Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 58, 59

Chapitre 58

Moyens d’éviter le purgatoire – Privilèges du saint Scapulaire.  La Sabbatine

D’après ce qui précède, la Sainte Vierge a attaché au saint scapulaire deux grands privilèges; de leur côté les Souverains-Pontifes y ont ajouté les plus riches indulgences. Nous ne dirons rien ici des indulgences; mais nous croyons utile de faire bien connaître les deux privilèges précieux connus, l’un sous le nom de la préservation, l’autre sous celui de la délivrance ou de la sabbatine.

Le premier est l’exemption des peines de l’enfer: ln hoc moriens œternum non patietur incendium, celui qui mourra avec cet habit, ne souffrira lilas le feu de l’enfer.

Il est évident que ceux qui mourraient en état de péché mortel, même revêtus du scapulaire, ne seraient point exempts de la damnation; et tel n’est pas le sens de la promesse de Marie, Cette Bonne Mère a promis de disposer miséricordieusement les choses de manière que ceux qui meurent revêtus de ce saint habit, auront une grâce efficace pour se confesser dignement et pleurer leurs fautes; ou que, s’ils sont surpris par une mort subite, ils auront le temps et la volonté de faire un acte de contrition par- faite. On ferait un volume des faits miraculeux qui témoignent de l’accomplissement de cette promesse, contentons-nous d’en citer l’un ou l’autre.

Le vénérable Père de la Colombière

Le Vénérable Père Claude de la Colombière rapporte qu’une jeune personne pieuse d’abord, et portant le saint scapulaire; eut le malheur de s’éloigner du bon chemin, par suite de lectures imprudentes et de la fréquentation de compagnies dangereuses, elle fut entraînée dans de graves désordres et allait tomber dans le déshonneur. Au lieu de se tourner vers Dieu et de recourir à la Sainte Vierge, qui est le refuge des pécheurs, elle s’abandonna à un sombre désespoir. Le démon lui suggéra bientôt un remède à ses maux, l’affreux remède du suicide, qui devait la soustraire à ses misères temporelles en la plongeant dans les supplices éternels. Elle courut donc à la rivière, et revêtue encore de son scapulaire elle se précipita dans les eaux. Chose étonnante, elle surnagea au lieu d’enfoncer, et ne trouvait point la mort qu’elle cherchait. Un pêcheur qui l’aperçut voulut accourir pour la sauver; mais la malheureuse le prévint, elle ôta son scapulaire, le jeta loin d’elle, et s’enfonça aussitôt. Le pêcheur ne put la sauver, mais il trouva le scapulaire et reconnut que cette livrée sacrée avait d’abord empêché cette pécheresse de mourir dans l’acte de son criminel suicide.

Hôpital de Toulon

À l’hôpital de Toulon se trouvait un officier fort impie qui refusait de voir le prêtre. Il approchait de la mort et tomba dans une sorte de léthargie. On profita de cet état pour lui mettre un scapulaire, à son insu. Il revint bientôt à lui et dit avec fureur: « Pourquoi avez-vous mis du feu sur moi, un feu qui me brûle? Ôtez-le, ôtez-le. » – On enleva le saint habit, et le moribond retomba dans son assoupissement. On invoqua la Sainte Vierge et on essaya encore une fois de revêtir ce malheureux pécheur de son saint habit. Il s’en aperçut, l’arracha avec rage, el l’ayant jeté loin de lui en blasphémant, il expira.

Le second privilège, celui de la sabbatine ou de la délivrance, consiste a être délivré du purgatoire par la Sainte Vierge le premier samedi après la mort. Pour jouir de ce privilège il faut observer certaines conditions, savoir: 1- Garder la chasteté propre à son état. 2- Réciter le petit office de la Sainte Vierge. Ceux qui récitent l’office canonial satisfont par-là même, ceux qui ne savent pas lire, doivent à la place de l’office, observer les jeûnes prescrits par l’Église et faire maigre tous les mercredis, vendredis et samedis. 3° En cas de nécessité, l’obligation de l’office, l’abstinence et le jeûne, peuvent être commués en d’autres œuvres pieuses par ceux qui en ont le pouvoir.

Tel est le privilège de la délivrance avec les conditions pour en jouir. Si l’on se rappelle ce qui a été dit plus haut des rigueurs du purgatoire et de sa durée, on trouvera que ce privilège est bien précieux et les conditions bien faciles.

Nous savons que des doutes ont été soulevés sur l’authenticité de la Bulle sabbatine; mais, outre la tradition constante et la pieuse pratique des fidèles, le grand Pape Benoît XIV, dont.la science éminente et la modération doctrinale sont connues, se prononce en sa faveur.

Sainte Thérèse

De plus, les Annales des Carmes rapportent des faits miraculeux en grand nombre, qui confirment la promesse faite par la Reine des Cieux, l’illustre sainte Thérèse, dans un de ses ouvrages, dit avoir vu une âme délivrée le premier samedi, pour avoir fidèlement observé pendant sa vie les conditions de la sabbatine.

Chapitre 59

Une dame d’Otrante

A Otrante, ville du royaume de Naples, une Dame de la haute société éprouvait le plus sensible bonheur à suivre les prédications d’un Père Carme, grand promoteur de la dévotion envers Marie. Il assurait à ses auditeurs que tout chrétiens portant pieusement le scapulaire et observant les pratiques prescrites, rencontrerait la divine Mère au sortir de la vie, et que cette grande consolatrice des affligés viendrait, le samedi suivant; le délivrer de toute souffrance pour l’emmener avec elle au séjour de la gloire. Frappée de si précieux avantages, cette dame prit aussitôt l’habit du saint!) Vierge, fermement résolue d’observer fidèlement les règles de la confrérie. Sa piété prit de grands accroissements: elle priait Marie jour et nuit, mettant en elle toute sa confiance, lui rendant toutes sortes d’hommages: Entre autres faveurs qu’elle lui demandait, elle implorait celle de mourir un samedi, afin d’être aussitôt délivrée du purgatoire. Elle fut exaucée.

Quelques années après, étant tombée malade, malgré l’assurance contraire des médecins, elle déclara que son mal était grave et la conduirait à la mort. « J’en bénis Dieu, ajouta-t-elle, dans l’espérance d’être bientôt avec lui. » – Sa maladie fit en effet de tels progrès, que les médecins la jugèrent sur le point de mourir, et déclarèrent à l’unanimité qu’elle ne passerait pas le jour, qui était un mercredi. Vous vous trompez encore, dit la malade, je vivrai trois jours de plus, et ne mourrai que samedi.

L’événement justifia sa parole. Regardant les jours de souffrances qui lui restaient comme un trésor inestimable, elle en profita pour se purifier et augmenter ses mérites.

Le samedi venu, elle rendit l’âme à son Créateur. Sa fille, très-pieuse aussi, était inconsolable de la perte qu’elle avait faite. Comme elle priait dans son oratoire pour l’âme de sa chère mère, et qu’elle versait d’abondantes larmes, un grand serviteur de Dieu, favorisé habituellement de communications surnaturelles vint la trouver et lui dit: « Cessez de pleurer, mon enfant ou plutôt, que votre tristesse se change en joie. Je viens vous assurer de la part de Dieu, qu’aujourd’hui samedi, grâce au privilège accordé aux confrères du saint Scapulaire, votre mère est montée au ciel et a été admise parmi les élus. Consolez-vous donc et bénissez l’auguste Vierge Marie, Mère des miséricordes. »