils défendent l’usure aux séculiers, et ils la font eux-mêmes. Bien plus, si quelqu’un va les trouver pour les consulter sur cette matière, parce qu’ils ont ce vice et qu’ils ont perdu la lumière de la raison, le conseil qu’ils donneront sera ténébreux et plein de la passion qui est dans leur âme. Ce défaut, et bien d’autres, naissent dans leur cœur étroit, envieux et avare; on peut bien dire d’eux ce que dit mon Fils lorsqu’il entra dans le Temple et qu’il en chassa avec un fouet de corde ceux qui y vendaient et achetaient: « De la maison de mon Père, qui est une maison de prière, vous avez fait une caverne de voleurs » (S. Mt., XXI, 43).

7. Tu le vois, ma douce fille, mon Église, qui est le lieu de la prière, est devenue une caverne de voleurs; ils y vendent et ils y achètent; ils trafiquent de la grâce du Saint Esprit. Celui qui désire les dignités et les bénéfices de la sainte ‘Église, les achète par de nombreux présents qui ressemblent beaucoup à des marchandises et à de l’argent: les malheureux ne regardent pas si ceux qui les sollicitent sont bons ou mauvais; mais, pour leur plaire et par amour des cadeaux qu’ils ont reçus, ils font tous leurs efforts pour mettre ces plantes vénéneuses dans le jardin de la sainte Église. Ils les recommanderont au Vicaire de Jésus Christ. Ainsi le protecteur et le protégé tromperont le Christ de Dieu sur terre, tandis qu’ils devaient lui dire toute la vérité.

8. Mais si le Vicaire de mon Fils s’aperçoit de leur faute, il doit les punir et retirer les pouvoirs de celui qui ne se corrige pas et n’amende pas sa mauvaise vie. Quant à celui qui achète un bénéfice, il serait bon de le mettre en prison pour qu’il change, et que la crainte empêche les autres de suivre son exemple. Si le Christ de la terre agit de la sorte, il fait son devoir. S’il ne le fait pas, son péché ne restera pas impuni, lorsqu’il paraîtra devant moi pour rendre compte de ses brebis.

9. Ma fille, sois persuadée que ce désordre existe à cette époque; et c’est ce qui a fait tomber l’Église dans une si grande désolation. On n’examine pas la vie de ceux qu’on élève aux chargés, et on ne demande pas s’ils sont bons ou mauvais, Si l’on prend quelques informations, c’est auprès de ceux qui sont complices de leurs vices et qui donnent toujours des témoignages favorables, parce qu’ils ont les mêmes défauts. On, ne regarde qu’à la naissance, aux belles manières, aux richesses et au talent de bien dire en plein consistoire et, ce qui est pire, quelquefois on vantera la beauté de la personne. Entends-tu cet acte infernal? Lorsqu’on devrait rechercher l’ornement et la beauté de la vertu, on regarde à la beauté du corps.

10. Ils devraient choisir les pauvres, les humbles qui fuient les honneurs, et ils prennent ceux qui les recherchent avec orgueil. Ils se préoccupent aussi de la science. La science est bonne en elle-même; elle est parfaite lorsque celui qui la possède y joint une vie sainte et une humilité sincère. Mais si la science se trouve dans un orgueilleux et un libertin, elle est empoisonnée. Ce savant n’entend plus que la lettre des Saintes Écritures; il est dans les ténèbres, parce qu’il a perdu la lumière de la raison et qu’il a obscurci l’œil de son intelligence. C’est avec la lumière de la raison, aidée de la lumière surnaturelle, que la Sainte Écriture peut être expliquée et comprise, comme je te l’ai dit ailleurs.

11. Ainsi, tu vois que la science est bonne en elle-même, mais non, pas en celui qui s’en sert comme il ne devrait pas s’en servir; car elle sera pour lui un feu dévorant, s’il ne change pas de vie. Il faut plutôt s’arrêter à une vie bonne et sainte qu’à la science d’un homme qui a une conduite déréglée. On fait le contraire ceux qui sont bons et vertueux sans avoir grande science, sont regardés comme des sots; ils sont méprisés et rebutés, parce qu’ils n’ont rien à donner.

12. Dans,ma maison, qui devrait être la maison de la prière, où devraient briller la perle de la justice, la lumière de la science, la sainteté de la vie; dans ma maison, qui devrait être pleine du parfum de la vérité, abonde, le mensonge. On devrait y voir la pauvreté volontaire, avec un ardent désir de sauver les âmes, de les tirer des mains du démon; et ces ministres infidèles désirent les richesses, ils s’occupent tant des choses temporelles, qu’ils abandonnent le soin des choses spirituelles. Ils ne font que jouer, rire, augmenter et multiplier leurs biens. Les malheureux ne s’aperçoivent pas que c’est le moyen de les perdre; car s’ils. étaient riches en vertu, et s’ils s’appliquaient aux choses spirituelles comme ils le doivent, ils auraient les choses temporelles en abondance, et beaucoup de révoltes contre l’Église, mon épouse, n’auraient pas lieu.

13. Ils, doivent laisser les morts ensevelir leurs morts (S. Luc, IX, 60), pour suivre la doctrine de mon Fils et accomplir en eux ma volonté, c’est-à-dire, faire ce que je les ai chargés de faire, mais ils font tout le contraire, car ils s’appliquent à ensevelir, avec un amour déréglé, les choses mortes et passagères, et ils font ce qui regarde les hommes du monde; ce qui me déplaît grandement, et nuit beaucoup à la sainte Église. Il faut laisser aux séculiers leurs affaires. Un mort doit ensevelir l’autre, c’est-à-dire que ceux qui sont placés pour gouverner les choses temporelles doivent les gouverner.

14. Pourquoi t’ai-je dit qu’un mort doit ensevelir l’autre? Apprends que cela doit s’entendre de deux manières. La première quand on administre les choses temporelles en état de péché mortel, avec un amour déréglé; la seconde, quand on le fait seulement avec le corps sans s’y attacher; car le corps est une chose morte: il n’a pas la vie en lui-même, il la tient de l’âme, et participe à sa vie tant qu’il n’en est pas séparé. Il faut donc que mes ministres, qui doivent vivre comme des anges, laissent les choses mortes aux morts, et gouvernent les âmes, qui sont des choses vivantes et qui ne meurent jamais quant à l’être.

