Archives de catégorie : Indulgences

L’indulgence est la rémission devant Dieu de la peine temporelle due pour les péchés dont la faute est déjà effacée.

Prière à Saint-Joseph du pape Léon XIII

Ô Bienheureux Joseph, Gardien très vigilant de la Sainte Famille

Ô Bienheureux Joseph, nous recourons à vous, dans notre tribulation, et, après avoir imploré le secours de votre Très Sainte Épouse, nous sollicitions aussi, en toute confiance, votre patronage.

Au nom de l’affection qui vous a uni à la Vierge Immaculée, Mère de Dieu, au nom de l’amour paternel dont vous avez entouré l’Enfant Jésus, nous vous supplions de jeter un regard propice, sur l’héritage acquis par Jésus-Christ, au prix de Son Sang, et de nous assister de votre puissance et de votre secours dans nos besoins.

Ô Gardien très vigilant de la Sainte Famille, protégez la famille privilégiée de Jésus Christ. Père très aimant, préservez-nous de toute contagion, de la corruption et de l’erreur; protecteur très puissant, soyez nous secourable et assistez-nous, du haut du Ciel, dans le combat que nous avons à soutenir contre la puissance des ténèbres.

Et de même qu’autrefois vous avez arraché l’Enfant Jésus au péril de la mort, défendez aujourd’hui la Sainte Église de Dieu contre les embûches de l’ennemi et contre toute adversité, et couvrez-nous de votre constante protection, afin que nous puissions, à votre exemple et par votre assistance, vivre saintement, mourir pieusement, et obtenir l’éternelle félicité dans le Ciel.

Amen.

3 ans d'indulgence, chaque fois - 7 ans quand on récite cette prière à la suite du Saint-Rosaire en octobre - Plénière, une fois par mois, pour la récitation quotidienne pendant un mois

Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 64, 65

SECONDE PARTIE – LE PURGATOIRE MYSTÈRE DE MISÉRICORDE

Chapitre 64

Moyens d’éviter le purgatoire – La confiance en Dieu – Saint François de Sales

Le cinquième moyen d’obtenir indulgence devant le tribunal de Dieu, c’est d’avoir une grande confiance dans sa miséricorde. J’ai mis, Seigneur, ma confiance en vous, dit le Prophète, et je ne serai point confondu (1). Certes, celui qui a dit au bon larron: Aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis, mérites bien que nous ayons en lui une confiance sans bornes. Saint François de Sales avouait qu’à ne considérer que sa misère, il ne méritait que l’enfer; mais plein d’une humble confiance en la miséricorde de Dieu et dans les mérites de Jésus-Christ, il espérait fermement partager un jour le bonheur des élus. «Et que ferait Notre-Seigneur de sa vie éternelle, disait-il, s’il ne la donnait aux pauvres, petites et chétives créatures comme nous, qui ne voulons espérer qu’en sa souveraine bonté? Vive Dieu! J’ai cette confiance bien ferme au fond du cœur: que nous vivrons éternellement avec Dieu. Nous serons un jour tous ensemble au ciel: il faut prendre courage, nous irons bientôt là-haut. Il faut disait-il encore, mourir entre deux oreillers, l’un de l’humble confession que nous ne méritons que l’enfer; l’autre d’une entière confiance que Dieu dans sa miséricorde nous donnera son paradis.

Ayant rencontré un jour un gentilhomme, effrayé à l’excès des jugements de Dieu, il lui dit: « Quiconque a un vrai désir de servir Notre-Seigneur et de fuir le péché, ne doit nullement se tourmenter de la pensée de la mort et du jugement. S’il faut craindre l’une et l’autre, ce ne doit pas être- de cette crainte qui abat et déprime la vigueur de l’âme; mais d’une crainte mêlée de confiance, et par cela douce. Espérez en Dieu: qui espère en lui ne sera point confondu.

Saint-Philippe-de-Néri et la sœur Scolastique

On lit dans la vie de Saint-Philippe-de-Néri qu’étant allé un jour au monastère de Sainte-Marthe, à Rome, une des religieuses, appelée Scolastique, désira lui parler en particulier. Cette fille était tourmentée depuis longtemps d’une pensée de désespoir qu’elle n’avait osé découvrir à personne; mais pleine de confiance dans les lumières du Saint, elle résolut de lui ouvrir son cœur. Lorsqu’elle fut près de lui, avant qu’elle eût ouvert la bouche, l’homme de Dieu lui dit en souriant: « C’est bien à tort, ma fille, que vous vous croyez dévouée aux flammes éternelles: le paradis est à vous! Je ne puis le croire, mon Père, répondit-elle en poussant un profond soupir – Vous ne le croyez pas? C’est là votre folie: vous allez le voir. Dites-moi, Scolastique, pour qui Jésus-Christ est-il mort? – Il est mort pour les pécheurs. – Et maintenant, dites-moi, êtes-vous une sainte? – Hélas! répondit-elle en pleurant, je suis une grande pécheresse. – Ainsi donc, Jésus-Christ est mort pour vous, et assurément c’est pour vous ouvrir le ciel: il est donc bien clair que le paradis est à vous.

Car pour vos péchés, vous les détestez, je n’en ai aucun doute. – La bonne religieuse, touchée de ces paroles commença à respirer. La lumière rentra dans son âme, la tentation se dissipa, et depuis ce moment, cette douce parole: Le paradis est à vous, ne cessa de la remplir de confiance et de joie. De la mort et du jugement. S’il faut craindre l’une et l’autre, ce ne doit pas être de cette crainte qui abat et déprime la vigueur de l’âme; mais d’une crainte mêlée de confiance et par cela douce. Espérez en Dieu: qui espère en lui ne sera point confondu.

Chapitre 65

Moyens d’éviter le purgatoire – Acceptation sainte de la mort – Le Père Aquitanus -.

Le sixième moyen d’éviter le purgatoire, c’est l’acceptation humble et soumise de la mort, comme expiation de nos péchés; c’est l’acte généreux par lequel on fait à Dieu le sacrifice de sa vie, en union avec le sacrifice de Jésus- Christ sur la croix.

Veut-on un exemple de ce saint abandon De la vie entre les mains du Créateur? Le 2 décembre 1638 mourut à Brisach, sur la rive droite du Rhin, le Père Georges Aquitanus, de la Compagnie de Jésus. Deux fois il- se dévoua au service des pestiférés. Il arriva qu’à deux époques différentes la peste exerça ses ravages avec tant de fureur, qu’on ne pouvait guère approcher des malades sans être atteint de la contagion. Tout le monde fuyait et abandonnait les mourants à leur malheureux sort; mais le Père Aquitanus, mettant sa vie entre les mains de Dieu, se fit le serviteur et l’apôtre des malades: il s’employa tout entier à les soulager et à leur administrer les sacrements.

Dieu le conserva durant la première période; mais lorsque la peste eut repris avec recrudescence, et que l’homme de Dieu fut accouru une seconde fois au milieu des malades, le Seigneur accepta son sacrifice.

Alors, quand, victime de sa cl1arité, il était étendu sur son lit de mort, on lui demanda s’il faisait volontiers à Notre-Seigneur le sacrifice de sa vie? — « Oh! Répondit-il plein de joie, si j’en avais des millions à lui offrit, il sait bien de quel cœur je les lui donnerais. »

Un tel acte, on le comprend est bien méritoire aux yeux de Dieu. Ne ressemble-t-il pas à l’acte de suprême charité, accompli par les martyrs qui meurent pour Jésus- Christ, et qui efface, comme le Baptême, tous les péchés toutes les dettes ? Personne, dit le Sauveur, ne peut témoigner un plus grand amour, qu’en donnant sa vie pour ses amis (Joan. XV, 13.).

Saint Alphonse de Liguori

Pour produire cet acte, précieux en cas de maladie, il est utile, pour ne pas dire nécessaire, que le malade connaisse son état et sache que sa fin approche. C’est donc lui causer un grand préjudice, lorsque par une fausse délicatesse, on le tient dans l’illusion. Il faut, dit Saint Alphonse dans sa Pratique du confesseur, faire en sorte avec prudence que le malade connaisse le danger de son état.

Si le malade se berce lui-même d’illusions, si au lieu de se remettre entre les mains de Dieu, il ne songe qu’à guérir. Lors même qu’il recevrait tous les sacrements, il se fait à lui-même un tort déplorable.

La vénérable Françoise de Pampelune et la mourante non résignée

On lit dans la Vie de la vénérable Mère Françoise du Saint-Sacrement, religieuse de Pampelune (Par Joachim de Sainte-Marie. Rossign. Merv. 26.), qu’une âme fut condamnée à un long purgatoire pour n’avoir pas, eu au lit de la mort, une vraie soumission à la volonté, divine. C’était une jeune personne, d’ailleurs pleine de piété; mais quand la main glacée de la mort voulut cueillir sa jeunesse dans sa fleur, elle éprouva dans sa nature les plus vives résistances, et n’eut pas le courage de se remettre entre les mains, toujours bonnes, de son Père céleste: elle ne voulait pas mourir encore! Elle n’en mourut pas moins; et la vénérable Mère Françoise, si fréquemment visitée par les âmes des défunts connut que celle-ci eut à expier par de longues souffrances son manque de soumission aux décrets de son Créateur.

Le Père Vincent Caraffa et le condamné

La Vie du Père Caraffa (Par le Père Bartoli. Rossign. Merv. 97. p.340) nous fournit un exemple plus consolant. Le P. Vincent Caraffa, général de la Compagnie de Jésus, fut appelé à préparer à la mort un jeune Seigneur condamné au dernier supplice et qui se croyait voué à la mort injustement. Mourir à la fleur de l’âge, quand on est riche, heureux, et que l’avenir nous sourit, c’est dur, il faut l’avouer; toutefois un criminel, en proie aux remords de sa conscience, pourrait s’y résigner et accepter le châtiment pour expier son forfait; mais un innocent!

Le Père avait donc une tâche difficile à remplir. Néanmoins, aidé de la grâce, il sut si bien prendre le malheureux, il lui parla avec tant d’onction des fautes de sa vie passée et de la nécessité de satisfaire à la divine justice, il lui fit si bien comprendre comment Dieu permettait ce châtiment temporel pour son bien, qu’il dompta sa nature révoltée et changea complètement les sentiments de son cœur. Le jeune homme, envisageant son supplice comme une expiation qui lui obtiendrait le pardon de Dieu, monta sur l’échafaud, non seulement avec résignation, mais avec une joie toute chrétienne. Jusqu’au dernier moment, jusque sous la hache du bourreau il bénissait en implorant sa miséricorde, à la grande édification du peuple qui assistait à son supplice.

Or, au moment où sa tête tombait, le Père Caraffa vit son âme monter triomphante au ciel. Il alla trouver aussitôt la mère du condamné, et, pour la consoler, il lui raconta ce qu’il avait vu. Il en était si transporté de joie, que, de retour dans sa cellule, il ne cessait de s’écrier: Oh! le bienheureux! oh! le bienheureux!

La famille voulait faire célébrer un grand nombre de messes pour le repos de son âme: « C’est superflu, répondit le Père; il faut plutôt remercier Dieu et nous réjouir: car je vous déclare que cette âme n’a pas même passé par le purgatoire. » – Un autre jour, qu’il était occupé à quelque travail, il s’arrêta tout à coup, changeant de visage et regardant vers le ciel comme s’Il y apercevait un spectacle merveilleux; puis on l’entendit s’écrier: 0 l’heureux sort l O l’heureux sort I Et comme son compagnon lui demandait l’expiation de ces paroles: Eh! mon Père, répondit-il, c’est l’âme du supplicié qui m’est apparue dans la gloire, Oh! que sa résignation lui a été profitable! »

La sœur Marie de Saint-Joseph et la Mère Isabelle

La sœur Marie de Saint-Joseph, une des quatre premières Carmélites qui embrassèrent la réforme de sainte Thérèse, était une religieuse de grande vertu. La fin de sa carrière approchait, et Notre-Seigneur voulant que sa sainte épouse fût reçue en triomphe dans le ciel aussitôt après son dernier soupir, acheva de purifier et d’embellir son âme par les souffrances, qui marquèrent la fin de sa vie.

