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Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 64, 65

SECONDE PARTIE – LE PURGATOIRE MYSTÈRE DE MISÉRICORDE

Chapitre 64

Moyens d’éviter le purgatoire – La confiance en Dieu – Saint François de Sales

Le cinquième moyen d’obtenir indulgence devant le tribunal de Dieu, c’est d’avoir une grande confiance dans sa miséricorde. J’ai mis, Seigneur, ma confiance en vous, dit le Prophète, et je ne serai point confondu (1). Certes, celui qui a dit au bon larron: Aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis, mérites bien que nous ayons en lui une confiance sans bornes. Saint François de Sales avouait qu’à ne considérer que sa misère, il ne méritait que l’enfer; mais plein d’une humble confiance en la miséricorde de Dieu et dans les mérites de Jésus-Christ, il espérait fermement partager un jour le bonheur des élus. «Et que ferait Notre-Seigneur de sa vie éternelle, disait-il, s’il ne la donnait aux pauvres, petites et chétives créatures comme nous, qui ne voulons espérer qu’en sa souveraine bonté? Vive Dieu! J’ai cette confiance bien ferme au fond du cœur: que nous vivrons éternellement avec Dieu. Nous serons un jour tous ensemble au ciel: il faut prendre courage, nous irons bientôt là-haut. Il faut disait-il encore, mourir entre deux oreillers, l’un de l’humble confession que nous ne méritons que l’enfer; l’autre d’une entière confiance que Dieu dans sa miséricorde nous donnera son paradis.

Ayant rencontré un jour un gentilhomme, effrayé à l’excès des jugements de Dieu, il lui dit: « Quiconque a un vrai désir de servir Notre-Seigneur et de fuir le péché, ne doit nullement se tourmenter de la pensée de la mort et du jugement. S’il faut craindre l’une et l’autre, ce ne doit pas être- de cette crainte qui abat et déprime la vigueur de l’âme; mais d’une crainte mêlée de confiance, et par cela douce. Espérez en Dieu: qui espère en lui ne sera point confondu.

Saint-Philippe-de-Néri et la sœur Scolastique

On lit dans la vie de Saint-Philippe-de-Néri qu’étant allé un jour au monastère de Sainte-Marthe, à Rome, une des religieuses, appelée Scolastique, désira lui parler en particulier. Cette fille était tourmentée depuis longtemps d’une pensée de désespoir qu’elle n’avait osé découvrir à personne; mais pleine de confiance dans les lumières du Saint, elle résolut de lui ouvrir son cœur. Lorsqu’elle fut près de lui, avant qu’elle eût ouvert la bouche, l’homme de Dieu lui dit en souriant: « C’est bien à tort, ma fille, que vous vous croyez dévouée aux flammes éternelles: le paradis est à vous! Je ne puis le croire, mon Père, répondit-elle en poussant un profond soupir – Vous ne le croyez pas? C’est là votre folie: vous allez le voir. Dites-moi, Scolastique, pour qui Jésus-Christ est-il mort? – Il est mort pour les pécheurs. – Et maintenant, dites-moi, êtes-vous une sainte? – Hélas! répondit-elle en pleurant, je suis une grande pécheresse. – Ainsi donc, Jésus-Christ est mort pour vous, et assurément c’est pour vous ouvrir le ciel: il est donc bien clair que le paradis est à vous.

Car pour vos péchés, vous les détestez, je n’en ai aucun doute. – La bonne religieuse, touchée de ces paroles commença à respirer. La lumière rentra dans son âme, la tentation se dissipa, et depuis ce moment, cette douce parole: Le paradis est à vous, ne cessa de la remplir de confiance et de joie. De la mort et du jugement. S’il faut craindre l’une et l’autre, ce ne doit pas être de cette crainte qui abat et déprime la vigueur de l’âme; mais d’une crainte mêlée de confiance et par cela douce. Espérez en Dieu: qui espère en lui ne sera point confondu.

Chapitre 65

Moyens d’éviter le purgatoire – Acceptation sainte de la mort – Le Père Aquitanus -.

Le sixième moyen d’éviter le purgatoire, c’est l’acceptation humble et soumise de la mort, comme expiation de nos péchés; c’est l’acte généreux par lequel on fait à Dieu le sacrifice de sa vie, en union avec le sacrifice de Jésus- Christ sur la croix.

Veut-on un exemple de ce saint abandon De la vie entre les mains du Créateur? Le 2 décembre 1638 mourut à Brisach, sur la rive droite du Rhin, le Père Georges Aquitanus, de la Compagnie de Jésus. Deux fois il- se dévoua au service des pestiférés. Il arriva qu’à deux époques différentes la peste exerça ses ravages avec tant de fureur, qu’on ne pouvait guère approcher des malades sans être atteint de la contagion. Tout le monde fuyait et abandonnait les mourants à leur malheureux sort; mais le Père Aquitanus, mettant sa vie entre les mains de Dieu, se fit le serviteur et l’apôtre des malades: il s’employa tout entier à les soulager et à leur administrer les sacrements.

Dieu le conserva durant la première période; mais lorsque la peste eut repris avec recrudescence, et que l’homme de Dieu fut accouru une seconde fois au milieu des malades, le Seigneur accepta son sacrifice.

Alors, quand, victime de sa cl1arité, il était étendu sur son lit de mort, on lui demanda s’il faisait volontiers à Notre-Seigneur le sacrifice de sa vie? — « Oh! Répondit-il plein de joie, si j’en avais des millions à lui offrit, il sait bien de quel cœur je les lui donnerais. »

Un tel acte, on le comprend est bien méritoire aux yeux de Dieu. Ne ressemble-t-il pas à l’acte de suprême charité, accompli par les martyrs qui meurent pour Jésus- Christ, et qui efface, comme le Baptême, tous les péchés toutes les dettes ? Personne, dit le Sauveur, ne peut témoigner un plus grand amour, qu’en donnant sa vie pour ses amis (Joan. XV, 13.).

Saint Alphonse de Liguori

Pour produire cet acte, précieux en cas de maladie, il est utile, pour ne pas dire nécessaire, que le malade connaisse son état et sache que sa fin approche. C’est donc lui causer un grand préjudice, lorsque par une fausse délicatesse, on le tient dans l’illusion. Il faut, dit Saint Alphonse dans sa Pratique du confesseur, faire en sorte avec prudence que le malade connaisse le danger de son état.

Si le malade se berce lui-même d’illusions, si au lieu de se remettre entre les mains de Dieu, il ne songe qu’à guérir. Lors même qu’il recevrait tous les sacrements, il se fait à lui-même un tort déplorable.

La vénérable Françoise de Pampelune et la mourante non résignée

On lit dans la Vie de la vénérable Mère Françoise du Saint-Sacrement, religieuse de Pampelune (Par Joachim de Sainte-Marie. Rossign. Merv. 26.), qu’une âme fut condamnée à un long purgatoire pour n’avoir pas, eu au lit de la mort, une vraie soumission à la volonté, divine. C’était une jeune personne, d’ailleurs pleine de piété; mais quand la main glacée de la mort voulut cueillir sa jeunesse dans sa fleur, elle éprouva dans sa nature les plus vives résistances, et n’eut pas le courage de se remettre entre les mains, toujours bonnes, de son Père céleste: elle ne voulait pas mourir encore! Elle n’en mourut pas moins; et la vénérable Mère Françoise, si fréquemment visitée par les âmes des défunts connut que celle-ci eut à expier par de longues souffrances son manque de soumission aux décrets de son Créateur.

Le Père Vincent Caraffa et le condamné

La Vie du Père Caraffa (Par le Père Bartoli. Rossign. Merv. 97. p.340) nous fournit un exemple plus consolant. Le P. Vincent Caraffa, général de la Compagnie de Jésus, fut appelé à préparer à la mort un jeune Seigneur condamné au dernier supplice et qui se croyait voué à la mort injustement. Mourir à la fleur de l’âge, quand on est riche, heureux, et que l’avenir nous sourit, c’est dur, il faut l’avouer; toutefois un criminel, en proie aux remords de sa conscience, pourrait s’y résigner et accepter le châtiment pour expier son forfait; mais un innocent!

Le Père avait donc une tâche difficile à remplir. Néanmoins, aidé de la grâce, il sut si bien prendre le malheureux, il lui parla avec tant d’onction des fautes de sa vie passée et de la nécessité de satisfaire à la divine justice, il lui fit si bien comprendre comment Dieu permettait ce châtiment temporel pour son bien, qu’il dompta sa nature révoltée et changea complètement les sentiments de son cœur. Le jeune homme, envisageant son supplice comme une expiation qui lui obtiendrait le pardon de Dieu, monta sur l’échafaud, non seulement avec résignation, mais avec une joie toute chrétienne. Jusqu’au dernier moment, jusque sous la hache du bourreau il bénissait en implorant sa miséricorde, à la grande édification du peuple qui assistait à son supplice.

Or, au moment où sa tête tombait, le Père Caraffa vit son âme monter triomphante au ciel. Il alla trouver aussitôt la mère du condamné, et, pour la consoler, il lui raconta ce qu’il avait vu. Il en était si transporté de joie, que, de retour dans sa cellule, il ne cessait de s’écrier: Oh! le bienheureux! oh! le bienheureux!

La famille voulait faire célébrer un grand nombre de messes pour le repos de son âme: « C’est superflu, répondit le Père; il faut plutôt remercier Dieu et nous réjouir: car je vous déclare que cette âme n’a pas même passé par le purgatoire. » – Un autre jour, qu’il était occupé à quelque travail, il s’arrêta tout à coup, changeant de visage et regardant vers le ciel comme s’Il y apercevait un spectacle merveilleux; puis on l’entendit s’écrier: 0 l’heureux sort l O l’heureux sort I Et comme son compagnon lui demandait l’expiation de ces paroles: Eh! mon Père, répondit-il, c’est l’âme du supplicié qui m’est apparue dans la gloire, Oh! que sa résignation lui a été profitable! »

La sœur Marie de Saint-Joseph et la Mère Isabelle

La sœur Marie de Saint-Joseph, une des quatre premières Carmélites qui embrassèrent la réforme de sainte Thérèse, était une religieuse de grande vertu. La fin de sa carrière approchait, et Notre-Seigneur voulant que sa sainte épouse fût reçue en triomphe dans le ciel aussitôt après son dernier soupir, acheva de purifier et d’embellir son âme par les souffrances, qui marquèrent la fin de sa vie.

Les quatre derniers jours qu’elle passa sur cette terre, elle perdit la parole et l’usage de ses sens; elle était en proie à une douloureuse agonie; les religieuses avaient le cœur navré de la voir en cet état. La mère Isabelle de Saint-Dominique, prieure du couvent, s’approchant de la malade, lui suggéra de faire beaucoup d’actes de résignation et d’abandon entre les mains de Dieu.

Sœur Marie de Saint-Joseph entendit et fit intérieurement ces actes, mais sans pouvoir donner aucun signe extérieur.

Elle mourut dans ces saintes dispositions et, le jour même de sa mort, tandis que la mère Isabelle entendait la messe, priant pour le repos de son âme, Notre-Seigneur lui montra Sa fidèle épouse couronnée de gloire, en lui disant: Elle est du nombre de ceux qui suivent l’Agneau, Marie de Saint Joseph de son côté, remercia la mère Isabelle de tout le bien qu’elle lui avait fait à l’heure de la mort. Elle ajouta que les actes de résignation, qu’elle lui avait suggérés, lui avaient mérité une grande gloire en paradis, et l’avaient exemptée des peines du purgatoire (Vie de la Mère Isabelle,l. 3. C. 7.).

Saint Jean de la Croix – Douceur de la mort des Saints

Quel bonheur de ne quitter cette misérable vie. Que pour entrer dans la vie véritable et bienheureuse! Tous nous pouvons avoir ce bonheur, en employant les moyens que Jésus-Christ dans sa miséricorde nous fournit pour satisfaire en ce monde et pour préparer parfaitement nos âmes à paraître devant lui. L’âme ainsi préparée est remplie à sa dernière heure de la plus douce confiance: elle a comme un avant-goût du ciel; elle éprouve ce que Saint Jean de la Croix a écrit de la mort d’un saint dans la Vive flamme de l’amour: Le parfait amour de Dieu, dit-il, rend la mort agréable, et y fait trouver les plus grandes douceurs. L’âme qui aime, est inondée d’un torrent de délices, lorsqu’elle voit approcher le moment où elle va jouir de la pleine possession de son Bien-Aimé. Sur le point d’être affranchie de la prison du corps qui se brise, il lui semble ‘qu’elle contemple déjà la gloire céleste, et que tout ce qui est en elle se transforme en amour.»

PROTESTATION DE L’AUTEUR.

Pour nous conformer au décret d’Urbain VIII Sanctissimum, du 15 mars 1525, nous déclarons que, si nous avons cité en ce livre des faits, que nous présentons comme surnaturels, on ne doit attacher à notre opinion qu’une autorité personnelle et privée; l’appréciation de ces sortes de faits appartenant à l’autorité suprême de l’Église.

Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 62, 63

Chapitre 62

Moyens d’éviter le purgatoire – Mortification chrétienne – Saint Jean Berchmans

Le troisième moyen de bien satisfaire en ce monde, c’est la pratique de la mortification chrétienne et l’obéissance religieuse.

Nous portons toujours dans nos corps la mortification de Jésus, dit l’Apôtre, afin que la vie de Jésus se manifeste aussi dans nos corps (II Cor.IV, 10). Cette mortification de Jésus que le chrétien doit porter en lui, c’est, dans un sens large, la part qu’il doit prendre aux souffrances de son divin Maître, en souffrant en union avec lui les, peines qui se rencontrent dans la vie, ou que l’on peut volontairement s’imposer.

La première et la meilleure mortification est celle s’attache à nos devoirs journaliers, la peine que nous devons prendre, l’effort que nous devons faire pour bien remplir tous les devoirs de notre état, et supporter les contrariétés de chaque jour. Lorsque S. Jean Berchmans disait que sa principale mortification était la vie commune, il ne disait pas autre chose, parce que la vie commune pour lui résumait tous les devoirs de son état.

Au reste, celui qui sanctifie les devoirs et les peines de chaque jour, et qui pratique ainsi la mortification fondamentale, ira bientôt plus loin, et s’imposera des privations et des peines volontaires, pour racheter les peines de l’autre vie.

Les moindres mortifications, les plus légers sacrifices, surtout quand ils se font par obéissance, sont d’un grand prix auprès de Dieu.

