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Traité de la Prière I – Chapitre LXXXI, LXXXI, LXXXII, LXXXIV

LXXXI.- Comment les démons même rendent gloire à Dieu

1.- De même que les pécheurs servent dans cette vie à augmenter la vertu de mes serviteurs, de même les démons dans l’enfer sont les bourreaux et les ministres de ma justice sur les damnés. Ils servent aussi mes créatures, qui, dans leur pèlerinage terrestre, désirent arriver à moi, leur fin. Ils les servent en exerçant leur vertu par des attaques et des tentations de toute sorte, en les exposant aux injures et aux injustices des autres afin de leur faire perdre la chante, mais en voulant dépouiller mes serviteurs, ils les enrichissent en exerçant leur patience, leur force et leur persévérance. De cette manière ils rendent gloire et honneur à mon nom.

2.- Ainsi s’accomplit ma vérité en eux. Je les avais créés pour me louer, me glorifier et pour les faire participer à ma beauté; mais ils se sont révoltés contre moi par orgueil, ils sont tombés, ils ont été privés de ma vision. Ils ne me rendent pas gloire par l’amour; mais moi, la Vérité éternelle, je les ai faits des instruments pour exercer mes serviteurs à la vertu, et des bourreaux pour punir les damnés ou pour purifier ceux qui sont dans le purgatoire. Tu vois que ma vérité s’accomplit véritablement à eux, puisqu’ils me rendent gloire, non pas comme les habitants du ciel, dont ils sont exilés par leur faute, mais comme les ministres de ma justice dans les enfers et dans le purgatoire.

LXXXII.- L’âme, délivrée de cette vie, voit parfaitement la gloire de Dieu dans toute créature; elle n’a plus la peine du désir, mais seulement le désir.

1.- Qui est-ce qui voit et goûte en toute chose, dans les créatures raisonnables et dans les démons même la gloire et l’honneur de mon nom? C’est l’âme dépouillée de son corps et parvenue à moi, qui suis sa fin. Elle voit parfaitement et connaît la Vérité. En me voyant, moi, le Père, elle aime; en aimant, elle est rassasiée; en étant rassasiée, elle connaît la vérité, et cette connaissance de la vérité fixe sa volonté dans la mienne; elle y est tellement ferme et attachée, que rien ne peut lui causer de peine, parce qu’elle a ce qu’elle désirait avoir. Elle désirait avant tout me voir et voir glorifier mon nom; elle le voit pleinement et véritablement dans mes saints, dans les anges, dans toutes les créatures, dans les démons mêmes.

2.- Elle voit l’offense qui m’est faite; elle ne peut plus comme autrefois en ressentir de la douleur, elle en éprouve seulement de la compassion; elle aime sans peine et prie toujours avec charité pour que je fasse miséricorde au monde. En elle la peine est passée, mais non la charité. Le Verbe, mon Fils, vit finir, dans la mort douloureuse de la Croix, la peine du désir de votre salut qui le tourmentait; mais le désir de votre salut n’a pas cessé avec la peine.

3.- Si l’ardeur de ma charité que je vous ai montrée en mon Fils avait cessé pour vous, vous ne seriez pas. Vous êtes faits par amour; si je retirais l’amour, c’est-à-dire si je n’aimais pas votre être, vous ne seriez pas; mais mon amour vous a créés, mon amour vous conserve, et, parce que je suis une même chose avec mon Verbe et mon Verbe avec moi, la peine du désir a cessé, mais non pas le désir.

4.- De même les saints qui ont la vie éternelle conservent le désir du salut des âmes, mais sans en avoir la peine; la peine s’est éteinte dans leur mort, mais non ‘ardeur de la charité. Ils sont comme enivrés du sang de l’Agneau sans tache, et revêtus de la charité du prochain ils ont passé par la porte étroite, tout inondée du sang de Jésus crucifié, et ils se trouvent en moi, l’océan de la paix, délivrés de l’imperfection, c’est-à-dire de la peine du désir, car ils sont arrivés à cette perfection où ils sont rassasiés de tout bien.

LXXXIII.- Comment Saint Paul, après avoir vu la gloire des Bienheureux, désirait être délivré de son corps.

I.- Paul avait vu et goûté ce bien quand je l’élevai au troisième ciel, c’est-à-dire à la hauteur de la Trinité. Il avait connu et goûté ma vérité en recevant la plénitude du Saint-Esprit, et en apprenant la doctrine de mon Verbe incarné. Son âme se revêtit de moi, le Père, par union et par sentiment, comme les Bienheureux dans le ciel, excepté que son âme n’était pas séparée de son corps. Il plut à ma bonté d’en faire un vase d’élection dans l’abîme de ma Trinité, et je le dépouillai de moi, parce qu’en moi ne peut être la peine; et je voulais qu’il souffrît pour mon nom.

