Prières de Sainte Catherine de Sienne VII, VIII, IX

VII – Prière faite à Rome, le dimanche 20 février 1379.

1. Je le confesse, Dieu éternel, je le confesse, adorable Trinité, vous me voyez et vous me connaissez, votre lumière me l’a fait comprendre. Je sais que vous n’ignorez pas les besoins de votre Épouse bien-aimée, la bonne volonté de votre Vicaire, et les obstacles qu’il rencontre dans le bien qu’il veut faire. J’ai vu à vos clartés que tout vous est présent, parce que rien ne peut échapper à votre regard; j’ai vu aussi le remède que vous avez préparé en vous-même pour guérir la mort des hommes, vos enfants.

2. Ce remède est le Verbe, votre Fils unique, et vous avez trouvé moyen de nous l’appliquer toujours. Vous avez conservé les cicatrices de ce Fils bien-aimé, afin qu’elles puissent sans cesse solliciter pour nous votre miséricorde. Oui, j’ai vu dans votre lumière que l’ardeur de votre charité vous a fait conserver les cicatrices du corps de Jésus-Christ: ni sa résurrection, ni sa gloire ne peuvent en effacer la couleur sanglante. Vous avez vu en vous, qu’après le mal dont vous l’aviez délivré, l’homme devait tomber encore dans le péché par sa faute, et vous lui avez donné pour remède le sacrement de Pénitence, où le prêtre verse sur l’âme le sang de l’humble Agneau; et, comme vous avez vu en votre Verbe le principal moyen de nous réconcilier avec vous, vous avez vu aussi tous les autres moyens nécessaires à notre salut. J’ai compris dans votre lumière que vous avez vu toutes ces choses; c’est par cette lumière que je vois, et sans elle je marcherais dans les ténèbres.

3. O doux Amour, vous avez vu en vous les nécessités de notre mère la sainte Église; vous savez ce qui lui manque, et vous lui accordez le secours dont elle a besoin par les prières de vos serviteurs; vous voulez qu’ils soient des murs sur lesquels s’appuient les murs de la sainte Église: car la clémence du Saint Esprit les embrase du zèle de sa réforme. Vous connaissez la loi de notre nature corrompue, qui se révolte sans cesse contre votre volonté. Vous saviez que nous devions la suivre; car vous n’ignorez pas combien nous sommes faibles, impuissants, misérables: aussi votre admirable Providence a tout disposé pour que nous ayons tous les secours nécessaires. Vous nous avez donné le rocher inexpugnable de la volonté, afin de défendre la-faiblesse de notre chair; car la volonté est si forte, que ni le démon, ni les créatures ne peuvent la vaincre sans le consentement du libre arbitre qui en dispose.

4. D’où vient, ô Bonté éternelle, cette force de la volonté dans votre créature, si ce n’est de vous qui êtes la Force souveraine et infinie? Oui, nous participons à votre volonté, quand la nôtre en découle. La volonté de l’homme est invincible quand elle obéit à la vôtre; elle est impuissante quand elle s’en éloigne; il est dit que vous l’avez faite à votre ressemblance, et tant qu’elle la conserve, elle triomphe, O Père éternel, vous montrez dans notre volonté la force de la vôtre: car, s’il y a tant de puissance dans une chétive créature, combien ne doit-il pas y en avoir en vous, Créateur et Maître de toutes choses!

5. Cette volonté que vous avez confiée à notre libre arbitre, est encore fortifiée par la lumière de la foi; par cette lumière, l’homme connaît votre éternelle volonté, et il voit qu’elle n’a d’autre but que notre sanctification. Cette vue augmente et fortifie sa volonté, qui par la foi devient active et puissante; car une volonté bonne et une foi vive ne peuvent exister sans les œuvres. Votre lumière produit et augmente le feu dans l’âme, parce qu’elle ne peut ressentir le feu de votre charité, si la lumière ne lui montre votre amour pour nous. Votre lumière est l’aliment du feu dans nos âmes comme le bois est celui du feu sur la terre; elle augmente la charité, parce qu’elle montre la bonté divine, et cette charité se développe en elle, parce qu’elle désire connaître Dieu davantage, et que vous voulez toujours la satisfaire.

