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La mort de sainte Pétronille & Le martyre de sainte Phénicule

Jésus me dit:

« Il y a beaucoup de travail aujourd’hui pour rattraper le temps, non pas perdu mais employé autrement selon ma volonté.

Tu as appris dès les premières heures du jour (à 1 h du matin) ce sur quoi je tiendrai ton esprit fixé, car le premier et unique point qui s’est illuminé pour toi t’a déjà indiqué ce sur quoi tu vas poser les yeux de ton esprit. Ce nom féminin et inconnu qui a résonné en toi comme une cloche qui appelle et ne se calme pas avant de recevoir une réponse, ce nom t’a dit que tu allais, toi aussi, connaître cela. Mais, entre ma vierge et le Maître, tu dois choisir le Maître et faire précéder mon point par celui-ci.

Je te ferai connaître bon nombre de créatures célestes. Chacune apporte son enseignement, utile pour vous qui êtes devenus informés de tout, lecteurs de tout, mais non de ce qui est connaissance pour conquérir le ciel.

Écris. »
J’écris, ou plus exactement je décris.
Cette nuit, je souffrais à en devenir folle en me demandant comment Jésus avait fait pour supporter de telles douleurs à la tête. Je l’interrogeais à ce sujet, car cela m’était une torture telle que je devais serrer les dents pour ne pas hurler au moindre bruit ou mouvement du lit. J’avais l’impression d’avoir autant de cœurs qui battaient rapidement et douloureusement que de dents, sur la langue, les lèvres, le nez, les oreilles, les yeux. Au milieu du front, il me semblait avoir un enchevêtrement de clous qui m’entraient dans le crâne; une ceinture de feu et de douleur montait de ma nuque et irradiait en m’enserrant comme une morsure; au niveau de l’os pariétal droit, j’avais l’impression que le coup d’un objet lourd me heurtait de temps en temps pour m’enfoncer de plus en plus cette ceinture dans la tête, qui résonnait tout entière. Dans mon agonie, je contemplais Jésus depuis le jardin de Gethsémani jusqu’au Calvaire. Et voilà que, juste après sa troisième chute, j’eus une pause de repos physique et spirituel, car il m’est apparu beau, en bonne santé, souriant sur les eaux déchaînées de la mer de Galilée.

Puis les tourments ont repris jusqu’à ce que, vers deux heures, une fois la contemplation de la passion du Seigneur terminée et mon terrible mal de tête un peu calmé (un tout petit peu, vous savez), un nom a résonné en moi: sainte Phénicule.

Qui est-ce? Une inconnue. A-t-elle seulement existé? Bah! Qui en a déjà entendu parler? J’essayais de dormir. Rien à faire: sainte Phénicule, sainte Phénicule, sainte Phénicule!

Personne ne va dormir ici, ai-je pensé, avant de savoir de qui il s’agit. De 15 h à minuit passé la douleur m’avait abattue et rendue inerte, je n’étais plus qu’un corps qui souffrait spasmodiquement et ne parvenait pas même à ouvrir les yeux — Paola pourra vous le dire —. Mais, grâce à la diminution de la douleur qui m’a permis de bouger, j’ai pris une liste des saints et j’ai trouvé qu’elle cite la vierge sainte Phélicule en compagnie de sainte Pétronille, vierge elle aussi. J’ai entendu dire: Phénicule, mais j’ai peut-être mal compris.

En même temps que cette découverte, j’ai vu une jeune femme nue, attachée à une colonne de manière atroce. Puis rien d’autre.
Par obéissance, j’écris maintenant ce que le Maître me montre, sans le remettre à plus tard bien que la tête me tourne.

La mort de sainte Pétronille

Je vois deux jeunes femmes en prière. Une prière très ardente qui doit sûrement pénétrer dans les cieux. L’une est plus âgée. Elle paraît avoir la trentaine; l’autre doit avoir à peine plus de vingt ans. Toutes deux semblent en parfaite santé. Puis elles se lèvent et préparent un petit autel sur lequel elles disposent des toiles précieuses en lin et des fleurs.

Un homme entre, vêtu comme les Romains de l’époque, que les deux jeunes filles saluent avec la plus grande vénération. Il sort d’un sac, qu’il portait sur la poitrine, tout ce qu’il faut pour célébrer une messe. Il revêt ensuite ses habits sacerdotaux et commence le saint sacrifice.

Je ne saisis pas très bien l’évangile, mais il me semble que c’est celui de Marc : « On lui présentait des enfants.. quiconque n’accueille pas le Royaume de Dieu en petit enfant n’y entrera pas. »

Le prêtre consacre les saintes espèces puis se tourne pour donner la communion aux deux fidèles, en commençant par la plus âgée, dont le visage a une ardeur toute séraphique. Il donne ensuite la communion à la seconde. Après avoir reçu les saintes Espèces, elles se prosternent au sol en profonde prière; on dirait qu’elles restent ainsi par pure dévotion.

Après la célébration du rite, qui est la même que celle de Paul dans le Tullianum — sauf que, ici, le célébrant parle plus bas, puisqu’il n’y a que deux fidèles, raison pour laquelle j’ai moins bien compris l’évangile —, le prêtre se tourne pour bénir et descend de l’autel, situé sur une estrade de bois. Seule l’une des jeunes femmes se tourne. L’autre reste prosternée comme avant. Sa compagne l’appelle et la secoue. Le prêtre se penche lui aussi. Ils la soulèvent. La pâleur de la mort se voit déjà sur ce visage, l’œil éteint disparaît sous les paupières, la bouche respire avec effort. Mais quelle béatitude sur ce visage!

Ils l’étendent sur une sorte de long siège qui se trouve près d’une fenêtre ouvrant sur une cour où chante une fontaine. Ils essaient de venir à son aide. Mais elle, rassemblant toutes ses forces, lève une main et montre le ciel; elle ne prononce que deux mots: « Grâce… Jésus », puis elle expire sans agonie.

Tout cela ne m’explique pas ce que vient faire la jeune fille attachée à la colonne que j’ai vue cette nuit. Bien qu’elle soit bien plus pâle et maigre, décoiffée, torturée, j’ai l’impression qu’elle ressemble beaucoup à la survivante qui prie maintenant près de la morte. Et je reste ainsi, dans mon incertitude, pendant quelques heures.

Le martyre de sainte Phénicule.

C’est seulement dans la soirée que je retrouve la jeune fille en pleurs d’avant. Elle se tient maintenant près de la fontaine de la cour sévère dans laquelle seules quelques petites plates-bandes de lys sont cultivées; des rosiers tout en fleurs grimpent sur les murs.

Sainte Phénicule refuse à Flaccus de l’épouser (extraits de « Quo Vadis? »)La jeune fille parle avec un jeune Romain: « Il est inutile d’insister, Flaccus. Je te suis reconnaissante de ton respect et du souvenir que tu gardes de mon amie décédée. Mais je ne peux consoler ton cœur. Si Pétronille est morte, c’est le signe qu’elle ne devait pas être ton épouse. Mais moi non plus. Les jeunes filles de Rome qui seraient heureuses de devenir la maîtresse de ta maison ne manquent pas. Pas moi. Ce n’est pas dû à toi, mais parce que j’ai pris la décision de ne pas contracter mariage.

— Tu es donc prise, toi aussi, par la stupide frénésie de tant de disciples d’une poignée de juifs?
— J’ai décidé de ne pas contracter mariage, et je crois ne pas être folle.
— Et si je te voulais, moi?
— S’il est vrai que tu m’aimes et me respectes, je suis sûre que tu ne voudras pas forcer ma liberté de citoyenne romaine. Au contraire, tu me laisseras suivre mon désir en gardant à mon égard la bonne amitié que j’ai pour toi.
— Ah non! L’une des deux m’a déjà échappé. Toi, tu ne m’échapperas pas!
— Elle est morte, Flaccus. La mort est pour nous une force supérieure, elle n’a pas fui une destinée pour une autre. Elle ne s’est pas suicidée. Elle est morte…
— À cause de vos sortilèges. Je sais bien que vous êtes chrétiennes, et j’aurais dû vous dénoncer au Tribunal de Rome. Mais j’ai préféré penser à vous comme mes épouses. Alors, je te le dis pour la dernière fois: acceptes-tu d’être la femme du noble Flaccus? Je te jure qu’il te vaut mieux devenir la maîtresse de ma maison et abandonner ton culte démoniaque, plutôt que de connaître la rigueur de Rome qui ne tolère pas de voir ses dieux insultés. Sois mon épouse et tu seras heureuse. Sinon…

— Je ne peux pas être ton épouse. Je suis consacrée à Dieu. À mon Dieu. Je ne peux adorer les idoles, moi qui adore le vrai Dieu. Fais de moi ce que tu voudras. Tu peux tout faire de mon corps. Mais mon âme appartient à Dieu, et je ne la vends pas pour les joies de ta maison.
— C’est ton dernier mot?
— Le dernier
— Sais-tu que mon amour peut se transformer en haine?
— Que Dieu te le pardonne! Pour ma part, je t’aimerai toujours comme un frère et je prierai pour ton bien.
— Mais moi, je vais faire ton malheur Je te dénoncerai. Tu seras torturée. Alors, tu m’invoqueras. Alors, tu comprendras que mieux valait la maison de Flaccus que les stupides doctrines dont tu te nourris.
— Je comprendrai que le monde a besoin de ces doctrines pour ne plus avoir de tels Flaccus. Et j’agirai pour ton bien en priant pour toi depuis le Royaume de mon Dieu.
— Maudite chrétienne! En prison! Sois affamée! Que ton Christ te rassasie, s’il le peut ! »

J’ai l’impression que les prisons sont assez proches de la maison de la vierge car la rue est courte, et que le noble Flaccus n’est ni plus ni moins qu’un limier du Questeur de Rome. En effet, quand la vision change d’aspect et me ramène à la salle où j’avais déjà vu la jeune fille attachée à la colonne, je m’aperçois que c’est un tribunal comme celui où Agnès a été jugée. Les différences ne sont pas grandes et, ici aussi, il y a un individu louche qui juge et condamne, et à qui Flaccus sert d’assistant et d’instigateur.

Sortie de la cage où elle se trouvait, Phénicule est amenée au centre de la salle. Elle paraît à bout de forces mais encore empreinte d’une grande dignité. Bien que la lumière l’éblouisse, faible comme elle l’est et accoutumée désormais à l’obscurité de son cachot, elle se tient droite et sourit.

198 > Les questions et les propositions habituelles sont suivies des réponses tout aussi habituelles: « Je suis chrétienne. Je ne sacrifie à aucun autre Dieu qu’à mon Seigneur Jésus Christ. » Elle est condamnée à la colonne.

On lui arrache ses vêtements et c’est nue, en présence du peuple, qu’on lui lie les mains et les pieds derrière une des colonnes du Tribunal. Pour ce faire, on lui disloque les hanches et les bras. La douleur doit être atroce. Mais cela ne suffit pas: on serre les cordes aux poignets et aux chevilles, on la frappe sur la poitrine et sur son ventre nu avec des verges et des fouets, on lui tord les chairs avec des tenailles et on lui fait encore d’autres atroces supplices du même genre que je n’ai pas le courage de raconter.

De temps en temps, on lui demande si elle accepte de sacrifier aux dieux. Phénicule répond d’une voix de plus en plus faible: « Non. Au Christ et à lui seul. Maintenant que je commence à le voir et que toute torture me le rend plus proche, vous voulez que je le perde? Faites votre ouvrage, afin que mon amour soit accompli. Quelles douces noces que celles dont le Christ est l’époux et moi son épouse! C’est le rêve de toute ma vie! »

Lorsqu’on la détache de la colonne, elle tombe à terre, comme morte. Ses membres disloqués, peut-être même brisés, ne la soutiennent plus, ils ne répondent plus à aucun ordre du cerveau. Ses pauvres mains, sciées aux poignets par la corde qui lui a fait deux bracelets de sang vif, pendent comme mortes. Ses pieds, lacérés eux aussi aux malléoles au point de laisser apparaître les nerfs et les tendons, semblent manifestement brisés, à voir comment ils sont repliés d’une manière qui n’est pas naturelle. Mais son visage exprime un bonheur d’ange. Des larmes coulent sur ses joues exsangues, mais ses yeux rient, absorbés en une vision qui la ravit en extase.

Les geôliers ou, mieux, les bourreaux lui donnent des coups de pieds et, de leurs pieds, la poussent vers l’estrade du Questeur comme s’il s’agissait d’un sac immonde au point de ne pouvoir être touché.

« Tu es encore vivante?
— Oui, par la volonté de mon Seigneur
— Tu insistes encore? Veux-tu vraiment la mort?
— Je veux la Vie. Oh! Mon Jésus, ouvre-moi le ciel! Viens, Amour éternel!
— Jetez-la dans le Tibre! L’eau calmera ses ardeurs. »

Les bourreaux la soulèvent brutalement. La douleur des membres brisés doit être atroce. Pourtant, elle sourit. Ils l’enveloppent de ses vêtements, non pas par pudeur mais pour l’empêcher de se maintenir à la surface de l’eau. Précaution inutile!

Avec les membres dans un tel état, on ne peut pas nager. Seule sa tête émerge de l’enchevêtrement des vêtements. Son pauvre corps, jeté sur les épaules d’un bourreau, pend comme si elle était déjà morte. Mais elle sourit à la lumière des flammes, car le soir est maintenant venu.

Parvenus au Tibre, comme s’il s’agissait d’un animal à supprimer, ils la prennent et, du haut du pont, la précipitent dans les eaux sombres. Elle refait deux fois surface puis coule sans un cri.

Les commentaires de Jésus

Jésus dit:
« J’ai voulu te faire connaître ma martyre Phénicule pour t’apporter quelques enseignements à toi comme à tous.

Tu as vu le pouvoir de la prière dans la mort de Pétronille — la compagne et la maîtresse de Phénicule, beaucoup plus âgée que cette dernière — ainsi que le fruit d’une sainte amitié.

Pétronille, qui était une fille spirituelle de Pierre, avait été imprégnée de l’esprit de foi grâce à la vivante parole de mon apôtre. Pétronille faisait la joie de Pierre, elle était sa perle romaine, sa première conquête romaine. Par sa dévotion respectueuse et aimante de l’apôtre, elle l’a consolé de toutes les souffrances de son évangélisation de Rome.

Par amour pour moi, Pierre avait quitté sa maison et sa famille. Mais celui qui ne ment pas lui avait fait trouver en cette enfant réconfort, soin et douceurs féminines, et cela de manière surabondante, débordante, pressante, conformément à mes promesses. Tout comme moi à Béthanie, il trouvait dans la maison de Pétronille aide, hospitalité et surtout de l’amour. La femme est la même, dans le bien comme dans le mal, sous tous les cieux et à travers toutes les époques. Pétronille fut la Marie de Pierre, avec en plus sa pureté d’enfant que le baptême, reçu alors que son innocence n’avait pas encore connu d’outrage, avait portée à une perfection angélique.

Écoute, Maria. Pétronille, dans son désir d’aimer le Maître de tout son être sans que son charme et le monde puissent troubler cet amour, avait prié son Dieu de faire d’elle une crucifiée. Dieu l’a exaucée. La paralysie crucifia ses membres angéliques. Pendant sa longue infirmité, c’est sur ce sol baigné de douleur que fleurirent les plus belles vertus et, en particulier, l’amour pour ma Mère.

Écoute encore, Maria. Quand cela fut nécessaire, sa maladie connut un répit, pour montrer que Dieu est le maître des miracles. Puis, passé ce moment, elle revint la crucifier.

Ne connais-tu pas une autre femme, Maria, à qui son Maître dit quand cela lui est nécessaire, comme Pierre à Pétronille: « Lève-toi, écris, sois forte » et qui, quand cesse ce besoin, redevient une pauvre infirme en perpétuelle agonie?

Une fois l’apôtre mort et Pétronille guérie, elle trouva que sa vie ne lui appartenait plus à elle-même, mais au Christ. Elle n’était pas de ceux qui, une fois le miracle obtenu, s’en servent pour offenser Dieu. Au contraire, elle mit sa santé au service des intérêts de Dieu.

Votre vie est toujours mienne. C’est moi qui vous la donne. Vous devriez vous le rappeler. Je vous la donne comme vie animale en vous faisant naître et en vous gardant en vie. Je vous la donne comme vie spirituelle par la grâce et les sacrements. Vous devriez toujours vous en souvenir et en faire bon usage. Quand ensuite je vous rends la santé, je vous fais presque renaître après une maladie mortelle, et vous devriez vous rappeler encore davantage que cette vie, qui refleurit alors que la chair semblait proche de la tombe, m’appartient. Il vous incombe alors, par reconnaissance, de l’utiliser pour le Bien.

Pétronille a su le faire. Ce n’est pas en vain qu’elle avait assimilé mon enseignement. Elle est semblable au sel qui préserve du mal, de la corruption, elle est la flamme qui réchauffe et éclaire, l’aliment qui nourrit et fortifie, la foi qui rend sûr. Quand viennent l’épreuve, l’assaut des tentations, la menace du monde, Pétronille prie. Elle invoque Dieu. Elle veut appartenir à Dieu. Le monde la veut-il? Que Dieu la défende contre le monde!