2.- Je donnai pour objet à son intelligence Jésus crucifié, le revêtant du vêtement de sa doctrine, le liant et l’enchaînant avec la clémence du Saint- Esprit, qui est le feu de la charité. Il devint par ma bonté un vase utile et nouveau; il ne résista pas quand il fut frappé, mais il dit: » Seigneur, que voulez-vous que je fasse; dites ce que vous voulez que je fasse et je le ferai « . (Act., IX, 6). Alors je l’enseignai en lui montrant Jésus crucifié, en le revêtant de la doctrine de ma charité. Je l’illuminai parfaitement par la lumière de la vraie contrition, avec laquelle il effaça ses fautes, en s’appuyant sur ma charité (La fin de ce chapitre et le commencement du chapitre suivant ne se trouvent pas dans l’édition italienne de Gigli. Nous les donnons d’après la traduction latine du bienheureux Raymond de Capoue.).

3.- Il se revêtit tellement de la doctrine de Jésus crucifié, il y fixa si fortement son âme, qu’il ne put en être dépouillé et séparé ni par les tentations du démon ni par les combats de la chair, que ma bonté permettait pour le faire croître en mérite et en grâce, pour conserver son humilité après qu’il eut joui des grandeurs de la Trinité. Jamais il ne quitta en la moindre chose ce vêtement de Jésus-Christ; il le garda dans toutes ses épreuves et ses tribulations, et il persévéra toujours dans la doctrine de la Croix. Il se l’était tellement incorporé, qu’il donna sa vie pour ne pas s’en séparer, et retourna vers moi avec ce vêtement divin.

4.- Paul avait goûté ce que c’était que jouir de moi sans le poids de son corps; je lui avais permis d’en jouir par union, mais non pas complètement séparé de son corps. Quand il fut revenu à lui, revêtu de Jésus crucifié, il lui sembla que son amour était imparfait en le comparant à la perfection de l’amour qu’il avait goûté en moi, et qu’il avait vu dans les Bienheureux séparés de leurs corps. Il sentait que le poids de son corps était un obstacle qui empêchait la perfection et le rassasiement dont l’âme jouit après la mort. Sa mémoire lui paraissait faible et imparfaite, et cette faiblesse, cette imperfection le rendaient incapable de pouvoir me retenir, me recevoir, me goûter avec la perfection des saints dans le ciel.

5.- Il lui semblait que, tant qu’il était dans son corps mortel, il rencontrait en toute chose une loi mauvaise qui combattait l’esprit, non par un entraînement au péché, puisque je lui avais dit: » Paul, ma grâce te suffit », mais par un empêchement à la perfection de l’esprit, qui consiste à me voir dans mon essence. Et comme cette vision est impossible avec la loi et la pesanteur du corps, Paul s’écriait: » O homme infortuné que je suis! qui me délivrera de ce corps de mort? Car j’ai dans mes membres une autre loi qui combat la loi de mon esprit « .

6.- C’est la vérité; car la mémoire est combattue par l’imperfection du corps, l’intelligence, arrêtée par sa pesanteur, ne peut me voir tel que je suis dans mon essence, et la volonté, enchaînée par ses liens, ne peut me goûter sans peine, comme je te l’ai fait comprendre. Ainsi Paul avait bien raison de dire: J’ai dans mon corps une loi qui combat la loi de mon esprit. De même mes serviteurs que je t’ai montrés parvenus au troisième et au quatrième degré d’union parfaite avec moi, crient aussi qu’ils désirent être délivrés et séparés des liens de leur corps.

LXXXIV.- Des causes qui font désirer à l’âme d’être séparée de son corps.

1.- Mes, fidèles serviteurs ne connaissent pas la crainte, et l’angoisse de la mort, ils la désirent au contraire. Dans la rude guerre qu’ils ont faite à leurs corps avec une sainte haine, ils ont perdu cette tendresse naturelle qui unit le corps et l’âme; ils ont vaincu et détruit l’amour d’eux-mêmes, et ils désirent mourir par amour pour moi. Ils disent: Qui me délivrera de ce corps de mort? Je désire en être affranchi pour être avec le Christ. Ils disent avec l’Apôtre: La mort est mon désir, mais je prends la vie en patience. Dès que l’âme est élevée à l’union parfaite, elle ne souhaite plus que de me contempler et de me voir glorifié en tontes choses.