La Bienheureuse Émilie de Yerceil et la religieuse s’ennuyant au. Chœur

La bienheureuse Émilie, dominicaine, prieure du monastère de Sainte-Marguerite à Verceil, inspirait Il ses religieuses l’esprit d’obéissance parfaite, en vue du purgatoire. Un des points de la règle interdisait de boire hors des repas, Il moins d’une permission expresse de la supérieure. Or celle-ci, sachant, ce que nous avons vu plus haut, combien le sacrifice d’un verre d’eau a de valeur auprès de Dieu, avait pour pratique ordinaire de la refuser, afin de fournir à ses sœurs l’avantage d’une mortification facile; mais elle avait soin de leur adoucir ce refus en leur disant d’offrir leur soif Il Jésus, tourmenté d’une soif si cruelle sur la croix; elle leur conseillait aussi de souffrir cette peine légère en vue du purgatoire afin d’être moins tourmentées par les ardeurs des flammes expiatrices.

Il y avait dans sa communauté une sœur appelée Marie-Isabelle, qui avait l’esprit trop dissipé, aimait trop les conversations et autres distractions extérieures. Il en résultait qu’elle avait peu de goût pour la prière, qu’elle était négligente à l’office et s’acquittait à contrecœur de ce devoir capital. Aussi ne montrait-elle aucun empressement à se rendre au chœur; mais dès que l’office était fini, elle sortait la première. Un jour qu’elle s’en allait ainsi à la hâte et passait devant la stalle de la Prieure, celle-ci l’arrêta: « Où donc allez-vous si vite, ma bonne sœur 1lui dit-elle, et qui vous presse de sortir avant toutes les autres « La sœur, prise au dépourvu, garda d’abord respectueusement le silence; puis elle avoua avec humilité qu’elle s’ennuyait à l’office et qu’il lui paraissait bien long: – « C’est fort bien, reprit la Prieure; mais s’il vous en coûte tant de chanter, commodément assise, les louanges de Dieu au milieu de vos sœurs, comment ferez-vous dans le purgatoire, quand vous serez retenue au milieu des flammes. Pour vous épargner cette terrible épreuve, ma chère fille, je vous ordonne à l’avenir, de ne plus quitter votre ‘place que la dernière.

La sœur se soumit avec simplicité, comme une véritable enfant d’obéissance; elle en fut bien récompensée.

Le dégoût qu’elle avait éprouvé jusqu’alors pour des choses de Dieu la quitta et fit place à une dévotion pleine de douceur. De plus, comme Dieu le fit connaitre à la Bienheureuse Émilie, étant morte à quelque temps de là, elle obtient une grande diminution des peines qui l’attendaient dans l’autre vie: Dieu lui compta comme autant d’heures du purgatoire, les heures qu’elle avait passées dans la prière en esprit d’obéissance (Diario domenic. 3 mai. Cf. Mer ». 60.)

Chapitre 63

Moyens d’éviter le purgatoire – Les sacrements. – Les recevoir promptement – Effet médicinal de l’Extrême-onction

Nous avons indiqué comme quatrième moyen de satisfaire en ce monde, l’usage des sacrements, et surtout la réception sainte et chrétienne des derniers sacrements à l’approche de la mort.

Le divin Maître nous avertit dans l’Évangile de nous bien préparer à la mort, afin qu’elle soit précieuse à ses yeux et le digne couronnement d’une vie chrétienne. Son amour pour nous lui fait souhaiter ardemment, que nous sortions de ce monde pleinement purifié, débarrassé de toute dette envers Ia divine justice, et qu’en paraissant devant Dieu; nous soyons trouvés dignes d’être admis parmi les élus sans avoir besoin de passer par le purgatoire. C’est à cette fin que, d’ordinaire, il nous accorde, avant de mourir, les souffrances d’une maladie, et qu’il a institué des sacrements, pour nous aider à sanctifier ces souffrances et pour nous disposer parfaitement à paraître devant sa face.

Les sacrements qu’on doit recevoir en temps de maladie sont au nombre de trois: la confession, que l’on peut faire aussitôt que l’on veut; le saint Viatique et l’Extrême- Onction, que l’on peut recevoir dès qu’il y a danger de mort.’ Cette circonstance du danger de mort doit s’entendre largement et dans le sens d’une appréciation morale: il n’est pas nécessaire qu’il y ait un danger imminent de mourir, ou que tout espoir de guérison soi~ perdu; il ne faut pas même que le danger de mort soit certain, il suffit qu’il soit probable et prudemment supposé; lors même qu’il n’y aurait pas d’autre infirmité que la vieillesse (voir une brochure approuvée par tous les Évêques de Belgique et intitulée: Les médecins et les familles, Bruxelles, maison Gœmaere).

Les effets des sacrements bien reçus répondent à tous les besoins, à tous les désirs légitimes des malades, ces divins remèdes purifient l’âme de ses péchés et augmentent son trésor; de grâce sanctifiante; ils fortifient le malade et l’aident à supporter ses maux avec patience, à triompher des assauts du démon au moment suprême, et à faire généreusement à Dieu le sacrifice de sa vie.

– De plus, outre les effets qu’ils produisent, sur l’âme, les sacrements exercent la plus salutaire influence sur le corps. L’Extrême-onction surtout soulage le malade et adoucit ses douleurs; elle lui rend même la santé, si Dieu le juge, expédient pour son salut.

Les sacrements sont donc pour les fidèles un secours immense, un bienfait inestimable. Aussi n’est-il pas étonnant que l’ennemi des âmes mette tout en œuvre pour les priver d’un si grand bien. Ne pouvant enlever les sacrements à l’Église il tâche de les enlever aux malades, en faisant en sorte qu’ils ne les reçoivent pas, ou qu’ils les reçoivent tardivement et en perdent tous les avantages. Hélas! que d’âmes se laissent prendre dans ce piège!

Que d’âmes, pour n’avoir pas reçu promptement les sacrements, tombent en enfer, ou, du moins, dans les plus profonds abîmes du purgatoire!

Pour éviter ce malheur, le premier soin du chrétien, en cas de maladie, doit être de songer aux sacrements et de les recevoir le plus promptement possible.

Nous disons qu’il faut recevoir les sacrements promptement, tandis que le malade possède encore l’usage de ses facultés, et nous appuyons sur cette circonstance: en voici les raisons

1° En recevant les sacrements promptement, le malade ayant encore assez de forces pour s’y bien préparer, en recueillera tout le fruit.

2° Il a besoin d’être muni le plus tôt possible de ces divins secours, pour supporter les douleurs, vaincre les tentations, et sanctifier le précieux temps de la maladie.

3° Ce n’est qu’en recevant bien à temps les saintes Huiles, qu’il en peut ressentir les effets pour la guérison corporelle. Car il faut ici remarquer un point capital: le remède sacramentel de l’Onction sainte produit son effet sur la maladie, à la manière des remèdes médicaux. Semblable à un médicament exquis, il seconde la nature, dans laquelle il suppose encore une certaine vigueur; en sorte que l’Extrême-onction ne peut exercer sa vertu médicinale, quand la nature est trop affaiblie et la vie presque éteinte. Aussi, bien des malades succombent, parce qu’ils diffèrent jusqu’à l’extrémité de recevoir ce sacrement; tandis qu’il n’est pas rare de voir se guérir ceux qui se hâtent de le demander.

Saint Alphonse de Liguori

Saint Alphonse (Praxis confess, n. 274) parle d’un malade, qui ne reçut que fort tard Extrême-Onction, et mourut bientôt après.

Or, Dieu fit connaître, dit le saint Docteur, par voie de révélation, que s’il eût reçu ce Sacrement plus tôt, il aurait recouvré la santé.

Toutefois l’effet le plus précieux des derniers sacrements est celui qu’ils produisent sur l’âme: ils la purifient des restes du péché et lui ôtent, ou du moins diminuent ses dettes de peines temporelles, ils la fortifient pour supporter saintement les souffrances, ils la remplissent de confiance en Dieu et l’aident à accepter la mort des mains de Dieu, en union avec celle de Jésus-Christ.

Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 60, 61

Chapitre 60

Moyens d’éviter le purgatoire – Charité et miséricorde

Nous venons de voir le premier moyen d’éviter le purgatoire, une tendre dévotion envers Marie; le second moyen consiste dans la charité et les œuvres de miséricorde sous toutes les formes. Beaucoup de péchés lui sont remis, dit le Sauveur en parlant de Madeleine, parce qu’elle a beaucoup aimé (1), – Bienheureux ceux qui sont miséricordieux, parce qu’ils obtiendront miséricorde (2), – Ne jugez point et vous ne serez point jugés; ne condamnez point et vous ne serez pas condamnés; remettez, et il vous sera remis {3); – Si vous remettez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous remettra à vous aussi vos péchés (4), Donnez à quiconque vous demande; donnez et il vous sera donné: car on usera pour vous de la même mesure dont vous aurez usé pour les autres (0) – Faites-vous des amis avec les richesses de l’iniquité, afin que, lorsque vous viendrez à quitter ce monde, ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels (6), – Et le Saint-Esprit dit par la bouche du Prophète-Roi:,11eureux celui qui s’occupe du pauvre et de l’indigent: au jour mauvais le Seigneur le délivrera (7).

Toutes ces paroles indiquent clairement que la charité, la miséricorde, la bienfaisance, soit, envers les pauvres, soit envers les pécheurs, soit envers les ennemis et ceux qui nous font du mal, soit enfin envers les défunts qui sont dans une si grande nécessité, nous fera trouver miséricorde au tribunal du souverain Juge.

Le prophète Daniel et le roi de Babylone

Les riches de ce monde ont beaucoup à craindre: Malheur à vous, riches, dit le Fils de Dieu, parce que vous avez votre consolation. Malheur à vous qui êtes rassasiés, parce que vous aurez faim. Malheur à vous qui riez maintenant, parce que vous gémirez et vous pleurerez (Luc, VI, 24). Certes ces paroles d’un Dieu doivent faire trembler les heureux du siècle; mais s’ils veulent, ils ont dans leurs richesses même une grande ressource de salut: ils peuvent racheter leurs péchés et leurs terribles dettes par de généreuses aumônes. Que mon conseil ô roi, dit Daniel à l’orgueilleux Nabuchodonosor, vous soit agréable: rachetez vos péchés par l’aumône, et vos iniquités: par la miséricorde envers les pauvres (Dan, IV, 24). – Car l’aumône, dit Tobie à son fils, délivre de tout péché et de la mort, et elle ne laissera point l’âme aller dans les ténèbres. L’aumône sera une grande confiance devant le Dieu Très-Haut, pour tous ceux qui l’auront faite (Tob IV, 11). – Le Sauveur confirme tout cela, et il va presque plus loin, lorsqu’il dit aux Pharisiens: Toutefois, faites l’aumône de ce que vous avez, et tout sera pur pour vous (Luc, XI, 41).

Quelle n’est donc pas la folie des riches qui ont en main un moyen si facile d’assurer leur avenir, et ne songent pas à l’employer? Quelle folie de ne pas faire bon usage d’une fortune dont il faudra rendre compte à Dieu?

Quelle folie d’aller brûler en enfer ou en purgatoire pour laisser une fortune à des héritiers avides et ingrats, qui ne donneront au défunt peut-être pas une prière, ni une larme, ni même un souvenir!

Saint Pierre Damien et Jean Patrizzi

Ils sont mieux avisés ces chrétiens, qui comprennent qu’ils ne sont devant Dieu que les dispensateurs des biens qu’ils ont reçus de lui; qui ne songe qu’à en disposer selon les vues mêmes de Jésus-Christ à qui ils en devront tendre compte; qui enfin s’en servent pour se faire des amis, des défenseurs, des protecteurs (dans l’éternité. Voici ce que rapporte Saint Pierre Damien dans un de ses opuscu1es (opusc. 34). Un Seigneur romain appelé Jean Patrizzi, venait de mourir. Sa vie, quoique chrétienne, avait été comme celle de la plupart des riches, fort différente de celle du divin Maitre, pauvre, souffrant, couronné d’épines; mais heureusement, il s’était montré fort charitable pour les indigents, allant parfois jusqu’à se dépouiller de ses vêtements pour les couvrir. Peu de jours après sa mort, un saint prêtre étant en prière, fut ravi en esprit et transporté dans la basilique de Sainte-Cécile, l’une des plus célèbres de Rome. Là il aperçut une troupe de célestes vierges, sainte Cécile, sainte Agnès, sainte Agathe et autres, qui se groupèrent autour d’un trône magnifique où vint s’asseoir la Reine des Cieux environnée d’une cour nombreuse d’anges et de bienheureux.

En ce moment parut une pauvre petite femme, vêtue d’une méchante robe, mais ayant sur les épaules une fourrure précieuse. Elle se mit humblement aux pieds de la céleste Reine, joignant les mains, les yeux pleins de larmes, et dit en soupirant: « Mère des miséricordes, au nom de votre ineffable bonté. Je vous supplie d’avoir pitié du malheureux Jean Patrizi, qui vient de mourir et qui souffre cruellement dans le purgatoire.

– Trois fois elle répéta la même prière, y mettant chaque fois plus de ferveur, mais sans recevoir, aucune réponse. Enfin, élevant encore la voix, elle ajouta: « Vous avez bien, ô très-miséricordieuse Reine, que je suis cette mendiante qui, à la porte de votre grande basilique, demandait l’aumône dans le cœur de l’hiver, sans autre vêtement qu’un misérable haillon. Oh! comme je tremblais de froid! C’est alors que Jean, imploré par moi au nom de Notre-Dame, ôta de ses épaules et me donna cette précieuse fourrure, s’en privant lui-même pour me couvrir. Une si grande charité, faite en votre nom, ô Marie, ne mérite-t-elle pas quelque indulgence? »

À cette touchante requête, la Reine du Ciel jeta sur la suppliante un regard plein d’amour. « L’homme pour lequel tu pries, lui répondit-elle, est condamné pour longtemps à de rudes souffrances à cause de ses nombreux péchés. Mais comme il a eu deux vertus spéciales, la miséricorde envers les pauvres et la dévotion pour mes autels, je veux user de condescendance en sa faveur. »

À ces paroles toute la sainte assemblée témoigna sa joie et sa reconnaissance envers la Mère de miséricorde.

Patrizzi fut amené: il était pâle, défiguré, chargé de chaînes qui lui déchiraient les membres. La Vierge le regarda un moment avec une tendre compassion, puis ordonna de lui ôter ses chaînes et de lui donner des vêtements de gloire, afin qu’il pût se joindre aux saints et bienheureux qui environnaient son trône. Cet ordre fut exécuté à l’instant, et tout disparut.

Le saint prêtre qui avait joui de cette vision, à partir de ce moment, ne cessa plus de prêcher la clémence de Notre-Dame envers les pauvres âmes souffrantes, surtout envers celles qui ont eu une grande dévotion pour son culte et une grande charité pour les pauvres (Ross. Merv.12 p.327).

