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Jésus, les anges, Lucifer et la chute

Jésus est la synthèse de l’amour des Trois personnes de la Trinité

Saint Azarias me parle:
«Jésus est la synthèse de l’amour des Trois. Jésus est la synthèse de ce qu’est la Trinité et l’Unité de Dieu. Il est la perfection des Trois résumée en une seule Personne. C’est la perfection infinie et multiforme récapitulée en Jésus: un abîme de perfection devant laquelle se prosternent les armées célestes comme les bienheureuses multitudes du paradis, en adoration. Un abîme de perfection qui a pu être – et peut encore être – compris et accepté par ceux qui possèdent l’amour et par eux seuls.

Lucifer a refusé de se prosterner devant la perfection de Jésus

À partir de là, il est possible d’expliquer comment l’archange qui était un esprit bienveillant et saint a pu devenir l’Esprit du Mal. Il n’était cependant pas saint au point d’être tout amour. Or c’est la mesure de l’amour que chacun porte en soi qui donne la mesure de sa perfection et de son aversion pour toute corruption. Quand l’amour est total, plus rien ne peut venir corrompre. La molécule qui n’aime pas est une brèche facile pour que s’y infiltrent des éléments qui ne sont pas amour. Ils forcent [le passage], l’élargissent, envahissent et submergent les bons éléments, jusqu’à les exterminer. Lucifer avait une mesure d’amour incomplète. L’orgueil de soi prenait de la place en lui, une place dans laquelle l’amour ne pouvait exister. Voilà la brèche par laquelle sa dépravation pénétra, destructrice. À cause d’elle, il ne put comprendre ni accepter le Christ-Amour; synthèse de l’Amour infini, unique et trine. Et le fait que, de nos jours, se répande l’hérésie qui nie l’humanité divine de la seconde Personne pour faire de lui un simple homme bon et sage, s’explique facilement grâce à cette clé: le manque d’amour dans le cœur humain, l’incapacité à aimer, la pauvreté de la possession d’amour.

Il y a deux points que l’homme actuel ne veut pas croire

Observe, mon âme, que, aussi bien à l’époque du Christ qu’à la vôtre, il y a toujours eu deux points sur lesquels bute l’intelligence arrogante de l’homme qui ne peut pas croire à moins d’être humble et plein d’amour: d’une part, que le Christ soit Dieu et Homme et qu’il accomplisse des actes uniquement spirituels pour lesquels il fut haï même par ceux qui lui étaient le plus intimes, et donc trahi; d’autre part, qu’il ait créé le sacrement de l’Amour. Il s’ensuit que, aujourd’hui comme de tout temps, les « sans amour » prétendent et prétendront encore – de façon hérétique – que Dieu ne peut être en Jésus et que Jésus ne peut se trouver dans sa sainte et adorable Eucharistie.

Comment sous-titrer la représentation de Jésus

C’est pourquoi, mon âme, si tu devais faire inscrire une légende sous l’effigie de l’Homme-Dieu, il faudrait écrire: «Je suis la synthèse de l’Amour
[…]

Les anges sont supérieurs aux hommes, mais ils adorent Dieu en nous
Saint Azarias me dit alors:

Les anges sont supérieurs aux hommes. J’emploie le mot « hommes » pour parler des êtres que l’on dénomme ainsi, et qui sont composés de matière et d’esprit. Nous leur sommes donc supérieurs, nous qui sommes tout esprit. Mais rappelle-toi que lorsque la grâce vit dans l’homme et que circule en lui le Sang du Corps mystique dont le Christ est le chef, tandis que les sept sacrements le confirment à chaque état et à chaque période de sa vie, alors nous reconnaissons le Seigneur en vous – qui êtes « les temples vivants du Seigneur » – et nous l’adorons en vous. Vous nous devenez alors supérieurs, vous êtes « d’autres Christ » et vous possédez ce que l’on qualifie de « Pain des anges″, qui n’est en réalité que le Pain des hommes. Quelle faim mystique et insatiable d’Eucharistie est la nôtre! Elle nous pousse à nous presser autour de vous quand vous vous en nourrissez, pour sentir le divin parfum de cette Nourriture parfaite!

La liberté parfaite se trouve dans l’ordre

Mais, pour en revenir à notre point de départ, je t’assure que chez les anges, qui diffèrent de vous par la nature et la perfection, la libre volonté existe comme en vous. Dieu n’a rien créé qui soit esclave. À l’origine, tout n’était qu’ordre, dans la création. Mais l’ordre n’exclut pas la liberté. Au contraire, la liberté parfaite se trouve dans l’ordre. Dans l’ordre, il n’est pas de contrainte due à la peur d’une invasion, d’une intrusion, d’une anarchie due à d’autres volontés qui peuvent donner lieu à des ententes secrètes et des destructions en pénétrant dans l’orbite et dans la trajectoire d’autres êtres ou choses créées. Tel était l’univers tout entier avant que Lucifer n’abuse de sa liberté pour susciter en lui-même le désordre des passions – et cela, par sa propre volonté – pour mettre du désordre dans l’ordre parfait. S’il avait été tout amour, il n’y aurait pas eu place en lui pour autre chose que l’amour. Mais il y eut place pour l’orgueil, auquel on pourrait donner ce nom: le désordre de l’intelligence.

Dieu aurait-il pu empêcher tout cela? Oui

Dieu aurait-il pu empêcher tout cela? Oui. Mais pourquoi faire violence à la libre volonté de cet archange si beau et si intelligent? Dans ce cas n’aurait-il pas mis lui-même — lui le Très-Juste — du désordre dans l’ordre de sa Pensée en ne voulant plus ce qu’il avait d’abord voulu, c’est-à-dire la liberté de l’archange? Dieu n’opprime pas l’esprit troublé pour le mettre de force dans l’impossibilité de pécher. Dans ce cas, il n’aurait eu aucun mérite à ne pas pécher. Pour nous aussi, il fut nécessaire de «savoir vouloir le Bien» pour continuer à mériter de jouir de la vue de Dieu, Béatitude infinie!

