Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 56, 57

Chapitre 56

Avantages – Stimulant de ferveur – Nous précautionner – Probabilité d’aller en purgatoire – Moyens de s’y soustraire – Emploi de ces moyens

Si de saints religieux passent par le purgatoire, quoique sans s’y arrêter, n’avons-nous pas à craindre d’y passer à notre tour et même de nous y arrêter plus ou moins longtemps? Pouvons-nous nous endormir dans une sécurité qui serait au moins imprudente? Notre foi et notre conscience nous disent assez que la crainte est ici bien fondée. Je vais plus loin, cher lecteur, et je dis, qu’avec un peu de réflexion, vous avouerez vous-même, qu’il est très-probable et presque certain que vous irez en purgatoire. N’est-il pas vrai qu’en sortant de la vie, votre âme entrera dans un des trois séjours que la foi nous montre: l’enfer, le ciel, le purgatoire ? Irez-vous en enfer? Ce n’est pas probable: parce que, vous avez en horreur le péché mortel, et que pour rien au monde vous ne voudriez le commettre ou le garder sur votre conscience, après l’avoir commis.

Irez-vous droit au ciel? Vous répondez aussitôt que vous vous sentez bien indigne d’une telle faveur. – Il reste donc le purgatoire, et vous devez avouer qu’il est très probable, presque certain que vous entrerez dans le séjour des expiations.

En mettant sous vos yeux cette grave situation ne croyez pas, cher lecteur, que nous voulions vous effrayer ou vous ôter l’espérance d’entrer au ciel sans purgatoire.

Au contraire, cette espérance doit rester au fond de nos cœurs, elle est conforme à l’esprit de Jésus-Christ, qui ne désire nullement que ses disciples aient besoin des expiations futures. Il a même institué des sacrements et établi toutes sortes de moyens pour les aider à satisfaire pleinement en ce monde. Mais ces moyens sont trop peu employés; et c’est surtout une crainte salutaire qui stimule les âmes afin qu’elles les emploient.

Or, quels sont les moyens que nous avons, d’éviter ou du moins d’abréger d’avance et d’adoucir la rigueur de notre purgatoire? Ce sont évidemment les exercices et les œuvres qui nous aideront le mieux à satisfaire en ce monde et à trouver miséricorde auprès de Dieu, savoir les suivants: La dévotion envers la sainte Vierge Marie et la fidélité à porter son scapulaire; la charité envers les vivants et les morts; la mortification et l’obéissance; la pieuse réception des sacrements, surtout à l’approche de la mort; la confiance en la divine miséricorde; et enfin la sainte acceptation de la mort en union avec la mort de Jésus-Christ sur la croix.

Ces moyens sont assez puissants pour nous préserver du purgatoire; mais il faut les employer. Or pour les employer sérieusement et avec persévérance, une condition est nécessaire: c’est de former la ferme résolution de satisfaire en ce monde plutôt qu’en l’autre. Cette résolution doit être basée sur la foi, qui nous montre combien la satisfaction est légère en cette vie, combien elle est terrible au purgatoire. Hâtez-vous, dit Jésus-Christ, de vous réconcilier avec votre adversaire pendant que vous êtes en chemin avec lui; de peur que votre adversaire ne vous livre au Juge, et que le juge ne vous livre à son ministre, et que vous ne soyez envoyé en prison. En vérité je vous le dis, vous ne sortirez pas de là, que vous n’ayez payé jusqu’à la dernière obole (Matth. V, 21).

Se réconcilier avec son adversaire pendant le chemin, signifie, dans la bouche du Sauveur, apaiser la divine justice et satisfaire pendant le chemin de la vie, avant d’arriver au terme immobile, à cette éternité où toute pénitence est impossible et où il faudra subir les rigueurs de la justice. Ce conseil du Sauveur n’est-il pas sage?

Sainte Catherine de Gènes

Peut-on sans folie porter au tribunal de Dieu une dette énorme que l’on aurait acquittée facilement par quelques œuvres de pénitence, et qu’il faudra payer alors par des années de supplices? Celui, dit Sainte Catherine de Gênes, qui se purifie de ses fautes dans la vie présente, satisfait avec un sou à une dette de mille ducats; et celui qui attend, pour s’acquitter, jusqu’aux jours de l’autre vie, se résigne à donner mille ducats pour ce qu’il aurait payé avec un sou en temps opportun.

Il faut donc commencer par la résolution, solide et efficace, de satisfaire en ce monde: c’est la pierre fondamentale. Ce fondement bien affermi, on s’appliquera à employer les moyens énumérés plus haut.

Chapitre 57

Moyens d’éviter le purgatoire – Grande dévotion à la Sainte Vierge – Le Père Jerôme Carvalho. Sainte Brigitte

Un serviteur de Dieu résumait ces moyens et les réduisait à deux en disant, que nous purifions nos âmes par l’eau et par le feu: il voulait dire, par l’eau des larmes et de la pénitence, parole feu de la charité et des bonnes œuvres – On peut en effet tout ramener à ces deux exercices, et cette théorie est conforme à l’Écriture, où nous voyons que les âmes sont lavées de leurs souillures et purifiées comme l’or dans la fournaise. Mais comme nous devons moins chercher les théories que la pratique, suivons la méthode que nous avons indiquée, et qui est pratiquée avec succès par les saints et les fidèles fervents.

