La mort de sainte Pétronille & Le martyre de sainte Phénicule

Jésus me dit:

« Il y a beaucoup de travail aujourd’hui pour rattraper le temps, non pas perdu mais employé autrement selon ma volonté.

Tu as appris dès les premières heures du jour (à 1 h du matin) ce sur quoi je tiendrai ton esprit fixé, car le premier et unique point qui s’est illuminé pour toi t’a déjà indiqué ce sur quoi tu vas poser les yeux de ton esprit. Ce nom féminin et inconnu qui a résonné en toi comme une cloche qui appelle et ne se calme pas avant de recevoir une réponse, ce nom t’a dit que tu allais, toi aussi, connaître cela. Mais, entre ma vierge et le Maître, tu dois choisir le Maître et faire précéder mon point par celui-ci.

Je te ferai connaître bon nombre de créatures célestes. Chacune apporte son enseignement, utile pour vous qui êtes devenus informés de tout, lecteurs de tout, mais non de ce qui est connaissance pour conquérir le ciel.

Écris. »
J’écris, ou plus exactement je décris.
Cette nuit, je souffrais à en devenir folle en me demandant comment Jésus avait fait pour supporter de telles douleurs à la tête. Je l’interrogeais à ce sujet, car cela m’était une torture telle que je devais serrer les dents pour ne pas hurler au moindre bruit ou mouvement du lit. J’avais l’impression d’avoir autant de cœurs qui battaient rapidement et douloureusement que de dents, sur la langue, les lèvres, le nez, les oreilles, les yeux. Au milieu du front, il me semblait avoir un enchevêtrement de clous qui m’entraient dans le crâne; une ceinture de feu et de douleur montait de ma nuque et irradiait en m’enserrant comme une morsure; au niveau de l’os pariétal droit, j’avais l’impression que le coup d’un objet lourd me heurtait de temps en temps pour m’enfoncer de plus en plus cette ceinture dans la tête, qui résonnait tout entière. Dans mon agonie, je contemplais Jésus depuis le jardin de Gethsémani jusqu’au Calvaire. Et voilà que, juste après sa troisième chute, j’eus une pause de repos physique et spirituel, car il m’est apparu beau, en bonne santé, souriant sur les eaux déchaînées de la mer de Galilée.

Puis les tourments ont repris jusqu’à ce que, vers deux heures, une fois la contemplation de la passion du Seigneur terminée et mon terrible mal de tête un peu calmé (un tout petit peu, vous savez), un nom a résonné en moi: sainte Phénicule.

Qui est-ce? Une inconnue. A-t-elle seulement existé? Bah! Qui en a déjà entendu parler? J’essayais de dormir. Rien à faire: sainte Phénicule, sainte Phénicule, sainte Phénicule!

Personne ne va dormir ici, ai-je pensé, avant de savoir de qui il s’agit. De 15 h à minuit passé la douleur m’avait abattue et rendue inerte, je n’étais plus qu’un corps qui souffrait spasmodiquement et ne parvenait pas même à ouvrir les yeux — Paola pourra vous le dire —. Mais, grâce à la diminution de la douleur qui m’a permis de bouger, j’ai pris une liste des saints et j’ai trouvé qu’elle cite la vierge sainte Phélicule en compagnie de sainte Pétronille, vierge elle aussi. J’ai entendu dire: Phénicule, mais j’ai peut-être mal compris.

En même temps que cette découverte, j’ai vu une jeune femme nue, attachée à une colonne de manière atroce. Puis rien d’autre.
Par obéissance, j’écris maintenant ce que le Maître me montre, sans le remettre à plus tard bien que la tête me tourne.

La mort de sainte Pétronille

Je vois deux jeunes femmes en prière. Une prière très ardente qui doit sûrement pénétrer dans les cieux. L’une est plus âgée. Elle paraît avoir la trentaine; l’autre doit avoir à peine plus de vingt ans. Toutes deux semblent en parfaite santé. Puis elles se lèvent et préparent un petit autel sur lequel elles disposent des toiles précieuses en lin et des fleurs.

Un homme entre, vêtu comme les Romains de l’époque, que les deux jeunes filles saluent avec la plus grande vénération. Il sort d’un sac, qu’il portait sur la poitrine, tout ce qu’il faut pour célébrer une messe. Il revêt ensuite ses habits sacerdotaux et commence le saint sacrifice.

Je ne saisis pas très bien l’évangile, mais il me semble que c’est celui de Marc : « On lui présentait des enfants.. quiconque n’accueille pas le Royaume de Dieu en petit enfant n’y entrera pas. »

Le prêtre consacre les saintes espèces puis se tourne pour donner la communion aux deux fidèles, en commençant par la plus âgée, dont le visage a une ardeur toute séraphique. Il donne ensuite la communion à la seconde. Après avoir reçu les saintes Espèces, elles se prosternent au sol en profonde prière; on dirait qu’elles restent ainsi par pure dévotion.

Après la célébration du rite, qui est la même que celle de Paul dans le Tullianum — sauf que, ici, le célébrant parle plus bas, puisqu’il n’y a que deux fidèles, raison pour laquelle j’ai moins bien compris l’évangile —, le prêtre se tourne pour bénir et descend de l’autel, situé sur une estrade de bois. Seule l’une des jeunes femmes se tourne. L’autre reste prosternée comme avant. Sa compagne l’appelle et la secoue. Le prêtre se penche lui aussi. Ils la soulèvent. La pâleur de la mort se voit déjà sur ce visage, l’œil éteint disparaît sous les paupières, la bouche respire avec effort. Mais quelle béatitude sur ce visage!

Ils l’étendent sur une sorte de long siège qui se trouve près d’une fenêtre ouvrant sur une cour où chante une fontaine. Ils essaient de venir à son aide. Mais elle, rassemblant toutes ses forces, lève une main et montre le ciel; elle ne prononce que deux mots: « Grâce… Jésus », puis elle expire sans agonie.

Tout cela ne m’explique pas ce que vient faire la jeune fille attachée à la colonne que j’ai vue cette nuit. Bien qu’elle soit bien plus pâle et maigre, décoiffée, torturée, j’ai l’impression qu’elle ressemble beaucoup à la survivante qui prie maintenant près de la morte. Et je reste ainsi, dans mon incertitude, pendant quelques heures.

Le martyre de sainte Phénicule.

C’est seulement dans la soirée que je retrouve la jeune fille en pleurs d’avant. Elle se tient maintenant près de la fontaine de la cour sévère dans laquelle seules quelques petites plates-bandes de lys sont cultivées; des rosiers tout en fleurs grimpent sur les murs.

Sainte Phénicule refuse à Flaccus de l’épouser (extraits de « Quo Vadis? »)La jeune fille parle avec un jeune Romain: « Il est inutile d’insister, Flaccus. Je te suis reconnaissante de ton respect et du souvenir que tu gardes de mon amie décédée. Mais je ne peux consoler ton cœur. Si Pétronille est morte, c’est le signe qu’elle ne devait pas être ton épouse. Mais moi non plus. Les jeunes filles de Rome qui seraient heureuses de devenir la maîtresse de ta maison ne manquent pas. Pas moi. Ce n’est pas dû à toi, mais parce que j’ai pris la décision de ne pas contracter mariage.