15. Ils doivent les gouverner, leur administrer les sacrements, les dons et les grâces du Saint Esprit, et leur distribuer la nourriture spirituelle en vivant saintement. De cette manière, ma maison sera la maison de la prière; ils la rempliront de grâces et de vertus. Mais comme ils ne le font pas et qu’ils font le contraire, je puis dire qu’elle est devenue une caverne de voleurs; car ils se sont faits marchands par avarice; ils vendent, ils achètent (Et est effecta receptaculum animalium, ex eo quia vivunt ut animalia bruta cum inhonestate fetida. Et hoc enim ex illa fecerunt veluti stabulum, quoniam jacent in luto miserabilis inhonestais. Et ita, tenent in ecclesia daemoniacas concubinas suas, absque verecundia, sicut sponsus honorifice sponsam in domo sua retinet). Tu vois combien ces désordres sont plus grands que ceux dont je t’ai parlé. Ils viennent des deux colonnes de mort qui sont l’impureté et l’avarice.

CXXVIII.- De l’orgueil qui détruit la connaissance de la vérité.

1. Je veux maintenant te parler de la troisième colonne qui est l’orgueil: je l’ai placé le dernier, mais il est le dernier et le premier des vices; car tous les vices sont basés sur l’orgueil, comme toutes les vertus ont pour base et pour vie la charité. L’orgueil naît et se nourrit de l’amour-propre sensitif, qui est le fondement de ces trois colonnes et de tous les péchés que commettent les créatures. Celui qui s’aime d’un amour déréglé est privé de mon amour, puisqu’il ne m’aime pas; et en ne m’aimant pas, il m’offense, puisqu’il n’observe pas le commandement de la loi qui lui ordonne de m’aimer par dessus toute chose, et d’aimer le prochain comme moi-même.

2. Aussi, parce qu’il s’aime d’un amour sensitif, il ne m’aime pas et ne me sert pas; mais il aime et sert le monde par l’amour sensitif et le monde n’ont aucune conformité avec moi; et parce qu’il n’y a aucune conformité entre ces deux amours, il faut nécessairement que celui qui aime le monde d’un amour sensitif et le sert d’une manière sensuelle, me haïsse. Celui qui m’aime en vérité hait le monde. Ma Vérité a dit que personne ne pouvait servir deux maîtres contraires. Dès qu’il en sert un, il sera opposé à l’autre (S. Mt., VI, 24).

3. Tu vois que l’amour propre prive l’âme de ma charité et le revêt du vice de l’orgueil. L’amour-propre est la source de tout péché. Je me plains de toute créature raisonnable coupable d’amour-propre, mais je me plains bien davantage de mes ministres, qui devraient être humbles. Tous doivent avoir cette vertu de l’humilité, que nourrit la charité, mais surtout ceux qui sont les ministres de l’humble Agneau sans tache, mon Fils bien-aimé. Comment eux et tous les hommes n’ont-ils pas honte de s’enorgueillir, lorsqu’ils me voient humilié jusqu’à l’homme par l’union du Verbe mon Fils à votre chair?

4. Ils voient le Verbe se soumettre avec ardeur à l’obéissance que je leur ai imposée, et s’abaisser jusqu’à la mort ignominieuse de la Croix. Il a la tête inclinée pour vous saluer, la couronne sur la tête pour vous orner, les bras étendus pour vous embrasser, les pieds percés pour ne pas vous quitter. Et toi, malheureux, qu’il a fait son ministre avec tant de générosité et d’humilité, tu devrais embrasser la croix, et tu la fuis pour t’unir à de coupables et immondes créatures; tu devrais être ferme et inébranlable dans la voie de ma Vérité, lui livrant ton cœur et ton esprit, et tu flottes comme la feuille emportée par le vent. Tu vas au gré du temps; la prospérité t’agite d’une joie déréglée, l’adversité te jette dans l’impatience; car, comme la patience est la moelle de la charité, l’impatience est celle, de l’orgueil. Tout agite et scandalise ceux qui sont orgueilleux et colères.

5. L’orgueil me déplait tant, que je l’ai précipité du ciel lorsque l’ange voulut s’élever. L’orgueil ne monte pas au ciel, il tombe au fond des enfers. Ma Vérité a dit: Celui qui s’élèvera, c’est-à-dire l’orgueilleux, sera humilié, et celui qui s’humiliera sera élevé (S. Luc XIV, 11). Dans toutes les classes d’hommes, l’orgueil me déplaît; mais il me déplaît plus dans mes ministres, que j’ai choisis pour servir l’humble Agneau. Ils font tout le contraire. Comment ce malheureux prêtre n’a-t-il pas honte d’être orgueilleux, lorsqu’il me voit descendre jusqu’à vous en vous donnant mon Fils unique, et en le prenant pour ministre? Le Verbe ne s’est-il pas humilié pal obéissance jusqu’à la mort ignominieuse de la Croix? Sa tête est couronnée d’épines, et son ministre lève la tète contre moi et contre son prochain. Au lieu d’être un humble agneau, c’est un bélier avec des cornes d’orgueil, et il frappe tous ceux qui l’approchent.

6. Infortuné, tu ne penses pas que tu ne peux m’échapper. T’ai-je chargé de me frapper avec les cornes de l’orgueil, de m’injurier et d’outrager le prochain sans raison? Où est la douceur que tu devrais avoir pour célébrer le Mystère du corps et du sang de mon fils Jésus? Tu es devenu comme une bête féroce, sans aucune crainte de moi. Tu dévores ton prochain; tu mets la division partout et tu favorises les personnes qui te servent, qui te sont utiles, ou celles qui te plaisent, parce qu’elles vivent comme toi. Tu devrais les corriger et combattre leurs défauts; mais tu fais le contraire en leur donnant des exemples qu’elles suivent et qu’elles dépassent. Si tu étais bon, agirais-tu de la sorte? Parce que tu es mauvais tu ne sais pas corriger et haïr les fautes d’autrui.

7. Tu méprises les humbles et les pauvres vertueux. Tu les fuis, et tu as des motifs pour les fuir, quoique tu ne doives pas le faire. Tu les fuis parce que la corruption de tes vices ne peut supporter l’odeur de la vertu. Tu rougis de voir mes pauvres à ta porte, et tu refuses d’aller les visiter dans leurs besoins. Tu les vois mourir de faim, et tu ne les secours pas. C’est la grandeur de ton orgueil qui en est cause; ton orgueil refuse de se plier au moindre acte d’humilité. Pourquoi? Parce que l’amour-propre qui nourrit l’orgueil, règne en toi, et veut pas consentir à donner gratuitement aux pauvres les secours temporels et spirituels.