2.- (Le chapitre LXXXIV commence ici dans l’édition italienne) Quand l’âme revient à ses sens corporels, qui avaient été absorbés en moi par l’effet de l’amour, elle supporte péniblement la vie, parce qu’elle se voit privée de l’union qu’elle avait avec moi, ‘et de la société désirable des Bienheureux qui nie rendent sans cesse gloire. Elle se retrouve parmi les hommes, dont elle voit les iniquités si nombreuses. Ce spectacle lui cause une amère douleur et augmente son désir de me voir. La vie lui devient insupportable.

3.- Cependant comme sa volonté ne lui appartient plus et qu’elle est devenue par l’amour une même chose avec moi, elle ne peut vouloir et désirer autre chose que ce que je veux. Elle désire venir, mais elle est contente de rester si je l’ordonne, et de souffrir beaucoup pour ma gloire et pour le salut des âmes. Elle ne s’éloigne en rien de ma volonté, mais elle court avec ardeur; revêtue de Jésus crucifié, elle passe par le pont de sa doctrine, en se glorifiant dans les opprobres et dans la peine. Plus elle souffre, plus elle se réjouit: la multitude des tribulations calme le désir qu’elle a de la mort, et souvent l’amour des souffrances adoucit la peine qu’elle éprouve de n’être pas délivrée de son corps.

4.- Non seulement mes serviteurs souffrent alors avec patience comme ceux qui sont au troisième degré, mais ils se glorifient encore de souffrir beaucoup en mon nom; quand ils souffrent, ils se réjouissent; et quand ils ne souffrent pas, ils s’en affligent, parce qu’ils craignent que je ne veuille les récompenser en cette vie, et que le sacrifice de leurs désirs ne me soit point agréable. Dès que je leur envoie au contraire beaucoup d’épreuves, ils sont heureux de se voir revêtus des peines et des opprobres de Jésus-Christ.

5.- S’ils pouvaient être vertueux sans fatigue, ils n’y consentiraient pas; ils préféreraient se réjouir sur la croix avec le Christ, et acquérir la vie éternelle par la souffrance plutôt que par tout autre moyen. Pourquoi? Parce qu’ils sont abîmés et embrasés dans ce sang où ils trouvent ma charité, ce feu qui sort de moi pour ravir leur cœur, leur esprit et consumer le sacrifice de leur désir. C’est ainsi que le regard de l’intelligence s’élève à cette contemplation de ma divinité, où l’amour s’unit et se développe en suivant l’entendement. Cette vue surnaturelle est une grâce infinie que je donne à l’âme qui m’aime et me sert en vérité.

Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 24, 25

Chapitre 24 – Soulagement des âmes

La sainte Communion – Sainte Marie Madeleine Pazzi délivrant son frère

Si les bonnes œuvres ordinaires procurent tant de secours aux âmes, que ne fera point l’œuvre la plus sainte que le chrétien puisse accomplir, je veux dire la Communion Eucharistique ? Lorsque sainte Madeleine de Pazzi vît l’âme de son frère dans les souffrances du purgatoire, touchée de compassion, elle fondit en pleurs et s’écria d’une voix lamentable: « O âme affligée, que vos peines sont terribles ! Que n’est-il donné » de les comprendre à ceux qui manquent de courage pour porter leurs croix ici-bas ! Pendant que vous étiez dans le monde, ô mon frère, vous ne vouliez pas « m’écouter, et maintenant vous désirez ardemment que je vous écoute. Pauvre « victime, qu’exigez-vous de moi ? » – Ici elle s’arrêta, et on l’entendit compter jusqu’au nombre cent et sept; puis elle dit tout haut que c’étaient autant de communions qu’il lui demandait d’une voix suppliante. « Oui, lui répondit-elle, je « puis facilement faire ce que vous me demandez; mais hélas ! combien il faudra « de temps pour acquitter cette dette ! Oh ! que j’irais volontiers où vous êtes, si « Dieu voulait me le permettre, pour vous délivrer, ou empêcher que d’autres y « descendent ! »

La Sainte, sans omettre les prières et autres suffrages, fit avec la plus grande ferveur les Communions que son frère réclamait pour sa délivrance.

Communion générale dans l’église de Sainte-Marie-au-delà du Tibre.

C’est, dit le P. Rossignoli, un pieux usage (Merveille 45), établi dans les églises de la Compagnie de Jésus, de faire chaque mois une Communion générale pour le soulagement des âmes du purgatoire; et Dieu a daigné montrer par un prodige combien cette pratique lui est agréable.

L’an 1615, comme les Pères de la Compagnie célébraient solennellement cette Communion mensuelle à Rome, dans l’église de Sainte-Marie-au-delà-du-Tibre, une foule immense de peuples y accourut. Parmi les chrétiens fervents se trouvait aussi un grand pécheur qui, tout en prenant part aux pieuses cérémonies de la religion, menait depuis longtemps une vie très-mauvaise. Cet homme, avant d’entrer dans l’église, en vit sortir et venir à lui un pauvre de bonne apparence, qui lui demanda l’aumône pour l’amour de Dieu; il la lui refusa d’abord. Mais le pauvre, selon l’usage des mendiants, insista jusqu’à trois fois, employant les formules de supplication les plus touchantes. A la fin, cédant à un bon sentiment, notre pécheur le rappela, tira sa bourse et lui donna une pièce de monnaie.