— Tu es donc prise, toi aussi, par la stupide frénésie de tant de disciples d’une poignée de juifs?
— J’ai décidé de ne pas contracter mariage, et je crois ne pas être folle.
— Et si je te voulais, moi?
— S’il est vrai que tu m’aimes et me respectes, je suis sûre que tu ne voudras pas forcer ma liberté de citoyenne romaine. Au contraire, tu me laisseras suivre mon désir en gardant à mon égard la bonne amitié que j’ai pour toi.
— Ah non! L’une des deux m’a déjà échappé. Toi, tu ne m’échapperas pas!
— Elle est morte, Flaccus. La mort est pour nous une force supérieure, elle n’a pas fui une destinée pour une autre. Elle ne s’est pas suicidée. Elle est morte…
— À cause de vos sortilèges. Je sais bien que vous êtes chrétiennes, et j’aurais dû vous dénoncer au Tribunal de Rome. Mais j’ai préféré penser à vous comme mes épouses. Alors, je te le dis pour la dernière fois: acceptes-tu d’être la femme du noble Flaccus? Je te jure qu’il te vaut mieux devenir la maîtresse de ma maison et abandonner ton culte démoniaque, plutôt que de connaître la rigueur de Rome qui ne tolère pas de voir ses dieux insultés. Sois mon épouse et tu seras heureuse. Sinon…

— Je ne peux pas être ton épouse. Je suis consacrée à Dieu. À mon Dieu. Je ne peux adorer les idoles, moi qui adore le vrai Dieu. Fais de moi ce que tu voudras. Tu peux tout faire de mon corps. Mais mon âme appartient à Dieu, et je ne la vends pas pour les joies de ta maison.
— C’est ton dernier mot?
— Le dernier
— Sais-tu que mon amour peut se transformer en haine?
— Que Dieu te le pardonne! Pour ma part, je t’aimerai toujours comme un frère et je prierai pour ton bien.
— Mais moi, je vais faire ton malheur Je te dénoncerai. Tu seras torturée. Alors, tu m’invoqueras. Alors, tu comprendras que mieux valait la maison de Flaccus que les stupides doctrines dont tu te nourris.
— Je comprendrai que le monde a besoin de ces doctrines pour ne plus avoir de tels Flaccus. Et j’agirai pour ton bien en priant pour toi depuis le Royaume de mon Dieu.
— Maudite chrétienne! En prison! Sois affamée! Que ton Christ te rassasie, s’il le peut ! »

J’ai l’impression que les prisons sont assez proches de la maison de la vierge car la rue est courte, et que le noble Flaccus n’est ni plus ni moins qu’un limier du Questeur de Rome. En effet, quand la vision change d’aspect et me ramène à la salle où j’avais déjà vu la jeune fille attachée à la colonne, je m’aperçois que c’est un tribunal comme celui où Agnès a été jugée. Les différences ne sont pas grandes et, ici aussi, il y a un individu louche qui juge et condamne, et à qui Flaccus sert d’assistant et d’instigateur.

Sortie de la cage où elle se trouvait, Phénicule est amenée au centre de la salle. Elle paraît à bout de forces mais encore empreinte d’une grande dignité. Bien que la lumière l’éblouisse, faible comme elle l’est et accoutumée désormais à l’obscurité de son cachot, elle se tient droite et sourit.

198 > Les questions et les propositions habituelles sont suivies des réponses tout aussi habituelles: « Je suis chrétienne. Je ne sacrifie à aucun autre Dieu qu’à mon Seigneur Jésus Christ. » Elle est condamnée à la colonne.

On lui arrache ses vêtements et c’est nue, en présence du peuple, qu’on lui lie les mains et les pieds derrière une des colonnes du Tribunal. Pour ce faire, on lui disloque les hanches et les bras. La douleur doit être atroce. Mais cela ne suffit pas: on serre les cordes aux poignets et aux chevilles, on la frappe sur la poitrine et sur son ventre nu avec des verges et des fouets, on lui tord les chairs avec des tenailles et on lui fait encore d’autres atroces supplices du même genre que je n’ai pas le courage de raconter.

De temps en temps, on lui demande si elle accepte de sacrifier aux dieux. Phénicule répond d’une voix de plus en plus faible: « Non. Au Christ et à lui seul. Maintenant que je commence à le voir et que toute torture me le rend plus proche, vous voulez que je le perde? Faites votre ouvrage, afin que mon amour soit accompli. Quelles douces noces que celles dont le Christ est l’époux et moi son épouse! C’est le rêve de toute ma vie! »

Lorsqu’on la détache de la colonne, elle tombe à terre, comme morte. Ses membres disloqués, peut-être même brisés, ne la soutiennent plus, ils ne répondent plus à aucun ordre du cerveau. Ses pauvres mains, sciées aux poignets par la corde qui lui a fait deux bracelets de sang vif, pendent comme mortes. Ses pieds, lacérés eux aussi aux malléoles au point de laisser apparaître les nerfs et les tendons, semblent manifestement brisés, à voir comment ils sont repliés d’une manière qui n’est pas naturelle. Mais son visage exprime un bonheur d’ange. Des larmes coulent sur ses joues exsangues, mais ses yeux rient, absorbés en une vision qui la ravit en extase.

Les geôliers ou, mieux, les bourreaux lui donnent des coups de pieds et, de leurs pieds, la poussent vers l’estrade du Questeur comme s’il s’agissait d’un sac immonde au point de ne pouvoir être touché.

« Tu es encore vivante?
— Oui, par la volonté de mon Seigneur
— Tu insistes encore? Veux-tu vraiment la mort?
— Je veux la Vie. Oh! Mon Jésus, ouvre-moi le ciel! Viens, Amour éternel!
— Jetez-la dans le Tibre! L’eau calmera ses ardeurs. »

Les bourreaux la soulèvent brutalement. La douleur des membres brisés doit être atroce. Pourtant, elle sourit. Ils l’enveloppent de ses vêtements, non pas par pudeur mais pour l’empêcher de se maintenir à la surface de l’eau. Précaution inutile!

Avec les membres dans un tel état, on ne peut pas nager. Seule sa tête émerge de l’enchevêtrement des vêtements. Son pauvre corps, jeté sur les épaules d’un bourreau, pend comme si elle était déjà morte. Mais elle sourit à la lumière des flammes, car le soir est maintenant venu.

Parvenus au Tibre, comme s’il s’agissait d’un animal à supprimer, ils la prennent et, du haut du pont, la précipitent dans les eaux sombres. Elle refait deux fois surface puis coule sans un cri.

Les commentaires de Jésus

Jésus dit:
« J’ai voulu te faire connaître ma martyre Phénicule pour t’apporter quelques enseignements à toi comme à tous.

Tu as vu le pouvoir de la prière dans la mort de Pétronille — la compagne et la maîtresse de Phénicule, beaucoup plus âgée que cette dernière — ainsi que le fruit d’une sainte amitié.

Pétronille, qui était une fille spirituelle de Pierre, avait été imprégnée de l’esprit de foi grâce à la vivante parole de mon apôtre. Pétronille faisait la joie de Pierre, elle était sa perle romaine, sa première conquête romaine. Par sa dévotion respectueuse et aimante de l’apôtre, elle l’a consolé de toutes les souffrances de son évangélisation de Rome.

Par amour pour moi, Pierre avait quitté sa maison et sa famille. Mais celui qui ne ment pas lui avait fait trouver en cette enfant réconfort, soin et douceurs féminines, et cela de manière surabondante, débordante, pressante, conformément à mes promesses. Tout comme moi à Béthanie, il trouvait dans la maison de Pétronille aide, hospitalité et surtout de l’amour. La femme est la même, dans le bien comme dans le mal, sous tous les cieux et à travers toutes les époques. Pétronille fut la Marie de Pierre, avec en plus sa pureté d’enfant que le baptême, reçu alors que son innocence n’avait pas encore connu d’outrage, avait portée à une perfection angélique.

Écoute, Maria. Pétronille, dans son désir d’aimer le Maître de tout son être sans que son charme et le monde puissent troubler cet amour, avait prié son Dieu de faire d’elle une crucifiée. Dieu l’a exaucée. La paralysie crucifia ses membres angéliques. Pendant sa longue infirmité, c’est sur ce sol baigné de douleur que fleurirent les plus belles vertus et, en particulier, l’amour pour ma Mère.

Écoute encore, Maria. Quand cela fut nécessaire, sa maladie connut un répit, pour montrer que Dieu est le maître des miracles. Puis, passé ce moment, elle revint la crucifier.