Les quatre derniers jours qu’elle passa sur cette terre, elle perdit la parole et l’usage de ses sens; elle était en proie à une douloureuse agonie; les religieuses avaient le cœur navré de la voir en cet état. La mère Isabelle de Saint-Dominique, prieure du couvent, s’approchant de la malade, lui suggéra de faire beaucoup d’actes de résignation et d’abandon entre les mains de Dieu.

Sœur Marie de Saint-Joseph entendit et fit intérieurement ces actes, mais sans pouvoir donner aucun signe extérieur.

Elle mourut dans ces saintes dispositions et, le jour même de sa mort, tandis que la mère Isabelle entendait la messe, priant pour le repos de son âme, Notre-Seigneur lui montra Sa fidèle épouse couronnée de gloire, en lui disant: Elle est du nombre de ceux qui suivent l’Agneau, Marie de Saint Joseph de son côté, remercia la mère Isabelle de tout le bien qu’elle lui avait fait à l’heure de la mort. Elle ajouta que les actes de résignation, qu’elle lui avait suggérés, lui avaient mérité une grande gloire en paradis, et l’avaient exemptée des peines du purgatoire (Vie de la Mère Isabelle,l. 3. C. 7.).

Saint Jean de la Croix – Douceur de la mort des Saints

Quel bonheur de ne quitter cette misérable vie. Que pour entrer dans la vie véritable et bienheureuse! Tous nous pouvons avoir ce bonheur, en employant les moyens que Jésus-Christ dans sa miséricorde nous fournit pour satisfaire en ce monde et pour préparer parfaitement nos âmes à paraître devant lui. L’âme ainsi préparée est remplie à sa dernière heure de la plus douce confiance: elle a comme un avant-goût du ciel; elle éprouve ce que Saint Jean de la Croix a écrit de la mort d’un saint dans la Vive flamme de l’amour: Le parfait amour de Dieu, dit-il, rend la mort agréable, et y fait trouver les plus grandes douceurs. L’âme qui aime, est inondée d’un torrent de délices, lorsqu’elle voit approcher le moment où elle va jouir de la pleine possession de son Bien-Aimé. Sur le point d’être affranchie de la prison du corps qui se brise, il lui semble ‘qu’elle contemple déjà la gloire céleste, et que tout ce qui est en elle se transforme en amour.»

PROTESTATION DE L’AUTEUR.

Pour nous conformer au décret d’Urbain VIII Sanctissimum, du 15 mars 1525, nous déclarons que, si nous avons cité en ce livre des faits, que nous présentons comme surnaturels, on ne doit attacher à notre opinion qu’une autorité personnelle et privée; l’appréciation de ces sortes de faits appartenant à l’autorité suprême de l’Église.

Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 62, 63

Chapitre 62

Moyens d’éviter le purgatoire – Mortification chrétienne – Saint Jean Berchmans

Le troisième moyen de bien satisfaire en ce monde, c’est la pratique de la mortification chrétienne et l’obéissance religieuse.

Nous portons toujours dans nos corps la mortification de Jésus, dit l’Apôtre, afin que la vie de Jésus se manifeste aussi dans nos corps (II Cor.IV, 10). Cette mortification de Jésus que le chrétien doit porter en lui, c’est, dans un sens large, la part qu’il doit prendre aux souffrances de son divin Maître, en souffrant en union avec lui les, peines qui se rencontrent dans la vie, ou que l’on peut volontairement s’imposer.

La première et la meilleure mortification est celle s’attache à nos devoirs journaliers, la peine que nous devons prendre, l’effort que nous devons faire pour bien remplir tous les devoirs de notre état, et supporter les contrariétés de chaque jour. Lorsque S. Jean Berchmans disait que sa principale mortification était la vie commune, il ne disait pas autre chose, parce que la vie commune pour lui résumait tous les devoirs de son état.

Au reste, celui qui sanctifie les devoirs et les peines de chaque jour, et qui pratique ainsi la mortification fondamentale, ira bientôt plus loin, et s’imposera des privations et des peines volontaires, pour racheter les peines de l’autre vie.

Les moindres mortifications, les plus légers sacrifices, surtout quand ils se font par obéissance, sont d’un grand prix auprès de Dieu.

La Bienheureuse Émilie de Yerceil et la religieuse s’ennuyant au. Chœur

La bienheureuse Émilie, dominicaine, prieure du monastère de Sainte-Marguerite à Verceil, inspirait Il ses religieuses l’esprit d’obéissance parfaite, en vue du purgatoire. Un des points de la règle interdisait de boire hors des repas, Il moins d’une permission expresse de la supérieure. Or celle-ci, sachant, ce que nous avons vu plus haut, combien le sacrifice d’un verre d’eau a de valeur auprès de Dieu, avait pour pratique ordinaire de la refuser, afin de fournir à ses sœurs l’avantage d’une mortification facile; mais elle avait soin de leur adoucir ce refus en leur disant d’offrir leur soif Il Jésus, tourmenté d’une soif si cruelle sur la croix; elle leur conseillait aussi de souffrir cette peine légère en vue du purgatoire afin d’être moins tourmentées par les ardeurs des flammes expiatrices.

Il y avait dans sa communauté une sœur appelée Marie-Isabelle, qui avait l’esprit trop dissipé, aimait trop les conversations et autres distractions extérieures. Il en résultait qu’elle avait peu de goût pour la prière, qu’elle était négligente à l’office et s’acquittait à contrecœur de ce devoir capital. Aussi ne montrait-elle aucun empressement à se rendre au chœur; mais dès que l’office était fini, elle sortait la première. Un jour qu’elle s’en allait ainsi à la hâte et passait devant la stalle de la Prieure, celle-ci l’arrêta: « Où donc allez-vous si vite, ma bonne sœur 1lui dit-elle, et qui vous presse de sortir avant toutes les autres « La sœur, prise au dépourvu, garda d’abord respectueusement le silence; puis elle avoua avec humilité qu’elle s’ennuyait à l’office et qu’il lui paraissait bien long: – « C’est fort bien, reprit la Prieure; mais s’il vous en coûte tant de chanter, commodément assise, les louanges de Dieu au milieu de vos sœurs, comment ferez-vous dans le purgatoire, quand vous serez retenue au milieu des flammes. Pour vous épargner cette terrible épreuve, ma chère fille, je vous ordonne à l’avenir, de ne plus quitter votre ‘place que la dernière.

La sœur se soumit avec simplicité, comme une véritable enfant d’obéissance; elle en fut bien récompensée.

Le dégoût qu’elle avait éprouvé jusqu’alors pour des choses de Dieu la quitta et fit place à une dévotion pleine de douceur. De plus, comme Dieu le fit connaitre à la Bienheureuse Émilie, étant morte à quelque temps de là, elle obtient une grande diminution des peines qui l’attendaient dans l’autre vie: Dieu lui compta comme autant d’heures du purgatoire, les heures qu’elle avait passées dans la prière en esprit d’obéissance (Diario domenic. 3 mai. Cf. Mer ». 60.)

Chapitre 63

Moyens d’éviter le purgatoire – Les sacrements. – Les recevoir promptement – Effet médicinal de l’Extrême-onction

Nous avons indiqué comme quatrième moyen de satisfaire en ce monde, l’usage des sacrements, et surtout la réception sainte et chrétienne des derniers sacrements à l’approche de la mort.

Le divin Maître nous avertit dans l’Évangile de nous bien préparer à la mort, afin qu’elle soit précieuse à ses yeux et le digne couronnement d’une vie chrétienne. Son amour pour nous lui fait souhaiter ardemment, que nous sortions de ce monde pleinement purifié, débarrassé de toute dette envers Ia divine justice, et qu’en paraissant devant Dieu; nous soyons trouvés dignes d’être admis parmi les élus sans avoir besoin de passer par le purgatoire. C’est à cette fin que, d’ordinaire, il nous accorde, avant de mourir, les souffrances d’une maladie, et qu’il a institué des sacrements, pour nous aider à sanctifier ces souffrances et pour nous disposer parfaitement à paraître devant sa face.

Les sacrements qu’on doit recevoir en temps de maladie sont au nombre de trois: la confession, que l’on peut faire aussitôt que l’on veut; le saint Viatique et l’Extrême- Onction, que l’on peut recevoir dès qu’il y a danger de mort.’ Cette circonstance du danger de mort doit s’entendre largement et dans le sens d’une appréciation morale: il n’est pas nécessaire qu’il y ait un danger imminent de mourir, ou que tout espoir de guérison soi~ perdu; il ne faut pas même que le danger de mort soit certain, il suffit qu’il soit probable et prudemment supposé; lors même qu’il n’y aurait pas d’autre infirmité que la vieillesse (voir une brochure approuvée par tous les Évêques de Belgique et intitulée: Les médecins et les familles, Bruxelles, maison Gœmaere).

Les effets des sacrements bien reçus répondent à tous les besoins, à tous les désirs légitimes des malades, ces divins remèdes purifient l’âme de ses péchés et augmentent son trésor; de grâce sanctifiante; ils fortifient le malade et l’aident à supporter ses maux avec patience, à triompher des assauts du démon au moment suprême, et à faire généreusement à Dieu le sacrifice de sa vie.

– De plus, outre les effets qu’ils produisent, sur l’âme, les sacrements exercent la plus salutaire influence sur le corps. L’Extrême-onction surtout soulage le malade et adoucit ses douleurs; elle lui rend même la santé, si Dieu le juge, expédient pour son salut.

Les sacrements sont donc pour les fidèles un secours immense, un bienfait inestimable. Aussi n’est-il pas étonnant que l’ennemi des âmes mette tout en œuvre pour les priver d’un si grand bien. Ne pouvant enlever les sacrements à l’Église il tâche de les enlever aux malades, en faisant en sorte qu’ils ne les reçoivent pas, ou qu’ils les reçoivent tardivement et en perdent tous les avantages. Hélas! que d’âmes se laissent prendre dans ce piège!

Que d’âmes, pour n’avoir pas reçu promptement les sacrements, tombent en enfer, ou, du moins, dans les plus profonds abîmes du purgatoire!

Pour éviter ce malheur, le premier soin du chrétien, en cas de maladie, doit être de songer aux sacrements et de les recevoir le plus promptement possible.

Nous disons qu’il faut recevoir les sacrements promptement, tandis que le malade possède encore l’usage de ses facultés, et nous appuyons sur cette circonstance: en voici les raisons

1° En recevant les sacrements promptement, le malade ayant encore assez de forces pour s’y bien préparer, en recueillera tout le fruit.

2° Il a besoin d’être muni le plus tôt possible de ces divins secours, pour supporter les douleurs, vaincre les tentations, et sanctifier le précieux temps de la maladie.

3° Ce n’est qu’en recevant bien à temps les saintes Huiles, qu’il en peut ressentir les effets pour la guérison corporelle. Car il faut ici remarquer un point capital: le remède sacramentel de l’Onction sainte produit son effet sur la maladie, à la manière des remèdes médicaux. Semblable à un médicament exquis, il seconde la nature, dans laquelle il suppose encore une certaine vigueur; en sorte que l’Extrême-onction ne peut exercer sa vertu médicinale, quand la nature est trop affaiblie et la vie presque éteinte. Aussi, bien des malades succombent, parce qu’ils diffèrent jusqu’à l’extrémité de recevoir ce sacrement; tandis qu’il n’est pas rare de voir se guérir ceux qui se hâtent de le demander.

