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Benedictio rosarum societatis sacratissimi Rosarii

Seul un père dominicain ou un prêtre qui en a le pouvoir peut rendre un chapelet rosarié avec la formule suivante.

BENEDICTIO ROSARUM SOCIETATIS SACRATISSIMI ROSARII

Propria ejusdem Ordinis

V. Adjutórium nostrum in nómine Dómini.
R. Qui fecit cælum et terram.

V. Dóminus vobíscum.
R.Et cum spíritu tuo.

Orémus.                                                 Oratio

Deus, creátor et conservátor géneris humáni, dator grátiæ spirituális, et largítor ætérnæ salútis, benedictióne tua sancta béne  dic has rosas, quas pro grátiis tibi exsolvéndis cum devotióne ac veneratióne beátæ sempérque Vírginis Maríæ, ejúsque Rosárii, hódie tibi præsentámus et pétimus benedíci: et infúnde eis per virtútem sanctæ Cru cis benedictiónem cæléstem, qui eas ad odóris suavitátem, et repelléndas infirmitátes humáno úsui tribuísti; talémque signáculo sanctæ Cru  cis benedictiónem accípiant, ut, quibuscúmque in infirmitátibus appósitæ fúerint, seu qui eas in dómibus suis portáverint, ab infirmitáte sanéntur: discédant diáboli, contremíscant et fúgiant pávidi cum suis minístris de habitatiónibus illis, nec ámplius tibi serviéntes inquietáre præsúmant. Per Christum Dóminum nostrum. R. Amen.

Et aspergantur aqua benedicta.

Bénédiction spéciale pour la Croix et/ou médaille de St-Benoît

Le pouvoir de bénir-exorciser la Médaille de St-Benoît (ou la Croix de St-Benoît) était autrefois réservée aux Bénédictins (de l’Ordre de Saint Benoît). Depuis le Concile Vatican II, il n’existe plus de bénédictions réservées. Tout prêtre catholique (non suspens et non excommunié) peut donc désormais bénir et exorciser Croix et Médailles de St-Benoît avec la formule suivante:

Le prêtre revêt l’étole et se sert de l’eau bénite.

 Bénédiction de la croix

V/  Nous vous prions Seigneur, Père tout-puissant, Dieu éternel, de bénir cette croix afin qu’elle soit un remède salutaire pour les hommes, un appui ferme pour leur foi, un stimulant pour les bonnes œuvres ; qu’elle soit salut pour les âmes, consolation, protection et bouclier contre les traits cruels des ennemis. Par le Christ Notre-Seigneur.
R/ Amen

Bénédiction de la médaille

V/ Je vous exorcise, médailles, par Dieu  le Père Tout-Puissant, qui a fait le ciel et la terre, la mer et tout ce qui est en eux. Que toute puissance de l’adversaire, toute assemblée diabolique, tout assaut et toute possession de Satan soient éradiqués et arrachés de ces médailles, afin qu’elles soient salut de l’âme et du corps pour tous ceux qui les porteront, au Nom du Père Tout-Puissant, et de Jésus-Christ, son Fils,  Notre-Seigneur, et du Saint-Esprit  Consolateur, et dans la charité du même Seigneur Jésus-Christ qui viendra pour juger les vivants et les morts et le monde par le feu.

R/ Amen.

V/ Seigneur, exaucez ma prière.

R/ Et que mon cri parvienne jusqu’à Vous.

V/ Le Seigneur soit avec vous.

R/ Et avec votre esprit.

V/ Prions – Nous vous supplions, Dieu tout-puissant, dispensateur de tout bien, de répandre votre bénédiction sur ces médailles par l’intercession du Saint Père Benoît, afin que tous ceux qui les porteront tout en étant attentifs à accomplir les bonnes œuvres, méritent d’obtenir la santé de l’âme et du corps, la grâce de la sanctification, ainsi que les indulgences qui nous ont été concédées. Que par le secours de votre miséricorde, ils s’appliquent à éviter tout piège et tromperie du démon, et qu’ils soient trouvés dignes de paraître saints et sans tâches en votre présence. Par le Christ Notre Seigneur.

V/ Amen.

Source

Le Secret Admirable du Très Saint Rosaire – Appendice

APPENDICE

MÉTHODES POUR RÉCITER LE ROSAIRE

Méthodes saintes pour réciter le saint Rosaire et attirer sur soi la grâce des mystères de la vie, de la passion et de la gloire de Jésus et de Marie

1ère Méthode

Veni, Sancte Spiritus, etc.

Offrande générale du Rosaire

155. Je m’unis à tous les saints qui sont dans le ciel, à tous les justes qui sont sur la terre; je m’unis à vous, mon Jésus, pour louer dignement votre sainte Mère et vous louer en Elle et par Elle. Je renonce à toutes distractions qui me pourront venir pendant ce chapelet.

Nous vous offrons, sainte Vierge, ce Credo pour honorer votre foi sur la terre et vous demander part à cette même foi.

Nous vous offrons ce Pater, Seigneur, pour vous adorer dans votre unité, et vous reconnaître comme le premier principe et la fin de toutes choses.

Nous vous offrons, très sainte Trinité, ces trois Ave Maria pour vous remercier de toutes les grâces que vous avez faites à Marie, et que vous nous avez faites par son intercession.

1 Pater et 3 Ave, Gloria Patri.

Offrandes particulières des dizaines

Mystères Joyeux

156. A la première dizaine. — Nous vous offrons cette première dizaine, Seigneur Jésus, en l’honneur du mystère de votre Incarnation, et nous vous demandons, par ce mystère et par l’intercession de votre sainte Mère, une profonde humilité de cœur.

1 Pater, 10 Ave Maria, Gloria Patri.

Grâce du mystère de l’Incarnation, descendez dans mon âme et la rendez vraiment humble.

A la deuxième dizaine. — Nous vous offrons, Seigneur Jésus, cette deuxième dizaine en l’honneur de la Visitation de votre sainte Mère à sa cousine sainte Élisabeth, et nous vous demandons, par ce mystère et l’intercession de Marie, une parfaite charité envers notre prochain.

1 Pater, 10 Ave Maria, Gloria Patri.

Grâce du mystère de la Visitation, descendez dans mon âme et la rendez vraiment charitable.

A la troisième dizaine. — Nous vous offrons cette troisième dizaine, Enfant Jésus, en l’honneur de votre sainte Nativité, et nous vous demandons, par ce mystère et l’intercession de votre sainte Mère, le détachement des biens du monde, l’amour de la pauvreté et des pauvres.

1 Pater, 10 Ave Maria, Gloria Patri.

Grâce du mystère de la Nativité, descendez en mon âme et la rendez pauvre d’esprit.

A la quatrième dizaine. — Nous vous offrons, Seigneur Jésus, cette quatrième dizaine en l’honneur de votre Présentation au temple par les mains de Marie, et nous vous demandons, par ce mystère et l’intercession de votre sainte Mère, le don de la sagesse et la pureté de cœur et de corps.

1 Pater, 10 Ave Maria, Gloria Patri.

Grâce du mystère de la Purification, descendez dans mon âme et la rendez vraiment sage et vraiment pure.

A la cinquième dizaine. — Nous vous offrons, Seigneur Jésus, cette cinquième dizaine en l’honneur de votre Recouvrement par Marie au milieu des docteurs, lorsqu’elle vous eut égaré, et nous vous demandons, par ce mystère et l’intercession de votre sainte Mère, notre conversion et celle des pécheurs, hérétiques, et schismatiques, et idolâtres.

1 Pater, 10 Ave Maria, Gloria Patri.

Grâce du mystère du Recouvrement de Jésus au Temple, descendez dans mon âme et la convertissez véritablement.

Mystères Douloureux

157. A la sixième dizaine. — Nous vous offrons, Seigneur Jésus, cette sixième dizaine en l’honneur de votre Agonie mortelle au jardin des Olives, et nous vous demandons, par ce mystère et par l’intercession de votre sainte Mère, une parfaite contrition de nos péchés et une parfaite conformité à votre sainte volonté.

1 Pater, 10 Ave Maria, Gloria Patri.

Grâce de l’Agonie de Jésus, descendez dans mon âme et la rendez vraiment contrite et conforme à la volonté de Dieu.

A la septième dizaine. — Nous vous offrons, Seigneur Jésus, cette septième dizaine en l’honneur de votre sanglante Flagellation, et nous vous demandons, par ce mystère et l’intercession de votre sainte Mère, une parfaite mortification de nos sens.

1 Pater, 10 Ave Maria, Gloria Patri.

Grâce de la Flagellation de Jésus, descendez en mon âme et la rendez vraiment mortifiée.

A la huitième dizaine. — Nous vous offrons, Seigneur Jésus, cette huitième dizaine en l’honneur de votre cruel Couronnement d’épines, et nous vous demandons, par ce mystère et l’intercession de votre sainte Mère, un grand mépris du monde.

1 Pater, 10 Ave Maria, Gloria Patri.

Grâce du mystère du Couronnement d’épines de Jésus, descendez en mon âme et la rendez vraiment contraire au monde.

A la neuvième dizaine. — Nous vous offrons, Seigneur Jésus, cette neuvième dizaine en l’honneur de votre Portement de croix, et nous vous demandons, par ce mystère et l’intercession de votre sainte Mère, une grande patience pour porter notre croix à votre suite tous les jours de notre vie.

1 Pater, 10 Ave Maria, Gloria Patri.

Grâce du mystère du Portement de Croix, descendez en mon âme et la rendez vraiment patiente.

A la dixième dizaine. — Nous vous offrons, Seigneur Jésus, cette dixième dizaine en l’honneur de votre Crucifiement sur le Calvaire, et nous vous demandons, par ce mystère et l’intercession de votre sainte Mère, une grande horreur du péché, l’amour de la Croix, et une bonne mort pour nous et pour ceux qui sont maintenant à l’agonie.

1 Pater, 10 Ave Maria, Gloria Patri.

Grâce du mystère de la Mort et Passion de Jésus-Christ, descendez en mon âme et la rendez vraiment sainte.