Ne connais-tu pas une autre femme, Maria, à qui son Maître dit quand cela lui est nécessaire, comme Pierre à Pétronille: « Lève-toi, écris, sois forte » et qui, quand cesse ce besoin, redevient une pauvre infirme en perpétuelle agonie?

Une fois l’apôtre mort et Pétronille guérie, elle trouva que sa vie ne lui appartenait plus à elle-même, mais au Christ. Elle n’était pas de ceux qui, une fois le miracle obtenu, s’en servent pour offenser Dieu. Au contraire, elle mit sa santé au service des intérêts de Dieu.

Votre vie est toujours mienne. C’est moi qui vous la donne. Vous devriez vous le rappeler. Je vous la donne comme vie animale en vous faisant naître et en vous gardant en vie. Je vous la donne comme vie spirituelle par la grâce et les sacrements. Vous devriez toujours vous en souvenir et en faire bon usage. Quand ensuite je vous rends la santé, je vous fais presque renaître après une maladie mortelle, et vous devriez vous rappeler encore davantage que cette vie, qui refleurit alors que la chair semblait proche de la tombe, m’appartient. Il vous incombe alors, par reconnaissance, de l’utiliser pour le Bien.

Pétronille a su le faire. Ce n’est pas en vain qu’elle avait assimilé mon enseignement. Elle est semblable au sel qui préserve du mal, de la corruption, elle est la flamme qui réchauffe et éclaire, l’aliment qui nourrit et fortifie, la foi qui rend sûr. Quand viennent l’épreuve, l’assaut des tentations, la menace du monde, Pétronille prie. Elle invoque Dieu. Elle veut appartenir à Dieu. Le monde la veut-il? Que Dieu la défende contre le monde!

Le Christ l’a dit: « Si vous avez de la foi gros comme un grain de sénevé, vous direz à cette montagne: ‘Déplace-toi d’ici à là ». Pierre le lui a répété bien des fois. Elle n’a pas demandé à la montagne de se déplacer. Elle a demandé à Dieu de l’enlever du monde avant qu’elle ne soit écrasée par une épreuve supérieure à ses forces. Et Dieu l’écoute. Il la fait mourir pendant une extase. Pendant une extase, Maria, avant que l’épreuve ne l’écrase. Souviens-t’en, ma petite disciple!

Phénicule était [pour Pétronille] une amie, plus qu’une amie même, une fille ou une sœur, étant donné leur petite différence d’âge d’une dizaine d’années. L’on ne vit pas avec une sainte sans en être sanctifié. Comme l’on ne devient pas dépravé en vivant avec un dépravé. Si le monde se rappelait cette vérité! Au contraire, le monde néglige les saints ou les maltraite, et il suit les satans en le devenant eux-mêmes toujours plus.

Tu as vu la fermeté et la douceur de Phénicule. Qu’est la faim pour celui qui a le Christ pour nourriture? Qu’est la torture pour celui qui aime le Martyr du Calvaire? Qu’est la mort pour celui qui sait qu’elle ouvre les portes de la Vie?

Ma martyre Phénicule est méconnue des chrétiens d’aujourd’hui. Mais elle est bien connue des anges de Dieu qui la voient joyeuse au ciel derrière l’Agneau divin. J’ai voulu te la faire connaître pour pouvoir te parler également de sa maîtresse spirituelle et pour t’encourager à souffrir.

Répète avec elle: « En vérité, je commence maintenant, parmi ces douleurs, à voir Jésus, mon époux, en qui j’ai mis tout mon amour », et pense que j’ai suscité pour toi aussi un Nicomède, pour sauver des eaux des passions ton ‘moi’ que je voulais pour moi, et pour recueillir ce qui, en toi, mérite d’être conservé, ce qui est mien, ce qui peut faire du bien à l’âme de tes frères. »

Source

La lapidation de saint Étienne

Gamaliel

Un important personnage se tient près de cette même colonne – je la reconnais à sa situation près des ouvertures du Trésor et de l’escalier qui mène à l’autre cour -. De toute évidence, c’est un pharisien, comme le montrent ses vêtements et d’après mon conseiller intérieur.

À en juger à son aspect, c’est un homme qui va sur la soixantaine. Il doit avoir de cinquante-cinq à soixante ans. Il est grand, de noble allure et a même de beaux traits fortement sémitiques n doit avoir le front haut, mais il n’est pas découvert à cause d’un étrange couvre-chef qui le recouvre presque jusqu’aux sourcils; épais et droits, ceux-ci ombrent deux yeux très intelligents, pénétrants, noirs, très longs et enfoncés aux côtés du nez; ce dernier descend tout droit du front, il est long et fin, avec des narines palpitantes, et se courbe légèrement en bas, à la pointe. Ses joues sont ivoire foncé et plutôt creusées sans que cela soit dû à une quelconque émaciation, mais plutôt à la conformation du visage. Il a une bouche plutôt grande aux lèvres fines, mais belle, ombrée par une moustache qui n’en dépasse pas les angles et se joint à une barbe taillée au carré, qui ne descend pas de plus de trois doigts sous le menton. Sa moustache et sa barbe, bien soignées, sont tellement grisonnantes qu’elles en paraissent plus blanches que noires, comme elles devaient l’être initialement et comme on peut encore le deviner à de rares poils d’un noir si prononcé qu’il tire sur le bleu.

Mais ce qui me frappe, c’est son habillement. Il porte sur la tête un couvre-chef fait d’une toile de lin plutôt rigide qui entoure le front et se ferme sur la nuque comme la coiffe des infirmières de la Croix-Rouge. 50 Le pan libre retombe, au-dessus de la fermeture, sur le cou et descend jusqu’aux épaules. Il s’agit d’une espèce de capuche, en gros, mais à adapter chaque fois. En revanche, son vêtement est fait de la manière suivante: dessous, une longue robe — elle descend jusqu’à terre et couvre les pieds, que je ne vois pas — en lin très pur, très ample, avec des manches longues et larges, maintenue à la taille par une riche ceinture qui est un galon muni de cordons. La robe est garnie d’ourlets brodés très larges. Sur cette robe se trouve une sorte de vêtement très curieux. De derrière, on dirait une chasuble de prêtre: une pièce d’étoffe toute brodée qui pend des épaules jusqu’aux genoux, ouverte sur les côtés. Devant, elle descend en V jusqu’à l’endroit où finit le sternum en faisant des plis: trois de chaque côté, et sur le sternum elle est retenue par une plaque travaillée en métal précieux qui ressemble à la boucle d’une ceinture précieuse; quant à celle-ci, elle s’attache aux côtés arrière de la chasuble (appelons-la comme cela), mais sans être serrée: à peine de quoi maintenir tout en place. Au-delà de cette boucle, la chasuble descend sans plis jusqu’aux genoux.

Ce gribouillage voudrait décrire l’avant de cette partie du vêtement du pharisien. Ne vous moquez pas de moi. Tout autour de ses bords, cette étrange veste a des rubans placés comme ceci, bleus et très épais. Ces rubans placés en frange se retrouvent aussi sur les bords d’un ample manteau en tissu très délicat. On dirait presque de la soie tant il est souple et léger, ce doit être du lin ou de la laine filée très fin, mais à sa blancheur, je pencherais pour le lin. Ce manteau est si large qu’il suffirait à couvrir trois personnes. Il est maintenant ouvert et pend des épaules jusqu’à terre, où il s’amoncelle en plis fastueux.

Ce pharisien a les mains et les bras croisés sur la poitrine, et il regarde sévèrement quelque chose, je dirais même avec dégoût. Il n’est pourtant pas méprisant, plutôt affligé.