L’archange Lucifer a été averti des conséquences de sa rébellion

Puisque Dieu avait voulu que ce sublime archange se tienne à ses côtés dès les premiers actes de la création et qu’il connaisse l’avenir de la création d’amour, il voulut de même qu’il sache quelle serait la nécessité adorable mais douloureuse que son péché allait imposer à Dieu: l’Incarnation et la Mort d’un Dieu pour contrebalancer la ruine du péché qui serait créé si Lucifer ne vainquait pas l’orgueil en lui-même. L’Amour ne pouvait tenir un autre langage. Le premier anéantissement de Dieu se trouve dans cet acte de vouloir convaincre l’orgueilleux avec douceur – presque en le suppliant, par la vision ce que son orgueil allait imposer à Dieu – de ne pas pécher pour ne pas amener d’autres êtres à pécher.

C’était un acte d’amour. Mais Lucifer, déjà satanisé, y vit de la peur, de la faiblesse et un affront, une déclaration de guerre; il engagea donc les hostilités contre le Très-Parfait en disant: «Tu es? Moi aussi, je suis. Ce que tu as fait, c’est pour moi. Il n’y a pas de Dieu. Et s’il y a en a un, c’est moi. Je m’adore. Je t’abhorre. Je me refuse à reconnaître pour Seigneur celui qui ne sait pas me vaincre. Il ne fallait pas me créer si parfait, si tu ne voulais pas que je me pose en rival. Maintenant je suis, et je m’oppose à toi. Triomphe de moi, si tu le peux. Mais je ne te crains pas. Moi aussi, je vais créer et ta création tremblera à cause de moi parce que je la secouerai comme un fin nuage pris par les vents, car je te hais et je veux détruire ce qui est tien pour créer sur ses ruines ce qui sera mien. Je ne connais et ne reconnais aucune autre puissance que moi. Et je n’adore plus, je n’adore, je n’adore plus personne d’autre que moi-même».

Lucifer devient Satan La convulsion de la Création.

Vraiment, la création, la Création tout entière jusqu’en ses profondeurs, fut alors prise d’une convulsion horrifiée devant l’infamie de ces paroles sacrilèges, une convulsion comme il n’y en aura pas de semblable à la fin de la Création. Il en naquit l’enfer; le règne de la Haine.

Mon âme, comprends-tu comment le Mal est apparu? De la volonté libre – et respectée comme telle par Dieu – d’une personne qui n’était pas pleinement amour. Tu peux être sûre que le même jugement est porté sur toute faute commise depuis lors: «Tout n’est pas amour ici».

L’amour plénier interdit le péché, sans effort. Celui qui aime n’a pas d’effort à faire pour atteindre la justice! L’amour l’emporte et l’élève bien au-delà de toutes fanges et dangers, il le purifie d’instant en instant des imperfections à peine visibles qui subsistent au plus haut degré de la sainteté consumée, à cet état où l’esprit a tellement progressé qu’il est vraiment roi, déjà uni par des noces spirituelles à son Seigneur, et jouit à un niveau à peine moindre de ce qui fait la vie des bienheureux au ciel, tant Dieu se donne et se dévoile à son fils béni.

Gloire au Père, au Fils et à l’Esprit Saint.»

Source

La cité mystique de Dieu – Chapitre X

Qui continue l’explication du chapitre douzième de l’Apocalypse.

120. Malheur à vous, terre et mer, car le diable est descendu vers vous dans une grande colère, sachant qu’il ne lui reste que peu de temps . Malheur à la terre, où tant de péchés et de méchancetés innombrables se doivent commettre! Malheur à la mer de ce que de telles offenses de son Créateur se commettant à sa vue, elle n’a pas rompu ses barrières pour inonder et noyer, les transgresseurs, vengeant les injures de son Seigneur! Mais malheur à la mer profonde et endurcie en méchanceté de ceux qui ont suivi ce diable, qui est descendu vers vous pour vous faire la plus cruelle et la plus inouïe de toutes les guerres! Sa rage est celle du plus fier des dragons, et surpasse celle d’un lion dévorant ; car il prétend anéantir toutes choses, et il lui semble que tons les siècles sont courts pour exécuter son courroux. Telle est la, soif et l’avidité insatiable qu’il a de nuire aux mortels; car tout le temps de leur vie ne lui suffit pas, parce qu’elle doit finir, et sa fureur souhaiterait des temps éternels, s’ils étaient possibles, pour faire la guerre aux enfants de Dieu. Et surtout la colère qu’il a contre cette heureuse femme qui lui doit écraser la tète est implacable. C’est pourquoi l’évangéliste ajoute

121. Quand donc le dragon eut vu qu’il était rejeté en terre, il persécuta la femme qui avait enfanté le Fils . Quand le serpent ancien eut vu le lieu et l’état très-malheureux ce il était tombé, ayant été lancé du ciel empyrée, il brillait d’une plus grande fureur et d’une plus cruelle envie, se rongeant comme une vipère les entrailles. Il conçut une telle indignation contre cette femme, Mère du Verbe humanisé, qu’il surpassa tout ce qui s’en peut dire et concevoir. Il s’en découvre néanmoins quelque chose par ce qui arriva immédiatement après que ce dragon fut précipité dans les enfers avec ses troupes de méchancetés, que je raconterai ici le mieux qu’il me sera possible et selon que l’intelligence me l’a manifesté.

