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Quelles-sont les preuves historiques de l’existence de Jésus ?

Introduction

Au XIXe siècle, un certain nombre de savants, issus de l’école «hypercritique», ont remis en cause l’existence historique de Jésus. C’est ce qu’on a appelé la « thèse mythiste ». Si aujourd’hui plus aucun universitaire sérieux n’adhère à cette théorie, elle continue néanmoins à être diffusée sur certains sites internet.

Cet article présentera les preuves de l’existence de Jésus, en évoquant différente preuves historiques primaires et secondaires.

Les sources chrétiennes

En dépit de leur caractère confessionnel, les sources chrétiennes demeurent des sources historiques de premier plan pour connaître la vie de Jésus. Leur principal atout est leur grande variété. En effet, même si aujourd’hui la plupart de ces écrits sont regroupés dans le Nouveau Testament, il ne faut pas oublier qu’ils constituent, à l’origine, des sources indépendantes et distinctes (1).

Nous disposons donc de quatre récits de la vie de Jésus (les « évangiles »), deux écrits par des témoins primaires (Matthieu et Jean), deux par des témoins secondaires (Marc et Luc), d’un récit complémentaire qui nous raconte les premières années de la communauté chrétienne (les Actes des apôtres), ainsi que de plusieurs lettres de disciples ou de personnes proches de Jésus. Or, en dépit de cette grande diversité, tous ces témoignages s’accordent sur l’existence de la personne de Jésus de Nazareth et sur sa crucifixion.

De plus ces informations sont aussi recoupées par plusieurs sources externes, qui sera divisé en deux parties : les sources romaines et les sources juives.

Les sources romaines

Du côté romain, l’existence des chrétiens est attestée dès l’époque de Néron, soit seulement quelques décennies après la mort de Jésus. Suite à l’incendie de Rome, la population soupçonne l’empereur d’avoir lui-même mis le feu à la ville. Ce dernier, pour se disculper, doit donc trouver des bouc-émissaires sur qui rejeter la faute et choisit pour cela les chrétiens. Deux textes nous rapportent cet évènement. Le premier texte, de Suétone est assez concis :

On livre au supplice les chrétiens, sorte de gens adonnés à une superstition nouvelle et dangereuse. (2)

Il révèle cependant que les Romains distinguaient déjà les chrétiens des autres Judéens et qu’ils étaient conscients de la nouveauté du christianisme. Mais c’est surtout un autre historien, Tacite, qui, à l’occasion du même événement, nous livre une description beaucoup plus détaillée :

Mais aucun moyen humain, ni les largesses du prince, ni les cérémonies pour apaiser les dieux ne faisaient céder l’opinion infamante d’après laquelle l’incendie avait été ordonné [par Néron]. En conséquence, pour étouffer la rumeur, Néron produisit comme inculpés et livra aux tourments les plus raffinés des gens, détestés pour leurs turpitudes, que la foule appelait « chrétiens ». Ce nom leur vient de Christ, que, sous le principat de Tibère, le procurateur Ponce Pilate avait livré au supplice ; réprimée sur le moment cette exécrable superstition faisait de nouveau irruption, non seulement en Judée, berceau du mal, mais encore à Rome, où tout ce qu’il y a d’affreux ou de honteux dans le monde converge et se répand. On commença donc par poursuivre ceux qui avouaient, puis, sur leur dénonciation, une multitude immense, et ils furent reconnus coupables, moins du crime d’incendie qu’en raison de leur haine pour le genre humain. A leur exécution on ajouta des dérisions, en les couvrant de peaux de bêtes pour qu’ils périssent sous la morsure des chiens, ou en les attachant à des croix, pour que, après la chute du jour, utilisés comme des torches nocturnes, ils fussent consumés. Néron avait offert ses jardins pour ce spectacle, et il donnait des jeux de cirque, se mêlant à la plèbe en tenue d’aurige, ou debout sur un char. Aussi, bien que ces hommes fussent coupables et eussent mérité les dernières rigueurs, soulevaient-ils la compassion, à la pensée que ce n’était pas dans l’intérêt, mais à la cruauté d’un seul qu’ils étaient sacrifiés. (3)

Nous voyons donc que la mort de Jésus sous Ponce Pilate était clairement connue. Par ailleurs, déjà à l’époque de Néron les chrétiens étaient assez nombreux à Rome, même si, par effet rhétorique, l’historien exagère probablement leur importance.