Voilà la première partie de la vision, que j’ai décrite au présent pour lui donner davantage de vivacité, d’autant qu’elle est actuellement aussi présente à ma vue qu’hier soir. Si vous saviez comme j’ai examiné le vêtement du pharisien! Je pourrais décrire et dessiner, si j’en étais capable, les entrelacs de la boucle précieuse et les grecques des bordures brodées.

Saul (Avant de devenir Saint Paul)

Dans un second temps, j’ai vu un jeune homme venir devant le pharisien, un Hébreu à coup sûr, aux caractéristiques nettes, et même un Hébreu laid. Il est courtaud, trapu, je dirais presque un peu rachitique, les jambes très courtes et grosses, un peu écartées: je le vois bien parce qu’il a un vêtement court comme quelqu’un qui s’apprête à partir en voyage, aux dires de mon conseiller intérieur… Son vêtement est grisâtre. Il a des bras courts eux aussi et musclés, un cou court et gros qui soutient une tête assez grosse, brune, aux cheveux courts et rêches, aux oreilles plutôt proéminentes; ses lèvres sont charnues, son nez fortement camus, ses pommettes hautes et saillantes, son front bombé et haut, et ses yeux. tout sauf doux! Plutôt bovins, au regard dur, irrité. Et pourtant ces yeux, noirs sous des sourcils broussailleux et ébouriffés, sont des yeux superbes. Ils font réfléchir. Sa barbe n’est pas longue, mais ses joues paraissent noircies à l’ombre d’une barbe épaisse, qui doit être aussi hirsute que les cheveux. Décidément, c’est un homme laid aussi bien de corps que de visage. Il semble même un peu bossu du côté de l’épaule gauche. Il n’empêche qu’il frappe et attire en dépit de son aspect laid et de son air mauvais.

Il s’avance vers le pharisien et lui dit, de ses grosses lèvres, quelque chose que je ne comprends pas.

Le pharisien répond:
« Je n’approuve pas la violence, en aucun cas. Tu ne me feras jamais adhérer à un dessein violent. Je l’ai même dit publiquement.
– Veux-tu donc protéger ces blasphémateurs que sont les disciples du Nazaréen
– Je protège la justice. Or celle-ci nous enseigne qu’il convient de juger avec prudence. Je l’ai dit: « Si cela vient de Dieu, cela résistera, sinon cela disparaîtra tout seul. » Mais je ne veux pas me souiller les mains d’un sang dont je ne sais s’il mérite la mort.
– C’est toi, un pharisien et un docteur, qui parle ainsi? Tu ne crains pas le Très haut?
– Plus que toi! Mais je pense et je me souviens… Alors que tu n’étais qu’un enfant, pas encore un enfant de la Loi, j’enseignais dans ce Temple avec le rabbin le plus sage de l’époque… Or notre sagesse a reçu une leçon qui nous a fait réfléchir tout le reste de notre vie. Les yeux du sage se sont fermés sur le souvenir de ce moment-là, et son esprit sur l’étude de cette vérité qui se révélait aux gens honnêtes. Les miens ont continué à veiller, et mon Intelligence à penser et à coordonner les choses… J’ai entendu le Très-Haut parler par la bouche d’un petit enfant, qui est ensuite devenu un homme, un juste, et qui fut mis à mort parce qu’il était juste. 50 Or ces paroles ont été corroborées par les faits. pauvre de moi qui n’avais pas compris plus tôt! Pauvre peuple d’Israël!
– Malédiction! Tu blasphèmes! Il n’y a plus de salut si les maîtres d’Israël blasphèment le vrai Dieu.
– Ce n’est pas moi qui ai blasphémé, mais tous! Et nous avons continué à blasphémer. C’est à juste titre que tu dis: il n’y a plus de salut!
– Tu me fais horreur.
– Dénonce-moi au Sanhédrin comme celui qui a été lapidé. Ce sera l’heureux début de ta mission et je serai pardonné, grâce à mon sacrifice, de ne pas avoir compris le Dieu qui passait. »

Le procès d’Étienne

Le jeune homme laid s’en va impoliment et la vision s’arrête là. Ce matin, elle se présente très nettement à ma mémoire, mais précédée par un événement qui me la fait comprendre.
Je vois la salle du sanhédrin, la même que celle qui a accueilli mon Jésus dans la nuit du jeudi-saint au vendredi-saint, disposée à l’identique. Le grand-prêtre et les autres sont sur leur siège. Au centre de la pièce, à l’endroit où se trouvait Jésus, se tient maintenant un jeune homme qui doit avoir vingt-cinq ans. Il est grand et beau. Autour de lui, il y a des hommes d’armes et des élèves du sanhédrin — j’ignore si c’est le terme exact —, mais ils me paraissent être des étudiants au service des rabbins, donc des élèves.

Étienne doit avoir déjà parlé, car le tumulte est à son comble et ne diffère en rien du chahut qui a accompagné la sortie de Jésus de la pièce. Coups de poing, malédictions et blasphèmes sont lancés à l’encontre du diacre Étienne, accompagnés de coups brutaux sous lesquels il chancelle, tandis qu’on le tire férocement de ci et de là.
Mais lui garde calme et dignité. Plus que du calme, de la joie. Le visage inspiré et lumineux, sans s’occuper des crachats qui lui coulent sur la figure ni d’un filet de sang qui descend de son nez frappé violemment, il lève les yeux et sourit à une vision qu’il est le seul à remarquer. Il ouvre les bras en croix et les lève comme pour embrasser, et tombe à genoux ainsi, en adoration, tout en s’exclamant: « Je vois les cieux ouverts et le Fils de l’homme, Jésus de Nazareth, le Christ de Dieu que vous avez tué, debout à la droite de Dieu! »

La horde perd alors le dernier soupçon d’humanité et de légalité qui lui restait et, avec la furie d’une meute de chiens de garde enragés, ils se déchaînent sur le diacre, le mordent, le saisissent, le relèvent à coups de poing, en le tirant par les cheveux, ils le font de nouveau tomber et le traînent encore, la furie s’opposant même à la furie, puisque dans la rixe ceux qui essaient de tirer le martyr contrecarrent ceux qui le foulent aux pieds.

Parmi les plus véhéments et les plus cruels se trouve le jeune homme laid que j’ai vu parler au rabbin pharisien et qu’on appelle Saul. Cela me déplaît pour l’Apôtre. mais j’ai l’impression qu’il était un voyou avant d’appartenir au Christ…

Je vois également le docteur pharisien; c’est l’un des rares à ne pas avoir pris part à la mêlée, tout comme il a gardé le silence durant l’accusation et à la condamnation — avec lui, il me semble voir aussi Nicodème, dans un coin un peu sombre —. Ce docteur pharisien, dégoûté par cette scène illégale et féroce, se drape dans son ample manteau et se dirige vers une sortie opposée à celle vers laquelle la bande des bourreaux est tournée.

Ce mouvement n’échappe pas à Saul, qui crie: « Rabbi, tu t’en vas? »; puis, comme l’autre semble ne pas avoir compris que la question s’adresse à lui, Saul précise: « Rabbi Gamaliel, tu te détournes de ce jugement? »

Gamaliel se retourne tout d’une pièce et, avec un regard froid et hautain, il se contente de répondre: « Oui. » Mais c’est un oui qui vaut tout un discours…

Saul comprend et, abandonnant la meute, il court vers lui. « Tu ne veux pas dire par là, maître, que tu désapprouves notre condamnation? »

Silence.

« Cet homme est doublement coupable pour avoir renié la Loi en suivant un Samaritain possédé par Belzébuth et pour l’avoir fait après avoir été ton élève. »

Silence.

« Serais-tu donc disciple de ce malfaiteur nommé Jésus?
– Je ne le suis pas. Mais s’il était celui qu’il disait être, je prie le Très haut pour que je le devienne.
– Horreur!
– Il n’est pas d’horreur qui tienne. Chacun a une intelligence pour s’en servir et une liberté pour la mettre en pratique. 50 Que chacun l’utilise selon cette liberté que Dieu nous a donnée et cette lumière qu’il a mise dans le cœur de chacun. Les justes l’emploieront pour le bien, les mauvais pour le mal. Adieu. » Et il s’en va sans autre préoccupation.