122. Pendant toute la première semaine dont la Genèse fait mention, en laquelle Dieu s’appliquait il la création du monde et de ses créatures, Lucifer et les démons s’occupèrent à conférer ensemble pour inventer des méchancetés contre le Verbe qui se devait humaniser, et contre la femme dont il devait naître. Le premier jour, qui répond au dimanche, les anges furent créés, il leur fat donné une loi et des préceptes sur ce en quoi ils devaient obéir; les mauvais y furent désobéissants et transgressèrent les commandements du Seigneur, et par la disposition de la divine Providence toutes les choses susdites arrivèrent jusqu’au matin du second jour, qui répond su lundi, auquel Lucifer et tous ceux de son parti furent précipités dans l’enfer. Ces stations, ces demeures ou ces intervalles des anges, de leur création, opérations, bataille et chuté, ou glorification, répondirent à cet espace de temps. Dans l’instant que Lucifer et ses associés eurent fait leur première et funeste entrée dans l’enfer, ils y tinrent un conciliabule, qui dura jusqu’au jour qui répond su matin du jeudi. Lucifer employa pendant ce temps-là tout son savoir et toute sa malice diabolique à conférer avec les démons sur les moyens qu’ils pourraient trouver pour offenser Dieu davantage et se venger du châtiment dont il les avait punis. Leur conclusion fut que, comme ils connaissaient que Dieu devait aimer tendrement les hommes, la plus grande vengeance qu’ils en pourraient avoir et la plus grande injure qu’ils lui pourraient faire, serait d’empêcher les effets de cet amour, en trompant, persuadant et incitant autant qu il leur serait possible les mêmes hommes à perdre l’amitié et la grâce de Dieu, à lui être ingrats et rebelles à sa volonté.

123. «Nous devons travailler à y réussir (disait Lucifer), et employer pour cela toutes nos forces, tous nos soins et toute notre science; nous soumettrons, les hommes à notre loi et à notre volonté pour les détruire; nous persécuterons la nature humaine et la priverons de la récompense qui luit a été promise. Procurons fortement qu’ils n’arrivent point à voir la face de Dieu, puisque nous en avons été privés injustement. Je dois remporter de grands triomphes sur eus, je les détruirai et je les réduirai à ma volonté.. Je sèmerai de nouvelles doctrines, des erreurs et des lois entièrement contraires à celles du Très-Haut. Je choisirai et j’élèverai parmi ces hommes des prophètes et des chefs de nouveautés, qui répandront les doctrines; que je sèmerai parmi eux ; et pour me venger de leur Créateur, je les placerai ensuite avec moi dans ce profond tourment. J’affligerai les pauvres, j’opprimerai les affligés et je persécuterai les humbles; je sèmerai des discordes, je causerai des guerres, je susciterai des dissensions, et je formerai des superbes et des téméraires: je prolongerai la loi du péché, et quand ils s’y seront soumis, je les ensevelirai dans ce feu éternel; et ceux qui me seront les plus fidèles seront les plus tourmentés. Et c’est en cela que consistera mon royaume et la récompense de mes serviteurs.

126. «Je ferai une cruelle guerre au Verbe incarné, bien qu’il soit Dieu, puisqu’il sera homme aussi, d’une nature inférieure à la mienne. J’élèverai mon trône au-dessus du sien et ma dignité au-dessus de la sienne, je le vaincrai et l’abattrai par ma puissance et par mes ruses; la femme qui doit être sa Mère périra par mes mains. Comment une seule femme pourra-t-elle résister à ma puissance et nuire à ma grandeur? Et vous, ô démons! qui êtes insultés avec moi, suivez-moi et m’obéissez en cette vengeance, comme vous l’avez fait dans la désobéissance. Feignez d’aimer les hommes, pour les perdre, et de les servir, pour les détruire et les tromper; vous les assisterez pour les pervertir et les mener dans mes enfers.» Il n’est pas possible d’exprimer la malice et la fureur de ce premier conciliabule que Lucifer tint dans l’enfer contre le genre humain, qui n’était point encore, mais parce qu’il devait être. Tous les vices et tous les péchés du monde y furent inventés, le mensonge, les sectes et les erreurs en sortirent; toute sorte d’iniquités reçut son origine de ce chaos et de cette assemblée abominable; et tous ceux qui pratiquent le mal sont les esclaves de ce prince des ténèbres.

125. Ce conciliabule étant achevé, Lucifer désira de parler à Dieu, et sa Majesté lui en donna la permission par ses jugements profonds. Cela arriva de la manière dont Satan parla quand il demanda le pouvoir de tenter Job ; puis arriva le jour qui répond au jeudi; et il dit au Très-Haut: a Seigneur, puisque votre main m’a été si pesante, me punissant avec tant dé cruauté, et que vous avez déterminé tout ce qu’il vous a plu en faveur des hommes que vous voulez créer, voulant si fort agrandir et élever le Verbe incarné, et enrichir avec lui la femme qui doit être sa Mère par tous es dons que vous lui destinez soyez donc équitable et juste, et puisque vous m’avez donné la permission de persécuter les autres hommes, donnez-la-moi aussi de pouvoir tenter ce Christ Dieu et homme et la femme dont il doit naître et leur faire la guerre. Donnez-moi permission d’y employer tontes mes forces.» Lucifer tint alors d’autres discours, et il s’humilia à demander cette licence (l’humilité étant si fort opposée à son orgueil), parée que la rage et le désir démesuré qu’il avait d’obtenir ce qu’il souhaitait étaient si grands, qu’ils firent plier son orgueil, une méchanceté cédant à une autre; car il connaissait qu’il ne pouvait rien entreprendre sans la permission du Tout-Puissant. Et il se serait humilié une infinité de fois pour pouvoir tenter notre Seigneur Jésus-Christ, et singulièrement sa très-sainte Mère, appréhendant qu’elle ne lui écrasât la tête.

126. Le Seigneur lui répondit: «Tu ne dois pas, Satan, par justice, demander cette permission; car le Verbe incarné est ton Dieu, ton Seigneur toutes puissant et ton Souverain, quoiqu’il doive être a homme véritable tout ensemble, et tu n’es que sa a créature. Que si les autres hommes pèchent et que tu les soumettes par leurs péchés à ta volonté, il n’est pas possible que tu trouves le péché en mon Fils unique incarné. Si les hommes deviennent par ton moyen esclaves du péché, le Christ doit être saint, juste et séparé des pécheurs , qu’il rachètera et relèvera s’ils tombent. Cette femme contre qui tu es si fort enragé, quoiqu’elle soit une pure créature et fille d’un pur homme, sera néanmoins par ma détermination préservée du péché, et elle a sera toujours toute mienne; et je ne veux pas que par aucun titre et par aucun droit tu aies jamais sur elle aucun pouvoir.»

