Archives de catégorie : Purgatoire

Révélations sur le jugement particulier de certaines âmes

Pour notre salut, Dieu voulut que sainte Brigitte (1303-1373) assistât au jugement particulier de certaines âmes, lui ordonnant d’écrire ce qu’elle verrait, ce qu’elle fit en ses Révélations (Seguin Aine, Avignon, 1850, t.4. p.128+), dont voici quelques extraits : « J’ai plusieurs enfants, c’est-à-dire des chrétiens, qui sont pris dans les lacets du démon. Je veux leur envoyer mes Paroles par votre entremise. Si Je vous montrais la beauté, l’éclat des anges et des âmes bienheureuses, votre corps ne les saurait supporter, il se romprait de la joie que votre âme recevrait de cette vue. De même, si vous voyiez les damnés comme ils sont, vous mourriez subitement d’effroi à raison de leur horreur. Vous verrez donc les choses spirituelles comme si elles étaient corporelles. Tout vous sera représenté avec similitude, car vous ne pourriez autrement comprendre. »

« … La Très Sainte Vierge Marie dit à sainte Brigitte :

Je suis la Mère de Miséricorde, je veux montrer par similitude la peine du péché, afin que les amis de Dieu soient fervents en son Amour, et que les pécheurs, sachant le danger, fuient le péché. Il n’y a pas de pécheur si coupable que je ne sois prête à aller au-devant, et à qui mon Fils ne soit disposé à donner la Grâce et à pardonner, s’il demande Miséricorde.

I

Sainte Brigitte vit une femme qui rampait par terre, dans une boue infecte, et dont le cœur était arraché, les lèvres coupées, les narines rongées, et les yeux suspendus à deux nerfs tombant sur les joues. Elle n’avait plus de crâne et son cerveau bouillait comme du plomb fondu. Son cou était coupé sans relâche par un fer très aigu ; sa poitrine ouverte était pleine de vers qui grouillaient l’un sur l’autre. Un serpent l’enserrait, courait sans cesse par tout l’intérieur, ne lui laissant ni trêve ni repos, et l’infiltrait de son venin.

Et cette infortunée criait à sa fille encore vivante :

« Entends, lézarde et fille maudite ! Malheur à moi qui ai été votre mère et qui vous ai mise au nid de l’orgueil où vous croissez, malheur à moi ! Autant de fois vous tournez les yeux superbement sur quelqu’un comme je vous ai enseigné, vous jetez à mes yeux un venin tout bouillant, avec une intolérable ardeur. Chaque fois que vous proférez des paroles orgueilleuses ainsi que vous m’en avez entendu proférer, j’avale des breuvages horribles.

« Quand vous écoutez les louanges sur votre corps bien proportionné et désirez les honneurs du monde, ce que vous avez appris de moi, autant de fois frappe à mes oreilles un son terrible avec un vent. Et d’autant que j’ai fait toutes choses pour l’amour du monde et pour la vanité, mes oreilles entendront toujours cet horrible fracas, et jamais les mélodies célestes. Malheur à moi, misérable, assaillie de tant de maux, et plongée pour toujours dans une irrémédiable infortune !

« Vous vous enorgueillissez de votre haute naissance, et les entrailles qui vous ont portée sont la proie des démons. Comme les vôtres, mes désirs ne tendaient qu’à tout ce qui est pourriture et ordure, à la longue vie dans les mêmes passe-temps.

« Mais pourquoi me plaindre à vous, ma fille ? Vous ne faites que ce que je vous ai enseigné de faire. J’étais créée pour la Gloire céleste et belle comme un ange. Je me suis rendue difforme en abusant de tout ; j’ai perdu le temps qui m’était donné, fuyant les prédications comme de la poix, de peur qu’elles ne me détournassent des délices corporels. Et si quelquefois, pour le respect des hommes, j’entendais la Parole de Dieu, elle sortait aussitôt de mon cœur.

Et néanmoins, ma conscience me disait que le temps était court, le Jugement de Dieu effroyable ; mais le désir de me satisfaire répliquait faussement que le jugement de la Fureur divine n’était pas si sévère et que ma vie serait longue. Ces suggestions renversaient ma conscience, et je suivais mes désirs mauvais pour lesquels je souffre pour l’Eternité tant de maux. »

Et s’adressant à sainte Brigitte, l’infortunée lui dit :

« Si vous me voyiez véritablement comme je suis, vous mourriez d’effroi, car tous mes membres sont des démons. L’Écriture est vraie qui dit que les justes sont membres de Dieu ; de même, les pêcheurs sont membres du diable. Les démons sont comme cloués à mon âme, ils me rongent sans jamais se rassasier. Ma fille, en suivant ma malice, augmente la peine qui ne cessera point. Ma douleur, mon malheur, jamais ne s’adouciront. Ma conscience entend et ressent que le Jugement de Dieu est juste. Ma volonté est maintenant comme l’homicide et le parricide : je désire toutes sortes de maux à mon Créateur qui m’a été si doux, si bon durant ma vie, usant de mille industries pour me ramener à Lui. Et je me réjouis d’une joie de démons, prenant sa source en un infini désespoir, de ce qu’Il n’aura pas de consolation de moi. »

La fille de cette malheureuse mère, après le récit de sainte Brigitte, quitta le monde, entra dans un monastère et fit pénitence tout le temps de sa vie avec grande perfection.

II

Sainte Brigitte eut la vision terrible du jugement d’un homme et d’une femme qui s’étaient unis dans un mariage interdit par l’Eglise, et furent condamnés à l’Enfer.

« Je vis, dit-elle, un homme dont les yeux étaient arrachés et pendaient aux joues par de petits nerfs. Il avait les oreilles comme d’un chien, la bouche ainsi qu’un loup farouche… une femme était auprès de lui, les cheveux comme un buisson d’épines ; ses yeux étaient au derrière de la tête, ses oreilles coupées, son nez plein de pourriture, sa langue un aiguillon venimeux. »

Et l’ange dit à la sainte :

« Les cheveux de cette femme ressemblent à un buisson d’épines car les cheveux qui ornent sa face signifient la volonté qui désire plaire à Dieu, et cette volonté orne et enrichit l’âme ; mais la volonté de cette femme était de plaire au monde plus qu’à Dieu. Ses yeux sont au derrière de sa tête car elle les détournait du but que Dieu lui fixa en la créant, la rachetant et la favorisant de diverses manières. Elle ne voulut regarder que les choses passagères jusqu’à ce qu’elles se soient évanouies de sa présence. Ses oreilles sont coupées, car elle se souciait peu du Saint Evangile. Elle enlaçait le cœur de son compagnon et le provoquait au mal plus durement et plus cruellement que par la morsure du serpent. Elle et lui s’éloignaient des prédications de peur d’avoir à considérer comment ils pouvaient se retirer du péché, et avec la Grâce de Dieu faire de bonnes œuvres.

« Cet homme ne se souciait nullement du Nom et de l’Honneur de Dieu ; il désirait ce que les autres possédaient ; il se courrouçait et, dans sa colère, il ne s’inquiétait point que les âmes tombassent en Enfer pourvu qu’il se vengeât. Et jusque dans la mort, il a voulu retenir ce qu’il a pris à autrui. »

Le démon s’avança, un trident à la main, et à l’un de ses pieds, trois griffes aiguës d’une longueur extrême.

« Ô Juge, dit-il, c’est maintenant mon heure, j’ai attendu, mais mon temps est venu. »

Et le Juge ordonna ainsi aux coupables : « Dites ce que vous avez fait, bien que je le sache. »

L’homme répondit : « Nous connaissions la défense que l’Eglise fait de tels mariages, mais nous l’avons méprisée. Bien que nous sachions que nous offensions Dieu, nous avons enfreint ses Commandements. »

Le Juge : « Je vous avais donné une conscience pour vous guider et remplir votre vie de mérites ; que M’apportez-vous maintenant ? »

La femme répondit lamentablement : « Juge ! Nous n’avons cherché que les délices de la terre, et nous n’apportons que la confusion misérable : nous aurions voulu la vie perpétuelle avec la félicité mondaine ; nous ne désirions pas le Ciel, préférant jouir du monde selon nos souhaits. »

Le juge dit au bourreau : « Rendez ce qui est juste. »

Et le démon enfonça la deuxième de ses griffes dans les entrailles de tous deux et les déchira effroyablement.

Le juge : « Je vous avais donné des talents, des biens. Où est le trésor que Je vous avais prêté pour le faire fructifier ? »

Et tous deux, d’une voix dont rien ne saurait dire ni plaindre le désespoir : « Nous l’avons foulé aux pieds, car nous cherchions un trésor terrestre et non un Trésor éternel. »

Le Juge dit au bourreau : « Donnez ce que vous devez rendre. »

Et le démon enfonça à l’instant sa troisième griffe dans leur cœur, leurs entrailles et leurs pieds, de sorte qu’ils ne ressemblaient plus qu’à un bloc informe.

Et le juge dit à sainte Brigitte :

« Ma fille, ceux là méritent pareils éternels supplices, qui s’éloignent de leur Créateur pour la créature et méprisent mes Commandements. Réjouissez-vous, ma fille, réjouissez-vous, mes fidèles, de ce que vous êtes séparés de telles choses ! »

IV

Sainte Brigitte étant en prières, vit un palais d’une grandeur incommensurable, où se trouvait une multitude d’hommes aux vêtements éclatants. Il y avait sur un trône, en ce palais, comme dans un soleil, un Juge, et la splendeur qui sortait du soleil était incompréhensible en longueur, largeur et profondeur. La très Sainte Vierge était debout auprès de ce soleil.

Un démon terrible à voir et qui marquait en ses gestes être plein d’envie et enflammé d’une grande colère, criait afin de pouvoir tourmenter à son gré un homme qui, vivant encore, n’avait plus que quelques instants à vivre.

« Ô Juge ! Voyez les œuvres mauvaises de cet homme, jugez-le, car il lui reste peu de temps à vivre. Et permettez-moi de punir le corps avec l’âme jusqu’à ce que la réparation en soit faite ! »

L’ange gardien de cet homme intervint : Ô Juge ! Voici les bonnes œuvres qu’il a faites jusqu’à cette heure ! »

Le Juge : « Il y a là plus de vices que de vertus. Il n’est pas juste et équitable que le vice soit uni à la souveraine Vertu. »

Le démon : « Il est donc juste que cette âme me soit unie, car elle a quelques vices en elle. De même qu’en moi, il y a toutes sortes de méchancetés. »

L’ange : « La Miséricorde de Dieu suit jusqu’au dernier moment de la vie, et après la mort le jugement se fait. Or, en cet homme, l’âme et le corps sont unis, et le libre-arbitre et la raison ne l’ont pas encore abandonné. »

Le démon : « L’Ecriture dit : vous aimerez Dieu sur toutes choses et le prochain comme vous-même. Voyez donc que toutes les œuvres de celui-ci sont faites sans amour, et quant aux péchés dont il s’est confessé, c’est avec une très petite contrition ; il mérite l’Enfer car il a démérité le Paradis. »

L’ange : « Il a certainement espéré obtenir la contrition avant de mourir. »

Le démon : « La Justice de Dieu, de toute l’Eternité, veut qu’aucun n’entre au Ciel sans avoir eu la parfaite contrition, laquelle il n’a pas. Il est impossible que Dieu juge contre l’Ordre et la Disposition qu’Il a prévus de toute Eternité. Donc, il faut que cette âme soit adjugée à l’Enfer, et la joindre avec moi aux peines éternelles. »

L’ange ne sut rien objecter à ces paroles… Et l’on vit une multitude de démons, qui criaient tous à Celui qui était assis sur le trône :

« Nous savons que vous êtes un Dieu en Trois Personnes, sans commencement ni fin ; rien n’a joie sans Vous qui êtes l’Amour et la Miséricorde, mais vous êtes aussi la Justice : pas une âme sans la contrition n’a obtenu le Ciel. Pourquoi donc, ô Juge, tardez-Vous à nous adjuger cette âme afin que nous la punissions selon ses œuvres ? »

Soudain, un son éclatant comme une trompette se fit entendre, et une voix prononça ces mots : « Silence ! Ecoutez, ô vous, anges ! Prêtez oreille aussi, démons ! Entendez ce que dit la Mère de Dieu ! »

Et à l’instant, la divine Marie parut devant le trône du Juge, et là, ayant ouvert les deux cotés de son manteau, on aperçut des femmes, des hommes, des religieux, tous amis de Dieu. Ils criaient d’une même voix disant : « Ô Dieu miséricordieux ! Miséricorde pour cette âme ! »

Puis, il se fit un grand silence et l’auguste Vierge parla :

« L’Écriture dit que celui qui a la Foi parfaite peut transporter des montagnes, que peuvent donc faire ces voix des justes qui ont l’Amour ? Que feront les amis de Dieu pour cet homme qui leur a demandé de prier Dieu, afin qu’il pût éviter l’Enfer et obtenir le Ciel ? Il les a libéralement secourus, ne demandant d’autre récompense que leurs prières pour obtenir le Ciel. Et moi, j’ajouterai ma prière à leur prière. »

Alors, parla le Juge :

« Pour les prières de ma Mère et de mes amis, cet homme obtiendra avant de mourir la contrition parfaite, de sorte qu’il ne descendra point en Enfer ; mais il sera purifié avec ceux qui, ayant commis de grands péchés, endurent de grandes peines dans le Purgatoire. Et cette âme étant purifiée, aura la récompense du Ciel avec ceux qui, sur terre ont eu la Foi et l’Espérance, avec quelque petite Charité. »

Ces choses étant dites, les démons s’enfuirent.

Peu après cette vision, sainte Brigitte vit un lieu fort terrible. C’était une fournaise ardente, large et profonde comme une mer, où le feu n’avait autre chose à brûler que les démons et les âmes toutes vivantes ; et sur cette fournaise, apparut l’âme dont nous avons vu le jugement. Or, les pieds de cet homme étaient comme attachés à la fournaise et le feu se poussait vers eux, ainsi que l’eau poussée en haut par le tuyau, de sorte que ses pores étaient comme des veines ouvertes d’où sortait le feu. Ses yeux étaient enfoncés, ses dents comme des clous de fer attachés au palais, ses bras étaient si tendus qu’ils allaient jusqu’aux pieds, et de ses mains gouttaient une poix ardente. De la peau, qui semblait être sur l’âme comme sur un corps, procédait une puanteur si horrible qu’on ne saurait la comparer à la plus infecte, à la plus pernicieuse puanteur.

Ayant donc vu cette effroyable calamité, sainte Brigitte entendit la voix de cet homme, qui criait avec un déluge de larmes :

« Malheur ! Malheur ! Malheur ! Malheur que j’aie aimé si peu Dieu pour ses grandes Perfections et les Grâces dont Il me comblait. Malheur que je n’aie pas considéré la Passion qu’Il souffrit avec grand Amour pour l’homme ! Malheur à moi de n’avoir pas craint sa Justice comme je le devais ! Malheur à moi d’avoir aimé les plaisirs de mon corps qui m’ont conduit au péché ! Malheur à moi pour mon orgueil et mon ambition des richesses ! Malheur à moi de vous avoir connus, ô Louis et Jeanne ! »

L’ange dit à sainte Brigitte : « L’Enfer brûle de telle sorte que, si tout ce qui au monde brûlait, il n’entrerait pas en comparaison de la violence de ce feu. On entend de cette fournaise sortir d’horribles voix, toutes contre Dieu, et toutes commencent par : Malheur ! Et finissent par Malheur ! Le supplice de cet homme au-dessus de l’Enfer est très cruel et doit durer jusqu’à la fin du monde, s’il n’est pas secouru par ses amis. »

Et avec force, l’ange ajouta : « Béni soit celui qui étant sur terre, vient au secours des âmes par des prières, ses œuvres et par le travail de son corps. La Justice de Dieu ne peut mentir, elle dit que les âmes peuvent être soulagées et affranchies par ces moyens. »

En ce moment, on entendit plusieurs voix qui du Purgatoire, suppliaient lamentablement : « Ô Seigneur Jésus-Christ ! Juste Juge ! imploraient-elles, envoyez votre Amour et votre Charité en ceux qui vivent au monde. Que Dieu récompense ceux qui nous envoient du secours ! »

V

Sainte Brigitte entendait une fille criant à sa mère, qui vivait encore :

« Ecoutez, ma mère : Malheur à moi ! Vous m’avez montré un visage doux mais vous avez été pour moi un bourreau. Vous m’avez cruellement pressé le cœur en me donnant de mauvais conseils et de mauvais exemples.

« Le premier conseil a été de m’attacher à plaire, à aimer et à être aimée selon le monde, à vivre avec joie corporelle. Le deuxième a été de dépenser prodigalement les biens pour avoir le repos, les plaisirs et pour l’honneur du monde.

« Vous m’avez appris une façon et mode de m’habiller avec un décolletage savant, des gants façonnés à mes mains, des souliers mignons aux pieds et mille artifices de la vanité, toutes choses odieuses à Dieu. Ma superbe fut brillante, et l’ostentation, fille de la superbe, donna tant d’éclat à mes yeux que je fus aveuglée sur ma fin dernière que je ne considérais point.

« Vous m’avez appris à faire quelques bonnes œuvres sans quitter le péché, et que je vivrais longtemps ; que l’heure de la mort n’approcherait point, que je pouvais pécher sans avoir une grande peine.

« Je me confessais, et par l’humilité de la confession, j’avançais d’un pas ; puis, soudain, je retombais comme celui qui chemine sur la glace, car je voulais le péché, appuyant, selon votre conseil, mes espérances en mes œuvres, sans que jamais j’aie considéré la Justice divine et que mes péchés étaient grands et mes bonnes œuvres fort petites.

« Et la maladie et la mort prompte arrivèrent, et les démons me saisirent, me donnèrent de grandes peines et douleurs, et j’étais moquée avec une confusion insupportable.