Le Christ l’a dit: « Si vous avez de la foi gros comme un grain de sénevé, vous direz à cette montagne: ‘Déplace-toi d’ici à là ». Pierre le lui a répété bien des fois. Elle n’a pas demandé à la montagne de se déplacer. Elle a demandé à Dieu de l’enlever du monde avant qu’elle ne soit écrasée par une épreuve supérieure à ses forces. Et Dieu l’écoute. Il la fait mourir pendant une extase. Pendant une extase, Maria, avant que l’épreuve ne l’écrase. Souviens-t’en, ma petite disciple!

Phénicule était [pour Pétronille] une amie, plus qu’une amie même, une fille ou une sœur, étant donné leur petite différence d’âge d’une dizaine d’années. L’on ne vit pas avec une sainte sans en être sanctifié. Comme l’on ne devient pas dépravé en vivant avec un dépravé. Si le monde se rappelait cette vérité! Au contraire, le monde néglige les saints ou les maltraite, et il suit les satans en le devenant eux-mêmes toujours plus.

Tu as vu la fermeté et la douceur de Phénicule. Qu’est la faim pour celui qui a le Christ pour nourriture? Qu’est la torture pour celui qui aime le Martyr du Calvaire? Qu’est la mort pour celui qui sait qu’elle ouvre les portes de la Vie?

Ma martyre Phénicule est méconnue des chrétiens d’aujourd’hui. Mais elle est bien connue des anges de Dieu qui la voient joyeuse au ciel derrière l’Agneau divin. J’ai voulu te la faire connaître pour pouvoir te parler également de sa maîtresse spirituelle et pour t’encourager à souffrir.

Répète avec elle: « En vérité, je commence maintenant, parmi ces douleurs, à voir Jésus, mon époux, en qui j’ai mis tout mon amour », et pense que j’ai suscité pour toi aussi un Nicomède, pour sauver des eaux des passions ton ‘moi’ que je voulais pour moi, et pour recueillir ce qui, en toi, mérite d’être conservé, ce qui est mien, ce qui peut faire du bien à l’âme de tes frères. »

Source

La lapidation de saint Étienne

Gamaliel

Un important personnage se tient près de cette même colonne – je la reconnais à sa situation près des ouvertures du Trésor et de l’escalier qui mène à l’autre cour -. De toute évidence, c’est un pharisien, comme le montrent ses vêtements et d’après mon conseiller intérieur.

À en juger à son aspect, c’est un homme qui va sur la soixantaine. Il doit avoir de cinquante-cinq à soixante ans. Il est grand, de noble allure et a même de beaux traits fortement sémitiques n doit avoir le front haut, mais il n’est pas découvert à cause d’un étrange couvre-chef qui le recouvre presque jusqu’aux sourcils; épais et droits, ceux-ci ombrent deux yeux très intelligents, pénétrants, noirs, très longs et enfoncés aux côtés du nez; ce dernier descend tout droit du front, il est long et fin, avec des narines palpitantes, et se courbe légèrement en bas, à la pointe. Ses joues sont ivoire foncé et plutôt creusées sans que cela soit dû à une quelconque émaciation, mais plutôt à la conformation du visage. Il a une bouche plutôt grande aux lèvres fines, mais belle, ombrée par une moustache qui n’en dépasse pas les angles et se joint à une barbe taillée au carré, qui ne descend pas de plus de trois doigts sous le menton. Sa moustache et sa barbe, bien soignées, sont tellement grisonnantes qu’elles en paraissent plus blanches que noires, comme elles devaient l’être initialement et comme on peut encore le deviner à de rares poils d’un noir si prononcé qu’il tire sur le bleu.

Mais ce qui me frappe, c’est son habillement. Il porte sur la tête un couvre-chef fait d’une toile de lin plutôt rigide qui entoure le front et se ferme sur la nuque comme la coiffe des infirmières de la Croix-Rouge. 50 Le pan libre retombe, au-dessus de la fermeture, sur le cou et descend jusqu’aux épaules. Il s’agit d’une espèce de capuche, en gros, mais à adapter chaque fois. En revanche, son vêtement est fait de la manière suivante: dessous, une longue robe — elle descend jusqu’à terre et couvre les pieds, que je ne vois pas — en lin très pur, très ample, avec des manches longues et larges, maintenue à la taille par une riche ceinture qui est un galon muni de cordons. La robe est garnie d’ourlets brodés très larges. Sur cette robe se trouve une sorte de vêtement très curieux. De derrière, on dirait une chasuble de prêtre: une pièce d’étoffe toute brodée qui pend des épaules jusqu’aux genoux, ouverte sur les côtés. Devant, elle descend en V jusqu’à l’endroit où finit le sternum en faisant des plis: trois de chaque côté, et sur le sternum elle est retenue par une plaque travaillée en métal précieux qui ressemble à la boucle d’une ceinture précieuse; quant à celle-ci, elle s’attache aux côtés arrière de la chasuble (appelons-la comme cela), mais sans être serrée: à peine de quoi maintenir tout en place. Au-delà de cette boucle, la chasuble descend sans plis jusqu’aux genoux.

Ce gribouillage voudrait décrire l’avant de cette partie du vêtement du pharisien. Ne vous moquez pas de moi. Tout autour de ses bords, cette étrange veste a des rubans placés comme ceci, bleus et très épais. Ces rubans placés en frange se retrouvent aussi sur les bords d’un ample manteau en tissu très délicat. On dirait presque de la soie tant il est souple et léger, ce doit être du lin ou de la laine filée très fin, mais à sa blancheur, je pencherais pour le lin. Ce manteau est si large qu’il suffirait à couvrir trois personnes. Il est maintenant ouvert et pend des épaules jusqu’à terre, où il s’amoncelle en plis fastueux.

Ce pharisien a les mains et les bras croisés sur la poitrine, et il regarde sévèrement quelque chose, je dirais même avec dégoût. Il n’est pourtant pas méprisant, plutôt affligé.

Voilà la première partie de la vision, que j’ai décrite au présent pour lui donner davantage de vivacité, d’autant qu’elle est actuellement aussi présente à ma vue qu’hier soir. Si vous saviez comme j’ai examiné le vêtement du pharisien! Je pourrais décrire et dessiner, si j’en étais capable, les entrelacs de la boucle précieuse et les grecques des bordures brodées.

Saul (Avant de devenir Saint Paul)

Dans un second temps, j’ai vu un jeune homme venir devant le pharisien, un Hébreu à coup sûr, aux caractéristiques nettes, et même un Hébreu laid. Il est courtaud, trapu, je dirais presque un peu rachitique, les jambes très courtes et grosses, un peu écartées: je le vois bien parce qu’il a un vêtement court comme quelqu’un qui s’apprête à partir en voyage, aux dires de mon conseiller intérieur… Son vêtement est grisâtre. Il a des bras courts eux aussi et musclés, un cou court et gros qui soutient une tête assez grosse, brune, aux cheveux courts et rêches, aux oreilles plutôt proéminentes; ses lèvres sont charnues, son nez fortement camus, ses pommettes hautes et saillantes, son front bombé et haut, et ses yeux. tout sauf doux! Plutôt bovins, au regard dur, irrité. Et pourtant ces yeux, noirs sous des sourcils broussailleux et ébouriffés, sont des yeux superbes. Ils font réfléchir. Sa barbe n’est pas longue, mais ses joues paraissent noircies à l’ombre d’une barbe épaisse, qui doit être aussi hirsute que les cheveux. Décidément, c’est un homme laid aussi bien de corps que de visage. Il semble même un peu bossu du côté de l’épaule gauche. Il n’empêche qu’il frappe et attire en dépit de son aspect laid et de son air mauvais.

Il s’avance vers le pharisien et lui dit, de ses grosses lèvres, quelque chose que je ne comprends pas.

Le pharisien répond:
« Je n’approuve pas la violence, en aucun cas. Tu ne me feras jamais adhérer à un dessein violent. Je l’ai même dit publiquement.
– Veux-tu donc protéger ces blasphémateurs que sont les disciples du Nazaréen
– Je protège la justice. Or celle-ci nous enseigne qu’il convient de juger avec prudence. Je l’ai dit: « Si cela vient de Dieu, cela résistera, sinon cela disparaîtra tout seul. » Mais je ne veux pas me souiller les mains d’un sang dont je ne sais s’il mérite la mort.
– C’est toi, un pharisien et un docteur, qui parle ainsi? Tu ne crains pas le Très haut?
– Plus que toi! Mais je pense et je me souviens… Alors que tu n’étais qu’un enfant, pas encore un enfant de la Loi, j’enseignais dans ce Temple avec le rabbin le plus sage de l’époque… Or notre sagesse a reçu une leçon qui nous a fait réfléchir tout le reste de notre vie. Les yeux du sage se sont fermés sur le souvenir de ce moment-là, et son esprit sur l’étude de cette vérité qui se révélait aux gens honnêtes. Les miens ont continué à veiller, et mon Intelligence à penser et à coordonner les choses… J’ai entendu le Très-Haut parler par la bouche d’un petit enfant, qui est ensuite devenu un homme, un juste, et qui fut mis à mort parce qu’il était juste. 50 Or ces paroles ont été corroborées par les faits. pauvre de moi qui n’avais pas compris plus tôt! Pauvre peuple d’Israël!
– Malédiction! Tu blasphèmes! Il n’y a plus de salut si les maîtres d’Israël blasphèment le vrai Dieu.
– Ce n’est pas moi qui ai blasphémé, mais tous! Et nous avons continué à blasphémer. C’est à juste titre que tu dis: il n’y a plus de salut!
– Tu me fais horreur.
– Dénonce-moi au Sanhédrin comme celui qui a été lapidé. Ce sera l’heureux début de ta mission et je serai pardonné, grâce à mon sacrifice, de ne pas avoir compris le Dieu qui passait. »

Le procès d’Étienne

Le jeune homme laid s’en va impoliment et la vision s’arrête là. Ce matin, elle se présente très nettement à ma mémoire, mais précédée par un événement qui me la fait comprendre.
Je vois la salle du sanhédrin, la même que celle qui a accueilli mon Jésus dans la nuit du jeudi-saint au vendredi-saint, disposée à l’identique. Le grand-prêtre et les autres sont sur leur siège. Au centre de la pièce, à l’endroit où se trouvait Jésus, se tient maintenant un jeune homme qui doit avoir vingt-cinq ans. Il est grand et beau. Autour de lui, il y a des hommes d’armes et des élèves du sanhédrin — j’ignore si c’est le terme exact —, mais ils me paraissent être des étudiants au service des rabbins, donc des élèves.

Étienne doit avoir déjà parlé, car le tumulte est à son comble et ne diffère en rien du chahut qui a accompagné la sortie de Jésus de la pièce. Coups de poing, malédictions et blasphèmes sont lancés à l’encontre du diacre Étienne, accompagnés de coups brutaux sous lesquels il chancelle, tandis qu’on le tire férocement de ci et de là.
Mais lui garde calme et dignité. Plus que du calme, de la joie. Le visage inspiré et lumineux, sans s’occuper des crachats qui lui coulent sur la figure ni d’un filet de sang qui descend de son nez frappé violemment, il lève les yeux et sourit à une vision qu’il est le seul à remarquer. Il ouvre les bras en croix et les lève comme pour embrasser, et tombe à genoux ainsi, en adoration, tout en s’exclamant: « Je vois les cieux ouverts et le Fils de l’homme, Jésus de Nazareth, le Christ de Dieu que vous avez tué, debout à la droite de Dieu! »

La horde perd alors le dernier soupçon d’humanité et de légalité qui lui restait et, avec la furie d’une meute de chiens de garde enragés, ils se déchaînent sur le diacre, le mordent, le saisissent, le relèvent à coups de poing, en le tirant par les cheveux, ils le font de nouveau tomber et le traînent encore, la furie s’opposant même à la furie, puisque dans la rixe ceux qui essaient de tirer le martyr contrecarrent ceux qui le foulent aux pieds.

Parmi les plus véhéments et les plus cruels se trouve le jeune homme laid que j’ai vu parler au rabbin pharisien et qu’on appelle Saul. Cela me déplaît pour l’Apôtre. mais j’ai l’impression qu’il était un voyou avant d’appartenir au Christ…

Je vois également le docteur pharisien; c’est l’un des rares à ne pas avoir pris part à la mêlée, tout comme il a gardé le silence durant l’accusation et à la condamnation — avec lui, il me semble voir aussi Nicodème, dans un coin un peu sombre —. Ce docteur pharisien, dégoûté par cette scène illégale et féroce, se drape dans son ample manteau et se dirige vers une sortie opposée à celle vers laquelle la bande des bourreaux est tournée.

Ce mouvement n’échappe pas à Saul, qui crie: « Rabbi, tu t’en vas? »; puis, comme l’autre semble ne pas avoir compris que la question s’adresse à lui, Saul précise: « Rabbi Gamaliel, tu te détournes de ce jugement? »

Gamaliel se retourne tout d’une pièce et, avec un regard froid et hautain, il se contente de répondre: « Oui. » Mais c’est un oui qui vaut tout un discours…

Saul comprend et, abandonnant la meute, il court vers lui. « Tu ne veux pas dire par là, maître, que tu désapprouves notre condamnation? »

Silence.

« Cet homme est doublement coupable pour avoir renié la Loi en suivant un Samaritain possédé par Belzébuth et pour l’avoir fait après avoir été ton élève. »

Silence.

« Serais-tu donc disciple de ce malfaiteur nommé Jésus?
– Je ne le suis pas. Mais s’il était celui qu’il disait être, je prie le Très haut pour que je le devienne.
– Horreur!
– Il n’est pas d’horreur qui tienne. Chacun a une intelligence pour s’en servir et une liberté pour la mettre en pratique. 50 Que chacun l’utilise selon cette liberté que Dieu nous a donnée et cette lumière qu’il a mise dans le cœur de chacun. Les justes l’emploieront pour le bien, les mauvais pour le mal. Adieu. » Et il s’en va sans autre préoccupation.

La lapidation de Saint-Étienne

Saul rejoint les bourreaux dans la cour et sort avec eux du Temple puis des portes de la ville, tandis que les coups et les railleries continuent.

Hors des murs, à un endroit inculte et rocailleux, les bourreaux se regroupent en cercle. Au centre se trouve le condamné, les vêtements lacérés et déjà plein de blessures sanglantes. Tous retirent leurs vêtements du dessus et restent en tunique courte, comme celle de Saul dans la vision d’hier soir. Ces vêtements sont confiés à Saul, qui ne prend pas part à la lapidation. J’en ignore la raison: est-ce parce qu’il est trop petit et conscient de son incapacité à viser juste, ou bien a-t-il été touché par les paroles de Gamaliel? Le fait est que Saul reste en vêtement long et en manteau et qu’il garde les habits des autres pendant que ceux-ci achèvent le martyr à coups de pierres (les pierres abondent à cet endroit, qu’il s’agisse de cailloux ronds ou de silex pointus).

Étienne reçoit les premiers coups debout, un sourire de pardon sur les lèvres. Auparavant, il avait salué Saul. Il lui a dit, pendant que la meute formait le cercle et que Saul était occupé à rassembler les vêtements: « Mon ami, je t’attends sur les voies du Christ. » Ce à quoi Saul avait rétorqué: « Porc! Obsédé! », en accompagnant ces qualificatifs d’un vigoureux coup de pied.

Puis Étienne vacille et, sous les coups qui pleuvent, il tombe à genoux en disant: « Seigneur Jésus, reçois mon esprit! » D’autres coups atteignent sa tête blessée, le font s’abattre et, pendant qu’il tombe et se couche la tête dans son sang, au milieu des pierres, il expire en murmurant: « Seigneur, Père. pardonne-leur. ne leur garde pas rancune de leur péché. Ils ne savent pas ce que… » La mort lui coupe la phrase sur les lèvres.

Les bourreaux jettent une dernière pluie de pierres sur le mort et l’ensevelissent presque sous cette avalanche de pierres. Puis ils se rhabillent et s’en vont. Ils retournent au Temple et les plus exaltés, ivres d’un zèle satanique, se présentent au grand-prêtre afin d’avoir carte blanche pour persécuter.

Saul est le plus ardent. Dès qu’il a obtenu la lettre d’autorisation — un parchemin portant le sceau du Temple en rouge —, il sort. 50 Il ne perd pas de temps. Il se prépare au voyage et à la persécution. Le sang d’Étienne lui a fait l’effet du rouge sur un taureau, ou du vin sur un alcoolique. Il l’a rendu furieux. Il est plus laid que jamais. Que l’Apôtre m’excuse, mais il me faut dire ce que je vois.

Alors qu’il attend je ne sais qui, il voit Gamaliel appuyé à la colonne et se dirige vers lui. J’ai l’impression que Saul était de ceux qui ne laissent jamais tomber une dispute, mais ne cessent de repartir à l’assaut avec l’insistance d’une mouche, dans le mal d’abord, dans le bien plus tard.

Je revois exactement la scène d’hier soir, que je ne vous répète donc pas. Rien d’autre.

Je n’avais pas reconnu Gamaliel, beaucoup plus vieux qu’à l’époque du débat avec l’Enfant-Jésus, surtout avec ce couvre-chef qu’il ne portait pas alors. Mais je dis la vérité. Jusqu’ici, il m’avait plu. Mais, maintenant, il me plaît davantage encore. Il m’impose le respect. Je ne sais s’il est mort chrétien. Mais je le souhaite, car il me semble qu’il l’aurait mérité. Il était juste.