Saint Alphonse de Liguori

Saint Alphonse (Praxis confess, n. 274) parle d’un malade, qui ne reçut que fort tard Extrême-Onction, et mourut bientôt après.

Or, Dieu fit connaître, dit le saint Docteur, par voie de révélation, que s’il eût reçu ce Sacrement plus tôt, il aurait recouvré la santé.

Toutefois l’effet le plus précieux des derniers sacrements est celui qu’ils produisent sur l’âme: ils la purifient des restes du péché et lui ôtent, ou du moins diminuent ses dettes de peines temporelles, ils la fortifient pour supporter saintement les souffrances, ils la remplissent de confiance en Dieu et l’aident à accepter la mort des mains de Dieu, en union avec celle de Jésus-Christ.

Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 60, 61

Chapitre 60

Moyens d’éviter le purgatoire – Charité et miséricorde

Nous venons de voir le premier moyen d’éviter le purgatoire, une tendre dévotion envers Marie; le second moyen consiste dans la charité et les œuvres de miséricorde sous toutes les formes. Beaucoup de péchés lui sont remis, dit le Sauveur en parlant de Madeleine, parce qu’elle a beaucoup aimé (1), – Bienheureux ceux qui sont miséricordieux, parce qu’ils obtiendront miséricorde (2), – Ne jugez point et vous ne serez point jugés; ne condamnez point et vous ne serez pas condamnés; remettez, et il vous sera remis {3); – Si vous remettez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous remettra à vous aussi vos péchés (4), Donnez à quiconque vous demande; donnez et il vous sera donné: car on usera pour vous de la même mesure dont vous aurez usé pour les autres (0) – Faites-vous des amis avec les richesses de l’iniquité, afin que, lorsque vous viendrez à quitter ce monde, ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels (6), – Et le Saint-Esprit dit par la bouche du Prophète-Roi:,11eureux celui qui s’occupe du pauvre et de l’indigent: au jour mauvais le Seigneur le délivrera (7).

Toutes ces paroles indiquent clairement que la charité, la miséricorde, la bienfaisance, soit, envers les pauvres, soit envers les pécheurs, soit envers les ennemis et ceux qui nous font du mal, soit enfin envers les défunts qui sont dans une si grande nécessité, nous fera trouver miséricorde au tribunal du souverain Juge.

Le prophète Daniel et le roi de Babylone

Les riches de ce monde ont beaucoup à craindre: Malheur à vous, riches, dit le Fils de Dieu, parce que vous avez votre consolation. Malheur à vous qui êtes rassasiés, parce que vous aurez faim. Malheur à vous qui riez maintenant, parce que vous gémirez et vous pleurerez (Luc, VI, 24). Certes ces paroles d’un Dieu doivent faire trembler les heureux du siècle; mais s’ils veulent, ils ont dans leurs richesses même une grande ressource de salut: ils peuvent racheter leurs péchés et leurs terribles dettes par de généreuses aumônes. Que mon conseil ô roi, dit Daniel à l’orgueilleux Nabuchodonosor, vous soit agréable: rachetez vos péchés par l’aumône, et vos iniquités: par la miséricorde envers les pauvres (Dan, IV, 24). – Car l’aumône, dit Tobie à son fils, délivre de tout péché et de la mort, et elle ne laissera point l’âme aller dans les ténèbres. L’aumône sera une grande confiance devant le Dieu Très-Haut, pour tous ceux qui l’auront faite (Tob IV, 11). – Le Sauveur confirme tout cela, et il va presque plus loin, lorsqu’il dit aux Pharisiens: Toutefois, faites l’aumône de ce que vous avez, et tout sera pur pour vous (Luc, XI, 41).

Quelle n’est donc pas la folie des riches qui ont en main un moyen si facile d’assurer leur avenir, et ne songent pas à l’employer? Quelle folie de ne pas faire bon usage d’une fortune dont il faudra rendre compte à Dieu?

Quelle folie d’aller brûler en enfer ou en purgatoire pour laisser une fortune à des héritiers avides et ingrats, qui ne donneront au défunt peut-être pas une prière, ni une larme, ni même un souvenir!

Saint Pierre Damien et Jean Patrizzi

Ils sont mieux avisés ces chrétiens, qui comprennent qu’ils ne sont devant Dieu que les dispensateurs des biens qu’ils ont reçus de lui; qui ne songe qu’à en disposer selon les vues mêmes de Jésus-Christ à qui ils en devront tendre compte; qui enfin s’en servent pour se faire des amis, des défenseurs, des protecteurs (dans l’éternité. Voici ce que rapporte Saint Pierre Damien dans un de ses opuscu1es (opusc. 34). Un Seigneur romain appelé Jean Patrizzi, venait de mourir. Sa vie, quoique chrétienne, avait été comme celle de la plupart des riches, fort différente de celle du divin Maitre, pauvre, souffrant, couronné d’épines; mais heureusement, il s’était montré fort charitable pour les indigents, allant parfois jusqu’à se dépouiller de ses vêtements pour les couvrir. Peu de jours après sa mort, un saint prêtre étant en prière, fut ravi en esprit et transporté dans la basilique de Sainte-Cécile, l’une des plus célèbres de Rome. Là il aperçut une troupe de célestes vierges, sainte Cécile, sainte Agnès, sainte Agathe et autres, qui se groupèrent autour d’un trône magnifique où vint s’asseoir la Reine des Cieux environnée d’une cour nombreuse d’anges et de bienheureux.

En ce moment parut une pauvre petite femme, vêtue d’une méchante robe, mais ayant sur les épaules une fourrure précieuse. Elle se mit humblement aux pieds de la céleste Reine, joignant les mains, les yeux pleins de larmes, et dit en soupirant: « Mère des miséricordes, au nom de votre ineffable bonté. Je vous supplie d’avoir pitié du malheureux Jean Patrizi, qui vient de mourir et qui souffre cruellement dans le purgatoire.

– Trois fois elle répéta la même prière, y mettant chaque fois plus de ferveur, mais sans recevoir, aucune réponse. Enfin, élevant encore la voix, elle ajouta: « Vous avez bien, ô très-miséricordieuse Reine, que je suis cette mendiante qui, à la porte de votre grande basilique, demandait l’aumône dans le cœur de l’hiver, sans autre vêtement qu’un misérable haillon. Oh! comme je tremblais de froid! C’est alors que Jean, imploré par moi au nom de Notre-Dame, ôta de ses épaules et me donna cette précieuse fourrure, s’en privant lui-même pour me couvrir. Une si grande charité, faite en votre nom, ô Marie, ne mérite-t-elle pas quelque indulgence? »

À cette touchante requête, la Reine du Ciel jeta sur la suppliante un regard plein d’amour. « L’homme pour lequel tu pries, lui répondit-elle, est condamné pour longtemps à de rudes souffrances à cause de ses nombreux péchés. Mais comme il a eu deux vertus spéciales, la miséricorde envers les pauvres et la dévotion pour mes autels, je veux user de condescendance en sa faveur. »

À ces paroles toute la sainte assemblée témoigna sa joie et sa reconnaissance envers la Mère de miséricorde.

Patrizzi fut amené: il était pâle, défiguré, chargé de chaînes qui lui déchiraient les membres. La Vierge le regarda un moment avec une tendre compassion, puis ordonna de lui ôter ses chaînes et de lui donner des vêtements de gloire, afin qu’il pût se joindre aux saints et bienheureux qui environnaient son trône. Cet ordre fut exécuté à l’instant, et tout disparut.

Le saint prêtre qui avait joui de cette vision, à partir de ce moment, ne cessa plus de prêcher la clémence de Notre-Dame envers les pauvres âmes souffrantes, surtout envers celles qui ont eu une grande dévotion pour son culte et une grande charité pour les pauvres (Ross. Merv.12 p.327).

Chapitre 61

Moyens d’éviter le purgatoire – La charité – La Bienheureuse Marguerite et les âmes souffrantes

Parmi les révélations que le Sauveur a faites à la Bienheureuse Marguerite Marie touchi1nt le purgatoire, il en est une qui fait connaître les peines particulièrement sévères infligées pour le manque de charité. Un jour, raconte, Mgr Languet, Notre-Seigneur montra à sa Servante une quantité d’âmes souffrantes, privées du secours de la Sainte Vierge et des Saints, et même de la visite de leurs anges gardiens: c’était, lui dit le divin Maître, la punition de leur manque d’union avec leurs supérieurs, et de certaines mésintelligences. Plusieurs de ces âmes étaient destinées à rester longtemps dans d’horribles flammes. La Bienheureuse reconnut aussi beaucoup d’âmes qui avaient vécu dans la religion, et qui, à cause de leur manque d’union et de charité envers leurs frères, étaient privées de leurs suffrages et n’en recevaient aucun secours.

S’il est vrai que le Seigneur punit sévèrement les âmes qui ont oublié la charité; il sera d’une miséricorde ineffable pour celles qui auront pratiqué cette vertu de son Cœur. Ayez surtout, nous dit-il, par la bouche de son Apôtre S. Pierre. Ayez surtout une charité persévérante, les uns pour les autres; car la charité couvre la multitude des péchés (1 Pet. IV, 8.). – Écoutons encore Mgr Languet dans la Vie de la Bienheureuse Marguerite Marie.

C’est la Mère Greffier, dit-il, qui, dans le mémoire qu’elle a écrit sur la Bienheureuse après sa mort, atteste le fait suivant. Je ne puis l’omettre à cause des circonstances particulières qui ont manifesté la vérité de la révélation, faite en cette circonstance à la servante de Dieu.

La novice et son père

Le père d’une des novices en fut l’occasion. Ce gentilhomme était décédé récemment, et on le recommanda aux prières de la communauté, La charité de Sœur Marguerite, alors maitresse des novices l’engagea à prier plus particulièrement pour lui.

La novice vint encore quelques jours après le recommander à ses prières. « Ma fille, lui dit alors sa sainte maitresse, tenez-vous en repos: votre père est en état de nous faire part de ses prières sans avoir besoin des nôtres. – Elle ajouta: « Demandez à Madame votre mère quelle est l’action généreuse que fit son mari avant sa mort: cette action lui a rendu le jugement de Dieu favorable.

L ‘action dont parlait la servante de Dieu était ignorée de la novice: personne à Paray ne connaissait les circonstances d’une mort arrivée loin de cette ville. La novice ne vit sa mère qu’assez longtemps après, le jour de sa profession. Elle demanda alors quel était cet acte de générosité chrétienne que son père avait fait avant de mourir.

« Lorsqu’on lui apporta le saint Viatique, répondit sa mère, le boucher de la ville se joignit à ceux qui accompagnaient le Saint-Sacrement, et se mit dans un coin de la chambre. Le malade l’ayant aperçu l’appela par son nom, lui dit de s’approcher, et lui serrant amicalement la main avec une humilité peu commune dans les gens de condition, il lui demanda pardon pour quelques paroles trop dures qu’il lui avait dites quelque temps auparavant, et il voulut que tout le monde fût témoin de la satisfaction qu’il lui en faisait. » – Sœur Marguerite avait appris de Dieu seul ce qui s’était passé dans cette circonstance; et la novice, connut par-là la vérité si consolante de ce qu’elle lui avait dit touchant l’heureux état de son père.

Ajoutons que Dieu, par cette révélation, a voulu nous montrer une fois de plus que la charité couvre la multitude des péchés et nous fera trouver indulgence au jour de la justice.

Une âme qui avait souffert sans se plaindre.