« Malheur donc à moi, ô ma mère, car tout ce que j’ai appris de vous avec joie, je le pleure maintenant avec amertume ! »

Et s’adressant à sainte Brigitte, l’infortunée ajouta :

« Vous qui ne pouvez me voir dans mon véritable état, entendez : ma tête et ma face sont un tonnerre qui fulmine au-dedans ; mon col est dans une presse garnie de clous ; mes bras et mes pieds sont comme des serpents ; mes veines sont pleines d’un vent violent : elles se serrent dans le cœur et éclatent à cause de sa fureur.

« Mes épaules, ma gorge, ma poitrine sont rongées, dévorées sans relâche, ce qui montre la vraie Justice divine, car elles offensèrent la pudeur, et mon cœur était lié aux choses passagères.

« Néanmoins, je suis en la voie de la Miséricorde, car la mort s’approchant, la considération de la Passion de Jésus-Christ me vint à l’esprit, et qu’elle était beaucoup plus douloureuse que la maladie dont je souffrais ; et je dis : Ô Seigneur ! Je crois que Vous êtes mon Dieu, ayez Miséricorde de moi, ô Fils de la Vierge, pour l’Amour de votre amère Passion. J’amenderai maintenant ma vie si j’en ai le temps.

« Et soudain, je fus illuminée d’une étincelle de Charité en mon cœur, de sorte que la Passion de Jésus me semblait plus amère que ma souffrance… Je mourus aussitôt et mon âme vint aux mains des démons pour être présentée au Jugement de Dieu, car il était indigne que les anges d’un grand éclat et d’une grande beauté portassent mon âme si difforme.

« Or, au Jugement de Dieu, les démons criant que mon âme fût condamnée à l’Enfer, puisqu’elle avait vécu pour les biens temporels, ne voulant prendre garde à ce que mon Rédempteur avait fait pour moi, le Juge répondit :

« Je vois une étincelle de Charité en son cœur, et partant, je condamne l’âme à être purifiée dans les tourments jusqu’à ce que l’étant dignement, elle mérite de Me posséder. »

« Par cette grande Miséricorde, et bien que je regorge de douleurs et de maux, je suis au lieu de l’Espérance. »

VI

Sainte Brigitte voyait un Jugement, l’âme d’homme qui, sur la terre, avait été comblé de prospérités, et il était damné. Cette âme avait la forme d’un horrible animal ; elle ressemblait au démon qui l’accusait devant le Juge :

« Donnez-moi, ô Juge, cette âme, puisque vous êtes juste. Vous l’aviez créée des ferveurs de votre Amour, et elle Vous était semblable ; mais ayant méprisé votre Douceur et vos Préceptes, elle est devenue semblable à moi. »

Le Juge répondit : « Bien que Je sache toutes choses, néanmoins, dites pour ma fille (sainte Brigitte), quel droit y avez-vous ? »

Le démon : « Cet homme avait des yeux et n’a jamais voulu voir ce qui concernait le salut de son âme ; les choses spirituelles ne lui plurent jamais, il s’amusait aux choses temporelles. Tout ce qu’il faisait, qui avait quelque apparence que c’était pour l’Amour de Vous, c’était pour l’honneur du monde. Il avait des oreilles, mais ne voulait rien entendre de ce qui revenait à votre Gloire. Sa bouche était ouverte à toutes les suavités et cajoleries du monde, et close à la prière et à vos Louanges. Il ne Vous aima jamais ni ne prit goût à vos Avertissements ; il n’approcha jamais de Vous par Amour ni par bonnes œuvres. Sa volonté fut toujours contraire à vos Commandements et sa cupidité était sans borne. Donnez-moi cette âme qui m’est semblable. »

Alors, un des anges approcha et dit au Juge :

« Seigneur Dieu ! Après que cette âme fut unie au corps, je la suivis toujours et ne m’en séparai point tant que je trouvai en elle quelque bien. Cet homme fut uni au mariage à une femme qu’il aimait tendrement et garda la fidélité du mariage parce qu’il l’aimait et non pour votre Amour, ne considérant en rien l’Honneur de Dieu et l’accomplissement de ses Volonté. Il entendait des Messes et assistait aux Offices, non par esprit de dévotion, mais afin qu’il ne fût pas séparé des chrétiens et noté par eux. Son cœur était en tout rebelle à Dieu et obéissant à la chair. Il se rendait néanmoins à l’Eglise afin d’obtenir de Vous la santé corporelle et que Vous lui conservassiez les richesses et les honneurs du monde. Ô Seigneur ! Vous avez plus donné à cet homme qu’il ne Vous a servi sur terre. Vous lui avez donné la santé, des enfants remarquables ; Vous lui avez conservé les richesses et l’avez protégé des infortunes qu’il redoutait. Vous lui avez donné cent pour un, et tout ce qu’il a fait de bien a été récompensé en prospérités temporelles, comme il le voulait uniquement. Or, maintenant, je le laisse comme un sac vide de tout bien. »

« Donc, ô Juge, reprit le démon, adjugez-le-moi. Je suis plein de malice et je n’ai pas été racheté, cet homme est comme un autre moi. Vous avez dit que nul ne devait en rien tromper son prochain, et cet homme l’a fraudé et trompé. Vous avez dit que nul ne doit aimer la créature par-dessus son Créateur, or, cet homme a aimé toutes choses, hors Vous. Il a vendu l’Amour de Dieu pour son amour-propre. »

Le Juge : « Pourquoi vous réjouissez vous tant de la perte d’une âme ? »

Le démon : « A cause de l’envie enragée qui me déchire. Quand cette âme brûle, je brûle plus ardemment ; mais Vous l’avez rachetée par votre Sang et l’avez tellement aimée que Vous Vous êtes donné à elle. Quand je la puis arracher de Vous, je me réjouis. »

Le Juge s’adressant à l’âme :

« Que dites-vous de vous-même ? »

L’âme, avec de grandes larmes, répondit :

« Ma conscience profère mon jugement ; il faut que je suive aux peines ceux-là dont je suivis les suggestions sur terre. »

Et soudain sept démons s’approchèrent et le prince des démons ordonna :

« Vous, esprit de superbe, vous avez possédé cette âme dedans et dehors, entrez en elle et serrez-la si fortement que le cerveau, les yeux, les os, tout s’écoule et se fracasse.

« Vous, esprit de cupidité, entrez en elle avec un venin très ardent, et comme un plomb fondu, brûlez-là misérablement. Qu’elle soit riche des confusions éternelles et des malheurs qui n’auront jamais de fin.

« Vous, esprit de rébellion et de mépris de la Religion, elle vous a plutôt obéi qu’à Dieu, entrez en elle, comme un glaive très aigu qui perce le cœur sans en sortir jamais.

« Vous, esprit de gourmandise, brisez-la de vos dents, déchirez-la sans cesse et sans la consommer ; elle a consenti à toutes les intempérances.

« Vous esprit de vaine gloire, entrez en elle et ne sortez jamais de sa bouche. Que toute la joie et l’honneur qu’elle cherchait au monde, soient changés en pleurs, misères et hontes éternelles. »

Les démons emportèrent leur proie et disparurent sauf le prince des démons.

***

Et voici qu’une âme, comme une brillante étoile montait de la terre au Ciel, et le Juge dit au démon :

« Regarde, Je te le permets. »

En voyant la lumineuse étoile, le démon resta muet. Notre Seigneur reprit :

« A qui est-elle semblable ? »

Le démon reprit avec rage : « Elle est plus luisante que le soleil, comme je suis plus noir que la fumée, elle est toute pleine de douceur et moi, je suis plein de malice et d’envie. »

« Que ferais-tu pour qu’elle fût en ta puissance ? »

Le démon répondit avec force : « Je descendrais du plus haut du Ciel jusqu’à l’Enfer pour l’avoir en ma puissance. »

« Ta malice est grande contre mes élus, et Moi, Je suis si charitable que, s’il était besoin, Je mourrais encore une fois pour chaque âme, et J’endurerais pour chacune d’elles le même supplice que J’ai enduré sur la Croix pour toutes les âmes. »

Le démon s’enfuit, et alors Notre Seigneur dit à cette âme bienheureuse qu’on voyait comme une étoile monter de la terre au Ciel :

« Venez, ma bien-Aimée, jouir du Bonheur ineffable que vous avez tant désiré, venez à Moi, quittant le monde semblable à la douleur et à la peine et en qui tout est misère. Venez à notre Dieu et Seigneur, venez à la Douceur qui ne finira jamais. »

Et s’adressant à sainte Brigitte, Notre Seigneur lui dit :

« Cette âme que vous voyez rayonnante comme une étoile, en s’approchant du dernier moment de sa vie, vint en Purgatoire, et ce Purgatoire était son corps dans lequel elle a été purifiée par ses douleurs et ses infirmités. Sa joie a commencé dans la tristesse, et la voilà pour toujours dans les contentements indicibles, sans mesure et sans fin.

« Savez-vous, ma fille, pourquoi je vous montre ces choses ? C’est afin que les bons voient la récompense et que les mauvais, sachant cet horrible jugement, se convertissent. »

***

Une dame, célèbre par sa beauté et ses élégances, suivait en tout ses fantaisies et abhorrait la confession… Atteinte d’une tumeur à la gorge, elle mourut sans se confesser. Au jugement de Dieu, tous les démons l’accusaient, criant au Juge : « Voici cette femme qui a voulu se cacher de Vous, et être connue de nous ! »

Le Juge : « La confession est une bonne blanchisseuse. Puisqu’elle n’a pas voulu s’humilier devant un seul, qu’elle soit confondue devant tous et noircie de vos immondices. Elle méprisait l’étendard de ma Croix en disant : ‘À quoi cela me sert-il ? Qu’il satisfasse ici mes appétits et mes désirs et garde Son Royaume et Son Ciel. J’aime mieux les perdre que de quitter mes volontés.’

Pour le bien qu’elle a fait, elle a reçu dans le monde sa récompense, car elle ne méritait pas d’être affligée sur terre, mais ses tourments sont éternels ; d’autant qu’elle aurait désiré vivre éternellement pour pécher éternellement […]. Dites à ma fille (Sainte Brigitte) quel supplice a mérité cette âme qui a plus aimé la créature que le Créateur, recherchant les plaisirs et se souciant plus du monde que de Dieu.

Pour la superbe qu’elle a eue en tous ses membres, sa tête, ses bras, ses mains, ses pieds sont allumés d’un feu horrible. Les serpents l’environnent, la rongent, la déchirent sans cesse avec désolation continuelle. Ses entrailles sont misérablement tourmentées, comme si avec une grande force, on s’efforçait d’y planter un pal. Ses pieds avec lesquels elle se portait aux délices, sont comme des rasoirs aigus qui la taillent incessamment. »

***

Sainte Brigitte vit un prince à qui les démons préparaient quatre chambres par lesquelles il fallait qu’il passât.

Dans la première, il fut accablé d’un poids écrasant et il s’écria en pleurant : « Malheur à moi, d’avoir plus aimé ce qui est beau que ce qui est utile, d’avoir eu la vertu en haine, les bons exemples et les prédications en aversion, car j’avais résolu en mon cœur de suivre mes volontés, ne me souciant ni de croire ni de connaître la Vérité ! Il est donc juste que je sois abattu sous le talon du diable. »

Dans la deuxième chambre, un torrent de poix et de flammes roula sur lui, et il gémit horriblement : « Malheur à moi ! Malheur éternellement ! J’ai aimé d’être aimé, loué, exalté, fuyant les opprobres, n’aimant que moi-même, considérant les péchés comme rien. Et maintenant, me voilà abreuvé du torrent des douleurs. »

Dans la troisième chambre, il sentit une puanteur insupportable ; des serpents venimeux l’enveloppèrent et ses hurlements redoublèrent : « Malheur ! Malheur ! Malheur ! J’ai aimé les douceurs, les parfums, les vêtements somptueux, les festins délicats. Je repoussais l’abstinence que je comprends maintenant être très utile. Je vivais selon les désirs de mon corps, ne voulant accepter ni privation ni peine. Il est juste que j’endure ce supplice. »

Dans la quatrième chambre, il entendit un son terrible et une voix : « La récompense de votre orgueil est que vous tombiez d’un démon dans un autre jusqu’à ce que vous soyez plongé au plus profond abîme de l’Enfer. Pour toutes vos pensées, vos paroles inutiles et nuisibles, pour vos mauvaises œuvres, vous subirez éternellement la violence des supplices. »

Et l’âme cria lamentablement : « Oh ! Que mérité est mon châtiment ! Que je suis terriblement triste ! Je savais par ma conscience que l’homme doit rendre compte, mais je pensais que Dieu était grand en Miséricorde et que je ferais pénitence en ma vieillesse. Et les douleurs, avant la mort, m’ont tellement accablée que je perdis mémoire et volonté. Et maintenant, je vois que Celui qui promettait de Se donner Lui-même à moi sous les espèces du Pain eucharistique est le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs. Je refusais de croire que sous une espèce si petite, une chose si grande, si sublime, put être indicible et admirable. Malheur à moi ! Malheur ! Malheur que je sois né ! Malheur ! Malheur ! »

Et Notre Seigneur dit à sainte Brigitte : « Voilà, ô ma fille, comment sont frappés ceux qui Me méprisent et violent Mes commandements ; voilà quelles peines et quelles douleurs ils achètent par des bagatelles et des petits et passagers plaisirs. Mes paroles leur sont insupportables, et s’ils font quelque bien, ils n’ont d’autre affection ni intention, sinon que les biens temporels leur soient accrus ; ils ne demandent et ne désirent rien si chèrement. Je leur donne ce qu’ils demandent et les récompense en cette vie présente… Sachez ma fille, que Je ne parle pas pour vous seule, mais pour tous les chrétiens : l’homme rendra compte de la moindre maille ; il rendra compte de tous les moments, de chaque denier, des pensées en détail et des paroles, s’il ne les amende point par contrition et pénitence. Véritablement, ma fille, J’en ferai exact jugement. »

« Or, Je vous le dis : de toute parole sans fondement que les hommes auront proférée, ils rendront compte au Jour du Jugement. (Mt 12.36) » ; « En vérité, Je te le dis, tu ne sortiras pas de là, que tu n’aies rendu jusqu’au dernier sou. (Mt 5.26) »

***

Un jour qu’elle priait pour les morts, sainte Brigitte vit l’âme d’un gentilhomme décédé depuis quatorze ans. Cette âme avait la forme d’une bête sauvage, qui avait autant de cornes que les autres bêtes ont ordinairement de crins. Cette bête était étendue sur une ouverture qui aboutissait à l’Enfer, et qui était comme un soupirail, en sorte qu’elle serait tombée dedans, sans un pieu mis en travers, sur lequel elle était couchée. En cet état, elle recevait les brûlantes vapeurs de l’Enfer et participait ainsi aux peines de ce lieu d’horreur et de supplices ; elle souffrait des douleurs inexprimables, ne recevant nul soulagement des suffrages de l’Église.

La sainte apprit de Dieu que ce gentilhomme étant sur terre, avait beaucoup péché par sa fierté et son orgueil, qui étaient excessifs. Le pieu qui lui servait d’appui et l’empêchait seul de tomber dans le gouffre de l’Enfer, représentait quelques mouvements de pénitence et de bonne volonté qu’il avait eus étant dans le monde, et qui, fortifiés de la Miséricorde divine, l’avaient garanti du malheur éternel.

Dieu ayant imprimé, par cette vue, dans le cœur de Brigitte, une forte compassion pour l’infortuné, elle s’adressa au Cœur divin par une ardente prière pour le soulagement de cette âme. Aussitôt, l’horrible peau de bête se fendit, et l’âme en sortit couverte de taches, mais faisant paraître beaucoup de joie, parce qu’elle était enfin en état d’avoir part aux Suffrages de l’Église.

***

Sainte Brigitte vit son ange gardien qui priait pour elle. Le Seigneur dit à l’ange : « Vous demandez Miséricorde pour celle que Je vous ai confiée. Dites-Moi en sa présence ce que vous désirez pour elle, car il y a trois sortes de miséricordes :

  • L’une épargne la peine au corps et à l’âme. C’est l’état de ceux qui croient en Moi et font quelques bonnes actions avec l’intention d’obtenir des biens temporels, considérant peu les choses célestes, et les abandonnant avec joie afin d’obtenir les choses présentes. Je récompense le bien qu’ils font, et jusqu’à la dernière maille, d’une récompense mondaine et temporelle ; mais dans l’éternité, ils ne sortiront jamais du supplice.
  • Par la deuxième miséricorde, le corps et l’âme sont affligés. C’est l’état de ceux qui tombent dans le péché, mais se relèvent. Je permets qu’ils aient des tribulations au corps ou à l’âme afin qu’ils soient sauvés. Néanmoins, ils auront à acquitter dans le Purgatoire.
  • La troisième miséricorde, c’est quand le corps et l’âme sont châtiés. C’est l’état de ceux qui aimeraient mieux souffrir de grandes peines, avec Mon aide, que de provoquer Ma colère. À ceux-ci sont données les tribulations corporelles et spirituelles, comme à saint Pierre, saint Paul et à mes autres saints, afin qu’ils soient purifiés dans le temps. Quiconque entrera dans le Ciel devra avoir été purifié par l’eau ou par le feu… L’eau, c’est-à-dire par une épreuve journalière, par quelque médiocre labeur de pénitence sur terre… Le feu, en l’autre vie, dans le Purgatoire. Donc, maintenant ô mon Ange, mon Serviteur, que demandez-vous pour celle que Je vous ai confiée ? »

L’Ange répondit : « Je demande pour elle la miséricorde de la correction ; je demande les tribulations du corps et de l’âme, afin qu’elle purifie en cette vie par cette eau salutaire toutes ses fautes, et qu’aucun péché ne vienne en jugement. »

TÉMOIGNAGE DE SŒUR LUCIE DE FATIMA :
« Lorsque la Vierge Marie disait les dernières paroles (« Sacrifiez-vous pour les pécheurs… »), Elle ouvrit de nouveau les mains comme les deux fois précédentes. Le faisceau de lumière projeté sembla pénétrer la terre et nous[2] vîmes comme une mer de feu. En ce feu étaient plongés, noirs et brûlés, des démons et des âmes sous forme humaine, ressemblant à des braises transparentes noires et bronzées. Soulevées par les flammes qui sortaient d’elles-mêmes, elles retombaient de tous les côtés comme les étincelles dans les grands incendies, sans poids ni équilibre, au milieu de grands cris et de gémissements de douleur et de désespoir qui faisaient frémir et trembler d’épouvante. Ce fut probablement à cette vue que je poussai l’exclamation d’horreur qu’on dit avoir entendue.