127. A, quoi Satan repartit: «Quel mérite et quelle sainteté si singulière trouvera-t-on en cette femme si elle ne doit jamais avoir aucun ennemi qui la persécuté et qui l’incite au péché? Cela n’est nullement de l’équité ni de la droite justice, et ne peut être ni raisonnable, ni louable.» Lucifer ajouta plusieurs autres blasphèmes avec un orgueil téméraire. Mais le, Très-Haut, qui dispose tout avec une sagesse infinie, lui répondit: «Je te permets de tenter le Christ, car il sera en ceci le modèle et le maître des autres. Je te permets aussi de persécuter cette à femme, mais tu ne la toucheras pas en sa vie naturelle, ne voulant pas en ceci exempter le Christ u et sa Mère, mais au contraire je consens que tu lés a tentes comme les autres.» Le dragon fut plus satisfait de cette permission que de toutes celles qu’il avait reçues de persécuter tous lés hommes en général; et il détermina d’y porter un plus grand soin dans l’exécution (comme il fit en effet), qu’en aucun autre de ses ouvrages, et dune se fier en cela à aucun autre démon, mais d’en prendre lui-même le soin. Et c’est pourquoi l’évangéliste continue:

128. Le dragon persécuta la femme qui avait enfanté le Fils: parce qu’en ayant obtenu la permission du Seigneur, il combattit d’une manière inouïe et persécuta celle qu’il s’imaginait pouvoir être la Mère de Dieu incarné. Et parce que je dirai en son lieu quels furent ces essais et ces combats, je dis seulement ici qu’ils furent au-dessus de toute imagination humaine. La manière d’y résister et de les vaincre avec tant de gloire fut aussi admirable, puisqu’il est dit que pour se défendre du dragon: Il lui fut donné deux ailes d’un grand aigle, afin quelle s’envolât dans le désert en son lieu, où elle est nourrie pendant un temps et des temps . La très-sainte Vierge reçut ces deux ailes avant que, d’entrer en ce combat, car le Seigneur la prévint par des dons et des faveurs particulières. L’une des ailes fut une science infuse qu’elle reçut de nouveau des plus grands mystères et des secrets divins. L’autre fut une nouvelle et très-profonde humilité, comme je l’expliquerai dans la suite. Elle s’envola avec ces deux ailes vers le Seigneur, comme vers son centre, car elle ne vivait et n’opérait qu’en lui seul. Elle vola comme un sigle royal, sans jamais se tourner du côté de l’ennemi, étant la seule en ce vol, vivant dans un lieu désert de tout ce qui est créé et terrestre, et seule avec la seule Divinité, sa dernière fin. Dans cette solitude, elle fut nourrie pendant un temps et des temps; nourrie de la très-douce manne et de l’aliment de la grâce et des paroles divines; et fortifiée par les faveurs du bras du Tout-Puissant, pour un temps et par des temps; parce qu’elle reçut durant sa vie cette nourriture, et principalement dans ce temps auquel elle soutint les plus grands efforts de Lucifer, car elle fut alors secourue par des faveurs plus grandes et plus proportionnées. Pour un temps et par des temps s’explique aussi de cette félicité éternelle où toutes ses victoires furent récompensées et couronnées.

129. Et la moitié d’un temps hors de la présence du serpent . Cette moitié de temps fut celui que la très-sainte Vierge vécut sur la terre, délivrée de la persécution du dragon et de; sa présence; car, après l’avoir vaincu dans les combats qu’elle eut avec lui par la disposition divine, elle en fut délivrée comme victorieuse. Et ce privilège lui fut accordé, afin qu’elle jouit de la paix et du calme qu’elle avait mérité étant victorieuse de l’ennemi, comme je le dirai ci-après. Mais l’évangéliste dit que, pendant que la persécution dura, le serpent jeta de sa gueule après la femme comme un fleuve d’eau, afin qu’elle fût emportée parle courant mais la femme fut secourue par la terre, qui s’ouvrit et engloutit le fleure que le dragon avait jeté . Lucifer exerça toute sa malice et toutes ses forces contre cette divine Reine, et lui en donna les prémices, parce que tous ceux qui en ont été tentés lui étaient moins importants que la seule Marie. Et les tromperies, les méchancetés et les tentations sortaient avec plus de violence de la gueule de ce dragon coutre elle, que les eaux impétueuses d’un fleuve précipité ne courent dans leurs abîmes. Mais la terre lui fut favorable, parce que la terre de son corps et de ses passions ne fut point maudite, et n’eut aucune part ù cette sentence ni au châtiment que Dieu fulmina contre nous en Adam et Ève, que notre terre serait maudite, et qu’elle produirait des épines au lieu de fruits , restant blessée en sa nature par l’aiguillon du péché, qui nous pique et nous contrarie toujours, et dont le démon se sert pour perdre les hommes, car il trouve en nous ces armes si fortes et si puissantes contre nous-mêmes; et, se prévalant de nos propres inclinations, il nous entraîne par des charmes trompeurs, par des plaisirs apparents et par ses fausses persuasions, après les objets sensibles et terrestres.