Chapitre 61

Moyens d’éviter le purgatoire – La charité – La Bienheureuse Marguerite et les âmes souffrantes

Parmi les révélations que le Sauveur a faites à la Bienheureuse Marguerite Marie touchi1nt le purgatoire, il en est une qui fait connaître les peines particulièrement sévères infligées pour le manque de charité. Un jour, raconte, Mgr Languet, Notre-Seigneur montra à sa Servante une quantité d’âmes souffrantes, privées du secours de la Sainte Vierge et des Saints, et même de la visite de leurs anges gardiens: c’était, lui dit le divin Maître, la punition de leur manque d’union avec leurs supérieurs, et de certaines mésintelligences. Plusieurs de ces âmes étaient destinées à rester longtemps dans d’horribles flammes. La Bienheureuse reconnut aussi beaucoup d’âmes qui avaient vécu dans la religion, et qui, à cause de leur manque d’union et de charité envers leurs frères, étaient privées de leurs suffrages et n’en recevaient aucun secours.

S’il est vrai que le Seigneur punit sévèrement les âmes qui ont oublié la charité; il sera d’une miséricorde ineffable pour celles qui auront pratiqué cette vertu de son Cœur. Ayez surtout, nous dit-il, par la bouche de son Apôtre S. Pierre. Ayez surtout une charité persévérante, les uns pour les autres; car la charité couvre la multitude des péchés (1 Pet. IV, 8.). – Écoutons encore Mgr Languet dans la Vie de la Bienheureuse Marguerite Marie.

C’est la Mère Greffier, dit-il, qui, dans le mémoire qu’elle a écrit sur la Bienheureuse après sa mort, atteste le fait suivant. Je ne puis l’omettre à cause des circonstances particulières qui ont manifesté la vérité de la révélation, faite en cette circonstance à la servante de Dieu.

La novice et son père

Le père d’une des novices en fut l’occasion. Ce gentilhomme était décédé récemment, et on le recommanda aux prières de la communauté, La charité de Sœur Marguerite, alors maitresse des novices l’engagea à prier plus particulièrement pour lui.

La novice vint encore quelques jours après le recommander à ses prières. « Ma fille, lui dit alors sa sainte maitresse, tenez-vous en repos: votre père est en état de nous faire part de ses prières sans avoir besoin des nôtres. – Elle ajouta: « Demandez à Madame votre mère quelle est l’action généreuse que fit son mari avant sa mort: cette action lui a rendu le jugement de Dieu favorable.

L ‘action dont parlait la servante de Dieu était ignorée de la novice: personne à Paray ne connaissait les circonstances d’une mort arrivée loin de cette ville. La novice ne vit sa mère qu’assez longtemps après, le jour de sa profession. Elle demanda alors quel était cet acte de générosité chrétienne que son père avait fait avant de mourir.

« Lorsqu’on lui apporta le saint Viatique, répondit sa mère, le boucher de la ville se joignit à ceux qui accompagnaient le Saint-Sacrement, et se mit dans un coin de la chambre. Le malade l’ayant aperçu l’appela par son nom, lui dit de s’approcher, et lui serrant amicalement la main avec une humilité peu commune dans les gens de condition, il lui demanda pardon pour quelques paroles trop dures qu’il lui avait dites quelque temps auparavant, et il voulut que tout le monde fût témoin de la satisfaction qu’il lui en faisait. » – Sœur Marguerite avait appris de Dieu seul ce qui s’était passé dans cette circonstance; et la novice, connut par-là la vérité si consolante de ce qu’elle lui avait dit touchant l’heureux état de son père.

Ajoutons que Dieu, par cette révélation, a voulu nous montrer une fois de plus que la charité couvre la multitude des péchés et nous fera trouver indulgence au jour de la justice.

Une âme qui avait souffert sans se plaindre.

La Bienheureuse Marguerite reçut du divin Maître une autre communication relative à la charité, II lui montra l’âme d’une défunte dont l’expiation ne devait être que peu rigoureuse; et il lui dit, qu’entre toutes les bonnes œuvres que cette personne avait faites, il avait eu particulièrement égard à certaines humiliations qu’elle avait subies dans le monde: parce qu’elle les avait souffertes en esprit de charité, non seulement sans se plaindre, mais même sans en parler; le divin Maître ajouta que pour, récompense, il lui avait été doux et favorable à son jugement.

Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 58, 59

Chapitre 58

Moyens d’éviter le purgatoire – Privilèges du saint Scapulaire.  La Sabbatine

D’après ce qui précède, la Sainte Vierge a attaché au saint scapulaire deux grands privilèges; de leur côté les Souverains-Pontifes y ont ajouté les plus riches indulgences. Nous ne dirons rien ici des indulgences; mais nous croyons utile de faire bien connaître les deux privilèges précieux connus, l’un sous le nom de la préservation, l’autre sous celui de la délivrance ou de la sabbatine.

Le premier est l’exemption des peines de l’enfer: ln hoc moriens œternum non patietur incendium, celui qui mourra avec cet habit, ne souffrira lilas le feu de l’enfer.

Il est évident que ceux qui mourraient en état de péché mortel, même revêtus du scapulaire, ne seraient point exempts de la damnation; et tel n’est pas le sens de la promesse de Marie, Cette Bonne Mère a promis de disposer miséricordieusement les choses de manière que ceux qui meurent revêtus de ce saint habit, auront une grâce efficace pour se confesser dignement et pleurer leurs fautes; ou que, s’ils sont surpris par une mort subite, ils auront le temps et la volonté de faire un acte de contrition par- faite. On ferait un volume des faits miraculeux qui témoignent de l’accomplissement de cette promesse, contentons-nous d’en citer l’un ou l’autre.

Le vénérable Père de la Colombière

Le Vénérable Père Claude de la Colombière rapporte qu’une jeune personne pieuse d’abord, et portant le saint scapulaire; eut le malheur de s’éloigner du bon chemin, par suite de lectures imprudentes et de la fréquentation de compagnies dangereuses, elle fut entraînée dans de graves désordres et allait tomber dans le déshonneur. Au lieu de se tourner vers Dieu et de recourir à la Sainte Vierge, qui est le refuge des pécheurs, elle s’abandonna à un sombre désespoir. Le démon lui suggéra bientôt un remède à ses maux, l’affreux remède du suicide, qui devait la soustraire à ses misères temporelles en la plongeant dans les supplices éternels. Elle courut donc à la rivière, et revêtue encore de son scapulaire elle se précipita dans les eaux. Chose étonnante, elle surnagea au lieu d’enfoncer, et ne trouvait point la mort qu’elle cherchait. Un pêcheur qui l’aperçut voulut accourir pour la sauver; mais la malheureuse le prévint, elle ôta son scapulaire, le jeta loin d’elle, et s’enfonça aussitôt. Le pêcheur ne put la sauver, mais il trouva le scapulaire et reconnut que cette livrée sacrée avait d’abord empêché cette pécheresse de mourir dans l’acte de son criminel suicide.

Hôpital de Toulon

À l’hôpital de Toulon se trouvait un officier fort impie qui refusait de voir le prêtre. Il approchait de la mort et tomba dans une sorte de léthargie. On profita de cet état pour lui mettre un scapulaire, à son insu. Il revint bientôt à lui et dit avec fureur: « Pourquoi avez-vous mis du feu sur moi, un feu qui me brûle? Ôtez-le, ôtez-le. » – On enleva le saint habit, et le moribond retomba dans son assoupissement. On invoqua la Sainte Vierge et on essaya encore une fois de revêtir ce malheureux pécheur de son saint habit. Il s’en aperçut, l’arracha avec rage, el l’ayant jeté loin de lui en blasphémant, il expira.

Le second privilège, celui de la sabbatine ou de la délivrance, consiste a être délivré du purgatoire par la Sainte Vierge le premier samedi après la mort. Pour jouir de ce privilège il faut observer certaines conditions, savoir: 1- Garder la chasteté propre à son état. 2- Réciter le petit office de la Sainte Vierge. Ceux qui récitent l’office canonial satisfont par-là même, ceux qui ne savent pas lire, doivent à la place de l’office, observer les jeûnes prescrits par l’Église et faire maigre tous les mercredis, vendredis et samedis. 3° En cas de nécessité, l’obligation de l’office, l’abstinence et le jeûne, peuvent être commués en d’autres œuvres pieuses par ceux qui en ont le pouvoir.

Tel est le privilège de la délivrance avec les conditions pour en jouir. Si l’on se rappelle ce qui a été dit plus haut des rigueurs du purgatoire et de sa durée, on trouvera que ce privilège est bien précieux et les conditions bien faciles.

Nous savons que des doutes ont été soulevés sur l’authenticité de la Bulle sabbatine; mais, outre la tradition constante et la pieuse pratique des fidèles, le grand Pape Benoît XIV, dont.la science éminente et la modération doctrinale sont connues, se prononce en sa faveur.

Sainte Thérèse

De plus, les Annales des Carmes rapportent des faits miraculeux en grand nombre, qui confirment la promesse faite par la Reine des Cieux, l’illustre sainte Thérèse, dans un de ses ouvrages, dit avoir vu une âme délivrée le premier samedi, pour avoir fidèlement observé pendant sa vie les conditions de la sabbatine.

Chapitre 59

Une dame d’Otrante

A Otrante, ville du royaume de Naples, une Dame de la haute société éprouvait le plus sensible bonheur à suivre les prédications d’un Père Carme, grand promoteur de la dévotion envers Marie. Il assurait à ses auditeurs que tout chrétiens portant pieusement le scapulaire et observant les pratiques prescrites, rencontrerait la divine Mère au sortir de la vie, et que cette grande consolatrice des affligés viendrait, le samedi suivant; le délivrer de toute souffrance pour l’emmener avec elle au séjour de la gloire. Frappée de si précieux avantages, cette dame prit aussitôt l’habit du saint!) Vierge, fermement résolue d’observer fidèlement les règles de la confrérie. Sa piété prit de grands accroissements: elle priait Marie jour et nuit, mettant en elle toute sa confiance, lui rendant toutes sortes d’hommages: Entre autres faveurs qu’elle lui demandait, elle implorait celle de mourir un samedi, afin d’être aussitôt délivrée du purgatoire. Elle fut exaucée.

Quelques années après, étant tombée malade, malgré l’assurance contraire des médecins, elle déclara que son mal était grave et la conduirait à la mort. « J’en bénis Dieu, ajouta-t-elle, dans l’espérance d’être bientôt avec lui. » – Sa maladie fit en effet de tels progrès, que les médecins la jugèrent sur le point de mourir, et déclarèrent à l’unanimité qu’elle ne passerait pas le jour, qui était un mercredi. Vous vous trompez encore, dit la malade, je vivrai trois jours de plus, et ne mourrai que samedi.

L’événement justifia sa parole. Regardant les jours de souffrances qui lui restaient comme un trésor inestimable, elle en profita pour se purifier et augmenter ses mérites.

Le samedi venu, elle rendit l’âme à son Créateur. Sa fille, très-pieuse aussi, était inconsolable de la perte qu’elle avait faite. Comme elle priait dans son oratoire pour l’âme de sa chère mère, et qu’elle versait d’abondantes larmes, un grand serviteur de Dieu, favorisé habituellement de communications surnaturelles vint la trouver et lui dit: « Cessez de pleurer, mon enfant ou plutôt, que votre tristesse se change en joie. Je viens vous assurer de la part de Dieu, qu’aujourd’hui samedi, grâce au privilège accordé aux confrères du saint Scapulaire, votre mère est montée au ciel et a été admise parmi les élus. Consolez-vous donc et bénissez l’auguste Vierge Marie, Mère des miséricordes. »

Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 56, 57

Chapitre 56

Avantages – Stimulant de ferveur – Nous précautionner – Probabilité d’aller en purgatoire – Moyens de s’y soustraire – Emploi de ces moyens

Si de saints religieux passent par le purgatoire, quoique sans s’y arrêter, n’avons-nous pas à craindre d’y passer à notre tour et même de nous y arrêter plus ou moins longtemps? Pouvons-nous nous endormir dans une sécurité qui serait au moins imprudente? Notre foi et notre conscience nous disent assez que la crainte est ici bien fondée. Je vais plus loin, cher lecteur, et je dis, qu’avec un peu de réflexion, vous avouerez vous-même, qu’il est très-probable et presque certain que vous irez en purgatoire. N’est-il pas vrai qu’en sortant de la vie, votre âme entrera dans un des trois séjours que la foi nous montre: l’enfer, le ciel, le purgatoire ? Irez-vous en enfer? Ce n’est pas probable: parce que, vous avez en horreur le péché mortel, et que pour rien au monde vous ne voudriez le commettre ou le garder sur votre conscience, après l’avoir commis.

Irez-vous droit au ciel? Vous répondez aussitôt que vous vous sentez bien indigne d’une telle faveur. – Il reste donc le purgatoire, et vous devez avouer qu’il est très probable, presque certain que vous entrerez dans le séjour des expiations.

En mettant sous vos yeux cette grave situation ne croyez pas, cher lecteur, que nous voulions vous effrayer ou vous ôter l’espérance d’entrer au ciel sans purgatoire.

Au contraire, cette espérance doit rester au fond de nos cœurs, elle est conforme à l’esprit de Jésus-Christ, qui ne désire nullement que ses disciples aient besoin des expiations futures. Il a même institué des sacrements et établi toutes sortes de moyens pour les aider à satisfaire pleinement en ce monde. Mais ces moyens sont trop peu employés; et c’est surtout une crainte salutaire qui stimule les âmes afin qu’elles les emploient.

Or, quels sont les moyens que nous avons, d’éviter ou du moins d’abréger d’avance et d’adoucir la rigueur de notre purgatoire? Ce sont évidemment les exercices et les œuvres qui nous aideront le mieux à satisfaire en ce monde et à trouver miséricorde auprès de Dieu, savoir les suivants: La dévotion envers la sainte Vierge Marie et la fidélité à porter son scapulaire; la charité envers les vivants et les morts; la mortification et l’obéissance; la pieuse réception des sacrements, surtout à l’approche de la mort; la confiance en la divine miséricorde; et enfin la sainte acceptation de la mort en union avec la mort de Jésus-Christ sur la croix.

Ces moyens sont assez puissants pour nous préserver du purgatoire; mais il faut les employer. Or pour les employer sérieusement et avec persévérance, une condition est nécessaire: c’est de former la ferme résolution de satisfaire en ce monde plutôt qu’en l’autre. Cette résolution doit être basée sur la foi, qui nous montre combien la satisfaction est légère en cette vie, combien elle est terrible au purgatoire. Hâtez-vous, dit Jésus-Christ, de vous réconcilier avec votre adversaire pendant que vous êtes en chemin avec lui; de peur que votre adversaire ne vous livre au Juge, et que le juge ne vous livre à son ministre, et que vous ne soyez envoyé en prison. En vérité je vous le dis, vous ne sortirez pas de là, que vous n’ayez payé jusqu’à la dernière obole (Matth. V, 21).