Alors le pauvre, changeant ses prières en un tout autre langage: « Gardez « votre argent, lui dit-il, je n’ai pas besoin de vos largesses; mais vous, vous avez « grandement besoin de changer de vie. Sachez que je suis venu du mont « Gargano à la cérémonie qui s’accomplit en cette église, pour vous donner un « avertissement salutaire. Voici vingt années que vous menez une vie déplorable, « provoquant la colère de Dieu, au lieu de l’apaiser par une sincère confession. « Hâtez-vous de faire pénitence, si vous voulez échapper aux coups de la divine « justice prête à éclater sur votre tête. »

Le pécheur fut tout saisi à ce discours: une frayeur secrète s’empara de lui quand il s’entendait révéler les iniquités de sa conscience, que Dieu seul pouvait connaître. Son émotion fut bien plus grande encore, quand il vit ce pauvre disparaître à ses yeux, comme une fumée qui se dissipe en l’air. Ouvrant son cœur à la grâce, il entra dans l’église, se jeta à genoux, en versant un torrent de larmes; puis, sincèrement repentant, il alla faire à un confesseur l’aveu de ses crimes et demander le pardon. Après la confession, il rendit compte au prêtre du prodige qui lui était arrivé, le priant de le faire connaître pour l’accroissement de la dévotion envers les défunts; car il ne douta point que ce ne fût une âme délivrée tout à l’heure, qui lui eût obtenu cette grâce de conversion.

On pourrait demander quel était le mystérieux mendiant, apparaissant à ce pécheur pour le convertir? Quelques-uns ont cru qu’il n’était autre que l’archange S. Michel, parce qu’il se disait venir du mont Gargano; on sait en effet que cette montagne est célèbre dans toute l’Italie par une apparition de l’archange S. Michel, auquel on y a élevé un magnifique sanctuaire. Quoi qu’il en soit, la conversion de ce pécheur par un tel miracle, et dans le moment même où l’on priait et communiait solennellement pour les défunts, montre bien l’excellence de cette dévotion et le prix qu’elle a aux yeux de Dieu.

Concluons donc par la parole de S. Bonaventure: « Que la charité vous « porte à communier, car il n’y a rien de plus efficace pour le repos éternel des « défunts » (De prœpar. Maissae).

Chapitre 25 – Soulagement des âmes

Le Chemin de la Croix

Après la sainte Communion, parlons du Chemin de la Croix. Ce saint exercice peut être envisagé en lui-même et dans les indulgences dont il est enrichi. En lui-même, c’est une manière solennelle et très-excellente de méditer la passion du Sauveur, et par conséquent l’exercice le plus salutaire de notre sainte Religion.

Dans son acception littérale, le Chemin de la Croix est l’espace que l’Homme-Dieu parcourut, sous le fardeau de sa croix, depuis le palais de Pilate où il fut condamné à mort, jusqu’au sommet du Calvaire où il fut condamné à mort, jusqu’au sommet du Calvaire où il fut crucifié. Après l’Ascension de son Fils, la sainte Vierge Marie, ou seule, ou en compagnie de saintes femmes, suivait fréquemment cette voie douloureuse. A son exemple, les fidèles de la Palestine d’abord, et dans les âges suivants de nombreux pèlerins des contrées même les plus reculées, allèrent visiter ces lieux sacrés, arrosés des sueurs et du sang de Jésus-Christ; et l’Église pour favoriser leur piété, leur ouvrit le trésor de ses grâces spirituelles.

Mais tout le monde ne pouvant point se transporter dans la Judée, le Saint-Siège a permis qu’on érigeât en d’autres lieux, dans les églises et chapelles, des croix et tableaux ou bas-reliefs, représentant les scènes touchantes qui s’étaient accomplies sur le vrai chemin du Calvaire, à Jérusalem.

En permettant d’ériger ces saintes Stations, les Pontifes Romains, qui comprirent toute l’excellence et toute l’efficacité de cette dévotion, daignèrent aussi l’enrichir de toutes les Indulgences qu’ils avaient accordées à la visite réelle des saints Lieux. Et ainsi, suivant les Brefs et les Constitutions des Souverains Pontifes Innocent XI, Innocent XII, Benoît XIII, Clément XII, Benoît XIV, ceux qui font le Chemin de la Croix avec les dispositions convenables, gagnent toutes les Indulgences accordées aux fidèles qui visitent en personne les saints Lieux de Jérusalem, et ces Indulgences sont applicables aux défunts.