8. O maudit orgueil qui vient de l’amour-propre!! comme tu as aveuglé l’œil de l’intelligence! Ils ne voient pas qu’en s’aimant avec cette tendresse, ils sont cruels envers eux-mêmes, et qu’ils perdent ce qu’ils croient gagner. Ils croient être dans les plaisirs, les richesses, les grandeurs, et ils sont plongés dans la misère et la plus extrême pauvreté; ils sont privés des richesses de la vertu; ils sont tombés des hauteurs de la grâce dans l’abaissement du péché mortel. Ils paraissent voir et ils sont aveugles; car ils ne se connaissent pas et ne me connaissent pas; ils ne connaissent pas leur état et la dignité à laquelle je les avais élevés; ils ne connaissent pas la fragilité du monde et son peu de solidité; car s’ils le connaissaient s’en feraient-ils un dieu?

9. Qu’est-ce qui leur ôte cette connaissance? L’orgueil, qui les a rendus des démons, tandis que je les avais choisis pour être les anges de la terre en cette vie. Ils sont tombés de la hauteur des cieux au fond des ténèbres; et ces ténèbres se sont tellement multipliées avec leurs iniquités, qu’ils commettent quelquefois une faute que je veux te faire connaître.

10. Quelques-uns sont tellement possédés du démon, qu’ils font semblant de consacrer, et ne consacrent pas, par crainte de mes jugements et pour faire plus librement le mal; ils ont quitté te matin la débauche, et le soir les excès de la table, lorsqu’il leur faut, pour satisfaire le peuple, célébrer tes saints Mystères. Alors la vue de leurs iniquités et le cri de leur conscience les arrêtent, et ils ne consacrent pas par une sorte de crainte de ma justice que leur cause, non pas la haine du vice, mais l’amour d’eux-mêmes

11. Vois, ma fille bien-aimée, quel aveuglement. Au lieu de recourir à la contrition du cœur, au lieu de détester leurs vices et de prendre la résolution de se corriger, ils ont recours à un autre moyen, ils ne consacrent pas. Ils lie voient pas que le mal devient plus grand encore, puisque le peuple prend une hostie non consacrée pour le corps et le sang de Jésus, mon Fils unique, vrai Dieu et vrai homme. Il adore cette hostie comme sI elle était consacrée, tandis qu’elle n’est que du pain. Combien est grande cette abomination, et quelle patience il me faut pour la supporter? S’ils ne se corrigent, toutes mes grâces retourneront contre eux (Populus autem ad vitandum illud inconveniens, debet adorare cum ista conditione, dicens:In quantum iste minister omnia quae debet, dixerit atque fecerit, ego credo quod tu es Jesus Christus Filius Dei vivi, mihi datus in cibum ah inaestjmabili charitate divina, in memoriam tuae dulcissimae passionis et excellentissimi beneficii sanguinis effusi, cum inestimabili charitatis igne, ad abluendas iniquitates meas atque totius universi. Itaque faciendo sic ex aliqua caecitate cujuscumque, nullus effendet adorando unam rem pro alia, quamvis illa culpa peccati solum est illius iniqui ministri, tamen actualiter ibi fieret quod est omnino prohibitum.).

12. O ma fille bien-aimée! qui empêche la terre de les engloutir, et ma puissance de les arrêter et de les rendre immobiles pour les couvrir de confusion devant le peuple? C’est ma miséricorde; je me retiens moi-même, c’est-à-dire que ma miséricorde contient ma justice, afin de les vaincre à force de miséricorde. Mais ils ne connaissent rien dans leur obstination diabolique; ils ne voient pas ma miséricorde, et ils paraissent croire que je leur dois ce que je leur donne; ils sont si aveugles, qu’ils ne voient pas qu’ils reçoivent tout de ma grâce sans y avoir aucun droit.

Traité de la prière II – Chapitre CXXIII, CXXIV, CXXV

CXXIII.- Des autres vices des mauvais ministres.

1. Apprends, ma fille bien-aimée, la source véritable de toute cette corruption. C’est la sensualité, qui, avec l’amour-propre, triomphe de l’âme et la rend esclave, tandis que je l’ai affranchie avec le sang de mon Fils, lorsque tout le genre humain fut délivré de la servitude et de la puissance du démon, toute créature raisonnable participe à cette grâce, mais mes ministres sont particulièrement affranchis de la servitude du monde; ils sont choisis pour me servir et pour administrer les sacrements de la sainte Église. Je les ai rendus indépendants, et je ne veux pas qu’aucun prince temporel se fasse leur juge.

2. Sais-tu, ma fille bien-aimée, comment ils reconnaissent les grands bienfaits qu’ils ont reçus de moi? Ils me remercient en m’outrageant sans cesse par tant de vices et de crimes, que tu ne pourrais jamais les redire, et que tu n’aurais pas même la force de les entendre. Je veux t’en dire cependant encore quelque chose, pour que tu puisses gémir sur eux et en avoir compassion.

3. Ils devaient s’asseoir au banquet de la Croix par leurs saints désirs, et s’y nourrir du salut des âmes, pour m’honorer: toute créature raisonnable doit le faire mais ils doivent le faire bien davantage, puisque je les ai choisis pour distribuer le corps et le sang de Jésus crucifié, mon Fils, pour vous donner l’exemple d’une sainte vie et pour se rassasier de vos âmes, en suivant ma vérité avec une infatigable ardeur. Ils vont au contraire dans les tavernes; ils jurent et blasphèment, ils affichent publiquement leurs vices; ils deviennent, dans leur aveuglement, des animaux sans raison, et toutes leurs actions, toutes leurs paroles respirent le mal.