Se réconcilier avec son adversaire pendant le chemin, signifie, dans la bouche du Sauveur, apaiser la divine justice et satisfaire pendant le chemin de la vie, avant d’arriver au terme immobile, à cette éternité où toute pénitence est impossible et où il faudra subir les rigueurs de la justice. Ce conseil du Sauveur n’est-il pas sage?

Sainte Catherine de Gènes

Peut-on sans folie porter au tribunal de Dieu une dette énorme que l’on aurait acquittée facilement par quelques œuvres de pénitence, et qu’il faudra payer alors par des années de supplices? Celui, dit Sainte Catherine de Gênes, qui se purifie de ses fautes dans la vie présente, satisfait avec un sou à une dette de mille ducats; et celui qui attend, pour s’acquitter, jusqu’aux jours de l’autre vie, se résigne à donner mille ducats pour ce qu’il aurait payé avec un sou en temps opportun.

Il faut donc commencer par la résolution, solide et efficace, de satisfaire en ce monde: c’est la pierre fondamentale. Ce fondement bien affermi, on s’appliquera à employer les moyens énumérés plus haut.

Chapitre 57

Moyens d’éviter le purgatoire – Grande dévotion à la Sainte Vierge – Le Père Jerôme Carvalho. Sainte Brigitte

Un serviteur de Dieu résumait ces moyens et les réduisait à deux en disant, que nous purifions nos âmes par l’eau et par le feu: il voulait dire, par l’eau des larmes et de la pénitence, parole feu de la charité et des bonnes œuvres – On peut en effet tout ramener à ces deux exercices, et cette théorie est conforme à l’Écriture, où nous voyons que les âmes sont lavées de leurs souillures et purifiées comme l’or dans la fournaise. Mais comme nous devons moins chercher les théories que la pratique, suivons la méthode que nous avons indiquée, et qui est pratiquée avec succès par les saints et les fidèles fervents.

D’abord pour obtenir une grande pureté d’âme et par conséquent pour n’avoir pas beaucoup à redouter le purgatoire, il faut avoir une grande dévotion à la très sainte Vierge Marie. Cette bonne Mère aidera tellement ses chers enfants à préparer leurs âmes, et à leur adoucir le purgatoire, qu’ils peuvent se reposer dans la plus grande confiance. Elle veut du reste elle-même qu’ils ne se troublent pas a ce, sujet, qu’ils ne se livrent pas à des craintes excessives, comme elle daigne le déclarer à son serviteur Jérôme Carvalho, dont nous avons parlé plus haut: Rassurez-vous, mon fils, lui dit-elle, je suis la Mère de miséricorde pour mes chers enfants du purgatoire, aussi bien que pour ceux qui vivent sur la terre. – Dans les Révélations de sainte Brigitte, nous lisons quelque chose de semblable: Je suis, dit la Vierge à cette Sainte, la Mère de tous ceux qui sont dans le lieu de l’expiation; mes prières adoucissent les châtiments qui leur sont infligés pour leurs fautes (Liv. 4, chap. 1.).

Le scapulaire du Mont Carmel

Ceux qui portent saintement le Scapulaire; ont un droit spécial à la protection de Marie. La dévotion du saint Scapulaire consiste, non en une manière de prier comme le saint Rosaire; mais dans la pieuse pratique de porter une sorte de vêtement, qui est comme la livrée de la Reine des cieux.

Le scapulaire de Notre-Dame du Mont-Carmel, dont nous parlons ici, remonte pour son, origine au XIII siècle, et fut prêché d’abord par le Bienheureux Simon Stock, cinquième Général de l’Ordre des Carmes. Ce célèbre serviteur de Marie, né au comté.de Kent en Angleterre, l’année 1180, se retira jeune encore dans une forêt solitaire pour y vivre dans la prière et la pénitence. II choisit pour demeure le creux d’un arbre, où il attacha un crucifix et une image de la sainte Vierge, qu’il honorait comme sa Mère, et qu’il ne cessait d’invoquer avec le plus tendre amour. Depuis douze ans il la suppliait de lui faire connaître ce qu’il pourrait faire de plus agréable à elle et à son divin fils, lorsque la Reine des cieux lui dit d’entrer dans l’Ordre du Carmel, particulièrement dévoué à son culte. Simon obéit, et, sous la protection de Marie, devint un religieux exemplaire, l’ornement de l’Ordre des Carmes, dont il fut élu supérieur général en 1245. Un jour, c’était le 16 juillet 1251, la sainte Vierge lui apparut, entourée d’une multitude d’esprits célestes, et le visage rayonnant de joie. Elle lui présenta un scapulaire de couleur brune en disant: « Reçois, mon cher fils, ce scapulaire de ton Ordre: c’est le signe de ma confrérie et la marque du privilège que j’ai obtenu pour toi et pour les confrères du Carmel. Quiconque mourra, pieusement revêtu de cet habit, sera préservé des feux éternels. C’est un signe de salut, une sauvegarde dans les périls, le gage d’une paix et d’une protection spéciales jusqu’à la fin des siècles. »

L’heureux vieillard publia partout la grâce qu’il avait obtenue, montrant le scapulaire, guérissant des malades et opérant d’autres miracles, comme preuve de sa merveilleuse vision. Aussitôt Édouard 1er, roi d’Angleterre, saint Louis IX, roi de France, et à leur exemple presque tous les Souverains de l’Europe, ainsi qu’un grand nombre de leurs sujets, prirent le saint habit. C’est alors que commença la célèbre Confrérie du Scapulaire, qui fut, bientôt après; canoniquement ratifiée par le Saint-Siège.

Non contente d’avoir accordé ce premier privilège, Marie fit une autre promesse à l’avantage des associés du scapulaire, en les assurant d’une prompte délivrance des peines du purgatoire. Environ cinquante’ ans après la mort du B.Simon » l’illustre Pontife Jean XXII faisant oraison de grand matin,’ vit apparaître la Mère de Dieu,’ environnée de lumière et portant l’habit du Carme., Elle lui dit entre autres choses: Si, parmi les religieux ou les confrères du Carmel, il s’en trouve que leurs fautes conduisent en purgatoire, je descendrai au milieu d’eux comme une tendre Mère; le samedi après leur mort; je délivrerai de leurs peines ceux qui s’y trouvent, et je les conduirai sur la montagne sainte de la vie éternelle. »

C’est en ces termes que le Pontife fait parler Marie, dans la célèbre Bulle du 3 mars 1322, appelée communément Bulle sabbatine, il la termine par ces paroles: « J’accepte donc cette sainte indulgence, je la ratifie et la confirme sur la terre, comme Jésus-Christ l’a gracieusement accordée dans les cieux par les, mérites de la Très-Sainte Vierge. Ce privilège a été confirmé dans la suite par un grand nombre de Bulles et de Décrets des Souverains Pontifes.

Telle est la dévotion du saint Scapulaire, Elle est sanctionnée par la pratique des âmes pieuses dans toute la chrétienté, par le témoignage de vingt-deux Papes, par les écrits d’un nombre incalculable de savants auteurs, et par des miracles multipliés depuis 600 ans; de telle sorte, dit l’illustre Benoit XIV, que celui qui oserait révoquer en doute la solidité de la dévotion au scapulaire; ou nier ses privilèges, serait un contempteur orgueilleux de la religion. »

Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 54, 55

Chapitre 54

Avantages – Pensée salutaire – Satisfaire en cette vie plutôt qu’en l’autre

Outre les avantages que nous venons de considérer, la charité envers les défunts est singulièrement salutaire à ceux qui la pratiquent, parce qu’elle leur inspire la ferveur dans le service de Dieu et leur suggère les plus saintes pensées. Songer aux âmes du purgatoire c’est songer aux peines de l’autre vie, c’est se rappeler que tout péché demande son expiation, soit en cette vie soit en l’autre.

Or qui ne comprend qu’il vaut mieux satisfaire ici, puisque les châtiments futurs sont si terribles? Une voix semble sortir du purgatoire et nous dire cette sentence de l’Imitation: Il vaut mieux extirper maintenant nos vices, et expier nos péchés, que de remettre à les expier en l’autre monde (lmit.l,.24). On se rappelle aussi cette autre parole, qui se lit au même chapitre: Là, une heure dans le tourment, sera plus terrible qu’ici-bas cent années de la plus amère et de la plus rigoureuse pénitence. »

Saint Augustin et Saint Louis Bertrand

– Alors, pénétré d’une crainte salutaire, on souffre volontiers les peines de la vie présente, et on dit à Dieu, avec S. Augustin et S. Louis Bertrand: Domine, hic ure, hic seca, hic non parcas, ut in œternum parcas: Seigneur, appliquez ici-bas le fer et le feu, ne m’épargnez point en cette vie, afin que vous m’épargniez en l’autre.

Le chrétien rempli de ces pensées, regarde les tribulations de la vie présente et en particulier les souffrances parfois bien douloureuses de la maladie, comme un purgatoire sur la terre, qui pourra le dispenser du purgatoire après la mort.

Le Frère Lourenço

 Le 6 janvier 1676, mourut à Lisbonne, âgé de soixante- dix-neuf ans, le serviteur de Dieu Gaspar Lourenço, frère coadjuteur de la Compagnie de Jésus, et porter de la maison Professe de cet Institut, il était rempli de charité pour les pauvres et pour les âmes du purgatoire, Il se dépensait sans ménagement au service des malheureux, et leur enseignait, merveilleusement à bénir Dieu de la misère qui devait leur valoir le ciel. Lui-même était si pénétré du bonheur de souffrir pour Notre-Seigneur, qu’il se crucifiait presque sans mesure et ajoutait encore à ses austérités, la veille des jours de Communion. A l’âge de soixante-dix-huit ans, il n’acceptait aucun adoucissement aux jeûnes et aux abstinences de l’Église, et ne laissait passer aucun jour sans se flageller au moins deux fois Jusque dans sa dernière maladie, le Frère infirmier s’aperçut que les approches mêmes de Ia mort ne lui avaient pas fait quitter son cilice: tant il désirait mourir sur la croix.

Les seules douleurs de son agonie, qui fut cruelle, auraient dû lui tenir lieu des plus rudes pénitences, Quand on lui demandait s’il souffrait beaucoup? Je fais mon purgatoire avant de partir pour le ciel, répondait-il d’un air radieux. – Le Frère Lourenço était né le jour de l’Épiphanie; et Notre-Seigneur lui avait révélé que ce beau jour devait être aussi celui de sa mort. Il en désigna même l’heure, dès la nuit précédente; et comme l’infirmier en le visitant vers l’aube du jour, lui disait avec un, sourire de doute: « N’est-ce donc pas aujourd’hui, mon Frère que vous comptez aller jouir de Dieu? – Oui, répondit-il, dès que j’aurai une dernière fois reçu le corps de mon Sauveur. Il reçut en effet la sainte communion; et à peine eut-il commencé son action de grâces, qu’il expira sans, effort, et sans agonie.

Il y a donc tout lieu de croire qu’il parlait avec une connaissance surnaturelle de la vérité, lorsqu’il disait: Je fais mon purgatoire avant de partir de ce monde.

Le Père Michel de la Fontaine

 Un autre serviteur de Dieu reçut de la Sainte Vierge elle-même l’assurance que les souffrances, terrestres lui tiendraient lieu de purgatoire. Je parle du Père Michel de la Fontaine, qui s’endormit du sommeil des justes le 11 février 1606 à Valence en Espagne. II fut un des premiers missionnaires qui travaillèrent au salut des peuples du Pérou. Son plus grand soin en instruisant les nouveaux convertis, était de leur inspirer une horreur souveraine du péché, et de les porter à la dévotion envers la Mère de Dieu en leur parlant des vertus de cette admirable Vierge, et en leur enseignant la manière de réciter le chapelet.

Marie de son côté ne lui refusait pas ses faveurs. Un jour que, épuisé de fatigue, Il gisait étendu sur la poussière, n’ayant pas la force de se relever, il fut visité par Celle que l’Église appelle avec raison la Consolatrice des affligés. Elle ranima son courage en lui disant: Confiance, mon Fils: Vos fatigues vous tiendront lieu de purgatoire; supportez saintement vos peines, et au sortir de cette vie, votre âme sera reçue dans le séjour des Bienheureux. Cette vision fut pour le père de la Fontaine, durant le reste de sa vie, et surtout à l’heure de sa mort, une source abondante de consolation. En reconnaissance de cette faveur, il pratiquait chaque semaine quelque pénitence extraordinaire. Au moment où il expira, un religieux d’une éminente vertu vit son âme monter au ciel, dans la compagnie de la Sainte Vierge, du prince des Apôtres, de S. Jean l’Évangéliste et de saint Ignace, fondateur de la Compagnie de Jésus.

Chapitre 55

Avantages – Enseignements salutaires – La Bienheureuse Marie-des-Anges

Outre les saintes pensées que suggère la dévotion envers les âmes, celles-ci contribuent parfois elles-mêmes directement au bien spirituel de leurs bienfaiteurs. Dans la vie (Par le Chan, Labis Tournai, Casterman.) de la bienheureuse Marie-des-Anges, de l’Ordre du Carmel, il est dit qu’on croirait à peine combien étaient fréquentes les apparitions d’âmes du purgatoire, qui venaient implorer son secours, puis la remercier de leur délivrance. Souvent elles s’entretenaient avec la Bienheureuse, lui donnaient des avis utiles pour elle ou pour ses sœurs, et lui révélaient même des, choses de l’autre monde. Le mercredi dans l’octave de l’Assomption, écrit-elle, comme je faisais l’oraison du soir, une de nos bonnes sœurs m’apparut; elle était vêtue de blanc, environnée de gloire et de splendeur, et si belle, que je ne trouve ici-bas rien à quoi la comparer. Redoutant quelque illusion du démon, je me munis du signe de la croix mais elle me fit un sourire et disparut peu après, Je priai Notre-Seigneur de ne pas permettre que je fusse trompée par le démon. La nuit suivante, la sœur m’apparut encore, m’appela par mon nom et me dit: « Je viens de la part de Dieu pour vous faire savoir que je jouis des biens éternels; dites à notre mère Prieure qu’il n’entre pas dans les desseins de Dieu qu’elle sache ce qui doit lui arriver; dites-lui encore de mettre sa confiance en S. Joseph et dans les âmes du purgatoire. Ayant ainsi parlé elle disparut.