Mystères Glorieux

158. A la onzième dizaine. — Nous vous offrons, Seigneur Jésus, cette onzième dizaine en l’honneur de votre triomphante Résurrection, et nous vous demandons, par ce mystère et l’intercession de votre sainte Mère, une vive foi.

1 Pater, 10 Ave Maria, Gloria Patri.

Grâce de la Résurrection, descendez en mon âme et la rendez vraiment fidèle.

A la douzième dizaine. — Nous vous offrons, Seigneur Jésus, cette douzième dizaine en l’honneur de votre glorieuse Ascension, et nous vous demandons, par ce mystère et l’intercession de votre sainte Mère, une ferme espérance et un grand désir du paradis.

1 Pater, 10 Ave Maria, Gloria Patri.

Grâce du mystère de l’Ascension de Jésus-Christ, descendez en mon âme et la rendez vraiment céleste.

A la treizième dizaine. — Nous vous offrons, Saint-Esprit, cette treizième dizaine en l’honneur du mystère de la Pentecôte, et nous vous demandons, par ce mystère et l’intercession de Marie, votre fidèle Épouse, la divine sagesse pour connaître, goûter et pratiquer la vérité et la faire participer à tout le monde.

1 Pater, 10 Ave Maria, Gloria Patri.

Grâce de la Pentecôte, descendez en mon âme et la rendez vraiment sage selon Dieu.

A la quatorzième dizaine. — Nous vous offrons, Seigneur Jésus, cette quatorzième dizaine en l’honneur de la Conception Immaculée et de l’Assomption en corps et en âme de votre sainte Mère dans les cieux, et nous vous demandons, par ces deux mystères et son intercession, une vraie dévotion envers elle, pour bien vivre et bien mourir.

1 Pater, 10 Ave Maria, Gloria Patri.

Grâce de l’Immaculée Conception et de l’Assomption de Marie, descendez en mon âme et la rendez vraiment dévote à Marie.

A la quinzième dizaine. — Nous vous offrons, Seigneur Jésus, cette quinzième et dernière dizaine, en l’honneur du Couronnement de gloire de votre sainte Mère dans les cieux, et nous vous demandons, par ce mystère et son intercession, la persévérance et l’augmentation dans la vertu jusqu’à la mort, et la couronne éternelle, qui nous est préparée. Nous vous demandons la même grâce pour tous les justes et tous nos bienfaiteurs.

1 Pater, 10 Ave Maria, Gloria Patri.

159. Nous vous prions, Seigneur Jésus, par les quinze mystères de votre Vie, votre Mort et Passion, et votre gloire et les mérites de votre sainte Mère, de convertir les pécheurs, d’aider les agonisants, de délivrer les âmes du purgatoire, et de nous donner à tous votre grâce pour bien vivre et bien mourir, et votre gloire pour vous voir face à face et vous aimer pendant l’éternité. Ainsi soit-il.

(2ème) Méthode plus abrégée

pour célébrer la vie, la mort et la gloire de Jésus et de Marie en récitant le saint Rosaire, et pour diminuer les distractions de l’imagination

160. Il faut pour cela ajouter à chaque Ave Maria de chaque dizaine un petit mot qui nous remette en mémoire le mystère qu’on célèbre par la dizaine; et il faut ajouter ce mot après Jésus, au milieu de l’Ave.

A la 1ère dizaine. — Et béni le fruit de votre ventre, Jésus incarné.

A la 2ème dizaine. — Jésus sanctifiant.

A la 3ème dizaine. — Jésus pauvre enfant.

A la 4ème dizaine. — Jésus sacrifié.

A la 5ème dizaine. — Jésus saint des saints.

A la 6ème dizaine. — Jésus agonisant.

A la 7ème dizaine. — Jésus flagellé.

A la 8ème dizaine. — Jésus couronné d’épines.

A la 9ème dizaine. — Jésus portant sa croix.

A la 10ème dizaine. — Jésus crucifié.

A la 11ème dizaine. — Jésus ressuscité.

A la 12ème dizaine. — Jésus montant au cieux.

A la 13ème dizaine. — Jésus vous remplissant du Saint-Esprit.

A la 14ème dizaine. — Jésus vous ressuscitant.

A la 15ème dizaine. — Jésus vous couronnant.

Ensuite, à la fin du premier chapelet, on dit: Grâce des mystères joyeux, descendez en nos âmes et les rendez vraiment saintes.

A la fin du second: Grâce des mystères douloureux, descendez en nos âmes et les rendez vraiment patientes.

A la fin du troisième: Grâce des mystères glorieux, descendez en nos âmes et les rendez éternellement bienheureuses. Ainsi soit-il.

Le Secret Admirable du Très Saint Rosaire – Deuxième Dizaine

DEUXIÈME DIZAINE

L’EXCELLENCE DU SAINT ROSAIRE DANS LES PRIÈRES DONT IL EST COMPOSÉ

11ème Rose

34. Le Credo ou le Symbole des Apôtres qu’on récite sur la croix du rosaire ou du chapelet, étant un sacré raccourci et abrégé des vérités chrétiennes, est une prière d’un grand mérite, parce que la foi est la base, le fondement et le commencement de toutes les vertus chrétiennes, de toutes les vertus éternelles et de toutes les prières que Dieu a pour agréables. Accedentem ad Deum credere oportet (He 11,6). Il faut que celui qui s’approche de Dieu par la prière commence par croire, et plus il aura de foi, et plus sa prière aura de force et de mérite en elle-même et rendra de gloire à Dieu.

Je ne m’arrêterai pas à expliquer les paroles du Symbole des Apôtres; mais je ne puis m’empêcher de déclarer que ces trois premières paroles: Credo in Deum: «Je crois en Dieu», renfermant les actes des trois vertus théologales: la foi, l’espérance et la charité, ont une efficace merveilleuse pour sanctifier l’âme et terrasser le démon. C’est avec ces paroles que plusieurs saints ont vaincu les tentations, particulièrement celles qui sont contre la foi, l’espérance ou la charité, soit pendant la vie, soit à l’heure de la mort. Ce furent les dernières paroles que saint Pierre le martyr écrivit le mieux qu’il put avec le doigt sur le sable, lorsque ayant la tête fendue en deux par un coup de sabre qu’un hérétique lui donna, il était près d’expirer.

35. Comme la foi est la seule clef qui nous fait entrer dans tous les mystères de Jésus et de Marie renfermés au saint Rosaire, il faut le commencer en récitant le Credo avec une grande attention et dévotion, et plus notre foi sera vive et forte, et plus le Rosaire sera méritoire. Il faut que cette foi soit vive et animée par la charité, c’est-à-dire que pour bien réciter le saint Rosaire, il faut être en grâce de Dieu ou dans la recherche de cette grâce; il faut que la foi soit forte et constante, c’est-à-dire qu’il ne faut pas chercher dans la pratique du saint Rosaire seulement son goût sensible et sa consolation spirituelle, c’est-à-dire qu’il ne faut pas l’abandonner parce qu’on a une foule de distractions involontaires dans l’esprit, un dégoût étrange dans l’âme, un ennui accablant et un assoupissement presque continuel dans le corps; il n’est pas besoin de goût ni de consolation, ni de soupirs, ni d’élans, ni de larmes, ni d’application continuelle de l’imagination, pour bien réciter son Rosaire. La foi pure et la bonne intention suffisent. Sola fides sufficit (Pange lingua).

12ème Rose

36. Le Pater, ou l’Oraison dominicale, tire sa première excellence de son auteur, qui n’est pas un homme ou un ange, mais le Roi des anges et des hommes, Jésus-Christ. «Il était nécessaire, dit saint Cyprien, que Celui qui venait nous donner la vie de la grâce comme Sauveur, nous enseignât la manière de prier comme Maître céleste.» La sagesse de ce divin Maître paraît bien dans l’ordre, la douceur, la force et la clarté de cette divine prière; elle est courte, mais elle est riche en instruction, intelligible pour les simples et remplie de mystères pour les savants.

Le Pater renferme tous les devoirs que nous devons rendre à Dieu, les actes de toutes les vertus et les demandes de tous nos besoins spirituels et corporels. Elle contient, dit Tertullien, l’abrégé de l’Évangile. Elle surpasse, dit Thomas à Kempis, tous les désirs des saints, elle contient en abrégé toutes les douces sentences des psaumes et des cantiques; elle demande tout ce qui nous est nécessaire; elle loue Dieu d’une excellente manière; elle élève l’âme de la terre au ciel et l’unit étroitement avec Dieu.

37. Saint Chrysostome dit que celui qui ne prie pas comme le divin Maître a prié et enseigné à prier, n’est pas son disciple, et Dieu le Père n’écoute pas agréablement les prières que l’esprit humain a formées, mais bien celles de son Fils, qu’il nous a enseignées.

Nous devons réciter l’Oraison dominicale avec certitude que le Père éternel l’exaucera, puisqu’elle est la prière de son Fils, qu’il exauce toujours, et que nous sommes ses membres; car que peut refuser un si bon Père à une requête si bien conçue et appuyée sur les mérites et la recommandation d’un si digne Fils?

Saint Augustin assure que le Pater bien récité efface les péchés véniels. Le juste tombe sept fois. L’Oraison dominicale contient sept demandes par lesquelles il peut remédier à ses chutes et se fortifier contre ses ennemis. Elle est courte et facile, afin que, comme nous sommes fragiles et sujets à plusieurs misères, nous recevions un plus prompt secours en la récitant plus souvent et plus dévotement.