La Bienheureuse Marguerite reçut du divin Maître une autre communication relative à la charité, II lui montra l’âme d’une défunte dont l’expiation ne devait être que peu rigoureuse; et il lui dit, qu’entre toutes les bonnes œuvres que cette personne avait faites, il avait eu particulièrement égard à certaines humiliations qu’elle avait subies dans le monde: parce qu’elle les avait souffertes en esprit de charité, non seulement sans se plaindre, mais même sans en parler; le divin Maître ajouta que pour, récompense, il lui avait été doux et favorable à son jugement.

Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 58, 59

Chapitre 58

Moyens d’éviter le purgatoire – Privilèges du saint Scapulaire.  La Sabbatine

D’après ce qui précède, la Sainte Vierge a attaché au saint scapulaire deux grands privilèges; de leur côté les Souverains-Pontifes y ont ajouté les plus riches indulgences. Nous ne dirons rien ici des indulgences; mais nous croyons utile de faire bien connaître les deux privilèges précieux connus, l’un sous le nom de la préservation, l’autre sous celui de la délivrance ou de la sabbatine.

Le premier est l’exemption des peines de l’enfer: ln hoc moriens œternum non patietur incendium, celui qui mourra avec cet habit, ne souffrira lilas le feu de l’enfer.

Il est évident que ceux qui mourraient en état de péché mortel, même revêtus du scapulaire, ne seraient point exempts de la damnation; et tel n’est pas le sens de la promesse de Marie, Cette Bonne Mère a promis de disposer miséricordieusement les choses de manière que ceux qui meurent revêtus de ce saint habit, auront une grâce efficace pour se confesser dignement et pleurer leurs fautes; ou que, s’ils sont surpris par une mort subite, ils auront le temps et la volonté de faire un acte de contrition par- faite. On ferait un volume des faits miraculeux qui témoignent de l’accomplissement de cette promesse, contentons-nous d’en citer l’un ou l’autre.

Le vénérable Père de la Colombière

Le Vénérable Père Claude de la Colombière rapporte qu’une jeune personne pieuse d’abord, et portant le saint scapulaire; eut le malheur de s’éloigner du bon chemin, par suite de lectures imprudentes et de la fréquentation de compagnies dangereuses, elle fut entraînée dans de graves désordres et allait tomber dans le déshonneur. Au lieu de se tourner vers Dieu et de recourir à la Sainte Vierge, qui est le refuge des pécheurs, elle s’abandonna à un sombre désespoir. Le démon lui suggéra bientôt un remède à ses maux, l’affreux remède du suicide, qui devait la soustraire à ses misères temporelles en la plongeant dans les supplices éternels. Elle courut donc à la rivière, et revêtue encore de son scapulaire elle se précipita dans les eaux. Chose étonnante, elle surnagea au lieu d’enfoncer, et ne trouvait point la mort qu’elle cherchait. Un pêcheur qui l’aperçut voulut accourir pour la sauver; mais la malheureuse le prévint, elle ôta son scapulaire, le jeta loin d’elle, et s’enfonça aussitôt. Le pêcheur ne put la sauver, mais il trouva le scapulaire et reconnut que cette livrée sacrée avait d’abord empêché cette pécheresse de mourir dans l’acte de son criminel suicide.

Hôpital de Toulon

À l’hôpital de Toulon se trouvait un officier fort impie qui refusait de voir le prêtre. Il approchait de la mort et tomba dans une sorte de léthargie. On profita de cet état pour lui mettre un scapulaire, à son insu. Il revint bientôt à lui et dit avec fureur: « Pourquoi avez-vous mis du feu sur moi, un feu qui me brûle? Ôtez-le, ôtez-le. » – On enleva le saint habit, et le moribond retomba dans son assoupissement. On invoqua la Sainte Vierge et on essaya encore une fois de revêtir ce malheureux pécheur de son saint habit. Il s’en aperçut, l’arracha avec rage, el l’ayant jeté loin de lui en blasphémant, il expira.

Le second privilège, celui de la sabbatine ou de la délivrance, consiste a être délivré du purgatoire par la Sainte Vierge le premier samedi après la mort. Pour jouir de ce privilège il faut observer certaines conditions, savoir: 1- Garder la chasteté propre à son état. 2- Réciter le petit office de la Sainte Vierge. Ceux qui récitent l’office canonial satisfont par-là même, ceux qui ne savent pas lire, doivent à la place de l’office, observer les jeûnes prescrits par l’Église et faire maigre tous les mercredis, vendredis et samedis. 3° En cas de nécessité, l’obligation de l’office, l’abstinence et le jeûne, peuvent être commués en d’autres œuvres pieuses par ceux qui en ont le pouvoir.

Tel est le privilège de la délivrance avec les conditions pour en jouir. Si l’on se rappelle ce qui a été dit plus haut des rigueurs du purgatoire et de sa durée, on trouvera que ce privilège est bien précieux et les conditions bien faciles.

Nous savons que des doutes ont été soulevés sur l’authenticité de la Bulle sabbatine; mais, outre la tradition constante et la pieuse pratique des fidèles, le grand Pape Benoît XIV, dont.la science éminente et la modération doctrinale sont connues, se prononce en sa faveur.

Sainte Thérèse

De plus, les Annales des Carmes rapportent des faits miraculeux en grand nombre, qui confirment la promesse faite par la Reine des Cieux, l’illustre sainte Thérèse, dans un de ses ouvrages, dit avoir vu une âme délivrée le premier samedi, pour avoir fidèlement observé pendant sa vie les conditions de la sabbatine.

Chapitre 59

Une dame d’Otrante

A Otrante, ville du royaume de Naples, une Dame de la haute société éprouvait le plus sensible bonheur à suivre les prédications d’un Père Carme, grand promoteur de la dévotion envers Marie. Il assurait à ses auditeurs que tout chrétiens portant pieusement le scapulaire et observant les pratiques prescrites, rencontrerait la divine Mère au sortir de la vie, et que cette grande consolatrice des affligés viendrait, le samedi suivant; le délivrer de toute souffrance pour l’emmener avec elle au séjour de la gloire. Frappée de si précieux avantages, cette dame prit aussitôt l’habit du saint!) Vierge, fermement résolue d’observer fidèlement les règles de la confrérie. Sa piété prit de grands accroissements: elle priait Marie jour et nuit, mettant en elle toute sa confiance, lui rendant toutes sortes d’hommages: Entre autres faveurs qu’elle lui demandait, elle implorait celle de mourir un samedi, afin d’être aussitôt délivrée du purgatoire. Elle fut exaucée.

Quelques années après, étant tombée malade, malgré l’assurance contraire des médecins, elle déclara que son mal était grave et la conduirait à la mort. « J’en bénis Dieu, ajouta-t-elle, dans l’espérance d’être bientôt avec lui. » – Sa maladie fit en effet de tels progrès, que les médecins la jugèrent sur le point de mourir, et déclarèrent à l’unanimité qu’elle ne passerait pas le jour, qui était un mercredi. Vous vous trompez encore, dit la malade, je vivrai trois jours de plus, et ne mourrai que samedi.

L’événement justifia sa parole. Regardant les jours de souffrances qui lui restaient comme un trésor inestimable, elle en profita pour se purifier et augmenter ses mérites.

Le samedi venu, elle rendit l’âme à son Créateur. Sa fille, très-pieuse aussi, était inconsolable de la perte qu’elle avait faite. Comme elle priait dans son oratoire pour l’âme de sa chère mère, et qu’elle versait d’abondantes larmes, un grand serviteur de Dieu, favorisé habituellement de communications surnaturelles vint la trouver et lui dit: « Cessez de pleurer, mon enfant ou plutôt, que votre tristesse se change en joie. Je viens vous assurer de la part de Dieu, qu’aujourd’hui samedi, grâce au privilège accordé aux confrères du saint Scapulaire, votre mère est montée au ciel et a été admise parmi les élus. Consolez-vous donc et bénissez l’auguste Vierge Marie, Mère des miséricordes. »

Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 56, 57

Chapitre 56

Avantages – Stimulant de ferveur – Nous précautionner – Probabilité d’aller en purgatoire – Moyens de s’y soustraire – Emploi de ces moyens

Si de saints religieux passent par le purgatoire, quoique sans s’y arrêter, n’avons-nous pas à craindre d’y passer à notre tour et même de nous y arrêter plus ou moins longtemps? Pouvons-nous nous endormir dans une sécurité qui serait au moins imprudente? Notre foi et notre conscience nous disent assez que la crainte est ici bien fondée. Je vais plus loin, cher lecteur, et je dis, qu’avec un peu de réflexion, vous avouerez vous-même, qu’il est très-probable et presque certain que vous irez en purgatoire. N’est-il pas vrai qu’en sortant de la vie, votre âme entrera dans un des trois séjours que la foi nous montre: l’enfer, le ciel, le purgatoire ? Irez-vous en enfer? Ce n’est pas probable: parce que, vous avez en horreur le péché mortel, et que pour rien au monde vous ne voudriez le commettre ou le garder sur votre conscience, après l’avoir commis.

Irez-vous droit au ciel? Vous répondez aussitôt que vous vous sentez bien indigne d’une telle faveur. – Il reste donc le purgatoire, et vous devez avouer qu’il est très probable, presque certain que vous entrerez dans le séjour des expiations.

En mettant sous vos yeux cette grave situation ne croyez pas, cher lecteur, que nous voulions vous effrayer ou vous ôter l’espérance d’entrer au ciel sans purgatoire.

Au contraire, cette espérance doit rester au fond de nos cœurs, elle est conforme à l’esprit de Jésus-Christ, qui ne désire nullement que ses disciples aient besoin des expiations futures. Il a même institué des sacrements et établi toutes sortes de moyens pour les aider à satisfaire pleinement en ce monde. Mais ces moyens sont trop peu employés; et c’est surtout une crainte salutaire qui stimule les âmes afin qu’elles les emploient.

Or, quels sont les moyens que nous avons, d’éviter ou du moins d’abréger d’avance et d’adoucir la rigueur de notre purgatoire? Ce sont évidemment les exercices et les œuvres qui nous aideront le mieux à satisfaire en ce monde et à trouver miséricorde auprès de Dieu, savoir les suivants: La dévotion envers la sainte Vierge Marie et la fidélité à porter son scapulaire; la charité envers les vivants et les morts; la mortification et l’obéissance; la pieuse réception des sacrements, surtout à l’approche de la mort; la confiance en la divine miséricorde; et enfin la sainte acceptation de la mort en union avec la mort de Jésus-Christ sur la croix.

Ces moyens sont assez puissants pour nous préserver du purgatoire; mais il faut les employer. Or pour les employer sérieusement et avec persévérance, une condition est nécessaire: c’est de former la ferme résolution de satisfaire en ce monde plutôt qu’en l’autre. Cette résolution doit être basée sur la foi, qui nous montre combien la satisfaction est légère en cette vie, combien elle est terrible au purgatoire. Hâtez-vous, dit Jésus-Christ, de vous réconcilier avec votre adversaire pendant que vous êtes en chemin avec lui; de peur que votre adversaire ne vous livre au Juge, et que le juge ne vous livre à son ministre, et que vous ne soyez envoyé en prison. En vérité je vous le dis, vous ne sortirez pas de là, que vous n’ayez payé jusqu’à la dernière obole (Matth. V, 21).

Se réconcilier avec son adversaire pendant le chemin, signifie, dans la bouche du Sauveur, apaiser la divine justice et satisfaire pendant le chemin de la vie, avant d’arriver au terme immobile, à cette éternité où toute pénitence est impossible et où il faudra subir les rigueurs de la justice. Ce conseil du Sauveur n’est-il pas sage?

Sainte Catherine de Gènes

Peut-on sans folie porter au tribunal de Dieu une dette énorme que l’on aurait acquittée facilement par quelques œuvres de pénitence, et qu’il faudra payer alors par des années de supplices? Celui, dit Sainte Catherine de Gênes, qui se purifie de ses fautes dans la vie présente, satisfait avec un sou à une dette de mille ducats; et celui qui attend, pour s’acquitter, jusqu’aux jours de l’autre vie, se résigne à donner mille ducats pour ce qu’il aurait payé avec un sou en temps opportun.