4. Ils ne savent plus ce que c’est que l’Office, et, s’ils le disent quelquefois, c’est avec les lèvres seulement, mais leur cœur est loin de moi. Ils se conduisent comme des libertins. Après avoir joué et perdu leur âme, ils jouent et risquent les biens de l’Église et ce qu’ils ont reçu en vertu du sang de mon Fils. Aussi les pauvres n’ont pas ce qui leur est dû; l’Église est dépouillée et n’a pas ce qui est nécessaire au culte. Comment peuvent-ils avoir soin de mon temple, puisqu’ils sont devenus les temples du démon? Cette pompe qu’ils devaient déployer dans l’Église pour honorer le sang de mon Fils, ils la mettent dans les maisons qu’ils habitent (Et quod etiam deterius est, ipsi faciunt veluti sponsus, qui sponsam propriam ornat: ita faciunt isti daemones incarnati, qui de substantia temporali suarum ecciesiarum ornant abominabiles atque daemoniacas suas concubinas, cum quibus inique, sceleratissime vivunt, et absque verecundia quacumque faciunt eas ad ecclesiam cum allis ambulare, atque divinis officiis interesse, dum ipsi miserabiles in altari consistunt ad consecrandum unigeniti Filii mei corpus et sanguinem. Nec erubescunt quod infelices illae concubinae filios eorunt ad manum adducant ut offerant una cum alio populo.).

5. O démons plus démons que les démons, si au moins vos iniquités étaient ignorées de ceux qui vous sont soumis! En les commettant secrètement, vous m’offenseriez et vous vous perdriez, mais vous ne perdriez pas le prochain par le scandale de votre vie. Vos exemples empêchent les autres de sortir du vice, et les font tomber dans des péchés semblables, et dans de plus grands encore. Est-ce la pureté que j’exige de mes ministres, surtout quand ils vont célébrer à l’Autel? Doivent-ils ainsi, le matin, l’âme et le corps souillés par le péché, se lever pour offrir le Sacrifice?

6. O tabernacle du démon, où sont tes veilles de la nuit, et l’Office que tu devais réciter? où sont tes continuelles et ferventes prières? Pendant cette nuit même, tu devais te préparer aux fonctions que tu avais à remplir au commencement du jour, en t’examinant et en te reconnaissant indigne d’un si grand ministère; tu devais reconnaître que c’était ma bonté, et non pas ton mérite, qui te l’avait fait donner pour l’utilité des autres créatures.

CXXIV.- Combien sont coupables ces ministres prévaricateurs.

1. Songe, ma fille bien-aimée, que j’exige des fidèles et des prêtres, dans ce sacrement, toute la pureté que l’homme peut avoir sur terre. Tous, vous devez faire sans cesse vos efforts pour l’acquérir, et vous devez penser que si les anges eux-mêmes pouvaient se purifier, ils devraient le faire pour remplir un semblable ministère. Mais cela ne peut être; leur nature n’a pas besoin d’être purifiée, car la souillure du péché ne peut les atteindre. Je te dis seulement cela pour te faire comprendre quelle pureté je réclame de vous’ et surtout des prêtres dans ce Sacrement. Hélas! les malheureux font tout le contraire; car ils s’en approchent non seulement tout souillés de ces impuretés auxquelles vous êtes entraînés par votre fragile nature, quoique la raison, si le libre arbitre le veut, puisse dompter sa révolte; mais encore, loin de surmonter ces faiblesses, ils vont au delà, et commettent le péché que j’ai maudit.

2. Les insensés ont obscurci la lumière de leur intelligence, et ils ne voient plus la corruption et la fange où ils sont plongés. Ce péché me cause une si grande horreur, que, pour le punir, ma vengeance a englouti cinq villes. Ma justice ne pouvait les supporter, tant ce péché me fait horreur; et ce n’est pas à moi seulement, car il répugne aux démons même, que ces malheureux ont choisis pour maîtres. Ce n’est pas que le mal leur déplaise, ils ne peuvent aimer aucun bien; mais, parce qu’ils ont reçu une nature angélique, ils ne peuvent, à cause de cela, voir commettre une telle monstruosité; ils lancent, il est vrai, la flèche empoisonnée par le venin de la concupiscence; mais, quand s’accomplit l’acte du péché, ils s’enfuient, comme je te l’ai dit.

3. Rappelle-toi qu’avant la peste, je t’ai montré combien j’avais en horreur ce péché et combien le monde en était infecté. Je t’élevai alors au-dessus de toi-même dans l’ardeur de tes désirs, et je te fis voir l’univers tout entier. Tu vis ce malheureux péché dans presque toutes les conditions, et les démons qui s’enfuyaient pour ne pas le voir, et l’infection qu’il causait; la peine que tu en ressentais dans ton âme était si grande, que tu te croyais sur le point de mourir. Et tu n’apercevais pas pour toi et mes autres serviteurs un endroit où vous puissiez vous réfugier, car cette lèpre était répandue partout; tu ne trouvais aucun asile parmi les petits et les grands, parmi les vieux et parmi les jeunes; les religieux et les laïques; les maîtres et les serviteurs, presque tous avaient l’âme et le corps souillés de ce vice maudit.

4. Je t’ai montré cependant, au milieu de tous ces coupables, un grand nombre de préservés; car, parmi les méchants, j’ai toujours des élus, dont la vertu et les bonnes œuvres retiennent ma justice et m’empêchent de commander aux rochers d’écraser les coupables, à la terre de les engloutir, aux animaux de les dévorer, et aux démons d’emporter leur âme et leur corps. Je cherche même des moyens pour pouvoir leur faire miséricorde, en les faisant changer de vie: j’y emploie mes serviteurs qui sont purs de cette lèpre, et je les fais prier pour eux.

5. Quelquefois je leur dévoile ces honteux péchés, pour qu’ils soient plus ardents à désirer leur salut, pour qu’ils m’invoquent avec une plus grande compassion et une plus vive douleur de ces outrages, et pour que j’exauce leurs prières comme j’ai exaucé les tiennes car, si tu te le rappelles, lorsque je te fis sentir quelque chose de cette infection, tu en souffrais tant, que tu n’en pouvais plus et que tu me disais: « O Père éternel, ayez pitié du moi et de toutes les créatures, ou bien retirez mon âme de mon corps, car il me semble que je ne puis plus y résister. Donnez-moi quelque soulagement et montrez-moi un lieu où, moi et vos autres serviteurs, nous puissions nous reposer, sans que cette lèpre puisse nous suivre et altérer la pureté de nos âmes et de nos corps ».