Les Sources juives

Du côté des Judéens, nous disposons de deux sources différentes : Flavius Josèphe (4) et les textes rabbiniques. Le premier texte de Flavius Josèphe concerne l’exécution de Jacques :

Anan convoqua une assemblée de juges et fit amener le nommé Jacques, frère de Jésus dit le Christ, et quelques autres, les accusa d’avoir transgressé la Loi et les livra à la lapidation. (5)

Ce passage confirme bien l’existence de Jacques et de Jésus, et nous voyons que les revendications messianiques de Jésus étaient connues de Flavius Josèphe, mais bien sûr pas « reconnues », puisque l’expression «dit le Christ » exprime une certaine prise de distance, et les revendications messianiques étaient assez nombreuses à cette époque.

Enfin, pour terminer ce panorama, il faut aussi évoquer les sources rabbiniques, et notamment le Talmud, qui mentionnent Jésus. Pour résumer simplement les choses, nous pouvons dire que, dans le Talmud, les rabbins reconnaissent l’existence de Jésus, sa naissance particulière, qu’ils attribuent cependant à la prostitution de Marie, sa descente en Egypte, ses miracles et sa crucifixion à la veille de Pâque.

Le principal problème du Talmud réside dans la difficulté pour l’historien de dater les documents qui le composent. Sa rédaction finale date des IVe-Ve siècles, mais les matériaux les plus anciens sont bien antérieurs. Concernant Jésus lui-même, les traditions les plus anciennes datent probablement du IIe siècle.

Témoignage externe

La « filière asiate »

Le témoignage explicite le plus ancien est celui de Papias de Hiérapolis. Papias était le responsable de l’Eglise de Hiérapolis (près de l’actuelle ville de Denizli, en Turquie) au début du deuxième siècle, dans les années 110-130. Il a donc lui-même été enseigné par des gens qui ont directement connu les apôtres. Il nous apprend que Matthieu avait écrit son évangile en « langue hébraïque », ce qui peut être de l’hébreu ou de l’araméen, et que Marc était le traducteur de Pierre. L’évangile de Marc est donc la mise par écrit en grec du témoignage de Pierre, qui lui parlait araméen.

Ces informations sont complétées quelques années plus tard par un autre asiate, Irénée de Lyon dans son ouvrage Contre les hérésies (III, 1, 1) qui nous parle cette fois des quatre évangiles :

« Ainsi Matthieu publia-t-il chez les Hébreux, dans leur propre langue, une forme écrite d’Evangile, à l’époque où Pierre et Paul évangélisaient Rome et y fondaient l’Eglise. Après la mort de ces derniers, Marc le disciple et l’interprète de Pierre, nous transmit lui aussi par écrit ce que prêchait Pierre. De son côté, Luc, le compagnon de Paul consigna en un livre l’Evangile que prêchait celui-ci. Puis Jean, le disciple du Seigneur, celui-là même qui avait reposé sur sa poitrine, publia lui aussi l’Evangile, tandis qu’il séjournait à Ephèse en Asie. »

Irénée était le responsable de l’Eglise de Lyon à la fin du deuxième siècle, mais il était aussi originaire d’Asie Mineure et plus précisément de Smyrne, une ville, dont le responsable de l’Eglise, Polycarpe était un disciple de Jean. Cette communauté est d’ailleurs une des sept Eglises mentionnées dans l’Apocalypse (1 : 11). Cette grande proximité chronologique et cette transmission directe garantissent la fiabilité des informations.

Les autres filières

Pour la fin du deuxième siècle, nous disposons aussi du témoignage d’autres auteurs (Clément d’Alexandrie ou Tertullien par exemple), venant de diverses régions (Syrie, Rome, Egypte, Afrique du Nord).

Nous ne connaissons pas avec autant de précision la chaîne de transmission de ces auteurs, néanmoins nous pouvons constater que tous, malgré des origines géographiques très diverses, sont en accord sur les quatre évangiles retenus et leur origine. Ces informations sont d’ailleurs indépendantes les unes des autres, puis que si elles se rejoignent sur les points essentiels, elles diffèrent sur les détails. Ainsi, certains auteurs situent la mise par écrit de l’Evangile par Marc peu avant la mort de Pierre (ce qui aurait permis à ce dernier de la « contrôler »), tandis que d’autres estiment qu’il l’a au contraire fait peu après (pour justement « compenser » la mort de l’apôtre).

De plus, nous disposons de plusieurs témoignages (la lettre dite de Clément de Rome, Justin Martyr) qui montrent que dès le premier siècle, les chrétiens avaient pris l’habitude de lire les évangiles, qu’ils appelaient les « mémoires des apôtres», et les lettres de Paul lors de leurs réunions.