Il faut donc commencer par la résolution, solide et efficace, de satisfaire en ce monde: c’est la pierre fondamentale. Ce fondement bien affermi, on s’appliquera à employer les moyens énumérés plus haut.

Chapitre 57

Moyens d’éviter le purgatoire – Grande dévotion à la Sainte Vierge – Le Père Jerôme Carvalho. Sainte Brigitte

Un serviteur de Dieu résumait ces moyens et les réduisait à deux en disant, que nous purifions nos âmes par l’eau et par le feu: il voulait dire, par l’eau des larmes et de la pénitence, parole feu de la charité et des bonnes œuvres – On peut en effet tout ramener à ces deux exercices, et cette théorie est conforme à l’Écriture, où nous voyons que les âmes sont lavées de leurs souillures et purifiées comme l’or dans la fournaise. Mais comme nous devons moins chercher les théories que la pratique, suivons la méthode que nous avons indiquée, et qui est pratiquée avec succès par les saints et les fidèles fervents.

D’abord pour obtenir une grande pureté d’âme et par conséquent pour n’avoir pas beaucoup à redouter le purgatoire, il faut avoir une grande dévotion à la très sainte Vierge Marie. Cette bonne Mère aidera tellement ses chers enfants à préparer leurs âmes, et à leur adoucir le purgatoire, qu’ils peuvent se reposer dans la plus grande confiance. Elle veut du reste elle-même qu’ils ne se troublent pas a ce, sujet, qu’ils ne se livrent pas à des craintes excessives, comme elle daigne le déclarer à son serviteur Jérôme Carvalho, dont nous avons parlé plus haut: Rassurez-vous, mon fils, lui dit-elle, je suis la Mère de miséricorde pour mes chers enfants du purgatoire, aussi bien que pour ceux qui vivent sur la terre. – Dans les Révélations de sainte Brigitte, nous lisons quelque chose de semblable: Je suis, dit la Vierge à cette Sainte, la Mère de tous ceux qui sont dans le lieu de l’expiation; mes prières adoucissent les châtiments qui leur sont infligés pour leurs fautes (Liv. 4, chap. 1.).

Le scapulaire du Mont Carmel

Ceux qui portent saintement le Scapulaire; ont un droit spécial à la protection de Marie. La dévotion du saint Scapulaire consiste, non en une manière de prier comme le saint Rosaire; mais dans la pieuse pratique de porter une sorte de vêtement, qui est comme la livrée de la Reine des cieux.

Le scapulaire de Notre-Dame du Mont-Carmel, dont nous parlons ici, remonte pour son, origine au XIII siècle, et fut prêché d’abord par le Bienheureux Simon Stock, cinquième Général de l’Ordre des Carmes. Ce célèbre serviteur de Marie, né au comté.de Kent en Angleterre, l’année 1180, se retira jeune encore dans une forêt solitaire pour y vivre dans la prière et la pénitence. II choisit pour demeure le creux d’un arbre, où il attacha un crucifix et une image de la sainte Vierge, qu’il honorait comme sa Mère, et qu’il ne cessait d’invoquer avec le plus tendre amour. Depuis douze ans il la suppliait de lui faire connaître ce qu’il pourrait faire de plus agréable à elle et à son divin fils, lorsque la Reine des cieux lui dit d’entrer dans l’Ordre du Carmel, particulièrement dévoué à son culte. Simon obéit, et, sous la protection de Marie, devint un religieux exemplaire, l’ornement de l’Ordre des Carmes, dont il fut élu supérieur général en 1245. Un jour, c’était le 16 juillet 1251, la sainte Vierge lui apparut, entourée d’une multitude d’esprits célestes, et le visage rayonnant de joie. Elle lui présenta un scapulaire de couleur brune en disant: « Reçois, mon cher fils, ce scapulaire de ton Ordre: c’est le signe de ma confrérie et la marque du privilège que j’ai obtenu pour toi et pour les confrères du Carmel. Quiconque mourra, pieusement revêtu de cet habit, sera préservé des feux éternels. C’est un signe de salut, une sauvegarde dans les périls, le gage d’une paix et d’une protection spéciales jusqu’à la fin des siècles. »

L’heureux vieillard publia partout la grâce qu’il avait obtenue, montrant le scapulaire, guérissant des malades et opérant d’autres miracles, comme preuve de sa merveilleuse vision. Aussitôt Édouard 1er, roi d’Angleterre, saint Louis IX, roi de France, et à leur exemple presque tous les Souverains de l’Europe, ainsi qu’un grand nombre de leurs sujets, prirent le saint habit. C’est alors que commença la célèbre Confrérie du Scapulaire, qui fut, bientôt après; canoniquement ratifiée par le Saint-Siège.

Non contente d’avoir accordé ce premier privilège, Marie fit une autre promesse à l’avantage des associés du scapulaire, en les assurant d’une prompte délivrance des peines du purgatoire. Environ cinquante’ ans après la mort du B.Simon » l’illustre Pontife Jean XXII faisant oraison de grand matin,’ vit apparaître la Mère de Dieu,’ environnée de lumière et portant l’habit du Carme., Elle lui dit entre autres choses: Si, parmi les religieux ou les confrères du Carmel, il s’en trouve que leurs fautes conduisent en purgatoire, je descendrai au milieu d’eux comme une tendre Mère; le samedi après leur mort; je délivrerai de leurs peines ceux qui s’y trouvent, et je les conduirai sur la montagne sainte de la vie éternelle. »

C’est en ces termes que le Pontife fait parler Marie, dans la célèbre Bulle du 3 mars 1322, appelée communément Bulle sabbatine, il la termine par ces paroles: « J’accepte donc cette sainte indulgence, je la ratifie et la confirme sur la terre, comme Jésus-Christ l’a gracieusement accordée dans les cieux par les, mérites de la Très-Sainte Vierge. Ce privilège a été confirmé dans la suite par un grand nombre de Bulles et de Décrets des Souverains Pontifes.

Telle est la dévotion du saint Scapulaire, Elle est sanctionnée par la pratique des âmes pieuses dans toute la chrétienté, par le témoignage de vingt-deux Papes, par les écrits d’un nombre incalculable de savants auteurs, et par des miracles multipliés depuis 600 ans; de telle sorte, dit l’illustre Benoit XIV, que celui qui oserait révoquer en doute la solidité de la dévotion au scapulaire; ou nier ses privilèges, serait un contempteur orgueilleux de la religion. »

Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 50, 51

Chapitre 50

Avantages – prières des âmes pour nous – Suarez

Nous venons de parler de la reconnaissance des âmes; elles la témoignent parfois d’une manière très visible, comme nous avons vu; mais le plus souvent elles l’exercent invisiblement par leurs prières. Les âmes prient pour nous, non seulement quand après leur délivrance elles sont avec Dieu dans le ciel; mais déjà dans le lieu de leur exil et au milieu de leurs souffrances. Quoiqu’elles ne puissent prier pour elles-mêmes, elles obtiennent par leurs supplications de grandes grâces pour nous. Tel est l’enseignement exprès de deux illustres Théologiens, Bellarmin et Suarez. Il Ces âmes sont saintes, dit Suarez (1), et chères à Dieu; la charité les porte à nous aimer, et elles savent, au moins d’une manière générale, à quels périls nous sommes exposés, quel besoin nous avons du secours divin. Pourquoi et donc ne prieraient-elles pas pour leurs bienfaiteurs? 1)

Pourquoi? Mais, répondra-t-on, parce qu’elles ne les connaissent pas. Dans leur sombre séjour et au milieu de leurs tourments, comment savent-elles quels sont ceux qui les aident par leurs suffrages?

A cette objection on peut répondre d’abord, que les âmes ~entent au moins le soulagement qu’elles reçoivent, et le secours qui leur est donné; cela suffit, lors même, qu’elles ignoreraient d’où il leur vient, pour appeler les bénédictions du ciel sur leurs bienfaiteurs, quels qu’ils soient, et qui sont connus de Dieu.

Mais, de fait, ne savent-elles pas de qui leur vient l’assistance dans leurs peines? Leur ignorance en ce point n’est nullement prouvée, et de fortes raisons insinuent que cette ignorance n’existe pas. Leur ange gardien qui demeure avec elles pour leur donner toutes les consolations en son pouvoir, les priverait-il d’une connaissance si consolante? Ensuite, cette connaissance n’est-elle pas bien, conforme au dogme de la communion des saints? Le commerce qui existe entre nous et l’Église souffrante ne sera-t-il pas d’autant plus parfait qu’il sera réciproque et que les âmes connaîtront mieux leurs bienfaiteurs?

Sainte Brigitte

Cette doctrine se trouve confirmée par une foule de révélations particulières et par la pratique de plusieurs saints personnages. Nous avons dit déjà que sainte Brigitte, dans un de ses ravissements, entendit plusieurs de ces âmes dire à haut~ voix: « Seigneur, Dieu tout-puissant, rendez le centuple à ceux qui nous assistent par leurs prières, et qui vous offrent des bonnes œuvres pour nous faire jouir de la lumière de votre divinité. »

Sainte Catherine de Bologne – Le vénérable Vianney

On lit dans la vie de sainte Catherine dé Bologne (1), qu’elle avait une dévotion pleine de tendresse pour les âmes du purgatoire; qu’elle priait pour elles souvent et avec beaucoup de ferveur; qu’elle se recommandait à elles avec grande confiance dans ses besoins spirituels, et qu’elle engageait les autres à le faire, en leur disant: « Quand je veux obtenir quelque grâce de notre Père du ciel, j’ai recours aux âmes qui sont détenues dans le purgatoire: je les supplie de présenter à la divine majesté ma requête en leur nom, et je sens que je suis exaucée par leur entremise. » – Un saint prêtre de notre temps, dont la cause de béatification est commencée à Rome, le vénérable Vianney, curé d’Ars, disait à un ecclésiastique qui le consultait: « Oh! si l’on savait combien grande est la puissance des bonnes âmes du purgatoire sur le cœur de Dieu, et si l’on connaissait bien toutes les grâces que nous pouvons obtenir par leur intercession, elles ne seraient pas tant oubliées. Il faut bien prier pour elles, afin qu’elles prient bien pour nous. »

Cette dernière parole du vénérable Vianney indique la vraie manière de recourir aux âmes du purgatoire: il faut les aider pour obtenir en retour leurs prières et les effets de leur reconnaissance: n faut bien prier pour elles, afin qu’elles prient bien pour nous. Il ne s’agit donc pas de les invoquer comme on invoque les Saints du paradis; tel n’est pas l’esprit de l’Église, qui avant tout, prie pour les défunts et les aide par ses suffrages. Mais il n’est nulle- ment contraire à l’esprit de l’Église, ni à la piété chrétienne de procurer des secours aux âmes dans l’intention d’obtenir en retour par leurs prières les faveurs qu’on désire. Ainsi c’est chose louable et pieuse d’offrir une messe pour les défunts quand on a besoin d’une grâce particulière.

Si la prière des âmes est si puissante quand elles sont encore dans les souffrances, on conçoit aisément qu’elle le sera bien davantage,’ quand, entièrement purifiées, elles seront devant le trône de Dieu.

Chapitre 51

Avantages – Reconnaissance du divin Époux des âmes

Si les âmes sont reconnaissantes envers leurs bienfaiteurs, Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui aime ces âmes, qui reçoit comme fait à lui-même tout le bien qu’on leur procure, ne rendra pas un moindre retour, souvent dès cette vie, et toujours en l’autre. Il récompense ceux qui font miséricorde, et il punit ceux qui oublient de la faire aux âmes souffrantes.