D’abord pour obtenir une grande pureté d’âme et par conséquent pour n’avoir pas beaucoup à redouter le purgatoire, il faut avoir une grande dévotion à la très sainte Vierge Marie. Cette bonne Mère aidera tellement ses chers enfants à préparer leurs âmes, et à leur adoucir le purgatoire, qu’ils peuvent se reposer dans la plus grande confiance. Elle veut du reste elle-même qu’ils ne se troublent pas a ce, sujet, qu’ils ne se livrent pas à des craintes excessives, comme elle daigne le déclarer à son serviteur Jérôme Carvalho, dont nous avons parlé plus haut: Rassurez-vous, mon fils, lui dit-elle, je suis la Mère de miséricorde pour mes chers enfants du purgatoire, aussi bien que pour ceux qui vivent sur la terre. – Dans les Révélations de sainte Brigitte, nous lisons quelque chose de semblable: Je suis, dit la Vierge à cette Sainte, la Mère de tous ceux qui sont dans le lieu de l’expiation; mes prières adoucissent les châtiments qui leur sont infligés pour leurs fautes (Liv. 4, chap. 1.).

Le scapulaire du Mont Carmel

Ceux qui portent saintement le Scapulaire; ont un droit spécial à la protection de Marie. La dévotion du saint Scapulaire consiste, non en une manière de prier comme le saint Rosaire; mais dans la pieuse pratique de porter une sorte de vêtement, qui est comme la livrée de la Reine des cieux.

Le scapulaire de Notre-Dame du Mont-Carmel, dont nous parlons ici, remonte pour son, origine au XIII siècle, et fut prêché d’abord par le Bienheureux Simon Stock, cinquième Général de l’Ordre des Carmes. Ce célèbre serviteur de Marie, né au comté.de Kent en Angleterre, l’année 1180, se retira jeune encore dans une forêt solitaire pour y vivre dans la prière et la pénitence. II choisit pour demeure le creux d’un arbre, où il attacha un crucifix et une image de la sainte Vierge, qu’il honorait comme sa Mère, et qu’il ne cessait d’invoquer avec le plus tendre amour. Depuis douze ans il la suppliait de lui faire connaître ce qu’il pourrait faire de plus agréable à elle et à son divin fils, lorsque la Reine des cieux lui dit d’entrer dans l’Ordre du Carmel, particulièrement dévoué à son culte. Simon obéit, et, sous la protection de Marie, devint un religieux exemplaire, l’ornement de l’Ordre des Carmes, dont il fut élu supérieur général en 1245. Un jour, c’était le 16 juillet 1251, la sainte Vierge lui apparut, entourée d’une multitude d’esprits célestes, et le visage rayonnant de joie. Elle lui présenta un scapulaire de couleur brune en disant: « Reçois, mon cher fils, ce scapulaire de ton Ordre: c’est le signe de ma confrérie et la marque du privilège que j’ai obtenu pour toi et pour les confrères du Carmel. Quiconque mourra, pieusement revêtu de cet habit, sera préservé des feux éternels. C’est un signe de salut, une sauvegarde dans les périls, le gage d’une paix et d’une protection spéciales jusqu’à la fin des siècles. »

L’heureux vieillard publia partout la grâce qu’il avait obtenue, montrant le scapulaire, guérissant des malades et opérant d’autres miracles, comme preuve de sa merveilleuse vision. Aussitôt Édouard 1er, roi d’Angleterre, saint Louis IX, roi de France, et à leur exemple presque tous les Souverains de l’Europe, ainsi qu’un grand nombre de leurs sujets, prirent le saint habit. C’est alors que commença la célèbre Confrérie du Scapulaire, qui fut, bientôt après; canoniquement ratifiée par le Saint-Siège.

Non contente d’avoir accordé ce premier privilège, Marie fit une autre promesse à l’avantage des associés du scapulaire, en les assurant d’une prompte délivrance des peines du purgatoire. Environ cinquante’ ans après la mort du B.Simon » l’illustre Pontife Jean XXII faisant oraison de grand matin,’ vit apparaître la Mère de Dieu,’ environnée de lumière et portant l’habit du Carme., Elle lui dit entre autres choses: Si, parmi les religieux ou les confrères du Carmel, il s’en trouve que leurs fautes conduisent en purgatoire, je descendrai au milieu d’eux comme une tendre Mère; le samedi après leur mort; je délivrerai de leurs peines ceux qui s’y trouvent, et je les conduirai sur la montagne sainte de la vie éternelle. »

C’est en ces termes que le Pontife fait parler Marie, dans la célèbre Bulle du 3 mars 1322, appelée communément Bulle sabbatine, il la termine par ces paroles: « J’accepte donc cette sainte indulgence, je la ratifie et la confirme sur la terre, comme Jésus-Christ l’a gracieusement accordée dans les cieux par les, mérites de la Très-Sainte Vierge. Ce privilège a été confirmé dans la suite par un grand nombre de Bulles et de Décrets des Souverains Pontifes.

Telle est la dévotion du saint Scapulaire, Elle est sanctionnée par la pratique des âmes pieuses dans toute la chrétienté, par le témoignage de vingt-deux Papes, par les écrits d’un nombre incalculable de savants auteurs, et par des miracles multipliés depuis 600 ans; de telle sorte, dit l’illustre Benoit XIV, que celui qui oserait révoquer en doute la solidité de la dévotion au scapulaire; ou nier ses privilèges, serait un contempteur orgueilleux de la religion. »