Les démons se distinguaient des humains par leurs formes terribles et dégoûtantes d’animaux épouvantables et inconnus, mais transparents comme des charbons embrasés. Cette vue dura un instant et nous devons remercier notre bonne Mère du Ciel qui, d’avance, nous avait prévenus par la promesse de nous prendre au Paradis. Autrement, je crois, nous serions morts de terreur et d’épouvante. (Autobiographie, au 13.07.1917) »

DE SAINT PIERRE-JULIEN EYMARD :
« Or, comment se fait-il que Dieu, qui est si bon, puisse condamner à l’Enfer éternel une de ses créatures qu’Il a faite dans l’amour, un de ses enfants qu’Il a tant aimé ? Il est pourtant vrai, qu’après la mort Il est sans miséricorde ! Il y a peu d’élus, a-t-on dit ; des deux chemins qui conduisent l’un à la vie et l’autre à la mort, le premier est peu suivi, le second couvert de monde ! D’après ces paroles, la majeure partie des hommes sera damnée. Quand l’Évangile ne le donnerait pas à entendre, ce que nous voyons parle assez fort pour le faire comprendre. (Écrits et sermons, DDB, 1972, p. 276) ».

DE SAINT ANTOINE-MARIE CLARET :
« Je me dis souvent : il est de foi qu’il y a un Ciel pour les bons et un Enfer pour les mauvais ; il est de foi que les peines de l’Enfer sont éternelles ; il est de foi qu’il suffit d’un seul péché mortel pour offenser un Dieu infini. Me rendant compte que ces principes sont très sûrs, voyant la facilité avec laquelle on pèche −aussi facilement que si l’on buvait un verre d’eau− voyant la multitude qui est continuellement en état de péché mortel et va ainsi à la mort et en Enfer, je ne puis rester en repos, je sens que je dois courir et crier. Je me dis : Si je voyais quelqu’un tomber dans un puits ou dans un brasier, je courrais certainement et je crierais pour l’avertir et l’empêcher de tomber ! Pourquoi donc n’en ferais-je pas autant pour empêcher quelqu’un de tomber dans le puits et le brasier de l’Enfer ? Je ne puis comprendre comment les autres prêtres qui croient aux mêmes vérités que moi −vérités que tous doivent croire− ne font ni prêches ni exhortations pour empêcher les gens de tomber en Enfer. Je m’étonne même que les laïcs, hommes et femmes, qui ont la foi ne crient pas, et je me dis : si une maison se mettait à brûler de nuit, ses habitants et les autres habitants du quartier étant endormis et ne voyant pas le péril, le premier qui s’en apercevrait ne courrait-il pas dans les rues en criant : « Au feu ! Au feu ! Dans telle maison ! » ? Alors, pourquoi ne pas crier « Au feu de l’Enfer ! » pour réveiller tant de dormeurs assoupis dans le sommeil du péché et qui, au réveil, se trouveront dans les flammes du feu éternel ? Ce qui m’oblige également à prêcher sans arrêt c’est de voir la multitude d’âmes qui tombent en Enfer, car il est de foi que tous ceux qui meurent en état de péché mortel se damnent. Car « Telle vie, telle mort ! » Et quand on voit comment vivent les gens, quand on les voit en très grand nombre vivre de façon stable et habituelle en état de péché mortel, on peut dire qu’il ne se passe pas de jour sans qu’augmente le nombre de leurs fautes. Ces malheureux vont de leur propre mouvement en Enfer […] Peut-être me direz-vous que le pécheur ne pense pas à l’Enfer et même n’y croit pas. Situation pire encore ! Vous pensez peut-être que le pécheur cesse, pour ce motif, de se damner ? Non, certainement pas ! Au contraire, c’est là un signe plus clair de sa damnation d’après l’Évangile : « Qui ne croit pas sera condamné (Mc 16.16) ». Et comme le dit Bossuet, cette vérité est indépendante du fait qu’on y croit ; celui qui ne croit pas à l’Enfer ne manquera pas pour autant d’y aller s’il a le malheur de mourir en état de péché mortel ; et ceci bien qu’il ne croie pas à l’Enfer et n’y pense pas.(Autobiographie, II, 11, 2-3-4, Soleil Levant, 1960) »

***

Sur un sujet différent, Notre Seigneur Jésus-Christ dit à SAINTE CATHERINE DE GÊNES :

« Je fais à l’âme un purgatoire de son corps ; par ce moyen, J’augmente sa gloire et Je l’attire à Moi sans autre purgatoire. De toutes les choses contraires qui assaillent mes amis, il leur en revient grand profit et grande récompense. Et l’homme, n’ayant d’autre temps que celui de sa vie pour purifier son âme en Mon amour, n’est-il pas bien misérable et bien fou de s’occuper d’autre chose et de perdre ces moments précieux qui lui sont donnés uniquement pour cet effet, sans que jamais, il puisse en avoir d’autres ? »

Sainte Catherine de Gênes : « Mieux vaut souffrir en ce monde avec toutes les douleurs dont on peut être affligé en cette chair et sur la terre, qu’une heure en Purgatoire. Sur la terre, le temps de nous purifier dure peu et Dieu donne l’aide nécessaire pour pouvoir supporter, car Il ne charge jamais l’homme d’un poids supérieur à ses forces.

« Je ne m’étonne pas que sous certains rapports, le Purgatoire soit aussi affreux que l’Enfer, tous les deux ayant le péché pour objet. Celui-ci étant hideux comme il l’est, il faut bien que le châtiment et l’expiation soient en rapport avec son abomination. »

« Mieux vaut souffrir mille ans en ce monde avec toutes les douleurs dont on peut être affligé en cette chair et sur la terre, qu’une heure en Purgatoire. »[3]

***

Tant que nous vivons sous l’empire de la Miséricorde, nous pouvons chaque jour vivre en état de grâce et nous préparer à mourir saintement, mais encore satisfaire pour les défunts, ainsi que Notre Seigneur l’assure :

« L’exercice de la vie, dit-Il, est un Purgatoire continuel, et sans qu’il vous en coûte davantage, vous vous trouverez purifiés de tout à l’heure de votre mort. Vous pourrez même satisfaire pour d’autres, car sur terre, tout est compté au plus haut point de valeur. Faites donc vos actions ordinaires en esprit de pénitence, unies à la contrition immense de mon Cœur Sacré. Vous avez aussi le moyen de satisfaire pour vous et pour les défunts à la Justice divine par les indulgences que mon Église a le droit de vous appliquer, et que Je recevrai toujours comme un paiement légitime et agréable, puisque c’est de Moi qu’elle tient ce pouvoir, et Je ratifie tout ce que décide l’Église. »

Ces choses qui m’ont été révélées sur le Purgatoire, sont tellement graves que, à côté de cela, toute connaissance, toute science humaine, ne sont que bagatelles de néant. (Traité du Purgatoire, Nabu Press, 2011, p.124) »

_____________

« L’enseignement de l’Église affirme l’existence de l’Enfer et son éternité. Les âmes de ceux qui meurent en état de péché mortel descendent immédiatement en Enfer […]. La peine principale de l’Enfer consiste en la séparation éternelle d’avec Dieu en qui seul l’homme peut avoir la vie et le bonheur pour lesquels il a été créé et auxquels il aspire. (Catéchisme de l’Église Catholique, 1992, n°1035) »

[1] Dumeige (Gervais), La Foi Catholique, Paris, 1975, n°951 : « Si quelqu’un dit ou pense que le châtiment des démons et des impies est temporaire et qu’il prendra fin après un certain temps, ou bien qu’il y aura restauration des démons et des impies, qu’il soit maudit ! »

[2] Il s’agit de Lucie elle-même et de ses deux cousins, Jacinthe et François Marto, témoins des apparitions si importantes pour le salut du monde de la Vierge Marie à Fatima en 1917.

[3] Saint Bernardin de Sienne affirme que, entre toutes les peines de la terre réunies ensemble et la peine du Purgatoire, il y a la même différence existant qu’entre un feu peint sur une toile et un feu réel.

Source

Les limbes – Bébés mort-nés ou avortés

Qu’est-ce qu’il advient des bébés mort-nés ou avortés, où vont-ils?

Les Pauvres âmes me disent qu’ils ne vont pas au Ciel, mais que, parce qu’ils étaient innocents, ils ne vont naturellement pas au Purgatoire. Ils vont dans un lieu intermédiaire. On peut l’appeler, les Limbes, mais on l’appelle parfois le « Paradis des enfants ». Le mot Limbes vient du latin limbus, bord, marge ou bordure. Les âmes de ces enfants ne savent pas qu’il existe quelque chose de mieux. Elles ne savent pas qu’elles ne sont pas au Ciel et c’est notre responsabilité de les élever jusqu’au Ciel. Et cela ne demande naturellement pas beaucoup car elles n’ont jamais eu l’occasion de pécher.

  1. Nous pouvons faire cela avec un « baptême des enfants non nés » ou;
  2. par une messe de requiem.

Les enfants mort-nés ou avortés devraient aussi recevoir un nom et être admis dans la famille. Cela les fait entrer dans le Livre de Vie.

Je connais une infirmière qui travaillait dans un hôpital de Vienne et qui baptisait toujours les enfants mort-nés et avortés de cet hôpital. Elle faisait cela deux fois par jour, le matin pour ceux qui étaient morts durant la nuit, et le soir pour les morts de la journée. Lorsqu’elle est morte, elle s’est écriée: « Oh! Voilà tous mes enfants, ils sont si nombreux! » Le prêtre à son chevet a répondu: « Mais bien sûr, vous en avez tant baptisés, et les voilà maintenant qui viennent vous aider ». Et ces enfants l’ont aidée à faire le passage.

Est-ce que les bébés dans les Limbes apparaissent à leurs parents ou s’en approchent ici sur terre?

Oui, cela arrive. Les frères et sœurs particulièrement ont souvent conscience de la présence d’un autre enfant, même s’ils ne savent rien de sa mort à la naissance ou de l’avortement.

Que pensez-vous de l’avortement?

L’avortement est la plus grande guerre et la plus grande horreur de tous les temps. Cette société s’est dégradée au point de permettre à Satan de tuer des innocents par millions comme un essaim de mouches. La réparation en sera énorme! Je ne veux pas en dire plus.

Lorsqu’une femme a admis que son avortement était un péché grave, que doit-elle faire pour être sûre que Jésus a tout effacé? Pouvez-vous répondre à cette question ou dois-je changer de sujet?

Non, ça va, cette femme doit immédiatement aller se confesser à un prêtre et demander à Jésus de lui pardonner. Puis elle doit faire pénitence d’une façon profonde et sincère, et qui lui fait véritablement retrouver la paix. L’enfant doit ensuite recevoir un nom afin d’être accueilli et aimé par la famille à laquelle il appartient véritablement, et pour être inscrit dans le Livre de Vie. Elle doit demander pardon à cet enfant. Et finalement elle devrait le faire baptiser et lui offrir une messe comme je l’ai expliqué plus haut. Si tout cela est accompli, et d’un cœur humble et pénitent, alors ce sera suffisant.

Lorsqu’elle aura fait tout cela, tous les effets de son avortement auront-ils disparu ou en restera-t-il quelque chose?

En plus du fait que la mère ne l’oubliera jamais, les Pauvres âmes m’ont dit qu’elle verra au Ciel la place que l’enfant aurait dû occuper après avoir vécu sa pleine vie, mais cette place sera vide. Cependant, comme le Ciel est le Ciel, il n’y aura aucune souffrance d’aucune sorte à cause de cela.

Tous les avortements mériteront-ils la même punition?

Non, parce qu’il arrive souvent que les jeunes soient aujourd’hui forcés par les parents ou la société et dans ce cas, ce sont les adultes qui porteront la plus grande part de responsabilité. Les médias et les législateurs qui abaissent la conscience de la société, les médecins qui en retirent des profits ou qui mentent en cachant les effets négatifs bien connus qui affecteront plus tard les mères qui ont avorté, seront sévèrement punis, de même que les industries des produits pharmaceutiques et des produits de beauté qui utilisent des dérivés de fœtus pour mettre sur le marché de nouveaux articles découvriront l’immensité de leurs péchés. Nous devons beaucoup prier pour tous ces gens-là.

Beaucoup de femmes aux États-Unis et dans le reste de l’Occident, tout comme en Orient je suppose, disent qu’elles peuvent faire ce qu’elles veulent de leur corps et avec ce qui est dans leur corps. Quelle réponse pouvez-vous leur donner?

Comment osent-elles faire à un enfant sans défense une chose qu’elles ne permettraient pas qu’on leur-fasse à elles qui sont adultes, et loin d’être aussi incapables de se protéger?! Avec quelle rapidité elles se précipitent devant les tribunaux lorsque la branche de l’arbre de leur voisin se casse et endommage un peu leur propriété. Mais lorsqu’il s’agit de prendre une vie, elles se cantonnent dans leur droit, et que personne n’ose essayer d’intervenir en faveur de cette vie! Ces gens sont bien misérables et ont besoin de nos prières quotidiennes pour les libérer de leur égoïsme et de leur arrogance, et pour les sortir de leur confusion.

Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 64, 65

SECONDE PARTIE – LE PURGATOIRE MYSTÈRE DE MISÉRICORDE

Chapitre 64

Moyens d’éviter le purgatoire – La confiance en Dieu – Saint François de Sales

Le cinquième moyen d’obtenir indulgence devant le tribunal de Dieu, c’est d’avoir une grande confiance dans sa miséricorde. J’ai mis, Seigneur, ma confiance en vous, dit le Prophète, et je ne serai point confondu (1). Certes, celui qui a dit au bon larron: Aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis, mérites bien que nous ayons en lui une confiance sans bornes. Saint François de Sales avouait qu’à ne considérer que sa misère, il ne méritait que l’enfer; mais plein d’une humble confiance en la miséricorde de Dieu et dans les mérites de Jésus-Christ, il espérait fermement partager un jour le bonheur des élus. «Et que ferait Notre-Seigneur de sa vie éternelle, disait-il, s’il ne la donnait aux pauvres, petites et chétives créatures comme nous, qui ne voulons espérer qu’en sa souveraine bonté? Vive Dieu! J’ai cette confiance bien ferme au fond du cœur: que nous vivrons éternellement avec Dieu. Nous serons un jour tous ensemble au ciel: il faut prendre courage, nous irons bientôt là-haut. Il faut disait-il encore, mourir entre deux oreillers, l’un de l’humble confession que nous ne méritons que l’enfer; l’autre d’une entière confiance que Dieu dans sa miséricorde nous donnera son paradis.

Ayant rencontré un jour un gentilhomme, effrayé à l’excès des jugements de Dieu, il lui dit: « Quiconque a un vrai désir de servir Notre-Seigneur et de fuir le péché, ne doit nullement se tourmenter de la pensée de la mort et du jugement. S’il faut craindre l’une et l’autre, ce ne doit pas être- de cette crainte qui abat et déprime la vigueur de l’âme; mais d’une crainte mêlée de confiance, et par cela douce. Espérez en Dieu: qui espère en lui ne sera point confondu.

Saint-Philippe-de-Néri et la sœur Scolastique

On lit dans la vie de Saint-Philippe-de-Néri qu’étant allé un jour au monastère de Sainte-Marthe, à Rome, une des religieuses, appelée Scolastique, désira lui parler en particulier. Cette fille était tourmentée depuis longtemps d’une pensée de désespoir qu’elle n’avait osé découvrir à personne; mais pleine de confiance dans les lumières du Saint, elle résolut de lui ouvrir son cœur. Lorsqu’elle fut près de lui, avant qu’elle eût ouvert la bouche, l’homme de Dieu lui dit en souriant: « C’est bien à tort, ma fille, que vous vous croyez dévouée aux flammes éternelles: le paradis est à vous! Je ne puis le croire, mon Père, répondit-elle en poussant un profond soupir – Vous ne le croyez pas? C’est là votre folie: vous allez le voir. Dites-moi, Scolastique, pour qui Jésus-Christ est-il mort? – Il est mort pour les pécheurs. – Et maintenant, dites-moi, êtes-vous une sainte? – Hélas! répondit-elle en pleurant, je suis une grande pécheresse. – Ainsi donc, Jésus-Christ est mort pour vous, et assurément c’est pour vous ouvrir le ciel: il est donc bien clair que le paradis est à vous.

Car pour vos péchés, vous les détestez, je n’en ai aucun doute. – La bonne religieuse, touchée de ces paroles commença à respirer. La lumière rentra dans son âme, la tentation se dissipa, et depuis ce moment, cette douce parole: Le paradis est à vous, ne cessa de la remplir de confiance et de joie. De la mort et du jugement. S’il faut craindre l’une et l’autre, ce ne doit pas être de cette crainte qui abat et déprime la vigueur de l’âme; mais d’une crainte mêlée de confiance et par cela douce. Espérez en Dieu: qui espère en lui ne sera point confondu.

Chapitre 65

Moyens d’éviter le purgatoire – Acceptation sainte de la mort – Le Père Aquitanus -.

Le sixième moyen d’éviter le purgatoire, c’est l’acceptation humble et soumise de la mort, comme expiation de nos péchés; c’est l’acte généreux par lequel on fait à Dieu le sacrifice de sa vie, en union avec le sacrifice de Jésus- Christ sur la croix.

