Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 24, 25

Chapitre 24 – Soulagement des âmes

La sainte Communion – Sainte Marie Madeleine Pazzi délivrant son frère

Si les bonnes œuvres ordinaires procurent tant de secours aux âmes, que ne fera point l’œuvre la plus sainte que le chrétien puisse accomplir, je veux dire la Communion Eucharistique ? Lorsque sainte Madeleine de Pazzi vît l’âme de son frère dans les souffrances du purgatoire, touchée de compassion, elle fondit en pleurs et s’écria d’une voix lamentable: « O âme affligée, que vos peines sont terribles ! Que n’est-il donné » de les comprendre à ceux qui manquent de courage pour porter leurs croix ici-bas ! Pendant que vous étiez dans le monde, ô mon frère, vous ne vouliez pas « m’écouter, et maintenant vous désirez ardemment que je vous écoute. Pauvre « victime, qu’exigez-vous de moi ? » – Ici elle s’arrêta, et on l’entendit compter jusqu’au nombre cent et sept; puis elle dit tout haut que c’étaient autant de communions qu’il lui demandait d’une voix suppliante. « Oui, lui répondit-elle, je « puis facilement faire ce que vous me demandez; mais hélas ! combien il faudra « de temps pour acquitter cette dette ! Oh ! que j’irais volontiers où vous êtes, si « Dieu voulait me le permettre, pour vous délivrer, ou empêcher que d’autres y « descendent ! »

La Sainte, sans omettre les prières et autres suffrages, fit avec la plus grande ferveur les Communions que son frère réclamait pour sa délivrance.

Communion générale dans l’église de Sainte-Marie-au-delà du Tibre.

C’est, dit le P. Rossignoli, un pieux usage (Merveille 45), établi dans les églises de la Compagnie de Jésus, de faire chaque mois une Communion générale pour le soulagement des âmes du purgatoire; et Dieu a daigné montrer par un prodige combien cette pratique lui est agréable.

L’an 1615, comme les Pères de la Compagnie célébraient solennellement cette Communion mensuelle à Rome, dans l’église de Sainte-Marie-au-delà-du-Tibre, une foule immense de peuples y accourut. Parmi les chrétiens fervents se trouvait aussi un grand pécheur qui, tout en prenant part aux pieuses cérémonies de la religion, menait depuis longtemps une vie très-mauvaise. Cet homme, avant d’entrer dans l’église, en vit sortir et venir à lui un pauvre de bonne apparence, qui lui demanda l’aumône pour l’amour de Dieu; il la lui refusa d’abord. Mais le pauvre, selon l’usage des mendiants, insista jusqu’à trois fois, employant les formules de supplication les plus touchantes. A la fin, cédant à un bon sentiment, notre pécheur le rappela, tira sa bourse et lui donna une pièce de monnaie.

Alors le pauvre, changeant ses prières en un tout autre langage: « Gardez « votre argent, lui dit-il, je n’ai pas besoin de vos largesses; mais vous, vous avez « grandement besoin de changer de vie. Sachez que je suis venu du mont « Gargano à la cérémonie qui s’accomplit en cette église, pour vous donner un « avertissement salutaire. Voici vingt années que vous menez une vie déplorable, « provoquant la colère de Dieu, au lieu de l’apaiser par une sincère confession. « Hâtez-vous de faire pénitence, si vous voulez échapper aux coups de la divine « justice prête à éclater sur votre tête. »

Le pécheur fut tout saisi à ce discours: une frayeur secrète s’empara de lui quand il s’entendait révéler les iniquités de sa conscience, que Dieu seul pouvait connaître. Son émotion fut bien plus grande encore, quand il vit ce pauvre disparaître à ses yeux, comme une fumée qui se dissipe en l’air. Ouvrant son cœur à la grâce, il entra dans l’église, se jeta à genoux, en versant un torrent de larmes; puis, sincèrement repentant, il alla faire à un confesseur l’aveu de ses crimes et demander le pardon. Après la confession, il rendit compte au prêtre du prodige qui lui était arrivé, le priant de le faire connaître pour l’accroissement de la dévotion envers les défunts; car il ne douta point que ce ne fût une âme délivrée tout à l’heure, qui lui eût obtenu cette grâce de conversion.

On pourrait demander quel était le mystérieux mendiant, apparaissant à ce pécheur pour le convertir? Quelques-uns ont cru qu’il n’était autre que l’archange S. Michel, parce qu’il se disait venir du mont Gargano; on sait en effet que cette montagne est célèbre dans toute l’Italie par une apparition de l’archange S. Michel, auquel on y a élevé un magnifique sanctuaire. Quoi qu’il en soit, la conversion de ce pécheur par un tel miracle, et dans le moment même où l’on priait et communiait solennellement pour les défunts, montre bien l’excellence de cette dévotion et le prix qu’elle a aux yeux de Dieu.