38. Désabusez-vous donc, âmes dévotes qui négligez l’Oraison que le propre Fils de Dieu a composée et qu’il a ordonnée à tous les fidèles; vous qui n’avez d’estime que pour les prières que les hommes ont composées, comme si l’homme, même le plus éclairé, savait mieux que Jésus-Christ comment nous devons prier. Vous cherchez dans les livres des hommes la façon de louer et de prier Dieu, comme si vous aviez honte de vous servir de celle que son Fils nous a prescrite. Vous vous persuadez que les oraisons qui sont dans les livres sont pour les savants et pour les riches, et que le Rosaire n’est que pour les femmes, pour les enfants et pour le peuple, comme si les louanges et les prières que vous lisez étaient plus belles et plus agréables à Dieu que celles qui sont contenues dans l’Oraison dominicale. C’est une dangereuse tentation que de se dégoûter de l’Oraison que Jésus-Christ nous a recommandée pour prendre les oraisons que les hommes ont composées. Ce n’est pas que nous désapprouvions celles que les saints ont composées pour exciter les fidèles à louer Dieu, mais nous ne pouvons souffrir qu’ils les préfèrent à l’Oraison qui est sortie de la bouche de la Sagesse incarnée, et qu’ils laissent la source pour courir après les ruisseaux, et qu’ils dédaignent l’eau claire pour boire l’eau trouble. Car enfin le Rosaire, composé de l’Oraison dominicale et de la Salutation angélique, est cette eau claire et perpétuelle qui coule de la source de la grâce, tandis que les autres oraisons qu’ils cherchent dans les livres ne sont que de bien petits ruisseaux qui en dérivent.

39. Nous pouvons appeler heureux celui qui, en récitant l’Oraison du Seigneur, en pèse attentivement chaque parole; là il trouve tout ce dont il a besoin, tout ce qu’il peut désirer.

Quand nous récitons cette admirable prière, tout d’abord nous captivons le cœur de Dieu en l’invoquant par le doux nom de Père.

«Notre Père», le plus tendre de tous les pères, tout-puissant dans la création, tout admirable dans sa conservation, tout aimable dans sa Providence, tout bon et infiniment bon dans la Rédemption. Dieu est notre Père, nous sommes tous frères, le ciel est notre patrie et notre héritage. N’y a-t-il pas là de quoi nous inspirer à la fois l’amour de Dieu, l’amour du prochain et le détachement de toutes les choses de la terre? Aimons donc un tel Père et disons-lui mille et mille fois: «Notre Père qui êtes aux cieux.» Vous qui remplissez le ciel et la terre par l’immensité de votre essence, qui êtes présent partout; vous qui êtes dans les saints par votre gloire, dans les damnés par votre justice, dans les justes par votre grâce, dans les pécheurs par votre patience qui les souffre, faites que nous nous souvenions toujours de notre céleste origine, que nous vivions comme vos véritables enfants; que nous tendions toujours vers vous seul par toute l’ardeur de nos désirs.

«Que votre nom soit sanctifié.» Le nom du Seigneur est saint et redoutable, dit le prophète-roi, et le ciel, suivant Isaïe, retentit des louanges que les séraphins ne cessent de donner à la sainteté du Seigneur, Dieu des armées. Nous demandons ici que toute la terre connaisse et adore les attributs de ce Dieu si grand et si saint; qu’il soit connu, aimé et adoré des païens, des Turcs, des Juifs, des Barbares et de tous les infidèles; que tous les hommes le servent et le glorifient par une foi vive, une espérance ferme, par une charité ardente, et par le renoncement à toutes les erreurs: en un mot, que tous les hommes soient saints parce qu’il est saint lui-même.

«Que votre règne arrive.» C’est-à-dire que vous régniez dans nos âmes par votre grâce, durant la vie, afin que nous méritions, après notre mort, de régner avec vous dans votre royaume, qui est la souveraine et éternelle félicité, que nous croyons, que nous espérons et que nous attendons, cette félicité qui nous est promise par la bonté du Père, qui nous est acquise par les mérites du Fils et qui nous est révélée par les lumières du Saint-Esprit.

«Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel.» Sans doute, rien ne peut se dérober aux dispositions de la Providence divine qui a tout prévu, tout arrangé avant l’événement; nul obstacle ne l’écarte de la fin qu’elle s’est proposée, et quand nous demandons à Dieu que sa volonté soit faite, ce n’est pas que nous craignions, dit Tertullien, que quelqu’un s’oppose efficacement à l’exécution de ses desseins, mais que nous acquiescions humblement à tout ce qu’il lui a plû d’ordonner à notre égard; que nous accomplissions toujours et en toutes choses sa très sainte volonté, qui nous est connue par ses commandements, avec autant de promptitude, d’amour et de constance, que les anges et les bienheureux lui obéissent dans le ciel.

40. «Donnez-nous aujourd’hui notre pain de chaque jour.» Jésus-Christ nous enseigne à demander à Dieu tout ce qui est nécessaire à la vie du corps et à la vie de l’âme. Par ces paroles de l’Oraison dominicale, nous faisons l’humble aveu de notre misère et nous rendons hommage à la Providence, en déclarant que nous croyons, que nous voulons tenir de sa bonté tous les biens temporels. Sous le nom de pain nous demandons ce qui est simplement nécessaire à la vie, le superflu n’est point compris. Ce pain nous le demandons aujourd’hui, c’est-à-dire que nous bornons au jour présent toutes nos sollicitudes, nous reposant sur la Providence pour le lendemain. Nous demandons le pain de chaque jour, avouant ainsi nos besoins toujours renaissants et montrant la continuelle dépendance où nous sommes de la protection et du secours de Dieu.

«Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés.» Nos péchés, disent saint Augustin et Tertullien, sont autant de dettes que nous contractons envers Dieu, et sa justice en exige le paiement jusqu’à la dernière obole. Or nous avons tous ces tristes dettes. Malgré le nombre de nos iniquités, approchons-nous donc de lui avec confiance et disons-lui avec un vrai repentir: Notre Père qui êtes aux cieux, pardonnez-nous les péchés de notre cœur et de notre bouche, les péchés d’action et d’omission qui nous rendent infiniment coupables aux yeux de votre justice, parce qu’en qualité d’enfants d’un père clément et miséricordieux, nous pardonnons par obéissance et par charité à ceux qui nous ont offensés.

Et «ne permettez pas» à cause de notre infidélité à vos grâces, «que nous succombions aux tentations» du monde, du démon et de la chair. Mais «délivrez-nous du mal», qui est le péché, du mal de la peine temporelle et de la peine éternelle, que nous avons méritées.

«Ainsi soit-il.» Parole d’une grande consolation, qui est, dit saint Jérôme, comme le sceau que Dieu met à la fin de nos requêtes pour nous assurer qu’il nous a exaucés, comme si lui-même nous répondait:

Amen!!! Qu’il soit fait comme vous le demandez, vous l’avez obtenu en vérité, car c’est ce que signifie ce mot: Amen.

13ème Rose

41. Nous honorons les perfections de Dieu en récitant chaque parole de l’Oraison dominicale. Nous honorons sa fécondité par le nom de Père, qui engendrez de toute éternité un Fils qui est Dieu comme vous, éternel, consubstantiel, qui est une même essence, une même puissance, une même bonté, une même sagesse avec vous, Père et Fils, qui, vous aimant, produisez le Saint-Esprit, qui est Dieu comme vous, trois personnes adorables, qui êtes un seul Dieu.

Notre Père! C’est-à-dire, Père des hommes par la création, par la conservation et par la rédemption, Père miséricordieux des pécheurs, Père ami des justes, Père magnifique des bienheureux.

Qui êtes. Par ces paroles nous admirons l’infinité, la grandeur et la plénitude de l’essence de Dieu, qui s’appelle véritablement Celui qui est (Ex 3,14), c’est-à-dire, qui existe essentiellement, nécessairement et éternellement, qui est l’Être des êtres, la cause de tous les êtres; qui renferme éminemment en lui-même les perfections de tous les êtres; qui est dans tous par son essence, par sa présence et par sa puissance, sans y être renfermé. Nous honorons sa sublimité, sa gloire et sa majesté par ces mots: Qui êtes aux cieux, c’est-à-dire assis comme dans votre trône, exerçant votre justice sur tous les hommes.

Nous adorons sa sainteté en désirant que son nom soit sanctifié. Nous reconnaissons sa souveraineté et la justice de ses lois, en souhaitant que son règne arrive, et que les hommes lui obéissent sur la terre comme les anges lui obéissent dans le ciel. Nous croyons à sa Providence, en le priant de nous donner notre pain de chaque jour. Nous invoquons sa clémence, en lui demandant la rémission de nos péchés. Nous recourons à sa puissance, en le priant de ne pas nous laisser succomber à la tentation. Nous nous confions à sa bonté, en espérant qu’il nous délivrera du mal. Le Fils de Dieu a toujours glorifié son Père par ses œuvres; il est venu au monde pour le faire glorifier des hommes; il leur a enseigné la manière de l’honorer, par cette Oraison qu’il a daigné nous dicter lui-même. Nous devons donc la réciter souvent avec attention et dans le même esprit qu’il l’a composée.

14ème Rose

42. Lorsque nous récitons attentivement cette divine Oraison, nous faisons autant d’actes des plus nobles vertus chrétiennes que nous prononçons de paroles. En disant: Notre Père qui êtes aux cieux, nous formons des actes de foi, d’adoration et d’humilité. En désirant que son nom soit sanctifié et glorifié, nous faisons paraître un zèle ardent pour sa gloire.

En lui demandant la possession de son royaume, nous faisons un acte d’espérance. En souhaitant que sa volonté soit accomplie sur la terre comme dans le ciel, nous montrons un esprit de parfaite obéissance. En lui demandant notre pain de chaque jour, nous pratiquons la pauvreté d’esprit et le détachement des biens de la terre. En le priant de nous remettre nos péchés, nous faisons un acte de repentir. Et en pardonnant à ceux qui nous ont offensés, nous exerçons la miséricorde dans la plus haute perfection. En lui demandant son secours dans les tentations, nous faisons des actes d’humilité, de prudence et de force. En attendant qu’il nous délivre du mal, nous pratiquons la patience. Enfin, en demandant toutes ces choses, non seulement pour nous, mais encore pour notre prochain et pour tous les membres de l’Église, nous faisons le devoir des vrais enfants de Dieu, nous l’imitons dans sa charité qui embrasse tous les hommes et nous accomplissons le commandement de l’amour du prochain.