Veut-on un exemple de ce saint abandon De la vie entre les mains du Créateur? Le 2 décembre 1638 mourut à Brisach, sur la rive droite du Rhin, le Père Georges Aquitanus, de la Compagnie de Jésus. Deux fois il- se dévoua au service des pestiférés. Il arriva qu’à deux époques différentes la peste exerça ses ravages avec tant de fureur, qu’on ne pouvait guère approcher des malades sans être atteint de la contagion. Tout le monde fuyait et abandonnait les mourants à leur malheureux sort; mais le Père Aquitanus, mettant sa vie entre les mains de Dieu, se fit le serviteur et l’apôtre des malades: il s’employa tout entier à les soulager et à leur administrer les sacrements.

Dieu le conserva durant la première période; mais lorsque la peste eut repris avec recrudescence, et que l’homme de Dieu fut accouru une seconde fois au milieu des malades, le Seigneur accepta son sacrifice.

Alors, quand, victime de sa cl1arité, il était étendu sur son lit de mort, on lui demanda s’il faisait volontiers à Notre-Seigneur le sacrifice de sa vie? — « Oh! Répondit-il plein de joie, si j’en avais des millions à lui offrit, il sait bien de quel cœur je les lui donnerais. »

Un tel acte, on le comprend est bien méritoire aux yeux de Dieu. Ne ressemble-t-il pas à l’acte de suprême charité, accompli par les martyrs qui meurent pour Jésus- Christ, et qui efface, comme le Baptême, tous les péchés toutes les dettes ? Personne, dit le Sauveur, ne peut témoigner un plus grand amour, qu’en donnant sa vie pour ses amis (Joan. XV, 13.).

Saint Alphonse de Liguori

Pour produire cet acte, précieux en cas de maladie, il est utile, pour ne pas dire nécessaire, que le malade connaisse son état et sache que sa fin approche. C’est donc lui causer un grand préjudice, lorsque par une fausse délicatesse, on le tient dans l’illusion. Il faut, dit Saint Alphonse dans sa Pratique du confesseur, faire en sorte avec prudence que le malade connaisse le danger de son état.

Si le malade se berce lui-même d’illusions, si au lieu de se remettre entre les mains de Dieu, il ne songe qu’à guérir. Lors même qu’il recevrait tous les sacrements, il se fait à lui-même un tort déplorable.

La vénérable Françoise de Pampelune et la mourante non résignée

On lit dans la Vie de la vénérable Mère Françoise du Saint-Sacrement, religieuse de Pampelune (Par Joachim de Sainte-Marie. Rossign. Merv. 26.), qu’une âme fut condamnée à un long purgatoire pour n’avoir pas, eu au lit de la mort, une vraie soumission à la volonté, divine. C’était une jeune personne, d’ailleurs pleine de piété; mais quand la main glacée de la mort voulut cueillir sa jeunesse dans sa fleur, elle éprouva dans sa nature les plus vives résistances, et n’eut pas le courage de se remettre entre les mains, toujours bonnes, de son Père céleste: elle ne voulait pas mourir encore! Elle n’en mourut pas moins; et la vénérable Mère Françoise, si fréquemment visitée par les âmes des défunts connut que celle-ci eut à expier par de longues souffrances son manque de soumission aux décrets de son Créateur.

Le Père Vincent Caraffa et le condamné

La Vie du Père Caraffa (Par le Père Bartoli. Rossign. Merv. 97. p.340) nous fournit un exemple plus consolant. Le P. Vincent Caraffa, général de la Compagnie de Jésus, fut appelé à préparer à la mort un jeune Seigneur condamné au dernier supplice et qui se croyait voué à la mort injustement. Mourir à la fleur de l’âge, quand on est riche, heureux, et que l’avenir nous sourit, c’est dur, il faut l’avouer; toutefois un criminel, en proie aux remords de sa conscience, pourrait s’y résigner et accepter le châtiment pour expier son forfait; mais un innocent!

Le Père avait donc une tâche difficile à remplir. Néanmoins, aidé de la grâce, il sut si bien prendre le malheureux, il lui parla avec tant d’onction des fautes de sa vie passée et de la nécessité de satisfaire à la divine justice, il lui fit si bien comprendre comment Dieu permettait ce châtiment temporel pour son bien, qu’il dompta sa nature révoltée et changea complètement les sentiments de son cœur. Le jeune homme, envisageant son supplice comme une expiation qui lui obtiendrait le pardon de Dieu, monta sur l’échafaud, non seulement avec résignation, mais avec une joie toute chrétienne. Jusqu’au dernier moment, jusque sous la hache du bourreau il bénissait en implorant sa miséricorde, à la grande édification du peuple qui assistait à son supplice.

Or, au moment où sa tête tombait, le Père Caraffa vit son âme monter triomphante au ciel. Il alla trouver aussitôt la mère du condamné, et, pour la consoler, il lui raconta ce qu’il avait vu. Il en était si transporté de joie, que, de retour dans sa cellule, il ne cessait de s’écrier: Oh! le bienheureux! oh! le bienheureux!

La famille voulait faire célébrer un grand nombre de messes pour le repos de son âme: « C’est superflu, répondit le Père; il faut plutôt remercier Dieu et nous réjouir: car je vous déclare que cette âme n’a pas même passé par le purgatoire. » – Un autre jour, qu’il était occupé à quelque travail, il s’arrêta tout à coup, changeant de visage et regardant vers le ciel comme s’Il y apercevait un spectacle merveilleux; puis on l’entendit s’écrier: 0 l’heureux sort l O l’heureux sort I Et comme son compagnon lui demandait l’expiation de ces paroles: Eh! mon Père, répondit-il, c’est l’âme du supplicié qui m’est apparue dans la gloire, Oh! que sa résignation lui a été profitable! »

La sœur Marie de Saint-Joseph et la Mère Isabelle

La sœur Marie de Saint-Joseph, une des quatre premières Carmélites qui embrassèrent la réforme de sainte Thérèse, était une religieuse de grande vertu. La fin de sa carrière approchait, et Notre-Seigneur voulant que sa sainte épouse fût reçue en triomphe dans le ciel aussitôt après son dernier soupir, acheva de purifier et d’embellir son âme par les souffrances, qui marquèrent la fin de sa vie.

Les quatre derniers jours qu’elle passa sur cette terre, elle perdit la parole et l’usage de ses sens; elle était en proie à une douloureuse agonie; les religieuses avaient le cœur navré de la voir en cet état. La mère Isabelle de Saint-Dominique, prieure du couvent, s’approchant de la malade, lui suggéra de faire beaucoup d’actes de résignation et d’abandon entre les mains de Dieu.

Sœur Marie de Saint-Joseph entendit et fit intérieurement ces actes, mais sans pouvoir donner aucun signe extérieur.

Elle mourut dans ces saintes dispositions et, le jour même de sa mort, tandis que la mère Isabelle entendait la messe, priant pour le repos de son âme, Notre-Seigneur lui montra Sa fidèle épouse couronnée de gloire, en lui disant: Elle est du nombre de ceux qui suivent l’Agneau, Marie de Saint Joseph de son côté, remercia la mère Isabelle de tout le bien qu’elle lui avait fait à l’heure de la mort. Elle ajouta que les actes de résignation, qu’elle lui avait suggérés, lui avaient mérité une grande gloire en paradis, et l’avaient exemptée des peines du purgatoire (Vie de la Mère Isabelle,l. 3. C. 7.).

Saint Jean de la Croix – Douceur de la mort des Saints

Quel bonheur de ne quitter cette misérable vie. Que pour entrer dans la vie véritable et bienheureuse! Tous nous pouvons avoir ce bonheur, en employant les moyens que Jésus-Christ dans sa miséricorde nous fournit pour satisfaire en ce monde et pour préparer parfaitement nos âmes à paraître devant lui. L’âme ainsi préparée est remplie à sa dernière heure de la plus douce confiance: elle a comme un avant-goût du ciel; elle éprouve ce que Saint Jean de la Croix a écrit de la mort d’un saint dans la Vive flamme de l’amour: Le parfait amour de Dieu, dit-il, rend la mort agréable, et y fait trouver les plus grandes douceurs. L’âme qui aime, est inondée d’un torrent de délices, lorsqu’elle voit approcher le moment où elle va jouir de la pleine possession de son Bien-Aimé. Sur le point d’être affranchie de la prison du corps qui se brise, il lui semble ‘qu’elle contemple déjà la gloire céleste, et que tout ce qui est en elle se transforme en amour.»

PROTESTATION DE L’AUTEUR.

Pour nous conformer au décret d’Urbain VIII Sanctissimum, du 15 mars 1525, nous déclarons que, si nous avons cité en ce livre des faits, que nous présentons comme surnaturels, on ne doit attacher à notre opinion qu’une autorité personnelle et privée; l’appréciation de ces sortes de faits appartenant à l’autorité suprême de l’Église.

Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 62, 63

Chapitre 62

Moyens d’éviter le purgatoire – Mortification chrétienne – Saint Jean Berchmans

Le troisième moyen de bien satisfaire en ce monde, c’est la pratique de la mortification chrétienne et l’obéissance religieuse.

Nous portons toujours dans nos corps la mortification de Jésus, dit l’Apôtre, afin que la vie de Jésus se manifeste aussi dans nos corps (II Cor.IV, 10). Cette mortification de Jésus que le chrétien doit porter en lui, c’est, dans un sens large, la part qu’il doit prendre aux souffrances de son divin Maître, en souffrant en union avec lui les, peines qui se rencontrent dans la vie, ou que l’on peut volontairement s’imposer.

La première et la meilleure mortification est celle s’attache à nos devoirs journaliers, la peine que nous devons prendre, l’effort que nous devons faire pour bien remplir tous les devoirs de notre état, et supporter les contrariétés de chaque jour. Lorsque S. Jean Berchmans disait que sa principale mortification était la vie commune, il ne disait pas autre chose, parce que la vie commune pour lui résumait tous les devoirs de son état.

Au reste, celui qui sanctifie les devoirs et les peines de chaque jour, et qui pratique ainsi la mortification fondamentale, ira bientôt plus loin, et s’imposera des privations et des peines volontaires, pour racheter les peines de l’autre vie.

Les moindres mortifications, les plus légers sacrifices, surtout quand ils se font par obéissance, sont d’un grand prix auprès de Dieu.

La Bienheureuse Émilie de Yerceil et la religieuse s’ennuyant au. Chœur

La bienheureuse Émilie, dominicaine, prieure du monastère de Sainte-Marguerite à Verceil, inspirait Il ses religieuses l’esprit d’obéissance parfaite, en vue du purgatoire. Un des points de la règle interdisait de boire hors des repas, Il moins d’une permission expresse de la supérieure. Or celle-ci, sachant, ce que nous avons vu plus haut, combien le sacrifice d’un verre d’eau a de valeur auprès de Dieu, avait pour pratique ordinaire de la refuser, afin de fournir à ses sœurs l’avantage d’une mortification facile; mais elle avait soin de leur adoucir ce refus en leur disant d’offrir leur soif Il Jésus, tourmenté d’une soif si cruelle sur la croix; elle leur conseillait aussi de souffrir cette peine légère en vue du purgatoire afin d’être moins tourmentées par les ardeurs des flammes expiatrices.

Il y avait dans sa communauté une sœur appelée Marie-Isabelle, qui avait l’esprit trop dissipé, aimait trop les conversations et autres distractions extérieures. Il en résultait qu’elle avait peu de goût pour la prière, qu’elle était négligente à l’office et s’acquittait à contrecœur de ce devoir capital. Aussi ne montrait-elle aucun empressement à se rendre au chœur; mais dès que l’office était fini, elle sortait la première. Un jour qu’elle s’en allait ainsi à la hâte et passait devant la stalle de la Prieure, celle-ci l’arrêta: « Où donc allez-vous si vite, ma bonne sœur 1lui dit-elle, et qui vous presse de sortir avant toutes les autres « La sœur, prise au dépourvu, garda d’abord respectueusement le silence; puis elle avoua avec humilité qu’elle s’ennuyait à l’office et qu’il lui paraissait bien long: – « C’est fort bien, reprit la Prieure; mais s’il vous en coûte tant de chanter, commodément assise, les louanges de Dieu au milieu de vos sœurs, comment ferez-vous dans le purgatoire, quand vous serez retenue au milieu des flammes. Pour vous épargner cette terrible épreuve, ma chère fille, je vous ordonne à l’avenir, de ne plus quitter votre ‘place que la dernière.

La sœur se soumit avec simplicité, comme une véritable enfant d’obéissance; elle en fut bien récompensée.

Le dégoût qu’elle avait éprouvé jusqu’alors pour des choses de Dieu la quitta et fit place à une dévotion pleine de douceur. De plus, comme Dieu le fit connaitre à la Bienheureuse Émilie, étant morte à quelque temps de là, elle obtient une grande diminution des peines qui l’attendaient dans l’autre vie: Dieu lui compta comme autant d’heures du purgatoire, les heures qu’elle avait passées dans la prière en esprit d’obéissance (Diario domenic. 3 mai. Cf. Mer ». 60.)

Chapitre 63

Moyens d’éviter le purgatoire – Les sacrements. – Les recevoir promptement – Effet médicinal de l’Extrême-onction

Nous avons indiqué comme quatrième moyen de satisfaire en ce monde, l’usage des sacrements, et surtout la réception sainte et chrétienne des derniers sacrements à l’approche de la mort.

Le divin Maître nous avertit dans l’Évangile de nous bien préparer à la mort, afin qu’elle soit précieuse à ses yeux et le digne couronnement d’une vie chrétienne. Son amour pour nous lui fait souhaiter ardemment, que nous sortions de ce monde pleinement purifié, débarrassé de toute dette envers Ia divine justice, et qu’en paraissant devant Dieu; nous soyons trouvés dignes d’être admis parmi les élus sans avoir besoin de passer par le purgatoire. C’est à cette fin que, d’ordinaire, il nous accorde, avant de mourir, les souffrances d’une maladie, et qu’il a institué des sacrements, pour nous aider à sanctifier ces souffrances et pour nous disposer parfaitement à paraître devant sa face.

Les sacrements qu’on doit recevoir en temps de maladie sont au nombre de trois: la confession, que l’on peut faire aussitôt que l’on veut; le saint Viatique et l’Extrême- Onction, que l’on peut recevoir dès qu’il y a danger de mort.’ Cette circonstance du danger de mort doit s’entendre largement et dans le sens d’une appréciation morale: il n’est pas nécessaire qu’il y ait un danger imminent de mourir, ou que tout espoir de guérison soi~ perdu; il ne faut pas même que le danger de mort soit certain, il suffit qu’il soit probable et prudemment supposé; lors même qu’il n’y aurait pas d’autre infirmité que la vieillesse (voir une brochure approuvée par tous les Évêques de Belgique et intitulée: Les médecins et les familles, Bruxelles, maison Gœmaere).

Les effets des sacrements bien reçus répondent à tous les besoins, à tous les désirs légitimes des malades, ces divins remèdes purifient l’âme de ses péchés et augmentent son trésor; de grâce sanctifiante; ils fortifient le malade et l’aident à supporter ses maux avec patience, à triompher des assauts du démon au moment suprême, et à faire généreusement à Dieu le sacrifice de sa vie.

– De plus, outre les effets qu’ils produisent, sur l’âme, les sacrements exercent la plus salutaire influence sur le corps. L’Extrême-onction surtout soulage le malade et adoucit ses douleurs; elle lui rend même la santé, si Dieu le juge, expédient pour son salut.

Les sacrements sont donc pour les fidèles un secours immense, un bienfait inestimable. Aussi n’est-il pas étonnant que l’ennemi des âmes mette tout en œuvre pour les priver d’un si grand bien. Ne pouvant enlever les sacrements à l’Église il tâche de les enlever aux malades, en faisant en sorte qu’ils ne les reçoivent pas, ou qu’ils les reçoivent tardivement et en perdent tous les avantages. Hélas! que d’âmes se laissent prendre dans ce piège!

Que d’âmes, pour n’avoir pas reçu promptement les sacrements, tombent en enfer, ou, du moins, dans les plus profonds abîmes du purgatoire!

Pour éviter ce malheur, le premier soin du chrétien, en cas de maladie, doit être de songer aux sacrements et de les recevoir le plus promptement possible.

Nous disons qu’il faut recevoir les sacrements promptement, tandis que le malade possède encore l’usage de ses facultés, et nous appuyons sur cette circonstance: en voici les raisons

1° En recevant les sacrements promptement, le malade ayant encore assez de forces pour s’y bien préparer, en recueillera tout le fruit.

2° Il a besoin d’être muni le plus tôt possible de ces divins secours, pour supporter les douleurs, vaincre les tentations, et sanctifier le précieux temps de la maladie.

3° Ce n’est qu’en recevant bien à temps les saintes Huiles, qu’il en peut ressentir les effets pour la guérison corporelle. Car il faut ici remarquer un point capital: le remède sacramentel de l’Onction sainte produit son effet sur la maladie, à la manière des remèdes médicaux. Semblable à un médicament exquis, il seconde la nature, dans laquelle il suppose encore une certaine vigueur; en sorte que l’Extrême-onction ne peut exercer sa vertu médicinale, quand la nature est trop affaiblie et la vie presque éteinte. Aussi, bien des malades succombent, parce qu’ils diffèrent jusqu’à l’extrémité de recevoir ce sacrement; tandis qu’il n’est pas rare de voir se guérir ceux qui se hâtent de le demander.

Saint Alphonse de Liguori

Saint Alphonse (Praxis confess, n. 274) parle d’un malade, qui ne reçut que fort tard Extrême-Onction, et mourut bientôt après.

Or, Dieu fit connaître, dit le saint Docteur, par voie de révélation, que s’il eût reçu ce Sacrement plus tôt, il aurait recouvré la santé.