130. Mais la très-pure Marie, qui fut une terre sainte et bénie du Seigneur, sans aucune atteinte de ce fatal aiguillon ni d’aucun autre effet du péché, était si assurée en la terre, qu’elle n’en pouvait recevoir aucun dommage; au contraire, elle fût favorisée par ses inclinations très-bien réglées et entièrement soumises à la raison et à la grâce. Ainsi elle s’ouvrit pour engloutir le fleuve des tentations que le dragon lui vomissait inutilement, car il n’y trouva pas la matière disposée ni aucun penchant au péché, comme il arrive aux autres enfants d’Adam, dont les passions dépravées et terrestres aident plutôt à grossir ce fleuve qu’à le tarir, parce que nos passions et notre nature corrompue s’opposent toujours à la raison et à la vertu. Le dragon connaissant combien ses prétentions étaient inutiles contre cette mystérieuse femme, il est ajouté:

131. Ce qui anima le dragon contre la femme; et il s’en alla faire la guerre aux autres de sa génération qui gardent les commandements de Dieu et qui ont le témoignage de Jésus-Christ . Ce grand dragon ayant été entièrement vaincu par la glorieuse Reine de tout ce qui est créé, s’en alla pour éviter la confusion du nouveau tourment que lui et tout l’enfer devaient recevoir de sa,témérité, et se détermina de faire une cruelle guerre aux autres âmes de la même espèce et génération que la très-sainte Vierge, qui sont les fidèles marqués en leur baptême du caractère et du sang de Jésus-Christ pour garder ses témoignages. Car Lucifer et ses mous tournèrent toute leur rage avec plus de violence contre la sainte Église et contre ses membres, quand ils virent qu’ils ne pouvaient rien gagner contre notre Seigneur Jésus-Christ leur chef, ni contre sa très-sainte Mère, s’attachant singulièrement à faire la guerre avec une indignation particulière aux vierges consacrées à Jésus-Christ, et faisant tout leur possible pour détruire cette vertu de chasteté virginale, comme une semence choisie, et comme les précieux gages de la très-chaste Vierge et Mère de l’Agneau. C’est pourquoi l’Évangéliste dit, en achevant le chapitre, que:

132. Le dragon s’arrêta sur le sablon de la mer , qui est la vanité méprisable de ce monde, dont le dragon se nourrit et la broute comme de l’herbe. Tout ceci se passa dans le ciel, et -plusieurs choses furent manifestées aux anges dans les décrets de la volonté divine touchant les privilèges qui s’y préparaient pour la Mère du Verbe, dans le sein de laquelle il devait se faire homme. Je n’ai pas bien pu déclarer tout ce que j’en ai découvert; car je suis devenue plus pauvre par l’abondance des mystères, et les termes me manquent pour les exprimer.

La cité mystique de Dieu – Chapitre IX

Qui poursuit l’explication du chapitre douzième de l’Apocalypse.

106. Il se donna une grande bataille dans le ciel Michel et ses anges combattaient contre le dragon, et le dragon combattait, et ses anges. Le Seigneur ayant manifesté ce qu’il fut dit aux bons et aux mauvais anges, le prince saint Michel et ses compagnons combattirent par la permission divine avec le dragon et ses sectateurs. Et cette bataille fut admirable, parce qu’ils combattaient avec leurs entendements et leurs volontés. Saint Michel, avec le zèle de l’honneur de Dieu, dont son cœur était enflammé, et orné de son pouvoir divin et de sa propre humilité, résista à l’orgueil insolent du dragon, et lui dit: «Le Très-Haut est digne d’honneur, de louange et de respect, d’être aimé, craint et obéi de toutes les créatures; il peut opérer tout ce qui lui plaira, il ne peut rien vouloir qui ne soit très juste; c’est lui qui est incréé et indépendant de tout autre être; qui nous a donné gratuitement celui que nous avons, en nous créant et nous tirant du néant, et qui peut créer d’autres créatures selon son bon plaisir. Il est raisonnable que, prosternés et humiliés devant cet Être digne d’un infini respect, nous adorions sa majesté et ses grandeurs royales. Venez donc, anges! suivez-moi, adorons-le, louons ses secrets et ses admirables jugements, ses œuvres très-parfaites et saintes. Il est Dieu, très-élevé et au-dessus de toutes les créatures; et il ne le serait pas si nous pouvions pénétrer et comprendre ses merveilleux ouvrages. Il est infini en sagesse et en bonté, riche en ses trésors et en ses bienfaits; il peut, comme Seigneur de toutes choses, qui n’a besoin de personne, les communiquer à qui lui plaira, ne pouvant errer en son choix. Il peut aimer, et se donner à ceux qu’il aime, aimer qui lui plaira, élever, créer et enrichir ce qui lui sera le plus agréable; et il sera en toutes ses ouvres sage, saint et puissant. Adorons-le donc avec actions de grâces, pour le grand ouvrage de l’incarnation qu’il a déterminé, pour les faveurs qu’il prétend faire à son peuple, et pour sa réparation en cas qu’il vienne à tomber. Adorons ce suppôt des deux natures, la divine et l’humaine; recevons-le pour notre chef; avouons qu’il est digne de toute a gloire, louange et magnificence; et reconnaissons en lui la vertu et la divinité, comme auteur de grâce et de la gloire.»

107. Saint Michel et ses anges se servaient de ces armes comme de foudres invincibles, et combattaient le dragon et les siens, qui se défendaient par des blasphèmes. Car ne pouvant résister à la vue de ce prince céleste, il enrageait dans sa fureur, et par le tourment qu’il ressentait, il aurait bien voulu fuir. Mais la volonté divine ordonna que non-seulement il serait puni, mais qu’il serait aussi vaincu, et qu’il connaîtrait malgré lui la vérité et le pouvoir de Dieu, quoiqu’il dit en blasphémant: «Dieu est injuste d’élever la nature humaine au-dessus de l’angélique. Je suis le plus beau et le plus excellent de a tous les anges, et c’est pour cela que le triomphe m’est cil. Je mettrai mon trône au-dessus des a étoiles, je serai semblable au Très-Haut , et je ne me soumettrai à aucun qui soit d’une nature inférieure à la mienne, ni je ne consentirai jamais que personne me précède ni soit plus grand que moi.» Les anges apostats, complices de Lucifer, répétaient la même chose. Mais saint Michel lui repartit: «Qui est celui qui pourra s’égaler et se comparer au Seigneur, qui habite les cieux? Tais-toi, ennemi de tout bien, et arrête tes horribles blasphèmes; et puisque l’iniquité t’a possédé, sépare-toi de nous, malheureux, et marche avec ton ignorance aveugle et ta méchanceté dans la nuit ténébreuse, et au chaos des peines infernales. Et nous, O esprits du Seigneur, adorons et honorons cette heureuse femme qui doit donner chair humaine su Verbe éternel, et reconnaissons-la pour notre Reine et notre Maîtresse.»