Vous le voyez, il m’était impensable de penser avoir cette vision, surtout pour ce qui concerne Gamaliel. Mais elle était si nette! C’était l’une des plus nettes et des plus insistantes. Je pourrais indiquer le nombre de personnes, de pierres et de coups, tant les détails étaient précis.

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Le martyre de Félicité et Perpétue

Autour de 17 h, Jésus me dit:

« Ce n’était pas mon intention de te donner cette vision ce soir. Je me proposais de te faire vivre un autre épisode des « évangiles de la foi ». Mais un désir m’a été exprimé par quelqu’un qui mérite d’être satisfait. Je le fais donc. Malgré tes douleurs, vois, observe et décris. À moi, offre tes souffrances et, à tes frères, la description.« 

J’écris donc en dépit de mes souffrances extrêmement intenses: j’ai l’impression d’avoir la tête enserrée dans un étau qui part de la nuque et conflue sur le front, pour descendre vers l’épine dorsale; cela me fait terriblement mal, au point d’avoir pensé que j’étais en train de commencer une méningite; puis je me suis évanouie. C’est encore très douloureux en ce moment. Mais Jésus permet que je parvienne à écrire par obéissance. Ensuite.. ensuite advienne que pourra!

La scène se situe en Afrique du nord, à Carthage

Je vous assure cependant que je vais de surprise en surprise, car je me trouve tout d’abord devant des Africains, ou tout au moins des Arabes, alors que j’avais toujours cru que ces saints étaient européens. Je n’avais en effet pas la moindre idée de leur condition sociale et physique, ainsi que de leur martyre. Je connaissais la vie et la mort d’Agnès. Mais d’eux! C’est comme si je lisais un récit inconnu.

 

Vision préliminaire de l’amphithéâtre.
Le martyre de Félicité et Perpétue

Comme première image, avant de m’évanouir, j’ai vu un amphithéâtre qui ressemblait plus ou moins au Colisée (pas en ruines toutefois). À ce moment-là, il n’y avait encore personne. Seule une très belle jeune Maure se tient au centre, en l’air. Elle rayonne d’une lumière béatifique qui se dégage de son corps brun et des vêtements sombres qui la couvrent. Elle semble être l’ange de cet endroit. Elle me regarde et sourit. Ensuite, je m’évanouis et je ne vois plus rien.

Dans la prison de Tebourba

Maintenant, la vision se complète. Je me trouve dans un bâtiment dont l’absence de tout confort et l’apparence sévère m‘indiquent qu’il s’agit d’une forteresse utilisée comme prison. Ce n’est pas le souterrain du Tullianum que j’ai vu hier. Il y a ici de petites pièces et des couloirs surélevés. Mais l’espace y est si restreint, la lumière si rare et elles sont munies de telles barres et portes en fer cloutées que cette maigre amélioration due à leur situation est annulée par leur sévérité qui anéantit la moindre idée de liberté.

Vision de Perpétue et de son bébé

Dans l’une de ces tanières, la jeune Maure que j’ai vue dans l’amphithéâtre est assise sur une planche, qui sert en même temps de lit, de siège et de table. Cette fois, il n’en émane pas de lumière, seulement une grande paix. Elle porte sur son sein un bébé de quelques mois qu’elle allaite. Elle le berce et le cajole avec amour. L’enfant joue avec sa jeune mère et frotte son visage très olivâtre contre le sein brun de sa mère; il le prend et s’en détache avec avidité, en faisant de soudaines risettes pleines de lait.

La jeune fille est très belle: un visage régulier plutôt rond, de superbes grands yeux d’un noir velouté, une petite bouche charnue, des dents très blanches et régulières, des cheveux noirs et plutôt crépus mais maintenus par des tresses serrées qui encadrent son visage. Son teint est d’un brun olivâtre, mais pas excessivement. On trouve aussi cette couleur chez nous, notamment dans le sud de l’Italie, à peine plus claire que celle-ci. Lorsqu’elle se lève pour endormir son bébé en parcourant la cellule de long en large, je me rends compte qu’elle est grande. Elle a des formes gracieuses, certes pas exagérément, mais enfin elle a un corps bien modelé. Son port rempli de dignité lui donne l’air d’une reine. Elle porte un vêtement simple, presque aussi sombre que sa peau, qui lui tombe en légers plis sur le corps.

Son père vient la supplier d’abjurer

Un vieillard entre, Maure lui aussi. Pour ce faire, le geôlier lui ouvre la lourde porte, puis se retire. La jeune fille se retourne et sourit. Le vieillard la regarde et pleure. Pendant quelques minutes, ils restent ainsi. Puis la peine du vieillard déborde. En hoquetant, il supplie sa fille d’avoir pitié de sa souffrance: « Ce n’est pas pour cela, lui dit-il, que je t’ai engendrée. Je t’ai aimée plus que tous mes enfants, toi la joie et la lumière de ma maison. Et maintenant tu veux mourir et faire mourir ton pauvre père, qui sent son cœur se briser sous la douleur que tu lui causes. Ma fille, voici des mois que je te supplie. Tu as voulu résister et tu as connu la prison, toi qui es née dans l’aisance. J’avais plié l’échine devant les puissants pour t’obtenir de rester chez toi, bien que prisonnière. J’avais promis au juge de te faire céder à mon autorité paternelle. Actuellement, il se moque de moi, parce qu’il voit que tu n’en as eu cure. Ce n’est pas cela que devrait t’apprendre la doctrine que tu prétends parfaite. Quel est donc ce Dieu que tu suis, qui t’inculque de ne pas respecter ton père, de ne pas l’aimer? Car si tu m aimais, tu ne me ferais pas tellement souffrir. Ton obstination, qui n’est même pas vaincue par la pitié pour cet homme innocent, t’a valu d’être arrachée à la maison et enfermée dans cette prison. Or il n’est plus question de prison désormais, mais de mort, d’une mort atroce. Pourquoi? Pour qui? Pour qui veux-tu mourir? Ton Dieu a-t-il donc besoin de ton sacrifice — et même de notre sacrifice, le mien et celui de ce petit être qui n’aura plus de ère —? Ton sang et mes larmes sont-ils donc nécessaires à la réalisation de son triomphe? Comment cela se peut-il? La bête sauvage aime ses petits et, plus elle les a portés sur son sein, plus elle les aime. Cela, je l’ai aussi espéré; c’est pourquoi je t’avais obtenu de pouvoir nourrir ton enfant. Mais tu refuses de changer d’idée. Après l’avoir nourri, réchauffé, servi d’oreiller à son sommeil, voici maintenant que tu le repousses, que tu l’abandonnes sans aucun regret. Je ne te prie pas pour moi, mais en son nom. Tu n’as pas le droit d’en faire un orphelin. Ton Dieu n’a pas le droit de faire cela. Comment puis-je le croire meilleur que les nôtres s’il exige ces sacrifices cruels? Tu me pousses à le détester, à le maudire toujours plus. Mais non, mais non! Que dis-je? Oh, Perpétue, pardonne-moi! Pardonne à ton vieux père que la douleur rend fou. Veux-tu donc que j’aime ton Dieu? Je l’aimerai plus que moi-même, mais reste avec nous. Dis au juge que tu cèdes. Ensuite, tu aimeras n’importe quel Dieu de la terre, comme tu voudras. Tu feras de ton père ce que tu veux. Je ne t’appellerai plus ma fille, je ne serai plus ton père: je serai ton serviteur, ton esclave, et toi ma maîtresse. Domine, ordonne, et je t’obéirai. Mais pitié, pitié! Sauve-toi pendant que tu le peux encore. Il n’est plus temps d’attendre.

Félicité, la servante, vient de donner le jour à son enfant

Ta compagne a donné le jour à son enfant, tu le sais, et plus rien n’arrêtera la sentence. Ton fils te sera arraché, tu ne le verras plus. Demain, peut-être, ou aujourd’hui même. Pitié, ma fille! Pitié pour moi et pour lui; il ne sait pas encore parler, mais vois comme il te regarde et sourit, comme il invoque ton amour! Oh! Ma Dame, ma Dame, toi la lumière et la reine de mon cœur, la lumière et la joie de ton fils, pitié, pitié! »

Le vieillard est à genoux, il baise l’ourlet du vêtement de sa fille, il lui enlace les genoux, il essaie lui prendre la main, qu’elle pose sur son cœur pour en réprimer le déchirement humain. Mais rien ne la fait fléchir.

« C’est en raison de l’amour que j’éprouve pour toi et pour lui que je reste fidèle à mon Seigneur, répond-elle. Aucune gloire terrestre n’accordera à tes cheveux blancs et à cet innocent autant d’honneur que ma mort. Vous parviendrez à la foi. Que diriez-vous alors si j’avais renoncé à ma foi à cause d’un moment de lâcheté? Mon Dieu n’a pas besoin de mon sang ni de tes larmes pour triompher. Mais toi, tu en as besoin pour parvenir à la Vie, et cet innocent pour y rester. En échange de la vie que tu m’as donnée et de la joie qu’il m’a apportée, je vous obtiens la Vie véritable, éternelle et bienheureuse. Non, mon Dieu n’enseigne pas à manquer à l’amour envers parents et enfants. Mais il s’agit de l’amour véritable. Maintenant, la douleur te fait délirer, père. Mais, plus tard, la lumière se fera en toi et tu me béniras. Du ciel, je te l’apporterai. Quant à cet innocent, ce n’est pas que je l’aime moins, maintenant que je me suis fait vider de mon sang pour le nourrir. Si la cruauté païenne n’était pas tournée contre nous, les chrétiens, j’aurais été pour lui la plus aimante des mères et il aurait été le but de ma vie. Mais Dieu est plus grand que la chair née de moi, et l’amour qui doit lui être donné est infiniment plus grand. Même au nom de la maternité, je ne peux faire passer l’amour pour lui après celui pour une créature. Non. Tu n’es pas l’esclave de ta fille. Je suis toujours ta fille et je t’obéis en toutes choses excepté en ceci: renoncer au vrai Dieu pour toi. Laisse s’accomplir la volonté des hommes. Et, si tu m’aimes, suis-moi dans la foi. C’est là que tu retrouveras ta fille, pour toujours, car la vraie foi ouvre l’accès au paradis; or le saint Pasteur m’a déjà souhaité la bienvenue dans son Royaume. »

L’heure du supplice a sonné

À ce moment, la vision change: je vois entrer d’autres personnages dans la cellule, trois hommes et une très jeune femme. Ils s’embrassent et s’étreignent les uns les autres. Les geôliers entrent eux aussi pour enlever son fils à Perpétue. Elle vacille comme si un coup l’avait atteinte. Mais elle se reprend.

Sa compagne la réconforte: « Moi aussi, j’ai déjà perdu mon enfant. Mais il n’est pas perdu. Dieu a été bon envers moi. Il m’a accordé de le mettre au monde pour lui, et son baptême s’orne de mon sang. C’était une petite fille… belle comme une fleur. Le tien aussi est beau, Perpétue. Mais, pour vivre en Christ, ces fleurs ont besoin de notre sang. Nous leur donnerons ainsi deux fois la vie. »

Perpétue prend le petit, qu’elle avait posé sur la couche et qui dort, rassasié et content. Après lui avoir donné un léger baiser pour ne pas l’éveiller, elle le tend à son père. Elle le bénit également et lui trace une croix sur le front, et une autre sur les mains, les pieds et la poitrine; ses doigts sont baignés des larmes qui lui coulent des yeux. Elle fait tout cela si doucement que l’enfant sourit dans son sommeil comme sous une caresse.

Les condamnés sortent ensuite et, entourés de soldats, ils sont conduits dans une cave obscure de l’amphithéâtre dans t’attente du martyre. Les heures se passent à prier, à chanter des hymnes sacrés et à s’exhorter mutuellement à l’héroïsme.

La harangue d’un des six martyrs

Il me semble maintenant me trouver moi aussi dans l’amphithéâtre que j’ai déjà vu. Il est rempli d’une foule à la peau bronzée pour la plupart. Toutefois, il y a aussi bon nombre de Romains. Sur les gradins, la foule gronde et s’agite. La lumière est intense malgré le voile tendu du côté du soleil.

Les six martyrs sont fait entrer dans l’arène, en file. J’ai l’impression que des jeux cruels y ont déjà eu lieu, car elle est tachée de sang. La foule siffle et insulte. Perpétue en tête, ils entrent en chantant. Ils s’arrêtent au centre de l’arène et l’un des six se tourne vers la foule.
« Vous feriez mieux de faire preuve de courage en nous suivant dans la foi et non en insultant des êtres sans défense qui répondent à votre haine en priant pour vous et en vous aimant. Les verges avec lesquelles vous nous avez fouettés, la prison, les tortures, le fait d’avoir arraché leur enfant à deux mères, tout cela ne fait pas changer notre cœur. Vous mentez, vous qui prétendez être civilisés mais attendez qu’une femme accouche pour la tuer ensuite dans son corps et dans son cœur en la séparant de son enfant. Vous êtes cruels, vous qui mentez pour tuer, puisque vous savez parfaitement qu’aucun de nous ne vous cause de tort, et encore moins les mères dont toutes les pensées sont tournées vers leur enfant. Non, rien ne fait changer notre cœur, ni pour ce qui est de l’amour de Dieu, ni pour ce qui est de l’amour du prochain.

C’est trois fois, sept fois, cent fois que nous donnerions notre vie pour notre Dieu et pour vous, afin que vous en veniez à l’aimer. C’est donc pour vous que nous prions, tandis que le Ciel s’ouvre au-dessus de nous: Notre Père, qui es aux cieux… »

À genoux, les six martyrs prient.

Les bêtes font irruption

Une porte basse s’ouvre et les bêtes font irruption; bien qu’elles paraissent être des bolides tant leur course est rapide, il me semble qu’il s’agit de taureaux ou de buffles sauvages. Comme une catapulte ornée de cornes pointues, ils attaquent le groupe sans défense. Ils les soulèvent sur leurs cornes, les lancent en l’air comme des chiffons, les jettent au sol, les piétinent. Ils s’enfuient de nouveau, comme fous de lumière et de bruit, puis repartent à l’assaut.

Perpétue, prise comme une brindille entre les cornes d’un taureau, est projetée plusieurs mètres plus loin. Bien que blessée, elle se relève et son premier souci est de remettre de l’ordre dans ses vêtements arrachés sur son sein. Tout en les maintenant de sa main droite, elle se traîne vers Félicité tombée sur le dos et à demi éventrée; elle la couvre et la soutient, faisant d’elle-même un appui pour la blessée. Les bêtes reviennent à l’attaque jusqu’à ce que les six martyrs, à demi-morts, soient étendus sur le sol.

Les gladiateurs achèvent les mourants

Les bestiaires les font alors rentrer et les gladiateurs achèvent l’ouvrage.

Mais, que ce soit par pitié ou par manque d’expérience, celui de Perpétue ne sait pas tuer. Il la blesse sans atteindre le bon endroit. « Mon frère, ici, laisse-moi t’aider », dit-elle d’un filet de voix accompagné d’un très doux sourire. Après avoir appuyé la pointe de l’épée contre la carotide droite, elle dit alors: « Jésus, je me confie à toi! Pousse, mon frère. Je te bénis », et elle tourne la tête vers l’épée pour aider le gladiateur inexpérimenté et troublé.

Catéchèse de Jésus

Jésus dit:
« Voilà le martyre de Perpétue, de sa compagne Félicité et de ses compagnons. Elle était coupable d’être chrétienne. Bien qu’elle soit encore catéchumène, comme son amour pour moi était intrépide! Au martyre de la chair elle a uni celui du cœur, tout comme Félicité. Si elles ont été capables d’aimer leurs bourreaux, combien n’ont-elles pas aimé leur enfant!

Elles étaient jeunes et heureuses, remplies d’amour pour leur époux, leurs parents et leur enfant. Mais Dieu doit être aimé plus que tout, et elles l’ont aimé de cette manière. On leur a arraché les entrailles en les séparant de leur enfant, mais la foi ne meurt pas.

Elles croient en l’autre vie, fermement. Elles savent qu’elle appartient à ceux qui auront été fidèles et auront vécu selon la Loi de Dieu.

L’amour est la loi dans la loi

L’amour est la loi dans la loi. L’amour pour le Seigneur Dieu et pour le prochain. Quel plus grand amour existe-t-il que de donner sa vie pour ceux qu’on aime, tout comme le Sauveur l’a fait pour l’humanité qu’il aimait? Elles ont sacrifié leur vie pour m’aimer et pour en amener d’autres a m aimer et, par conséquent, à avoir la Vie éternelle. Elles veulent que leurs enfants, leurs parents, leur époux, leurs frères et sœurs ainsi que tous ceux qu’elles aiment d’un amour de parenté ou spirituellement — parmi lesquels leurs bourreaux, puisque j’ai dit: « Aimez ceux qui vous persécutent » —, que tous aient la Vie dans mon Royaume. Et, pour les y conduire, elles tracent de leur sang un signe qui va de la terre au ciel, qui resplendit, qui appelle.