Toutefois l’effet le plus précieux des derniers sacrements est celui qu’ils produisent sur l’âme: ils la purifient des restes du péché et lui ôtent, ou du moins diminuent ses dettes de peines temporelles, ils la fortifient pour supporter saintement les souffrances, ils la remplissent de confiance en Dieu et l’aident à accepter la mort des mains de Dieu, en union avec celle de Jésus-Christ.

Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 60, 61

Chapitre 60

Moyens d’éviter le purgatoire – Charité et miséricorde

Nous venons de voir le premier moyen d’éviter le purgatoire, une tendre dévotion envers Marie; le second moyen consiste dans la charité et les œuvres de miséricorde sous toutes les formes. Beaucoup de péchés lui sont remis, dit le Sauveur en parlant de Madeleine, parce qu’elle a beaucoup aimé (1), – Bienheureux ceux qui sont miséricordieux, parce qu’ils obtiendront miséricorde (2), – Ne jugez point et vous ne serez point jugés; ne condamnez point et vous ne serez pas condamnés; remettez, et il vous sera remis {3); – Si vous remettez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous remettra à vous aussi vos péchés (4), Donnez à quiconque vous demande; donnez et il vous sera donné: car on usera pour vous de la même mesure dont vous aurez usé pour les autres (0) – Faites-vous des amis avec les richesses de l’iniquité, afin que, lorsque vous viendrez à quitter ce monde, ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels (6), – Et le Saint-Esprit dit par la bouche du Prophète-Roi:,11eureux celui qui s’occupe du pauvre et de l’indigent: au jour mauvais le Seigneur le délivrera (7).

Toutes ces paroles indiquent clairement que la charité, la miséricorde, la bienfaisance, soit, envers les pauvres, soit envers les pécheurs, soit envers les ennemis et ceux qui nous font du mal, soit enfin envers les défunts qui sont dans une si grande nécessité, nous fera trouver miséricorde au tribunal du souverain Juge.

Le prophète Daniel et le roi de Babylone

Les riches de ce monde ont beaucoup à craindre: Malheur à vous, riches, dit le Fils de Dieu, parce que vous avez votre consolation. Malheur à vous qui êtes rassasiés, parce que vous aurez faim. Malheur à vous qui riez maintenant, parce que vous gémirez et vous pleurerez (Luc, VI, 24). Certes ces paroles d’un Dieu doivent faire trembler les heureux du siècle; mais s’ils veulent, ils ont dans leurs richesses même une grande ressource de salut: ils peuvent racheter leurs péchés et leurs terribles dettes par de généreuses aumônes. Que mon conseil ô roi, dit Daniel à l’orgueilleux Nabuchodonosor, vous soit agréable: rachetez vos péchés par l’aumône, et vos iniquités: par la miséricorde envers les pauvres (Dan, IV, 24). – Car l’aumône, dit Tobie à son fils, délivre de tout péché et de la mort, et elle ne laissera point l’âme aller dans les ténèbres. L’aumône sera une grande confiance devant le Dieu Très-Haut, pour tous ceux qui l’auront faite (Tob IV, 11). – Le Sauveur confirme tout cela, et il va presque plus loin, lorsqu’il dit aux Pharisiens: Toutefois, faites l’aumône de ce que vous avez, et tout sera pur pour vous (Luc, XI, 41).

Quelle n’est donc pas la folie des riches qui ont en main un moyen si facile d’assurer leur avenir, et ne songent pas à l’employer? Quelle folie de ne pas faire bon usage d’une fortune dont il faudra rendre compte à Dieu?

Quelle folie d’aller brûler en enfer ou en purgatoire pour laisser une fortune à des héritiers avides et ingrats, qui ne donneront au défunt peut-être pas une prière, ni une larme, ni même un souvenir!

Saint Pierre Damien et Jean Patrizzi

Ils sont mieux avisés ces chrétiens, qui comprennent qu’ils ne sont devant Dieu que les dispensateurs des biens qu’ils ont reçus de lui; qui ne songe qu’à en disposer selon les vues mêmes de Jésus-Christ à qui ils en devront tendre compte; qui enfin s’en servent pour se faire des amis, des défenseurs, des protecteurs (dans l’éternité. Voici ce que rapporte Saint Pierre Damien dans un de ses opuscu1es (opusc. 34). Un Seigneur romain appelé Jean Patrizzi, venait de mourir. Sa vie, quoique chrétienne, avait été comme celle de la plupart des riches, fort différente de celle du divin Maitre, pauvre, souffrant, couronné d’épines; mais heureusement, il s’était montré fort charitable pour les indigents, allant parfois jusqu’à se dépouiller de ses vêtements pour les couvrir. Peu de jours après sa mort, un saint prêtre étant en prière, fut ravi en esprit et transporté dans la basilique de Sainte-Cécile, l’une des plus célèbres de Rome. Là il aperçut une troupe de célestes vierges, sainte Cécile, sainte Agnès, sainte Agathe et autres, qui se groupèrent autour d’un trône magnifique où vint s’asseoir la Reine des Cieux environnée d’une cour nombreuse d’anges et de bienheureux.

En ce moment parut une pauvre petite femme, vêtue d’une méchante robe, mais ayant sur les épaules une fourrure précieuse. Elle se mit humblement aux pieds de la céleste Reine, joignant les mains, les yeux pleins de larmes, et dit en soupirant: « Mère des miséricordes, au nom de votre ineffable bonté. Je vous supplie d’avoir pitié du malheureux Jean Patrizi, qui vient de mourir et qui souffre cruellement dans le purgatoire.

– Trois fois elle répéta la même prière, y mettant chaque fois plus de ferveur, mais sans recevoir, aucune réponse. Enfin, élevant encore la voix, elle ajouta: « Vous avez bien, ô très-miséricordieuse Reine, que je suis cette mendiante qui, à la porte de votre grande basilique, demandait l’aumône dans le cœur de l’hiver, sans autre vêtement qu’un misérable haillon. Oh! comme je tremblais de froid! C’est alors que Jean, imploré par moi au nom de Notre-Dame, ôta de ses épaules et me donna cette précieuse fourrure, s’en privant lui-même pour me couvrir. Une si grande charité, faite en votre nom, ô Marie, ne mérite-t-elle pas quelque indulgence? »

À cette touchante requête, la Reine du Ciel jeta sur la suppliante un regard plein d’amour. « L’homme pour lequel tu pries, lui répondit-elle, est condamné pour longtemps à de rudes souffrances à cause de ses nombreux péchés. Mais comme il a eu deux vertus spéciales, la miséricorde envers les pauvres et la dévotion pour mes autels, je veux user de condescendance en sa faveur. »

À ces paroles toute la sainte assemblée témoigna sa joie et sa reconnaissance envers la Mère de miséricorde.

Patrizzi fut amené: il était pâle, défiguré, chargé de chaînes qui lui déchiraient les membres. La Vierge le regarda un moment avec une tendre compassion, puis ordonna de lui ôter ses chaînes et de lui donner des vêtements de gloire, afin qu’il pût se joindre aux saints et bienheureux qui environnaient son trône. Cet ordre fut exécuté à l’instant, et tout disparut.

Le saint prêtre qui avait joui de cette vision, à partir de ce moment, ne cessa plus de prêcher la clémence de Notre-Dame envers les pauvres âmes souffrantes, surtout envers celles qui ont eu une grande dévotion pour son culte et une grande charité pour les pauvres (Ross. Merv.12 p.327).

Chapitre 61

Moyens d’éviter le purgatoire – La charité – La Bienheureuse Marguerite et les âmes souffrantes

Parmi les révélations que le Sauveur a faites à la Bienheureuse Marguerite Marie touchi1nt le purgatoire, il en est une qui fait connaître les peines particulièrement sévères infligées pour le manque de charité. Un jour, raconte, Mgr Languet, Notre-Seigneur montra à sa Servante une quantité d’âmes souffrantes, privées du secours de la Sainte Vierge et des Saints, et même de la visite de leurs anges gardiens: c’était, lui dit le divin Maître, la punition de leur manque d’union avec leurs supérieurs, et de certaines mésintelligences. Plusieurs de ces âmes étaient destinées à rester longtemps dans d’horribles flammes. La Bienheureuse reconnut aussi beaucoup d’âmes qui avaient vécu dans la religion, et qui, à cause de leur manque d’union et de charité envers leurs frères, étaient privées de leurs suffrages et n’en recevaient aucun secours.

S’il est vrai que le Seigneur punit sévèrement les âmes qui ont oublié la charité; il sera d’une miséricorde ineffable pour celles qui auront pratiqué cette vertu de son Cœur. Ayez surtout, nous dit-il, par la bouche de son Apôtre S. Pierre. Ayez surtout une charité persévérante, les uns pour les autres; car la charité couvre la multitude des péchés (1 Pet. IV, 8.). – Écoutons encore Mgr Languet dans la Vie de la Bienheureuse Marguerite Marie.

C’est la Mère Greffier, dit-il, qui, dans le mémoire qu’elle a écrit sur la Bienheureuse après sa mort, atteste le fait suivant. Je ne puis l’omettre à cause des circonstances particulières qui ont manifesté la vérité de la révélation, faite en cette circonstance à la servante de Dieu.

La novice et son père

Le père d’une des novices en fut l’occasion. Ce gentilhomme était décédé récemment, et on le recommanda aux prières de la communauté, La charité de Sœur Marguerite, alors maitresse des novices l’engagea à prier plus particulièrement pour lui.

La novice vint encore quelques jours après le recommander à ses prières. « Ma fille, lui dit alors sa sainte maitresse, tenez-vous en repos: votre père est en état de nous faire part de ses prières sans avoir besoin des nôtres. – Elle ajouta: « Demandez à Madame votre mère quelle est l’action généreuse que fit son mari avant sa mort: cette action lui a rendu le jugement de Dieu favorable.

L ‘action dont parlait la servante de Dieu était ignorée de la novice: personne à Paray ne connaissait les circonstances d’une mort arrivée loin de cette ville. La novice ne vit sa mère qu’assez longtemps après, le jour de sa profession. Elle demanda alors quel était cet acte de générosité chrétienne que son père avait fait avant de mourir.

« Lorsqu’on lui apporta le saint Viatique, répondit sa mère, le boucher de la ville se joignit à ceux qui accompagnaient le Saint-Sacrement, et se mit dans un coin de la chambre. Le malade l’ayant aperçu l’appela par son nom, lui dit de s’approcher, et lui serrant amicalement la main avec une humilité peu commune dans les gens de condition, il lui demanda pardon pour quelques paroles trop dures qu’il lui avait dites quelque temps auparavant, et il voulut que tout le monde fût témoin de la satisfaction qu’il lui en faisait. » – Sœur Marguerite avait appris de Dieu seul ce qui s’était passé dans cette circonstance; et la novice, connut par-là la vérité si consolante de ce qu’elle lui avait dit touchant l’heureux état de son père.

Ajoutons que Dieu, par cette révélation, a voulu nous montrer une fois de plus que la charité couvre la multitude des péchés et nous fera trouver indulgence au jour de la justice.

Une âme qui avait souffert sans se plaindre.

La Bienheureuse Marguerite reçut du divin Maître une autre communication relative à la charité, II lui montra l’âme d’une défunte dont l’expiation ne devait être que peu rigoureuse; et il lui dit, qu’entre toutes les bonnes œuvres que cette personne avait faites, il avait eu particulièrement égard à certaines humiliations qu’elle avait subies dans le monde: parce qu’elle les avait souffertes en esprit de charité, non seulement sans se plaindre, mais même sans en parler; le divin Maître ajouta que pour, récompense, il lui avait été doux et favorable à son jugement.

Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 58, 59

Chapitre 58

Moyens d’éviter le purgatoire – Privilèges du saint Scapulaire.  La Sabbatine

D’après ce qui précède, la Sainte Vierge a attaché au saint scapulaire deux grands privilèges; de leur côté les Souverains-Pontifes y ont ajouté les plus riches indulgences. Nous ne dirons rien ici des indulgences; mais nous croyons utile de faire bien connaître les deux privilèges précieux connus, l’un sous le nom de la préservation, l’autre sous celui de la délivrance ou de la sabbatine.

Le premier est l’exemption des peines de l’enfer: ln hoc moriens œternum non patietur incendium, celui qui mourra avec cet habit, ne souffrira lilas le feu de l’enfer.

Il est évident que ceux qui mourraient en état de péché mortel, même revêtus du scapulaire, ne seraient point exempts de la damnation; et tel n’est pas le sens de la promesse de Marie, Cette Bonne Mère a promis de disposer miséricordieusement les choses de manière que ceux qui meurent revêtus de ce saint habit, auront une grâce efficace pour se confesser dignement et pleurer leurs fautes; ou que, s’ils sont surpris par une mort subite, ils auront le temps et la volonté de faire un acte de contrition par- faite. On ferait un volume des faits miraculeux qui témoignent de l’accomplissement de cette promesse, contentons-nous d’en citer l’un ou l’autre.

Le vénérable Père de la Colombière

Le Vénérable Père Claude de la Colombière rapporte qu’une jeune personne pieuse d’abord, et portant le saint scapulaire; eut le malheur de s’éloigner du bon chemin, par suite de lectures imprudentes et de la fréquentation de compagnies dangereuses, elle fut entraînée dans de graves désordres et allait tomber dans le déshonneur. Au lieu de se tourner vers Dieu et de recourir à la Sainte Vierge, qui est le refuge des pécheurs, elle s’abandonna à un sombre désespoir. Le démon lui suggéra bientôt un remède à ses maux, l’affreux remède du suicide, qui devait la soustraire à ses misères temporelles en la plongeant dans les supplices éternels. Elle courut donc à la rivière, et revêtue encore de son scapulaire elle se précipita dans les eaux. Chose étonnante, elle surnagea au lieu d’enfoncer, et ne trouvait point la mort qu’elle cherchait. Un pêcheur qui l’aperçut voulut accourir pour la sauver; mais la malheureuse le prévint, elle ôta son scapulaire, le jeta loin d’elle, et s’enfonça aussitôt. Le pêcheur ne put la sauver, mais il trouva le scapulaire et reconnut que cette livrée sacrée avait d’abord empêché cette pécheresse de mourir dans l’acte de son criminel suicide.

Hôpital de Toulon

À l’hôpital de Toulon se trouvait un officier fort impie qui refusait de voir le prêtre. Il approchait de la mort et tomba dans une sorte de léthargie. On profita de cet état pour lui mettre un scapulaire, à son insu. Il revint bientôt à lui et dit avec fureur: « Pourquoi avez-vous mis du feu sur moi, un feu qui me brûle? Ôtez-le, ôtez-le. » – On enleva le saint habit, et le moribond retomba dans son assoupissement. On invoqua la Sainte Vierge et on essaya encore une fois de revêtir ce malheureux pécheur de son saint habit. Il s’en aperçut, l’arracha avec rage, el l’ayant jeté loin de lui en blasphémant, il expira.

Le second privilège, celui de la sabbatine ou de la délivrance, consiste a être délivré du purgatoire par la Sainte Vierge le premier samedi après la mort. Pour jouir de ce privilège il faut observer certaines conditions, savoir: 1- Garder la chasteté propre à son état. 2- Réciter le petit office de la Sainte Vierge. Ceux qui récitent l’office canonial satisfont par-là même, ceux qui ne savent pas lire, doivent à la place de l’office, observer les jeûnes prescrits par l’Église et faire maigre tous les mercredis, vendredis et samedis. 3° En cas de nécessité, l’obligation de l’office, l’abstinence et le jeûne, peuvent être commués en d’autres œuvres pieuses par ceux qui en ont le pouvoir.

Tel est le privilège de la délivrance avec les conditions pour en jouir. Si l’on se rappelle ce qui a été dit plus haut des rigueurs du purgatoire et de sa durée, on trouvera que ce privilège est bien précieux et les conditions bien faciles.

Nous savons que des doutes ont été soulevés sur l’authenticité de la Bulle sabbatine; mais, outre la tradition constante et la pieuse pratique des fidèles, le grand Pape Benoît XIV, dont.la science éminente et la modération doctrinale sont connues, se prononce en sa faveur.

Sainte Thérèse

De plus, les Annales des Carmes rapportent des faits miraculeux en grand nombre, qui confirment la promesse faite par la Reine des Cieux, l’illustre sainte Thérèse, dans un de ses ouvrages, dit avoir vu une âme délivrée le premier samedi, pour avoir fidèlement observé pendant sa vie les conditions de la sabbatine.

Chapitre 59

Une dame d’Otrante

A Otrante, ville du royaume de Naples, une Dame de la haute société éprouvait le plus sensible bonheur à suivre les prédications d’un Père Carme, grand promoteur de la dévotion envers Marie. Il assurait à ses auditeurs que tout chrétiens portant pieusement le scapulaire et observant les pratiques prescrites, rencontrerait la divine Mère au sortir de la vie, et que cette grande consolatrice des affligés viendrait, le samedi suivant; le délivrer de toute souffrance pour l’emmener avec elle au séjour de la gloire. Frappée de si précieux avantages, cette dame prit aussitôt l’habit du saint!) Vierge, fermement résolue d’observer fidèlement les règles de la confrérie. Sa piété prit de grands accroissements: elle priait Marie jour et nuit, mettant en elle toute sa confiance, lui rendant toutes sortes d’hommages: Entre autres faveurs qu’elle lui demandait, elle implorait celle de mourir un samedi, afin d’être aussitôt délivrée du purgatoire. Elle fut exaucée.

Quelques années après, étant tombée malade, malgré l’assurance contraire des médecins, elle déclara que son mal était grave et la conduirait à la mort. « J’en bénis Dieu, ajouta-t-elle, dans l’espérance d’être bientôt avec lui. » – Sa maladie fit en effet de tels progrès, que les médecins la jugèrent sur le point de mourir, et déclarèrent à l’unanimité qu’elle ne passerait pas le jour, qui était un mercredi. Vous vous trompez encore, dit la malade, je vivrai trois jours de plus, et ne mourrai que samedi.