La lapidation de Saint-Étienne

Saul rejoint les bourreaux dans la cour et sort avec eux du Temple puis des portes de la ville, tandis que les coups et les railleries continuent.

Hors des murs, à un endroit inculte et rocailleux, les bourreaux se regroupent en cercle. Au centre se trouve le condamné, les vêtements lacérés et déjà plein de blessures sanglantes. Tous retirent leurs vêtements du dessus et restent en tunique courte, comme celle de Saul dans la vision d’hier soir. Ces vêtements sont confiés à Saul, qui ne prend pas part à la lapidation. J’en ignore la raison: est-ce parce qu’il est trop petit et conscient de son incapacité à viser juste, ou bien a-t-il été touché par les paroles de Gamaliel? Le fait est que Saul reste en vêtement long et en manteau et qu’il garde les habits des autres pendant que ceux-ci achèvent le martyr à coups de pierres (les pierres abondent à cet endroit, qu’il s’agisse de cailloux ronds ou de silex pointus).

Étienne reçoit les premiers coups debout, un sourire de pardon sur les lèvres. Auparavant, il avait salué Saul. Il lui a dit, pendant que la meute formait le cercle et que Saul était occupé à rassembler les vêtements: « Mon ami, je t’attends sur les voies du Christ. » Ce à quoi Saul avait rétorqué: « Porc! Obsédé! », en accompagnant ces qualificatifs d’un vigoureux coup de pied.

Puis Étienne vacille et, sous les coups qui pleuvent, il tombe à genoux en disant: « Seigneur Jésus, reçois mon esprit! » D’autres coups atteignent sa tête blessée, le font s’abattre et, pendant qu’il tombe et se couche la tête dans son sang, au milieu des pierres, il expire en murmurant: « Seigneur, Père. pardonne-leur. ne leur garde pas rancune de leur péché. Ils ne savent pas ce que… » La mort lui coupe la phrase sur les lèvres.

Les bourreaux jettent une dernière pluie de pierres sur le mort et l’ensevelissent presque sous cette avalanche de pierres. Puis ils se rhabillent et s’en vont. Ils retournent au Temple et les plus exaltés, ivres d’un zèle satanique, se présentent au grand-prêtre afin d’avoir carte blanche pour persécuter.

Saul est le plus ardent. Dès qu’il a obtenu la lettre d’autorisation — un parchemin portant le sceau du Temple en rouge —, il sort. 50 Il ne perd pas de temps. Il se prépare au voyage et à la persécution. Le sang d’Étienne lui a fait l’effet du rouge sur un taureau, ou du vin sur un alcoolique. Il l’a rendu furieux. Il est plus laid que jamais. Que l’Apôtre m’excuse, mais il me faut dire ce que je vois.

Alors qu’il attend je ne sais qui, il voit Gamaliel appuyé à la colonne et se dirige vers lui. J’ai l’impression que Saul était de ceux qui ne laissent jamais tomber une dispute, mais ne cessent de repartir à l’assaut avec l’insistance d’une mouche, dans le mal d’abord, dans le bien plus tard.

Je revois exactement la scène d’hier soir, que je ne vous répète donc pas. Rien d’autre.

Je n’avais pas reconnu Gamaliel, beaucoup plus vieux qu’à l’époque du débat avec l’Enfant-Jésus, surtout avec ce couvre-chef qu’il ne portait pas alors. Mais je dis la vérité. Jusqu’ici, il m’avait plu. Mais, maintenant, il me plaît davantage encore. Il m’impose le respect. Je ne sais s’il est mort chrétien. Mais je le souhaite, car il me semble qu’il l’aurait mérité. Il était juste.

Vous le voyez, il m’était impensable de penser avoir cette vision, surtout pour ce qui concerne Gamaliel. Mais elle était si nette! C’était l’une des plus nettes et des plus insistantes. Je pourrais indiquer le nombre de personnes, de pierres et de coups, tant les détails étaient précis.

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Le martyre de Félicité et Perpétue

Autour de 17 h, Jésus me dit:

« Ce n’était pas mon intention de te donner cette vision ce soir. Je me proposais de te faire vivre un autre épisode des « évangiles de la foi ». Mais un désir m’a été exprimé par quelqu’un qui mérite d’être satisfait. Je le fais donc. Malgré tes douleurs, vois, observe et décris. À moi, offre tes souffrances et, à tes frères, la description.«

J’écris donc en dépit de mes souffrances extrêmement intenses: j’ai l’impression d’avoir la tête enserrée dans un étau qui part de la nuque et conflue sur le front, pour descendre vers l’épine dorsale; cela me fait terriblement mal, au point d’avoir pensé que j’étais en train de commencer une méningite; puis je me suis évanouie. C’est encore très douloureux en ce moment. Mais Jésus permet que je parvienne à écrire par obéissance. Ensuite.. ensuite advienne que pourra!

La scène se situe en Afrique du nord, à Carthage

Je vous assure cependant que je vais de surprise en surprise, car je me trouve tout d’abord devant des Africains, ou tout au moins des Arabes, alors que j’avais toujours cru que ces saints étaient européens. Je n’avais en effet pas la moindre idée de leur condition sociale et physique, ainsi que de leur martyre. Je connaissais la vie et la mort d’Agnès. Mais d’eux! C’est comme si je lisais un récit inconnu.

 

Vision préliminaire de l’amphithéâtre.
Le martyre de Félicité et Perpétue

Comme première image, avant de m’évanouir, j’ai vu un amphithéâtre qui ressemblait plus ou moins au Colisée (pas en ruines toutefois). À ce moment-là, il n’y avait encore personne. Seule une très belle jeune Maure se tient au centre, en l’air. Elle rayonne d’une lumière béatifique qui se dégage de son corps brun et des vêtements sombres qui la couvrent. Elle semble être l’ange de cet endroit. Elle me regarde et sourit. Ensuite, je m’évanouis et je ne vois plus rien.

Dans la prison de Tebourba

Maintenant, la vision se complète. Je me trouve dans un bâtiment dont l’absence de tout confort et l’apparence sévère m‘indiquent qu’il s’agit d’une forteresse utilisée comme prison. Ce n’est pas le souterrain du Tullianum que j’ai vu hier. Il y a ici de petites pièces et des couloirs surélevés. Mais l’espace y est si restreint, la lumière si rare et elles sont munies de telles barres et portes en fer cloutées que cette maigre amélioration due à leur situation est annulée par leur sévérité qui anéantit la moindre idée de liberté.

Vision de Perpétue et de son bébé

Dans l’une de ces tanières, la jeune Maure que j’ai vue dans l’amphithéâtre est assise sur une planche, qui sert en même temps de lit, de siège et de table. Cette fois, il n’en émane pas de lumière, seulement une grande paix. Elle porte sur son sein un bébé de quelques mois qu’elle allaite. Elle le berce et le cajole avec amour. L’enfant joue avec sa jeune mère et frotte son visage très olivâtre contre le sein brun de sa mère; il le prend et s’en détache avec avidité, en faisant de soudaines risettes pleines de lait.

La jeune fille est très belle: un visage régulier plutôt rond, de superbes grands yeux d’un noir velouté, une petite bouche charnue, des dents très blanches et régulières, des cheveux noirs et plutôt crépus mais maintenus par des tresses serrées qui encadrent son visage. Son teint est d’un brun olivâtre, mais pas excessivement. On trouve aussi cette couleur chez nous, notamment dans le sud de l’Italie, à peine plus claire que celle-ci. Lorsqu’elle se lève pour endormir son bébé en parcourant la cellule de long en large, je me rends compte qu’elle est grande. Elle a des formes gracieuses, certes pas exagérément, mais enfin elle a un corps bien modelé. Son port rempli de dignité lui donne l’air d’une reine. Elle porte un vêtement simple, presque aussi sombre que sa peau, qui lui tombe en légers plis sur le corps.