6. O Providence admirable, vous ne voulez pas que l’homme marche dans les ténèbres, et qu’il l’este dans la peine; vous lui avez donné la lumière de la foi, qui éclaire sa route, et lui procure la paix. Avec elle, I’âme ne peut mourir de faim, ni languir dans la nudité de la misère. Vous la nourrissez de votre grâce, vous lui faites savourer les douceurs de votre charité, vous la revêtez de la robe nuptiale de votre amour et des ornements de votre volonté sainte; vous lui prodiguez les trésors de votre éternité. J’ai péché, Seigneur, ayez pitié de moi; car les ténèbres de la loi mauvaise qui est en moi, -et que j’ai toujours suivie, ont obscurci le regard de mon intelligence. Je ne vous ai pas connu, vous qui êtes la véritable Lumière, et cependant il a plu à votre ardente charité de m’illuminer de ses clartés.

7. Oui, vous aviez prévu la faute que devait commettre l’homme, et vous avez préparé un remède à cette faute dans le Verbe, notre Rédempteur. Vous avez prévu notre faiblesse, et vous avez préparé un secours à cette faiblesse dans la force de la volonté, qui a son origine en vous; et ce qui la guide et la soutient, c’est la lumière sacrée de la foi; c’est cette lumière qui est le commencement, le milieu et la fin de toute perfection; c’est elle qui la conserve et l’augmente dans les âmes; c’est elle qui féconde la charité et lui fait produire des œuvres (Ce paragraphe ne se trouve pas dans la version latine).

8. O Dieu, Amour, Charité infinie! vous pénétrez votre créature; elle est en vous, et vous en elle, par la création, par la force de la volonté, par ce feu dont vous l’avez animée, par la lumière naturelle que vous lui avez donnée pour vous voir, ô véritable Lumière, pour s’exercer avec zèle à toutes les vertus, pour louer et glorifier votre saint nom. O Lumière au dessus de toute lumière! ô Bonté au dessus de toute bonté! ô Sagesse au dessus de toute sagesse, Feu au dessus de tout feu! vous êtes tout; car seul, vous êtes Celui qui est, et rien ne peut être s’il n’a reçu l’être de vous.

9. O mon âme, aveugle et misérable, n’es-tu pas indigne de former avec les serviteurs de Dieu un appui à la sainte Église? Ne mériterais-tu pas plutôt d’être dévorée par les bêtes dont tu accomplis toujours les actes? Je vous rends grâces, ô Dieu éternel, je vous rends grâces de vouloir bien m’utiliser ainsi malgré mes iniquités.

10. Je vous en conjure, inspirez aux cœurs de vos fidèles des désirs ardents qui les excitent à la réforme de votre Épouse; faites qu’ils prient sans cesse pour elle, afin que vous puissiez les exaucer. Conservez aussi et augmentez le bon vouloir de votre Vicaire, et accordez-lui de rendre sa vie parfaite.

11. Je vous prie aussi, et je vous implore pour toutes les créatures raisonnables, mais surtout pour ceux que vous m’avez confiés, et que je vous rends, à cause de mon insuffisance et de ma faiblesse. Je ne veux pas que mes péchés leur nuisent, car j’ai toujours suivi la pente mauvaise de la chair; je désire et je demande que vous les conduisiez à la perfection, afin qu’ils méritent d’être exaucés dans les prières qu’ils vous adressent et qu’ils doivent vous adresser pour le salut du monde et la réforme de votre Église. J’ai péché, Seigneur, ayez pitié de moi; pardonnez-moi ma misère et mon ingratitude, ô Dieu éternel. Je reconnais que votre bonté a bien voulu me conserver pour épouse, malgré mes infidélités continuelles et mes fautes sans nombre. J’ai péché, Seigneur, ayez pitié de moi.