43. Nous détestons tous les péchés et nous observons tous les commandements de Dieu, lorsqu’en récitant cette Oraison notre cœur s’accorde avec notre langue, et que nous n’avons point d’intentions contraires au sens de ces divines paroles. Car lorsque nous faisons réflexion que Dieu est au ciel, c’est-à-dire infiniment élevé au-dessus de nous par la grandeur de sa majesté, nous entrons dans les sentiments du plus profond respect en sa présence; tout saisis de crainte, nous fuyons l’orgueil et nous nous abaissons jusqu’au néant. Lorsqu’en pronoçant le nom du Père, nous nous souvenons que nous tenons notre existence de Dieu, par le moyen de nos parents, et notre instruction même par le moyen de nos maîtres, qui nous tiennent ici la place de Dieu, dont ils sont les images vivantes, nous nous sentons obligés de les honorer ou, pour mieux dire, d’honorer Dieu en leurs personnes, et nous nous gardons bien de les mépriser et de les affliger.

Lorsque nous désirons que le saint Nom de Dieu soit glorifié, nous sommes bien éloignés de le profaner. Lorsque nous regardons le royaume de Dieu comme notre héritage, nous renonçons à toute attache aux biens de ce monde; lorsque nous demandons sincèrement pour notre prochain les mêmes biens que nous désirons pour nous-mêmes, nous renonçons à la haine, à la dissension et à l’envie. En demandant à Dieu notre pain de chaque jour, nous détestons la gourmandise et la volupté qui se nourrissent de l’abondance. En priant Dieu véritablement de nous pardonner, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés, nous réprimons notre colère et notre vengeance, nous rendons le bien pour le mal et nous aimons nos ennemis. En demandant à Dieu de ne pas nous laisser tomber dans le péché au moment de la tentation, nous montrons que nous fuyons la paresse, que nous cherchons les moyens de combattre les vices et de faire notre salut. En priant Dieu de nous délivrer du mal, nous craignons sa justice, et nous sommes heureux, car la crainte de Dieu est le commencement de la sagesse, c’est par la crainte de Dieu que tout homme évite le péché.

15ème Rose

44. La Salutation angélique est si sublime, si relevée, que le bienheureux Alain de la Roche a cru qu’aucune créature ne peut la comprendre et qu’il n’y a que Jésus-Christ, né de la Vierge Marie, qui puisse l’expliquer.

Elle tire principalement son excellence de la très sainte Vierge à qui elle fut adressée, de la fin de l’Incarnation du Verbe pour laquelle elle fut apportée du ciel, et de l’archange Gabriel qui la prononça le premier.

La Salutation angélique résume dans l’abrégé le plus concis toute la théologie chrétienne sur la Sainte Vierge. On y trouve une louange et une invocation. La louange renferme tout ce qui fait la véritable grandeur de Marie; l’invocation renferme tout ce que nous devons lui demander, et ce que nous pouvons attendre de sa bonté pour nous. La très sainte Trinité en a révélé la première partie; sainte Élisabeth, éclairée du Saint-Esprit, y a ajouté la seconde; et l’Église, dans le premier concile d’Éphèse, tenu l’an 430, y a mis la conclusion, après avoir condamné l’erreur de Nestorius et défini que la Sainte Vierge est véritablement Mère de Dieu. Le concile ordonna qu’on invoquerait la Sainte Vierge sous cette glorieuse qualité par ces paroles: Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.

45. La sainte Vierge Marie a été celle à qui cette divine Salutation a été présentée pour terminer l’affaire la plus grande et la plus importante du monde, l’Incarnation du Verbe éternel, la paix entre Dieu et les hommes et la rédemption du genre humain. L’ambassadeur de cette heureuse nouvelle fut l’archange Gabriel, un des premiers princes de la cour céleste. La Salutation angélique contient la foi et l’espérance des patriarches, des prophètes et des apôtres. Elle est la constance et la force des martyrs, la science des docteurs, la persévérance des confesseurs et la vie des religieux. Elle est le cantique nouveau de la loi de grâce, la joie des anges et des hommes, la terreur et la confusion des démons.

Par la Salutation angélique, Dieu s’est fait homme, une Vierge est devenue Mère de Dieu, les âmes des justes ont été délivrées des limbes, les ruines du ciel ont été réparées et les trônes vides ont été remplis, le péché a été pardonné, la grâce nous a été donnée, les malades ont été guéris, les morts ressuscités, les exilés rappelés, la très sainte Trinité a été apaisée, et les hommes ont obtenu la vie éternelle. Enfin, la Salutation angélique est l’arc-en-ciel, le signe de la clémence et de la grâce que Dieu a faites au monde.

16ème Rose

46. Quoiqu’il n’y ait rien d’aussi grand que la majesté divine ni rien d’aussi abject que l’homme considéré comme pécheur, cette suprême Majesté ne dédaigne pas néanmoins nos hommages, elle est honorée quand nous chantons ses louanges. Et le salut de l’ange est un des plus beaux cantiques que nous puissions adresser à la gloire du Très-Haut. Canticum novum cantabo tibi (Ps 144,9): «Je vous chanterai un cantique nouveau.» Ce cantique nouveau que David a prédit qu’on chanterait à la venue du Messie, c’est la Salutation de l’archange.

Il y a un cantique ancien et un cantique nouveau. L’ancien est celui que les Israélites ont chanté en reconnaissance de la création, de la conservation, de la délivrance de leur captivité, du passage de la mer Rouge, de la manne et de toutes les autres faveurs du ciel. Le cantique nouveau est celui que les chrétiens chantent en actions de grâces de l’Incarnation et de la Rédemption. Comme ces prodiges ont été accomplis par le salut angélique, nous répétons ce même salut pour remercier la très sainte Trinité de ses bienfaits inestimables. Nous louons Dieu le Père de ce qu’il a tant aimé le monde, qu’il lui a donné son Fils unique pour sauveur. Nous bénissons le Fils de ce qu’il est descendu du ciel sur la terre, de ce qu’il s’est fait homme et de ce qu’il nous a rachetés. Nous glorifions le Saint-Esprit de ce qu’il a formé dans le sein de la Sainte Vierge ce corps très pur qui a été la victime de nos péchés. C’est dans cet esprit de reconnaissance que nous devons réciter le salut angélique, produisant des actes de foi, d’espérance, d’amour et d’actions de grâces pour ce bienfait de notre salut.

47. Quoique ce cantique nouveau s’adresse directement à la Mère de Dieu et qu’il contienne ses éloges, il est néanmoins très glorieux à la Sainte-Trinité, parce que tout l’honneur que nous rendons à la Sainte Vierge retourne à Dieu comme à la cause de toutes ses perfections et de toutes ses vertus. Dieu le Père est glorifié de ce que nous honorons la plus parfaite de ses créatures. Le Fils est glorifié de ce que nous louons sa très pure Mère. Le Saint-Esprit est glorifié de ce que nous admirons les grâces dont il a rempli son épouse.

De même que la Sainte Vierge, par son beau cantique Magnificat, renvoya à Dieu les louanges et les bénédictions que lui donna sainte Élisabeth sur son éminente dignité de Mère du Seigneur, de même elle renvoie promptement à Dieu les éloges et les bénédictions que nous lui donnons par le salut angélique.

48. Si la Salutation angélique rend gloire à la Sainte-Trinité, elle est aussi la louange la plus parfaite que nous puissions adresser à Marie.

«Sainte Mechtilde, désirant savoir par quel moyen elle pourrait mieux témoigner la tendresse de sa dévotion à la Mère de Dieu, fut ravie en esprit; et sur cette pensée, la Sainte Vierge lui apparut portant sur son sein la Salutation angélique écrite en lettres d’or et lui dit: « Sachez, ma fille, que personne ne peut m’honorer par un salut plus agréable que celui que m’a fait présenter la très adorable Trinité et par lequel elle m’a élevée à la dignité de Mère de Dieu. Par le mot « Ave », qui est le nom d’Ève, Eva, j’appris que Dieu, par sa toute-puissance, m’avait préservée de tout péché et des misères auxquelles la première femme fut sujette.

Le nom de « Marie », qui signifie dame de lumières, marque que Dieu m’a remplie de sagesse et de lumière, comme un astre brillant, pour éclairer le ciel et la terre.

Ces mots: « pleine de grâces », me représentent que le Saint-Esprit m’a comblée de tant de grâces que je puis en faire part abondamment à ceux qui en demandent par ma médiation.

En disant: « le Seigneur est avec vous », on me renouvelle la joie ineffable que je ressentis lorsque le Verbe éternel s’incarna dans mon sein.

Quand on me dit: « vous êtes bénie entre toutes les femmes », je loue la divine miséricorde qui m’a élevée à ce haut degré de bonheur.

A ces paroles: « Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni », tout le ciel se réjouit avec moi de voir Jésus mon Fils adoré et glorifié pour avoir sauvé les hommes »» (Rosier mystique, 2ème dizaine, ch. 9).

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49. Entre les choses admirables que la Sainte Vierge a révélées au bienheureux Alain de la Roche (et nous savons que ce grand dévot à Marie a confirmé par serment ses révélations), il y en a trois des plus remarquables: la première, que c’est un signe probable et prochain de réprobation éternelle, que d’avoir de la négligence, de la tiédeur et de l’aversion pour la Salutation angélique qui a réparé le monde — la seconde, que ceux qui ont de la dévotion pour cette divine Salutation portent un très grand signe de prédestination — la troisième, que ceux qui ont reçu du ciel la faveur d’aimer la Sainte Vierge et de la servir par affection, doivent être extrêmement soigneux de continuer à l’aimer et à la servir jusqu’à ce qu’elle les ait fait placer dans le ciel par son Fils au degré de gloire convenable à leurs mérites.

50. Tous les hérétiques, qui sont tous des enfants du diable et qui portent les marques évidentes de la réprobation, ont horreur de l’Ave Maria; ils apprennent encore le Pater, mais non pas l’Ave Maria; ils aimeraient mieux porter sur eux un serpent qu’un chapelet ou un rosaire.