Son père vient la supplier d’abjurer

Un vieillard entre, Maure lui aussi. Pour ce faire, le geôlier lui ouvre la lourde porte, puis se retire. La jeune fille se retourne et sourit. Le vieillard la regarde et pleure. Pendant quelques minutes, ils restent ainsi. Puis la peine du vieillard déborde. En hoquetant, il supplie sa fille d’avoir pitié de sa souffrance: « Ce n’est pas pour cela, lui dit-il, que je t’ai engendrée. Je t’ai aimée plus que tous mes enfants, toi la joie et la lumière de ma maison. Et maintenant tu veux mourir et faire mourir ton pauvre père, qui sent son cœur se briser sous la douleur que tu lui causes. Ma fille, voici des mois que je te supplie. Tu as voulu résister et tu as connu la prison, toi qui es née dans l’aisance. J’avais plié l’échine devant les puissants pour t’obtenir de rester chez toi, bien que prisonnière. J’avais promis au juge de te faire céder à mon autorité paternelle. Actuellement, il se moque de moi, parce qu’il voit que tu n’en as eu cure. Ce n’est pas cela que devrait t’apprendre la doctrine que tu prétends parfaite. Quel est donc ce Dieu que tu suis, qui t’inculque de ne pas respecter ton père, de ne pas l’aimer? Car si tu m aimais, tu ne me ferais pas tellement souffrir. Ton obstination, qui n’est même pas vaincue par la pitié pour cet homme innocent, t’a valu d’être arrachée à la maison et enfermée dans cette prison. Or il n’est plus question de prison désormais, mais de mort, d’une mort atroce. Pourquoi? Pour qui? Pour qui veux-tu mourir? Ton Dieu a-t-il donc besoin de ton sacrifice — et même de notre sacrifice, le mien et celui de ce petit être qui n’aura plus de ère —? Ton sang et mes larmes sont-ils donc nécessaires à la réalisation de son triomphe? Comment cela se peut-il? La bête sauvage aime ses petits et, plus elle les a portés sur son sein, plus elle les aime. Cela, je l’ai aussi espéré; c’est pourquoi je t’avais obtenu de pouvoir nourrir ton enfant. Mais tu refuses de changer d’idée. Après l’avoir nourri, réchauffé, servi d’oreiller à son sommeil, voici maintenant que tu le repousses, que tu l’abandonnes sans aucun regret. Je ne te prie pas pour moi, mais en son nom. Tu n’as pas le droit d’en faire un orphelin. Ton Dieu n’a pas le droit de faire cela. Comment puis-je le croire meilleur que les nôtres s’il exige ces sacrifices cruels? Tu me pousses à le détester, à le maudire toujours plus. Mais non, mais non! Que dis-je? Oh, Perpétue, pardonne-moi! Pardonne à ton vieux père que la douleur rend fou. Veux-tu donc que j’aime ton Dieu? Je l’aimerai plus que moi-même, mais reste avec nous. Dis au juge que tu cèdes. Ensuite, tu aimeras n’importe quel Dieu de la terre, comme tu voudras. Tu feras de ton père ce que tu veux. Je ne t’appellerai plus ma fille, je ne serai plus ton père: je serai ton serviteur, ton esclave, et toi ma maîtresse. Domine, ordonne, et je t’obéirai. Mais pitié, pitié! Sauve-toi pendant que tu le peux encore. Il n’est plus temps d’attendre.

Félicité, la servante, vient de donner le jour à son enfant

Ta compagne a donné le jour à son enfant, tu le sais, et plus rien n’arrêtera la sentence. Ton fils te sera arraché, tu ne le verras plus. Demain, peut-être, ou aujourd’hui même. Pitié, ma fille! Pitié pour moi et pour lui; il ne sait pas encore parler, mais vois comme il te regarde et sourit, comme il invoque ton amour! Oh! Ma Dame, ma Dame, toi la lumière et la reine de mon cœur, la lumière et la joie de ton fils, pitié, pitié! »

Le vieillard est à genoux, il baise l’ourlet du vêtement de sa fille, il lui enlace les genoux, il essaie lui prendre la main, qu’elle pose sur son cœur pour en réprimer le déchirement humain. Mais rien ne la fait fléchir.

« C’est en raison de l’amour que j’éprouve pour toi et pour lui que je reste fidèle à mon Seigneur, répond-elle. Aucune gloire terrestre n’accordera à tes cheveux blancs et à cet innocent autant d’honneur que ma mort. Vous parviendrez à la foi. Que diriez-vous alors si j’avais renoncé à ma foi à cause d’un moment de lâcheté? Mon Dieu n’a pas besoin de mon sang ni de tes larmes pour triompher. Mais toi, tu en as besoin pour parvenir à la Vie, et cet innocent pour y rester. En échange de la vie que tu m’as donnée et de la joie qu’il m’a apportée, je vous obtiens la Vie véritable, éternelle et bienheureuse. Non, mon Dieu n’enseigne pas à manquer à l’amour envers parents et enfants. Mais il s’agit de l’amour véritable. Maintenant, la douleur te fait délirer, père. Mais, plus tard, la lumière se fera en toi et tu me béniras. Du ciel, je te l’apporterai. Quant à cet innocent, ce n’est pas que je l’aime moins, maintenant que je me suis fait vider de mon sang pour le nourrir. Si la cruauté païenne n’était pas tournée contre nous, les chrétiens, j’aurais été pour lui la plus aimante des mères et il aurait été le but de ma vie. Mais Dieu est plus grand que la chair née de moi, et l’amour qui doit lui être donné est infiniment plus grand. Même au nom de la maternité, je ne peux faire passer l’amour pour lui après celui pour une créature. Non. Tu n’es pas l’esclave de ta fille. Je suis toujours ta fille et je t’obéis en toutes choses excepté en ceci: renoncer au vrai Dieu pour toi. Laisse s’accomplir la volonté des hommes. Et, si tu m’aimes, suis-moi dans la foi. C’est là que tu retrouveras ta fille, pour toujours, car la vraie foi ouvre l’accès au paradis; or le saint Pasteur m’a déjà souhaité la bienvenue dans son Royaume. »

L’heure du supplice a sonné

À ce moment, la vision change: je vois entrer d’autres personnages dans la cellule, trois hommes et une très jeune femme. Ils s’embrassent et s’étreignent les uns les autres. Les geôliers entrent eux aussi pour enlever son fils à Perpétue. Elle vacille comme si un coup l’avait atteinte. Mais elle se reprend.

Sa compagne la réconforte: « Moi aussi, j’ai déjà perdu mon enfant. Mais il n’est pas perdu. Dieu a été bon envers moi. Il m’a accordé de le mettre au monde pour lui, et son baptême s’orne de mon sang. C’était une petite fille… belle comme une fleur. Le tien aussi est beau, Perpétue. Mais, pour vivre en Christ, ces fleurs ont besoin de notre sang. Nous leur donnerons ainsi deux fois la vie. »

Perpétue prend le petit, qu’elle avait posé sur la couche et qui dort, rassasié et content. Après lui avoir donné un léger baiser pour ne pas l’éveiller, elle le tend à son père. Elle le bénit également et lui trace une croix sur le front, et une autre sur les mains, les pieds et la poitrine; ses doigts sont baignés des larmes qui lui coulent des yeux. Elle fait tout cela si doucement que l’enfant sourit dans son sommeil comme sous une caresse.

Les condamnés sortent ensuite et, entourés de soldats, ils sont conduits dans une cave obscure de l’amphithéâtre dans t’attente du martyre. Les heures se passent à prier, à chanter des hymnes sacrés et à s’exhorter mutuellement à l’héroïsme.