Or il est très-certain que de nombreuses Indulgences, soit plénières, soit partielles, furent accordées à ceux qui visitent les saints Lieux de Jérusalem, comme on peut le voir dans le Bullarium Terrae Sanctae; en sorte que, au point de vue des Indulgences, on peut dire, que de toutes les pratiques de piété, le Chemin de la Croix en est doté le plus richement.

Ainsi cette dévotion, tant à cause de l’excellence de son objet qu’à raison des Indulgences, constitue un suffrage du plus grand prix pour les défunts.

La vénérable Marie d’Antigna

Voici ce qu’on lit à ce sujet dans la vie de la Vénérable Marie d’Antigna (Louvet, Le purgatoire, p. 332). Elle avait eu longtemps la sainte pratique de faire chaque jour le Chemin de la croix pour le soulagement des défunts; mais plus tard, par des motifs plus apparents que solides, elle le fit plus rarement, puis l’abandonna tout à fait. Notre-Seigneur, qui avait de grands desseins sur cette pieuse vierge, et qui voulait en faire une victime d’amour pour la consolation des pauvres âmes du purgatoire, daigna lui donner une leçon qui devait servir d’instruction à nous tous. Une religieuse du même monastère, décédée depuis peu, lui apparut, et se plaignant tristement: « Ma sœur, lui dit-elle, pourquoi ne faites-vous plus les stations du Chemin de la « croix pour les âmes souffrantes ? Vous aviez coutume auparavant de nous soulager chaque jour par ce saint exercice; pourquoi nous privez-vous de ce secours ? »

Cette âme parlait encore, lorsque le Sauveur lui-même se montra à sa servante et lui reprocha sa négligence. « Sache, ma fille, ajouta-t-il, que les stations du Chemin de la Croix sont très-profitables aux âmes du purgatoire et constituent un suffrage d’une importance majeure. C’est pourquoi j’ai permis à cette âme, en son nom et au nom de toutes les autres, de le réclamer de toi. Sache encore que c’est parce que tu pratiquais exactement autrefois cette salutaire dévotion, que tu as été favorisée de communications habituelles avec les défunts; c’est pour cela aussi que ces âmes reconnaissantes ne cessent de prier pour toi, et de plaider ta cause au tribunal de ma justice. Fais connaître ce trésor à tes sœurs, et dis-leur d’y puiser largement pour elles et pour les défunts. »

L’homme qui voulait assassiner le pape

Il haïssait l’Église et le Pape jusqu’au jour où la Vierge Marie lui apparut dans la grotte des Trois Fontaines à Rome, en avril 1947.

Bruno Cornacchiola

Comme tant d’autres, rien ne prédisposait Bruno Cornacchiola (1913-2001) à se convertir. Sous l’influence d’un ami protestant allemand, cet Italien issu d’une famille modeste avait développé une haine farouche à l’encontre de l’Église et du Pape qu’il considérait comme la cause de tous les maux du monde. Détruire l’Église était une idée fixe chez lui. Et dans sa haine, il détruisait tout ce qui la représentait. Les images pieuses posées par sa femme dans leur maison familiale ou le crucifix de leur chambre — jeté aux ordures. Ses enfants avaient bien évidemment interdiction de suivre le catéchisme.

Pourtant, lui, Bruno Cornacchiola, persécuteur de l’Église, allait être appelé à devenir un défenseur de l’Évangile, par Marie, qu’il s’apprêtait à insulter. Nous sommes en avril 1947, aux abords de l’abbaye des Trappistes au lieu-dit des Trois Fontaines à Rome, non loin de la basilique Saint-Paul, à savoir l’endroit-même où Paul, devenu apôtre des nations après l’apparition du Christ, fut martyrisé sous Néron. Lors d’une simple promenade, Bruno s’assied pour préparer un dur article contre la Vierge Marie, tandis que ses trois enfants s’éloignent pour jouer au ballon. Inquiet de ne pas les voir revenir, il se met à leur recherche et les retrouve devant l’entrée d’une grotte, les mains jointes, le visage pâle et dans une attitude d’extase : « Belle Dame… Belle Dame », appellent ces derniers, à tour de rôle, en fixant l’intérieur de la grotte. Bruno d’abord agacé puis troublé finit par entrer dans la grotte et se met à appeler à son tour : « Belle Dame, Belle Dame ». Devant lui se tient la silhouette d’une jeune femme, dans la splendeur d’une lumière dorée :

« Je vis inopinément deux mains toutes blanches en mouvement vers moi et les sentis m’effleurer le visage. J’eus la sensation qu’on m’arrachait quelque chose des yeux. J’éprouvai en cet instant une douleur certaine et je restais dans l’obscurité la plus profonde (…) Mais, peu à peu, le noir s’atténua et laissa filtrer une légère lumière qui grandit et s’intensifia au point d’illuminer toute la grotte (…) À ce moment-là, je ne voyais plus ni la cavité, ni ce qu’elle pouvait contenir, mais je fus saisi d’une joie extraordinaire ».