108. Ce grand signe de la Reine servait de bouclier et d’armes offensives aux bous anges qui combattaient contre les mauvais, car à sa vue les raisons et les résistances de Lucifer perdaient leurs forces; et il était troublé et comme consterné, ne pouvant supporter les secrets mystérieux qui étaient représentés en ce signe. Et comme ce signe mystérieux avait paru par la vertu divine, sa Majesté voulut que l’autre figure ou signe du dragon roux parût aussi, et qu’il fût en ce signe honteusement précipité du ciel avec effroi, avec terreur de ses sectateurs et avec admiration des anges confirmés; car tout cela fut causé par cette nouvelle démonstration du pouvoir et de la justice divine.

109. Il est difficile d’exprimer par nos faibles paroles ce qui se passa dans cette mémorable bataille, à cause du peu de proportion qu’il y a de nos raisonnements matériels avec la nature et les opérations relevées de ces nobles esprits angéliques. Mais les mauvais ne furent pas les plus forts , parce que l’injustice, le mensonge, l’ignorance et la malice ne sauraient prévaloir à l’équité, à la vérité, à la lumière et à la bonté; ni ces vertus né peuvent être vaincues par les vices. Et pour cette raison saint Jean dit que dès lors leur place ne se trouva plus dans le ciel. Ces anges ingrats se rendirent indignes par les péchés qu’ils commirent, de la vue éternelle et de la compagnie du Seigneur; et leur mémoire fut rayée de son entendement, où ils étaient, avant que de tomber, comme écrits parles dons de grâce qu’il leur avait donnés; et comme ils furent privés du droit qu’ils avaient aux lieux qui leur étaient destinés s’ils eussent obéi, ce droit fut transporté aux hommes, et leurs places leur furent destinées, les vestiges des anges apostats restant si fort effacés qu’ils ne se trouvèrent plus au ciel. O méchanceté malheureuse, et jamais trop exagéré malheur, digne d’une punition si épouvantable et si formidable! Il ajoute et dit:

110. Et ce grand dragon, ce serpent ancien appelé diable et Satan, qui séduit tout le monde, fut précipité; et il fut jeté en terre, et ses anges le furent avec lui . Le prince saint Michel précipita du ciel Lucifer changé en dragon, avec cette parole invincible: Qui est égal à Dieu? qui fut si efficace, qu’elle eut le pouvoir d’abattre ce superbe géant et toutes ses troupes, et de les foudroyer avec une horrible infamie pour eux, aux plus bas lieux de la terre; celui-là commençant de recevoir avec son malheur et sa punition, les nouveaux noms de dragon, de serpent, de diable et de Satan, que le saint archange lui donna dans cette bataille, et, qui découvrent son iniquité et sa malice., qui l’ayant privé de la félicité et de l’honneur dont il s’était rendu indigne, le privèrent aussi des noms et des titres honorables, et lui procurèrent ceux qui déclarent son infamie. La méchante proposition et l’injuste commandement qu’il fit à ses confédérés de tromper et, de pervertir tous les mortels, publient assez son iniquité. Mais le mal qu’il se proposait de faire à tout le genre humain, l’accompagna dans les enfers, et, comme dit lame en son chapitre quatorzième, su profond du lac, où son cadavre fut livré au ver dévorant de sa mauvaise conscience, tout ce que le prophète dit en cet endroit se trouvant accompli en Lucifer.

111. Le ciel demeura purgé des mauvais anges, et le voile qui couvrait la Divinité fut ôté pour la gloire et le bonheur des bons et obéissants; ceux-ci restèrent triomphants et glorieux, et les rebelles châtiés en même temps. L’évangéliste poursuit qu’il ouit une grande voix dans le ciel disant: Maintenant le salut, la force, le règne de notre Dieu et la puissance de son Christ sont assurés; car l’accusateur de nos frères qui les accusait devant la face de notre Dieu jour et nuit, est rejeté . Cette voix que l’évangéliste ouït fut celle de la personne du Verbe, que tous les anges fidèles entendirent; et ses échos arrivèrent jusque dans l’enfer, où ils firent trembler et transir les malheureux exilés, quoiqu’ils n’y pénétrassent pas tous ses mystères, mais seulement ce que le Très-Haut leur voulut manifester pour leur peine et leur punition. Ce fut la vois du Fils au nom de l’humanité qu’il devait prendre, demandant au Père éternel que le salut, la force, le règne de sa Majesté et la puissance du Christ se fissent; parce que l’accusateur des frères du même Christ, notre Seigneur, qui étaient les hommes, venait d’être rejeté. Et ce fut comme une, requête faite devant le trône de la très-sainte Trinité en faveur du salut et de la force; afin que les mystères, de l’incarnation et de la rédemption fussent confirmés contre l’envie et la fureur de Lucifer, qui était descendu du ciel tout irrité contre la nature humaine dont le Verte se devait revêtir. C’est pourquoi il les appela par un amour souverain et une compassion tendre, frères; il dit que Lucifer les accusait jour et nuit, parce qu’il les accusa en présence du Père éternel et de toute la très-sainte Trinité, au jour qu’il jouissait de la grâce, commençant dès lors de nous mépriser par son orgueil; et ensuite il nous accuse avec bien plus de rage dans la nuit de ses ténèbres et de notre chute, sans que cette accusation et cette persécution cessent jamais, tant que le monde durera. Et il appela force, puissance et règne, les œuvres et les mystères de l’incarnation et de la mort de Jésus-Christ, car tout cela s’y trouva; et la force et la puissance s’y manifestèrent contre Lucifer.