Entre les catholiques, ceux qui portent la marque de réprobation ne se soucient guère du chapelet ni du Rosaire, négligent de le dire ou ne le disent qu’avec tiédeur et à la hâte. Quand je n’ajouterais aucune foi pieuse à ce qui a été révélé au bienheureux Alain de la Roche, mon expérience me suffit pour être persuadé de cette terrible et douce vérité. Je ne sais pas, et je ne vois pas même évidemment comment il se peut faire qu’une dévotion si petite en apparence soit la marque infaillible du salut éternel, et son défaut la marque de la réprobation. Cependant, rien n’est si véritable.

Nous voyons même que les gens de nouvelles doctrines de nos jours condamnées par l’Église, avec toute leur piété apparente, négligent beaucoup la dévotion au chapelet et au Rosaire et souvent l’ôtent de l’esprit et du cœur de ceux ou celles qui les approchent, sous les plus beaux prétextes du monde; ils se gardent bien de condamner ouvertement, comme font les calvinistes, le chapelet, Rosaire, scapulaire; mais la manière dont ils s’y prennent est d’autant plus pernicieuse qu’elle est plus fine. Nous en parlerons dans la suite.

51. Mon Ave Maria, mon Rosaire ou mon chapelet, est ma prière, et ma très sûre pierre de touche, pour distinguer ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu d’avec ceux qui sont dans l’illusion du malin esprit. J’ai connu des âmes qui volaient, ce semble, comme des aigles, jusqu’aux nues par leur sublime contemplation, et qui cependant étaient malheureusement trompées par le démon, et je n’ai découvert leurs illusions que par l’Ave Maria et le chapelet, qu’elles rejetaient comme au-dessous d’elles.

L’Ave Maria est une rosée céleste et divine qui, tombant dans l’âme d’un prédestiné, lui communique une fécondité admirable pour produire toutes sortes de vertus, et plus l’âme est arrosée par cette prière, plus elle devient éclairée dans l’esprit, embrasée dans le cœur et fortifiée contre tous ses ennemis.

L’Ave Maria est un trait perçant et enflammé qui, étant uni par un prédicateur à la parole de Dieu qu’il annonce, lui donne la force de percer, de toucher et de convertir les cœurs les plus endurcis, quoique d’ailleurs il n’ait pas beaucoup de talent naturel pour la prédication.

Ce fut ce trait secret que la Sainte Vierge, comme j’ai déjà dit, enseigna à saint Dominique et au bienheureux Alain, pour convertir les hérétiques et les pécheurs. C’est de là qu’est venue la pratique des prédicateurs de dire un Ave Maria en commençant leurs prédications, comme assure saint Antonin.

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52. Cette divine Salutation attire sur nous la bénédiction abondante de Jésus et de Marie, car c’est un principe infaillible que Jésus et Marie récompensent magnifiquement ceux qui les glorifient: ils rendent au centuple les bénédictions qu’on leur donne. Ego diligentes me diligo… ut ditem diligentes me et thesauros eorum repleam (Pr 8,17,21). C’est ce que Jésus et Marie criaient hautement: «Nous aimons ceux qui nous aiment, nous les enrichissons et nous remplissons leurs trésors.» — Qui seminat in benedictionibus, in benedictionibus et metet (2 Co 9,6): «Ceux qui sèment des bénédictions recueilleront des bénédictions.»

Or n’est-ce pas aimer, bénir et glorifier Jésus et Marie que de réciter comme il faut la Salutation angélique? En chaque Ave Maria, on donnera deux bénédictions à Jésus et à Marie. Vous êtes bénie entre toutes les femmes et béni le fruit de votre ventre, Jésus. Par chaque Ave Maria, vous rendez à Marie le même honneur que Dieu lui rendit en la saluant avec l’archange Gabriel. Qui pourrait croire que Jésus et Marie, qui font du bien souvent à ceux qui les maudissent, donnassent leurs malédictions à ceux et celles qui les bénissent et les honorent par l’Ave Maria?

La Reine des cieux, disent saint Bernard et saint Bonaventure, n’est pas moins reconnaissante et honnête que les personnes de qualité bien élevées en ce monde: elle les surpasse même en cette vertu comme en toutes les autres perfections; elle ne souffrira donc jamais que nous l’honorions avec respect, qu’elle ne nous le rende au centuple. Marie, dit saint Bonaventure, nous salue avec la grâce, si nous la saluons avec l’Ave Maria: Ipsa salutabit nos cum gratia si salutaverimus eam cum Ave Maria.

Qui pourrait comprendre les grâces et les bénédictions qu’opèrent en nous le salut et les regards bénins de la Sainte Vierge?

Dans le moment que sainte Élisabeth entendit le salut que lui donna la Mère de Dieu, elle fut remplie du Saint-Esprit, et l’enfant qu’elle portait dans son sein tressaillit de joie. Si nous nous rendons dignes du salut et de la bénédiction réciproques de la Sainte Vierge, sans doute nous serons remplis de la grâce et un torrent de consolations spirituelles découlera dans nos âmes.

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53. Il est écrit: «Donnez et l’on vous donnera» (Lc 6,38). Prenons la comparaison du bienheureux Alain: «Si je vous donnais chaque jour cent cinquante diamants, quand vous seriez mon ennemi, ne me pardonneriez-vous pas? Ne me feriez-vous pas comme un ami, toutes les grâces que vous pourriez? Voulez-vous vous enrichir des biens de la grâce et de la gloire? saluez la Sainte Vierge, honorez votre bonne Mère.»

Sicut qui thesaurizat, ita et qui honorificat matrem (Si 3,5). Celui qui honore sa Mère, la Sainte Vierge, est semblable à un homme qui amasse des trésors.

Présentez-lui chaque jour au moins cinquante Ave Maria dont chacun contient quinze pierres précieuses, qui lui sont plus agréables que toutes les richesses de la terre. Que ne devez-vous pas attendre de sa libéralité? Elle est notre Mère et notre amie. Elle est l’impératrice de l’univers qui nous aime plus que toutes les mères et les reines ensemble n’ont aimé un homme mortel, car, dit saint Augustin, la charité de la Vierge Marie excède tout l’amour naturel de tous les hommes et de tous les anges.

54. Un jour, Notre-Seigneur apparut à sainte Gertrude comptant des pièces d’or; elle eut la hardiesse de lui demander ce qu’il comptait. «Je compte, lui répondit Jésus-Christ, tes Ave Maria, c’est la monnaie dont on achète mon paradis.»

Le dévot et le docte Suarez, de la Compagnie de Jésus, estimait tant le mérite de la Salutation angélique, qu’il disait qu’il aurait volontiers donné toute sa science pour le prix d’un Ave Maria bien dit.

55. «Que celui qui vous aime, ô divine Marie, lui dit le bienheureux Alain de la Roche, écoute et goûte: Le ciel est dans la joie, la terre est dans l’admiration, toutes les fois que je dis: Ave Maria; j’ai le monde en horreur, j’ai l’amour de Dieu dans mon cœur, lorsque je dis: Ave Maria; mes craintes s’évanouissent, mes passions se mortifient, quand je dis: Ave Maria; je croîs dans la dévotion, je trouve la componction, quand je dis: Ave Maria; mon espérance s’affermit, ma consolation s’augmente, lorsque je dis: Ave Maria; mon esprit se réjouit, mon chagrin se dissipe, quand je dis: Ave Maria; car la douceur de cette bénigne salutation est si grande qu’on n’a point de terme pour l’expliquer comme il faut, et après qu’on en aura dit des merveilles, elle demeure encore si cachée et si profonde qu’on ne la peut découvrir. Elle est courte en paroles, mais grande en mystères; elle est plus douce que le miel et plus précieuse que l’or; il faut très fréquemment l’avoir dans le cœur pour la méditer, et dans la bouche pour la lire et la répéter dévotement.»

«Auscultet tui nominis amator, o Maria, coelum gaudet, omnis terra stupet cum dico Ave Maria; Satan fugit, infernus contremiscit, cum dico Ave Maria; mundus vilescit, cor in amore liquescit, cum dico Ave Maria; terror evanescit, caro marcescit, cum dico Ave Maria; crescit devotio, oritur compunctio, cum dico Ave Maria; spes proficit, augetur consolatio, cum dico Ave Maria; recreatur animus, et in bono confortatur aeger affectus, cum dico Ave Maria. Siquidem tanta suavitas hujus benignae salutationis, ut humanis non possit explicari verbis, sed semper manet altior et profundior quam omnis creatura indagare sufficiat. Haec oratio parva est verbis, alta mysteriis, brevis sermone, alta virtute, super mel dulcis, super aurum pretiosa; ore cordis est jugiter ruminanda labiisque puris frequentissime legenda ac devote repetenda.»

Le même bienheureux Alain rapporte, au chapitre 69 de son psautier, qu’une religieuse très dévote au Rosaire apparut après sa mort à une de ses sœurs et lui dit: «Si je pouvais retourner dans mon corps pour dire seulement un Ave Maria, quoique sans beaucoup de ferveur, pour avoir le mérite de cette prière, je souffrirais volontiers tout de nouveau toutes les douleurs que j’ai souffertes avant de mourir.» Il faut remarquer qu’elle avait souffert plusieurs années sur son lit des douleurs violentes.

56. Michel de Lisle, évêque de Salubre, disciple et collègue du bienheureux Alain de la Roche dans le rétablissement du saint Rosaire, dit que la Salutation angélique est le remède à tous les maux qui nous affligent, pourvu que nous la récitions dévotement en l’honneur de la Sainte Vierge.

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Brève explication de l’Ave Maria

57. Êtes-vous dans la misère du péché? Invoquez la divine Marie, dites-lui: «Ave», qui veut dire: je vous salue dans un très profond respect, ô vous qui êtes sans péché et sans malheur. Elle vous délivrera du mal de vos péchés.

Êtes-vous dans les ténèbres de l’ignorance ou de l’erreur? Venez à Marie, dites-lui: «Ave Maria», c’est-à-dire Illuminée des rayons du soleil de justice; et elle vous fera part de ses lumières.