Souffrir? Mourir? Qu’est-ce donc? C’est un instant fugitif, alors que la vie éternelle demeure. Ce moment de souffrance n’est rien en regard de l’avenir de joie qui les attend. Les bêtes? Les épées? Qu’est-ce? Bénies soient-elles puisqu’elles donnent la Vie!

Leur unique préoccupation est de garder leur pudeur, car ceux qui sont saints le sont en toutes choses. À cet instant, elles n’ont cure de leurs blessures mais se soucient de leurs vêtements en désordre. Car, si elles ne sont pas vierges, elles sont toujours pudiques. Le vrai christianisme procure toujours la virginité d’esprit. Il garde cette belle pureté, même là où le mariage et les enfants ont enlevé ce sceau qui, de vierges, fait des anges.

Le corps humain lavé par le baptême est le temple de l’Esprit de Dieu. Il ne doit donc pas être violé par des modes inconvenantes ou des vêtements impudiques. De la femme, notamment de celle qui ne se respecte pas elle-même, rien ne peut provenir d’autre qu’une descendance dévergondée et une société corrompue dont Dieu se retire et dans laquelle Satan laboure et sème ses tourments qui vous portent au désespoir.« 

Source

Jésus, les anges, Lucifer et la chute

Jésus est la synthèse de l’amour des Trois personnes de la Trinité

Saint Azarias me parle:
«Jésus est la synthèse de l’amour des Trois. Jésus est la synthèse de ce qu’est la Trinité et l’Unité de Dieu. Il est la perfection des Trois résumée en une seule Personne. C’est la perfection infinie et multiforme récapitulée en Jésus: un abîme de perfection devant laquelle se prosternent les armées célestes comme les bienheureuses multitudes du paradis, en adoration. Un abîme de perfection qui a pu être – et peut encore être – compris et accepté par ceux qui possèdent l’amour et par eux seuls.

Lucifer a refusé de se prosterner devant la perfection de Jésus

À partir de là, il est possible d’expliquer comment l’archange qui était un esprit bienveillant et saint a pu devenir l’Esprit du Mal. Il n’était cependant pas saint au point d’être tout amour. Or c’est la mesure de l’amour que chacun porte en soi qui donne la mesure de sa perfection et de son aversion pour toute corruption. Quand l’amour est total, plus rien ne peut venir corrompre. La molécule qui n’aime pas est une brèche facile pour que s’y infiltrent des éléments qui ne sont pas amour. Ils forcent [le passage], l’élargissent, envahissent et submergent les bons éléments, jusqu’à les exterminer. Lucifer avait une mesure d’amour incomplète. L’orgueil de soi prenait de la place en lui, une place dans laquelle l’amour ne pouvait exister. Voilà la brèche par laquelle sa dépravation pénétra, destructrice. À cause d’elle, il ne put comprendre ni accepter le Christ-Amour; synthèse de l’Amour infini, unique et trine. Et le fait que, de nos jours, se répande l’hérésie qui nie l’humanité divine de la seconde Personne pour faire de lui un simple homme bon et sage, s’explique facilement grâce à cette clé: le manque d’amour dans le cœur humain, l’incapacité à aimer, la pauvreté de la possession d’amour.

Il y a deux points que l’homme actuel ne veut pas croire

Observe, mon âme, que, aussi bien à l’époque du Christ qu’à la vôtre, il y a toujours eu deux points sur lesquels bute l’intelligence arrogante de l’homme qui ne peut pas croire à moins d’être humble et plein d’amour: d’une part, que le Christ soit Dieu et Homme et qu’il accomplisse des actes uniquement spirituels pour lesquels il fut haï même par ceux qui lui étaient le plus intimes, et donc trahi; d’autre part, qu’il ait créé le sacrement de l’Amour. Il s’ensuit que, aujourd’hui comme de tout temps, les « sans amour » prétendent et prétendront encore – de façon hérétique – que Dieu ne peut être en Jésus et que Jésus ne peut se trouver dans sa sainte et adorable Eucharistie.

Comment sous-titrer la représentation de Jésus

C’est pourquoi, mon âme, si tu devais faire inscrire une légende sous l’effigie de l’Homme-Dieu, il faudrait écrire: «Je suis la synthèse de l’Amour
[…]

Les anges sont supérieurs aux hommes, mais ils adorent Dieu en nous
Saint Azarias me dit alors:

Les anges sont supérieurs aux hommes. J’emploie le mot « hommes » pour parler des êtres que l’on dénomme ainsi, et qui sont composés de matière et d’esprit. Nous leur sommes donc supérieurs, nous qui sommes tout esprit. Mais rappelle-toi que lorsque la grâce vit dans l’homme et que circule en lui le Sang du Corps mystique dont le Christ est le chef, tandis que les sept sacrements le confirment à chaque état et à chaque période de sa vie, alors nous reconnaissons le Seigneur en vous – qui êtes « les temples vivants du Seigneur » – et nous l’adorons en vous. Vous nous devenez alors supérieurs, vous êtes « d’autres Christ » et vous possédez ce que l’on qualifie de « Pain des anges″, qui n’est en réalité que le Pain des hommes. Quelle faim mystique et insatiable d’Eucharistie est la nôtre! Elle nous pousse à nous presser autour de vous quand vous vous en nourrissez, pour sentir le divin parfum de cette Nourriture parfaite!

La liberté parfaite se trouve dans l’ordre

Mais, pour en revenir à notre point de départ, je t’assure que chez les anges, qui diffèrent de vous par la nature et la perfection, la libre volonté existe comme en vous. Dieu n’a rien créé qui soit esclave. À l’origine, tout n’était qu’ordre, dans la création. Mais l’ordre n’exclut pas la liberté. Au contraire, la liberté parfaite se trouve dans l’ordre. Dans l’ordre, il n’est pas de contrainte due à la peur d’une invasion, d’une intrusion, d’une anarchie due à d’autres volontés qui peuvent donner lieu à des ententes secrètes et des destructions en pénétrant dans l’orbite et dans la trajectoire d’autres êtres ou choses créées. Tel était l’univers tout entier avant que Lucifer n’abuse de sa liberté pour susciter en lui-même le désordre des passions – et cela, par sa propre volonté – pour mettre du désordre dans l’ordre parfait. S’il avait été tout amour, il n’y aurait pas eu place en lui pour autre chose que l’amour. Mais il y eut place pour l’orgueil, auquel on pourrait donner ce nom: le désordre de l’intelligence.

Dieu aurait-il pu empêcher tout cela? Oui

Dieu aurait-il pu empêcher tout cela? Oui. Mais pourquoi faire violence à la libre volonté de cet archange si beau et si intelligent? Dans ce cas n’aurait-il pas mis lui-même — lui le Très-Juste — du désordre dans l’ordre de sa Pensée en ne voulant plus ce qu’il avait d’abord voulu, c’est-à-dire la liberté de l’archange? Dieu n’opprime pas l’esprit troublé pour le mettre de force dans l’impossibilité de pécher. Dans ce cas, il n’aurait eu aucun mérite à ne pas pécher. Pour nous aussi, il fut nécessaire de «savoir vouloir le Bien» pour continuer à mériter de jouir de la vue de Dieu, Béatitude infinie!

L’archange Lucifer a été averti des conséquences de sa rébellion

Puisque Dieu avait voulu que ce sublime archange se tienne à ses côtés dès les premiers actes de la création et qu’il connaisse l’avenir de la création d’amour, il voulut de même qu’il sache quelle serait la nécessité adorable mais douloureuse que son péché allait imposer à Dieu: l’Incarnation et la Mort d’un Dieu pour contrebalancer la ruine du péché qui serait créé si Lucifer ne vainquait pas l’orgueil en lui-même. L’Amour ne pouvait tenir un autre langage. Le premier anéantissement de Dieu se trouve dans cet acte de vouloir convaincre l’orgueilleux avec douceur – presque en le suppliant, par la vision ce que son orgueil allait imposer à Dieu – de ne pas pécher pour ne pas amener d’autres êtres à pécher.

C’était un acte d’amour. Mais Lucifer, déjà satanisé, y vit de la peur, de la faiblesse et un affront, une déclaration de guerre; il engagea donc les hostilités contre le Très-Parfait en disant: «Tu es? Moi aussi, je suis. Ce que tu as fait, c’est pour moi. Il n’y a pas de Dieu. Et s’il y a en a un, c’est moi. Je m’adore. Je t’abhorre. Je me refuse à reconnaître pour Seigneur celui qui ne sait pas me vaincre. Il ne fallait pas me créer si parfait, si tu ne voulais pas que je me pose en rival. Maintenant je suis, et je m’oppose à toi. Triomphe de moi, si tu le peux. Mais je ne te crains pas. Moi aussi, je vais créer et ta création tremblera à cause de moi parce que je la secouerai comme un fin nuage pris par les vents, car je te hais et je veux détruire ce qui est tien pour créer sur ses ruines ce qui sera mien. Je ne connais et ne reconnais aucune autre puissance que moi. Et je n’adore plus, je n’adore, je n’adore plus personne d’autre que moi-même».

Lucifer devient Satan La convulsion de la Création.

Vraiment, la création, la Création tout entière jusqu’en ses profondeurs, fut alors prise d’une convulsion horrifiée devant l’infamie de ces paroles sacrilèges, une convulsion comme il n’y en aura pas de semblable à la fin de la Création. Il en naquit l’enfer; le règne de la Haine.

Mon âme, comprends-tu comment le Mal est apparu? De la volonté libre – et respectée comme telle par Dieu – d’une personne qui n’était pas pleinement amour. Tu peux être sûre que le même jugement est porté sur toute faute commise depuis lors: «Tout n’est pas amour ici».

L’amour plénier interdit le péché, sans effort. Celui qui aime n’a pas d’effort à faire pour atteindre la justice! L’amour l’emporte et l’élève bien au-delà de toutes fanges et dangers, il le purifie d’instant en instant des imperfections à peine visibles qui subsistent au plus haut degré de la sainteté consumée, à cet état où l’esprit a tellement progressé qu’il est vraiment roi, déjà uni par des noces spirituelles à son Seigneur, et jouit à un niveau à peine moindre de ce qui fait la vie des bienheureux au ciel, tant Dieu se donne et se dévoile à son fils béni.

Gloire au Père, au Fils et à l’Esprit Saint.»

Source

Présentation de Jésus au Temple – La vertu de Syméon et la prophétie d’Anne.

Jésus dit:

« Deux enseignements, qui conviennent à tous, se dégagent de la description que tu as donnée.

En voici le premier: ce n’est pas au prêtre, plongé dans les rites, et avec l’esprit absent, mais à un simple fidèle que se dévoile la vérité.

Le prêtre toujours en relation avec la Divinité, appliqué au soin de tout ce qui se rapporte à Dieu, consacré à tout ce qu’il y a de plus élevé pour un être de chair, aurait dû voir tout de suite quel était le petit Enfant qu’on venait offrir au Temple ce matin-là. Mais pour qu’il pût le voir il lui aurait fallu un esprit vivant. Pas uniquement l’habit qui recouvrait un esprit sinon mort, du moins endormi.

S’il le veut, L’Esprit de Dieu peut tonner et secouer comme la foudre et le tremblement de terre même l’esprit le plus fermé. Il le peut. Mais généralement comme Il est Esprit d’ordre comme est Ordre Dieu en toutes ses Personnes et en sa manière d’agir, Il se répand et parle, je ne dis pas là où il rencontre un mérite suffisant pour recevoir son effusion – car alors il y en aurait bien peu qui auraient cette grâce et toi non plus ne jouirais pas de ses lumières – mais là où Il voit une suffisante « bonne volonté » pour attirer cette effusion.

Comment déploie-t-on cette bonne volonté? Par une vie qui, dans la mesure du possible, vient toute de Dieu. Dans la foi, l’obéissance, la pureté, la charité, la générosité, la prière. Pas dans les pratiques extérieures: dans la prière. Il y a moins de différence entre la nuit et le jour qu’entre les pratiques et la prière. La prière c’est une communion d’esprit avec Dieu d’où on sort revigoré et décidé à être toujours plus de Dieu. La pratique extérieure est une habitude quelconque avec des buts divers mais toujours égoïstes. Elle vous laisse comme vous êtes ou même avec en plus un péché de mensonge et de paresse.

Syméon avait cette bonne volonté. La vie ne lui avait pas épargné les angoisses et les épreuves. Mais il n’avait pas perdu sa bonne volonté. Les vicissitudes des années n’avaient pas entamé ni ébranlé la foi qu’il avait dans le Seigneur, dans ses promesses et n’avaient pas interrompu sa bonne volonté d’être toujours plus digne de Dieu. Et Dieu, avant que les yeux de son serviteur fidèle ne se ferment à la lumière du soleil, en attendant de s’ouvrir au Soleil de Dieu, rayonnant des Cieux ouverts à mon ascension après le Martyre, Dieu lui envoya un rayon de son Esprit qui le dirigea vers le Temple pour voir la Lumière même, venue au monde.

« Poussé par l’Esprit-Saint » dit l’Évangile (Luc 2, 27.). Oh! si les hommes savaient quel Ami parfait est l’Esprit-Saint! Quel Guide! Quel Maître! S’ils l’aimaient et l’invoquaient cet Amour de la Très Sainte Trinité, cette Lumière de la Lumière, ce Feu du Feu, cette Intelligence, cette Sagesse! Combien ils seraient plus instruits de ce qu’il est nécessaire de savoir!

Vois, Maria, voyez, mes enfants. Syméon a attendu toute une longue vie avant de « voir la Lumière », avant de savoir accomplie la promesse de Dieu. Mais il n’a jamais douté. Il ne s’est jamais dit: « C’est inutile que je persévère dans l’espérance et la prière ». Il a persévéré. Il a obtenu de « voir » ce que ne voient pas le prêtre et les membres du Sanhédrin orgueilleux et aveuglés: le Fils de Dieu, le Messie, le Sauveur, en ce corps d’enfant qui lui donnait tiédeur et sourires. Il a eu le sourire de Dieu, première récompense de sa vie honnête et pieuse, à travers mes lèvres de Bébé.

– Deuxième enseignement: les paroles d’Anne. Elle aussi prophétesse voit en Moi, Nouveau-Né, le Messie. Et cela, étant donné son don prophétique, lui est naturel. Mais, écoute, écoutez ce que, poussée par la foi et la charité, elle dit à ma Mère. Faites-en une lumière pour votre esprit qui tremble en ce temps de ténèbres, en cette Fête de la Lumière.

« À qui a donné un Sauveur ne fera pas défaut le pouvoir de donner son ange pour essuyer tes larmes, vos larmes ». Pensez que Dieu s’est donné Lui-même pour anéantir l’œuvre de Satan dans les esprits. Ne pourra-t-Il pas vaincre maintenant les satans qui vous torturent? Ne pourra-t-Il pas essuyer vos pleurs en mettant en fuite ces satans et en rendant la paix de son Christ? Pourquoi ne le Lui demandez-vous pas avec foi? Une foi vraie, irrésistible devant laquelle la rigueur de Dieu, indigné par vos fautes si nombreuses, tombe avec un sourire, tandis que le pardon arrive apportant l’aide qui en est sa conséquence et sa bénédiction qui est l’arc-en-ciel au-dessus de cette terre submergée par un déluge de sang voulu par vous-mêmes?

Réfléchissez: le Père, après avoir puni les hommes par le Déluge, se dit à Lui-Même et à son Patriarche: « Je ne maudirai plus la terre à cause des hommes parce que les sentiments et les pensées du cœur humain sont inclinés vers le mal dès l’adolescence. Je ne punirai plus tout être vivant comme je l’ai fait » (Genèse 9,9-15Promesse de Dieu à Noé sorti du déluge.). Et il est resté fidèle à sa parole, Il n’a plus envoyé de déluge. Mais vous, combien de fois vous êtes-vous dit et avez-vous dit à Dieu: « Si nous nous sauvons, cette fois, si Tu nous sauves, nous ne ferons plus jamais de guerres, jamais plus » et puis n’en avez-vous pas toujours fait de plus terribles? Combien de fois, menteurs, et sans respect pour le Seigneur et pour votre parole? Et pourtant Dieu vous aiderait, encore une fois, si la grande masse des fidèles l’appelait avec une foi et un amour irrésistibles.

Vous tous, qui trop peu nombreux pour contrebalancer la foule de ceux qui maintiennent toute vive la rigueur de Dieu, restez cependant dévoués à Dieu en dépit des menaces terribles de l’heure présente suspendues sur les têtes et qui croissent d’un instant à l’autre. Mettez votre angoisse aux pieds de Dieu. Lui saura vous envoyer son ange, comme il a envoyé le Sauveur au monde. Ne craignez pas. Restez unis à la Croix. Elle a toujours triomphé des embûches du démon qui par la férocité des hommes et les tristesses de la vie cherche à incliner au désespoir – c’est-à-dire à la séparation d’avec Dieu – les cœurs qu’il ne peut gagner d’une autre manière ».