Le témoignage des apôtres

Concentrons nous sur le cœur de la prédication de l’Eglise primitive (Actes 2) :

« Hommes Israélites, écoutez ces paroles! (Ndr : C’est Pierre qui parle) Jésus de Nazareth, cet homme à qui Dieu a rendu témoignage devant vous par les miracles, les prodiges et les signes qu’il a opérés par lui au milieu de vous, comme vous le savez vous-mêmes; cet homme, livré selon le dessein arrêté et selon la prescience de Dieu, vous l’avez crucifié, vous l’avez fait mourir par la main des impies. Dieu l’a ressuscité, en le délivrant des liens de la mort, parce qu’il n’était pas possible qu’il fût retenu par elle. (…) Que toute la maison d’Israël sache donc avec certitude que Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié. »

Pierre, et avec lui les autres disciples, affirment deux choses : Jésus, qui a été crucifié, est le Messie. Or cette double affirmation est tout simplement invraisemblable pour les Judéens de l’époque.

Il est intéressant de constater qu’aujourd’hui encore, en dehors du christianisme, lorsqu’une de ces deux affirmations est acceptée, l’autre est refusée. Ainsi, les juifs reconnaissent que Jésus a été crucifié, mais ils refusent de le considérer comme « Messie », tandis que les musulmans reconnaissent bien Jésus comme Messie, mais ils refusent sa crucifixion.

Ce constat peut sembler étrange aux chrétiens et, plus largement, aux personnes de culture chrétienne. En effet, même inconsciemment, deux millénaires de christianisme nous ont habitués à ce paradoxe et nous oublions souvent le scandale de cette affirmation. Mais un examen attentif des textes du Nouveau Testament nous révèle bien cette tension :

« Car puisque le monde, avec sa sagesse, n’a point connu Dieu dans la sagesse de Dieu, il a plu à Dieu de sauver les croyants par la folie de la prédication. Les Juifs demandent des miracles et les Grecs cherchent la sagesse: nous, nous prêchons Christ crucifié; scandale pour les Juifs et folie pour les païens, mais puissance de Dieu et sagesse de Dieu pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs. Car la folie de Dieu est plus sage que les hommes, et la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes ».
1 Corinthiens 1 : 21-25.

Ce passage ne doit pas nous tromper et le style rhétorique de l’apôtre ne peut masquer son embarras. Paul est bien conscient que prêcher un messie crucifié est une folie et il le reconnaît. C’est pour cela qu’il ose parler de « folie de la prédication » et même de « folie de Dieu ». S’il avait pu inventer son propre évangile, il n’aurait certainement pas choisi une histoire aussi difficile à accepter pour ses auditeurs.

La résurrection : une solution de secours ?

On pourrait à ce stade objecter : mais la résurrection ne compense-t-elle pas le scandale de la crucifixion ?

A cela nous pouvons répondre non, car le problème n’est pas seulement que le Messie soit mort, mais qu’il soit mort de cette façon, c’est-à-dire par crucifixion. En effet, pour les Judéens, la crucifixion est une malédiction (Deutéronome 21 : 23).

En réalité, une seule solution aurait permis de résoudre ce problème, celle d’affirmer que Jésus n’a pas été crucifié. Cette idée a d’ailleurs été développée par certains groupes gnostiques, les docètes notamment, et sera ensuite reprise par les musulmans. Différentes thèses ont été envisagées et c’est finalement celle de la substitution qui l’a emportée : Dieu aurait remplacé Jésus sur la croix par une autre personne. Ainsi, on évitait le scandale du messie crucifié.

Si tous les chrétiens croient à la crucifixion de Jésus, tous ne la comprennent pas de la même manière et ne lui donnent pas le même sens théologique. Ainsi, au cours de l’histoire, de nombreuses doctrines ont été élaborées pour expliquer ce sacrifice (christus victor, théorie de la rançon, substitution pénale, etc.). Cette diversité de compréhension met bien évidence la difficulté posée par cet événement.

Toutefois, d’un point de vue historique, cette difficulté théologique est un atout, car elle peut être considérée comme une preuve solide de l’existence de Jésus.

En effet, en envisageant tous les problèmes posés par l’idée d’un Messie crucifié, il ne fait aucun doute que si les premiers chrétiens avaient voulu inventer un « Jésus », ils n’auraient jamais eu l’idée d’un messie crucifié et auraient plutôt imaginé un Jésus capable de séduire leurs auditeurs.

Conclusion

En conclusion, et pour paraphraser Simon Mimouni (2006, p. 80), nous pouvons dire que Jésus est certainement un des personnages les mieux attestés de l’Antiquité, et la diversité des sources le concernant rend la thèse mythiste insoutenable.