Êtes-vous égaré du chemin du ciel? Invoquez Marie, qui veut dire: Étoile de la mer et l’étoile polaire qui guide notre navigation en ce monde, et elle vous conduira au port du salut éternel.

Êtes-vous dans l’affliction? Ayez recours à Marie qui veut dire: mer amère qui a été remplie d’amertume en ce monde et qui est présentement changée dans une mer de pures douceurs au ciel; elle convertira votre tristesse en joie et vos afflictions en consolations.

Avez-vous perdu la grâce? Honorez l’abondance des grâces dont Dieu a rempli la Sainte Vierge, dites-lui:

«Pleine de grâces» et de tous les dons du Saint-Esprit, et elle vous fera part de ses grâces.

Êtes-vous seul, privé de la protection de Dieu, adressez-vous à Marie, dites-lui: «Le Seigneur est avec vous» plus noblement et intimement que dans les justes et les saints, car vous êtes une même chose avec Lui; étant votre Fils, sa chair est votre chair, vous êtes avec le Seigneur par une très parfaite ressemblance et par une mutuelle charité; car vous êtes sa Mère. Dites-lui enfin: Toute la très sainte Trinité est avec vous dont vous êtes le Temple précieux; et elle vous remettra sous la protection et sauvegarde de Dieu.

Êtes-vous devenu l’objet de la malédiction de Dieu? Dites: «Vous êtes bénie par-dessus toutes les femmes» et de toutes les nations, pour votre pureté et fécondité; vous avez changé la malédiction divine en bénédiction; et elle vous bénira.

Avez-vous faim du pain de la grâce et du pain de vie? Approchez de celle qui a porté le pain vivant qui est descendu du Ciel, dites-lui: «Le fruit de votre ventre soit béni», lequel vous avez conçu sans nul déchet de votre virginité, que vous avez porté sans peine et enfanté sans douleur. «Jésus» soit béni qui a racheté le monde captif, guéri le monde malade, ressuscité l’homme mort, ramené l’homme banni, justifié l’homme criminel, sauvé l’homme damné. Sans doute votre âme sera rassasiée du pain de la grâce en cette vie et de la gloire éternelle en l’autre. Amen.

58. Concluez votre prière avec l’Église et dites: «Sainte Marie», sainte au corps et en l’âme, sainte par un dévouement singulier et éternel au service de Dieu, sainte en qualité de Mère de Dieu qui vous a douée d’une éminente sainteté, convenable à cette dignité infinie.

«Mère de Dieu», qui êtes aussi notre Mère, notre Avocate et Médiatrice, la Trésorière et Dispensatrice des grâces de Dieu, procurez-nous promptement le pardon de nos péchés et notre réconciliation avec la divine Majesté.

«Priez pour nous pécheurs», vous qui avez tant de compassion des misérables, qui ne méprisez et ne rebutez point les pécheurs, sans lesquels vous ne seriez pas la Mère du Sauveur.

«Priez pour nous maintenant», pendant le temps de cette vie courte, fragile et misérable, «maintenant», car nous n’avons d’assuré que ce moment présent, maintenant que nous sommes attaqués et environnés nuit et jour d’ennemis puissants et cruels.

«Et à l’heure de notre mort», si terrible et si périlleuse, où nos forces sont épuisées, où nos esprits et nos corps sont abattus par la douleur et la crainte; à l’heure de notre mort que Satan redouble ses efforts afin de nous perdre pour jamais; à cette heure que ce sera la décision de notre sort pour toute l’éternité bienheureuse ou malheureuse. Venez au secours de vos pauvres enfants, ô Mère pitoyable, ô l’avocate et le refuge des pécheurs, chassez loin de nous, à l’heure de la mort, les démons nos accusateurs et nos ennemis, dont l’aspect effroyable nous épouvante. Venez nous éclairer dans les ténèbres de la mort. Conduisez-nous, accompagnez-nous au tribunal de notre juge, votre Fils; intercédez pour nous, afin qu’il nous pardonne et nous reçoive au nombre de vos élus dans le séjour de la gloire éternelle. «Amen.» Ainsi soit-il.

59. Qui n’admirera l’excellence du saint Rosaire, composé de ces deux divines parties: l’Oraison dominicale et la Salutation angélique? Y a-t-il de prière plus agréable à Dieu et à la Sainte Vierge, plus facile, plus douce et plus salutaire aux hommes? Ayons-les toujours au cœur et dans la bouche pour honorer la très sainte Trinité, Jésus-Christ notre Sauveur et sa très sainte Mère. De plus, à la fin de chaque dizaine, il est bon d’ajouter le Gloria Patri, etc., c’est-à-dire: Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit. Comme il était au commencement, comme il est maintemant et il sera dans tous les siècles des siècles.

Ainsi soit-il.

Le Secret Admirable du Très Saint Rosaire – Introduction

INTRODUCTION

Rose blanche

Aux prêtres

1. Ministres du Très-Haut, prédicateurs de la vérité, trompettes de l’Évangile, permettez-moi de vous présenter la rose blanche de ce petit livre pour mettre en votre cœur et en votre bouche les vérités qui y sont exposées simplement, sans politesse.

En votre cœur, pour entreprendre vous-mêmes la sainte pratique du Rosaire et en goûter les fruits.

En votre bouche, pour prêcher aux autres l’excellence de cette sainte pratique et les convertir par ce moyen. Prenez garde, s’il vous plaît, de regarder comme le vulgaire, et même comme plusieurs savants orgueilleux, cette pratique comme petite et de peu de conséquence; elle est vraiment grande, sublime et divine. C’est le ciel qui nous l’a donnée, il l’a donnée pour convertir les pécheurs les plus endurcis et les hérétiques les plus obstinés. Dieu y a attaché la grâce dans cette vie et la gloire dans l’autre. Les saints l’ont pratiquée et les souverains Pontifes l’ont autorisée.

Oh! qu’un prêtre et un directeur des âmes est heureux, à qui le Saint-Esprit a révélé ce secret inconnu de la plus grande partie des hommes ou qui ne le connaissent que superficiellement! S’il en reçoit la connaissance pratique, il le récitera tous les jours et le fera réciter aux autres. Dieu et sa sainte Mère verseront abondamment la grâce en son âme pour être un instrument de sa gloire; et il fera plus de fruit par sa parole, quoique simple, en un mois, que les autres prédicateurs en plusieurs années.

2. Ne nous contentons donc pas, mes chers confrères, de le conseiller aux autres; il faut que nous le pratiquions nous-mêmes. Nous pourrons être convaincus dans l’esprit de l’excellence du saint Rosaire, mais comme nous ne le pratiquerons point, on se mettra fort peu en peine de ce que nous conseillerons, car personne ne donne ce qu’il n’a pas: Coepit Jesus facere et docere (Ac 1,1). Imitons Jésus-Christ, qui a commencé par faire ce qu’il a enseigné. Imitons l’Apôtre, qui ne connaissait et ne prêchait que Jésus-Christ crucifié.

C’est ce que nous ferons en prêchant le saint Rosaire qui, comme vous verrez ci-après, n’est pas seulement une composition de Pater et d’Ave, mais un divin abrégé de la vie, de la passion, de la mort et la gloire de Jésus et Marie.

Si je croyais que l’expérience que Dieu m’a donnée de l’efficace de la prédication du saint Rosaire pour convertir les âmes pût vous déterminer à prêcher le saint Rosaire malgré la mode contraire des prédicateurs, je vous dirais les conversions merveilleuses que j’ai vues arriver en prêchant le saint Rosaire; mais je me contente de vous rapporter en cet abrégé quelques histoires anciennes et bien approuvées. J’ai seulement, en votre faveur, inséré plusieurs passages latins tirés de bons auteurs qui prouvent ce que j’explique au peuple en français.

Rose rouge

Aux pécheurs

3. C’est à vous, pauvres pécheurs et pécheresses, qu’un plus grand pécheur que vous offre cette rose rougie du sang de Jésus-Christ pour vous fleurir et vous sauver. Les impies et pécheurs impénitents crient tous les jours: Coronemus nos rosis (Sg 2,8): Couronnons-nous de roses. Chantons aussi: Couronnons-nous des roses du saint Rosaire.

Ah! que leurs roses sont bien différentes des nôtres; leurs roses sont leurs plaisirs charnels, leurs vains honneurs et leurs richesses périssables, qui seront bientôt flétries et pourries; mais les nôtres, qui sont nos Pater et nos Ave bien dits, joints avec nos bonnes œuvres de pénitence, ne se flétriront, ni ne passeront jamais et leur éclat sera aussi brillant en cent mille ans d’ici qu’à présent.

Leurs roses prétendues n’ont que l’apparence de roses, elles ne sont, dans le fond, que des épines piquantes pendant la vie par les remords de la conscience, perçantes à la mort par le repentir et brûlantes à toute éternité par la rage et le désespoir.

Si nos roses ont des épines, ce sont des épines de Jésus-Christ qui convertit nos épines en roses. Si nos roses piquent, elles ne piquent que pour un temps, elle ne piquent que pour nous guérir du péché et nous sauver.

4. Couronnons-nous à l’envi de telles roses du paradis, récitant tous les jours un Rosaire, c’est-à-dire trois chapelets de cinq dizaines chacun ou trois petits chapeaux de fleurs ou couronnes: 1º pour honorer les trois couronnes de Jésus et de Marie, la couronne de grâce de Jésus dans son incarnation, sa couronne d’épines dans sa passion et sa couronne de gloire dans le ciel, et la triple couronne que Marie a reçue dans le ciel de la très sainte Trinité; 2º pour recevoir de Jésus et de Marie trois couronnes, la première de mérite pendant la vie, la seconde de paix à la mort et la troisième de gloire dans le paradis.