La venérable Archangèle Panigarola et son père Gothard

Voyons d’abord un exemple de châtiment. La vénérable Archangèle Panigarola, religieuse Dominicaine, prieure du monastère de Sainte-Marthe, à Milan, avait un zèle extraordinaire pour le soulagement des âmes du purgatoire. Elle priait et faisait prier pour toutes ses connaissances, et même pour les inconnus, dont la mort lui était annoncée. Son père Gothard, qu’elle aimait tendrement, était un de ces chrétiens du monde qui ne s’occupent guère de prier pour les défunts. Il vint à mourir, et Archangèle désolée, comprenant qu’elle devait à ce cher défunt moins de larmes que de prières, forma la résolution de le recommander à Dieu par des suffrages tout particuliers. Mais, chose étonnante cette résolution n’eut presque aucun effet: cette fille si pieuse et si dévouée à son père, fit peu de chose pour son âme: Dieu permettait que, malgré ses saintes résolutions, elle la perdit constamment de vue pour s’occuper des autres. Enfin un événement inattendu vint lui donner l’explication de cet oubli étrange et exciter sa dévotion en faveur de son père.

Le jour de la Fête des morts, elle s’était renfermée dans sa cellule, s’occupant uniquement d’exercices de piété et de pénitence pour les âmes. Tout d’un coup son ange gardien lui apparaît, la prend par la main et la conduit en esprit en purgatoire. Là parmi les âmes qu’elle aperçut, elle reconnut celle de son père, plongée dans un étang d’eau glacée. A peine Gothard a-t-il vu sa fille, que, se soulevant vers elle, il lui reproche en gémissant de l’abandonner dans ses souffrances, tandis qu’elle a tarît de charité pour les autres, tandis qu’elle ne cesse de soulager et de délivrer des âmes qui lui sont étrangères.

Archangèle demeura interdite à ces reproches qu’elle reconnaissait mériter; bientôt répandant un torrent de larmes, elle répondit avec des sanglots: Je ferai, ô mon bien-aimé père, tout ce que vous me demandez: plaise au Seigneur que mes supplications vous délivrent au plus tôt. » – Cependant elle ne pouvait revenir de son étonnement, ni comprendre comment elle eut ainsi oublié un père bien-aimé. Son ange l’ayant ramenée, lui dit que cet oubli avait été l’effet d’une disposition de la justice divine. « Dieu l’a permis, dit-il, en punition du peu de zèle que votre père a eu durant sa vie pour Dieu, pour son âme et pour celles de son prochain. Vous l’avez vu tourmenté et transi d’un froid insupportable dans un lac de glace: c’est le châtiment de sa tiédeur au service de Dieu et de son indifférence à l’égard du salut des âmes. Votre père n’avait pas de mauvaises mœurs, il est vrai; mais il ne montrait aucun empressement pour le bien, pour les œuvres pieuses et charitables auxquelles l’Église exhorte les fidèles. Voilà pourquoi Dieu a permis qu’il fût oublié, même de vous, qui auriez trop diminué ses peines. La divine justice inflige d’ordinaire ce châtiment à ceux qui manquent de ferveur et de charité: il permet qu’on se conduise à leur égard, comme ils se sont conduits envers Dieu et envers leurs frères. » – C’est au reste, la règle de justice que le Sauveur établit dans l’Évangile: On se servira envers vous de la mesure dont vous vous serez servis (Matth. Vil, 2. Rossign. Merv. 22).

Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 38, 39

Chapitre 38

Motifs d’aider les âmes – Exemple de saints personnages – Le Père Jacques Laynez

Celui qui oublie son ami, après que la mort l’a fait disparaître à ses yeux, n’a pas eu d’amitié véritable. Cette sentence, le Père Laynez, second Général de la Compagnie de Jésus, ne cessait de la répéter aux fils de S. Ignace: il voulait que les intérêts des âmes leur fussent à cœur après la mort comme pendant la vie. Joignant l’exemple aux pieux conseils, Laynez appliquait aux âmes du purgatoire une bonne partie de ses prières, de ses sacrifices et des satisfactions qu’il méritait devant Dieu par ses travaux pour la conversion des pécheurs. Les Pères de la Compagnie furent fidèles à ces leçons de charité, en tout temps ils montrèrent un zèle particulier pour cette dévotion, comme on peut le voir dans le livre intitulé Héros et victimes de la charité dans la Compagnie de Jésus. J’en transcrirai ici une seule page.

Le Père Fabricius

A Munster en Westphalie, vers le milieu du XVIIe siècle, éclata un mal contagieux qui faisait chaque jour d’innombrables victimes. La crainte paralysait la charité du grand nombre; et on trouvait peu de personnes qui voulussent se dévouer aux malheureux, atteints du fléau. Alors le Père Jean Fabricius, animé de l’esprit des Laynez et des Ignace, s’élança dans cette arène du dévouement. Mettant de côté toute préoccupation personnelle, il employait ses journées à visiter les malades, à leur procurer des remèdes, à les disposer à une mort chrétienne: il les confessait, leur donnait les autres sacrements, les ensevelissait de ses mains, et célébrait ensuite la sainte messe pour leurs âmes.

Du reste durant toute sa vie, ce serviteur de Dieu eut la plus grande dévotion pour les défunts. Parmi ses exercices de piété les plus chers, et qu’il recommandait davantage, était celui de célébrer la messe des défunts, toutes les fois que les règles liturgiques le permettaient. Ses conseils eurent assez d’effet pour engager les Pères de Munster à consacrer chaque mois un jour aux défunts: ils tendaient alors leur église de noir et priaient solennellement pour les morts.

Dieu daigna, comme il le fait souvent, récompenser le P. Fabricius et encourager son zèle par plusieurs apparitions des âmes. Les unes le suppliaient de hâter leur délivrance, les autres le remerciaient du secours qu’il leur avait procuré, d’autres encore lui annonçaient que le moment bienheureux du triomphe était enfin venu pour elles.

Son plus grand acte de charité fut celui qu’il accomplit à sa mort. Avec une générosité vraiment admirable, il fit le sacrifice de tous les suffrages, prières, messes, indulgences et mortifications que la Compagnie applique à ses membres décédés: il demanda à Dieu de l’en priver lui-même pour en gratifier les âmes souffrantes les plus agréables à sa divine Majesté.

Déjà nous avons parlé du Père Jean-Eusèbe Nierembert, Jésuite espagnol, également célèbre par les ouvrages de piété qu’il a publiés et par ses éclatantes vertus. Sa dévotion envers les âmes ne se contentait pas de sacrifices et de prières fréquentes; elle le portait à souffrir pour elles, avec une générosité qui allait jusqu’à l’héroïsme. Il y avait à la cour de Madrid, parmi ses pénitentes, une Dame de qualité, qui, sous sa sage direction, était parvenue à une haute vertu au milieu du monde; mais elle était tourmentée d’une crainte excessive de la mort, dans la perspective du purgatoire qui devrait la suivre. Elle tomba dangereusement malade, et ses craintes redoublèrent au point qu’elle en perdait presque ses sentiments chrétiens. Le saint confesseur eut beau user de toutes les industries de son zèle, il ne put réussir à la calmer, ni même à lui faire recevoir les derniers sacrements.

Pour comble de malheur, elle perdit tout à coup connaissance, et fut bientôt réduite à la dernière extrémité. Le Père, justement alarmé du péril où se trouvait cette âme, se retira dans une chapelle voisine, près de la chambre de la moribonde. Il y offrit le saint Sacrifice avec une grande ferveur pour obtenir à la malade le temps de se reconnaître, et de recevoir en pleine liberté d’esprit les sacrements de l’Église. En même temps, poussé par une charité vraiment héroïque, il s’offrit en victime à la justice divine, pour souffrir lui-même en cette vie, les peines réservées à cette pauvre âme dans l’autre.

Sa prière fut agréable à Dieu. La messe était à peine achevée, que la malade revint à elle, et se trouva toute changée: ses dispositions étaient si bonnes, qu’elle demanda elle-même les sacrements, et les reçut avec la plus édifiante ferveur. Son confesseur lui ayant dit ensuite qu’elle n’avait plus à craindre le purgatoire, elle expira, le sourire sur les lèvres, dans la plus parfaite tranquillité.

Le Père Nieremberg, victime de sa charité

A partir de cette heure, le Père Nieremberg fut accablé de toutes sortes de peines dans son corps et dans son âme: pendant seize ans qu’il vécut encore, son existence ne fut plus qu’un martyre et un rigoureux purgatoire. Aucun remède naturel ne pouvait soulager ses douleurs: son unique adoucissement était le souvenir de la sainte cause pour laquelle il les endurait. Enfin la mort vint mettre un terme à ses prodigieuses souffrances, et en même temps, on est bien fondé à le croire, lui ouvrir la porte du paradis: car il est écrit: Bienheureux les miséricordieux, ils obtiendront miséricorde.

Chapitre 39

Motifs, stimulants de la dévotion envers les âmes – Saint Pierre Damien et son père

Les exemples de charité généreuse envers les trépassés ne manquent pas; et il est toujours utile de se les rappeler. Nous ne pouvons pas omettre la belle et touchante action de S Pierre Damien (23 février), évêque d’Ostie, cardinal et Docteur de la sainte Église, exemple qu’on ne se lasse jamais d’entendre répéter. Étant encore fort jeune, Pierre Damien eut le malheur de perdre sa mère; et, bientôt après, son père s’étant remarié, il tomba dans les mains d’une marâtre. Quoiqu’il se montrât plein d’affection pour elle, cette femme ne sut pas aimer ce tendre enfant: elle le traita avec une dureté barbare et finit pas s’en débarrasser en le mettant au service de son frère aîné, qui l’employa à garder les pourceaux.

Son père, qui aurait dû le protéger, l’abandonnait à son malheureux sort. Mais l’enfant levant les yeux au ciel, y voyait un autre Père, en qui il mit toute sa confiance. Il accepta tout ce qui lui arrivait de ses mains divines et se résigna volontiers à la dure situation qui lui était ménagée: « Dieu, disait-il, a ses vues en « tout, et ce sont des vues de miséricorde: nous n’avons qu’à nous abandonner à « lui: il fera tout servir à notre bien. » – Il ne se trompait pas: ce fut dans cette pénible épreuve que le futur cardinal de la sainte Église, celui qui devait étonner son siècle par l’étendue de ses lumières et édifier le monde par l’éclat de ses vertus, fit l’apprentissage de la sainteté. A peine couvert de haillons, l’histoire dit qu’il n’avait pas même toujours de quoi rassasier sa faim; mais il priait Dieu, il était content.

Or il arriva sur ces entrefaites que son père mourut. Le jeune saint, oubliant la dureté qu’il avait éprouvé de sa part, le pleura comme un bon fils et ne cessait de prier Dieu pour son âme. Un jour, il trouva sur le chemin un écu, que la Providence semblait y avoir déposé pour lui: c’était toute une fortune pour le pauvre enfant. Mais au lieu de s’en servir pour adoucir sa propre misère, sa première pensée fut de le porter à un prêtre, en le priant de célébrer la messe pour l’âme de son père. La sainte Église a trouvé ce trait si beau, qu’elle l’a inséré, tout au long, dans la légende de l’Office, qui se lit le jour de sa fête.