6. Je te répondis, en jetant sur toi un regard de tendresse: « Ma fille, votre repos est de rendre honneur et gloire à mon nom, et de m’offrir l’encens d’une continuelle prière pour ces malheureux dont les péchés méritent les rigueurs de mes jugements. Votre asile est Jésus crucifié, mon Fils unique; réfugiez-vous, cachez-vous dans la plaie de son côté; l’amour vous y fera goûter, par son humanité, ma nature divine. Dans son cœur entr’ouvert vous trouverez ma charité et celle du prochain; car, pour honorer son Père et accomplir les ordres que je lui avais donnés pour vous sauver, il a couru à la mort ignominieuse de la Croix. En voyant et en goûtant cet amour vous suivrez sa doctrine, et vous vous rassasierez au banquet de la Croix, en supportant avec charité, avec une véritable patience, votre prochain et les peines, les travaux, les fatigues, de quelque côté qu’elles viennent. C’est ainsi que vous vous sauverez et que vous éviterez la lèpre. C’est le moyen que je t’ai donné et que je donne à tous mes serviteurs « .

7. Cela n’empêcha pas ton âme de sentir cette infection, et ton intelligence de voir ces ténèbres; mais ma providence y pourvut, car, en participant au corps et au sang de mon Fils, Dieu et homme parfait, tels que vous les recevez à l’Autel, comme preuve de la vérité, l’infection fut détruite par le parfum que vous donne ce sacrement, et les ténèbres furent dissipées par la lumière que vous y trouvez. Un miracle de ma bonté fit rester l’odeur de ce Sang dans ta bouche, et tu en jouis pendant plusieurs jours.

8. Tu vois, ma fille bien-aimée, combien ce péché m’est odieux en toute créature: mais songe qu’il doit m’irriter bien davantage en ceux que j’appelle à vivre dans la continence, et surtout en ceux que j’ai séparés du monde par la vie religieuse ou par le sacerdoce, pour leur faire porter des fruits dans le corps mystique de l’Église. Vous ne pourrez jamais comprendre combien ce péché me déplaît plus en eux que dans tous ceux qui vivent dans le monde ou qui devraient vivre dans la continence.

9. Je t’ai dit qu’ils étaient des lampes placées sur le candélabre pour répandre ma lumière par leur vertu et par leur vie, et ils ne répandent que les ténèbres. Ils sont si pleins de ténèbres, qu’ils n’entendent pas la Sainte Écriture, où mes élus puisent la lumière avec la lumière surnaturelle que je leur donne. Parce qu’ils sont enflés d’orgueil et souillés d’impureté; ils ne voient et ne comprennent que l’écorce et la lettre, sans y trouver aucune saveur. Le goût de leur amour est vicié par l’amour-propre et corrompu par l’orgueil; ils ne se repaissent que d’impuretés et ne songent qu’à jouir de leurs plaisirs coupables. La cupidité, l’avarice les poussent au mal, qu’ils commettent publiquement sans honte; et ils exercent l’usure, que j’ai défendue et qui rend si misérables ceux qui s’y livrent.

CXXV.- Des maux que ces vices causent dans le monde.

1.- Comment ceux qui ont de pareils vices pourraient-ils reprendre, corriger et punir ceux qui leur sont soumis? Leurs fautes leur ôtent nécessairement le courage et le zèle de la sainte justice; et si quelquefois ils veulent parler, les coupables savent leur dire: Médecin, guéris-toi d’abord (S. Luc, IV, 23), tu me soigneras ensuite, et je prendrai les remèdes que tu me diras. Il est plus vicieux que moi, et il me fait des reproches.

2. Celui-là fait mal qui veut reprendre les autres par sa parole, sans y ajouter une bonne et sainte vie. Qu’il soit bon ou mauvais, le supérieur doit toujours reprendre le vice dans ceux qui lui sont soumis; mais il fait mal de ne pas le combattre, surtout par ses exemples. Celui-là fait plus mal encore qui ne reçoit pas humblement la correction et qui ne change pas de conduite, que l’avertissement vienne d’un b’on ou d’un mauvais supérieur; car il nuit plus à lui-même qu’aux autres, et c’est lui qui sera puni de ses fautes.

3. Tous ces maux arrivent, ma très chère fille, parce que les pasteurs ne corrigent pas les autres par une bonne et sainte vie. Et pourquoi ne le font-ils pas? Parce qu’ils sont aveuglés par l’amour-propre, qui est la source de tous leurs vices. Ils ne songent qu’aux moyens de se procurer de Coupables jouissances. C’est l’unique pensée des pasteurs et du troupeau, des clercs et des religieux.

4. Hélas! ma douce fille, où est l’obéissance des religieux qui devraient vivre comme des anges dans leur Ordre, et qui sont pires que les démons! Ils sont choisis pour annoncer ma doctrine et ma vérité; mais le bruit de leur parole est inutile, ils ne produisent aucun fruit dans le cœur de leurs auditeurs. Leurs prédications sont plutôt faites pour plaire aux hommes et charmer leurs oreilles que pour m’honorer. Ils s’appliquent non pas à bien vivre, mais à bien parler. Ils ne sèment pas le bon grain de ma Vérité, et ne travaillent pas à arracher les vices et à faire renaître les vertus. Comme ils n’ont point arraché les épines de leur jardin, ils ne cherchent pas à enlever celles du jardin des autres.

5. Toute leur jouissance est de parer leur corps, leurs chambres, et d’aller causer dans la ville; ils ressemblent aux poissons, qui meurent dès qu’ils sont hors de l’eau. Ces religieux qui vivent si légèrement se perdent en quittant leur cellule, dont ils devraient faire un ciel; ils courent les rues, cherchant les maisons, de leurs parents et des gens, du monde; ils plaisent aux séculiers relâchés et aux supérieurs coupables, qui leur laissent toute liberté, au lieu, de les tenir sévèrement, Ces mauvais pasteurs ne s’inquiètent pas de voir leurs frères entre les mains du démon; souvent ils les lui livrent eux-mêmes.

6. Tous ces malheurs sont causés par les supérieurs qui ne veillent pas sur ceux qui leur sont confiés. Ils les laissent libres et les envoient eux-mêmes, comme s’ils ne connaissaient pas leurs misères et le dégoût qu’ils ont de leur cellule. C’est ainsi que vient pour, eux la mort. Tu ne pourrais jamais dire leur iniquité et par quels moyens déplorables ils m’offensent. Ils sont devenus les armes du démon, et ils répandent le poison de leur corruption au dedans et au dehors.