Saint Pierre Claver, le nègre malade et le chapelet

Saint Pierre Claver, l’apôtre des nègres de Carthagène, fut aidé par les âmes du purgatoire dans l’œuvre de son apostolat, Il n’abandonnait pas les âmes de ses chers nègres après la mort: pénitences, prières, messes, indulgences, « il leur appliquait, dit le P. Fleurian, historien de sa vie, tout ce qui dépendait de lui. Aussi arrivait-il souvent que ces âmes affligées, sûres de son crédit auprès de Dieu, venaient lui demander le secours de ses prières. La délicatesse et l’incrédulité de notre siècle ajoute le même auteur, ne m’empêcheront pas d’en rapporter ici quelques traits. Ils paraîtront peut-être dignes de la raillerie des esprits-forts; mais ne suffit-il pas de reconnaître un Dieu maître de ces sortes d’événements, et que d’ailleurs ils soient bien attestés pour qu’ils puissent trouver place dans une histoire écrite pour des lecteurs chrétiens?

Un nègre malade, qu’il avait retiré dans sa chambre et couché dans son lit, ayant entendu la nuit de grandes plaintes, la frayeur le fit courir promptement au Père CIaver, qui pour lors était à genoux en oraison: « 0 mon Père, lui dit-il; quel est donc ce grand bruit qui m’effraye ainsi et qui m’empêche de dormir! Retournez, mon fils, lui répondit le saint homme, et dormez sans crainte. » – Alors; l’ayant aidé à se remettre au lit, et lui ayant posé la couverture sur la tête, II ouvrit la porte de la chambre, dit quelques paroles, et tout à coup les plaintes cessèrent. Plusieurs autres nègres étant occupés à travailler dans une habitation éloignée de la ville, un d’eux alla pour couper du bois sur une montagne voisine. Comme il approchait de la forêt, il entendit que, du haut d’un arbre, on l’appelait par son nom. Il leva les yeux vers l’endroit d’où partait la voix, et ne voyant personne, il voulut s’enfuir pour rejoindre ses compagnons; mais il fut arrêté à un passage étroit par un spectre effrayant, qui commença â décharger sur lui de grands coups, avec un fouet garni de fer tout rouge de feu, en lui disant: Pourquoi n’as-tu pas ton chapelet ? Porte-le désormais et le dis pour les âmes du purgatoire. » – Le fantôme lui ordonna ensuite de demander à la maîtresse de l’habitation quatre écus qu’elle lui devait, et de les porter au P. Claver, pour faire dire des messes à son intention; après quoi il disparut.

Cependant au bruit des coups et aux cris du nègre, ses compagnons étant accourus, ils le trouvèrent plus mort que vif, et encore tout meurtri des coups qu’il avait reçus, sans pouvoir leur dire une parole. On le porta à l’habitation, où la maîtresse avoua qu’elle était effectivement redevable de la somme en question à un nègre qui était mort peu de temps auparavant. Le P. Claver ayant été informé de tout ce détail, fit dire les messes qu’on demandait, et donna un chapelet au nègre, qui ne manqua plus de le porter sur lui et de le réciter dans fa suite.

Avantages – Enseignements salutaires – Sainte Madelaine de Pazzi et la sœur Benoîte

Sainte Madeleine de Pazzi reçut dans l’apparition d’une défunte les plus belles instructions sur les vertus religieuses, Il y avait dans son couvent une sœur, appelée Marie-Benoîte, qui se distinguait par sa piété, son obéissance et toutes les autres vertus qui font l’ornement des âmes saintes. Elle était si humble, dit le P. Cépari, et avait un tel mépris d’elle-même, que, sans la discrétion des Supérieurs, elle eût fait des extravagances, dans le seul but de se faire la réputation d’une tète sans prudence et sans jugement. Elle disait, à ce propos, qu’elle ne pouvait s’empêcher d’être jalouse de saint Alexis, qui avait su trouver le moyen de mener une vie cachée et méprisable aux yeux du monde. Elle était si souple et si prompte à l’obéissance, qu’elle courait comme un enfant au moindre signe de la volonté des supérieures; et que celles-ci avaient besoin, dans les ordres qu’elles lui donnaient, d’user d’une grande circonspection, de peur qu’elle n’allât au-delà de leurs désirs. Enfin elle était parvenue à exercer sur ses passions et sur tous ses appétits un tel empire, qu’il serait difficile d’imaginer une mortification plus parfaite., Cette bonne sœur mourut presque subitement, après quelques heures seulement de maladie. Le lendemain, qui était un samedi, lorsqu’on célébrait la sainte messe pour son âme, les religieuses ayant commencé à chanter le Sanctus, Madeleine fut ravie en extase. Pendant ce ravissement, Dieu lui fit voir cette âme dans la gloire sous une forme corporelle: elle était ornée d’une étoile d’or, qu’elle avait reçue en récompense de son ardente charité. Tous ses doigts étaient chargés d’anneaux précieux, à cause de la fidélité à toutes ses règles et du soin avec lequel elle avait, sanctifié ses actions les plus ordinaires. Elle portait sur la tête, une très riche couronne, parce qu’elle avait beaucoup ainsi l’obéissance et les souffrances pour Jésus-Christ. Enfin: elle surpassait en gloire une grande multitude de vierges et elle contemplait Jésus- Christ avec une singulière familiarité, parce qu’elle avait tant aimé l’humiliation, selon cette parole du Sauveur: Celui qui s’abaisse sera élevé ( Matth.XXIII, 12.). – Telle fut la sublime leçon que reçut la Sainte, en récompense de sa charité pour les défunts.

Le Père Paul Hoffée

La pensée du purgatoire nous presse de travailler avec ardeur et de fuir les moindres fautes pour éviter les terribles expiations de l’autre vie. Le Père Paul Hoffée, qui mourut saintement à Ingolstadt, l’an 1608, se servait de ce stimulant pour lui-même et pour les autres. Il ne perdait jamais de vue le purgatoire et ne cessait de soulager les âmes, qui lui apparaissaient fréquemment pour solliciter ses suffrages. Comme il fut longtemps supérieur de ses frères en religion, il les exhortait souvent à le sanctifier d’abord eux-mêmes pour mieux sanctifier ensuite les autres, et à ne jamais négliger la moindre prescription de leurs règles; puis il ajoutait avec une grande simplicité « Je crains bien, sans cela, que vous ne veniez un jour, comme plusieurs autres, me demander des prières pour vous tirer du purgatoire. »

 Dans ses derniers moments, il ne faisait plus que s’entretenir avec Notre-Seigneur, sa sainte Mère et les Saints. Il fut sensiblement consolé par la visite d’une très sainte âme, qui l’avait précédé de deux ou trois jours à peine dans le ciel, et l’invitait à venir lui-même pour jouir enfin, de la vue et de l’amour éternel de Dieu (Ménologe de la Compagnie de Jésus, Ii décemb.).

Quand nous disons que la pensée du purgatoire nous fait employer les moyens de l’éviter, nous supposons évidemment que nous avons à craindre d’y tomber. Or cette crainte est-elle fondée? – Pour peu qu’on réfléchisse à la sainteté requise pour entrer au ciel, et à la faiblesse humaine, source de tant de souillures, on comprend aisément que cette crainte n’est que trop fondée. D’ailleurs, les faits qu’on a lus plus haut, ne montrent-ils pas que les âmes les plus saintes, très-souvent ont encore une expiation à subir en l’autre vie?

Le vénérable Père de la Colombière

Le Vénéré Père Claude de la Colombière mourut saintement à Paray, le 15 février 1682, comme le lui avait prédit la Bienheureuse Marguerite Marie. Dès qu’il eut expiré une fille dévote vint annoncer sa mort à sœur Marguerite. La sainte religieuse, sans s’émouvoir et sans se répandre en regrets, dit simplement à cette personne: Allez prier Dieu pour lui, et faites-en sorte que partout on prie pour le repos de son âme: » Le Père était mort à cinq heures du matin. Le même jour, sur le soir, elle écrivit à la même personne un billet en ces termes: Cessez de vous affliger, invoquez-le. Ne craignez rien. Il est plus puissant pour vous secourir que jamais. Ces deux avis font présumer qu’elle avait été avertie surnaturellement de la mort de ce saint homme et de son état dans l’autre vie.

La paix et la tranquillité de sœur Marguerite à la mort d’un directeur qui lui avait été si utile, fut une autre Sorte de miracle. La bienheureuse n’aimait rien qu’en Dieu et pour Dieu; Dieu lui tenait lieu de tout, et consumait en elle, par le feu de son amour, toute sorte d’attachement.

La supérieure fut elle-même surprise, de sa tranquillité sur la mort du saint missionnaire, et encore plus de ce qu’elle ne lui demandait point la permission de faire quelque pénitence extraordinaire pour le repos de son âme, comme elle avait coutume de faire à la mort de ceux qu’elle avait connus, et pour qui, elle croyait devoir s’intéresser plus particulièrement. La Mère supérieure en demanda la cause à la servante de Dieu, qui lui répondit tout simplement: « Il n’en a pas besoin. Il est en état de prier Dieu pour nous, étant bien placé dans le ciel par la bonté et miséricorde du Cœur sacré de Notre Seigneur Jésus-Christ. Seulement, ajouta-t-elle, pour satisfaire à quelque négligence qui lui était restée dans l’exercice du divin amour, son âme a été privée de voir Dieu dès la sortie de son corps, jusqu’au moment où il fut déposé dans le tombeau. »

Louis Corbinelli

Nous ajouterons, encore un exemple, celui du célèbre Père Corbinelli. Ce saint personnage ne fut pas exempté du purgatoire. Il est vrai qu’il ne s’y arrêta point, mais il eut besoin d’y passer avant d’être admis devant la face de Dieu. Louis Corbinelli, de la Compagnie de Jésus, mourut en odeur de sainteté dans la maison professe de Rome, l’an1591, presqu’en même temps que S. Louis de Gonzague. La mort tragique de Henri Il, roi de France, l’avait désabusé du siècle, et décidé à se consacrer entièrement à Dieu. L’an 1559 de grandes fêtes se célébraient à Paris pour le mariage de la princesse Élisabeth, fille de Henri II. Entre autres réjouissances, on avait organisé un tournoi, où figurait la fleur de ta noblesse, l’élite de la chevalerie française. Le roi s’y montra au milieu d’une cour splendide. Parmi les spectateurs, accourus de l’étranger, se trouvait le jeune Louis Corbinelli, venu de Florence, sa patrie, pour assister à ces brillantes fêtes. Corbinelli contemplait avec admiration la gloire du monarque Français, aux faites de la grandeur et de la prospérité, lorsqu’il le vit tomber soudain, frappé d’un coup mortel par un jouteur imprudent. La lance mal dirigée de Montgomery avait percé le roi, qui expirait baigner dans son sang. En un clin d’œil toute cette gloire s’évanouissait, et la magnificence royale se couvrait d’un linceul. Cet événement fit sur Corbinelii une impression salutaire: voyant à découvert la vanité des grandeurs humaines, il renonça au monde et embrassa l’état religieux dans la Compagnie de Jésus. Sa vie fut celle d’un saint et sa mort remplit de joie ceux qui en furent témoins. Elle arriva peu de jours avant celle de S. Louis de Gonzague alors malade au collège romain. Le jeune Saint annonça au Cardinal Bellarmin que l’âme du père Corbinelli était entrée dans la gloire; et comme le Cardinal lui demanda si elle n’avait pas passé par Je purgatoire?  Elle y a passé, répondit-il, mais sans s’y arrêter.

Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 52, 53

Chapitre 52

Avantages – Charité envers les âmes, récompensée par Jésus-Christ

Le Seigneur est plus porté à récompenser qu’à punir; et s’il inflige le châtiment de l’oubli à ceux qui oublient les âmes si chères à son cœur, il se montrera magnifiquement reconnaissant envers ceux qui l’assistent dans la personne de ses épouses souffrantes. Il leur dira au jour des récompenses: « Venez, les bénis de mon Père, posséder le royaume qui vous est préparé. Vous avez exercé la miséricorde envers vos frères nécessiteux et souffrants; or, en vérité je vous le dis, le bien que vous avez fait au moindre d’entre eux, vous l’avez fait à moi-même (Matth. XXV. 40).

Sainte Catherine de Sienne et Palmérine

Souvent dès cette vie, Jésus récompense par diverses faveurs les âmes compatissantes et charitables. Sainte Catherine de Sienne avait par sa charité converti une pécheresse, appelée Palmérine, qui mourut et alla au purgatoire. La sainte ne se donna point de repos qu’elle ne l’eût délivrée: en récompense le Sauveur permit à cette âme bienheureuse de lui apparaitre, ou plutôt lui- même voulut la montrer à sa servante comme une magnifique conquête de sa charité. Voici, d’après le Bienheureux Raymond, les détails de ce fait.

Au milieu du XIVe siècle, lorsque sainte Catherine de Sienne édifiait sa ville natale par toutes sortes d’œuvres de miséricorde, une femme, nommée Palmérine, après avoir été l’objet de sa plus tendre charité, conçut pour sa bienfaitrice une secrète aversion, qui dégénéra bientôt en une haine implacable. Ne pouvant plus la voir ni l’entendre, l’Ingrate Palmérine se déchainait contre la servante de Dieu et ne cessait de la noircir par les plus atroces calomnies. Catherine fit tout ce qui était en elle pour l’adoucir: ce fut en vain; aussi, voyant que sa bonté, son humilité et ses bienfaits ne faisaient qu’enflammer la fureur de cette malheureuse, elle pria Dieu avec instance d’amollir lui-même son cœur endurci. Dieu l’exauça en frappant Palmérine d’une maladie mortelle; mais ce châtiment ne suffit pas pour la faire rentrer en elle-même: en retour des soins les plus tendres que la sainte lui prodiguait, elle l’accabla d’injures et la chassa de sa présence.

– Cependant sa fin approchait, et un prêtre fut appelé pour lui administrer les sacrements. La malade fut incapable de les recevoir à cause de la haine qu’elle nourrissait et qu’elle refusait de déposer. A cette triste nouvelle, Catherine voyant que la malheureuse avait déjà un pied dans l’enfer, répandit un torrent de larmes et fut inconsolable. Durant trois jours et trois nuits, elle ne cessa de supplier Dieu pour elle, joignant le jeûne à la prière. « Eh quoi! Seigneur, disait-elle, permettriez-vous que cette âme périsse à cause de moi? Je vous en conjure, accordez-moi à tout prix sa conversion et son salut. Punissez sur moi son péché, dont je suis l’occasion: ce n’est pas elle, c’est moi qu’il faut frapper. Seigneur, ne me refusez pas la grâce que je vous demande: je ne vous quitterai point que je ne l’aie obtenue. Au nom de votre bonté, de votre miséricorde, je vous conjure, très miséricordieux Sauveur, de ne pas permettre que l’âme de ma sœur quitte son corps, avant d’être rentrée en grâce avec Vous. »

Sa prière, ajoute l’historien de sa vie, était si puissante i qu’elle empêchait la m3ladè de mourir. L’agonie durait depu.is trois jours et trois nuits, au grand étonnement des assistants. Catherine pendant tout ce temps continuait à intercéder, et finit par remporter la victoire. Dieu ne put lui résister plus longtemps et fit un miracle de miséricorde.