La jeune Annamite

Qu’on me permette, dit l’abbé missionnaire Louvet, d’ajouter ici un souvenir personnel. Quand je prêchais la foi en Cochinchine, une pauvre petite fille Annamite, baptisée depuis peu, vint à perdre sa mère. A quatorze ans elle se trouvait chargée de pourvoir avec son faible gain, cinq tiên par jour, environ huit sous de France, à sa nourriture et à celle de ses deux petits frères. Quelle fut ma surprise de la voir venir, à la fin de la semaine, m’apporter le gain de deux journées, pour que je dise la messe à l’intention de sa mère ! Ces pauvres petits avaient jeûné une partie de la semaine, pour procurer à leur mère défunte cet humble suffrage. O sainte aumône du pauvre et de l’orphelin ! Si mon cœur en fut si profondément ému, comme elle a dû toucher le cœur du Père céleste et attirer ses bénédictions sur cette mère et sur ses enfants !

Exemples de générosité

Voilà la générosité des pauvres. Quel exemple et quel reproche pour tant de riches, prodigues en fait de luxe et de plaisirs, mais qui sont si avares quand il s’agit d’aumônes et de messes en faveur de leurs défunts !

La propagation de la foi

Bien qu’avant tout il faille consacrer ses aumônes à faire offrir le saint Sacrifice pour les âmes des siens ou pour sa propre âme; il convient d’en affecter une partie au soulagement des pauvres ou à d’autres bonnes œuvres, telles que les écoles catholiques, la propagation de la foi et bien d’autres, selon le besoin des circonstances. Toutes ces libéralités sont saintes, conformes à l’esprit de l’Église, et fort efficaces pour les âmes du purgatoire.

L’abbé Louvet, que nous avons cité plus haut, rapporte un autre trait qui mérite de trouver ici sa place. Il s’agit d’un homme de condition pauvre, qui fit une libéralité en faveur de la Propagation de la foi, mais dans des circonstances qui ont rendu cet acte particulièrement précieux pour le besoin futur de son âme au purgatoire.

Le portier de séminaire

Un pauvre portier de séminaire avait, durant sa longue vie, amassé sou par sou la somme de huit cents francs. N’ayant pas de famille, il destinait cet argent à faire dire des messes après sa mort. Mais que ne peut la charité dans un cœur embrasé de ses saintes flammes ? Un jeune prêtre se préparait à quitter le séminaire pour entrer aux Missions étrangères. Le pauvre vieillard, apprenant cette nouvelle, fut inspiré de lui donner son petit trésor pour l’œuvre si belle de la Propagation de la foi. Il le prit donc en particulier et lui dit: « Cher Monsieur, « je vous prie d’accepter cette petite aumône pour vous aider dans l’œuvre de la « propagation de l’Évangile. Je l’avais réservée pour faire dire des messes après « ma mort; mais j’aime mieux rester un peu plus longtemps dans le purgatoire, et « que le nom du bon Dieu soit glorifié. » – Le séminariste était ému jusqu’aux larmes. Il voulait ne pas accepter l’offrande trop généreuse de ce pauvre homme; mais celui-ci insista tellement qu’il y aurait eu cruauté à lui infliger un refus.

A quelques mois de là, ce bon vieillard mourait. Aucune révélation n’est venue annoncer ce qui lui arriva dans l’autre monde. Mais en est-il besoin ? Ne connaissons-nous pas assez le Cœur de Jésus, qui ne saurait se laisser vaincre en générosité ? Ne comprenons-nous pas qu’un Homme assez généreux pour se dévouer aux flammes du purgatoire afin de faire connaître Jésus-Christ aux nations infidèles, aura trouvé devant le Souverain Juge une abondante miséricorde ?

Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 36, 37

Chapitre 36

Motifs d’aider les âmes – Liens intimes qui nous unissent à elles –  Cimon d’Athènes, et son père en prison

Si nous devons aider les âmes à cause de leur nécessité extrême, combien ce motif devient plus pressant quand on songe que ces âmes nous sont unies par les liens les plus sacrés, par les liens du sang, par le sang divin de Jésus-Christ, et par le sang humain d’où nous sommes issus selon la chair ? Oui, il y a au purgatoire des âmes qui nous sont unies par la parenté la plus étroite. C’est un père, c’est une mère qui gémit dans les tourments et me tend les bras ! Que ne ferions-nous pas pour notre père, pour notre mère, s’ils languissaient dans une dure prison ? Un ancien Athénien, le célèbre Cimon, avait eu la douleur de voir emprisonner son père par d’impitoyables créanciers qu’il n’avait pu satisfaire. Pour comble d’infortune il ne put trouver les ressources nécessaires pour le délivrer, et le vieillard mourut dans les fers. Désolé, inconsolable, Cimon court à la prison et demande qu’on lui donne du moins le corps de son père pour l’ensevelir. On le lui refuse, sous prétexte que, n’ayant pas payé ses dettes, il ne pouvait être rendu à la liberté. « Laissez-moi donc d’abord ensevelir mon père, « s’écria Cimon, je viendrai après prendre sa place dans la prison. »

Piété filiale

On admire ce trait de piété filiale; mais ne devons-nous pas l’imiter ? N’avons-nous pas peut-être aussi un père, une mère dans la prison du purgatoire ? Ne devons-nous pas les délivrer au prix de tous les sacrifices? Plus heureux que Cimon, nous sommes à même de payer leurs dettes; nous n’aurons pas à prendre leur place: au contraire, les délivrer de la captivité, c’est nous en affranchir nous-mêmes par anticipation.

Saint Jean de Dieu sauvant les malades de l’incendie.

On admire aussi la charité de S. Jean de Dieu (8 mars), qui affronta la fureur des flammes pour sauver de pauvres malades du milieu d’un incendie. Ce grand serviteur de Dieu mourut à Grenade, l’an 1550, à genoux devant une image de Jésus crucifié, qu’il embrassait et qu’il continua de tenir serrée dans ses bras, après qu’il eut rendu son âme à Dieu. Né de parents fort pauvres, et obligé de garder les troupeaux pour subsister, il était riche de foi et de confiance en Dieu. Son bonheur était de prier et d’entendre la parole de Dieu: ce fut le principe de la sainteté à laquelle il s’éleva bientôt. Un sermon du vénérable Père Jean d’Avila, apôtre de l’Andalousie, le toucha tellement qu’il résolut de consacrer sa vie entière au service des pauvres et des malades. Sans autre ressource que sa charité et sa confiance en Dieu, il parvint à acheter une maison où il recueillit des infirmes abandonnés, pour les nourrir, pour soigner leurs corps et leurs âmes. Cet asile s’élargit bientôt et devint l’hôpital royal de Grenade, vaste établissement, rempli d’une multitude de vieillards et de malades de tout genre.

Un jour le feu ayant pris à cet hôpital, plusieurs malades allaient y périr d’une mort affreuse. Les flammes les environnaient de toutes parts et empêchaient qu’on ne les approchât pour les sauver. Ils poussaient des cris lamentables, appelant le ciel et la terre à leur secours. Jean les a vus, sa charité s’enflamme, il s’élance dans l’incendie, pénètre à travers le feu et la fumée jusqu’au lit des malades; il charge sur ses épaules et porte en lieu de sûreté l’un après l’autre tous ces malheureux. Obligé de traverser à plusieurs reprises ce vaste brasier, courant et travaillant dans le feu pendant toute une demi-heure que dura le sauvetage, le Saint ne souffrit pas la moindre lésion: les flammes respectèrent sa personne, ses vêtements et jusqu’au moindre cheveu de sa tête: Dieu voulut montrer par un miracle combien lui était agréable la charité de son serviteur.

Et ceux qui sauvent, non pas les corps, mais les âmes des flammes du purgatoire, font-ils une œuvre moins agréable au Seigneur ? La nécessité, les cris et gémissements de ces âmes sont-ils moins touchants pour un cœur qui a la foi ? Est-il plus difficile de les secourir ? Est-il nécessaire pour les aider de se jeter soi-même dans les flammes ?

Certes, nous avons les moyens les plus faciles de leur porter secours, et Dieu ne demande pas que nous nous imposions de grandes peines. Toutefois la charité des âmes ferventes va jusqu’aux plus grands sacrifices, jusqu’à partager les douleurs de leurs frères du purgatoire.

Chapitre 37

Motifs d’aider les âmes – la facilité de les secourir – L’exemple des saints et de tous les fervents chrétiens – La servante de Dieu Marie Villani.

Nous avons vu déjà, comment sainte Catherine de Ricci et plusieurs autres portèrent l’héroïsme jusqu’à souffrir à la place des âmes du purgatoire; ajoutons encore quelques exemples d’une si admirable charité. La servante de Dieu Marie Villani, de l’Ordre de S. Dominique, dont la vie a été écrite par le Père Marchi (Cf. Rossig. Merv. 41), s’appliquait nuit et jour à pratiquer des œuvres satisfactoires en faveur des défunts. Un jour, c’était la veille de l’Epiphanie, elle fit pour eux de longues prières, suppliant le Seigneur d’adoucir leurs souffrances en vue de celles de Jésus-Christ, lui offrant à cet effet les cruels tourments du Sauveur, sa flagellation, sa couronne d’épines, ses liens, ses clous et sa croix, toutes les douleurs en un mot, tous les détails et tous les instruments de la passion. La nuit suivante, le ciel se plut à lui manifester combien lui était agréable cette sainte pratique.

Pendant sa prière, étant ravie en extase elle vit une longue procession de personnes vêtues de blancs, éclatantes de lumières, portant dans leurs mains les divers insignes de la passion et faisant leur entrée dans la gloire. La servante de Dieu connut en même temps que c’étaient les âmes délivrées par ses ferventes prières et par les mérites de la passion de Jésus-Christ.

Un autre jour, celui de la Commémoration des Morts, on lui avait ordonné de travailler à un manuscrit et de passer la journée à écrire. Ce travail, imposé par l’obéissance, coûtait à sa piété: elle en éprouvait une sensible répugnance, parce qu’elle aurait voulu consacrer tout ce jour à la prière, à la pénitence et autres exercices de dévotion pour le soulagement des âmes du purgatoire. Elle oubliait un peu que l’obéissance doit l’emporter sur tout et qu’il est écrit: Melior est obedientia quam victimœ, l’obéissance vaut mieux que les victimes et les sacrifices les plus précieux (1 Reg. XV, 22). Le Seigneur, voyant sa grande charité pour les âmes, daigna lui apparaître, l’instruire et la consoler. « Obéissez, ma « fille, lui dit-il, faites le travail que l’obéissance vous impose et offrez-le pour les « âmes: chaque ligne que vous écrirez aujourd’hui en cet esprit d’obéissance et de « charité, procurera la délivrance d’une âme. » – On comprend qu’elle travailla toute la journée avec la plus grande ardeur et qu’elle traça le plus possible de ces lignes si agréables à Dieu.

Sa charité envers les âmes ne se bornait point à des prières et des jeûnes, elle désira endurer elle-même une partie de leurs souffrances. Comme elle priait un jour dans cette intention, elle fut ravie en esprit et conduite en purgatoire. Là parmi la multitude des âmes souffrantes, elle en vit une plus cruellement tourmentée que les autres et qui lui inspira la plus vive compassion.

« Pourquoi, lui demanda-t-elle, avez-vous à souffrir des peines si atroces ? Ne recevez-vous point de soulagement ? – Je suis, répondit-elle, depuis fort longtemps en ce lieu, endurant des tourments effroyables en punition de mes vanités passées et de mon luxe scandaleux. Je n’ai pas obtenu jusqu’à cette heure, le moindre soulagement, parce que le Seigneur a permis que je fusse oubliée de mes parents, de mes enfants, de toute ma famille et de mes amis: ils ne font pour moi aucune prière. Quand j’étais sur la terre, livrée aux toilettes immodérées, aux pompes mondaines, aux fêtes et aux plaisirs, je n’avais de Dieu et de mes devoirs qu’un rare et stérile souvenir. Les seules préoccupations sérieuses de ma vie, étaient d’accroître le renom et les richesses périssables des miens. J’en suis bien punie, vous le voyez, puisqu’ils ne m’accordent pas un souvenir. »

La brûlure au front

Ces paroles firent sur Marie Villani une douloureuse impression. Elle pria cette âme de lui communiquer une partie de ce qu’elle souffrait. A l’instant même il lui semblait qu’on la touchait au front avec un doigt de feu, et la douleur qu’elle en éprouva fut si forte, si aigüe, qu’elle la fit revenir de son extase. La marque lui en resta au front si profondément imprimée, qu’on la voyait encore deux mois après, et elle lui causait une douleur insupportable. La servante de Dieu offrit cette douleur, avec des prières et d’autres œuvres, pour l’âme qui lui avait parlé. Cette âme lui apparut au bout de deux mois, et lui dit que, délivrée par son intercession, elle montait au ciel. Dès ce moment, la brûlure du front s’effaça pour toujours.

Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 34, 35

Chapitre 34

Excellence de cette œuvre

Nous venons de passer en revue les moyens et les ressources que la divine miséricorde nous met entre les mains pour soulager nos frères du purgatoire. Ces moyens sont puissants, ces ressources sont riches, prodigieuses; mais en faisons-nous un abondant usage ? Pouvant aider les pauvres âmes, avons-nous du zèle pour le faire ? Sommes-nous aussi riches en charité que Dieu est riche en miséricorde ? Hélas ! Combien de chrétiens ne font presque rien pour les défunts ! Et ceux qui ne les oublient pas, ceux qui ont assez de charité pour les aider de leurs suffrages, comme ils le font souvent avec peu de zèle et de ferveur ! Comparez le secours qu’on donne aux malades avec celui qu’on accorde aux âmes souffrantes: quand un père ou une mère est affligée de quelque maladie, quand un enfant ou toute autre personne chérie est en proie à la souffrance, quel soin, quelle sollicitude, quel dévouement ne montre-t-on pas pour les aider ! Mais les âmes, qui ne nous sont pas moins chères, et qui gémissent dans les étreintes, non d’une cruelle maladie, mais des tourments mille fois plus cruels de l’expiation, est-ce avec le même zèle, avec le même dévouement qu’on s’applique à les aider ?

Saint François de Sales

 « Non, disait S. François de Sales, nous ne nous souvenons pas assez de « nos chers trépassés. Leur mémoire semble périr, avec le son des cloches; et « nous oublions « que l’amitié qui peut finir, même par la mort, ne fut jamais véritable. »

Motifs d’aider les âmes

D’où vient ce triste et coupable oubli ? La cause principale en est dans le manque de réflexion: Quia nullus est qui recogitat corde, parce que personne ne réfléchit dans son cœur (Jérém. XII, 11). On perd de vue les grands motifs qui nous pressent d’exercer la charité envers les défunts. C’est pourquoi afin de stimuler notre zèle, nous allons rappeler ces motifs et tâcher de les exposer dans tout leur jour.

 On peut dire que tous les motifs se résument dans cette parole du Saint-Esprit: C’est une pensée, une œuvre sainte et salutaire de prier pour les morts, afin qu’ils soient délivrés de leurs péchés, c’est-à-dire des peines temporelles dues à leurs péchés (II Machab. XII, 46). D’abord c’est une œuvre sainte et excellente en elle-même, agréable et méritoire aux yeux de Dieu. Ensuite c’est une œuvre salutaire, souverainement avantageuse pour notre propre salut, pour notre bien en ce monde et en l’autre.

Une des œuvres les plus saintes, un des meilleurs exercices de piété qu’on puisse pratiquer en ce monde, dit S. Augustin, c’est d’offrir des sacrifices, des aumônes et des prières pour les défunts (Homél. 16, alias 50). Le soulagement que nous procurions aux défunts, dit S. Jérôme, nous fait obtenir une miséricorde semblable.

Considérée en elle-même, la prière pour les défunts est une œuvre de foi, de charité, souvent même de justice, ayant toutes les circonstances qui en portent le prix à son comble. Quelles sont en effet, 1° les personnes qu’il s’agit d’assister ? Ce sont des âmes prédestinées, saintes, très-chères à Dieu et à Notre-Seigneur Jésus-Christ très-chères à l’Église leur mère, qui les recommande sans cesse à notre charité; des âmes qui nous sont aussi bien chères à nous-mêmes, qui nous furent peut-être étroitement unies sur la terre, et qui nous supplient par ces touchantes paroles: Ayez pitié de moi, ayez pitié de moi, vous surtout qui êtes mes amis (Job. XIX, 21). – 2° Quelles sont les nécessités où elles se trouvent ? Hélas ! Ces nécessités sont extrêmes, et les âmes qui les souffrent ont d’autant plus de droit à notre assistance qu’elles sont impuissantes pour s’aider elles-mêmes. – 3° Quel est le bien que nous procurons aux âmes ? C’est le bien suprême, puisque nous les mettons en possession de la béatitude éternelle.

Saint Thomas d’Aquin

Assister les âmes du purgatoire, disait S. François de Sales, c’est faire la plus excellente des œuvres de miséricorde, ou plutôt c’est pratiquer de la manière la plus sublime toutes les œuvres de miséricorde à la fois: « c’est visiter « les malades, c’est donner à boire à ceux qui ont soif de la vision de Dieu, c’est « nourrir les affamés, racheter les prisonniers, revêtir les nus, procurer aux exilés « l’hospitalité dans la Jérusalem céleste; c’est consoler les affligés, éclairer les « ignorants, faire enfin toutes les œuvres de miséricorde en une seule. » – Cette doctrine est d’accord avec celle de S. Thomas, qui dit dans sa Somme: « Les suffrages pour les morts sont plus agréables à Dieu que les suffrages pour les vivants, parce que les premiers se trouvent dans un plus pressant besoin, ne pouvant se secourir eux-mêmes, comme ceux qui vivent encore (Suppelem. q. 71. Art. 5). »

Sainte Brigitte

Notre-Seigneur regarde comme faite à lui-même toute œuvre de miséricorde exercée envers le prochain: C’est à moi, dit-il, que vous l’avez fait, mihi fecistis. Ceci est vrai d’une manière toute particulière de la miséricorde pratiquée envers les âmes. Il fut révélé à sainte Brigitte, que celui qui délivre une âme du purgatoire, a le même mérite que s’il délivrait Jésus-Christ lui-même de la captivité.

Chapitre 35

Motifs d’aider les âmes – Excellence de l’œuvre.

Quand nous élevons si haut le mérite de la prière pour les morts, nous n’en voulons nullement conclure qu’il faut laisser toutes les autres œuvres pour celle-ci; car toutes les bonnes œuvres doivent s’exercer en temps et lieu, selon les circonstances; nous avons uniquement en vue de donner une juste idée de la miséricorde pour les défunts, et d’en faire aimer la pratique.

Du reste, les œuvres de miséricorde spirituelles, qui tendent à sauver les âmes, sont toutes également excellentes; et ce n’est qu’à certains égards qu’on peut mettre l’assistance des défunts au-dessus des œuvres de zèle pour la conversion des pécheurs vivants.

Controverse entre le Frère Benoît et le Frère Bertrand

Il est rapporté dans les Chroniques des Frères-Prêcheurs (Cf. Rossign. Merv. 1), qu’une vive controverse s’éleva entre deux religieux de cet Ordre, Frère Benoît et Frère Bertrand, au sujet des suffrages pour les défunts. En voici l’occasion. Le Frère Bertrand célébrait souvent la sainte Messe pour les pécheurs, et faisait pour leur conversion de continuelles oraisons, jointes à des pénitences rigoureuses; mais rarement on le voyait célébrer en noir pour les défunts. Le Frère Benoît, qui avait une grande dévotion pour les âmes du purgatoire, ayant remarqué sa conduite, lui demanda pourquoi il en agissait ainsi ?

« Parce que les âmes du purgatoire sont sûres de leur salut, répondit-il; tandis que les pécheurs sont exposés continuellement à tomber en enfer. Quel état plus triste que celui d’une âme en état de péché mortel ? Elle est dans l’inimitié de Dieu et dans les chaînes du démon; suspendue sur l’abîme de l’enfer par le fil si fragile de la vie, qui peut se rompre à tout moment. Le pécheur marche dans la voie de la perdition: s’il continue d’avancer, il tombera dans l’abîme éternel. Il faut donc venir à son aide, le préserver de ce malheur suprême en opérant sa conversion. D’ailleurs n’est-ce pas pour sauver les pécheurs que le Fils de Dieu est venu sur la terre et qu’il est mort sur la croix ? Aussi S. Denis nous assure-t-il, que ce qu’il y a de plus divin dans les choses divines, c’est de travailler avec Dieu à sauver les pécheurs. – Quant aux âmes du purgatoire, il n’y a plus à travailler à leur salut, puisque leur salut éternel est assuré. Elles souffrent, il est vrai, elles sont en proie à de grands tourments, mais elles n’ont rien à craindre pour l’enfer, et leurs souffrances finiront. Les dettes qu’elles ont contractées s’acquittent chaque jour, et bientôt elles jouiront de la lumière éternelle; tandis que les pécheurs sont continuellement menacés de la damnation, malheur suprême, le plus effroyable qui puisse arriver à une créature humaine. »

 – « Tout ce que vous venez de dire est vrai, repartit le frère Benoît; mais n’y a-t-il pas une autre considération à faire ? Si les pécheurs sont esclaves de Satan, c’est qu’ils le veulent bien: leurs chaînes sont volontaires, il dépend d’eux de les briser; tandis que les pauvres âmes du purgatoire ne peuvent que gémir et implorer le secours des vivants. Il leur est impossible de briser les fers qui les tiennent enchaînées dans les flammes expiatrices. – Supposez que vous rencontriez deux pauvres qui vous demandent l’aumône: l’un est estropié et perclus de tous ses membres, absolument incapable de rien faire pour gagner sa vie; l’autre au contraire, bien que dans une grande détresse, est jeune et vigoureux. Tous deux implorent votre charité: auquel croirez-vous devoir donner la meilleure part de vos aumônes ?

– « A celui qui ne peut point travailler, répondit le Frère Bertrand.

 – « Hé bien, mon Père, continua Benoît, les âmes du purgatoire sont dans ce cas: elles ne peuvent plus s’aider elles-mêmes. Le temps de la prière, de la confession et des bonnes œuvres est passé pour elles: nous seuls pouvons les soulager. Il est vrai d’autre part, qu’elles souffrent pour leurs fautes passées, mais ces fautes elles les pleurent et les détestent; elles sont dans la grâce de Dieu et les amies de Dieu: tandis que les pécheurs sont des rebelles, des ennemis du Seigneur. Certes nous devons prier pour leur conversion, mais sans préjudice de ce que nous devons aux âmes souffrantes, si chères au Cœur de Jésus. Ayons pitié des pécheurs, mais n’oublions pas qu’ils ont à leur disposition tous les moyens de salut: ils peuvent et ils doivent se soustraire au péril de la damnation qui les menace. Ne vous semble-t-il pas que les âmes souffrantes sont dans une nécessité plus grande et méritent la meilleure part de notre charité ? »

Malgré la force de ces raisons, le Frère Bertrand persista dans sa première idée, et dit que l’œuvre capitale était de sauver les pécheurs. Dieu permit que la nuit suivante une âme du purgatoire lui fit éprouver durant quelque temps les peines qu’elle souffrait elle-même: elles étaient si terribles qu’il lui semblait impossible de les supporter. Alors, comme dit Isaïe, le tourment lui donna l’intelligence: Vexatio intellectum dabit (Isaïe XXVIII, 19), et il comprit qu’il devait faire davantage pour les âmes souffrantes. Dès le lendemain matin, la compassion dans le cœur et les larmes aux yeux, il monta au saint autel revêtu de l’ornement noir et offrit le sacrifice pour les défunts.