112. Ce fut la première fois que le Verbe intercéda au nom de l’humanité pour les hommes devant le trône de la Divinité; et à notre façon de concevoir, le Père éternel conféra sur cette demande avec les personnes de la très-sainte Trinité; et manifestant en partie aux anges bienheureux le décret que le divin consistoire avait formé sur ces mystères, il leur dit: «Lucifer a élevé les étendards de l’orgueil et du péché, il poursuivra avec toute sorte d’iniquité et de fureur le genre humain, il en pervertira plusieurs par sa malice, se servant des mènes hommes pour détruire les hommes, et par l’aveuglement que les péchés et les vices leur causeront, ils prévariqueront en divers temps avec une ignorance dangereuse; mais l’orgueil, le mensonge et toutes sortes de péchés et de vices sont infiniment éloignés de notre être et de notre volonté. Élevons donc le triomphe de la vertu et de la sainteté; que la seconde personne s’incarne et qu’elle soit passible peur cet effet; qu’elle enseigne et rende recommandable l’humilité, l’obéissance et toutes les vertus; qu’elle opère le salut des mortels, et que cette personne étant Dieu véritable, s’humilie et devienne le moindre de tous; qu’il soit homme juste, le modèle et le maure de toute sainteté, et qu’il meure pour le salut de ses frères. Que la seule vertu soit reçue à notre tribunal, comme celle qui triomphe toujours des vices. Élevons les humbles, et humilions les superbes; faisons que les travaux et ceux qui les souffriront soient glorieux à notre bon plaisir. Déterminons d’assister les affligés et les persécutés , et que nos amis soient corrigés et affligés; qu’ils acquièrent par ces moyens notre grâce et notre amitié, et qu’ils opèrent aussi leur salut selon leur pouvoir, en pratiquant la vertu. Que ceux qui pleurent soient bienheureux; que les pauvres et ceux qui souffrent pour la justice et pour Jésus-Christ leur chef, soient heureux; que les humbles a soient exaltés, et les doux de cœur élevés. Aimons les pacifiques comme nos enfants. Que ceux qui pardonneront, souffriront les injures et aimeront leurs ennemis, nous soient très-chers . Préparons-leur à tous une abondance de fruits, de bénédictions de notre grâce, et le prix d’une gloire éternelle dans le ciel. Mon Fils inique établira cette doctrine, et ceux qui la suivront seront nos élus et nos bien-aimés , consolés et récompensés; et leurs bonnes œuvres seront conçues dans notre entendement comme cause première de toute vertu Permettons aux méchants d’opprimer les bons et de coopérer à leur couronne, pendant qu’ils méritent pour eux-mêmes des punitions. Qu’il arrive des scandales à l’égard des bons; que celui qui les cause soit malheureux , et bienheureux celui qui les reçoit. Que les enflés d’orgueil, les grands et les puissants affligent, blasphèment et oppriment les humbles, les faibles et les pauvres; et que ceux-ci, au lieu de malédictions, leur donnent des bénédictions ; qu’ils soient réprouvée des hommes durant leur vie mortelle, placés ensuite avec les bienheureux esprits angéliques nos enfants, et jouissent des places et des récompenses que les infortunés et les malheureux ont perdues. Que les obstinés et a les superbes soient condamnés à la mort éternelle, où ils connaîtront leur procédé imprudent et leur folle arrogance.»

113. «Afin que tous aient un véritable modèle et une grâce surabondante, s’ils en veulent faire leur a profit, que mon Fils descende passible pour réparer a et pour racheter les hommes (que Lucifer fera déchoir de leur état heureux), et relevons-les par ses a mérites infinis. Déterminons à présent que le salut soit fait, et qu’il y ait un Rédempteur et un Maître, qui mérite et enseigne, naissant et vivant pauvre , mourant méprisé et condamné par les hommes à une mort très-ignominieuse ; qu’il a soit réputé pour pécheur et coupable, et qu’il satisfasse à notre justice pour l’offense du péché ; et usons par ses mérites prévus de notre miséricorde et de notre clémence. Que tous sachent que l’humble, le pacifique, et celui qui pratiquera la vertu, qui souffrira et qui pardonnera, celui-là suivra notre Christ et sera notre fils. Que personne a ne pourra entrer par sa volonté libre dans notre royaume, si avant toutes choses il ne renonce à soi-même, et ne suit son chef et son maître en portant sa croix . Et celui-ci sera notre royaume, composé des parfaits qui auront légitimement travaille et combattu, persévérant jusqu’à la fin . Ceux-là participeront à la puissance de notre a Christ, qui vient d’Atre faite et déterminée, parce que l’accusateur de ses frères a été vaincu et rejeté: et son triomphe est fait; afin que les relevant et purifiant par son sang, il soit exalté et glorifié; car lui seul sera la voie, la lumière, la vérité et la vie , par lequel les hommes viendront à moi. Lui seul ouvrira les portes du ciel et le livre de la loi a de grâce, ; il sera médiateur et avocat des mortels , et ils auront en lui un père, un frère et un protecteur, puisqu’ils ont un persécuteur et un a accusateur. Et que les anges, qui comme nos fidèles x enfants ont aussi opéré le salut et la vertu, et défendu la puissance de mon Christ, soient couronnés et honorés en notre présence pendant toute l’éternité.»

114. Cette vois (qui contient les mystères cachés dès la constitution du monde , et manifestés par la doctrine et par la vie de Jésus-Christ) sortait du trône, et disait plus que je ne puis expliquer. C’est par elle que les commissions que les anges bienheureux devaient exercer leur furent intimées. Elle déclara à saint Michel et à saint Gabriel qu’ils seraient ambassadeurs du Verbe incarné et de Marie sa très-sainte Mère, et qu’ils seraient ministres de l’incarnation et de la rédemption; et plusieurs autres anges furent destinés avec ces deux princes pour le même ministère, comme je le dirai dans la suite de cet ouvrage. Le Tout-Puissant destina et commanda à d’autres anges d’accompagner et d’assister les âmes; de leur inspirer et enseigner la sainteté et les vertus contraires aux vices auxquels Lucifer avait proposé de les exciter; il leur enjoignit aussi de les défendre, de les garder et de les porter en leurs mains, afin que les justes ne bronchassent contre les pierres , qui sont les tromperies et les embûches que leurs ennemis leur devaient tendre.