Un rayon céleste pénétra dans le cœur de la moribonde, lui fit voir sa faute et la toucha de repentir. La sainte, à qui Dieu le fit connaitre, accourut aussitôt; et dès que la malade l’aperçut, elle lui donna toutes les marques possibles d’amitié et de respect, s’accusa de sa faute à haute voix, reçut pieusement les sacrements et mourut dans la grâce du Seigneur.,

Malgré: cette conversion sincère, il était bien à craindre qu’une pécheresse, à peine échappée à l’enfer, n’eût à subir un rude purgatoire. La charitable Catherine continua à faire tout ce qui était en elle pour hâter à Palmérine son entrée, dans la gloire.

Tant de charité ne pouvait rester sans récompense.

« Notre-Seigneur, écrit le Bienheureux Raymond, montra cette âme sauvée à son épouse. Elle était si brillante, qu’elle m’a dit elle-même qu’aucune expression n’était capable de rendre sa beauté. Elle n’avait pas encore cependant revêtu la gloire de la vision béatifique, mais elle avait I’ éclat que donnent la création et la grâce du baptême. Notre- Seigneur lui disait: Voici, ma fille, cette âme perdue que tu m’as fait retrouver. Et il ajoutait: Ne te semble-t-elle pas bien belle et bien précieuse? Qui ne voudrait supporter toute espèce de peine pour gagner une créature si parfaite et l’introduire dans la vie éternelle? Si moi, qui suis la beauté suprême, d’où découle toute beauté, j’ai été captivé par la beauté des âmes au point de descendre sur la terre et de répandre mon sang pour les racheter; à bien plus forte raison devez-vous travailler les uns pour les autres, afin que des créatures si admirables ne se perdent pas. Si je t’ai montré cette âme, c’est pour que tu sois de plus en plus ardente à tout ce qui regarde le salut des âmes.

Sainte Madelaine de Pazzi et sa mère

Sainte Madeleine de Pazzi, si pleine de dévotion pour tous les défunts, épuisa toutes les ressources de la charité chrétienne en faveur de sa mère, lorsque celle-ci vint à mourir. Quinze jours après sa mort, Jésus voulant consoler son épouse, lui montra l’âme de la bien-aimée défunte. Madeleine la vit dans le paradis, couverte d’une splendeur éblouissante et environnée de saints, qui paraissaient lui porter beaucoup d’intérêt. Elle l’entendit ensuite lui donner trois conseils, qui ne sortirent plus de sa mémoire. « Ayez soin, ma fille, lui dit-elle, de descendre le plus bas que vous pourrez dans la sainte humilité, d’observer religieusement l’obéissance et d’accomplir avec prudence tout ce qu’elle vous prescrira. » – Cela dit, Madeleine vit sa bienheureuse mère se soustraire à ses regards, et demeura inondée des plus douces consolations (Cépari Vie de S Mad. Pazzi ).

Chapitre 53

Avantages – Charité pour les défunts récompensée – Saint Thomas d’Aquin, sa sœur

Le Docteur Angélique. S. Thomas d’Aquin, pareillement fort dévot envers les âmes, Fut récompensé par plusieurs apparitions, que l’on a connues par l’irrécusable témoignage de cet illustre Docteur lui-même (7 mars. Sa vie par Mafféi, et Ross. Merv.59).

Il offrait particulièrement à Dieu ses prières et sacrifices pour les défunts qu’il avait connus, ou qui étaient de sa parenté. Lorsqu’il était lecteur de théologie à l’Université de Paris, il perdit une sœur, qui mourut au monastère de Sainte- Marie de Capoue, dont elle était abbesse. Dès que le Saint apprit son décès, il recommanda son âme à Dieu avec ferveur. Quelques jours après, elle lui apparut, le conjurant d’avoir pitié d’elle, de continuer et de redoubler ses suffrages, parce qu’elle souffrait cruellement dans les flammes de l’autre vie, Thomas s’empressa d’offrir à Dieu toutes les satisfactions ne son pouvoir, et réclama en outre les charitables suffrages de plusieurs de ses amis, Il obtint ainsi la délivrance de sa sœur qui vint-elle-même lui en donner l’assurance.

Le Frère Romain

Ayant été peu de temps après, envoyé à Rome par ses supérieurs, l’âme de cette sœur lui apparut, mais cette fois dans tout l’éclat du triomphe et de la joie, et elle lui dit, que ses prières pour elle étaient exaucées, qu’elle était délivrée de toute souffrance et qu’elle allait pour toute l’éternité se reposer dans le sein de Dieu. Familiarisé avec les choses surnaturelles, le Saint ne craignit pas d’interroger l’apparition, et de lui demander ce qu’étaient devenus ses deux frères, Arnould et Landolphe, morts aussi depuis quelque temps. « Arnould est au ciel, répondit l’âme, et il jouit d’un haut degré de gloire, pour avoir défendu l’Église et Le Souverain-Pontife contre les impies agressions de l’empereur Fréderic. Quant à Landolphe il est encore dans le purgatoire, où il souffre beaucoup et a grandement besoin de secours. Pour VOUS, mon cher frère ajouta-t-elle une place magnifique vous attend dans le paradis en récompense de tout ce que vous avez fait pour l’Église. Hâtez-vous de mettre la dernière main aux divers travaux que vous avez entrepris, car vous viendrez bientôt nous rejoindre. L’histoire rapporte qu’en effet le saint Docteur ne vécut plus longtemps après. Une autre fois, le même Saint, faisant oraison dans l’église de S. Dominique à Naples, vit venir à lui le Frère Romain, qui lui avait succédé à Paris dans la chaire de Théologie. Le Saint crut d’abord qu’il venait d’arriver de Paris, car il ignorait sa mort; il se leva donc, alla à sa rencontre, et le salua en s’informant de sa santé et des motifs de son voyage. – « Je ne suis plus de ce monde, lui dit le religieux en souriant; et par la miséricorde de Dieu je suis déjà en possession du souverain Bien. Je viens par ses ordres vous encourager dans vos travaux. – Suis-je en état de grâce? demanda aussitôt Thomas. – Oui, mon frère, et vos œuvres sont très agréables à Dieu. Et vous, avez-vous subi le purgatoire – Oui, pendant quinze jours, pour diverses infidélités que je n’avais pas suffisamment expiées auparavant. ».

Alors Thomas, toujours préoccupé des questions théologiques, voulut profiler de l’occasion pour éclaircir le mystère de la vision béatifique; mais il lui fut répondu par ce verset du Psaume 47: Sicut audivimus, bic vidimus in civitate Dei nostri; ce que nous avions appris par la foi, nous l’avons vu de nos yeux dans la cité de notre Dieu.

– En prononçant ces paroles, l’apparition s’évanouit, laissant l’angélique Docteur embrasé du désir des biens éternels.

L’archiprêtre Ponzoni

Plus récemment, au XVIe siècle, une faveur du même genre, peut-être plus éclatante, fut accordée à un zélateur des âmes du purgatoire, ami particulier de S. Charles Borromée. Le vénérable Gratien Ponzoni, archiprêtre d’Arona, s’intéressa toute sa vie au soulagement des âmes.

Pendant la fameuse peste qui fit tant de victimes au diocèse de Milan, Ponzoni; non content de se multiplier pour administrer les sacrements aux pestiférés, n’avait pas craint de se faire fossoyeur et d’ensevelir les cadavres: car la peur avait paralysé tous les courages, et personne n’osait se charger de cette terrible besogne. Il avait surtout assisté à la mort, avec un zèle et une charité toute apostolique, un grand nombre de ces infortunés d’Arona; et les avait convenablement inhumés dans le cimetière situé près de son église de Sainte-Marie.

Don Alphonse Sanchez

Un jour, après l’office de$ vêpres, comme il passait auprès de ce cimetière, accompagné de don Alphonse Sanchez, alors gouverneur d’Arona. Il s’arrêta tout à coup, frappé d’une vision extraordinaire. Craignant d’être le jouet d’une hallucination, il se tourna vers don Sanchez, et lui adressant la parole: Monsieur, lui demanda-t-il, voyez-vous le même spectacle qui se présente à mes regards? – Oui, reprit le gouverneur, qui s’arrêtait dans la même contemplation je vois une procession de morts, qui s’avancent de leurs tombes vers l’église; et j’avoue que, avant que vous m’en eussiez parlé, j’avais peine à en croire mes yeux. Assuré alors de la réalité de I ’apparition, ce sont probablement, ajouta l’archiprêtre, les récentes victimes de la peste qui nous font connaître ainsi qu’elles ont besoin de nos prières. Aussitôt il fit sonner les cloches et convoquer les paroissiens pour le lendemain à un service solennel en faveur des défunts (Vie du V én. Ponzoni. Cf. Ross. Merv. 75).

On voit ici deux personnages que l’élévation de leur esprit met en garde contre tout péril d’illusion, et qui, frappés tous deux en même temps de la même apparition, ne se décident à y ajouter foi qu’après avoir constaté que leurs yeux perçoivent le même phénomène, Il n’y a pas là la moindre place à hallucination, et tout homme sérieux doit admettre la réalité d’un fait surnaturel attesté par de tels témoins. – On ne saurait non plus raisonnablement révoquer en doute des apparitions appuyées sur le témoignage d’un saint Thomas d’Aquin, et citées un peu plus haut. Ajoutons qu’on doit pareillement se garder de rejeter légèrement d’autres faits du même genre, du moment qu’ils sont attestés par des personnes d’une sainteté reconnue et vraiment digues de foi. Il faut de la prudence, sans doute, mais une prudence chrétienne, également éloignée de la crédulité et de cet esprit trop entier que Jésus-Christ, comme nous l’avons fait observer ailleurs; reprend dans un de ses apôtres: Noli esse incredulus, sed fidelis, ne sois pas incrédule, mais croyant.

La Bienheureuse Marguerite et la Mère Greffier

 Monseigneur Languet, évêque de Soissons, fait la même remarque, à propos d’une circonstance qu’il cite dans sa Vie de la Bienheureuse Marguerite Alacoque. « La demoiselle Billet, dit-il, femme du médecin de la Maison; c’est-à-dire, du couvent de Paray, où résidait la Bienheureuse, était venue à mourir. L’âme de la défunte apparut à la servante de Dieu pour lui demander des prières, et elle la chargea en même temps d’avertir son mari de deux choses secrètes, qui concernaient la justice et son salut. Sœur Marguerite rendit compte à la mère Greffier, sa supérieure, de ce qu’elle avait vu. La supérieure se moqua de la vision, et de celle qui la lui rapportait: elle imposa silence, à Marguerite, et lui défendit de ne rien dire ni de rien faire de ce qui lui avait été demandé. L’humble religieuse obéit avec simplicité et, avec la même simplicité, elle rapporta à la mère Greffier une seconde sollicitation que lui fit encore la défunte peu de jours après: ce que cette supérieure méprisa encore. Mais la nuit, suivante elle fut elle-même troublée par un bruit si horrible qui se fit entendre dans sa chambre, qu’elle en pensa mourir d’effroi. Elle appela des sœurs, et ce secours vint à propos, car’ elle était presque pâmée.

Quand elle fut revenue à elle, elle se reprocha son incrédulité, et ne manqua pas d’avertir le médecin de ce qui avait été dit à la sœur Marguerite.

« Le médecin reconnut que l’avis venait de Dieu, et en profita. Pour la mère Greffier, elle apprit par son expérience, que si la défiance est ordinairement le parti le plus sage, il ne faut pas non plus la pousser trop loin, surtout quand la gloire de Dieu et l’avantage du prochain peuvent y être intéressés. »

Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 50, 51

Chapitre 50

Avantages – prières des âmes pour nous – Suarez

Nous venons de parler de la reconnaissance des âmes; elles la témoignent parfois d’une manière très visible, comme nous avons vu; mais le plus souvent elles l’exercent invisiblement par leurs prières. Les âmes prient pour nous, non seulement quand après leur délivrance elles sont avec Dieu dans le ciel; mais déjà dans le lieu de leur exil et au milieu de leurs souffrances. Quoiqu’elles ne puissent prier pour elles-mêmes, elles obtiennent par leurs supplications de grandes grâces pour nous. Tel est l’enseignement exprès de deux illustres Théologiens, Bellarmin et Suarez. Il Ces âmes sont saintes, dit Suarez (1), et chères à Dieu; la charité les porte à nous aimer, et elles savent, au moins d’une manière générale, à quels périls nous sommes exposés, quel besoin nous avons du secours divin. Pourquoi et donc ne prieraient-elles pas pour leurs bienfaiteurs? 1)

Pourquoi? Mais, répondra-t-on, parce qu’elles ne les connaissent pas. Dans leur sombre séjour et au milieu de leurs tourments, comment savent-elles quels sont ceux qui les aident par leurs suffrages?

A cette objection on peut répondre d’abord, que les âmes ~entent au moins le soulagement qu’elles reçoivent, et le secours qui leur est donné; cela suffit, lors même, qu’elles ignoreraient d’où il leur vient, pour appeler les bénédictions du ciel sur leurs bienfaiteurs, quels qu’ils soient, et qui sont connus de Dieu.

Mais, de fait, ne savent-elles pas de qui leur vient l’assistance dans leurs peines? Leur ignorance en ce point n’est nullement prouvée, et de fortes raisons insinuent que cette ignorance n’existe pas. Leur ange gardien qui demeure avec elles pour leur donner toutes les consolations en son pouvoir, les priverait-il d’une connaissance si consolante? Ensuite, cette connaissance n’est-elle pas bien, conforme au dogme de la communion des saints? Le commerce qui existe entre nous et l’Église souffrante ne sera-t-il pas d’autant plus parfait qu’il sera réciproque et que les âmes connaîtront mieux leurs bienfaiteurs?