L’événement justifia sa parole. Regardant les jours de souffrances qui lui restaient comme un trésor inestimable, elle en profita pour se purifier et augmenter ses mérites.

Le samedi venu, elle rendit l’âme à son Créateur. Sa fille, très-pieuse aussi, était inconsolable de la perte qu’elle avait faite. Comme elle priait dans son oratoire pour l’âme de sa chère mère, et qu’elle versait d’abondantes larmes, un grand serviteur de Dieu, favorisé habituellement de communications surnaturelles vint la trouver et lui dit: « Cessez de pleurer, mon enfant ou plutôt, que votre tristesse se change en joie. Je viens vous assurer de la part de Dieu, qu’aujourd’hui samedi, grâce au privilège accordé aux confrères du saint Scapulaire, votre mère est montée au ciel et a été admise parmi les élus. Consolez-vous donc et bénissez l’auguste Vierge Marie, Mère des miséricordes. »

Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 56, 57

Chapitre 56

Avantages – Stimulant de ferveur – Nous précautionner – Probabilité d’aller en purgatoire – Moyens de s’y soustraire – Emploi de ces moyens

Si de saints religieux passent par le purgatoire, quoique sans s’y arrêter, n’avons-nous pas à craindre d’y passer à notre tour et même de nous y arrêter plus ou moins longtemps? Pouvons-nous nous endormir dans une sécurité qui serait au moins imprudente? Notre foi et notre conscience nous disent assez que la crainte est ici bien fondée. Je vais plus loin, cher lecteur, et je dis, qu’avec un peu de réflexion, vous avouerez vous-même, qu’il est très-probable et presque certain que vous irez en purgatoire. N’est-il pas vrai qu’en sortant de la vie, votre âme entrera dans un des trois séjours que la foi nous montre: l’enfer, le ciel, le purgatoire ? Irez-vous en enfer? Ce n’est pas probable: parce que, vous avez en horreur le péché mortel, et que pour rien au monde vous ne voudriez le commettre ou le garder sur votre conscience, après l’avoir commis.

Irez-vous droit au ciel? Vous répondez aussitôt que vous vous sentez bien indigne d’une telle faveur. – Il reste donc le purgatoire, et vous devez avouer qu’il est très probable, presque certain que vous entrerez dans le séjour des expiations.

En mettant sous vos yeux cette grave situation ne croyez pas, cher lecteur, que nous voulions vous effrayer ou vous ôter l’espérance d’entrer au ciel sans purgatoire.

Au contraire, cette espérance doit rester au fond de nos cœurs, elle est conforme à l’esprit de Jésus-Christ, qui ne désire nullement que ses disciples aient besoin des expiations futures. Il a même institué des sacrements et établi toutes sortes de moyens pour les aider à satisfaire pleinement en ce monde. Mais ces moyens sont trop peu employés; et c’est surtout une crainte salutaire qui stimule les âmes afin qu’elles les emploient.

Or, quels sont les moyens que nous avons, d’éviter ou du moins d’abréger d’avance et d’adoucir la rigueur de notre purgatoire? Ce sont évidemment les exercices et les œuvres qui nous aideront le mieux à satisfaire en ce monde et à trouver miséricorde auprès de Dieu, savoir les suivants: La dévotion envers la sainte Vierge Marie et la fidélité à porter son scapulaire; la charité envers les vivants et les morts; la mortification et l’obéissance; la pieuse réception des sacrements, surtout à l’approche de la mort; la confiance en la divine miséricorde; et enfin la sainte acceptation de la mort en union avec la mort de Jésus-Christ sur la croix.

Ces moyens sont assez puissants pour nous préserver du purgatoire; mais il faut les employer. Or pour les employer sérieusement et avec persévérance, une condition est nécessaire: c’est de former la ferme résolution de satisfaire en ce monde plutôt qu’en l’autre. Cette résolution doit être basée sur la foi, qui nous montre combien la satisfaction est légère en cette vie, combien elle est terrible au purgatoire. Hâtez-vous, dit Jésus-Christ, de vous réconcilier avec votre adversaire pendant que vous êtes en chemin avec lui; de peur que votre adversaire ne vous livre au Juge, et que le juge ne vous livre à son ministre, et que vous ne soyez envoyé en prison. En vérité je vous le dis, vous ne sortirez pas de là, que vous n’ayez payé jusqu’à la dernière obole (Matth. V, 21).

Se réconcilier avec son adversaire pendant le chemin, signifie, dans la bouche du Sauveur, apaiser la divine justice et satisfaire pendant le chemin de la vie, avant d’arriver au terme immobile, à cette éternité où toute pénitence est impossible et où il faudra subir les rigueurs de la justice. Ce conseil du Sauveur n’est-il pas sage?

Sainte Catherine de Gènes

Peut-on sans folie porter au tribunal de Dieu une dette énorme que l’on aurait acquittée facilement par quelques œuvres de pénitence, et qu’il faudra payer alors par des années de supplices? Celui, dit Sainte Catherine de Gênes, qui se purifie de ses fautes dans la vie présente, satisfait avec un sou à une dette de mille ducats; et celui qui attend, pour s’acquitter, jusqu’aux jours de l’autre vie, se résigne à donner mille ducats pour ce qu’il aurait payé avec un sou en temps opportun.

Il faut donc commencer par la résolution, solide et efficace, de satisfaire en ce monde: c’est la pierre fondamentale. Ce fondement bien affermi, on s’appliquera à employer les moyens énumérés plus haut.

Chapitre 57

Moyens d’éviter le purgatoire – Grande dévotion à la Sainte Vierge – Le Père Jerôme Carvalho. Sainte Brigitte

Un serviteur de Dieu résumait ces moyens et les réduisait à deux en disant, que nous purifions nos âmes par l’eau et par le feu: il voulait dire, par l’eau des larmes et de la pénitence, parole feu de la charité et des bonnes œuvres – On peut en effet tout ramener à ces deux exercices, et cette théorie est conforme à l’Écriture, où nous voyons que les âmes sont lavées de leurs souillures et purifiées comme l’or dans la fournaise. Mais comme nous devons moins chercher les théories que la pratique, suivons la méthode que nous avons indiquée, et qui est pratiquée avec succès par les saints et les fidèles fervents.

D’abord pour obtenir une grande pureté d’âme et par conséquent pour n’avoir pas beaucoup à redouter le purgatoire, il faut avoir une grande dévotion à la très sainte Vierge Marie. Cette bonne Mère aidera tellement ses chers enfants à préparer leurs âmes, et à leur adoucir le purgatoire, qu’ils peuvent se reposer dans la plus grande confiance. Elle veut du reste elle-même qu’ils ne se troublent pas a ce, sujet, qu’ils ne se livrent pas à des craintes excessives, comme elle daigne le déclarer à son serviteur Jérôme Carvalho, dont nous avons parlé plus haut: Rassurez-vous, mon fils, lui dit-elle, je suis la Mère de miséricorde pour mes chers enfants du purgatoire, aussi bien que pour ceux qui vivent sur la terre. – Dans les Révélations de sainte Brigitte, nous lisons quelque chose de semblable: Je suis, dit la Vierge à cette Sainte, la Mère de tous ceux qui sont dans le lieu de l’expiation; mes prières adoucissent les châtiments qui leur sont infligés pour leurs fautes (Liv. 4, chap. 1.).

Le scapulaire du Mont Carmel

Ceux qui portent saintement le Scapulaire; ont un droit spécial à la protection de Marie. La dévotion du saint Scapulaire consiste, non en une manière de prier comme le saint Rosaire; mais dans la pieuse pratique de porter une sorte de vêtement, qui est comme la livrée de la Reine des cieux.

Le scapulaire de Notre-Dame du Mont-Carmel, dont nous parlons ici, remonte pour son, origine au XIII siècle, et fut prêché d’abord par le Bienheureux Simon Stock, cinquième Général de l’Ordre des Carmes. Ce célèbre serviteur de Marie, né au comté.de Kent en Angleterre, l’année 1180, se retira jeune encore dans une forêt solitaire pour y vivre dans la prière et la pénitence. II choisit pour demeure le creux d’un arbre, où il attacha un crucifix et une image de la sainte Vierge, qu’il honorait comme sa Mère, et qu’il ne cessait d’invoquer avec le plus tendre amour. Depuis douze ans il la suppliait de lui faire connaître ce qu’il pourrait faire de plus agréable à elle et à son divin fils, lorsque la Reine des cieux lui dit d’entrer dans l’Ordre du Carmel, particulièrement dévoué à son culte. Simon obéit, et, sous la protection de Marie, devint un religieux exemplaire, l’ornement de l’Ordre des Carmes, dont il fut élu supérieur général en 1245. Un jour, c’était le 16 juillet 1251, la sainte Vierge lui apparut, entourée d’une multitude d’esprits célestes, et le visage rayonnant de joie. Elle lui présenta un scapulaire de couleur brune en disant: « Reçois, mon cher fils, ce scapulaire de ton Ordre: c’est le signe de ma confrérie et la marque du privilège que j’ai obtenu pour toi et pour les confrères du Carmel. Quiconque mourra, pieusement revêtu de cet habit, sera préservé des feux éternels. C’est un signe de salut, une sauvegarde dans les périls, le gage d’une paix et d’une protection spéciales jusqu’à la fin des siècles. »

L’heureux vieillard publia partout la grâce qu’il avait obtenue, montrant le scapulaire, guérissant des malades et opérant d’autres miracles, comme preuve de sa merveilleuse vision. Aussitôt Édouard 1er, roi d’Angleterre, saint Louis IX, roi de France, et à leur exemple presque tous les Souverains de l’Europe, ainsi qu’un grand nombre de leurs sujets, prirent le saint habit. C’est alors que commença la célèbre Confrérie du Scapulaire, qui fut, bientôt après; canoniquement ratifiée par le Saint-Siège.

Non contente d’avoir accordé ce premier privilège, Marie fit une autre promesse à l’avantage des associés du scapulaire, en les assurant d’une prompte délivrance des peines du purgatoire. Environ cinquante’ ans après la mort du B.Simon » l’illustre Pontife Jean XXII faisant oraison de grand matin,’ vit apparaître la Mère de Dieu,’ environnée de lumière et portant l’habit du Carme., Elle lui dit entre autres choses: Si, parmi les religieux ou les confrères du Carmel, il s’en trouve que leurs fautes conduisent en purgatoire, je descendrai au milieu d’eux comme une tendre Mère; le samedi après leur mort; je délivrerai de leurs peines ceux qui s’y trouvent, et je les conduirai sur la montagne sainte de la vie éternelle. »

C’est en ces termes que le Pontife fait parler Marie, dans la célèbre Bulle du 3 mars 1322, appelée communément Bulle sabbatine, il la termine par ces paroles: « J’accepte donc cette sainte indulgence, je la ratifie et la confirme sur la terre, comme Jésus-Christ l’a gracieusement accordée dans les cieux par les, mérites de la Très-Sainte Vierge. Ce privilège a été confirmé dans la suite par un grand nombre de Bulles et de Décrets des Souverains Pontifes.

Telle est la dévotion du saint Scapulaire, Elle est sanctionnée par la pratique des âmes pieuses dans toute la chrétienté, par le témoignage de vingt-deux Papes, par les écrits d’un nombre incalculable de savants auteurs, et par des miracles multipliés depuis 600 ans; de telle sorte, dit l’illustre Benoit XIV, que celui qui oserait révoquer en doute la solidité de la dévotion au scapulaire; ou nier ses privilèges, serait un contempteur orgueilleux de la religion. »

Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 54, 55

Chapitre 54

Avantages – Pensée salutaire – Satisfaire en cette vie plutôt qu’en l’autre

Outre les avantages que nous venons de considérer, la charité envers les défunts est singulièrement salutaire à ceux qui la pratiquent, parce qu’elle leur inspire la ferveur dans le service de Dieu et leur suggère les plus saintes pensées. Songer aux âmes du purgatoire c’est songer aux peines de l’autre vie, c’est se rappeler que tout péché demande son expiation, soit en cette vie soit en l’autre.

Or qui ne comprend qu’il vaut mieux satisfaire ici, puisque les châtiments futurs sont si terribles? Une voix semble sortir du purgatoire et nous dire cette sentence de l’Imitation: Il vaut mieux extirper maintenant nos vices, et expier nos péchés, que de remettre à les expier en l’autre monde (lmit.l,.24). On se rappelle aussi cette autre parole, qui se lit au même chapitre: Là, une heure dans le tourment, sera plus terrible qu’ici-bas cent années de la plus amère et de la plus rigoureuse pénitence. »

Saint Augustin et Saint Louis Bertrand

– Alors, pénétré d’une crainte salutaire, on souffre volontiers les peines de la vie présente, et on dit à Dieu, avec S. Augustin et S. Louis Bertrand: Domine, hic ure, hic seca, hic non parcas, ut in œternum parcas: Seigneur, appliquez ici-bas le fer et le feu, ne m’épargnez point en cette vie, afin que vous m’épargniez en l’autre.

Le chrétien rempli de ces pensées, regarde les tribulations de la vie présente et en particulier les souffrances parfois bien douloureuses de la maladie, comme un purgatoire sur la terre, qui pourra le dispenser du purgatoire après la mort.

Le Frère Lourenço

 Le 6 janvier 1676, mourut à Lisbonne, âgé de soixante- dix-neuf ans, le serviteur de Dieu Gaspar Lourenço, frère coadjuteur de la Compagnie de Jésus, et porter de la maison Professe de cet Institut, il était rempli de charité pour les pauvres et pour les âmes du purgatoire, Il se dépensait sans ménagement au service des malheureux, et leur enseignait, merveilleusement à bénir Dieu de la misère qui devait leur valoir le ciel. Lui-même était si pénétré du bonheur de souffrir pour Notre-Seigneur, qu’il se crucifiait presque sans mesure et ajoutait encore à ses austérités, la veille des jours de Communion. A l’âge de soixante-dix-huit ans, il n’acceptait aucun adoucissement aux jeûnes et aux abstinences de l’Église, et ne laissait passer aucun jour sans se flageller au moins deux fois Jusque dans sa dernière maladie, le Frère infirmier s’aperçut que les approches mêmes de Ia mort ne lui avaient pas fait quitter son cilice: tant il désirait mourir sur la croix.

Les seules douleurs de son agonie, qui fut cruelle, auraient dû lui tenir lieu des plus rudes pénitences, Quand on lui demandait s’il souffrait beaucoup? Je fais mon purgatoire avant de partir pour le ciel, répondait-il d’un air radieux. – Le Frère Lourenço était né le jour de l’Épiphanie; et Notre-Seigneur lui avait révélé que ce beau jour devait être aussi celui de sa mort. Il en désigna même l’heure, dès la nuit précédente; et comme l’infirmier en le visitant vers l’aube du jour, lui disait avec un, sourire de doute: « N’est-ce donc pas aujourd’hui, mon Frère que vous comptez aller jouir de Dieu? – Oui, répondit-il, dès que j’aurai une dernière fois reçu le corps de mon Sauveur. Il reçut en effet la sainte communion; et à peine eut-il commencé son action de grâces, qu’il expira sans, effort, et sans agonie.

Il y a donc tout lieu de croire qu’il parlait avec une connaissance surnaturelle de la vérité, lorsqu’il disait: Je fais mon purgatoire avant de partir de ce monde.

Le Père Michel de la Fontaine

 Un autre serviteur de Dieu reçut de la Sainte Vierge elle-même l’assurance que les souffrances, terrestres lui tiendraient lieu de purgatoire. Je parle du Père Michel de la Fontaine, qui s’endormit du sommeil des justes le 11 février 1606 à Valence en Espagne. II fut un des premiers missionnaires qui travaillèrent au salut des peuples du Pérou. Son plus grand soin en instruisant les nouveaux convertis, était de leur inspirer une horreur souveraine du péché, et de les porter à la dévotion envers la Mère de Dieu en leur parlant des vertus de cette admirable Vierge, et en leur enseignant la manière de réciter le chapelet.

Marie de son côté ne lui refusait pas ses faveurs. Un jour que, épuisé de fatigue, Il gisait étendu sur la poussière, n’ayant pas la force de se relever, il fut visité par Celle que l’Église appelle avec raison la Consolatrice des affligés. Elle ranima son courage en lui disant: Confiance, mon Fils: Vos fatigues vous tiendront lieu de purgatoire; supportez saintement vos peines, et au sortir de cette vie, votre âme sera reçue dans le séjour des Bienheureux. Cette vision fut pour le père de la Fontaine, durant le reste de sa vie, et surtout à l’heure de sa mort, une source abondante de consolation. En reconnaissance de cette faveur, il pratiquait chaque semaine quelque pénitence extraordinaire. Au moment où il expira, un religieux d’une éminente vertu vit son âme monter au ciel, dans la compagnie de la Sainte Vierge, du prince des Apôtres, de S. Jean l’Évangéliste et de saint Ignace, fondateur de la Compagnie de Jésus.

Chapitre 55

Avantages – Enseignements salutaires – La Bienheureuse Marie-des-Anges

Outre les saintes pensées que suggère la dévotion envers les âmes, celles-ci contribuent parfois elles-mêmes directement au bien spirituel de leurs bienfaiteurs. Dans la vie (Par le Chan, Labis Tournai, Casterman.) de la bienheureuse Marie-des-Anges, de l’Ordre du Carmel, il est dit qu’on croirait à peine combien étaient fréquentes les apparitions d’âmes du purgatoire, qui venaient implorer son secours, puis la remercier de leur délivrance. Souvent elles s’entretenaient avec la Bienheureuse, lui donnaient des avis utiles pour elle ou pour ses sœurs, et lui révélaient même des, choses de l’autre monde. Le mercredi dans l’octave de l’Assomption, écrit-elle, comme je faisais l’oraison du soir, une de nos bonnes sœurs m’apparut; elle était vêtue de blanc, environnée de gloire et de splendeur, et si belle, que je ne trouve ici-bas rien à quoi la comparer. Redoutant quelque illusion du démon, je me munis du signe de la croix mais elle me fit un sourire et disparut peu après, Je priai Notre-Seigneur de ne pas permettre que je fusse trompée par le démon. La nuit suivante, la sœur m’apparut encore, m’appela par mon nom et me dit: « Je viens de la part de Dieu pour vous faire savoir que je jouis des biens éternels; dites à notre mère Prieure qu’il n’entre pas dans les desseins de Dieu qu’elle sache ce qui doit lui arriver; dites-lui encore de mettre sa confiance en S. Joseph et dans les âmes du purgatoire. Ayant ainsi parlé elle disparut.