De plus le corps principal du Nouveau Testament (les Evangiles et les épîtres de Paul) a été très tôt fermement établi. Seuls quelques textes comme l’épître de Jude, la deuxième épître de Pierre ou les deux dernières épîtres de Jean, feront par la suite l’objet de discussions.

(1) Pour plus de détails sur l’indépendance des différents évangiles, voir l’article : Divergences et crédibilité des récits évangéliques. (http://didascale.com/divergences-et-credibilite-des-recits-evangeliques/)

(2) Suétone, Vie de Néron, 16

(3) Tacite, Annales XV, 44

(4) Brève bibliographie de Flavius Josèphe (http://didascale.com/flavius-josephe/)

(5) Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XX, 200

Source

La méthode historique

La méthode historique a été développée afin de faire de l’histoire une science au même titre que les mathématiques, la physique et la chimie. Elle tire son origine de deux sources : Le livre Introduction aux études historiques de C.-V. Langlois et C. Signobos (1898) et le texte écrit par G. Monod (1876) au démarrage de La Revue historique.

C’est une démarche scientifique qui permet d’étudier rigoureusement les sources historiques afin de déterminer et de comprendre le passé. Elle tente de découvrir, expliquer, différencier le vrai du faux des événements rapportés dans l’histoire. Elle permet de standardiser objectivement l’acceptation de tel ou tel événement du passé en appliquant un certain nombre de critères et de méthodes telles qu’énumérées ci-dessous.

La critique de restitution : Cette méthode vise à nettoyer et à raccommoder les copies et les traductions.

Le classement critique des documents : Cette méthode permet de distinguer les sources primaires, des sources secondaires.

Les sources primaires: Ce sont les témoins oculaires et les documents originaux constituent les premiers témoignages de ce qui s’est passé, de ce que l’on a pensé ou de ce que l’on a dit. Ces sources rares ou uniques ont été créées au moment même où s’est passé un événement ou peu de temps après. Certaines d’entre-elles peuvent exister en de nombreux exemplaires, si elles étaient populaires ou facilement accessibles au moment de leur création.

Parmi ces sources, on retrouve :
• Des notes personnelles;
• des lettres;
• des œuvres d’art;
• des artefacts
• des cartes;
• des manuscrits;
• des livres.

Elle répond aux quoi, qui, quand, où  et au pourquoi.

Les sources secondaires: Les témoins de secondes mains des sources primaires. Ces témoins ont créé des documents ou rapporté des faits, opinions d’après les sources primaires.

La critique interne: Cette méthode consiste à analyser le contenu d’un document, en vérifier la véracité, et la justesse des dires de son auteur. Elle étudie spécialement la forme véhiculée par le contenu. On y étudie la cohérence, la logique, la rigueur, la forme et le style de l’ouvrage et les idées exposées. L’auteur expose-t-il des faits vérifiables, des opinions. Ce qui est exposé, est-il formulé clairement ou laisse-t-il le champ libre à toute interprétation? Les lieux, les noms et les coutumes, correspond-t-il a ce qui est connu. Existe-il des contradictions flagrantes entre ce que l’auteur affirme et ce qui peut être vérifié. Le support matériel et les outils utilisés pour produire le document analysé correspond-il au support et outil disponible à l’époque des faits rapportés.

La critique externe se concentre sur l’œuvre prise dans son contexte social, littéraire, idéologique ou scientifique afin d’en évaluer sa pertinence, son intérêt et son importance. Pour ce faire, on recoupera l’information de différents auteurs de la même époque ou d’une époque antérieure reliée de près ou de loin au même sujet.

La critique interne s’accomplit par une critique d’interprétation i.e. ce que l’auteur veut dire. Et d’une critique de faits particuliers.

La critique d’interprétation cherche le sens du document en posant un certain nombre de questions afin de comprendre l’objectif de l’auteur du document traité. Que veut-il nous dire exactement, quel est le but. Cela se fait avec une grille de questions normalisée qui sera appliquée pour tous les documents analysés. C’est une analyse de contenu.

La critique de faits particuliers (critique de sincérité et d’exactitude) cherche à savoir si l’auteur du document est sincère et véridique. Par exemple, a-t-il un avantage à mentir, à détériorer la vérité ou peut-il être contraint. .

À la lumière de ses différentes méthodes, nous pouvons déterminer de façon assez certaine les vrais et faux faits rapportés comme historique.

Par exemple, nous savons que l’évangile de Barnabé est un faux parce qu’il utilise un support non existant dans le passé et cite des textes de la vulgate latine de l’Ancien Testament, lesquels n’avaient même pas été encore traduits avant l’an 328 par saint Jérôme.

Source 1
Source 2
Source 3