Sainte Brigitte

Cette doctrine se trouve confirmée par une foule de révélations particulières et par la pratique de plusieurs saints personnages. Nous avons dit déjà que sainte Brigitte, dans un de ses ravissements, entendit plusieurs de ces âmes dire à haut~ voix: « Seigneur, Dieu tout-puissant, rendez le centuple à ceux qui nous assistent par leurs prières, et qui vous offrent des bonnes œuvres pour nous faire jouir de la lumière de votre divinité. »

Sainte Catherine de Bologne – Le vénérable Vianney

On lit dans la vie de sainte Catherine dé Bologne (1), qu’elle avait une dévotion pleine de tendresse pour les âmes du purgatoire; qu’elle priait pour elles souvent et avec beaucoup de ferveur; qu’elle se recommandait à elles avec grande confiance dans ses besoins spirituels, et qu’elle engageait les autres à le faire, en leur disant: « Quand je veux obtenir quelque grâce de notre Père du ciel, j’ai recours aux âmes qui sont détenues dans le purgatoire: je les supplie de présenter à la divine majesté ma requête en leur nom, et je sens que je suis exaucée par leur entremise. » – Un saint prêtre de notre temps, dont la cause de béatification est commencée à Rome, le vénérable Vianney, curé d’Ars, disait à un ecclésiastique qui le consultait: « Oh! si l’on savait combien grande est la puissance des bonnes âmes du purgatoire sur le cœur de Dieu, et si l’on connaissait bien toutes les grâces que nous pouvons obtenir par leur intercession, elles ne seraient pas tant oubliées. Il faut bien prier pour elles, afin qu’elles prient bien pour nous. »

Cette dernière parole du vénérable Vianney indique la vraie manière de recourir aux âmes du purgatoire: il faut les aider pour obtenir en retour leurs prières et les effets de leur reconnaissance: n faut bien prier pour elles, afin qu’elles prient bien pour nous. Il ne s’agit donc pas de les invoquer comme on invoque les Saints du paradis; tel n’est pas l’esprit de l’Église, qui avant tout, prie pour les défunts et les aide par ses suffrages. Mais il n’est nulle- ment contraire à l’esprit de l’Église, ni à la piété chrétienne de procurer des secours aux âmes dans l’intention d’obtenir en retour par leurs prières les faveurs qu’on désire. Ainsi c’est chose louable et pieuse d’offrir une messe pour les défunts quand on a besoin d’une grâce particulière.

Si la prière des âmes est si puissante quand elles sont encore dans les souffrances, on conçoit aisément qu’elle le sera bien davantage,’ quand, entièrement purifiées, elles seront devant le trône de Dieu.

Chapitre 51

Avantages – Reconnaissance du divin Époux des âmes

Si les âmes sont reconnaissantes envers leurs bienfaiteurs, Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui aime ces âmes, qui reçoit comme fait à lui-même tout le bien qu’on leur procure, ne rendra pas un moindre retour, souvent dès cette vie, et toujours en l’autre. Il récompense ceux qui font miséricorde, et il punit ceux qui oublient de la faire aux âmes souffrantes.

La venérable Archangèle Panigarola et son père Gothard

Voyons d’abord un exemple de châtiment. La vénérable Archangèle Panigarola, religieuse Dominicaine, prieure du monastère de Sainte-Marthe, à Milan, avait un zèle extraordinaire pour le soulagement des âmes du purgatoire. Elle priait et faisait prier pour toutes ses connaissances, et même pour les inconnus, dont la mort lui était annoncée. Son père Gothard, qu’elle aimait tendrement, était un de ces chrétiens du monde qui ne s’occupent guère de prier pour les défunts. Il vint à mourir, et Archangèle désolée, comprenant qu’elle devait à ce cher défunt moins de larmes que de prières, forma la résolution de le recommander à Dieu par des suffrages tout particuliers. Mais, chose étonnante cette résolution n’eut presque aucun effet: cette fille si pieuse et si dévouée à son père, fit peu de chose pour son âme: Dieu permettait que, malgré ses saintes résolutions, elle la perdit constamment de vue pour s’occuper des autres. Enfin un événement inattendu vint lui donner l’explication de cet oubli étrange et exciter sa dévotion en faveur de son père.

Le jour de la Fête des morts, elle s’était renfermée dans sa cellule, s’occupant uniquement d’exercices de piété et de pénitence pour les âmes. Tout d’un coup son ange gardien lui apparaît, la prend par la main et la conduit en esprit en purgatoire. Là parmi les âmes qu’elle aperçut, elle reconnut celle de son père, plongée dans un étang d’eau glacée. A peine Gothard a-t-il vu sa fille, que, se soulevant vers elle, il lui reproche en gémissant de l’abandonner dans ses souffrances, tandis qu’elle a tarît de charité pour les autres, tandis qu’elle ne cesse de soulager et de délivrer des âmes qui lui sont étrangères.

Archangèle demeura interdite à ces reproches qu’elle reconnaissait mériter; bientôt répandant un torrent de larmes, elle répondit avec des sanglots: Je ferai, ô mon bien-aimé père, tout ce que vous me demandez: plaise au Seigneur que mes supplications vous délivrent au plus tôt. » – Cependant elle ne pouvait revenir de son étonnement, ni comprendre comment elle eut ainsi oublié un père bien-aimé. Son ange l’ayant ramenée, lui dit que cet oubli avait été l’effet d’une disposition de la justice divine. « Dieu l’a permis, dit-il, en punition du peu de zèle que votre père a eu durant sa vie pour Dieu, pour son âme et pour celles de son prochain. Vous l’avez vu tourmenté et transi d’un froid insupportable dans un lac de glace: c’est le châtiment de sa tiédeur au service de Dieu et de son indifférence à l’égard du salut des âmes. Votre père n’avait pas de mauvaises mœurs, il est vrai; mais il ne montrait aucun empressement pour le bien, pour les œuvres pieuses et charitables auxquelles l’Église exhorte les fidèles. Voilà pourquoi Dieu a permis qu’il fût oublié, même de vous, qui auriez trop diminué ses peines. La divine justice inflige d’ordinaire ce châtiment à ceux qui manquent de ferveur et de charité: il permet qu’on se conduise à leur égard, comme ils se sont conduits envers Dieu et envers leurs frères. » – C’est au reste, la règle de justice que le Sauveur établit dans l’Évangile: On se servira envers vous de la mesure dont vous vous serez servis (Matth. Vil, 2. Rossign. Merv. 22).

Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 48, 49

Chapitre 48

Avantages. – Faveurs temporelles. – La femme napolitaine et le billet mystérieux.

Pour montrer que les âmes du purgatoire témoignent leur reconnaissance même par des bienfaits temporels, le P. Rossignoli rapporte un fait arrivé à Naples, qui a quelque analogie avec celui qu’on vient de lire.

S’il n’est pas donné à tous d’offrir à Dieu la riche aumône de Judas Machabée, qui envoya à Jérusalem douze mille drachmes d’argent pour les sacrifices et les prières en faveur des morts; il en est bien peu qui ne puissent faire au moins le don de la pauvre veuve de l’Évangile, louée par le Sauveur lui-même. Elle ne donnait que deux oboles, mais, disait Jésus, ces deux oboles valaient plus que tout l’or des riches, parce que dans son indigence, elle avait donné ce qui lui était nécessaire pour vivre (1). Ce touchant exemple fut suivi par une humble femme napolitaine, qui avait le plus grand mal à subvenir aux besoins de sa famille. – Les ressources de la maison se bornaient au salaire journalier du mari, qui apportait tous les soirs le fruit de ses sueurs.

Hélas! un jour vint où ce pauvre père fut jeté en prison pour dettes, en sorte que toute la subsistance de la famille resta à la charge de la malheureuse mère, qui n’avait plus guère que sa confiance en Dieu. Elle conjurait avec foi la divine Providence de lui venir en aide, et surtout de délivrer son mari, qui gémissait sous les verrous sans autre crime que son indigence.

Elle alla trouver un seigneur riche et bienfaisant, lui exposa sa triste situation et le supplia avec larmes de la secourir! Dieu permit qu’elle n’en reçût qu’une légère aumône, un carlin, pièce du pays qui vaut un peu moins de cinquante centimes. Désolée, elle entre dans une église pour supplier le Dieu des indigents de la protéger dans sa détresse, puisqu’elle n’a plus d’appui sur la terre. Elle était plongée dans sa prière et dans ses larmes, lorsque, par une inspiration -5ans doute de son bon ange, il lui vient à la pensée d’intéresser à sa situation les âmes du purgatoire, dont elle a entendu raconter les douleurs et la reconnaissance envers ceux qui les assistent. Pleine de confiance, elle entre à la sacristie, offre sa petite pièce et demande qu’on lui fasse la charité d’une messe des morts. Un bon prêtre qui était là s’empresse de la satisfaire, et monte à l’autel, pendant que prosternée sur le pavé, la pauvre femme assiste au sacrifice et offre ses prières pour les défunts.

Elle s’en retournait toute consolée, comme si elle eût eu l’assurance que Dieu avait exaucé sa prière. En parcourant les rues populeuses de Naples, elle se voit abordée par un vénérable vieillard, qui lui demande d’où elle vient et où elle va. L’infortunée lui explique sa détresse et l’usage qu’elle a fait de la modique aumône qu’on lui a donnée. Le vieillard se montre fort touché de sa misère, lui adresse des paroles d’encouragement, et lui remet un billet fermé avec ordre de le porter de sa part à un gentilhomme qu’il lui désigne; après quoi il s’éloigne.

La femme n’a rien de plus empressé que de porter le billet au gentilhomme désigné. Celui-ci, ouvrant le papier fut tout saisi et sur le point de s’évanouir: il a reconnu l’écriture de son père, mort depuis quelque temps. – Et d’où vous vient cette lettre? s’écrie-t-il hors de lui.

– Monsieur, répond la bonne femme, c’est un charitable vieillard qui m’a abordée dans la rue. Je lui ai » exposé ma détresse et il m’a dit de venir vous trouver de sa part pour vous remettre ce billet; après quoi il s’est éloigné. Quant aux traits de son visage, ils ressemblaient beaucoup à ceux du tableau que vous avez là au-dessus de la porte. »

De plus en plus frappé de ces circonstances, le gentilhomme reprend le billet et lit tout haut: « Mon fils, votre père vient de quitter le purgatoire, grâce à une messe que la porteuse de cet écrit a fait célébrer ce matin. »

Elle est dans une grande nécessité, et je vous la recommande. »’ – Il lit et relit ces lignes tracées par une main si chère, par un père qui est désormais du nombre des élus. Des larmes de bonheur inondent son visage; et se tournant vers la femme: « Pauvre mère; lui dit-il, vous, avez avec une faible aumône assuré la félicité éternelle de celui qui m’a donné la vie. Je veux à mon tour assurer votre félicité temporelle. Je me charge de tous vos besoins de vous et de votre famille. »

Quelle joie pour ce gentilhomme, quelle joie pour cette femme! Il serait difficile de dire de quel côté fut le plus grand bonheur. Ce qui est plus important et plus facile, c’est de voir l’enseignement qui se dégage de cette histoire: elle nous apprend que la moindre charité envers les membres de l’Église souffrante est précieuse devant Dieu, et nous attire des miracles de miséricorde.

Chapitre 49

Avantages – Faveurs; temporelles et spirituelles – Christophe Sandoval à Louvain – L’avocat renonçant au monde

Citons encore un fait, d’autant plus digne de figurer ici qu’un grand Pape, Clément VIII, y vit le doigt de Dieu et recommanda de le publier pour l’édification de l’Église. ‘

Plusieurs auteurs, dit le P. Rossignoli (Ver. 43.), ont rapporté le merveilleux secours que reçut des âmes du purgatoire Christophe Sandoval, archevêque de Séville. N’étant encore qu’un enfant, il avait l’habitude de distribuer en aumône pour les âmes une partie de l’argent qu’on lui donnait pour ses menus plaisirs. Sa piété ne fit que croître avec les années: il donnait en vue des âmes tout ce dont il pouvait disposer, jusqu’à se river de mille choses qui lui eussent été utiles ou nécessaires. Lorsqu’il suivait les cours de l’Université de Louvain, il arriva que les lettres qu’il attendait d’Espagne, restèrent en retard, et par suite il se trouva dépourvu d’argent, au point de ne plus avoir de quoi se nourrir. En ce moment un pauvre lui demanda l’aumône au nom des âmes du purgatoire: et, ce qui ne lui était jamais arrivé, il eut la douleur de la devoir refuser.

Désolé de cet incident, il entra dans une église: Si je ne puis pas donner d’aumône, se disait-il, pour mes pauvres âmes, je veux du moins les aider en priant pour elles. »

A peine avait-il fini sa prière, qu’au sortir de l’église il fut abordé par un beau jeune homme, en habit de voyageur, qui le salua avec une bienveillance respectueuse.

Christophe éprouva un sentiment de religieuse frayeur, comme s’il eût été en présence d’un esprit sous forme humaine. Mais il fut bientôt rassuré par son aimable interlocuteur, qui lui parla avec.la plus grande politesse du marquis de Dania, son père, de ses parents, de Ses amis, absolument comme un espagnol, qui arrivait à l’heure même de la Péninsule. II finit par le prier de venir avec lui à l’hôtel, où ils pourraient dîner ensemble et s’entretenir plus à l’aise.

Sandoval, qui n’avait pas mangé de la journée, accepta volontiers cette offre gracieuse. Ils se mirent donc à table et continuèrent à s’entretenir très amicalement ensemble.

Après le repas, l’étranger remit à Sandoval une certaine somme, qu’il lui pria d’accepter pour en faire tel usage qu’il lui plairait, ajoutant qu’il se la ferait rendre, quand il voudrait par le marquis son père, en Espagne. Puis, prétextant quelque affaire, il se retira et Christophe ne le revit jamais. Malgré toutes ses informations au sujet de cet inconnu, il ne parvint à aucun éclaircissement: per- sonne, ni à Louvain ni en Espagne, ne l’avait vu, personne ne connaissait un jeune homme semblable. Quant à l’argent, c’était exactement la somme dont le pieux Christophe avait besoin pour attendre ses lettres en retard; et jamais cet argent ne fut réclamé auprès de sa famille.

II demeura donc persuadé que le ciel avait fait un miracle en sa faveur, et avait envoyé à son secours quelqu’une des âmes qu’il avait lui-même secourues par ses prières et ses aumônes. Il fut confirmé dans ce sentiment par le Pape Clément VIII, auquel il raconta l’histoire, quand il se rendit à Rome pour recevoir ses bulles d’Évêque.

Ce Pontife frappé des circonstances particulières de cet événement, l’engagea à le faire connaître pour l’édification des fidèles; il y voyait une faveur du ciel, qui montre combien la charité envers les défunts est précieuse aux yeux de Dieu.

Telle est la reconnaissance des âmes saintes sorties de ce monde, qu’elles la témoignent même pour des services qu’on leur a rendus pendant qu’ils étaient encore en vie. Il est rapporté dans les Annales des Frères Prêcheurs (Malvenda, an. 1241), que parmi ceux qui vinrent demander l’habit de S. Dominique en 1241, se trouvait un avocat, qui avait quitté sa profession, par suite de circonstances extraordinaires. Il avait été lié d’amitié avec un jeune homme fort pieux, qu’il assista charitablement dans la maladie dont il mourut. Après la mort de son ami, il n’oublia pas de faire pour son âme quelques prières, bien qu’il n’eût pas grande piété. Ce fut assez pour que le défunt lui procurât le plus grand des bienfaits, celui de la conversion et de la vocation religieuse.