La harangue d’un des six martyrs

Il me semble maintenant me trouver moi aussi dans l’amphithéâtre que j’ai déjà vu. Il est rempli d’une foule à la peau bronzée pour la plupart. Toutefois, il y a aussi bon nombre de Romains. Sur les gradins, la foule gronde et s’agite. La lumière est intense malgré le voile tendu du côté du soleil.

Les six martyrs sont fait entrer dans l’arène, en file. J’ai l’impression que des jeux cruels y ont déjà eu lieu, car elle est tachée de sang. La foule siffle et insulte. Perpétue en tête, ils entrent en chantant. Ils s’arrêtent au centre de l’arène et l’un des six se tourne vers la foule.
« Vous feriez mieux de faire preuve de courage en nous suivant dans la foi et non en insultant des êtres sans défense qui répondent à votre haine en priant pour vous et en vous aimant. Les verges avec lesquelles vous nous avez fouettés, la prison, les tortures, le fait d’avoir arraché leur enfant à deux mères, tout cela ne fait pas changer notre cœur. Vous mentez, vous qui prétendez être civilisés mais attendez qu’une femme accouche pour la tuer ensuite dans son corps et dans son cœur en la séparant de son enfant. Vous êtes cruels, vous qui mentez pour tuer, puisque vous savez parfaitement qu’aucun de nous ne vous cause de tort, et encore moins les mères dont toutes les pensées sont tournées vers leur enfant. Non, rien ne fait changer notre cœur, ni pour ce qui est de l’amour de Dieu, ni pour ce qui est de l’amour du prochain.

C’est trois fois, sept fois, cent fois que nous donnerions notre vie pour notre Dieu et pour vous, afin que vous en veniez à l’aimer. C’est donc pour vous que nous prions, tandis que le Ciel s’ouvre au-dessus de nous: Notre Père, qui es aux cieux… »

À genoux, les six martyrs prient.

Les bêtes font irruption

Une porte basse s’ouvre et les bêtes font irruption; bien qu’elles paraissent être des bolides tant leur course est rapide, il me semble qu’il s’agit de taureaux ou de buffles sauvages. Comme une catapulte ornée de cornes pointues, ils attaquent le groupe sans défense. Ils les soulèvent sur leurs cornes, les lancent en l’air comme des chiffons, les jettent au sol, les piétinent. Ils s’enfuient de nouveau, comme fous de lumière et de bruit, puis repartent à l’assaut.

Perpétue, prise comme une brindille entre les cornes d’un taureau, est projetée plusieurs mètres plus loin. Bien que blessée, elle se relève et son premier souci est de remettre de l’ordre dans ses vêtements arrachés sur son sein. Tout en les maintenant de sa main droite, elle se traîne vers Félicité tombée sur le dos et à demi éventrée; elle la couvre et la soutient, faisant d’elle-même un appui pour la blessée. Les bêtes reviennent à l’attaque jusqu’à ce que les six martyrs, à demi-morts, soient étendus sur le sol.

Les gladiateurs achèvent les mourants

Les bestiaires les font alors rentrer et les gladiateurs achèvent l’ouvrage.

Mais, que ce soit par pitié ou par manque d’expérience, celui de Perpétue ne sait pas tuer. Il la blesse sans atteindre le bon endroit. « Mon frère, ici, laisse-moi t’aider », dit-elle d’un filet de voix accompagné d’un très doux sourire. Après avoir appuyé la pointe de l’épée contre la carotide droite, elle dit alors: « Jésus, je me confie à toi! Pousse, mon frère. Je te bénis », et elle tourne la tête vers l’épée pour aider le gladiateur inexpérimenté et troublé.

Catéchèse de Jésus

Jésus dit:
« Voilà le martyre de Perpétue, de sa compagne Félicité et de ses compagnons. Elle était coupable d’être chrétienne. Bien qu’elle soit encore catéchumène, comme son amour pour moi était intrépide! Au martyre de la chair elle a uni celui du cœur, tout comme Félicité. Si elles ont été capables d’aimer leurs bourreaux, combien n’ont-elles pas aimé leur enfant!

Elles étaient jeunes et heureuses, remplies d’amour pour leur époux, leurs parents et leur enfant. Mais Dieu doit être aimé plus que tout, et elles l’ont aimé de cette manière. On leur a arraché les entrailles en les séparant de leur enfant, mais la foi ne meurt pas.

Elles croient en l’autre vie, fermement. Elles savent qu’elle appartient à ceux qui auront été fidèles et auront vécu selon la Loi de Dieu.

L’amour est la loi dans la loi

L’amour est la loi dans la loi. L’amour pour le Seigneur Dieu et pour le prochain. Quel plus grand amour existe-t-il que de donner sa vie pour ceux qu’on aime, tout comme le Sauveur l’a fait pour l’humanité qu’il aimait? Elles ont sacrifié leur vie pour m’aimer et pour en amener d’autres a m aimer et, par conséquent, à avoir la Vie éternelle. Elles veulent que leurs enfants, leurs parents, leur époux, leurs frères et sœurs ainsi que tous ceux qu’elles aiment d’un amour de parenté ou spirituellement — parmi lesquels leurs bourreaux, puisque j’ai dit: « Aimez ceux qui vous persécutent » —, que tous aient la Vie dans mon Royaume. Et, pour les y conduire, elles tracent de leur sang un signe qui va de la terre au ciel, qui resplendit, qui appelle.

Souffrir? Mourir? Qu’est-ce donc? C’est un instant fugitif, alors que la vie éternelle demeure. Ce moment de souffrance n’est rien en regard de l’avenir de joie qui les attend. Les bêtes? Les épées? Qu’est-ce? Bénies soient-elles puisqu’elles donnent la Vie!

Leur unique préoccupation est de garder leur pudeur, car ceux qui sont saints le sont en toutes choses. À cet instant, elles n’ont cure de leurs blessures mais se soucient de leurs vêtements en désordre. Car, si elles ne sont pas vierges, elles sont toujours pudiques. Le vrai christianisme procure toujours la virginité d’esprit. Il garde cette belle pureté, même là où le mariage et les enfants ont enlevé ce sceau qui, de vierges, fait des anges.

Le corps humain lavé par le baptême est le temple de l’Esprit de Dieu. Il ne doit donc pas être violé par des modes inconvenantes ou des vêtements impudiques. De la femme, notamment de celle qui ne se respecte pas elle-même, rien ne peut provenir d’autre qu’une descendance dévergondée et une société corrompue dont Dieu se retire et dans laquelle Satan laboure et sème ses tourments qui vous portent au désespoir.«

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Jésus, les anges, Lucifer et la chute

Jésus est la synthèse de l’amour des Trois personnes de la Trinité

Saint Azarias me parle:
«Jésus est la synthèse de l’amour des Trois. Jésus est la synthèse de ce qu’est la Trinité et l’Unité de Dieu. Il est la perfection des Trois résumée en une seule Personne. C’est la perfection infinie et multiforme récapitulée en Jésus: un abîme de perfection devant laquelle se prosternent les armées célestes comme les bienheureuses multitudes du paradis, en adoration. Un abîme de perfection qui a pu être – et peut encore être – compris et accepté par ceux qui possèdent l’amour et par eux seuls.

Lucifer a refusé de se prosterner devant la perfection de Jésus

À partir de là, il est possible d’expliquer comment l’archange qui était un esprit bienveillant et saint a pu devenir l’Esprit du Mal. Il n’était cependant pas saint au point d’être tout amour. Or c’est la mesure de l’amour que chacun porte en soi qui donne la mesure de sa perfection et de son aversion pour toute corruption. Quand l’amour est total, plus rien ne peut venir corrompre. La molécule qui n’aime pas est une brèche facile pour que s’y infiltrent des éléments qui ne sont pas amour. Ils forcent [le passage], l’élargissent, envahissent et submergent les bons éléments, jusqu’à les exterminer. Lucifer avait une mesure d’amour incomplète. L’orgueil de soi prenait de la place en lui, une place dans laquelle l’amour ne pouvait exister. Voilà la brèche par laquelle sa dépravation pénétra, destructrice. À cause d’elle, il ne put comprendre ni accepter le Christ-Amour; synthèse de l’Amour infini, unique et trine. Et le fait que, de nos jours, se répande l’hérésie qui nie l’humanité divine de la seconde Personne pour faire de lui un simple homme bon et sage, s’explique facilement grâce à cette clé: le manque d’amour dans le cœur humain, l’incapacité à aimer, la pauvreté de la possession d’amour.