Fasciné, Bruno Cornacchiola tombe à genoux, en extase. La Vierge se met alors à lui parler directement, ou plutôt à le sommer tout doucement :

« Tu me persécutes, arrête maintenant ! Retourne au saint bercail […] Que l’on prie et que l’on récite quotidiennement le Rosaire pour la conversion des pécheurs, des incrédules et pour l’unité des chrétiens ».

Bruno, le souffle coupé, suit la main gauche de la belle Dame lui indiquant quelque chose à ses pieds, comme « un drap noir avec une croix brisée », qui est en fait le livre de l’Apocalypse, réalisera-t-il plus tard.

Prudence et révélation

La Vierge Marie l’exhorte à la prudence : « La science reniera Dieu ! », le prévient-elle, avant de lui dicter un message secret à remettre personnellement « au Saint-Père, pasteur suprême de la chrétienté ». La Vierge lui fait tant de prédictions sur l’Église, sur la foi, lui révèle que « les hommes ne croiront plus… que tant de choses s’avèrent aujourd’hui et d’autres devront encore s’avérer… », que « parmi ceux qui l’entendront raconter cette vision, il y en aura qui ne le croiront pas », mais lui ne devra jamais « se laisser décourager ».

À la fin de la rencontre, la Vierge se présente à Bruno :

« Je suis celle qui est dans la divine Trinité. Je suis la Vierge de la Révélation. Avant de m’en aller je te dis ceci : la Révélation est la parole de Dieu, cette Révélation parle de moi. Voilà pourquoi j’ai ce titre : Vierge de la Révélation ».

Le jour-même, Bruno Cornacchiola grave sur la roche :

« Dans cette grotte m’est apparue la Mère divine. Elle m’invite amoureusement à rentrer dans l’Église catholique, apostolique et romaine… ».

Désormais la conversion de Bruno Cornacchiola est irréfrénable. Entre mille vicissitudes, il va à Rome demander pardon à Pie XII d’avoir voulu le tuer : « Très Saint-Père, voici la Bible protestante avec laquelle j’ai tué beaucoup d’âmes (…) Voilà le poignard, avec l’inscription “mort au Pape”, par lequel je projetais de vous tuer ! Je viens vous demander pardon « . Ce à quoi le Pape lui répondit : « En me tuant, tu n’aurais fait que donner un nouveau martyr à l’église, et au Christ une victoire de l’amour ; mon fils, le meilleur pardon est le repentir… ». Une trentaine d’années plus tard (en 1978), il rencontrera également Jean Paul II qui lui dira : « Tu as vu la Mère de Dieu, tu dois donc devenir un saint ! ».

Le 23 février 1982, la Vierge apparaÎtra encore une fois à Bruno, pour lui demander la construction d’une « maison-sanctuaire » en son honneur, afin que « les assoiffés, les égarés » y trouvent « l’amour, la compréhension, la consolation : le vrai sens de la vie ». Ici, en cet endroit de la grotte où je suis apparue plusieurs fois, a-t-elle ajouté, « ce sera le sanctuaire de l’expiation, comme si c’était le purgatoire sur la Terre. Il y aura une porte au nom significatif de porte de la Paix. Tous devront entrer par cette porte ».

Une conversion annoncée ?

Les apparitions de la Vierge aux « Trois Fontaines » ont été étudiées minutieusement par le Vatican, tout particulièrement par Pie XII qui a reçu Bruno Cornacchiola plusieurs fois en audiences privées, après sa demande de pardon, et a voulu personnellement bénir la statue qui devait être placée dans la grotte. D’autant que ces apparitions – 28 en tout selon différentes sources – eurent lieu dix ans après l’apparition de la sainte Vierge dans la même grotte à une jeune fille auxquels étaient reconnus des dons charismatiques exceptionnels. Marie lui aurait annoncé : « Dans dix ans j’apparaîtrai à nouveau dans cette grotte à un incroyant, un ennemi de l’Église et du Pape ».

Bruno Cornacchiola est devenu un fervent apôtre de Marie, a fondé une association religieuse. Il a raconté partout ce qui lui est arrivé.