7. Ils scandalisent à la fois les séculiers et les religieux. Ils n’ont pas la charité fraternelle: tous veulent dominer, tous cherchent à posséder, contrairement au précepte et au vœu qu’ils ont fait. Ils ont promis d’observer la règle, et ils la violent; non, seulement ils ne l’observent pas, mais ils se jettent comme des loups affamés sur les agneaux qui veulent la suivre. Ils les accablent de mépris et de souillures. Les malheureux s’imaginent, en persécutant et en tournant en dérision les bons religieux, cacher leurs défauts, et ils les font paraître bien davantage. Voilà le maI qui désole les jardins de l’Église les saints Ordres établis et fondés par l’Esprit Saint.

8. Un Ordre en lui-même ne peut être gâté et corrompu par les défauts des inférieurs et des supérieurs; celui qui veut y entrer ne doit pas faire attention à ceux qui sont mauvais, mais il doit s’appuyer sur la règle qui ne peut faiblir, et ne la point abandonner jusqu’à la mort. Les jardins de la vie religieuse sont ainsi désolés par les supérieurs et les inférieurs relâchés qui n’observent pas la règle, ne tenant aucun compte des usages, et ne faisant leurs cérémonies que pour plaire au public et cacher leurs vices.

9. Tu vois qu’ils n’observent pas leur premier vœu, qui est d’obéir à leurs constitutions. Je te parlerai ailleurs de l’obéissance. Ils ont également promis d’observer la pauvreté volontaire et la continence. Comment l’observent-ils? Vois les propriétés et les richesses qu’ils possèdent, contrairement à la charité qui devrait leur faire partager tous ces biens avec leurs frères, comme l’exige leur règle. Ils ne veulent engraisser qu’eux et leurs animaux: une bête nourrit ainsi les autres. Tandis que leurs pauvres frères meurent de froid et de faim, ils sont bien vêtus et, bien nourris: ils ne pensent pas aux autres, et ne veulent pas se trouver avec eux à la pauvre table du réfectoire. Leur bonheur est de se trouver où ils peuvent s’emplir de viande et satisfaire leur gloutonnerie.

10. Peuvent-ils observer, ainsi leur troisième vœu de continence? Un estomac chargé ne rend pas l’esprit chaste: aussi deviennent-ils lascifs, et sentent-ils des mouvements désordonnés qui les font tomber de faute en faute. Leur richesse les entraîne aussi dans de grandes chutes; car, s’ils n’avaient rien à dépenser, ils ne vivraient pas dans le désordre et n’auraient pas des relations coupables. L’amour et l’amitié fondés sur l’intérêt ou le plaisir, et non sur la parfaite charité, ne durent pas quand on n’a rien à donner.

11. Les malheureux, dans quelle misère les précipite le péché! et je les avais élevés à une si grande dignité! Ils fuient l’église comme la peste; et s’ils s’y trouvent, ils prient des lèvres, mais leur cœur est loin de moi. Ils ont pris l’habitude d’aller à l’Autel sans aucune préparation, comme ils iraient à une table ordinaire. Tous ces maux et bien d’autres dont je ne veux plus te parler, pour ne pas souiller tes oreilles, tous ces maux sont causés par les mauvais supérieurs, qui ne corrigent pas et ne punissent pas les fautes de leurs inférieurs. Ils n’ont aucun zèle pour la règle, parce qu’ils ne l’observent pas eux-mêmes.

12. Ils imposent bien les grands fardeaux de l’obéissance à ceux qui veulent l’observer, et ils les punissent même des fautes qu’ils n’ont pas commises. Ils agissent ainsi parce que la perle de la justice ne brille pas en eux. L’injustice les fait au contraire poursuivre de leur haine et de leurs rigueurs ceux qui mériteraient leur affection et leur bienveillance, tandis qu’ils aiment et favorisent ceux qui sont les membres du démon et ils leur confient les charges de l’Ordre. Ils vivent comme des aveugles; et comme des aveugles aussi, ils distribuent les fonctions et gouvernent leurs inférieurs. S’ils ne se corrigent pas, ils tomberont dans la damnation éternelle, et ils auront à rendre compte des âmes de leurs inférieurs devant moi, le souverain Juge; ils ne pourront se justifier, et ils recevront le châtiment qu’ils méritent.

Traité de la prière II – Chapitre CXX, CXXI, CXXII

CXX.- Résumé de ce qui précède.- Respect qu’on doit aux prêtres, qu’ils soient bons ou mauvais.

1. Ma fille bien-aimée, je t’ai montré une étincelle de la gloire ne mes ministres; je dis une étincelle, en comparaison de ce qu’elle est réellement. Je t’ai fait voir la dignité à laquelle je les avais élevés en les choisissant pour être mes ministres: et à cause de cette autorité que je leur ai donnée, je ne veux pas que la main des séculiers les punisse de leurs fautes; car en le faisant, ils m’offensent d’une manière déplorable. Je veux qu’on; les respecte non pour eux, mais pour moi et à cause de l’autorité dont ils sont revêtus. Ce respect ne doit jamais diminuer, même lorsque la vertu diminuerait en eux. Il faut le conserver pour les mauvais et pour les bons, parce que je les ai tous faits les ministres du Soleil, c’est-à-dire du corps et du sang de mon Fils dans les sacrements.

2. Les bons et les mauvais ont la même dignité; tous sont revêtus des mêmes fonctions, mais je t’ai montré que les parfaits avaient les qualités du soleil, puisqu’ils illuminent et réchauffent le prochain par l’ardeur de leur charité. Cette ardeur produit des fruits et fait naître des vertus dans les âmes de ceux qui leur sont confiés. Je t’ai dit aussi qu’ils étaient des anges que je vous avais donnés pour vous garder, car ils vous gardent et répandent dans vos cœurs, de saintes inspirations par leurs prières, leurs enseignements et leurs exemples. Ils vous servent et vous administrent les sacrements comme le fait l’ange qui vous garde et qui met en vous de bonnes et saintes pensées.

3. Tu vois qu’outre la dignité où je les ai placés, je veux qu’ils soient ornés de toutes les vertus, afin que vous les aimiez et que vous ayez pour eux le plus grand respect. Car ce sont mes fils bien-aimés qui ressemblent à un soleil, éclairant par leur vertu le corps mystique de la sainte Église. Tout homme vertueux est digne d’amour: à bien plus forte raison celui auquel j’ai confié un pareil ministère. Vous devez les aimer à cause de la sainteté du Sacrement. Vous devez haïr les fautes de ceux qui vivent mal, mais je ne veux pas que vous vous fassiez leurs juges, parce qu’ils sont mes Christs, et que vous devez aimer et vénérer l’autorité que je leur ai confiée.