Saint Pierre Claver, le nègre malade et le chapelet

Saint Pierre Claver, l’apôtre des nègres de Carthagène, fut aidé par les âmes du purgatoire dans l’œuvre de son apostolat, Il n’abandonnait pas les âmes de ses chers nègres après la mort: pénitences, prières, messes, indulgences, « il leur appliquait, dit le P. Fleurian, historien de sa vie, tout ce qui dépendait de lui. Aussi arrivait-il souvent que ces âmes affligées, sûres de son crédit auprès de Dieu, venaient lui demander le secours de ses prières. La délicatesse et l’incrédulité de notre siècle ajoute le même auteur, ne m’empêcheront pas d’en rapporter ici quelques traits. Ils paraîtront peut-être dignes de la raillerie des esprits-forts; mais ne suffit-il pas de reconnaître un Dieu maître de ces sortes d’événements, et que d’ailleurs ils soient bien attestés pour qu’ils puissent trouver place dans une histoire écrite pour des lecteurs chrétiens?

Un nègre malade, qu’il avait retiré dans sa chambre et couché dans son lit, ayant entendu la nuit de grandes plaintes, la frayeur le fit courir promptement au Père CIaver, qui pour lors était à genoux en oraison: « 0 mon Père, lui dit-il; quel est donc ce grand bruit qui m’effraye ainsi et qui m’empêche de dormir! Retournez, mon fils, lui répondit le saint homme, et dormez sans crainte. » – Alors; l’ayant aidé à se remettre au lit, et lui ayant posé la couverture sur la tête, II ouvrit la porte de la chambre, dit quelques paroles, et tout à coup les plaintes cessèrent. Plusieurs autres nègres étant occupés à travailler dans une habitation éloignée de la ville, un d’eux alla pour couper du bois sur une montagne voisine. Comme il approchait de la forêt, il entendit que, du haut d’un arbre, on l’appelait par son nom. Il leva les yeux vers l’endroit d’où partait la voix, et ne voyant personne, il voulut s’enfuir pour rejoindre ses compagnons; mais il fut arrêté à un passage étroit par un spectre effrayant, qui commença â décharger sur lui de grands coups, avec un fouet garni de fer tout rouge de feu, en lui disant: Pourquoi n’as-tu pas ton chapelet ? Porte-le désormais et le dis pour les âmes du purgatoire. » – Le fantôme lui ordonna ensuite de demander à la maîtresse de l’habitation quatre écus qu’elle lui devait, et de les porter au P. Claver, pour faire dire des messes à son intention; après quoi il disparut.

Cependant au bruit des coups et aux cris du nègre, ses compagnons étant accourus, ils le trouvèrent plus mort que vif, et encore tout meurtri des coups qu’il avait reçus, sans pouvoir leur dire une parole. On le porta à l’habitation, où la maîtresse avoua qu’elle était effectivement redevable de la somme en question à un nègre qui était mort peu de temps auparavant. Le P. Claver ayant été informé de tout ce détail, fit dire les messes qu’on demandait, et donna un chapelet au nègre, qui ne manqua plus de le porter sur lui et de le réciter dans fa suite.

Avantages – Enseignements salutaires – Sainte Madelaine de Pazzi et la sœur Benoîte

Sainte Madeleine de Pazzi reçut dans l’apparition d’une défunte les plus belles instructions sur les vertus religieuses, Il y avait dans son couvent une sœur, appelée Marie-Benoîte, qui se distinguait par sa piété, son obéissance et toutes les autres vertus qui font l’ornement des âmes saintes. Elle était si humble, dit le P. Cépari, et avait un tel mépris d’elle-même, que, sans la discrétion des Supérieurs, elle eût fait des extravagances, dans le seul but de se faire la réputation d’une tète sans prudence et sans jugement. Elle disait, à ce propos, qu’elle ne pouvait s’empêcher d’être jalouse de saint Alexis, qui avait su trouver le moyen de mener une vie cachée et méprisable aux yeux du monde. Elle était si souple et si prompte à l’obéissance, qu’elle courait comme un enfant au moindre signe de la volonté des supérieures; et que celles-ci avaient besoin, dans les ordres qu’elles lui donnaient, d’user d’une grande circonspection, de peur qu’elle n’allât au-delà de leurs désirs. Enfin elle était parvenue à exercer sur ses passions et sur tous ses appétits un tel empire, qu’il serait difficile d’imaginer une mortification plus parfaite., Cette bonne sœur mourut presque subitement, après quelques heures seulement de maladie. Le lendemain, qui était un samedi, lorsqu’on célébrait la sainte messe pour son âme, les religieuses ayant commencé à chanter le Sanctus, Madeleine fut ravie en extase. Pendant ce ravissement, Dieu lui fit voir cette âme dans la gloire sous une forme corporelle: elle était ornée d’une étoile d’or, qu’elle avait reçue en récompense de son ardente charité. Tous ses doigts étaient chargés d’anneaux précieux, à cause de la fidélité à toutes ses règles et du soin avec lequel elle avait, sanctifié ses actions les plus ordinaires. Elle portait sur la tête, une très riche couronne, parce qu’elle avait beaucoup ainsi l’obéissance et les souffrances pour Jésus-Christ. Enfin: elle surpassait en gloire une grande multitude de vierges et elle contemplait Jésus- Christ avec une singulière familiarité, parce qu’elle avait tant aimé l’humiliation, selon cette parole du Sauveur: Celui qui s’abaisse sera élevé ( Matth.XXIII, 12.). – Telle fut la sublime leçon que reçut la Sainte, en récompense de sa charité pour les défunts.

Le Père Paul Hoffée

La pensée du purgatoire nous presse de travailler avec ardeur et de fuir les moindres fautes pour éviter les terribles expiations de l’autre vie. Le Père Paul Hoffée, qui mourut saintement à Ingolstadt, l’an 1608, se servait de ce stimulant pour lui-même et pour les autres. Il ne perdait jamais de vue le purgatoire et ne cessait de soulager les âmes, qui lui apparaissaient fréquemment pour solliciter ses suffrages. Comme il fut longtemps supérieur de ses frères en religion, il les exhortait souvent à le sanctifier d’abord eux-mêmes pour mieux sanctifier ensuite les autres, et à ne jamais négliger la moindre prescription de leurs règles; puis il ajoutait avec une grande simplicité « Je crains bien, sans cela, que vous ne veniez un jour, comme plusieurs autres, me demander des prières pour vous tirer du purgatoire. »

 Dans ses derniers moments, il ne faisait plus que s’entretenir avec Notre-Seigneur, sa sainte Mère et les Saints. Il fut sensiblement consolé par la visite d’une très sainte âme, qui l’avait précédé de deux ou trois jours à peine dans le ciel, et l’invitait à venir lui-même pour jouir enfin, de la vue et de l’amour éternel de Dieu (Ménologe de la Compagnie de Jésus, Ii décemb.).

Quand nous disons que la pensée du purgatoire nous fait employer les moyens de l’éviter, nous supposons évidemment que nous avons à craindre d’y tomber. Or cette crainte est-elle fondée? – Pour peu qu’on réfléchisse à la sainteté requise pour entrer au ciel, et à la faiblesse humaine, source de tant de souillures, on comprend aisément que cette crainte n’est que trop fondée. D’ailleurs, les faits qu’on a lus plus haut, ne montrent-ils pas que les âmes les plus saintes, très-souvent ont encore une expiation à subir en l’autre vie?

Le vénérable Père de la Colombière

Le Vénéré Père Claude de la Colombière mourut saintement à Paray, le 15 février 1682, comme le lui avait prédit la Bienheureuse Marguerite Marie. Dès qu’il eut expiré une fille dévote vint annoncer sa mort à sœur Marguerite. La sainte religieuse, sans s’émouvoir et sans se répandre en regrets, dit simplement à cette personne: Allez prier Dieu pour lui, et faites-en sorte que partout on prie pour le repos de son âme: » Le Père était mort à cinq heures du matin. Le même jour, sur le soir, elle écrivit à la même personne un billet en ces termes: Cessez de vous affliger, invoquez-le. Ne craignez rien. Il est plus puissant pour vous secourir que jamais. Ces deux avis font présumer qu’elle avait été avertie surnaturellement de la mort de ce saint homme et de son état dans l’autre vie.

La paix et la tranquillité de sœur Marguerite à la mort d’un directeur qui lui avait été si utile, fut une autre Sorte de miracle. La bienheureuse n’aimait rien qu’en Dieu et pour Dieu; Dieu lui tenait lieu de tout, et consumait en elle, par le feu de son amour, toute sorte d’attachement.

La supérieure fut elle-même surprise, de sa tranquillité sur la mort du saint missionnaire, et encore plus de ce qu’elle ne lui demandait point la permission de faire quelque pénitence extraordinaire pour le repos de son âme, comme elle avait coutume de faire à la mort de ceux qu’elle avait connus, et pour qui, elle croyait devoir s’intéresser plus particulièrement. La Mère supérieure en demanda la cause à la servante de Dieu, qui lui répondit tout simplement: « Il n’en a pas besoin. Il est en état de prier Dieu pour nous, étant bien placé dans le ciel par la bonté et miséricorde du Cœur sacré de Notre Seigneur Jésus-Christ. Seulement, ajouta-t-elle, pour satisfaire à quelque négligence qui lui était restée dans l’exercice du divin amour, son âme a été privée de voir Dieu dès la sortie de son corps, jusqu’au moment où il fut déposé dans le tombeau. »

Louis Corbinelli

Nous ajouterons, encore un exemple, celui du célèbre Père Corbinelli. Ce saint personnage ne fut pas exempté du purgatoire. Il est vrai qu’il ne s’y arrêta point, mais il eut besoin d’y passer avant d’être admis devant la face de Dieu. Louis Corbinelli, de la Compagnie de Jésus, mourut en odeur de sainteté dans la maison professe de Rome, l’an1591, presqu’en même temps que S. Louis de Gonzague. La mort tragique de Henri Il, roi de France, l’avait désabusé du siècle, et décidé à se consacrer entièrement à Dieu. L’an 1559 de grandes fêtes se célébraient à Paris pour le mariage de la princesse Élisabeth, fille de Henri II. Entre autres réjouissances, on avait organisé un tournoi, où figurait la fleur de ta noblesse, l’élite de la chevalerie française. Le roi s’y montra au milieu d’une cour splendide. Parmi les spectateurs, accourus de l’étranger, se trouvait le jeune Louis Corbinelli, venu de Florence, sa patrie, pour assister à ces brillantes fêtes. Corbinelli contemplait avec admiration la gloire du monarque Français, aux faites de la grandeur et de la prospérité, lorsqu’il le vit tomber soudain, frappé d’un coup mortel par un jouteur imprudent. La lance mal dirigée de Montgomery avait percé le roi, qui expirait baigner dans son sang. En un clin d’œil toute cette gloire s’évanouissait, et la magnificence royale se couvrait d’un linceul. Cet événement fit sur Corbinelii une impression salutaire: voyant à découvert la vanité des grandeurs humaines, il renonça au monde et embrassa l’état religieux dans la Compagnie de Jésus. Sa vie fut celle d’un saint et sa mort remplit de joie ceux qui en furent témoins. Elle arriva peu de jours avant celle de S. Louis de Gonzague alors malade au collège romain. Le jeune Saint annonça au Cardinal Bellarmin que l’âme du père Corbinelli était entrée dans la gloire; et comme le Cardinal lui demanda si elle n’avait pas passé par Je purgatoire?  Elle y a passé, répondit-il, mais sans s’y arrêter.

Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 52, 53

Chapitre 52

Avantages – Charité envers les âmes, récompensée par Jésus-Christ

Le Seigneur est plus porté à récompenser qu’à punir; et s’il inflige le châtiment de l’oubli à ceux qui oublient les âmes si chères à son cœur, il se montrera magnifiquement reconnaissant envers ceux qui l’assistent dans la personne de ses épouses souffrantes. Il leur dira au jour des récompenses: « Venez, les bénis de mon Père, posséder le royaume qui vous est préparé. Vous avez exercé la miséricorde envers vos frères nécessiteux et souffrants; or, en vérité je vous le dis, le bien que vous avez fait au moindre d’entre eux, vous l’avez fait à moi-même (Matth. XXV. 40).

Sainte Catherine de Sienne et Palmérine

Souvent dès cette vie, Jésus récompense par diverses faveurs les âmes compatissantes et charitables. Sainte Catherine de Sienne avait par sa charité converti une pécheresse, appelée Palmérine, qui mourut et alla au purgatoire. La sainte ne se donna point de repos qu’elle ne l’eût délivrée: en récompense le Sauveur permit à cette âme bienheureuse de lui apparaitre, ou plutôt lui- même voulut la montrer à sa servante comme une magnifique conquête de sa charité. Voici, d’après le Bienheureux Raymond, les détails de ce fait.

Au milieu du XIVe siècle, lorsque sainte Catherine de Sienne édifiait sa ville natale par toutes sortes d’œuvres de miséricorde, une femme, nommée Palmérine, après avoir été l’objet de sa plus tendre charité, conçut pour sa bienfaitrice une secrète aversion, qui dégénéra bientôt en une haine implacable. Ne pouvant plus la voir ni l’entendre, l’Ingrate Palmérine se déchainait contre la servante de Dieu et ne cessait de la noircir par les plus atroces calomnies. Catherine fit tout ce qui était en elle pour l’adoucir: ce fut en vain; aussi, voyant que sa bonté, son humilité et ses bienfaits ne faisaient qu’enflammer la fureur de cette malheureuse, elle pria Dieu avec instance d’amollir lui-même son cœur endurci. Dieu l’exauça en frappant Palmérine d’une maladie mortelle; mais ce châtiment ne suffit pas pour la faire rentrer en elle-même: en retour des soins les plus tendres que la sainte lui prodiguait, elle l’accabla d’injures et la chassa de sa présence.

– Cependant sa fin approchait, et un prêtre fut appelé pour lui administrer les sacrements. La malade fut incapable de les recevoir à cause de la haine qu’elle nourrissait et qu’elle refusait de déposer. A cette triste nouvelle, Catherine voyant que la malheureuse avait déjà un pied dans l’enfer, répandit un torrent de larmes et fut inconsolable. Durant trois jours et trois nuits, elle ne cessa de supplier Dieu pour elle, joignant le jeûne à la prière. « Eh quoi! Seigneur, disait-elle, permettriez-vous que cette âme périsse à cause de moi? Je vous en conjure, accordez-moi à tout prix sa conversion et son salut. Punissez sur moi son péché, dont je suis l’occasion: ce n’est pas elle, c’est moi qu’il faut frapper. Seigneur, ne me refusez pas la grâce que je vous demande: je ne vous quitterai point que je ne l’aie obtenue. Au nom de votre bonté, de votre miséricorde, je vous conjure, très miséricordieux Sauveur, de ne pas permettre que l’âme de ma sœur quitte son corps, avant d’être rentrée en grâce avec Vous. »

Sa prière, ajoute l’historien de sa vie, était si puissante i qu’elle empêchait la m3ladè de mourir. L’agonie durait depu.is trois jours et trois nuits, au grand étonnement des assistants. Catherine pendant tout ce temps continuait à intercéder, et finit par remporter la victoire. Dieu ne put lui résister plus longtemps et fit un miracle de miséricorde.

Un rayon céleste pénétra dans le cœur de la moribonde, lui fit voir sa faute et la toucha de repentir. La sainte, à qui Dieu le fit connaitre, accourut aussitôt; et dès que la malade l’aperçut, elle lui donna toutes les marques possibles d’amitié et de respect, s’accusa de sa faute à haute voix, reçut pieusement les sacrements et mourut dans la grâce du Seigneur.,

Malgré: cette conversion sincère, il était bien à craindre qu’une pécheresse, à peine échappée à l’enfer, n’eût à subir un rude purgatoire. La charitable Catherine continua à faire tout ce qui était en elle pour hâter à Palmérine son entrée, dans la gloire.

Tant de charité ne pouvait rester sans récompense.

« Notre-Seigneur, écrit le Bienheureux Raymond, montra cette âme sauvée à son épouse. Elle était si brillante, qu’elle m’a dit elle-même qu’aucune expression n’était capable de rendre sa beauté. Elle n’avait pas encore cependant revêtu la gloire de la vision béatifique, mais elle avait I’ éclat que donnent la création et la grâce du baptême. Notre- Seigneur lui disait: Voici, ma fille, cette âme perdue que tu m’as fait retrouver. Et il ajoutait: Ne te semble-t-elle pas bien belle et bien précieuse? Qui ne voudrait supporter toute espèce de peine pour gagner une créature si parfaite et l’introduire dans la vie éternelle? Si moi, qui suis la beauté suprême, d’où découle toute beauté, j’ai été captivé par la beauté des âmes au point de descendre sur la terre et de répandre mon sang pour les racheter; à bien plus forte raison devez-vous travailler les uns pour les autres, afin que des créatures si admirables ne se perdent pas. Si je t’ai montré cette âme, c’est pour que tu sois de plus en plus ardente à tout ce qui regarde le salut des âmes.