« La Très Sainte Vierge Marie a été pour moi une éducatrice insurpassable qui ne s’est pas contentée de m’installer dans une solide culture catéchistique, mais m’a aidé également à devenir son témoin. Qui trouve Marie, trouve Jésus: la Voie, la Vérité, la Vie. Il trouve la vie et la grâce dans l’Église du Salut, le Corps Mystique du Christ, et y trouve aussi la Mère de l’Église ».

source

De la haine antichrétienne aux jésuites

Alphonse Ratisbonne (1814-1884), athée d’origine juive de la moitié du XIXe siècle, est un cas exemplaire de conversion soudaine grâce à l’intervention de la Vierge Marie. Il a témoigné de cette rencontre dans une lettre bouleversante à l’abbé Dufriche-Desgenettes, envoyée en 1842, l’année de son entrée dans la Compagnie de Jésus.

Alphonse Ratisbonne

Rien ne prédisposait Alphonse Ratisbonne (1814-1884), neuvième et dernier enfant d’une famille de banquiers juifs de Strasbourg, à se tourner un jour vers le Christ. Bien au contraire, il n’y a pas plus révolté que lui contre toute forme de religion. Et plus encore contre le catholicisme, après la conversion de son frère aîné, Théodore, en 1825, qui — dira-t-il — avait porté « un rude coup » à sa famille. Il a lui même raconté son itinéraire de conversion dans une lettre qu’il a envoyée au fondateur et directeur de l’archiconfrérie de Notre-Dame-des-Victoires, l’abbé Dufriche-Desgenettes, l’année de son entrée dans la Compagnie de Jésus, en 1842.

De la « haine » aux premiers frissons de l’âme

Lorsque son frère aîné, Théodore, prend la décision de se convertir au catholicisme et d’entrer dans les ordres, le jeune Alphonse n’a que 11 ans. « La désolation » que provoque cette décision dans son entourage, et le fait qu’il exerce son ministère dans la même ville, sous les yeux de son « inconsolable famille », fait grandir en lui un fort ressentiment qui le porte à « haïr » tout ce qu’il représente :

« Tout jeune que j’étais, cette conduite de mon frère me révolta, et je pris en haine son habit et son caractère. Élevé au milieu de jeunes chrétiens, indifférents comme moi, je n’avais éprouvé jusqu’alors ni sympathie ni antipathie pour le christianisme ; mais la conversion de mon frère, que je regardais comme une inexplicable folie, me fit croire au fanatisme des catholiques, et j’en eus horreur (…) son habit me repous­sait, sa présence m’offusquait ; sa parole grave et sérieuse excitait ma colère ».

Quelques années plus tard, sa fureur atteint de telles proportions qu’elle aurait dû rompre à jamais tous rapports entre eux. Une période qu’il raconte avec lucidité :

« Un enfant était à l’agonie, mon frère Théodore ne craignit point de demander ouvertement aux parents la per­mission de le baptiser, et peut-être allait-il le faire, quand j’eus connaissance de sa démarche. Je regar­dais ce procédé comme une indigne lâcheté ; j’écrivis au prêtre de s’adresser à des hommes et non à des enfants, et j’accompagnai ces paroles de tant d’invectives et de menaces, qu’aujourd’hui encore je m’éton­ne que mon frère ne m’ait pas répondu un seul mot. Il continua ses relations avec le reste de la famille ; quant à moi, je ne voulus plus le voir, je nourrissais une haine amère contre les prêtres, les églises, les couvents, et surtout contre les Jésuites, dont le nom seul provoquait ma fureur ».

Après des études de droit à Paris, Alphonse Ratisbonne, entre dans la banque familiale, à Strasbourg, auprès de son oncle, un homme fortuné extrêmement généreux, qui lui passe tous ses caprices (chevaux, voitures, voyages, mille générosités en tout genre…). Si bien que le jeune homme ne pense qu’à s’amuser :

« Je n’aimais que les plaisirs : les affaires m’impatientaient, l’air des bureaux m’étouffait ; je pensais qu’on était au monde pour en jouir ; et, bien qu’une certaine pudeur naturelle m’éloignât des plaisirs et des sociétés ignobles, je ne rêvais cependant que fêtes et jouissances, et je m’y livrais avec passion. »

Mais en son cœur, il ne se sent pas heureux au milieu d’une telle abondance. Quelque chose lui manque. Il annonce alors ses fiançailles avec sa nièce Flore, âgée de 16 ans. Pendant ses fiançailles, une petite révolution s’opère en lui. Lui qui ne croyait à rien voit en sa fiancée son bon ange :

« La vue de ma fiancée éveillait en moi je ne sais quel sentiment de dignité humaine ; je commençais à croire à l’immortalité de l’âme ; bien plus, je me mis instinctivement à prier Dieu… Sa pensée élevait mon cœur vers un Dieu que je ne connaissais pas, que je n’avais jamais invoqué ».