Source

Visions de Catalina Rivas pendant la Sainte Messe 1/2

Votre messe ne sera plus jamais la même

Catalina Rivas est une mystique catholique. Elle vit avec son mari à Cochabamba, en Bolivie. Elle se convertit à 47 ans en octobre 1993. Par la suite, elle commença à recevoir des messages d’amour et de miséricorde de Notre Seigneur en locutions intérieures. Catalina porte sur elle les stigmates du Seigneur qui apparaissent le jeudi soir, se manifestent le vendredi avec grande douleur, et disparaissent le samedi. Les autorités de l’Église les ont constatés. Tous les messages dictés par Jésus à Catalina ont été rassemblés en huit livres qui ont reçu, le 2 avril 1998, l’Imprimatur de l’Archevêque de Cochabamba – Mgr René Fernández Apaza.


Nous sommes Florian et Sandra, mariés depuis quinze ans. Amoureux de Jésus-Christ et de l’Oeuvre de Maria Valtorta, nous avons créé cette chaîne YouTube pour les âmes ; nous souhaiterions consacrer l’essentiel de notre temps à cet apostolat ! C’est la Parole même de Jésus qui nous oblige : « Un trop grand nombre d’âmes ne sont pas établies dans la foi, tout simplement parce qu’elles ne savent pas, ne me connaissent pas. Avoir un pauvre souvenir d’un Dieu Homme mort sur une croix, ce n’est pas me connaître…Les églises sont-elles vides ou à moitié vides ? Qu’on entre dans les maisons ! » (2 juin 1946 – Les Cahiers) Si vous appréciez nos vidéos et que vous désireriez nous aider dans nos projets d’évangélisation, vous pouvez nous adresser un petit don (même tout tout petit) ; nous vous bénirons, et le Seigneur vous le rendra au centuple. Votre soutien nous permettrait d’augmenter la fréquence de publication, le nombre de vidéos, la qualité, etc… Ce sont des milliers d’âmes qui pourraient en bénéficier.

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Références vidéo : → «  »Visions de Catalina Rivas pendant la Sainte Messe » (Rassemblement A son Image – 2010) « Dans une merveilleuse catéchèse, le Seigneur et la Vierge Marie nous ont instruits sur ce qui arrive pendant la Sainte Messe et comment le vivre avec nos coeurs. Diffusez ce livret pour ; que de nombreuses âmes consacrées à Dieu puissent rallumer le feu de leur amour pour le Christ; et que les laïcs puissent ; vivre le plus grand des Miracles avec leur coeur : la célébration de l´Eucharistie. »

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Petit traité sur les indulgences

Notions sur l’indulgence

L’année jubilaire a permis à un grand nombre de fidèles de redécouvrir ce trésor de l’Église que sont les indulgences.

Les quelques lignes qui suivent ont pour but de rappeler à chacun que les indulgences peuvent être gagnées tout au long de l’année.

Il existe en effet nombre d’occasions que nous laissons passer, faute d’y penser en les accomplissant ; ou que nous pourrions faire en plus dans notre vie quotidienne sans qu’elles nous coûtent beaucoup. Nombre de bienfaits sont donc à notre portée tant pour notre âme que pour celui des âmes du purgatoire trop souvent oubliées dans nos intentions.

Notions sur l’indulgence

« Indulgence : c’est une remise devant Dieu de la peine temporelle due pour les péchés, déjà effacées quant à la faute, que le fidèle, bien disposé (et à certaines conditions déterminées) reçoit pour lui ou pour les âmes défuntes. » (Code de droit canonique de 1983, canon 992.

Les indulgences sont dites partielles ou plénières selon qu’elles libèrent en partie ou totalement de la peine temporelle due pour les péchés. (canon 993).

Conditions générales pour obtenir une indulgence plénière

Pour avoir capacité à gagner des indulgences, il faut être baptisé, non excommunié et en état de grâce.

Pour qu’un sujet gagne des indulgences, il doit avoir l’intention de les gagner et accomplir les œuvres prescrites.

L’indulgence plénière ne peut être acquise qu’une seule fois par jour.

Pour gagner une indulgence plénière les conditions générales sont :

  • être en état de grâce
  • refuser tout attachement au péché (même véniel)
  • accomplir l’œuvre prescrite dans le temps prescrit (si une œuvre est attachée à un jour particulier)
  • confession sacramentelle (au moins 8 jours avant ou 8 jours après l’œuvre accomplie)
  • avoir communier le jour même
  • prier aux intentions du Souverain Pontife (même de façon générale).

Les différentes occasions d’obtenir une indulgence plénière

Nous nous bornerons ici à rappeler les diverses occasions dans lesquelles on peut obtenir une indulgence plénière.

1) Acte de consécration des familles.

Une indulgence plénière est accordée aux membres d’une famille le jour où l’on accomplit pour la première fois le rite de sa consécration au Sacré Cœur de Jésus ou à la Sainte Famille, si possible en présence d’un prêtre ou d’un diacre, en récitant pieusement une prière légitimement approuvée devant l’image du Sacré Cœur ou de la Sainte Famille.

2) Acte de Consécration du genre humain au Christ Roi.

Une indulgence plénière est accordée au fidèle qui, en la solennité de Notre Seigneur Jésus Christ Roi de l’Univers (dernier Dimanche d’octobre), récite publiquement l’acte de Consécration du genre humain au Christ Roi (qui commence ainsi : « Très doux Jésus, Rédempteur du genre humain… »).

3) Acte de réparation.

Une indulgence plénière est accordée au fidèle qui, en la solennité du Sacré Cœur de Jésus, récite publiquement l’acte de réparation prévu.

4) Bénédiction Pontificale « Urbi et Orbi » (Dimanche de Pâques).

Une indulgence plénière est accordée au fidèle qui reçoit avec dévotion la bénédiction donnée par le Souverain Pontife « Urbi et Orbi » (« à la Ville et au Monde »), ceci même si, pour un motif raisonnable, il ne peut être présent mais qu’il suit ce rite avec l’esprit recueilli à la télévision ou à la radio.

5) Adoration et procession eucharistiques

Une indulgence plénière est accordée au fidèle qui :

    1. visite le Saint Sacrement pour l’adorer pendant au moins une demi-heure ;
    2. le Jeudi Saint, au cours de la déposition solennelle du Saint Sacrement à l’issue de la Messe « in Cena Domini », récite pieusement les strophes du « Tantum Ergo ».
    3. participe pieusement à la procession eucharistique solennelle lors de la solennité du « Corps et du Sang du Christ », qu’elle se déroule à l’intérieur d’un édifice sacré ou à l’extérieur ;
6) Communion Eucharistique et spirituelle

Une indulgence plénière est accordée au fidèle qui :

    1. s’approche pour la première fois de la Sainte Table ou qui assiste pieusement à la première Communion d’une autre personne ;
    2. Pendant le Carême récite pieusement un vendredi, après la communion, la prière « Me voici, ô Bon et très Doux Jésus » devant la représentation de Jésus crucifié (image ou crucifix).
7) Exercices spirituels

Une indulgence plénière est accordée au fidèle qui, pendant au moins trois jours entiers, se consacre aux exercices spirituels.

8) A l’article de la mort

Si le prêtre ne peut pas être présent auprès d’un mourant, ce dernier peut cependant recevoir l’indulgence plénière « in articulo mortis » pourvu qu’il soit bien disposé et qu’il ait récité quelque prière durant sa vie ; dans ce cas l’Église supplée aux trois conditions habituellement requises pour l’indulgence plénière. Pour acquérir cette indulgence, il est recommandé d’utiliser un crucifix ou une croix.

N.B. Le fidèle, vue la circonstance, peut recevoir cette indulgence plénière même s’il a déjà gagné ce jour-là une autre indulgence plénière.

Il sera bon de prévenir les personnes en danger mortel de cette disposition de l’Église si elles ne peuvent être assistées à temps par un prêtre catholique.

9) En mémoire de la Passion et de la Mort du Seigneur.

Une indulgence plénière est accordée au fidèle qui :

    1. le Vendredi Saint, participe pieusement à l’adoration de la Croix au cours de l’office liturgique solennel ;
    2. accomplit le pieux exercice du chemin de Croix (ou celui qui s’unit pieusement à celui célébré par le Souverain Pontife retransmis par télévision ou radio ― dans le cas où le fidèle ne peut pas se déplacer).
9) Rosaire.

Une indulgence plénière est accordée au fidèle qui récite pieusement le rosaire dans une église, un oratoire, ou en famille, dans une communauté religieuse, et en général lorsque plusieurs se retrouvent pour une fin honnête. (Par exemple un rosaire récité à plusieurs en voiture).

11) Prières de supplication et d’action de grâce.

Une indulgence plénière est accordée au fidèle qui participe dévotement dans une église ou un oratoire au chant ou à la récitation de :

    • l’hymne « Veni Creator » le premier de l’an pour implorer l’aide divine pour tout le cours de l’année, ou encore en la solennité de la Pentecôte ;
    • l’hymne « Te Deum » le dernier jour de l’année, en action de grâce à Dieu pour tous les bienfaits reçus au long de l’année.
12) Première Messe des prêtres et célébrations jubilaires des ordinations

Une indulgence plénière est accordée :

    1. au prêtre qui célèbre sa première Messe en présence de peuple au jour fixé ;
    2. aux fidèles qui assistent avec dévotion à cette Messe ;
    3. au prêtre qui célèbrent le 25e, 50e, 60e et 70e anniversaire de leur ordination sacerdotale et qui auront renouvelé devant Dieu la résolution d’accomplir fidèlement les devoirs de leur vocation ;
    4. aux fidèles qui assistent dévotement à la célébration de la Messe de ce jubilé.
13) Profession de Foi

Une indulgence plénière est accordée au fidèle qui dans la célébration de la Vigile Pascale ou le jour anniversaire de leur baptême, renouvelle les promesses du Baptême selon une formule légitimement approuvée.

14) Pour les fidèles défunts.

Une indulgence plénière, applicable seulement aux âmes du purgatoire, est accordée au fidèle qui :

    1. visite dévotement un cimetière et prie pour les défunts, ne serait-ce que mentalement, entre le 1er et le 8 novembre. (on peut donc gagner une indulgence par jour pendant ces 8 jours en se rendant tous ces jours au cimetière).
    2. le jour où est célébrée la commémoration de tous les fidèles défunts, visite pieusement une église ou un oratoire et y récite le « Pater » et le « Credo ».
15) Lecture de l’Écriture Sainte.

Une indulgence plénière est accordée au fidèle qui lit la Sainte Écriture dans une version approuvée, avec la vénération due à la Parole de Dieu et par manière de lecture spirituelle, pendant au moins une demi-heure.

Si une personne se trouve dans l’impossibilité de lire, une indulgence plénière est accordée si, toutes les autres conditions restant sauves, elle écoute le texte de la sainte Écriture lu par un autre ou au moyen d’instrument vidéo ou audio.

16) Visite de lieux sacrés.

Une indulgence plénière est accordée au fidèle qui visite en récitant pieusement le « Pater » et le « Credo » (les conditions pour obtenir les indulgences restant sauves) :

      1. l’une des 4 Basiliques majeures ;
      2. une Basilique mineure :
        • en la solennité des Saints Apôtres Pierre et Paul,
        • le jour de la solennité du titulaire,
        • le 2 Août,
        • une fois dans l’année, un jour au choix du fidèle.

3. l’église cathédrale :

        • en la fête des Saints Pierre et Paul
        • le jour de la solennité du titulaire
        • le jour de la fête de la Chaire de Saint Pierre Apôtre (22 février)
        • le 2 Août

4. un sanctuaire international, national ou diocésain :

        • le jour de la solennité du titulaire
        • une fois dans l’année, au choix du fidèle
        • chaque fois qu’il participe à un pèlerinage collectif à ce sanctuaire.

5. l’église paroissiale

      • le jour de la solennité du titulaire
      • le 2 Août

6. une église ou un autel le jour de leur dédicace.

Indulgences du Rosaire

Enchiridion des Indulgences, 3e édition, 2000

Une indulgence plénière est accordée au fidèle qui

1º récite pieusement le Rosaire marial dans une église ou un oratoire, ou en famille, dans une communauté religieuse, au sein d’une association de fidèles et en général lorsque plusieurs se retrouvent pour une fin honnête ;

2º s’unit pieusement à la récitation de cette prière par le Souverain Pontife, retransmise par la télévision ou la radio.

Dans les autres cas, l’indulgence est partielle.

Le Rosaire est une forme de prière, dans laquelle à la récitation de quinze dizaines de « Je vous salue, Marie », intercalées du « Notre Père », on joint respectivement la pieuse méditation d’autant de mystères de notre rédemption.

En ce qui concerne l’indulgence plénière liée à la récitation du Rosaire marial, on établit ceci :

  1. Il suffit d’en réciter seulement le tiers; mais les cinq dizaines doivent être récitées sans interruption ;
  2. A la prière vocale doit s’ajouter la pieuse méditation des mystères;
  3. Dans la récitation publique, les mystères doivent être énoncés selon la coutume locale approuvée; dans la récitation privée, il suffit que le fidèle joigne à la prière vocale la méditation des mystères. (Norme N. 20)

§ 1. Pour gagner l’indulgence plénière, en plus d’exclure toute affection au péché, même véniel, il est requis d’accomplir l’œuvre indulgenciée et de remplir les trois conditions : confession sacramentelle, communion eucharistique et prière aux intentions du Souverain Pontife.

§ 2. Avec une seule confession sacramentelle, on peut acquérir plusieurs indulgences plénières; mais avec une seule communion eucharistique et une seule prière aux intentions du Souverain Pontife, on n’acquiert qu’une seule indulgence plénière.

§ 3. Les trois conditions peuvent être remplies plusieurs jours avant ou après l’accomplissement de l’œuvre prescrite ; cependant, il convient de recevoir la communion et de prier aux intentions du Souverain Pontife le jour même où l’on accomplit l’œuvre.

§ 4. S’il manque la pleine disposition, ou si l’œuvre requise n’est pas entièrement exécutée et les trois conditions susdites ne sont pas remplies ― restant sauves les prescriptions n. 24 et n. 25 pour ceux qui sont « empêchés » ― l’indulgence sera seulement partielle.

§ 5. La condition de prier aux intentions du Souverain Pontife est remplie si l’on récite à son intention un Pater et un Ave ; cependant les fidèles sont libres de réciter toute autre prière selon la piété et dévotion de chacun.

Question sur les Indulgences

Est-ce qu’on demande l’Indulgence seulement pour soi ou aussi pour d’autres ?

1. Demander l’Indulgence plénière pour soi-même, c’est un acte de conversion, de réparation et de charité :

§ acte de conversion parce que demander l’Indulgence, c’est se reconnaître pécheur, se confesser et vouloir de tout son cœur désormais aimer plus, aimer mieux ;

§ acte de réparation: toute faute, tout manque d’amour de ma part a des répercussions sur le monde. Il y a une grande solidarité entre les hommes. Si un seul homme, Jésus Christ, sauve tous les hommes, chaque homme, avec Adam, par ses péchés, est cause d’un manque d’amour dans le monde. Mais, en recevant humblement le don de l’Indulgence, non seulement je suis moi-même rétabli dans l’amour, mais avec cet amour, en union avec Jésus Christ, j’élève le monde.

« Dans son chemin de conversion, le chrétien ne se trouve pas seul. Dans le Christ et par le Christ, sa vie est unie par un lien mystérieux à la vie de tous les autres chrétiens dans l’unité surnaturelle du Corps mystique »

« Ainsi s’instaure entre les fidèles un merveilleux échange de biens spirituels, en vertu duquel la sainteté de l’un apporte aux autres un bénéfice bien supérieur au dommage que le péché de l’un a pu causer aux autres ». (Bulle, n° 10 ― voir tout le paragraphe)

… « Cela fait partie de la grandeur de l’amour du Christ de ne pas nous laisser dans la condition de destinataires passifs, mais de nous impliquer dans son action salvifique et en particulier dans sa passion » (Bulle, n° 10).

« Je complète ce qui manque aux souffrances du Christ en ma chair pour son Corps qui est l’Église » (Corinthiens 1, 24).

Il faut en conclure

§ 1°) que l’on ne peut pas « appliquer » l’indulgence du Jubilé à une autre personne vivante ;

§ 2°) mais que, lorsque l’on demande soi-même l’Indulgence, par cette démarche de conversion, et surtout par le Don de Dieu que l’on accueille volontairement, nous apportons aux autres un surcroît d’amour.

2. On peut demander l’Indulgence plénière pour les âmes des défunts

« L’Indulgence du Jubilé peut être appliquée par mode de suffrage aux âmes des défunts.

Ce faisant, on accomplit une grande action de charité surnaturelle, en vertu du lien par lequel, dans le Corps mystique du Christ, les fidèles qui sont encore en pèlerinage sur la terre sont unis à ceux qui ont déjà conclu leur cheminement terrestre ». (Décret sur l’obtention de l’Indulgence du Jubilé)

Est-ce « automatique » ?

Non. Nous offrons à Dieu cette grâce spéciale. Nous ne lui donnons pas des ordres. Mais nous faisons une pleine confiance à la miséricorde de Dieu pour le salut de l’âme de telle ou telle personne. C’est ce que veut dire « par mode de suffrage ».

Tous les jours, on peut faire la demande de l’Indulgence pour l’âme d’un défunt : parents, amis… et ennemis. C’est une belle occasion d’offrir un acte de charité pour ceux qui ne nous aimaient pas ― ou que nous n’aimions pas. C’est l’occasion aussi de leur pardonner, avec le Christ, le mal qu’ils nous ont fait, et d’être guéris des séquelles de cette souffrance.