Il y a deux points que l’homme actuel ne veut pas croire

Observe, mon âme, que, aussi bien à l’époque du Christ qu’à la vôtre, il y a toujours eu deux points sur lesquels bute l’intelligence arrogante de l’homme qui ne peut pas croire à moins d’être humble et plein d’amour: d’une part, que le Christ soit Dieu et Homme et qu’il accomplisse des actes uniquement spirituels pour lesquels il fut haï même par ceux qui lui étaient le plus intimes, et donc trahi; d’autre part, qu’il ait créé le sacrement de l’Amour. Il s’ensuit que, aujourd’hui comme de tout temps, les « sans amour » prétendent et prétendront encore – de façon hérétique – que Dieu ne peut être en Jésus et que Jésus ne peut se trouver dans sa sainte et adorable Eucharistie.

Comment sous-titrer la représentation de Jésus

C’est pourquoi, mon âme, si tu devais faire inscrire une légende sous l’effigie de l’Homme-Dieu, il faudrait écrire: «Je suis la synthèse de l’Amour
[…]

Les anges sont supérieurs aux hommes, mais ils adorent Dieu en nous
Saint Azarias me dit alors:

Les anges sont supérieurs aux hommes. J’emploie le mot « hommes » pour parler des êtres que l’on dénomme ainsi, et qui sont composés de matière et d’esprit. Nous leur sommes donc supérieurs, nous qui sommes tout esprit. Mais rappelle-toi que lorsque la grâce vit dans l’homme et que circule en lui le Sang du Corps mystique dont le Christ est le chef, tandis que les sept sacrements le confirment à chaque état et à chaque période de sa vie, alors nous reconnaissons le Seigneur en vous – qui êtes « les temples vivants du Seigneur » – et nous l’adorons en vous. Vous nous devenez alors supérieurs, vous êtes « d’autres Christ » et vous possédez ce que l’on qualifie de « Pain des anges″, qui n’est en réalité que le Pain des hommes. Quelle faim mystique et insatiable d’Eucharistie est la nôtre! Elle nous pousse à nous presser autour de vous quand vous vous en nourrissez, pour sentir le divin parfum de cette Nourriture parfaite!

La liberté parfaite se trouve dans l’ordre

Mais, pour en revenir à notre point de départ, je t’assure que chez les anges, qui diffèrent de vous par la nature et la perfection, la libre volonté existe comme en vous. Dieu n’a rien créé qui soit esclave. À l’origine, tout n’était qu’ordre, dans la création. Mais l’ordre n’exclut pas la liberté. Au contraire, la liberté parfaite se trouve dans l’ordre. Dans l’ordre, il n’est pas de contrainte due à la peur d’une invasion, d’une intrusion, d’une anarchie due à d’autres volontés qui peuvent donner lieu à des ententes secrètes et des destructions en pénétrant dans l’orbite et dans la trajectoire d’autres êtres ou choses créées. Tel était l’univers tout entier avant que Lucifer n’abuse de sa liberté pour susciter en lui-même le désordre des passions – et cela, par sa propre volonté – pour mettre du désordre dans l’ordre parfait. S’il avait été tout amour, il n’y aurait pas eu place en lui pour autre chose que l’amour. Mais il y eut place pour l’orgueil, auquel on pourrait donner ce nom: le désordre de l’intelligence.

Dieu aurait-il pu empêcher tout cela? Oui

Dieu aurait-il pu empêcher tout cela? Oui. Mais pourquoi faire violence à la libre volonté de cet archange si beau et si intelligent? Dans ce cas n’aurait-il pas mis lui-même — lui le Très-Juste — du désordre dans l’ordre de sa Pensée en ne voulant plus ce qu’il avait d’abord voulu, c’est-à-dire la liberté de l’archange? Dieu n’opprime pas l’esprit troublé pour le mettre de force dans l’impossibilité de pécher. Dans ce cas, il n’aurait eu aucun mérite à ne pas pécher. Pour nous aussi, il fut nécessaire de «savoir vouloir le Bien» pour continuer à mériter de jouir de la vue de Dieu, Béatitude infinie!

L’archange Lucifer a été averti des conséquences de sa rébellion

Puisque Dieu avait voulu que ce sublime archange se tienne à ses côtés dès les premiers actes de la création et qu’il connaisse l’avenir de la création d’amour, il voulut de même qu’il sache quelle serait la nécessité adorable mais douloureuse que son péché allait imposer à Dieu: l’Incarnation et la Mort d’un Dieu pour contrebalancer la ruine du péché qui serait créé si Lucifer ne vainquait pas l’orgueil en lui-même. L’Amour ne pouvait tenir un autre langage. Le premier anéantissement de Dieu se trouve dans cet acte de vouloir convaincre l’orgueilleux avec douceur – presque en le suppliant, par la vision ce que son orgueil allait imposer à Dieu – de ne pas pécher pour ne pas amener d’autres êtres à pécher.

C’était un acte d’amour. Mais Lucifer, déjà satanisé, y vit de la peur, de la faiblesse et un affront, une déclaration de guerre; il engagea donc les hostilités contre le Très-Parfait en disant: «Tu es? Moi aussi, je suis. Ce que tu as fait, c’est pour moi. Il n’y a pas de Dieu. Et s’il y a en a un, c’est moi. Je m’adore. Je t’abhorre. Je me refuse à reconnaître pour Seigneur celui qui ne sait pas me vaincre. Il ne fallait pas me créer si parfait, si tu ne voulais pas que je me pose en rival. Maintenant je suis, et je m’oppose à toi. Triomphe de moi, si tu le peux. Mais je ne te crains pas. Moi aussi, je vais créer et ta création tremblera à cause de moi parce que je la secouerai comme un fin nuage pris par les vents, car je te hais et je veux détruire ce qui est tien pour créer sur ses ruines ce qui sera mien. Je ne connais et ne reconnais aucune autre puissance que moi. Et je n’adore plus, je n’adore, je n’adore plus personne d’autre que moi-même».

Lucifer devient Satan La convulsion de la Création.

Vraiment, la création, la Création tout entière jusqu’en ses profondeurs, fut alors prise d’une convulsion horrifiée devant l’infamie de ces paroles sacrilèges, une convulsion comme il n’y en aura pas de semblable à la fin de la Création. Il en naquit l’enfer; le règne de la Haine.

Mon âme, comprends-tu comment le Mal est apparu? De la volonté libre – et respectée comme telle par Dieu – d’une personne qui n’était pas pleinement amour. Tu peux être sûre que le même jugement est porté sur toute faute commise depuis lors: «Tout n’est pas amour ici».

L’amour plénier interdit le péché, sans effort. Celui qui aime n’a pas d’effort à faire pour atteindre la justice! L’amour l’emporte et l’élève bien au-delà de toutes fanges et dangers, il le purifie d’instant en instant des imperfections à peine visibles qui subsistent au plus haut degré de la sainteté consumée, à cet état où l’esprit a tellement progressé qu’il est vraiment roi, déjà uni par des noces spirituelles à son Seigneur, et jouit à un niveau à peine moindre de ce qui fait la vie des bienheureux au ciel, tant Dieu se donne et se dévoile à son fils béni.

Gloire au Père, au Fils et à l’Esprit Saint.»

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