Environ trente jours après sa mort, il apparut à l’avocat et le supplia de le secourir parce qu’il était en purgatoire. Vos peines sont-elles rigoureuses? 1 lui demanda son ami. – Hélas! répondit-il, si toute la terre avec ses forêts et ses montagnes était en feu, ce ne serait pas un brasier comme celui où je me trouve plongé. » –

L’avocat fut saisi d’effroi, sa foi se ranima, et songeant à sa propre âme: En quel état, demanda-t-il, me trouvé- je moi-même aux yeux de Dieu? – En mauvais état, répondit le défunt, et dans une profession dangereuse.

 – Qu’ai-je à faire? Quel conseil me donnez-vous? – Quittez le monde pervers où vous êtes engagé, et ne vous occupez que du salut de votre âme. » – L’avocat suivit ce conseil, donna tous ses biens aux pauvres et prit l’habit de S. Dominique.

Voici comment un saint religieux de la Compagnie de Jésus, sut reconnaître après sa mort, les services du médecin Verdiano qui l’avait traité dans sa dernière maladie. Le frère coadjuteur François La qui était mort au collège de Naples en 1098. C’était un homme de Dieu, plein de charité, de patience et d’une tendre dévotion envers la Sainte Vierge. Quelque temps après sa mort, le docteur Verdiano, entra d’assez bon matin dans l’église du collège pour entendre la messe avant de commencer ses visites. C’était le jour où’ l’on célébrait les obsèques du roi Philippe il, décédé quatre mois auparavant. Au moment où, sortant de l’église, il prenait de l’eau bénite, un religieux se présente à lui et demande pourquoi on avait dressé le catafalque et quel service on allait célébrer? – C’est celui du roi Philippe il, répondit-il.

Le frère Lacci et le médecin Verdiano

En même temps Verdiano, étonné qu’un religieux fit cette question à un étranger, et ne distinguant point dans cet endroit peu éclairé les traits de son interlocuteur, demanda qui il était? – « Je suis, répondit-il, le frère François Lacci, à qui vous avez donné vos soins durant ma maladie. » – Le docteur le regarde attentivement et reconnait parfaitement les traits de Lacci. Stupéfait et saisi: « Mais, lui dit-il, vous êtes mort de cette maladie!

Vous souffrez donc au purgatoire et vous venez demander des suffrages. – Béni soit le Seigneur, je n’ai plus ni douleur ni tristesse; je n’ai plus besoin de suffrages:

Je suis dans les joies du paradis. -Et le roi Philippe Il, est-il aussi déjà au ciel? – Oui il y est; mais placé au-dessous de moi, autant, qu’il était élevé au-dessus de moi sur la terre. Pour vous, docteur, ajouta Lacci, où comptez-vous aller faire votre première visite aujourd’hui? Verdiano lui ayant répondu qu’il allait de ce pas chez le patricien di Maio, fort malade alors, Lacci l’avertit de prendre garde à un grave danger qui le menaçait à la porte de cette maison. En effet, le médecin trouva en cet endroit une grande pierre placée de façon, qu’en la heurtant il eût pu faire une chute mortelle (Schinosi, Istoria della C. D. J. Napoli.).

– Cette circonstance matérielle semble avoir été ménagée par la Providence, pour prouver à Verdiano qu’il n’avait pas été le jouet d’une illusion.

Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 46, 47

Chapitre 46

Avantages – Reconnaissance des âmes – Retour d’un prêtre émigré – Faveurs temporelles

Pour bien comprendre la reconnaissance des âmes, nous devrions avoir une notion plus claire du bienfait qu’elles reçoivent de leurs libérateurs: nous devrions savoir ce que c’est que l’entrée dans le ciel. Qui nous dira, dit l’abbé Louvet, les joies de cette heure bénie! Représentez-vous le bonheur d’un exilé qui rentre enfin dans la patrie. Pendant les jours de la terreur, un pauvre prêtre de la Vendée avait fait partie des célèbres noyades de Carrier. Échappé par miracle à la mort, il avait dû émigrer pour sauver ses jours. Quand la paix fut rendue à l’Église et à la France, il s’empressa de rentrer dans sa chère paroisse.

Ce jour-là, le village s’était mis en fête, tous les paroissiens étaient venus au-devant de leur pasteur et de leur père; les cloches sonnaient joyeusement dans le vieux clocher, et l’église s’était parée comme au jour des grandes solennités. Le vieillard s’avançait souriant au milieu de ses enfants; mais quand les portes du saint lieu s’ouvrirent devant lui, quand il revit cet autel qui avait réjoui si longtemps les jours de sa jeunesse, son cœur se brisa dans sa poitrine trop faible pour supporter une telle joie.

Il entonna d’une voix tremblante le Te Deum, mais c’était le Nunc dimittis de sa vie sacerdotale: il tomba mourant, au pied même de l’autel. L’exilé n’avait pas eu la force de supporter les joies du retour.

Si telles sont les joies du retour de l’exil dans la patrie terrestre, qui nous dira celles de l’entrée au ciel, la vraie patrie de nos âmes! Et comment s’étonner de la reconnaissance des bienheureux que nous y avons introduits ?

Le Père Munford et l’imprimeur Guill. Freyssen

Le Père Jacques Munford, de la Compagnie de Jésus, né en Angleterre en 1605, et qui combattit pendant quarante ans pour la cause de l’Église, dans ce pays livré à l’hérésie, avait composé sur le purgatoire un ouvrage remarquable (De la charité envers les défunts. Ce livre a été traduit en français par le P. Marcel Bouix), qu’il fit imprimer à Cologne par Guillaume Freyssen, éditeur catholique et bien connu. Ce livre se répandit beaucoup, fit un grand bien dans les âmes, et l’éditeur Freyssen fut un de ceux qui en tira les plus grands avantages. Voici ce qu’il écrivit au Père Munford en 1649.

Je Vous écris, mon Père, pour vous faire part de la double et miraculeuse guérison de mon fils et de ma femme. Pendant les jours de fête où mon magasin était fermé, je me mis à lire le livre dont vous m’avez confié l’impression: De la miséricorde à exercer envers les âmes du purgatoire. J’étais tout pénétré encore de cette lecture, quand on vint m’avertir que mon jeune fils, âgé de quatre ans, éprouvait les premiers symptômes d’une grave maladie. Le mal empira promptement, les médecins désespéraient, et déjà on songeait aux préparatifs de l’enterrement La pensée me vint alors que je pourrais peut-être le sauver en faisant un vœu en faveur des âmes du purgatoire. »

Je me rendis donc à l’église de grand matin, et je suppliai avec ferveur le Bon Dieu d’avoir pitié de moi, m’engageant par vœu à distribuer gratuitement cent exemplaires de votre livre aux ecclésiastiques et aux religieux, afin de leur rappeler avec quel zèle ils doivent s’intéresser aux membres de l’Église souffrante, et quelles sont les meilleures pratiques pour s’acquitter de ce devoir.

J’étais, je l’avoue, plein d’espoir. De retour à la maison, je trouvai l’enfant en meilleur état. Il demandait déjà de la nourriture, bien que, depuis plusieurs jours, il n’eût pu avaler une seule goutte de liquide. Le lendemain, sa guérison était complète: il se leva, sortit en promenade et mangea d’aussi bon appétit que s’il n’avait jamais été malade. -Pénétré de reconnaissance, je n’eus rien de plus pressé que d’accomplir ma promesse: je me rendis au collège de.la Compagnie, et je priais vos Pères d’accepter mes cent exemplaires: d’en garder pour eux ce qu’ils en voudraient, et de distribuer les autres aux communautés et aux ecclésiastiques de leur connaissance; afin que les âmes souffrantes, mes bienfaitrices, fussent soulagées par de nouveaux suffrages.

Trois semaines après, un autre accident non moins grave, m’arriva. Ma femme, en rentrant chez elle, fut prise tout à coup d’un tremblement dans tous ses membres, tellement violent, qu’il la jetait à terre et lui ôtait tout sentiment.

Elle perdit bientôt l’appétit et jusqu’à l’usage de la parole. Vainement on employa tous les remèdes, le mal ne faisait que s’aggraver et tout espoir sembla perdu. Son confesseur, la voyant en cet état, m’adressait des paroles de consolation, et déjà m’exhortait paternellement à me résigner à la volonté de Dieu. – Pour moi, après l’expérience que j’avais faite de la protection des bonnes âmes, du purgatoire, je me refusais à désespérer. Je retournai donc à la même église; prosterné devant l’autel du Saint- Sacrement, je renouvelai mes supplications avec toute l’ardeur dont j’étais capable: « 0 mon Dieu, m’écriai-je, votre miséricorde est sans mesure. Au nom de cette bonté infinie, ne permettez pas que la guérison de mon fils soit payée par la mort de ma femme! » – Je fis vœu alors de distribuer deux cents exemplaires de votre livre, afin d’obtenir pour les âmes souffrantes de nombreux secours. En même temps je suppliai les âmes qui avaient été délivrées précédemment d’unir leurs prières à celles des autres, encore retenues en purgatoire.

Après cette prière, je m’en retournais à la maison, quand je vis accourir mes serviteurs au-devant de moi. Ils venaient m’annoncer que ma chère malade éprouvait un soulagement notable: le délire avait cessé, la parole était revenue. Je courus m’en assurer; tout était vrai. Je lui offre des aliments, elle les prend avec appétit Très- peu de temps après, elle était si complètement remise, qu’elle vint à l’église avec moi, remercier le Dieu de toute miséricorde.

Votre Révérence peut ajouter une foi entière à ce récit. Je la prie de m’aider à remercier Notre-Seigneur de ce double miracle. – Freyssen. (Voir Rossignoli Merv.16)

Chapitre 47

Avantages – Faveurs temporelles –  L’abbé Postel et la servante de Paris.

Le trait suivant est rapporté par l’abbé Postel, traducteur du P.Rossignoli. Il le dit arrivé à Paris vers 1827, et l’a inséré dans les Merveilles du purgatoire, sous le numéro 51.

Une pauvre servante, élevée chrétiennement dans son village, avait adopté la sainte pratique de faire dire chaque mois, sur ses modiques épargnes, une messe pour les âmes souffrantes. Amenée avec ses maîtres dans la capitale, elle n’y manqua pas une seule fois, se faisant d’ailleurs une loi d’assister elle-même au divin sacrifice, et d’unir ses prières à celles du prêtre, spécialement en faveur de l’âme dont l’expiation avait plus besoin que de peu de chose pour être achevée. C’était sa demande ordinaire.

Dieu l’éprouva bientôt par une longue maladie, qui non seulement la fit cruellement souffrir, mais lui fit perdre sa place et épuiser ses dernières ressources. Le jour où elle put sortir de l’hospice, il ne lui restait que vingt sous pour tout argent. Après avoir fait au ciel une prière pleine de confiance, elle se mit en quête d’une condition. On lui avait parlé d’un bureau de placement à l’autre extrémité de la ville, et elle s’y rendait, lorsque l’église de Saint-Eustache se trouvant sur sa route, elle y’ entra. La vue d’un prêtre à l’autel lui rappela qu’elle avait manqué, ce mois à sa messe ordinaire des défunts, et que ce jour était précisément celui, où depuis bien des années elle s’était procuré cette consolation. Mais comment faire? Si elle se dessaisissait de son dernier franc, il ne lui resterait pas même de quoi apaiser sa faim. Ce fut un combat entre sa dévotion et la prudence humaine. La dévotion l’emporta. « Après tout, se dit-elle, le Bon Dieu voit que c’est pour lui, et il ne saurait m’abandonner! »

 – Elle entre à la sacristie, remet son offrande pour une messe, puis assiste à cette messe avec sa ferveur accoutumée.

Elle continuait sa route, quelques instants après, pleine d’une inquiétude que l’on comprend. Dénuée de tout absolument, que faire si un emploi lui manque? Elle était dans ces pensées, lorsqu’un jeune homme pâle, d’une taille élancée, d’un maintien distingué, s’approche d’elle et lui dit: « Vous cherchez une place? – Oui, monsieur – Eh bien, allez à telle rue, tel numéro, chez Madame…je crois que vous lui conviendrez, et que vous serez bien là. » – Ayant dit ces mots, il disparut dans la foule des passants, sans attendre les remerciements que la pauvre fille lui adressait.

Elle se fait indiquer la rue, reconnaît le numéro et monte à l’appartement. Une domestique en sortait, tenant un paquet sous le bras, et murmurant des paroles de plainte et de colère. – IX Madame y est-elle? demanda la nouvelle venue. – « Peut-être oui, peut-être non » répond l’autre; que m’importe? Madame ouvrira elle- même, si cela lui convient: je n’ai plus à m’en mêler.

« Adieu.» Et elle descend. Notre pauvre fille sonne en tremblant, et une voix douce lui dit d’entrer. Elle se trouve en face d’une Dame âgée, d’un aspect vénérable, qui l’encourage à exposer sa demande. – « Madame, dit la servante, j’ai appris ce matin que vous aviez besoin d’une femme de chambre, et je viens m’offrir à vous, on m’a assuré que vous m’accueilleriez avec bonté. – Mais, ma chère enfant, ce que vous dites là est fort extraordinaire. Ce matin je n’avais besoin de personne; depuis une demi-heure seulement j’ai chassé une insolente domestique, et il n’est pas une âme au monde, hors elle et moi, qui le sache encore. Qui donc vous envoie? – C’est un monsieur, Madame, un jeune monsieur que j’ai rencontré dans la rue, qui m’a arrêtée pour cela, et j’en ai béni Dieu car il faut absolument que je sois placée aujourd’hui: il ne me reste pas un sou.»

La vieille Dame ne pouvait comprendre quel était ce personnage et se perdait en conjectures, lorsque la servante, levant les yeux au-dessus d’un meuble du petit salon, aperçut un portrait. « Tenez, Madame, dit-elle aussitôt, ne cherchez pas plus longtemps: voilà exactement la figure du jeune homme qui m’a parlé: c’est de sa part que je viens. »

A ces mots, la Dame pousse un grand cri et semble prête à perdre connaissance: Elle se fait redire toute cette histoire, celle de la dévotion aulx âmes du purgatoire, de la messe du matin, de la rencontre de l’étranger; puis se jetant au cou de la pauvre fille, elle l’embrasse avec effusion, et lui dit: « Vous ne serez point ma servante, vous êtes dès ce moment ma fille! C’est mon fils, mon fils unique que vous avez vu: mon fils mort depuis deux ans, qui vous a dû sa délivrance, je n’en puis douter, et à qui Dieu a permis de vous envoyer ici. Soyez donc bénie, et prions désormais ensemble pour tous ceux qui souffrent avant d’entrer dans la bienheureuse éternité. »