115. Plusieurs autres choses furent décrétées en cette occasion, ou dans ce temps, auquel l’évangéliste dit que la puissance, le salut, la force et le règne de Jésus-Christ furent faits; mais ce qui s’y opéra mystérieusement fut que les prédestinés y furent déterminés, mis en un certain nombre, et écrits dans l’entendement divin, par les mérites prévus de notre Seigneur Jésus-Christ. O mystère, ô secret ineffable de ce qui se passa dans le sein de Dieu! O heureux sort pour les élus! Quel point si important, quel mystère si digne de la Toute-Puissance divine, et quel triomphe de la puissance de Jésus-Christ! Heureux mille et mille fois les membres qui furent déterminés et unis à un tel chef! O Église grande, peuple choisi et congrégation sainte, digne d’un tel prélat et d’un tel maître! En la considération d’un si haut mystère, tous les entendements créés s’abîment, mes raisonnements se suspendent, et ma langue devient muette.

116. Dans le consistoire des trois personnes divines ce livre mystérieux de l’Apocalypse fut donné, et comme consigné au Fils unique du Père éternel, ayant été pour lors composé, signé, et scellé avec les sept sceaux dont l’évangéliste fait mention , jusqu’à ce qu’il prit chair humaine, et qu’il l’ouvrît en décachetant par son ordre les sceaux avec tous les mystères qu’il opéra dès sa naissance, pendant sa vie et en sa mort. Ce que le livre contenait était tout ce que la très-sainte Trinité décréta depuis la chute des anges, et qui appartient à l’incarnation du Verbe, à la loi de grâce, aux dix commandements, et aux sept sacrements, à tous les articles de la foi, à ce qu’ils contiennent, à l’ordre et à la disposition de toute l’Église militante, donnant puissance au Verbe, afin que s’étant incarné, il communiquât comme souverain prêtre et saint pontife le pouvoir et les dons nécessaires aux apôtres, aux autres prêtres et ministres de cette Église.

117. La loi évangélique tira de là son principe mystérieux. Dans ce trône et consistoire très-secret fut établi et écrit dans l’entendement divin, que ceux qui garderaient cette loi seraient écrits au livre de vie. De là sortirent les pontifes et les prélats, de même que leurs titres de successeurs ou vicaires du Père éternel. Les débonnaires, les pauvres, les humbles: et toua les justes n’ont point d’autre principe que sa Majesté, qui fut et qui est leur très-noble origine; ce qui nous fait dire que qui obéit aux supérieurs obéit à Dieu, et qui les méprise le méprise aussi . Tout ceci fut décrété dans les idées et dans l’entendement divins. On y donna à notre Seigneur Jésus-Christ la puissance d’ouvrir en son temps ce livre, qui fut fermé et scellé jusqu’alors. Et en attendant, le Très-Haut donna son Testament et les témoignages de ses paroles divines en la loi naturelle et écrite, par des œuvres mystérieuses manifestant aux patriarches et aux prophètes une partie de ses secrets.

118. Il dit que par ces témoignages et par le sang de l’Agneau: Les justes le vainquirent ; car quoique le sang de notre Rédempteur Jésus-Christ fût suffisant et surabondant pour rendre tous les mortels vainqueurs du dragon leur accusateur; que les témoignages et les paroles infaillibles de ses prophètes soient d’un très-grand secours et d’une grande force pour arriver au salut éternel; néanmoins les justes coopèrent avec leur libre arbitre à l’efficace de la passion de Jésus-Christ, de la rédemption du monde et des saintes Écritures, et en obtiennent le fruit par les victoires qu’ils remportent sur eux-mêmes et sur le démon, en coopérant à la grâce. Et ils ne le vaincront pas seulement en ce que Dieu commande et demande d’ordinaire; mais par sa vertu et par sa grâce ils y ajouteront encore de donner leurs âmes, et de les sacrifier jusqu’à la mort pour le même Seigneur et pour ses témoignages , pour obtenir et pour mériter la couronne et le triomphe de Jésus-Christ, comme les martyrs ont fait pour la défense de la foi.

119. Le texte ajoute à cause de tous ces mystères, et dit: Réjouissez-vous, cieux, et vous qui habitez en eux . Réjouissez-vous, parce que vous devez être la demeure éternelle des justes et du Juste des justes, Jésus-Christ, et de sa très-sainte Mère. Réjouissez-vous, cieux, parce que le sort favorable que vous recevez n’est arrivé en aucune créature matérielle et inanimée; puisque vous devez être le palais du Dieu tout-puissant, lui servir d’une éternelle demeure, et recevoir pour votre reine la plus pure et la plus sainte de toutes les créatures. Réjouissez-vous, cieux, pour tous ces avantages, et vous qui habitez ces heureuses demeures, anges et justes, qui devez être associés et ministres de ce Fils du Père éternel et de sa Mère, et membres de ce corps mystique dont le même Jésus-Christ est le chef. Réjouissez-vous, anges fidèles, parce qu’en les secourant et les gouvernant par votre protection et par votre garde, vous augmenterez le pria de votre joie accidentelle. Que saint Michel, prince de la milice céleste, se réjouisse singulièrement, parce qu’il a défendu dans la bataille la gloire du Très-Haut et de ses mystères adorables, et qu’il sera ministre de l’incarnation du Verbe, et témoin particulier de ses effets jusqu’à la fin. Que tous ses alliés et défenseurs du nom de Jésus-Christ et de sa Mère se réjouissent avec lui de ce qu’ils ne perdront point dans tous ces ministères la jouissance de la gloire essentielle qu’ils possèdent déjà, et que les cieux fassent fête pour des mystères si relevés et si divins.