Premiers pas sur « le chemin de Damas »

Mais Flore étant encore trop jeune pour le mariage, on éloigne le jeune homme quelque temps de Strasbourg. Il part alors en Italie où, à Rome, deux événements le mettront sur le chemin de la conversion : sa rencontre avec Théodore de Bussières, frère d’un de ses amis d’enfance, et grand ami de son propre frère, converti lui aussi au catholicisme après avoir abandonné le protestantisme, pour qui il éprouve donc « une profonde antipathie », et sa visite du Ghetto (quartier des Juifs), où la misère qu’il y découvre suscite en lui « pitié » et « indignation » :

« Quoi ! Est-ce donc là cette charité de Rome qu’on proclame si haut ! Je frissonnais d’horreur (…) Jamais de ma vie je n’avais été plus aigri contre le christianisme que depuis la vue du Ghetto. Je ne tarissais point en moqueries et en blasphèmes (…) ».

Mais imprévus et coïncidences se succèdent, et dans une sorte de jeu avec le père de son ami d’enfance, le baron de Bussières, qui ne cesse de lui parler des grandeurs du catholicisme, Alphonse relève avec ironie chaque défi que celui-ci lui pose, dont celui, fondamental, de porter sur lui une médaille de la Sainte Vierge, à laquelle il tient tout particulièrement. Jusqu’à finir par lui promettre de réciter matin et soir le Memorare, prière très courte et très efficace que saint Bernard adressa à la Vierge Marie, se disant : « Après tout, si elle ne me fait pas de bien, du moins ne me fera-t-elle pas de mal ! ».

« Souvenez-vous, Ô très pieuse Vierge Marie, qu’on n’a jamais ouï dire qu’aucun de ceux qui ont eu recours à votre protection, imploré votre secours et demandé votre suffrage, ait été abandonné. Plein d’une pareille confiance, je viens, Ô vierge des Vierges, me jeter entre vos bras, et, gémissant sous le poids de mes péchés, je me prosterne à vos pieds. Ô Mère du Verbe, ne dédaignez pas mes prières, mais écoutez-les favorablement et daignez les exaucer. »

À son propre étonnement, les paroles du Memorare s’emparent de son esprit pour ne plus le lâcher, « comme ces airs de musique qui vous poursuivent et vous impatientent, et qu’on fredonne malgré soi, quelque effort qu’on fasse », avouera-t-il plus tard.

Le « foudroiement »

Puis, un beau jour, le 20 janvier 1842, alors qu’il aurait dû rentrer à Rome, Alphonse tombe sur Marie-Théodore de Bussières, le converti, l’ami de son frère, qui lui propose une promenade. Il lui demande de l’accompagner un instant à l’église Saint-André delle Fratte. Dix minutes plus tard, celui-ci retrouve Alphonse agenouillé devant la chapelle Saint-Michel, comme en extase, le visage plein de larmes, les mains jointes. Son expression est indéfinissable.

« J’étais depuis un instant dans l’église lorsque tout d’un coup, je me suis senti saisi d’un trouble inexprimable ; j’ai levé les yeux, tout l’édifice avait disparu à mes regards. Une seule chapelle avait pour ainsi dire concentré la lumière et au milieu de ce rayonnement parut, debout sur l’autel, grande, brillante, pleine de majesté et de douceur, la Vierge Marie, telle qu’elle est sur ma médaille ; elle m’a fait signe de la main de m’agenouiller, une force irrésistible m’a poussé vers elle…

Je saisis la médaille que j’avais laissée sur ma poitrine ; je baisai avec effusion l’image de la Vierge rayonnante de grâce… Oh ! C’était bien elle ! Je ne savais où j’étais ; je ne savais si j’étais Alphonse ou un autre ; j’éprouvais un si total change­ment, que je me croyais un autre moi-même… Je cher­chais à me retrouver et je ne me retrouvais pas… La joie la plus ardente éclata au fond de mon âme; je ne pus parler ; je ne voulus rien révéler ; je sentais en moi quelque chose de solennel et de sacré… Le bandeau tomba de mes yeux ; non pas un seul bandeau, mais toute la multitude de bandeaux qui m’avaient enveloppé disparurent successivement et rapidement, comme la neige et la boue et la glace sous l’action d’un brûlant soleil ».

Le 31 janvier 1842, Marie-Alphonse Ratisbonne est baptisé, fait sa première communion et reçoit la confirmation. Ordonné prêtre en 1848, il s’installe en Palestine et consacre dès lors sa vie au catéchuménat des convertis d’origine juive, au sein de la double congrégation (masculine et féminine) de Notre-Dame de Sion qu’établit et dirige, pendant plus de cinquante ans, son frère Théodore.

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