Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 20, 21

Chapitre 20 – Soulagement des âmes par la sainte Messe

Sainte Thérèse – Bernardin de Mendoza

Terminons ce que nous avons à dire sur la sainte messe, par le récit de sainte Thérèse, concernant Bernardin de Mendoza. Elle raconte ce fait dans son livre des Fondations, chapitre X.

Le jour des Trépassés, don Bernardin de Mendoza avait donné à sainte Thérèse une maison et un beau jardin, situés à Valladolid, pour y fonder un monastère en l’honneur de la Mère de Dieu. « Deux mois après, écrit la Sainte, ce gentilhomme tomba malade subitement et perdit tout d’un coup la parole; en sorte qu’il ne put se confesser, encore qu’il témoignât par signes le désir de le faire, et la vive contrition qu’il ressentait de ses péchés.

« Il ne tarda pas à mourir, loin de l’endroit où j’étais à cette époque; mais Notre-Seigneur me parla et me fit connaître qu’il était sauvé, quoiqu’il eût couru grand risque de ne pas l’être: la miséricorde de Dieu s’était étendue sur lui, à cause des dons qu’il avait faits au couvent de la Sainte-Vierge; toutefois son âme ne devait pas sortir du purgatoire avant que la première messe fût célébrée dans la nouvelle maison.

« Je ressentis si profondément les souffrances de cette âme, que, malgré mon vif désir d’achever dans le plus court délai la fondation de Tolède, je partis immédiatement pour Valladolid.

« Un jour que j’étais en prière à Médina del Campo, Notre-Seigneur me dit de me hâter; car l’âme de Mendoza était en proie aux plus vives souffrances. Je repartis donc sur-le-champ, bien que je n’y fusse pas préparée, et j’arrivai à Valladolid le jour de la fête de S. Laurent.

« Aussitôt j’appelai des maçons pour élever sans tarder les murs de clôture; mais comme cela devait prendre beaucoup de temps, je demandai au Seigneur Évêque, l’autorisation de faire une chapelle provisoire à l’usage des sœurs qui m’avaient accompagné. L’ayant obtenue, j’y fis célébrer la messe; et, à la communion, au moment où je quittai ma place pour m’approcher de la sainte Table, je vis notre bienfaiteur, qui, les mains jointes et le visage resplendissant, me remerciait de ce que j’avais fait pour le tirer du purgatoire. Je le vis ensuite monter plein de gloire au ciel. Je fus d’autant plus joyeuse que je n’osais espérer un tel succès. Car, bien que Notre-Seigneur m’eût révélé que la délivrance de cette âme suivrait la première messe célébrée dans la maison, je pensais que cela devait s’entendre de la première messe, où le Saint-Sacrement serait renfermé dans le tabernacle. »

Multiplicité des Messes, pompe des obsèques

Ce beau trait nous fait voir, non seulement l’efficacité de la sainte Messe; mais aussi la tendre bonté avec laquelle Jésus-Christ s’intéresse aux âmes et en vient jusqu’à solliciter nos suffrages en leur faveur.

Puisque le divin Sacrifice est d’un si grand prix, on pourrait ici demander si un grand nombre de messes procure aux âmes plus de soulagement qu’un moindre nombre, mais en compensation, des obsèques magnifiques et d’abondantes aumônes ? – La réponse à cette question se déduit de l’esprit de l’Église, qui est l’esprit de Jésus-Christ lui-même, et l’expression de sa volonté.

Or l’Église engage les fidèles à faire pour les défunts des prières, des aumônes et autres bonnes œuvres, à leur appliquer des indulgences, mais surtout à faire célébrer la sainte Messe et à y assister. Tout en donnant une place à part au divin Sacrifice, elle approuve et emploie les divers genres de suffrages, selon les circonstances, la dévotion et la condition sociale du défunt ou de ses héritiers.

C’est une coutume catholique, que les fidèles ont religieusement observée depuis la plus haute antiquité, de célébrer pour les défunts un service solennel et des funérailles aussi splendides que le comportent leurs moyens. La dépense qu’ils font à cet effet est une aumône à l’Église, aumône qui élève grandement aux yeux de Dieu le prix du divin Sacrifice et sa valeur satisfactoire pour le défunt.

Il est bon cependant de régler de telle manière le degré des funérailles, qu’il laisse encore assez de ressources pour un nombre convenable de messes et pour des aumônes aux pauvres.

Ce qu’il faut éviter, c’est d’oublier le caractère chrétien des funérailles, et d’envisager le service funèbre, moins comme un grand acte de religion, que comme un étalage de vanité mondaine.