Si vous êtes fidèles à le dire, malgré la grandeur de vos péchés, dévotement jusqu’à la mort, croyez-moi: Percipietis coronam immarcescibilem (1 P 5,4), Vous recevrez une couronne de gloire qui ne se flétrira jamais. Quand vous seriez sur le bord de l’abîme, quand vous auriez déjà un pied dans l’enfer, quand vous auriez vendu votre âme au diable comme un magicien, quand vous seriez un hérétique endurci et obstiné comme un démon, vous vous convertirez tôt ou tard et vous sauverez, pourvu que, je le répète et remarquez les paroles et les termes de mon conseil, vous disiez tous les jours le saint Rosaire dévotement jusqu’à la mort pour connaître la vérité et obtenir la contrition et le pardon de vos péchés. Vous verrez en cet ouvrage plusieurs histoires de grands pécheurs convertis par la vertu du saint Rosaire. Lisez-les pour les méditer.

Dieu seul.

Rosier mystique

Aux âmes mystiques

5. Vous ne trouverez pas mauvais, âmes dévotes et éclairées par le Saint-Esprit, que je vous donne un petit rosier mystique venu du ciel pour planter dans le jardin de votre âme; il n’endommagera pas les fleurs odoriférantes de vos contemplations. Il est très odoriférant et tout divin, il ne gâtera rien dans l’ordre de votre parterre; il est très pur et bien ordonné, il porte tout à l’ordre et à la pureté: il croît d’une hauteur si prodigieuse et devient d’une si grande étendue, si on l’arrose et si on le cultive comme il faut tous les jours, que non seulement il n’empêche pas, mais même il conserve et perfectionne toutes les autres dévotions. Vous qui êtes spirituelles, vous m’entendez bien! Ce rosier est Jésus et Marie dans la vie, dans la mort et dans l’éternité.

6. Les feuilles vertes de ce rosier mystique expriment les mystères joyeux de Jésus et de Marie; les épines, les douloureux; et les fleurs, les glorieux. Les roses en boutons sont l’enfance de Jésus et de Marie; les roses ouvertes représentent Jésus et Marie dans les souffrances, et les roses épanouies montrent Jésus et Marie dans leur gloire et leur triomphe. La rose réjouit par sa beauté: voilà Jésus et Marie dans les mystères joyeux; elle pique par ses épines: les voilà dans les mystères douloureux; et elle réjouit par la suavité de son odeur: les voilà enfin dans les mystères glorieux.

Ne méprisez donc pas ma plante heureuse et divine, plantez-la vous-mêmes en votre âme en prenant la résolution de réciter votre Rosaire; cultivez-la et arrosez-la en le récitant fidèlement tous les jours et en faisant de bonnes œuvres, et vous verrez que ce grain qui paraît présentement si petit deviendra avec le temps un grand arbre où les oiseaux du ciel, c’est-à-dire les âmes prédestinées et élevées en contemplation, feront leur nid et leur demeure pour être, sous l’ombre de ses feuilles, garanties des ardeurs du soleil, pour être préservées par sa hauteur des bêtes féroces de la terre, et enfin pour être délicatement nourries par son fruit qui n’est autre que l’adorable Jésus, auquel soit honneur et gloire dans les siècles des siècles. Amen. Ainsi soit-il.

Dieu seul.

Bouton de rose

Aux enfants

7. Je vous offre, mes petits enfants, un beau bouton de rose; c’est un des petits grains de votre chapelet qui vous paraît si peu de chose! Que ce grain est précieux! Oh! que ce bouton de rose est admirable, oh! qu’il s’épanouira large si vous dites dévotement votre Ave Maria! Ce serait trop vous demander que de vous conseiller un Rosaire tous les jours. Dites au moins votre chapelet tous les jours bien dévotement, qui est un petit chapeau de roses que vous mettrez sur la tête de Jésus et de Marie. Croyez-moi, écoutez la belle histoire et la retenez bien.

8. «Deux petites filles, toutes deux sœurs, étant à la porte de leur logis à dire le chapelet dévotement, une belle dame s’apparut à elles, approche de la plus jeune qui n’avait que six à sept ans, la prit par la main et l’emmène. Sa sœur aînée, toute étonnée, la cherche et ne l’ayant pu trouver s’en vint toute éplorée à la maison et dit qu’on avait emporté sa sœur. Le père et la mère cherchèrent inutilement pendant trois jours. Au bout du troisième jour, ils la trouvèrent à la porte avec un visage gai et joyeux; ils lui demandèrent d’où elle venait; elle dit que la dame à laquelle elle disait son chapelet l’avait emmenée dans un beau lieu et lui avait donné à manger de bonnes choses et lui avait mis entre les bras un joli petit enfant qu’elle avait tant baisé. Le père et la mère, qui étaient nouvellement convertis à la foi, firent venir le révérend père jésuite qui les avait instruits dans la foi et la dévotion du Rosaire, ils lui racontèrent ce qui s’était passé. C’est de lui que nous l’avons su. Ceci est arrivé dans le Paraguay» (Antoine Boissieu, S.J., Le Chrétien prédestiné par la dévotion à la Sainte Vierge).

Imitez, mes petits enfants, ces petites filles, et dites comme elles tous les jours votre chapelet, et vous mériterez par là d’aller en paradis et de voir Jésus et Marie, sinon pendant la vie, du moins après la mort pendant l’éternité. Ainsi soit-il.

Que les savants donc et les ignorants, que les justes et les pécheurs, que les grands et les petits louent et saluent jour et nuit par le saint Rosaire Jésus et Marie.

Salutate Mariam, quae multum laboravit in vobis (Rm 16,6).

Source

Benedictio candelarum /Bénédiction des cierges SS. Rosarii

Pour les confrères du saint Rosaire utilisant les cierges bénis, avec dévotion, ils obtiendront la grâce d’avoir le cœur éclairé, de connaitre leurs devoirs, de discerner les tentations qui les environnent et les moyens de les vaincre. Aussi par leur usage on obtient de nombreuses grâces temporelles.

Tout prêtre peut accomplir cette bénédiction, pourvu qu'il utilise la formule latine qui est dans le rituel romain d'avant Vatican II.

Adjutorium nostrum, etc.
Dominus vobiscum, etc.

Oremu

Domine Jesu Christe, lux vera, qui illuminas omnem hominem venientem in hunc mundum, effunde per intercessionem Virginis Mariæ matris tuæ et per quindecim ejus Rosárii mystéria bene ☩ dictiónem tuam super hos céreos, et candélas, et sanctifica eas lúmine tuæ grátiæ; et concede propitius, ut,sicut hæc luminaria igne visibili accensa nocturnas depellunt tenebras,ita corda nostra invisibili igne ac Spiritus ☩ Sancti splendore illustrata, omnium vitiorum cœcilate careant; ut puro mentis oculo cernere semper possimus, quæ tibi sunt placita, et nostræ saluti utilia; quatenus, post hujus sæculi caliginosa, discrimina, ad lucem indeficientem pervenire mereamur: Qui vivis et regnas, Deus, in sæcula sæculorum. Amen

Seigneur Jésus-Christ, vraie lumière qui illuminez tout homme venant en ce monde, par l’intercession de la Bienheureuse Vierge Marie, votre Mère, et par les quinze mystères de son Rosaire, répandez votre béné ☩ diction sur ces cierges, et sanctifiez-les de la lumière de votre grâce ; et de même que ces luminaires, allumés à un feu visible, dispersent les ténèbres, accordez favorablement que nos cœurs soient illuminés par la splendeur et le feu invisible du Saint ☩ Esprit, pour qu’ils soient préservés de l’aveuglement de tous les vices et que nous puissions toujours discerner, d’un regard pur de l’esprit, les choses qui vous sont agréables à vous et utiles pour notre salut, de telle manière que, après les épreuves obscures de ce monde, nous méritions de parvenir à la lumière qui ne s’éteindra jamais: vous qui vivez et régnez Dieu, dans tous les siècles des siècles. Amen.

Prière à Saint-Joseph du pape Léon XIII

Ô Bienheureux Joseph, Gardien très vigilant de la Sainte Famille

Ô Bienheureux Joseph, nous recourons à vous, dans notre tribulation, et, après avoir imploré le secours de votre Très Sainte Épouse, nous sollicitions aussi, en toute confiance, votre patronage.

Au nom de l’affection qui vous a uni à la Vierge Immaculée, Mère de Dieu, au nom de l’amour paternel dont vous avez entouré l’Enfant Jésus, nous vous supplions de jeter un regard propice, sur l’héritage acquis par Jésus-Christ, au prix de Son Sang, et de nous assister de votre puissance et de votre secours dans nos besoins.

Ô Gardien très vigilant de la Sainte Famille, protégez la famille privilégiée de Jésus Christ. Père très aimant, préservez-nous de toute contagion, de la corruption et de l’erreur; protecteur très puissant, soyez nous secourable et assistez-nous, du haut du Ciel, dans le combat que nous avons à soutenir contre la puissance des ténèbres.

Et de même qu’autrefois vous avez arraché l’Enfant Jésus au péril de la mort, défendez aujourd’hui la Sainte Église de Dieu contre les embûches de l’ennemi et contre toute adversité, et couvrez-nous de votre constante protection, afin que nous puissions, à votre exemple et par votre assistance, vivre saintement, mourir pieusement, et obtenir l’éternelle félicité dans le Ciel.

Amen.

3 ans d'indulgence, chaque fois - 7 ans quand on récite cette prière à la suite du Saint-Rosaire en octobre - Plénière, une fois par mois, pour la récitation quotidienne pendant un mois

Prières de Sainte Catherine de Sienne XXV, XXVI

XXV – Prière faite à Rocca di Tentennano, chez la comtesse de Salimbeni, le 26 octobre 1378.

(Les deux dernières prières ne se trouvent pas dans la version latine.)