4. Si un homme sale et mal vêtu vous portait un grand trésor qui vous donnerait la vie, par amour pour ce trésor et pour le prince qui vous l’enverrait, vous ne détesteriez pas le porteur, quoiqu’il fût sale et mal vêtu. Son extérieur ne vous plairait pas sans doute, mais à cause du maître vous tâcheriez de le laver et de le vêtir. La charité ordonne que vous agissiez ainsi, et je veux que vous traitiez de la même manière mes ministres peu exemplaires, dont les mains sont souillées et les vêtements déchirés par le défaut de charité, mais qui vous portent de grands trésors, c’est-à-dire les sacrements de la sainte Église, par lesquels vous recevez la vie de la grâce.

5. Vous devez les honorer, quels que soient leurs défauts, par amour pour moi qui vous les envoie, et par amour de la vie de la grâce que vous trouvez dans le grand trésor qu’ils vous portent, puisqu’ils vous donnent un Dieu-Homme tout entier, c’est-à-dire le corps et le sang de mon Fils unis à ma nature divine. Il faut déplorer et haïr leurs fautes; il faut vous efforcer de les revêtir par le zèle de votre charité et la sainteté de vos prières; il faut les laver de leurs souillures avec vos larmes, et me les présenter avec un grand désir, pour que ma bonté les couvre du vêtement de la charité.

6. Vous savez bien que je veux leur faire grâce, pourvu qu’ils s’y disposent, et que vous me le demandiez. Car ce n’est pas ma volonté qu’ils vous distribuent le Soleil dans les ténèbres, étant eux-mêmes dépouillés du vêtement des vertus et souillés par une vie coupable. Je vous les ai au contraire donnés pour qu’ils soient vos anges de la terre et votre lumière. S’ils ne le sont pas, vous devez prier pour eux et ne pas les juger, mais me les laisser juger moi-même. Je désire pouvoir leur faire miséricorde par vos prières. S’ils ne se convertissent pas, la dignité qu’ils ont reçue sera leur ruine; et s’ils ne changent pas, s’ils ne profitent pas de la grandeur de ma miséricorde, moi, le Juge suprême, je les confondrai à l’heure de la mort, et je les enverrai au feu éternel.

CXXI.- De la vie coupable des ministres infidèles.

1. Écoute maintenant, ma fille bien-aimée. Afin que vous tous mes serviteurs, vous soyez excités à m’offrir pour mes ministres infidèles d’humbles et continuelles prières, je vais te montrer leur vie coupable. De quelque côté que tu regardes, que ce soient les séculiers, les religieux, les clercs, les prélats, les petits, les grands, les jeunes et les vieux, dans toutes les conditions, tu ne verras qu’offenses contre moi. Tous me jettent l’infection du péché mortel; mais cette infection ne saurait m’atteindre, elle ne nuit qu’à eux-mêmes.

2. Je t’ai dit jusqu’à présent la dignité de mes ministres et la vertu de ceux qui sont bons, pour donner un peu de repos à ton âme, et te faire ensuite mieux connaître le malheur de ces infortunés. Tu verras combien ils sont coupables et dignes d’un châtiment terrible. Autant mes bien-aimés ministres, qui font saintement valoir le trésor qua je leur ai confié, méritent d’être magnifiquement récompensés, et d’être comme des pierres précieuses en ma présence, autant ces misérables méritent au contraire les foudres de ma justice.

3. Écoute, ma fille bien-aimée, et apprends, dans la douleur et l’amertume de ton cœur, quel est le principe et le fondement de leur égarement: c’est l’amour-propre, d’où naît l’arbre de l’orgueil qui produit l’aveuglement. Comme ils ne savent pas discerner la vérité, ils s’attachent aux hommes, à la gloire, et recherchent les grandes dignités, le faste et les délicatesses du corps. Ils m’outragent et m’offensent; ils s’attribuent ce qui ne leur appartient pas, et m’attribuent ce qui n’est pas de moi.

4. La gloire et l’honneur doivent m’appartenir, et ils doivent n’avoir pour eux que la haine de leurs sens. Ils doivent se connaître assez pour se réputer indignes du sublime ministère qu’ils ont reçu, et ils font le contraire. Tout pleins d’orgueil, ils ne peuvent se rassasier de la boue des richesses et des délices du monde; ils sont avides, impitoyables, avares à l’égard des pauvres, et à cause de ce misérable orgueil et de cette avarice qu’engendre l’amour-propre sensitif, ils abandonnent le soin des âmes. Ils ne pensent qu’à conserver et soigner les choses temporelles, et ils laissent mes brebis que je leur ai confiées, comme des troupeaux sans pasteur. Ils ne les conduisent pas et ne les nourrissent ni spirituellement ni temporellement.

5. Ils administrent, il est vrai, spirituellement les sacrements de la sainte Église, et ces sacrements ne peuvent, par leur faute, perdre leur efficacité et leur vertu mais ils ne nourrissent pas les âmes de prières ferventes, de l’ardent désir de votre salut et d’une vie sainte et honnête. Ils ne nourrissant pas non plus leur troupeau des choses temporelles; ils n’assistent pas les pauvres des biens de l’Église, dont ils doivent faire trois parts, comme je te l’ai dit: une pour leurs besoins, une autre pour les pauvres, et l’autre pair l’utilité de l’Église.

6. Ils font le contraire; car non seulement ils ne donnent pas ce qu’ils sont obligés de donner aux pauvres, mais encore ils dépouillent le prochain par la simonie et la passion de l’argent; ils vendent la grâce du Saint Esprit. Il s’en trouve souvent de si infidèles, que ce que je leur ai donné gratuitement pour qu’ils vous le donnent de même, ils le refusent à ceux qui en ont besoin, à moins qu’on ne leur remplisse la main et qu’on ne les comble de présents. Ils n’aiment ceux qui leur sont confiés qu’autant qu’ils en retirent quelque utilité, et jamais davantage.