Cérémonies saintes de l’Église et couronnes profanes dont on couvre le cercueil.

Ce qu’il faut éviter encore, ce sont des symboles de deuil tout profanes, et qui ne sont pas conformes aux traditions chrétiennes. Telles sont les couronnes de fleurs, dont on charge à grands frais le cercueil du défunt. C’est là une innovation justement désapprouvée par l’Église, à qui Jésus-Christ a confié le soin du culte et des cérémonies saintes, sans excepter les cérémonies funèbres. Celles dont elle se sert à la mort de ses enfants, sont vénérables par leur antiquité, pleines de sens et de consolation pour la foi. Tout l’appareil déployé aux yeux des fidèles, la croix et l’eau bénite, le luminaire et l’encens, les larmes et les prières, respirent la compassion pour les âmes, la foi à la divine miséricorde et l’espérance de l’immortalité.

Qu’y a-t-il de semblable dans les froides couronnes de violettes ? Elles ne disent rien à l’âme chrétienne, elles ne présentent tout au plus qu’un symbole profane de la vie mortelle, symbole qui contraste avec la sainte image de la croix et qui est étranger aux rites sacrés de l’Église.

Chapitre 21 – Soulagement des âmes

La prière – Le Frère Corrado d’Offida.

– L’hameçon d’or et le fil d’argent

Après le saint sacrifice de la Messe, nous avons pour soulager les âmes une foule de moyens secondaires, mais bien efficaces aussi, quand on les emploie en esprit de foi et de ferveur.

D’abord c’est la prière, la prière sous toutes les formes. Les annales de l’Ordre séraphique parlent avec admiration du Frère Corrado d’Offida, un des premiers disciples de S. François. Il se distinguait par un esprit de prière et de charité qui contribuait grandement à l’édification de ses frères. Parmi ceux-ci il y en avait un, jeune encore, dont la conduite relâchée et turbulente troublait la sainte communauté; mais grâce aux prières et aux charitables exhortations de Corrado, il se corrigea entièrement et devint un modèle de régularité. Bientôt après cette heureuse conversion, il vint à mourir, et ses frères firent pour son âme les suffrages ordinaires.

Peu de jours s’étaient écoulés, lorsque le Frère Corrado se trouvant en prière devant l’autel, entendit une voix qui lui demandait le secours de ses prières. – « Qui êtes-vous ? dit le serviteur de Dieu. » – « Je suis, répondit la voix, « l’âme du jeune religieux que vous avez si bien ramené à la ferveur. – Mais « n’êtes-vous pas mort saintement ? Avez-vous encore tant besoin de prières ? – « Ma mort a été bonne, en effet, et je suis sauvé; mais à cause de mes anciens « péchés que je n’ai pas eu le temps d’expier, je souffre les plus rigoureux « châtiments, et je vous en supplie, ne me refusez pas le secours de vos prières. » Aussitôt le bon Frère s’inclinant devant le tabernacle récita un Pater suivi du Requiem aeternam. « O mon bon Père, s’écria l’apparition » que votre prière me procure de rafraîchissement ! Oh ! comme elle me soulage!

« Je vous en prie continuez. » – Corrado répéta dévotement les mêmes prières. « Père bien-aimé, reprit l’âme, je vous en conjure, encore ! encore! J’éprouve « tant de soulagement quand vous priez! » – Le charitable religieux continua ses prières avec une nouvelle ferveur, et répéta jusqu’à cent fois l’Oraison dominicale. Alors, avec un accent d’indicible joie, le défunt lui dit: « Je vous « rends grâces de la part de Dieu, ô Père chéri: je suis entièrement délivré; voici « que je me rends au royaume des cieux. »

On voit par l’exemple précédent combien les moindres prières, les plus courtes supplications sont efficaces pour adoucir les souffrances des pauvres âmes. J’ai lu quelque part, dit le P. Rossignoli, qu’un saint Évêque, ravi en esprit, vit un enfant, lequel, avec un hameçon d’or et un fil d’argent, tirait du fond d’un puits une femme qui s’y noyait. – Après son oraison, comme il se rendait à l’église, il aperçut ce même enfant agenouillé, priant sur une tombe du cimetière. « Que fais-tu là, mon petit ami, lui demanda-t-il ? – Je dis, répondit l’enfant, « Notre Père et Je vous salue Marie pour l’âme de ma mère, dont le corps repose « en ce lieu. » – Le prélat comprit aussitôt que Dieu avait voulu lui montrer l’efficacité de la prière la plus simple; il connut que l’âme de cette mère venait d’être délivrée, que l’hameçon d’or était le Pater, et que l’Ave était le fil d’argent de cette ligne mystique.