VIII – Prière faite à Rome, le mardi 22 février de l’an 1379.

1. O Dieu éternel! Dieu éternel, je vous en conjure, ayez pitié de nous! Vous l’avez dit, auguste Trinité, la compassion qui fait naître la miséricorde vous est naturelle: accordez-nous donc cette miséricorde qui en est inséparable. Oui, je le reconnais, c’est votre compassion qui nous a donné votre Verbe pour rédempteur, et cette compassion avait sa source dans cet amour qui vous a fait créer votre créature. Parce que vous l’aimiez, vous avez voulu, après la perte de son innocence, la revêtir encore de votre grâce, et la rétablir dans son premier état. Vous ne lui avez pas ôté la liberté de vous offenser, mais vous lui avez laissé son libre arbitre, et cette loi mauvaise qui combat contre l’esprit et incline l’âme au mal.

2. Pourquoi, mon Dieu, lorsque vous lui êtes si bon, l’homme est-il si cruel pour lui-même? Quelle plus grande cruauté peut-il exercer contre lui que de se tuer par le péché? Il est bon envers ses sens; mais cette bonté est une barbarie contre son âme et même contre son corps, puisque le corps sera tourmenté avec l’âme dans l’enfer. Cette conduite vient de son aveuglement, qui l’empêche de connaître votre bonté pour nous. Montrez-lui donc que votre bonté ne lui servira de rien, s’il n’en a pas aussi pour lui-même; car vous avez créé l’homme sans l’homme, mais vous ne pouvez le sauver sans lui.

3. O Père tendre et miséricordieux! vous voulez que l’homme connaisse votre infinie bonté, afin qu’il apprenne à être bon pour lui-même, et ensuite pour son prochain; car, comme l’a dit le glorieux Apôtre, la charité doit commencer par nous-même. Que l’âme regarde votre bonté, afin qu’elle perde sa cruauté, et qu’elle prenne la nourriture qui la soutient et lui donne la vie. Dieu éternel, Abîme ardent de charité, votre regard veille sur nous; et pour que votre créature sache que votre miséricorde et votre justice observent les œuvres de chacun, vous lui avez donné l’œil de l’intelligence, qui voit que tout bien procède de la lumière, et que tout mal est causé par sa privation; car comment aimer ce qu’on ne voit pas, et comment voir sans la lumière?

4. O Dieu éternel, Père tendre et miséricordieux, ayez compassion de nous; nous sommes des aveugles car nous nous sommes privés de la lumière; moi, surtout, pauvre misérable, qui me nuis toujours à moi-même. Jetez ce regard de bonté qui a tout créé, sur les besoins du monde, et daignez le secourir. Vous nous avez donné l’être que nous n’avions pas, sauvez donc ce qui vous appartient. Vous avez répandu, quand il le fallait, la lumière de vos Apôtres sur le monde; nous en avons maintenant besoin plus que jamais; suscitez un autre Paul, dont les clartés illuminent toute la terre. Étendez votre miséricorde comme un voile qui nous cache aux regards de votre justice; ne jetez sur nous que ceux de votre bonté; enchaînez-nous avec les liens de votre charité, et qu’elle détruise tous les motifs de votre colère.

5. O douce et suave Lumière, ô Principe et Fondement de notre salut, puisque vous voyez nos besoins, faites-nous voir aussi votre éternelle bonté, pour la connaître et pour l’aimer. O union et rapport du Créateur avec la créature, et de la créature avec le Créateur, c’est votre charité qui nous attache à vous, c’est votre lumière qui est notre lumière. Oui, celui qui ouvre les yeux de son intelligence avec le désir de vous connaître, vous connaît. La lumière entre dans l’âme, dès que la volonté lui donne entrée; elle est toujours à la porte de l’âme, et dès qu’on lui ouvre, elle entre comme les rayons du soleil qui frappent à une fenêtre fermée pour pénétrer dans une maison et l’éclairer. Il faut que votre créature ait la volonté de vous connaître, afin qu’elle ouvre son intelligence, et que vous y répandiez vos splendeurs.