Les indulgences plénières

Voici quelques indulgences plénières parmi les plus connues

1) Au cours d’adoration ou procession eucharistique

Une indulgence plénière est accordée au fidèle qui :

§ soit visite le Saint-Sacrement pour l’adorer pendant au moins une demi-heure.

§ soit le jeudi saint, au cours de la déposition solennelle du Saint-Sacrement à l’issue de la messe, récite pieusement les strophes du Tantum Ergo.

§ soit participe pieusement à la procession eucharistique solennelle qui revêt la plus haute importance lors de la solennité du corps et du sang du christ, lorsqu’elle se déroule à l’intérieur d’un édifice sacré ou à l’extérieur.

§ soit participe religieusement au rite eucharistique solennel qui clôt habituellement un congrès eucharistique.

2) Communion eucharistique

Une indulgence et plénière est accordée au fidèle qui :

§ s’approche pour la première fois de la sainte table ou qui assiste pieusement à la première communion d’autres personnes.

§ Pendant le temps du Carême, récite pieusement un vendredi, après la communion, la prière « me voici, ô bon et très doux Jésus », devant la représentation de Jésus-Christ crucifié.

3) A l’article de la mort

Le prêtre qui administre les sacrements au fidèle en danger de mort n’omettra pas de lui donner la bénédiction avec l’indulgence plénière.

Si le prêtre ne peut être présent, notre sainte mère l’Église concède avec bonté à ce fidèle l’indulgence plénière à l’article de la mort pourvu qu’il soit bien disposé et qu’il ait récité habituellement quelque prière durant sa vie. Dans ce cas l’Église supplée aux trois conditions habituelles requises pour l’indulgence plénière.

Pour acquérir cette indulgence plénière il est recommandé d’utiliser un crucifix une croix.

le fidèle ne peut gagner cette indulgence plénière à l’article de la mort même si, ce jour-là il a déjà gagné une autre indulgence plénière.

4) En mémoire de la Passion et de la mort du Seigneur

Une indulgence plénière est accordée au fidèle qui :

§ Le vendredi saint, participe pieusement à l’adoration de la croix au cours de l’office liturgique solennel.

§ accomplit le pieux exercice du chemin de la croix ou bien s’unit pieusement à celui célébré par le pape et retransmis par la télévision ou par la radio.
Qu’est-ce que l’indulgence ?

« L’indulgence est la rémission devant Dieu de la peine temporelle due pour les péchés dont la faute est déjà effacée, rémission que le fidèle bien disposé obtient à certaines conditions déterminées, par l’action de l’Église, laquelle, en tant que dispensatrice de la rédemption, distribue et applique par son autorité le trésor des satisfactions du Christ et des saints » (Paul VI, const. ap. « Indulgentiarum doctrina », Norme 1).

« L’indulgence est partielle ou plénière, selon qu’elle libère partiellement ou totalement de la peine temporelle due pour le péché » (ibid, Norme 2). « Tout fidèle peut gagner des indulgences pour soi-même ou les appliquer aux défunts » [Catéchisme de l’Église Catholique].

 

par l’abbé G. Le Coq

Le manuscrit de l’Enfer

Le manuscrit de l’Enfer

Lettre de l’au-delà

Le manuscrit suivant, que nous publions en version française, a été trouvé parmi les papiers d’une jeune fille morte au couvent, après seulement quelques années de vie religieuse.

J’avais une amie, ou plutôt, nous étions en contact pour raison de travail à *** Nous étions ensemble, l’une à côté de l’autre, dans une maison de commerce. Puis, Annette se maria et je ne la vis plus. Dans le fond, il régnait entre nous deux, depuis le début, plutôt de la courtoisie que de l’amitié. Je n’en ressentis, à cause de cela, que bien peu la privation, quand elle alla, après son mariage, habiter un quartier de la ville de *** très éloigné de ma demeure. Pendant l’automne de 1937, je passai mes vacances au bord du lac de Garde; ma mère m’écrivit vers la fin de la seconde semaine de septembre: « Pense donc! Annette est morte dans un accident d’automobile. Elle a été enterrée hier au Waldfriedhof» (cimetière du bois). Une telle nouvelle m’épouvanta. Je savais qu’elle n’avait jamais été très religieuse. Était-elle prête quand Dieu l’appela ainsi à l’improviste? Le matin suivant, j’entendis la Sainte Messe pour elle dans la chapelle des sœurs où j’avais pris pension, je priai avec ferveur pour la paix de son âme et offris aussi ma communion à cette intention. Mais pendant la journée, j’éprouvai un certain malaise qui augmenta, vers le soir, encore plus. Je m’endormis inquiète. Finalement, je fus réveillée comme par un coup violent. J’allumai la lumière. La pendule marquait minuit dix. Je ne vis personne. Aucun bruit ne s’entendait dans la maison. Seules les eaux du lac de Garde se brisaient d’une façon monotone sur la rive du jardin de la pension. On n’entendait pas même une brise de vent. Pourtant, au moment de mon réveil subit, en plus du coup, j’avais cru percevoir un bruit comme celui du vent, semblable à celui qui se produisait quand mon chef de bureau, agacé, me passait une lettre de mauvaise manière. Je me tournai de l’autre côté, récitai quelques Pater pour les âmes du Purgatoire et me rendormis. J’eus un songe.[1]

Je rêvais que je m’étais levée le matin vers 6 heures pour aller à la chapelle de la maison, quand, en ouvrant la porte de ma chambre j’aperçus une liasse de papier à lettre.

La ramasser, reconnaître l’écriture d’Annette et jeter un cri ne fut qu’une même chose. Les feuilles en main, j’étais tremblante. Je compris qu’avec un tel état d’esprit, je ne pourrais pas même dire un Pater, d’autant que je fus également assaillie comme par une sensation asphyxiante. Je ne trouvai pas de meilleure solution que de sortir dehors à l’air. J’ordonnai un peu mes cheveux, je cachai la lettre dans mon sac et laissai la maison. Une fois dehors, je grimpai par le sentier qui, de là, à partir de la route (la fameuse « Gardesana ») s’élève vers la montagne parmi les oliviers, les jardins des villas et les buissons de lauriers.

Le matin se levait lumineux. Les autres fois, tous les cent pas, je m’extasiais sur la vue magnifique qui, de là, s’ouvrait sur le lac et l’île de Garde, belle comme une fable. La merveilleuse couleur bleue de l’eau transparente me délassait toujours. Et je regardais étonnée la blanche montagne Baldo, qui, de l’autre côté, s’élevait lentement de 64 mètres au-dessus du niveau de la mer jusqu’à plus de 2200 mètres.

Maintenant, au contraire, je n’avais aucun regard pour tout cela. Après un quart d’heure de route, je me laissai tomber mécaniquement sur un banc qui s’appuie sur deux cyprès où encore deux jours auparavant, j’avais lu avec tant de plaisir la Junger Therese de Federer[2]. Alors, pour la première fois, je ressentis que les cyprès étaient les arbres des morts; ce qu’auparavant, dans les pays du sud où ils se voient souvent, je n’avais jamais soupçonné.

Je pris la lettre. La signature manquait, mais c’était très certainement l’écriture d’Annette. Il ne manquait pas même l’ample boucle ornementale des S et des T dont elle avait pris l’habitude au bureau pour contrarier M. Gr. Le style n’était pas le sien, ou tout du moins, elle ne parlait pas comme à son habitude, parce qu’elle savait converser d’une façon extraordinairement aimable et rire de ses yeux célestes. C’était seulement quand nous discutions de questions religieuses qu’elle pouvait devenir venimeuse et prendre le ton dur de cette lettre. (Voici qu’en la jugeant ainsi, je subis moi-même l’amertume de son style impitoyable.)

Cet écrit du monde de l’Au-delà, je le rapporte ici, littéralement comme je l’ai lu alors. Il se présentait ainsi:

« Claire, ne prie plus pour moi! Je suis damnée. Si je te le communique et t’en réfère plutôt longuement, ne crois pas que cela soit à titre d’amitié. Nous, ici, nous n’aimons plus personne. Je le fais comme contrainte à bien faire car je suis du côté de cette puissance qui toujours veut le Mal et fait le Bien. » (Parole de Méphistophèles dans Faust de Goethe.)

En vérité, je te voudrais voir aussi aboutir à cet état où moi, désormais, j’ai jeté l’ancre pour toujours[3]. Ne t’étonne pas de cette intention, ici, nous pensons tous ainsi; notre volonté est fixée dans le mal – tout du moins, en ce que vous, vous appelez mal. Aussi, quand nous faisons quelque chose de « bien », comme moi maintenant, en t’ouvrant tout grands les yeux sur l’enfer, cela ne procède pas d’une bonne intention[4]. Te souviens-tu, qu’il y a quatre ans, nous nous sommes connues à ***? Tu avais alors 23 ans et tu te trouvais déjà là depuis six mois quand j’arrivais.

Tu me tirais de quelque embarras; en tant que débutante, tu me donnais de bonnes adresses. Mais que veut dire « bon »? Je louais alors « ton amour du prochain ». Ridicule!

Ton secours dérivait d’une pure courtoisie comme du reste, déjà, je le soupçonnais. Ici, nous ne reconnaissons rien de bon, en personne.

Tu connais le temps de ma jeunesse. Je comblerai quelques lacunes. Selon le plan de mes parents, à dire vrai, je n’aurais jamais dû exister. Ce fut pour eux, proprement une « disgrâce ». Quand j’arrivai au monde, mes deux sœurs avaient 14 et 15 ans.

Puissè-je n’être jamais née! Puissè-je maintenant être anéantie et fuir ces tourments! Aucune volonté n’égalerait celle avec laquelle je laisserais mon existence comme un vêtement de cendre, se répandant dans le néant.[5]

Mais je dois exister. Je dois exister ainsi, comme je me suis faite, avec une existence manquée.

Quand papa et maman, encore jeunes quittèrent la campagne pour la ville, tous deux avaient perdu le contact avec l’Église, et ils sympathisèrent avec des gens éloignés de la foi; ce fut mieux ainsi.

Ils s’étaient connus dans un lieu dansant et six mois après, ils « durent » se marier. De la cérémonie nuptiale, il ne leur resta que juste assez d’eau bénite pour que maman allât à la messe du dimanche, environ deux fois par an. Elle ne m’a jamais enseigné à prier vraiment, tout se terminait avec les soucis de la vie quotidienne, bien que notre condition fût aisée.

Des mots comme: prier, messe, eau bénite, église, je les écris avec une répugnance intérieure sans pareille. J’abhorre tout cela, comme j’abhorre ceux qui fréquentent l’Église, et en général tous les hommes et toutes les choses. De tout, en effet, nous vient le tourment. Chaque connaissance, chaque souvenir de choses vues et sues est pour nous la cause d’une flamme cruelle[6]. Dans chacun d’eux en particulier, nous voyons le côté qui était grâce, grâce que nous avons méprisée. Quel tourment est cela!

Nous ne mangeons pas, nous ne dormons pas, nous ne marchons pas avec des pieds. Spirituellement enchaînés, nous regardons hébétés, avec hurlement et grincement de dents, notre vie manquée, haïssants et tourmentés!

M’entends-tu? Nous buvons la haine comme l’eau, la haine, même entre nous.[7]

Surtout, nous haïssons Dieu. Je veux te l’expliquer. Les bienheureux, au ciel, ne peuvent pas ne pas l’aimer, parce qu’ils le voient sans voile, dans sa beauté éblouissante. Cela les rend tellement heureux, qu’il est impossible de le décrire. Nous le savons et cette connaissance nous rend furieux[8].

Les hommes sur la terre, qui connaissent Dieu par la création et par la révélation, peuvent l’aimer, mais ils n’y sont pas contraints.

Le croyant, je le dis en grinçant des dents, qui, en méditant, contemple le Christ en croix avec les bras étendus, finira par l’aimer.

Mais celui, vers lequel Dieu s’avance seul comme un ouragan, comme punisseur, comme juste vengeur, parce qu’un jour il a été répudié par Lui, ainsi qu’il est advenu de nous, celui-là ne peut que le haïr, avec toute l’impétuosité de sa volonté mauvaise, éternellement[9]. Le haïr avec la vigueur d’une libre résolution d’être séparé de Lui, résolution avec laquelle en mourant, nous avons exhalé notre âme, et que, pas même maintenant nous ne retirerions et que jamais nous n’aurons la volonté de retirer.

Comprends-tu maintenant, pourquoi l’enfer dure éternellement? C’est parce que notre obstination ne cessera jamais.

Contrainte, j’ajoute que Dieu est miséricordieux même pour nous. Je dis « contrainte » parce que, tout en écrivant cette lettre de propos délibéré, il ne m’est, cependant, pas permis de mentir, comme je le voudrais volontiers. Je mets beaucoup de choses sur le papier contre ma volonté. Ainsi, l’emportement d’injures que je voudrais vomir, je dois l’étrangler.

Dieu est miséricordieux envers nous en ne nous laissant pas continuer à répandre sur la terre notre volonté mauvaise comme nous aurions été prêts à le faire. Cela aurait augmenté nos fautes et par suite nos souffrances. Il nous fait mourir prématurément comme il l’a fait pour moi ou bien il fait intervenir d’autres circonstances atténuantes.

Il se montre encore miséricordieux envers nous en ne nous contraignant pas à nous approcher de Lui plus que nous le sommes en ce lieu retiré de l’enfer, cela diminue le tourment[10].

Chaque pas qui m’approcherait davantage de Dieu m’occasionnerait une peine plus grande que celle qui t’arriverait pour un pas plus près d’un brasier ardent.

Tu avais été épouvantée, quand une fois, pendant une promenade, je te racontais que mon père, peu de jours avant ma première communion, m’avait dit: « Cherche à obtenir un beau vêtement, ma petite Annette, le reste n’est que comédie ».

A cause de ton épouvante, j’en ai eu presque honte. Maintenant, je m’en moque.

L’unique raison de cela était que l’on admettait à la Communion qu’à dix ans seulement. A ce moment, j’étais, en ce qui me concerne, passablement prise par la manie des amusements du monde, de sorte que, sans scrupule, je me moquais des choses religieuses et je ne donnais pas grande importance à la première Communion.

Que beaucoup d’enfants aillent maintenant recevoir l’Hostie dès l’âge de sept ans, nous met en fureur. Et nous faisons tout pour donner à entendre aux gens que les enfants de cet âge n’ont pas la raison suffisante. Ceux-ci doivent d’abord commettre quelque péché mortel. Alors la blanche particule ne fait plus en eux grand dommage comme lorsque leur cœur vit encore de la foi, de l’espérance et de la charité – pouah! quelle pensée – reçues au baptême. Te souviens-tu que déjà sur terre je soutenais cette opinion?

Je viens de parler de mon père. Souvent, il était en dispute avec ma mère. Je t’y faisais allusion, mais très rarement, parce que j’en avais honte. Chose ridicule d’avoir honte du mal! Pour nous, ici tout est pareil.

Mes parents ne dormaient même plus dans la même chambre; j’étais avec ma mère et mon père restait dans la chambre voisine où il pouvait rentrer librement à n’importe quelle heure. Il buvait beaucoup et de telle façon qu’il dissipait tout notre avoir. Mes sœurs travaillaient toutes les deux, mais tout l’argent qu’elles gagnaient leur était nécessaire, disaient-elles. Aussi ma mère commença-t-elle à travailler de son côté pour gagner quelque chose.

Dans sa dernière année de vie mon père battait souvent ma mère quand celle-ci ne voulait rien lui donner. A mon égard, au contraire, il était toujours affable. Un jour, je te l’ai raconté, et tu t’es choquée de mon caprice (au reste, de quoi ne t’es-tu pas choquée à mon sujet?), un jour, donc, il dut rapporter au moins deux fois les souliers qu’il m’avait achetés parce que la forme et les talons n’étaient pas assez modernes.

La nuit pendant laquelle mon père fut frappé d’une apoplexie mortelle, il m’advint quelque chose que, par crainte d’une mauvaise interprétation de, ta part, je n’ai jamais osé te confier. Mais maintenant tu dois le savoir. C’est important parce qu’alors, pour la première fois, je fus assaillie de mon esprit tourmenteur actuel. Je dormais dans la chambre avec ma mère. Ses respirations régulières indiquaient son profond sommeil, quand voici que je m’entendis appeler par mon nom. Une voix inconnue me disait: « Qu’arrivera-t-il si ton père meurt? »

Je n’aimais plus mon père depuis qu’il traitait si vilainement ma mère, comme du reste, je n’aimais, dès lors, absolument plus personne; j’étais seulement affectionnée à certaines qui étaient bonnes pour moi. L’amour, sans espoir de retour terrestre, existe seulement dans les âmes en état de grâce. Et moi je ne l’étais pas.