1. O Puissance du Père, aidez-moi; Sagesse du Fils, éclairez mon intelligence; douce Clémence du Saint Esprit, embrasez-moi et unissez-vous mon cœur. Je confesse, ô Dieu éternel, que votre puissance est toute puissante pour délivrer l’Église, pour sauver votre peuple et le retirer des mains du démon, pour faire cesser la persécution contre la sainte Église, et me donner la victoire et la force contre tous mes ennemis. Je confesse que la sagesse de votre Fils, qui estime même chose avec vous, peut éclairer mon intelligence et celle de votre peuple, et dissiper les ténèbres de votre douce Épouse. Je confesse, ineffable Bonté de Dieu, que la Clémence du Saint Esprit, que votre ardente charité veut unir et enflammer en vous mon cœur et les cœurs de toutes les créatures raisonnables.

2. Puisque vous le savez, le voulez et le pouvez, je vous adjure, par votre puissance, ô Père éternel, par la sagesse de votre Fils unique et par son précieux Sang, par la clémence du Saint Esprit, le feu, l’abîme de la charité qui a cloué et percé votre Fils sur la Croix, je vous adjure de Faire miséricorde au monde et de renouveler dans votre sainte Église l’union, la paix et l’ardeur de la charité. Oui, je ne veux pas que vous tardiez davantage. Je vous demande que votre infinie Bonté vous force à ne pas fermer l’œil de votre miséricorde sur votre sainte Épouse, doux Jésus, Jésus Amour.

XXVI – Prière faite par sainte Catherine, après le terrible accident qu’elle éprouva dans la nuit du lundi de la Septuagésime, lorsque sa famille la pleura comme morte.

1. Dieu éternel, mon bon Maître, qui avez formé le vaisseau du corps de votre créature avec le limon de la terre; ô très doux Amour, vous l’avez formé d’une chose si vile, et vous y avez mis un si grand trésor, l’âme faite à votre image et ressemblance, ô Dieu éternel! Oui, mon bon Maître, mon doux Amour, vous êtes le maître de faire et de refaire, de briser et de refondre ce vase fragile comme le voudra votre Bonté.

2. O Père, moi votre misérable servante, je vous offre de nouveau ma vie pour votre douce Épouse. Vous pouvez, toutes les fois que le voudra votre Bonté, me séparer de mes sens et m’y ramener toujours d’une manière de plus en plus douloureuse, pourvu que je voie la réformation de votre douce Épouse, la sainte Église.

3. Je vous recommande cette Épouse, Dieu éternel; je vous recommande aussi mes fils bien-aimés, et je vous prie, ô Père suprême, s’il plaît à votre miséricordieuse bonté de me retirer enfin de mon corps, je vous prie de ne pas les laisser orphelins, mais de les visiter par votre grâce et de les faire vivre morts dans la vraie et parfaite lumière. Unissez-les ensemble par les liens de votre douce charité, afin qu’ils meurent anéantis dans cette douce Épouse.

4. Je vous prie, ô Dieu éternel, qu’aucun ne me soit ravi: pardonnez nous toutes nos fautes; pardonnez-moi mon extrême ignorance et la grande négligence que j’ai à me reprocher envers votre Église, puisque je n’ai pas fait tout ce que j’aurais dû et pu faire pour elle. J’ai péché, Seigneur, ayez pitié de moi; je vous offre et vous recommande mes fils bien-aimés, car ils sont mon âme; et, s’il plaît à votre Bonté de me faire rester dans mon corps, Médecin suprême, guérissez-le, réparez-le; car il est tout déchiré. Donnez, Père éternel, donnez-nous votre douce bénédiction. Ainsi soit-il.

Appendice

Dieu frappe à la porte de la volonté de Marie
« O Marie, tu deviens le livre dans lequel aujourd’hui est écrite notre règle. En toi, aujourd’hui, est écrite la sagesse du Père éternel; en toi, aujourd’hui, se manifeste la force et la liberté de l’homme.
Si je considère, Trinité éternelle, ton grand dessein, je vois que dans ta lumière tu as vu la dignité et la noblesse de la race humaine; et ainsi, comme l’amour te contraignit à tirer l’homme de toi-même, ce même amour te contraint à le racheter, car il s’était perdu. Tu as montré de façon admirable ton amour pour l’homme avant même que celui-ci n’existât, quand tu as voulu le tirer de toi-même uniquement par amour; mais tu lui as montré un plus grand amour en te donnant toi-même, en t’enfermant aujourd’hui dans la fragilité de son humanité. Que pouvais-tu lui donner de plus que te donner toi-même? C’est donc en toute vérité que tu peux lui dire: «Qu’aurais-je dû ou qu’aurais-je pu faire pour toi que je ne l’aie fait?»
Ainsi, je vois que ce que ta sagesse, en ce grand et éternel dessein, a vu devoir être fait pour le salut de l’homme, ta clémence a voulu le faire et, aujourd’hui, ta puissance l’a réalisé.

Quelle façon as-tu trouvée, Trinité éternelle, pour que, fidèle à ta vérité, tu fis miséricorde à l’homme et que toutefois ta justice fût satisfaite? Quel remède nous as-tu donné? Oh, le voici, le remède adapté: tu as déterminé de nous donner le Verbe, ton Fils unique; tu as voulu qu’il prit le poids de notre chair qui t’avait offensé, pour que, en souffrant dans cette humanité, il satisfasse à ta justice, non en vertu de l’humanité, mais en vertu de la divinité qui lui est unie. Et ainsi fut accomplie ta vérité et furent satisfaites la justice et la miséricorde.

O Marie, je vois ce Verbe qui t’est donné être en toi et néanmoins il n’est pas séparé du Père, de même que la parole que l’homme a dans l’esprit, bien que proférée et communiquée aux autres, ne le quitte pourtant pas et n’est pas séparée de son cœur. En tout cela se manifeste la dignité de l’homme, pour qui Dieu a fait de si grandes choses.

En toi, Marie, se manifestent aussi, en ce jour, la force et la liberté de l’homme, puisque, après la décision de réaliser un si grand dessein, un ange t’est envoyé pour t’annoncer le mystère du dessein divin et chercher l’approbation de ta volonté; et le Fils de Dieu ne descend pas en toi avant que tu n’y consentes par un acte de ta volonté. Il attendait à la porte de ta volonté que tu lui ouvres parce qu’il voulait venir en toi; et il n’y serait jamais entré si tu ne lui avais pas ouvert en disant: Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole.

O Marie, la divinité éternelle frappait à ta porte; mais, si tu n’avais pas ouvert la porte de ta volonté, Dieu ne se serait pas incarné en toi.
Honte à toi, ô mon âme, qui vois qu’aujourd’hui Dieu, en Marie, a établi avec toi des liens de parenté. Aujourd’hui il t’est montré que bien que tu aies été créée sans toi, tu ne seras pas sauvée sans toi.
O Marie, mon doux amour, en toi est écrit le Verbe qui nous donne la doctrine de vie; et toi, tu es le livre qui nous présente cette doctrine. »

Des Orations de sainte Catherine de Sienne, O.P.
(Écrite pour le jour de l’Annonciation 1379)

Préparé par l’Institut de Spiritualité:
Université Pontificale Saint Thomas d’Aquin
Embrasse Jésus abandonné, aimant et aimé

« Chère sœur en Jésus. Moi, Catherine, servante des serviteurs de Jésus, je t’écris en son précieux sang, désireuse que tu t’alimentes de l’amour de Dieu et que tu t’en nourrisses, comme au sein d’une douce mère. Personne, en fait, ne peut vivre sans ce lait!

Qui possède l’amour de Dieu, y trouve tant de joie que chaque amertume se transforme en douceur, et chaque fardeau devient léger. Il ne faut pas s’en étonner, parce que, en vivant dans l’amour, l’on vit en Dieu: “Dieu est amour; qui est dans l’amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui”.

Vivant en Dieu donc, on ne peut avoir aucune amertume, parce que Dieu est délice, douceur et joie infinie!

Voilà pourquoi les amis de Dieu sont toujours heureux! Même si nous sommes malades, pauvres, affligés, tourmentés, persécutés, nous sommes dans la joie.

Même si toutes les langues médisantes parlaient mal de nous, nous ne nous en préoccuperions pas; mais nous nous réjouissons de toute chose et sommes heureux, parce que nous vivons en Dieu, notre repos, et nous goûtons le lait de son amour. Comme l’enfant tête le lait du sein de sa mère, nous aussi, amoureux de Dieu, puisons l’amour en Jésus crucifié, en suivant toujours ses traces et en cheminant avec lui sur la voie des humiliations, des peines et des injures.

Nous ne cherchons pas la joie sinon en Jésus, et nous fuyons toute gloire qui ne soit pas celle de la croix.

Embrasse donc Jésus crucifié, en élevant à Lui le regard de ton désir! Contemple l’amour enflammé pour toi, qui a conduit Jésus à verser son sang par tout son corps!

Embrasse Jésus crucifié, aimant et aimé, et tu trouveras en lui la vraie vie, parce qu’ Il est Dieu qui s’est fait homme. Que ton cœur et ton âme brûlent du feu de l’amour, puisé en Jésus en croix!

Tu dois ensuite devenir amour, en regardant l’amour de Dieu, qui t’a tant aimée, non parce qu’Il avait quelque obligation envers toi, mais par pur don, mu seulement par son ineffable amour.
Tu n’auras pas d’autre désir que de suivre Jésus! Comme ivre de l’Amour, tu ne feras plus attention au fait d’être seule ou en compagnie: ne te préoccupe pas de tant de choses, mais seulement de trouver Jésus et de le suivre!
Cours donc, Bartoloméa, et ne reste plus à dormir, parce que le temps passe vite et n’attend pas un seul instant!
Reste dans le doux amour de Dieu.
Doux Jésus, Jésus amour. »

Des “Lettres” de Ste Catherine de Sienne (1347-1380)
(lettre n. 165 à Bartolomea, épouse de Salviato de Lucque).

Prière

O Amour inestimable! Tu nous illumines de ta sagesse, pour que nous puissions nous connaître nous-mêmes, connaître ta vérité et les ruses subtiles du démon.
Par le feu de ton amour, allume en nos cœurs le désir de t’aimer et de te suivre dans la vérité.
Toi seul es l’Amour, digne seulement d’être aimé!

(de Ste Catherine de Sienne)
FIN DU DIALOGUE