7. Ils dépensent les biens de l’Église en riches ornements, pour aller, vêtus avec délicatesse, non comme des clercs et des religieux, mais comme des grands seigneurs et des hommes de cour. Ils s’appliquent à avoir de beaux chevaux, une quantité de vases d’or et d’argent, et de magnifiques ameublements; ils possèdent toutes ces choses, qu’ils ne devraient pas avoir, avec une grande vanité de cœur. Leurs discours sont aussi déréglés: ils ne rêvent que festins somptueux et font un dieu de leur ventre; ils mangent et boivent sans mesure, et tombent bientôt dans la fange et le désordre.

(Vae, vae ipsorum vite miserabili et infelici! quoniam illud quod unigenitus Filius meus acquisivit, cum gravissima pœna, super ligno sanctissimcae Crucis, ipsi cum meretricibus expendunt. Et ita damnabiliter jugiter animas devorant et occidunt lesu Christi sanguine pretioso redemptas, eas diversimode cum fetenti miseria corrumpendo, et de patrimonio vel haereditate pauperum filios adulterinos alunt et ornant).

8. O temples du démon! je vous avais choisis pour être des anges sur la terre, et vous êtes des démons; vous en faites l’office! Les démons répandent les ténèbres qu’ils ont en eux, et deviennent de cruels bourreaux. Ils s’efforcent, autant qu’ils peuvent, par leurs tentations et leurs attaques, de détruire la grâce dans les âmes, pour les faire tomber dans le péché mortel. Le péché ne peut souiller une âme, si elle n’y consent; mais ils font tous leurs efforts pour l’y décider. Ces malheureux, indignes prêtres, appelés mes ministres, sont des démons incarnés, puisque par leurs fautes ils se sont soumis à la volonté du démon, et qu’ils en remplissent les fonctions. Ils me distribuent, moi, le vrai Soleil, au milieu des ténèbres du péché mortel, et ils répandent les ténèbres de leur vie coupable et déréglée parmi les créatures raisonnables qui leur sont confiées. Ils troublent et scandalisent ceux qui les voient vivre ainsi, et souvent leurs mauvais exemples égarent les autres loin de la grâce et de la voie de la vérité, dans les sentiers du mal et de l’erreur.

9. Celui qui les suit n’a pourtant pas d’excuse; car ces démons visibles, pas plus que les démons invisibles, ne peuvent forcer l’homme à pécher. Personne ne doit imiter leur vie et faire ce qu’ils font; car comme ma Vérité vous l’enseigne dans le saint Évangile, vous devez faire ce qu’ils vous disent (S. Mt., XXIII, 3), c’est-à-dire suivre la doctrine qui vous a été donnée dans le corps mystique de la sainte Église, qui est consignée dans la sainte Écriture et proclamée par les prédicateurs chargés d’annoncer ma parole. Gardez-vous d’imiter leur vie coupable et de les punir comme ils le méritent; car vous m’offenseriez.

10. Ne vous arrêtez pas à leurs vices, et suivez seulement ma doctrine. Laissez-moi le châtiment; car je suis le Dieu bon et éternel, je, récompense tout bien et je punis tout mal. Je ne leur ménagerai pas la vengeance; ma justice ne les épargnera pas parce qu’ils ont eu l’honneur d’être mes ministres. Ils seront, au contraire, s’ils ne se convertissent, plus terriblement punis que les autres, parce qu’ils auront plus reçu de ma bonté; plus ils m’offensent misérablement, plus ils sont dignes de punition. Tu vois bien que ce sont des démons, tandis que mes élus, dont je t’ai parlé sont des anges sur la terre, et remplissent les fonctions des anges.

CXXII.- De ceux qui commettent l’injustice en ne reprenant pas leur prochain.

1. Je t’ai dit qu’en mes ministres bien-aimés brillait la perle précieuse de la justice. Maintenant je te dis que des malheureux portent pour ornement l’injustice. Cette injustice procède et est inséparable de l’amour-propre. C’est par l’amour-propre qu’ils commettent l’injustice envers leurs âmes et envers moi dans les ténèbres de leur aveuglement. Envers moi, car ils ne me rendent pas gloire; et envers eux, car ils n’ont pas une vie honnête et sainte, le désir du salut des âmes, et la faim des vertus; c’est pourquoi ils commettent l’injustice envers leur troupeau et leur prochain, dont ils ne corrigent pas les vices. Ils ne les voient pas même dans leur aveuglement, et la crainte coupable qu’ils ont de déplaire aux autres, fait qu’ils les laissent dormir et languir dans leurs infirmités.

2. Ils ne s’aperçoivent pas qu’en voulant plaire aux créatures, ils leur nuisent et déplaisent au Créateur: quelquefois ils les reprennent pour se couvrir d’une apparence de justice, mais ils ne s’adressent pas aux grands, qui peut-être seront plus coupables que les petits, parce qu’ils craignent par là de nuire à leur position et à leur fortune; mais ils reprendront les petits, qui ne peuvent rien contre eux et leur puissance. Voilà le fruit de leur injustice et de leur déplorable amour-propre.

3. L’amour-propre corrompt le monde et le corps mystique de la sainte Église: il rend sauvage le jardin de l’Époux, et le remplit de fleurs empoisonnées. Ce jardin était bien cultivé par les vrais jardiniers, mes saints ministres; il était orné d’une multitude de fleurs odoriférantes. La vie de ceux qui s’y trouvaient n’était pas encore viciée par leurs pasteurs, qui leur donnaient, au contraire, l’exemple de la vertu et de la sainteté.

4. Il n’en est plus ainsi maintenant, car les mauvais pasteurs rendent mauvais ceux qui leur sont confiés. L’Épouse est entourée des épines et des ronces du péché. Elle ne peut être atteinte elle-même, de la corruption du péché, parce que la vertu des sacrements ne peut recevoir aucune atteinte; mais ceux qui se nourrissent sur le sein de l’Épouse reçoivent le poison dans leur âme, en perdant la dignité à laquelle je les avais élevés. La dignité ne diminue pas en elle-même, mais elle diminue pour eux, parce que leurs fautes font mépriser le précieux sang de mon Fils. Les séculiers ne les respectent pas comme ils devraient toujours le faire, à cause de ce précieux Sang: et ce manque de respect n’a pas son excuse dans les fautes des ministres. Ces malheureux sont des modèles d’iniquité, tandis que je les avais choisis pour être des modèles de vertu.