Je répondis à la mystérieuse demande sans savoir d’où elle venait: « Mais il ne meurt pas! »

Après une brève pause, la même demande se fit clairement percevoir. La même réponse: « Mais il ne meurt pas! » m’échappa encore brusquement de la bouche. Pour la troisième fois, il me fut demandé: « Qu’arrivera-t-il si ton père meurt? » Il me vint à l’esprit comment mon père venait souvent à la maison en état d’ivresse, tempêtait et maltraitait ma mère et comment il nous avait mises dans une condition humiliante vis-à-vis de notre entourage. Indisposée, je criais: « je m’en moque! » Alors tout se tut. Dans la matinée, quand ma mère voulut mettre en ordre la chambre de mon père, elle trouva la porte fermée à clef. Vers midi, on la força. Le cadavre de mon père, à demi vêtu, gisait sur le lit. En allant prendre la bière à la cave, il avait dû lui arriver quelque accident. Depuis longtemps il était en mauvais état de santé. (Dieu avait-il donc lié la conversion de cet homme, bon d’une certaine façon pour sa fille, à la volonté de celle-ci?)

Parenthèse du manuscrit.

Marthe et toi, vous m’aviez persuadée d’entrer dans l’association des jeunes. Je n’ai jamais caché que je trouvais bien accordé à la mode paroissiale les instructions des deux directrices. Les jeux étaient amusants. Comme tu sais, j’y eus tout de suite un rôle de direction. Cela suivait mon inclination naturelle. Les promenades aussi me plaisaient. Je me laissais faire jusqu’à aller quelquefois à la confession et à la Communion.

À dire vrai, je n’avais rien à confesser. Pensées et discours, pour moi, n’avaient pas d’importance, et pour les actions plus grossières, je n’étais pas encore assez corrompue.

Une fois, tu m’avertis: « Anne, si tu ne pries plus assez tu vas à la perdition. » Je priais vraiment peu et seulement d’une façon nonchalante. Maintenant je sais que tu avais vraiment raison. Tous ceux qui brûlent en enfer n’ont pas prié, ou prié insuffisamment.

La prière est le premier pas vers Dieu. Et il demeure le pas décisif. Spécialement la prière à Celle qui fut la Mère du Christ et dont nous ne prononçons jamais le nom. Sa dévotion arrache au démon d’innombrables âmes que le péché devrait infailliblement jeter entre ses mains.

Je poursuis en me consumant de colère et seulement parce que je le dois. Prier est la chose la plus facile que l’homme puisse faire sur la terre. Et c’est justement à cette chose très facile que Dieu a lié le salut de chacun.

À qui prie avec persévérance, peu à peu, Il donne tant de lumières et le fortifie de manière telle, qu’à la fin, même le pécheur le plus endurci peut définitivement se relever, fût-il enfoncé dans la boue jusqu’au cou. Dans les dernières années de ma vie, je n’ai plus prié comme je le devais et ainsi, je me suis privée de la grâce, sans laquelle personne ne peut se sauver. Ici, nous ne recevons plus aucune grâce, au reste, même si nous en recevions, nous les refuserions cyniquement.

Toutes les fluctuations de l’existence terrestre ont cessé en cette vie. Pour vous, sur la terre, vous pouvez monter d’un état de péché à l’état de grâce; de la grâce tomber dans le péché, souvent par faiblesse, quelquefois par malice. Avec la mort, ces changements sont finis, parce qu’ils ont pour cause l’instabilité de l’homme terrestre. Désormais, nous avons rejoint l’état final. Déjà, avec la croissance des ans, les changements deviennent plus rares. Il est vrai que jusqu’à la mort on peut toujours se retourner vers Dieu ou s’en détacher. Cependant, entraîné par l’habitude, l’homme avant de mourir, avec ses derniers faibles restes de volonté, se comporte comme il en avait l’habitude pendant sa vie. L’habitude devenue une seconde nature, il se laisse entraîner par elle. C’est ainsi qu’il advint pour moi. Depuis des années, je vivais loin de Dieu. A cause de cela, au moment du dernier appel de la grâce, je me tournai contre Dieu. Ce n’est pas le fait que je péchai souvent qui fut pour moi fatal, mais plutôt que je ne voulais plus me relever.

Plusieurs fois, tu m’as averti d’écouter les prédications, de lire des livres de piété. « Je n’ai pas le temps », était ma réponse ordinaire, rien d’autre n’augmentait davantage mon incertitude intérieure.

Du reste, je dois constater que lorsque je quittai l’association des jeunes, l’orientation était déjà tellement avancée qu’il m’aurait été extrêmement pénible de me mettre sur une autre voie. Je me sentais dans l’insécurité et non heureuse, mais devant la conversion surgissait une muraille. Tu ne soupçonnais pas cela, tu considérais le retour à Dieu comme une chose très simple; un jour, en effet, tu me disais: « Mais fais donc une bonne confession, Annette, et tout ira bien après. » Je sentais qu’il en serait ainsi, mais le monde, le démon, la chair me tenaient déjà fortement dans leurs griffes. Je n’aurais jamais cru à l’influence du démon. Et maintenant, j‘atteste qu’il influe considérablement sur les personnes qui se trouvent dans les conditions où je me trouvais alors. Seulement beaucoup de prières, faites par les autres et moi-même, jointes à des sacrifices et souffrances, auraient pu m’en arracher. Et même cela, peu à peu seulement. Si l’on voit peu de possédés extérieurement, il y en a de très nombreux qui le sont intérieurement. Le démon ne peut ravir la libre volonté à ceux qui se donnent à son influence, mais en punition de leur apostasie, pour ainsi dire, méthodique de Dieu; Dieu permet que le « Malin » se mette en eux. Je hais même le démon et pourtant il me plaît, parce qu’il cherche à vous ruiner, vous autres, lui et ses satellites, les esprits tombés avec lui au commencement du temps. Ils sont innombrables, et rôdent sur la terre, ils dansent comme un essaim de mouches et vous ne vous en apercevez même pas[11]. Ce n’est pas à nous, réprouvés, de vous tenter; cela est réservé aux esprits tombés[12]. À la vérité, cela accroît encore davantage leur tourment chaque fois qu’ils entraînent ici une âme. Mais que ne fait pas la haine![13] Je marchais dans des sentiers éloignés de Dieu et pourtant Dieu me poursuivait. J’aplanissais la voie à la grâce en raison d’actes de charité naturelle que j’accomplissais assez souvent par simple inclination. Quelquefois, Dieu m’attirait vers une église; alors je sentais comme une nostalgie. Quand je soignais ma mère malade, malgré mon travail de bureau durant la journée, d’une certaine façon je me sacrifiais vraiment, alors les attraits de Dieu agissaient puissamment. Une fois, dans l’église de l’hôpital dans laquelle tu m’avais conduite pendant l’arrêt de travail de midi, il m’arriva une chose qu’alors il n’aurait fallu qu’un pas pour que j’en vienne à me convertir: j’ai pleuré. Mais la joie du monde passait de nouveau comme un torrent par-dessus la grâce, le bon grain suffoquait vraiment parmi les épines. Sous le prétexte que la religion était affaire de sentiment, comme on disait souvent au bureau, je rejetais encore cette notion de grâce comme toutes les autres. Une fois, tu m’as attrapée parce que, à la place d’une génuflexion jusqu’à terre, je fis à peine une informe courbette en pliant le genou. Tu pensais que c’était un acte de paresse et ne semblais pas même suspecter qu’alors je ne croyais déjà plus à la présence du Christ dans le Saint-Sacrement. Maintenant, j’y crois, mais seulement d’une façon naturelle, comme on croit à un orage dont on entend les effets. En attendant, je m’étais accommodée d’une religion à ma façon. Je soutenais l’opinion, qui parmi nous au bureau était commune, que l’âme après la mort allait dans un autre être, de façon qu’elle continuait ainsi à pérégriner sans fin. Avec cela, l’angoissante question de l’Au-delà, était résolue et rendue inoffensive. Pourquoi ne me rappelais-tu pas la parabole du riche opulent et du pauvre Lazare, dans laquelle le Christ envoie immédiatement après la mort, l’un en enfer, l’autre au paradis? … Il est vrai que tu n’aurais rien obtenu, rien de plus qu’avec tes autres discours de bigote.

Peu à peu, je me créais à moi-même un dieu suffisamment étoffé pour être appelé Dieu; assez éloigné de moi pour ne devoir maintenir aucune relation avec lui, assez vague pour le laisser, selon le besoin, ressembler à un dieu panthéiste ou bien pour se laisser poétiser comme un dieu solitaire. Ce dieu n’avait aucun paradis pour me récompenser ni aucun enfer à m’infliger. Je le laissais en paix. En cela consistait mon adoration pour lui.

On croit volontiers à ce qui plait, aussi au cours des ans je me tins suffisamment convaincue de ma religion pour n’en avoir pas de souci. Une chose seulement aurait pu briser mon obstination: une longue et profonde douleur. Et cette douleur n’est pas venue! Comprends-tu maintenant ce que veut dire: « Dieu châtie ceux qu’il aime »?

Un dimanche de juillet, l’association des jeunes organisa une excursion à ***. Elle m’aurait bien plu, mais ses fades discours, ce comportement de bigotes, m’en ont détournée. D’ailleurs, une autre image bien différente de celle de la Madone demeurait depuis quelque temps sur l’autel de mon cœur: l’attrayant Max du magasin voisin; déjà nous avions plaisanté ensemble plusieurs fois.

Or, précisément pour ce dimanche, il m’avait invitée à une promenade. Celle avec laquelle il allait d’habitude était malade à l’hôpital. Il avait bien compris que j’avais mis les yeux sur lui. Je ne pensais pas encore à l’épouser toutefois. Il était certainement riche mais il se comportait trop gentiment avec toutes les filles. Et moi, jusqu’à ce moment, je voulais un homme qui m’appartînt uniquement. Non seulement être sa femme, mais sa femme unique. J’ai toujours eu, en effet, un certain goût naturel pour la bienséance. (Il est vrai, Annette, malgré toute son indifférence religieuse avait quelque chose de noble dans son comportement. Je m’épouvante à la pensée que même des personnes bien éduquées peuvent aller en enfer, quand, par ailleurs, elles le sont, en fait, si mal qu’elles fuient Dieu.) Au cours de la promenade susdite, Max se prodigua en gentillesses. Et l’on ne s’en tint nullement à des conversations de prêtres comme vous. Le jour suivant, au bureau, tu me faisais des reproches parce que je n’étais pas venue avec vous. Je te racontai mon divertissement de ce dimanche. Ta première demande fut: « As-tu été à la messe? » Sottise! Comment pouvais-je, étant donné que le départ avait été fixé pour six heures? Tu sais encore, comment, excitée, j’ajoutai: « Le Bon Dieu ne fait pas attention ainsi à ces bagatelles comme vos prêtres. » Maintenant, je dois confesser: « Dieu, malgré sa bonté infinie, pèse les choses avec une plus grande précision qu’eux tous. »

Après cette première promenade avec Max, je vins encore une seule fois à l’association, à Noël, pour la célébration de la fête; c’était quelque chose qui me plaisait suffisamment pour revenir encore, mais intérieurement j’étais déjà étrangère à vous autres.

Cinéma, bals, promenades se succédaient constamment. Avec Max, nous nous disputions quelquefois, mais je sus toujours l’enchaîner à moi de nouveau. J’eus beaucoup de mal avec l’autre amie qui, au retour de l’hôpital se comportait auprès de lui comme une obsédée. Ce fut un avantage pour moi car mon noble calme, par opposition, fit une profonde impression sur Max qui finit par décider que je serais la préférée. J’avais su la lui rendre odieuse en parlant froidement; positive à l’extérieur et vomissant le venin à l’intérieur. De tels sentiments, une telle conduite préparent excellemment à l’enfer. Ils sont diaboliques, dans le sens le plus étroit du mot. Pourquoi je te raconte cela? C’est pour te dire comment je me détachai définitivement de Dieu.

Entre moi et Max, nous n’étions pas arrivés souvent à la très grande familiarité. Je comprenais que je me serais abaissée à ses yeux si je m’étais laissée aller complètement avant le temps, c’est pourquoi je sus me maintenir. J’étais prête à tout, je devais le conquérir. A cette fin, rien ne m’était trop cher. En outre, peu à peu, nous nous aimions, possédant l’un et l’autre de précieuses qualités, qui nous faisaient nous apprécier réciproquement. J’étais habile et capable, d’une agréable compagnie, aussi je le tins solidement attaché et réussis, au moins dans les derniers mois avant notre mariage à être l’unique à le posséder.

En cela consistait mon apostasie de Dieu d’avoir fait d’une créature mon idole. Jamais une chose pareille ne peut arriver entièrement que dans l’amour d’une personne pour l’autre sexe lorsque cet amour reste enfermé dans les satisfactions purement terrestres; c’est aussi ce total abandon qui forme son attrait, son stimulant et son venin. Pour moi, en la personne de Mai, cette adoration de moi-même me devint une religion vécue. Pendant ce même temps, au bureau, je me lançai avec âcreté contre tout ce qui était d’église, les prêtres, les indulgences, le marmonnement du chapelet et semblables sottises. Tu cherchais, avec plus ou moins d’esprit, à prendre la défense de ces choses, sans soupçonner, semblait-il, que dans l’intime, je n’argumentais pas à la vérité contre elles mais je cherchais plutôt un soutien contre ma conscience – j’avais alors besoin d’un tel soutien pour justifier mon apostasie par la raison.

Tout au fond, je me révoltais contre Dieu. Tu ne le comprenais pas, je me tenais encore pour catholique et désirais être appelée ainsi; j’allais même jusqu’à payer les taxes ecclésiastiques. Une certaine contre-assurance ne pouvait me nuire, pensais-je.

Il arrivait parfois que tes réponses me frappaient mais elles n’avaient pas prise sur moi parce que tu ne « devais » pas avoir raison.

En raison de ces fausses relations, nous avons eu, l’une et l’autre, peu de regret lorsque nous nous sommes séparées à l’occasion de mon mariage.

Avant cette cérémonie, je me confessai et communiai encore une fois, comme c’était prescrit. Moi et mon mari, nous pensions la même chose sur ce point. Pourquoi ne pas accomplir ces formalités? Nous nous y soumîmes comme à toutes les autres. Vous appelez indigne une telle communion. Et bien, après l’avoir faite, j’eus plus de calme dans la conscience. Ce fut du reste la dernière.

Notre vie conjugale se passait, la plupart du temps en grande harmonie. Sur toutes ces questions, nous étions du même avis. En particulier, sur ce point que nous ne voulions pas endosser la charge d’élever des enfants. À la vérité, mon mari en aurait volontiers eu un, mais pas plus, bien sûr. À la fin, je sus le dissuader encore de ce désir. Vêtements, meubles de luxe, promenades, voyages en auto et semblables distractions m’importaient bien davantage.

Ce fut une année de plaisir sur la terre que ce temps entre mon mariage et ma mort soudaine.

Chaque dimanche nous allions en voiture ou bien nous rendions des visites aux parents de mon mari. (J’avais honte désormais de ma mère.) Ceux-ci glissaient à la surface de l’existence, ni plus ni moins que nous. Intérieurement, je ne me sentais jamais heureuse, cependant, extérieurement, je riais. C’était toujours, au-dedans de moi quelque chose qui me rongeait. J’aurais voulu qu’après la mort, laquelle, naturellement, devait être encore bien lointaine, tout fût fini.

Étant enfant, j’entendis un jour, au cours d’un sermon, que Dieu récompense toute bonne œuvre que chacun accomplit et quand il ne pourra la récompenser dans l’autre vie, il le fait sur la terre, cela est très exact.

Inopinément, j’eus un héritage de la tante « Lotte » et mon mari réussit à obtenir des émoluments très honorables. Je pus alors arranger ma nouvelle habitation d’une façon attrayante. La religion ne m’envoyait plus que de loin sa lumière, pâle, faible et incertaine.

Les cafés des villes, les hôtels dans lesquels nous allions durant les voyages, ne nous portaient certainement pas à Dieu. Tous ceux qui fréquentaient ces lieux, vivaient comme nous, de l’extérieur à l’intérieur, mais non de l’intérieur à l’extérieur. (L’extérieur envahissait l’intérieur au lieu que ce soit l’inverse.)

Si, dans nos voyages, au moment des vacances, nous visitions quelques cathédrales, nous n’avions d’intérêt que pour son contenu artistique. L’atmosphère religieuse que nous respirions, spécialement dans ces monuments du Moyen Âge, je savais les neutraliser avec quelques critiques de circonstance; un frère faisant l’office de guide, qui avait un maintien gauche ou n’était vêtu que peu proprement; le scandale que des moines, qui se faisaient passer pour pieux, vendissent des liqueurs; l’éternelle sonnerie des cérémonies sacrées pendant que l’on ne s’occupe que de faire de l’argent… De la sorte, je chassai de moi à chaque fois, la grâce, dès qu’elle passait. Je laissai libre cours à ma mauvaise humeur, en particulier, à propos de certains tableaux médiévaux de l’enfer, dans les cimetières ou ailleurs, dans lesquels le démon grille les âmes sur les charbons incandescents tandis que ses compagnons aux longues queues entraînent d’autres victimes avec de longues cordes. Claire! On peut se tromper pour peindre l’enfer, mais on n’exagère jamais!

Le feu de l’enfer, je l’ai toujours eu en vue d’une façon spéciale. Tu sais comment, durant une altercation à ce propos, je te tins une allumette sous le nez et te dis avec sarcasme: « A-t-elle l’odeur de l’enfer? » Tu as éteint en hâte la flamme. Ici, personne ne l’éteint!