Sainte Madelaine de Pazzi et sa mère

Sainte Madeleine de Pazzi, si pleine de dévotion pour tous les défunts, épuisa toutes les ressources de la charité chrétienne en faveur de sa mère, lorsque celle-ci vint à mourir. Quinze jours après sa mort, Jésus voulant consoler son épouse, lui montra l’âme de la bien-aimée défunte. Madeleine la vit dans le paradis, couverte d’une splendeur éblouissante et environnée de saints, qui paraissaient lui porter beaucoup d’intérêt. Elle l’entendit ensuite lui donner trois conseils, qui ne sortirent plus de sa mémoire. « Ayez soin, ma fille, lui dit-elle, de descendre le plus bas que vous pourrez dans la sainte humilité, d’observer religieusement l’obéissance et d’accomplir avec prudence tout ce qu’elle vous prescrira. » – Cela dit, Madeleine vit sa bienheureuse mère se soustraire à ses regards, et demeura inondée des plus douces consolations (Cépari Vie de S Mad. Pazzi ).

Chapitre 53

Avantages – Charité pour les défunts récompensée – Saint Thomas d’Aquin, sa sœur

Le Docteur Angélique. S. Thomas d’Aquin, pareillement fort dévot envers les âmes, Fut récompensé par plusieurs apparitions, que l’on a connues par l’irrécusable témoignage de cet illustre Docteur lui-même (7 mars. Sa vie par Mafféi, et Ross. Merv.59).

Il offrait particulièrement à Dieu ses prières et sacrifices pour les défunts qu’il avait connus, ou qui étaient de sa parenté. Lorsqu’il était lecteur de théologie à l’Université de Paris, il perdit une sœur, qui mourut au monastère de Sainte- Marie de Capoue, dont elle était abbesse. Dès que le Saint apprit son décès, il recommanda son âme à Dieu avec ferveur. Quelques jours après, elle lui apparut, le conjurant d’avoir pitié d’elle, de continuer et de redoubler ses suffrages, parce qu’elle souffrait cruellement dans les flammes de l’autre vie, Thomas s’empressa d’offrir à Dieu toutes les satisfactions ne son pouvoir, et réclama en outre les charitables suffrages de plusieurs de ses amis, Il obtint ainsi la délivrance de sa sœur qui vint-elle-même lui en donner l’assurance.

Le Frère Romain

Ayant été peu de temps après, envoyé à Rome par ses supérieurs, l’âme de cette sœur lui apparut, mais cette fois dans tout l’éclat du triomphe et de la joie, et elle lui dit, que ses prières pour elle étaient exaucées, qu’elle était délivrée de toute souffrance et qu’elle allait pour toute l’éternité se reposer dans le sein de Dieu. Familiarisé avec les choses surnaturelles, le Saint ne craignit pas d’interroger l’apparition, et de lui demander ce qu’étaient devenus ses deux frères, Arnould et Landolphe, morts aussi depuis quelque temps. « Arnould est au ciel, répondit l’âme, et il jouit d’un haut degré de gloire, pour avoir défendu l’Église et Le Souverain-Pontife contre les impies agressions de l’empereur Fréderic. Quant à Landolphe il est encore dans le purgatoire, où il souffre beaucoup et a grandement besoin de secours. Pour VOUS, mon cher frère ajouta-t-elle une place magnifique vous attend dans le paradis en récompense de tout ce que vous avez fait pour l’Église. Hâtez-vous de mettre la dernière main aux divers travaux que vous avez entrepris, car vous viendrez bientôt nous rejoindre. L’histoire rapporte qu’en effet le saint Docteur ne vécut plus longtemps après. Une autre fois, le même Saint, faisant oraison dans l’église de S. Dominique à Naples, vit venir à lui le Frère Romain, qui lui avait succédé à Paris dans la chaire de Théologie. Le Saint crut d’abord qu’il venait d’arriver de Paris, car il ignorait sa mort; il se leva donc, alla à sa rencontre, et le salua en s’informant de sa santé et des motifs de son voyage. – « Je ne suis plus de ce monde, lui dit le religieux en souriant; et par la miséricorde de Dieu je suis déjà en possession du souverain Bien. Je viens par ses ordres vous encourager dans vos travaux. – Suis-je en état de grâce? demanda aussitôt Thomas. – Oui, mon frère, et vos œuvres sont très agréables à Dieu. Et vous, avez-vous subi le purgatoire – Oui, pendant quinze jours, pour diverses infidélités que je n’avais pas suffisamment expiées auparavant. ».

Alors Thomas, toujours préoccupé des questions théologiques, voulut profiler de l’occasion pour éclaircir le mystère de la vision béatifique; mais il lui fut répondu par ce verset du Psaume 47: Sicut audivimus, bic vidimus in civitate Dei nostri; ce que nous avions appris par la foi, nous l’avons vu de nos yeux dans la cité de notre Dieu.

– En prononçant ces paroles, l’apparition s’évanouit, laissant l’angélique Docteur embrasé du désir des biens éternels.

L’archiprêtre Ponzoni

Plus récemment, au XVIe siècle, une faveur du même genre, peut-être plus éclatante, fut accordée à un zélateur des âmes du purgatoire, ami particulier de S. Charles Borromée. Le vénérable Gratien Ponzoni, archiprêtre d’Arona, s’intéressa toute sa vie au soulagement des âmes.

Pendant la fameuse peste qui fit tant de victimes au diocèse de Milan, Ponzoni; non content de se multiplier pour administrer les sacrements aux pestiférés, n’avait pas craint de se faire fossoyeur et d’ensevelir les cadavres: car la peur avait paralysé tous les courages, et personne n’osait se charger de cette terrible besogne. Il avait surtout assisté à la mort, avec un zèle et une charité toute apostolique, un grand nombre de ces infortunés d’Arona; et les avait convenablement inhumés dans le cimetière situé près de son église de Sainte-Marie.

Don Alphonse Sanchez

Un jour, après l’office de$ vêpres, comme il passait auprès de ce cimetière, accompagné de don Alphonse Sanchez, alors gouverneur d’Arona. Il s’arrêta tout à coup, frappé d’une vision extraordinaire. Craignant d’être le jouet d’une hallucination, il se tourna vers don Sanchez, et lui adressant la parole: Monsieur, lui demanda-t-il, voyez-vous le même spectacle qui se présente à mes regards? – Oui, reprit le gouverneur, qui s’arrêtait dans la même contemplation je vois une procession de morts, qui s’avancent de leurs tombes vers l’église; et j’avoue que, avant que vous m’en eussiez parlé, j’avais peine à en croire mes yeux. Assuré alors de la réalité de I ’apparition, ce sont probablement, ajouta l’archiprêtre, les récentes victimes de la peste qui nous font connaître ainsi qu’elles ont besoin de nos prières. Aussitôt il fit sonner les cloches et convoquer les paroissiens pour le lendemain à un service solennel en faveur des défunts (Vie du V én. Ponzoni. Cf. Ross. Merv. 75).

On voit ici deux personnages que l’élévation de leur esprit met en garde contre tout péril d’illusion, et qui, frappés tous deux en même temps de la même apparition, ne se décident à y ajouter foi qu’après avoir constaté que leurs yeux perçoivent le même phénomène, Il n’y a pas là la moindre place à hallucination, et tout homme sérieux doit admettre la réalité d’un fait surnaturel attesté par de tels témoins. – On ne saurait non plus raisonnablement révoquer en doute des apparitions appuyées sur le témoignage d’un saint Thomas d’Aquin, et citées un peu plus haut. Ajoutons qu’on doit pareillement se garder de rejeter légèrement d’autres faits du même genre, du moment qu’ils sont attestés par des personnes d’une sainteté reconnue et vraiment digues de foi. Il faut de la prudence, sans doute, mais une prudence chrétienne, également éloignée de la crédulité et de cet esprit trop entier que Jésus-Christ, comme nous l’avons fait observer ailleurs; reprend dans un de ses apôtres: Noli esse incredulus, sed fidelis, ne sois pas incrédule, mais croyant.

La Bienheureuse Marguerite et la Mère Greffier

 Monseigneur Languet, évêque de Soissons, fait la même remarque, à propos d’une circonstance qu’il cite dans sa Vie de la Bienheureuse Marguerite Alacoque. « La demoiselle Billet, dit-il, femme du médecin de la Maison; c’est-à-dire, du couvent de Paray, où résidait la Bienheureuse, était venue à mourir. L’âme de la défunte apparut à la servante de Dieu pour lui demander des prières, et elle la chargea en même temps d’avertir son mari de deux choses secrètes, qui concernaient la justice et son salut. Sœur Marguerite rendit compte à la mère Greffier, sa supérieure, de ce qu’elle avait vu. La supérieure se moqua de la vision, et de celle qui la lui rapportait: elle imposa silence, à Marguerite, et lui défendit de ne rien dire ni de rien faire de ce qui lui avait été demandé. L’humble religieuse obéit avec simplicité et, avec la même simplicité, elle rapporta à la mère Greffier une seconde sollicitation que lui fit encore la défunte peu de jours après: ce que cette supérieure méprisa encore. Mais la nuit, suivante elle fut elle-même troublée par un bruit si horrible qui se fit entendre dans sa chambre, qu’elle en pensa mourir d’effroi. Elle appela des sœurs, et ce secours vint à propos, car’ elle était presque pâmée.

Quand elle fut revenue à elle, elle se reprocha son incrédulité, et ne manqua pas d’avertir le médecin de ce qui avait été dit à la sœur Marguerite.

« Le médecin reconnut que l’avis venait de Dieu, et en profita. Pour la mère Greffier, elle apprit par son expérience, que si la défiance est ordinairement le parti le plus sage, il ne faut pas non plus la pousser trop loin, surtout quand la gloire de Dieu et l’avantage du prochain peuvent y être intéressés. »

Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 50, 51

Chapitre 50

Avantages – prières des âmes pour nous – Suarez

Nous venons de parler de la reconnaissance des âmes; elles la témoignent parfois d’une manière très visible, comme nous avons vu; mais le plus souvent elles l’exercent invisiblement par leurs prières. Les âmes prient pour nous, non seulement quand après leur délivrance elles sont avec Dieu dans le ciel; mais déjà dans le lieu de leur exil et au milieu de leurs souffrances. Quoiqu’elles ne puissent prier pour elles-mêmes, elles obtiennent par leurs supplications de grandes grâces pour nous. Tel est l’enseignement exprès de deux illustres Théologiens, Bellarmin et Suarez. Il Ces âmes sont saintes, dit Suarez (1), et chères à Dieu; la charité les porte à nous aimer, et elles savent, au moins d’une manière générale, à quels périls nous sommes exposés, quel besoin nous avons du secours divin. Pourquoi et donc ne prieraient-elles pas pour leurs bienfaiteurs? 1)

Pourquoi? Mais, répondra-t-on, parce qu’elles ne les connaissent pas. Dans leur sombre séjour et au milieu de leurs tourments, comment savent-elles quels sont ceux qui les aident par leurs suffrages?

A cette objection on peut répondre d’abord, que les âmes ~entent au moins le soulagement qu’elles reçoivent, et le secours qui leur est donné; cela suffit, lors même, qu’elles ignoreraient d’où il leur vient, pour appeler les bénédictions du ciel sur leurs bienfaiteurs, quels qu’ils soient, et qui sont connus de Dieu.

Mais, de fait, ne savent-elles pas de qui leur vient l’assistance dans leurs peines? Leur ignorance en ce point n’est nullement prouvée, et de fortes raisons insinuent que cette ignorance n’existe pas. Leur ange gardien qui demeure avec elles pour leur donner toutes les consolations en son pouvoir, les priverait-il d’une connaissance si consolante? Ensuite, cette connaissance n’est-elle pas bien, conforme au dogme de la communion des saints? Le commerce qui existe entre nous et l’Église souffrante ne sera-t-il pas d’autant plus parfait qu’il sera réciproque et que les âmes connaîtront mieux leurs bienfaiteurs?

Sainte Brigitte

Cette doctrine se trouve confirmée par une foule de révélations particulières et par la pratique de plusieurs saints personnages. Nous avons dit déjà que sainte Brigitte, dans un de ses ravissements, entendit plusieurs de ces âmes dire à haut~ voix: « Seigneur, Dieu tout-puissant, rendez le centuple à ceux qui nous assistent par leurs prières, et qui vous offrent des bonnes œuvres pour nous faire jouir de la lumière de votre divinité. »

Sainte Catherine de Bologne – Le vénérable Vianney

On lit dans la vie de sainte Catherine dé Bologne (1), qu’elle avait une dévotion pleine de tendresse pour les âmes du purgatoire; qu’elle priait pour elles souvent et avec beaucoup de ferveur; qu’elle se recommandait à elles avec grande confiance dans ses besoins spirituels, et qu’elle engageait les autres à le faire, en leur disant: « Quand je veux obtenir quelque grâce de notre Père du ciel, j’ai recours aux âmes qui sont détenues dans le purgatoire: je les supplie de présenter à la divine majesté ma requête en leur nom, et je sens que je suis exaucée par leur entremise. » – Un saint prêtre de notre temps, dont la cause de béatification est commencée à Rome, le vénérable Vianney, curé d’Ars, disait à un ecclésiastique qui le consultait: « Oh! si l’on savait combien grande est la puissance des bonnes âmes du purgatoire sur le cœur de Dieu, et si l’on connaissait bien toutes les grâces que nous pouvons obtenir par leur intercession, elles ne seraient pas tant oubliées. Il faut bien prier pour elles, afin qu’elles prient bien pour nous. »

Cette dernière parole du vénérable Vianney indique la vraie manière de recourir aux âmes du purgatoire: il faut les aider pour obtenir en retour leurs prières et les effets de leur reconnaissance: n faut bien prier pour elles, afin qu’elles prient bien pour nous. Il ne s’agit donc pas de les invoquer comme on invoque les Saints du paradis; tel n’est pas l’esprit de l’Église, qui avant tout, prie pour les défunts et les aide par ses suffrages. Mais il n’est nulle- ment contraire à l’esprit de l’Église, ni à la piété chrétienne de procurer des secours aux âmes dans l’intention d’obtenir en retour par leurs prières les faveurs qu’on désire. Ainsi c’est chose louable et pieuse d’offrir une messe pour les défunts quand on a besoin d’une grâce particulière.

Si la prière des âmes est si puissante quand elles sont encore dans les souffrances, on conçoit aisément qu’elle le sera bien davantage,’ quand, entièrement purifiées, elles seront devant le trône de Dieu.

Chapitre 51

Avantages – Reconnaissance du divin Époux des âmes

Si les âmes sont reconnaissantes envers leurs bienfaiteurs, Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui aime ces âmes, qui reçoit comme fait à lui-même tout le bien qu’on leur procure, ne rendra pas un moindre retour, souvent dès cette vie, et toujours en l’autre. Il récompense ceux qui font miséricorde, et il punit ceux qui oublient de la faire aux âmes souffrantes.

La venérable Archangèle Panigarola et son père Gothard

Voyons d’abord un exemple de châtiment. La vénérable Archangèle Panigarola, religieuse Dominicaine, prieure du monastère de Sainte-Marthe, à Milan, avait un zèle extraordinaire pour le soulagement des âmes du purgatoire. Elle priait et faisait prier pour toutes ses connaissances, et même pour les inconnus, dont la mort lui était annoncée. Son père Gothard, qu’elle aimait tendrement, était un de ces chrétiens du monde qui ne s’occupent guère de prier pour les défunts. Il vint à mourir, et Archangèle désolée, comprenant qu’elle devait à ce cher défunt moins de larmes que de prières, forma la résolution de le recommander à Dieu par des suffrages tout particuliers. Mais, chose étonnante cette résolution n’eut presque aucun effet: cette fille si pieuse et si dévouée à son père, fit peu de chose pour son âme: Dieu permettait que, malgré ses saintes résolutions, elle la perdit constamment de vue pour s’occuper des autres. Enfin un événement inattendu vint lui donner l’explication de cet oubli étrange et exciter sa dévotion en faveur de son père.

Le jour de la Fête des morts, elle s’était renfermée dans sa cellule, s’occupant uniquement d’exercices de piété et de pénitence pour les âmes. Tout d’un coup son ange gardien lui apparaît, la prend par la main et la conduit en esprit en purgatoire. Là parmi les âmes qu’elle aperçut, elle reconnut celle de son père, plongée dans un étang d’eau glacée. A peine Gothard a-t-il vu sa fille, que, se soulevant vers elle, il lui reproche en gémissant de l’abandonner dans ses souffrances, tandis qu’elle a tarît de charité pour les autres, tandis qu’elle ne cesse de soulager et de délivrer des âmes qui lui sont étrangères.

Archangèle demeura interdite à ces reproches qu’elle reconnaissait mériter; bientôt répandant un torrent de larmes, elle répondit avec des sanglots: Je ferai, ô mon bien-aimé père, tout ce que vous me demandez: plaise au Seigneur que mes supplications vous délivrent au plus tôt. » – Cependant elle ne pouvait revenir de son étonnement, ni comprendre comment elle eut ainsi oublié un père bien-aimé. Son ange l’ayant ramenée, lui dit que cet oubli avait été l’effet d’une disposition de la justice divine. « Dieu l’a permis, dit-il, en punition du peu de zèle que votre père a eu durant sa vie pour Dieu, pour son âme et pour celles de son prochain. Vous l’avez vu tourmenté et transi d’un froid insupportable dans un lac de glace: c’est le châtiment de sa tiédeur au service de Dieu et de son indifférence à l’égard du salut des âmes. Votre père n’avait pas de mauvaises mœurs, il est vrai; mais il ne montrait aucun empressement pour le bien, pour les œuvres pieuses et charitables auxquelles l’Église exhorte les fidèles. Voilà pourquoi Dieu a permis qu’il fût oublié, même de vous, qui auriez trop diminué ses peines. La divine justice inflige d’ordinaire ce châtiment à ceux qui manquent de ferveur et de charité: il permet qu’on se conduise à leur égard, comme ils se sont conduits envers Dieu et envers leurs frères. » – C’est au reste, la règle de justice que le Sauveur établit dans l’Évangile: On se servira envers vous de la mesure dont vous vous serez servis (Matth. Vil, 2. Rossign. Merv. 22).