6. Quel miracle ne produisez-vous pas dans l’âme, ô bonne Lumière! Non seulement vous en chassez les ténèbres et vous y versez la clarté, mais vous détruisez par votre chaleur l’humidité de l’amour-propre, et vous entretenez l’ardeur vivifiante de la charité; vous rendez le cœur libre, parce que vous lui faites connaître la liberté que vous nous avez donnée, en nous arrachant à la servitude du démon, à laquelle nous étions si malheureusement livrés.

7. L’homme alors hait sa faiblesse à l’égard des sens; il devient dur pour eux et bon pour sa raison, en se rendant maître des puissances de son âme. Il ferme sa mémoire aux misères et aux vains plaisirs du monde; il se détache d’eux par l’oubli, et vos bienfaits deviennent l’unique objet de ses pensées. Il oblige sa volonté à v6us aimer par dessus toutes choses, et à aimer tout en vous.

8. Il ne veut plus suivre que vous, et alors il est bon pour lui-même, et comme il est bon pour lui, il est bon pour son prochain; il est prêt à donner sa vie pour le salut des âmes. Tout ce qu’il fait par charité, il le fait avec prudence, parce que vous lui montrez avec quelle prudence vous accomplissez tout en nous. Vous êtes la lumière qui rendez le cœur droit sans fausseté, large sans petitesse, tellement que toute créature raisonnable devient susceptible d’amour, et cherche le salut des autres selon les lois de la charité. Comme la lumière est inséparable de la prudence et de la sagesse, celui qu’elle éclaire expose bien son corps pour le salut du prochain, mais il n’y sacrifie jamais son âme; il n’est jamais permis à l’homme de commettre la faute la plus légère, cette faute devrait-elle sauver le monde; car pour l’utilité d’une créature finie, qui n’est rien par elle-même, on ne doit pas offenser le Créateur infini de toutes choses, qui est le souverain Bien.

9. Celui qui voit la lumière abandonnera s’il le faut sa fortune, pour sauver la vie de son prochain. Son cœur sera si ouvert, que tout le monde pourra y lire et le comprendre. Jamais son visage et sa langue ne déguiseront sa pensée; il se montrera dépouillé du vieil homme, et revêtu de votre volonté. O Père tout puissant, notre méchanceté vient de ce que nous ne voyons pas la bonté avec laquelle vous avez racheté nos âmes dans le sang précieux de votre Fils.

10. O Père miséricordieux, jetez un regard de bonté sur votre Église et sur votre Vicaire; abritez-le sous les ailes de votre miséricorde, afin que l’iniquité des superbes ne puisse lui nuire, et accordez-moi d’arroser de mon sang et d’engraisser de la mœlle de mes os le jardin de votre sainte Épouse. Si je regarde en vous, je vois que rien ne vous est caché. Les hommes du monde l’ignorent parce qu’ils sont ensevelis dans les ténèbres de l’amour-propre. S’ils le savaient, ils ne seraient pas si cruels pour leurs âmes, mais ils deviendraient bons à cause de votre bonté. Oh! je vous le demande de tout mon cœur, accordez la lumière nécessaire à toute créature raisonnable.

11. Oui, par le Verbe votre Fils, vous avez été à la fois bon et juste; son corps sacré a satisfait votre justice pendant que nos misères étaient l’objet de votre bonté. O Bonté suprême! comment n’attendrissez-vous pas notre dureté? comment mon cœur n’échappe-t-il pas de mes lèvres? Il faut qu’un nuage obscurcisse mon esprit, et que mon âme n’aperçoive pas votre ineffable tendresse. Quel père livrera pour un serviteur révolté son propre fils à la mort? Il n’y a que vous, ô mon Dieu! Vous avez revêtu votre Verbe de notre chair afin qu’il souffrit, et que nous puissions en recueillir le fruit si nous le voulons. Il faut maintenant que notre sensualité souffre, pour que notre âme reçoive le fruit de vie; c’est la loi et la vérité; car vous avez dit: « Je suis la Voie, la Vérité, et la Vie » (Jean, XIV, 6). Si nous voulons acquérir votre bonté, il faut marcher dans le chemin que vous avez volontairement suivi.