Le feu, je te le dis moi-même, ne signifie pas le tourment de la conscience. Le feu est le feu. Cette parole de l’Évangile est à entendre littéralement: « Éloignez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel! » Littéralement!

Comment un esprit peut-il être touché par le feu matériel, demanderas-tu? Comment peut souffrir ton âme sur la terre quand tu mets le doigt sur une flamme? De fait, l’âme ne brûle pas; et pourtant, quel tourment en éprouve tout l’individu!

De façon analogue, nous ici, nous sommes spirituellement liés au feu, selon notre nature et selon nos facultés. L’âme est privée de sa liberté naturelle; nous ne pensons pas ce que nous voulons[14] ni comme nous le voulons.

Ne regarde pas hébétée ces lignes; cet état, qui à vous autres ne dit rien, me brûle sans me consumer.

Notre plus grand tourment, consiste dans la certitude que nous savons que nous ne verrons Dieu, jamais.

Comment cela peut-il nous tourmenter autant, alors que sur la terre on y demeure aussi insensible? Tant que le couteau reste étendu sur la table, on reste indifférent. On voit s’il est affilé, on ne l’éprouve pas. Que le couteau te transperce et tu te mettras à crier de douleur. Maintenant nous souffrons la perte de Dieu; avant nous y pensions seulement.

Toutes les âmes ne souffrent pas d’une égale façon. D’autant plus pernicieusement et d’autant plus systématiquement quelqu’un a péché, d’autant plus gravement pèse sur lui la perte de Dieu et d’autant plus la suffoque la créature dont elle a abusé.

Les catholiques damnés souffrent plus que ceux des autres religions parce que, le plus souvent, ils ont reçu et méprisé plus de grâces et de lumières.

Celui qui savait plus, souffre plus durement que celui qui savait moins. Ceux qui tombent par malice pâtissent plus cruellement que ceux qui tombent par faiblesse. Mais personne ne souffre plus que ce qu’il a mérité. Oh! si du moins, cela n’était pas vrai! J’aurais ainsi une raison de haïr!

Tu me disais un jour que personne ne va en enfer sans le savoir. Cela aurait été révélé à une sainte. Moi, j’en riais, mais ensuite, je me retranchai derrière cette déclaration: « De cette façon, en cas de nécessité, me disais-je secrètement, j’aurais toujours la possibilité de faire volte-face. »

Cette pensée est juste. Vraiment, avant ma fin subite, je ne connus pas l’enfer comme il est. Aucun mortel, ne le connaît. Mais j’en avais la pleine conscience. « Si tu meurs, tu vas dans le monde de l’Au-delà tout droit comme une flèche contre Dieu. Tu en porteras les conséquences. »

Je n’en changeai pas pour autant parce qu’enracinée par la force de l’habitude, comme je te l’ai dit déjà, j’étais poussée, entraîné par elle. Plus les hommes vieillissent, plus ils aiment leurs habitudes… Ma mort vint ainsi!

Il y a une semaine, je parle selon que vous comptez; en regard à la douleur, je pourrais dire très bien que je brûle en enfer déjà depuis dix ans. Il y a une semaine, donc, mon mari et moi, nous faisions pendant ce dimanche une promenade, la dernière.

Le jour pointait radieux. Je me sentais bien autant que jamais. Un sinistre sentiment de bonheur m’envahit qui serpentait en moi durant toute la journée. Quand voici qu’à l’improviste, pendant le retour, mon mari fut ébloui par une auto qui venait à toute allure. Il perdit le contrôle. « Jésus » me sortit des lèvres comme un frisson; non comme une prière, mais comme un cri. Une douleur déchirante m’opprimait toute. Et, en regard de celle d’à présent, c’était une bagatelle. Puis, je perdis les sens. Il est étrange que pendant cette même matinée, il m’était venu encore à l’esprit, d’une façon inexplicable, cette pensée: « Tu pourrais encore une fois aller à la messe. » Elle retentissait en moi comme une imploration.

Nettement et résolument mon « non » trancha le fil de mes pensées. « Avec toutes ces choses il faut en finir. Que j’en endosse toutes les conséquences! » Maintenant je les porte.

Ce qui advint après ma mort, tu le sais déjà. Le sort de mon mari, celui de ma mère, ce qui arriva de mon cadavre et le déroulement de mes funérailles je les ai connus dans leur détail par le moyen des connaissances naturelles que nous avons ici. Ce qui arrive sur la terre, nous le savon seulement d’une façon assez vague. Mais ce qui nous touche de plus près, en quelque façon, nous le connaissons. Ainsi, je vois maintenant où tu séjournes[15].

Moi-même, au moment de ma mort, je me réveillai soudainement du brouillard. Je me vis comme inondée d’une lumière éblouissante.

J’étais au lieu même où gisait mon cadavre. Il arriva comme il arrive au théâtre lorsque, d’un coup, s’éteignent les lumières pour ne plus laisser voir que la scène. Le rideau se divise avec grand bruit et s’ouvre sur une scène inattendue, horriblement lumineuse, la scène de ma vie.

Comme dans un miroir, mon âme se montra à elle-même les grâces méprisées, depuis ma jeunesse jusqu’au dernier « non » en face de Dieu.

Je me sentis comme un assassin, auquel, durant le procès judiciaire, on vient apporter sa victime inanimée. Me repentir? Jamais! [16]

En avoir honte? Jamais!

Pourtant, je ne pouvais non plus résister sous les yeux de Dieu que j’avais rejeté. Il ne me restait qu’une chose, la fuite.

Comme Caïn s’enfuit du cadavre de son frère Abel, ainsi mon âme fut poussée dehors, loin de cette vue d’horreur. Ce fut le jugement particulier: L’invisible Juge disait: « Éloigne-toi de moi! »

Alors mon âme, comme une ombre, enduite de soufre, se précipita dans l’éternel tourment![17]

Ainsi se terminait la lettre de l’enfer. Les dernières paroles étaient presque illisibles, tant elles étaient déformées. La lettre même, quant à elle, se réduisit en cendres entre mes mains.

Alors, après l’âpre accent de ces lignes que j’avais cru lire, résonna doucement un bruit venant de la campagne.

Je me réveillai en sursaut. J’étais encore au lit dans ma chambre. Par la fenêtre la lumière matinale pénétrait, tandis que de la paroisse arrivait le son de l’Angélus.

Je ne réalisais pas encore ce qui m’était advenu, mais jamais je ne ressentis un tel réconfort de l’Angélique Salutation. Lentement, je récitai les trois Ave Maria. « Pour toi, me fût-il fortement inspiré, il faut te tenir attachée à la Mère Bénie du Seigneur: tu dois honorer filialement Marie si tu ne veux pas subir le sort d’une âme qui ne verra jamais Dieu. »

Encore tremblante après cette terrible nuit, je me levai, m’habillai en hâte et couru en bas par l’escalier dans la chapelle de la maison.

Le cœur me battait jusque sous la gorge. Les quelques hôtes agenouillés près de moi me regardèrent; mais peut-être pouvaient-ils penser que j’étais excitée pour avoir ainsi descendu l’escalier en courant.

Une brave dame de Budapest, plutôt âgée, éprouvée par la souffrance, grêle comme un enfant, myope, mais expérimentée dans les choses spirituelles et ferventes dans le service du Seigneur, durant l’après-midi, dans le jardin me dit en souriant: « Mademoiselle, Jésus, ne veut pas être servi avec si grand empressement! » Mais ensuite elle s’aperçut que quelque chose d’autre m’avait agitée et m’agitait encore. Me calmant elle ajouta: « Ne vous troublez pas. Connaissez-vous la strophe de Sainte Thérèse?

Ne vous troublez pas.
Ne vous effrayez pas.
Tout passe,
Dieu seul ne change pas.
La patience arrive à tout.
À qui possède Dieu, rien ne manque.
Dieu seul suffit. »

Pendant qu’elle me disait doucement ces paroles lentement et sans vouloir instruire, il me parut qu’elle lisait dans mon âme: « Dieu, seul suffit. »

Oui, Lui seul doit me suffire, ici-bas et Là-Haut. Je ne veux pas aller en enfer. Je veux le posséder un jour, quelque sacrifice qu’il puisse m’en coûter.

Source : Bot, Jean-Marc. (c2002). Osons reparler de l’enfer: Editions de l’Emmanuel, 271 p.

[1] «De Dieu peut dépendre parfois la cause spirituelle d’un songe; il peut, par le ministre des anges, utiliser les songes lorsqu’il désire révéler quelque chose aux hommes» (Sait Thomas, Somme théologique, II-II,q.95,a.6.)

[2] H. FEDERER (1866-1928), prêtre, romancier, populaire: Thérèse, la jeune fille d’âge mûr, 1913)

[3] « Les Damnés voudraient que tous les bons soient damnés. » (Saint THOMAS, Supplément à la Somme Théologique, Éd. Du Cerf, Revue des jeunes, 1961, q. 98, a. 7,)

[4] « La volonté délibérative vient d’eux-mêmes [les damnés] […] Et cette volonté est en eux seulement mauvaises.» (Ibid., q. 98, a. 1, rép.)

[5] « Il vaut mieux n’être pas que d’être mal. Et ainsi les damnés peuvent choisir de ne plus exister » (Ibid., q. 98, a. 3). « Ne pas exister est le pire des maux. Cependant, la privation de l’existence est un grand bien si elle entraîne la privation du plus grand des maux: ainsi considérée, on peut la préférer à l’existence » (Ibid., q. 98, a. 3, ad 3.).

[6] « Il n’y aura rien, chez les damnés, qui ne soit pour eux matière et cause de tristesse […] Ainsi, chez les damnés, il y aura une considération des choses connues auparavant, mais comme source de tristesse et non de délectation » (Ibid., q. 98, a. 7, rép.).

[7] « Chez les damnés [règne] la plus parfaite haine » (Ibid., q. 98, a. 4, rép.).

[8] « Les damnés, avant le jour du jugement, verront les bienheureux dans la gloire, mais non de telle sorte qu’ils comprennent quelle est leur gloire, mais en sachant qu’ils sont dans une gloire inestimable » (Ibid., q. 98, a. 9, rép.).

[9] « Les damnés n’ont de haine pour Dieu qu’à cause de sa punition et de son interdiction, qui correspondent à leur volonté mauvaise: ils ne le considèrent donc que comme celui qui punit et qui interdit » (Ibid., q. 98, a. 8, ad 1). « Les damnés, qui voient Dieu à travers les effets de sa justice, c’est-à-dire dans leur châtiment, le haïssent, comme ils haïssent leur tourment » (Ibid., q. 98, a. 5, rép.) .

[10] « Dans la damnation même des réprouvés, la miséricorde de Dieu apparaît, non pour une relaxe totale, mais pour une certaine atténuation, car Dieu punit en deçà de ce qui est mérité » (Saint THOMAS D’AQUIN, Somme Théologique, Éd. du Cerf, 1984, I, q. 21, a. 4, ad 1).

[11] « Frères, soyez sobres et veillez parce que votre adversaire, le diable, rôde autour de vous comme un lion rugissant en quête de quelqu’un à dévorer » (1 P 5, 8). « Revêtez-vous des armes de Dieu pour pouvoir résister aux embûches du démon. Ce ne sont pas, en effet, des hommes que nous avons à combattre mais les Principautés et les Puissances, les maîtres de ce monde de ténèbres, les mauvais esprits répandus dans les airs » (Ep. 6, 11-12).

[12] « Il n’appartient pas au rôle des hommes damnés d’attirer les autres à damnation, comme cela appartient aux démons » (Saint Thomas, Supplément à la Somme Théologique, q. 98, a. 6, ad 2).

[13] « Bien que la souffrance de chaque damné soit accrue par leur multitude, pourtant la haine et l’envie se développent chez eux à tel point qu’ils préféreront mourir davantage avec un plus grand nombre que de souffrir moins, mais en étant seuls » (Ibid., q. 98, a. 4, ad 3).

[14] « [Le feu] devient le châtiment de l’âme, lui interdisant l’exercice de sa volonté, l’empêchant d’agir où elle veut et comme elle veut » (Ibid., q. 70, a. 3, rép.).

[15] L’âme séparée ne reçoit pas […] une connaissance parfaite des choses, mais une sorte de connaissance générale et confuse » (Somme Théologique, q. 89, a. 3, rép. .). « Quant aux âmes séparées, elles ne peuvent connaître par ces espèces que les singuliers avec lesquels elles ont eu un certain rapport; soit par une connaissance antérieure, soit par quelque sentiment, soit par une relation naturelle, soit par une disposition divine » (Somme Théologique, I, q. 89, a. 4, rép.).

[16] « Les mauvais ne se repentiront pas de leur péché en soi, parce que le vouloir de la malice du péché demeure en eux; ils se repentiront par accident, en tant qu’ils seront attristés de la peine subie à cause du péché » (Supplément à la Somme Théologique, q. 98, a. 2, rép.)

[17] L’éternité des peines de l’enfer est une vérité de foi; sans doute la plus terrible de toutes. « Alors le Fils de l’homme dira à ceux qui sont à sa gauche: « Allez-vous-en loin de moi, maudits, dans le feu éternel » […] et ils s’en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes, à la vie éternelle » (Mt 25, 41-46). « Lors de la révélation du Seigneur Jésus, ceux-là subiront la peine du châtiment éternel… » (2 Th 1, 9). « Les mauvais, auxquels sont réservés d’épaisses ténèbres pour l’éternité » (Jude, 13). « Si quelqu’un adore la bête et son image, et en prend la marque sur son front ou sur sa main, il boira, lui aussi, du vin de la fureur de Dieu, du vin pur versé dans la coupe de sa colère, et il sera tourmenté dans le feu, et la fumée de leur supplice s’élèvera aux siècles des siècles et il n’y aura de repos pour eux ni le jour ni la nuit » (Ap 14, 11). « Et ils seront tourmentés jour et nuit aux siècles des siècles » (Ap 20, 10).

Le Miracle Eucharistique de Fiecht, Autriche, 1310

FIECHTAUTRICHE, 1310iracle Eucharistique de Le petit village de San Georgenberg-Fiecht, dans la vallée de l’Inn, est célèbre pour un Miracle Eucharistique qui eut lieu en 1310.

Pendant la Messe, le prêtre fut pris d’un doute sur la présence réelle de Jésus dans les espèces consacrées et aussitôt après la consécration le vin se changea en Sang et commença à bouillir et à déborder du calice.

En 1480,170 ans après, le Saint Sang était encore « frais comme s’il venait de sortir d’une blessure », écrivait un journaliste de l’époque et aujourd’hui encore il se maintient intact, contenu dans le reliquaire du Monastèrede San Georgenberg.
Miracle Eucharistique Fiecht, Autriche, 1310
Le village de San Georgenberg-Fiecht, dans la vallée de l’Inn en Autriche est célèbre pour un Miracle Eucharistique qui eut lieu en 1310.

Près de l’autel latéral de l’église du Monastère se trouve une planche documentant le fait :« En l’an 1310 sous l’abbé Rupert, un prêtre célébrait la Messe dans cette église dédiée au Saint Martyr Georges et au Saint Apôtre Jacques. Après avoir consacré le vin, il fut pris de doute sur la réelle présence du Sang du Christ dans l’espèce du vin. Aussitôt le vin se changea en sang rouge qui commença à bouillir dans le calice et à déborder. L’abbé et ses moines qui se trouvaient dans le chœur et les nombreux pèlerins présents s’approchèrent de l’autel et constatèrent ce qui s’était passé. Le prêtre, plein de crainte, n’arrivant pas à boire tout le Saint Sang, mit le reste dans un récipient à côté du linge avec lequel on essuyait le calice, dans le tabernacle du maître-autel.

Dès que la nouvelle de cet événement miraculeux se répandit, les pèlerins commencèrent à affluer toujours plus nombreux pour adorer le Saint Sang. Leur nombre était si grand, qu’en1472 l’Évêque Georg von Brixen envoya à Georgenberg l’abbé de Wilten, Johannes Lösch, ainsi que les curés Sigmund Thaur et Kaspar de Absam pour mieux analyser le phénomène. À la suite de cette enquête, on recommanda l’adoration du Saint Sang et le Prodige fut déclaré authentique. Parmi les fidèles, on vit d’importants représentants de l’Église, tel que l’Évêque de Trieste, Jean, l’Évêque de Brixen, Georges, l’Archevêque de Cologne et le Duc de Bavière, Rupert, l’Évêque de Chiemsee, Frédéric et beaucoup d’autres ».

Une deuxième planche documentaire raconte comment la Relique du Saint Sang aida à garder la foi catholique pendant le schisme protestant : « Quand les dogmes de Luther se répandirent dans le Tyrol, vers l’année 1593, les moines de San Georgenberg furent priés de prêcher le crédo partout. L’Abbé Michael Geisser prêchait avec grand succès devant la foule dans l’église paroissiale de Schwaz et n’hésitait pas à raconter le Saint Miracle du Sang, comme preuve de la présence réelle de Jésus-Christ dans le Saint Sacrement de l’autel. Il contestait de façon si évidente que les adversaires furent obligés d’abandonner la partie. Cette victoire complète sur le faux crédo était considérée par les croyants comme une grâce spéciale que le Seigneur accordait à ses fidèles, adorateurs du Saint Sang.