Concluons donc par la parole de S. Bonaventure: « Que la charité vous « porte à communier, car il n’y a rien de plus efficace pour le repos éternel des « défunts » (De prœpar. Maissae).

Chapitre 25 – Soulagement des âmes

Le Chemin de la Croix

Après la sainte Communion, parlons du Chemin de la Croix. Ce saint exercice peut être envisagé en lui-même et dans les indulgences dont il est enrichi. En lui-même, c’est une manière solennelle et très-excellente de méditer la passion du Sauveur, et par conséquent l’exercice le plus salutaire de notre sainte Religion.

Dans son acception littérale, le Chemin de la Croix est l’espace que l’Homme-Dieu parcourut, sous le fardeau de sa croix, depuis le palais de Pilate où il fut condamné à mort, jusqu’au sommet du Calvaire où il fut condamné à mort, jusqu’au sommet du Calvaire où il fut crucifié. Après l’Ascension de son Fils, la sainte Vierge Marie, ou seule, ou en compagnie de saintes femmes, suivait fréquemment cette voie douloureuse. A son exemple, les fidèles de la Palestine d’abord, et dans les âges suivants de nombreux pèlerins des contrées même les plus reculées, allèrent visiter ces lieux sacrés, arrosés des sueurs et du sang de Jésus-Christ; et l’Église pour favoriser leur piété, leur ouvrit le trésor de ses grâces spirituelles.

Mais tout le monde ne pouvant point se transporter dans la Judée, le Saint-Siège a permis qu’on érigeât en d’autres lieux, dans les églises et chapelles, des croix et tableaux ou bas-reliefs, représentant les scènes touchantes qui s’étaient accomplies sur le vrai chemin du Calvaire, à Jérusalem.

En permettant d’ériger ces saintes Stations, les Pontifes Romains, qui comprirent toute l’excellence et toute l’efficacité de cette dévotion, daignèrent aussi l’enrichir de toutes les Indulgences qu’ils avaient accordées à la visite réelle des saints Lieux. Et ainsi, suivant les Brefs et les Constitutions des Souverains Pontifes Innocent XI, Innocent XII, Benoît XIII, Clément XII, Benoît XIV, ceux qui font le Chemin de la Croix avec les dispositions convenables, gagnent toutes les Indulgences accordées aux fidèles qui visitent en personne les saints Lieux de Jérusalem, et ces Indulgences sont applicables aux défunts.

Or il est très-certain que de nombreuses Indulgences, soit plénières, soit partielles, furent accordées à ceux qui visitent les saints Lieux de Jérusalem, comme on peut le voir dans le Bullarium Terrae Sanctae; en sorte que, au point de vue des Indulgences, on peut dire, que de toutes les pratiques de piété, le Chemin de la Croix en est doté le plus richement.

Ainsi cette dévotion, tant à cause de l’excellence de son objet qu’à raison des Indulgences, constitue un suffrage du plus grand prix pour les défunts.

La vénérable Marie d’Antigna

Voici ce qu’on lit à ce sujet dans la vie de la Vénérable Marie d’Antigna (Louvet, Le purgatoire, p. 332). Elle avait eu longtemps la sainte pratique de faire chaque jour le Chemin de la croix pour le soulagement des défunts; mais plus tard, par des motifs plus apparents que solides, elle le fit plus rarement, puis l’abandonna tout à fait. Notre-Seigneur, qui avait de grands desseins sur cette pieuse vierge, et qui voulait en faire une victime d’amour pour la consolation des pauvres âmes du purgatoire, daigna lui donner une leçon qui devait servir d’instruction à nous tous. Une religieuse du même monastère, décédée depuis peu, lui apparut, et se plaignant tristement: « Ma sœur, lui dit-elle, pourquoi ne faites-vous plus les stations du Chemin de la « croix pour les âmes souffrantes ? Vous aviez coutume auparavant de nous soulager chaque jour par ce saint exercice; pourquoi nous privez-vous de ce secours ? »

Cette âme parlait encore, lorsque le Sauveur lui-même se montra à sa servante et lui reprocha sa négligence. « Sache, ma fille, ajouta-t-il, que les stations du Chemin de la Croix sont très-profitables aux âmes du purgatoire et constituent un suffrage d’une importance majeure. C’est pourquoi j’ai permis à cette âme, en son nom et au nom de toutes les autres, de le réclamer de toi. Sache encore que c’est parce que tu pratiquais exactement autrefois cette salutaire dévotion, que tu as été favorisée de communications habituelles avec les défunts; c’est pour cela aussi que ces âmes reconnaissantes ne cessent de prier pour toi, et de plaider ta cause au tribunal de ma justice. Fais connaître ce trésor à tes sœurs, et dis-leur d’y puiser largement pour elles et pour les défunts. »