12. O Dieu éternel! je me plains moi-même à vous: punissez-moi d’être si cruelle pour mon âme et si faible pour mes sens. J’ai péché, Seigneur, ayez pitié de moi. O bienfaisante cruauté! qui brise et qui surmonte la sensualité pendant cette vie passagère, pour glorifier l’âme pendant l’éternité! D’où vient la patience, d’où viennent la foi, l’espérance et la charité, si ce n’est de cette bonté, qui enfante la miséricorde? Qui détache l’âme d’elle-même pour l’attacher à vous? c’est cette bonté qu’on obtient par votre lumière.

13. O Bonté ineffable! Bonté qui détruisez comme un baume délicieux la colère et la cruauté dans les âmes! je vous le demande encore, communiquez-vous à toutes les créatures raisonnables, et surtout à ceux que vous m’avez dit d’aimer d’un amour particulier. Rendez-les bons, afin qu’ils exercent cette cruauté parfaite qui détruit les vices de la volonté. Vous avez enseigné cette cruauté lorsque vous avez dit: « Celui qui vient à moi, et qui ne hait pas son père, sa mère, son épouse, ses enfants, ses frères et son âme, ne peut être mon disciple » (Luc, XIV, 20). Haïr son âme est difficile. Les serviteurs du monde haïssent souvent le reste sans agir par vertu;cela n’est pas difficile, mais il est plus pénible à l’homme de quitter sa nature que de la suivre. Notre nature est raisonnable;nous devons par conséquent obéir à la raison.

14. O vérité suprême! vous êtes un parfum au dessus de tous les parfums, une magnificence au dessus de toutes les magnificences, une bonté au dessus de toutes les bontés, vous êtes une justice qui surpasse toutes les justices; vous êtes la source même de la justice, qui rend à chacun selon ses œuvres. C’est par justice que vous permettez que le méchant se nuise à lui-même, en désirant des choses aussi viles que les richesses et les plaisirs du monde; car tout ce que vous avez créé est au dessous de l’homme. Vous l’avez fait pour qu’il en soit le maître, et non l’esclave. Vous seul êtes plus grand que nous, et c’est vous seul que nous devons toujours chercher, toujours servir. Aussi votre justice veut que l’homme de bien trouve en cette vie même la paix et le repos de son âme, parce qu’il met son affection en vous, qui êtes la paix véritable et le repos suprême. Ceux qui fournissent ainsi courageusement la carrière recevront de votre miséricorde la vie éternelle.

15. Vous êtes la Bonté infinie; personne ne vous contemple et ne vous comprend plus que vous ne le permettez; et vous le permettez autant que nous dilatons nos âmes pour vous recevoir. O très doux Amour! jamais je ne vous ai bien connu, et par conséquent jamais je ne vous ai bien aimé. Je vous recommande avec instance ceux dont vous m’avez chargée: vous me les avez confiés pour que je les réveille, et je dors toujours. Réveillez-les vous-même, ô Père tendre et secourable, afin que le regard de leur intelligence soit toujours fixé sur vous. J’ai péché, Seigneur, ayez pitié de moi! Mon Dieu, venez à mon aide! Seigneur, hâtez-vous de me secourir! Ainsi soit-il.

IX – Prière faite à Rome, le 1er mars 1379.

1. O puissante et éternelle Trinité, Trinité éternelle, Trinité éternelle, c’est vous qui nous avez donné le doux, l’aimable Verbe! O doux, ô aimable Verbe! autant notre nature est faible et portée au mal, autant la vôtre est forte et propre au bien! L’homme est faible parce qu’il a reçu une nature faible de son père; car le père ne peut donner à son fils une autre nature que celle qu’il a en lui-même. Nous sommes enclins au mal, parce que nous recevons avec la vie une chair révoltée. Notre nature est fragile et vicieuse, parce que nous sortons tous d’Adam comme d’une même souche. Notre premier père est devenu faible, parce qu’il s’est séparé de votre force infinie, ô Père éternel; il s’est révolté contre vous, et il a trouvé la révolte en lui; il a quitté le principe de la puissance et de la bonté, il est tombé dans la défaillance et les mauvais penchants.

2. O Verbe, Fils de Dieu, votre nature est forte et propre au bien; car vous l’avez reçue de votre Père tout puissant. Il vous a donné sa nature divine, où rien n’est imparfait, où le mal n’a jamais été et ne peut jamais être. Aussi, aimable Verbe, vous avez soutenu notre faiblesse en vous unissant à nous. Par cette union, vous avez fortifié notre nature; par la vertu de votre Sang, vous en avez guéri l’infirmité dans le saint baptême. Et lorsque nous sommes arrivés à l’âge de raison, nous avons été affermis par votre doctrine; car l’homme qui la suit dans la vérité en s’en revêtant parfaitement, devient si fort et si porté au bien, qu’il sent à peine la révolte de la chair contre l’esprit.

3. Son âme est intimement unie à votre doctrine et son corps, soumis à son âme, en veut suivre tous les mouvements. Ce qui le charmait autrefois dans les joies coupables du monde lui fait maintenant horreur, et les vertus qui lui semblaient si pénibles à pratiquer deviennent ses plus chères délices il est donc bien vrai, ô Verbe éternel, que vous corrigez la faiblesse de notre nature par la force de la nature divine que vous avez reçue de votre Père, et cette force vous nous l’avez donnée par le Sang et par la doctrine.

4. O Sang, que j’appelle éternel parce qu’il est uni à la nature divine (Quelques théologiens ont critiqué cette expression eterno sangue, sang éternel! Mais sainte Catherine l’explique elle-même, par l’union avec la nature divine, avant les siècles, dans la pensée de Dieu. C’est dans le même sens qu’il est dit dans l’Apocalypse: Agnus qui occisus est ab origine mundi (XIII, 8). Saint Paul dit: Per proprium sanguinem introivit semel in sancta aeterna redemptione inventa (Hb., IX, 12) et saint Thomas explique ainsi ce passage: Quasi dicat Per istum sanguinem redempti sumus, et hoc in perpetuum, quia virtus ejus est infinita), l’homme qui connaît votre force par la lumière, se sépare de sa faiblesse; car la lumière véritable ne s’acquiert jamais sans la haine de la sensualité, qui détruit la lumière naturelle. O Sang délicieux, vous fortifiez l’âme, vous l’illuminez, vous la rendez angélique, vous l’enveloppez de votre charité, au point qu’elle s’oublie elle-même et qu’elle ne peut plus voir que vous; la faible chair qui lui est unie sent elle-même le parfum des vertus; le corps et l’âme n’ont qu’une voix pour crier vers vous, et cela tant que leur saint désir augmente et se développe. Sitôt que le désir se refroidit, la révolte de la chair se réveille plus violente que jamais. O doctrine de vérité, vous donnez à l’âme qui vous possède une telle force, qu’aucune adversité ne peut l’abattre. Dans tout combat, elle trouve la victoire; elle est invincible tant qu’elle vous suit, parce que vous venez de la Force suprême; mais si elle ne vous suivait pas, votre force lui serait inutile. Hélas! pauvre malheureuse, je n’ai jamais suivi la vraie doctrine, et je suis si faible, que la moindre épreuve m’abat. J’ai péché, Seigneur, ayez pitié de moi.