Prières de Sainte Catherine de Sienne XIII, XIV, XV

XIII – Prière faite à Rome.

1. O Dieu d’amour, que puis-je dire de votre Vérité? Parlez de la vérité, vous qui êtes la Vérité. Moi je vous ignore, et je ne puis parler que des ténèbres. Je n’ai pas suivi le Fruit de votre croix, et j’ai marché dans les ténèbres sans les connaître; car celui qui connaît les ténèbres connaît la lumière. Mais moi j’ai suivi les ténèbres, et je ne les ai pas approfondies. Dites-moi, Seigneur, la vérité sur votre croix, et j’écouterai. Vous me dites qu’il y en a qui persécutent le Fruit de votre croix, et c’est vous qui êtes le Fruit de votre croix. O Verbe! Fils unique de Dieu, qui, par l’excès de votre amour pour nous, vous êtes placé comme un fruit sur deux arbres: sur l’arbre de la nature humaine d’abord, pour nous révéler la vérité de votre Père invisible, que vous représentez; sur l’arbre de la Croix ensuite, où ce ne sont pas les clous qui vous ont attaché, mais les seules forces de votre amour, et cela pour nous montrer la vérité de la volonté de votre Père qui voulait notre salut.

2. C’est de cet arbre qu’a coulé le Sang précieux qui, par l’union de la nature divine, nous a donné la vie, et qui, par sa vertu, nous purifie encore du péché dans les sacrements. Vous avez déposé ce Sang dans les celliers de l’Église militante, et vous en avez donné les clefs et la garde à votre Vicaire sur terre. Les hommes ne le savent et ne le comprennent que par la lumière dont vous éclairez leur intelligence, la partie la plus noble de notre âme. Et cette lumière est la lumière de la foi, que vous accordez à tout chrétien dans le baptême, où votre grâce coule pour effacer la tache originelle et nous donner la lumière suffisante pour nous conduire à la béatitude.

3. Nous pouvons, par la corruption de l’amour-propre, obscurcir nos yeux, que votre grâce a illuminés clans le baptême. Nous pouvons nous aveugler par les nuages de la tiédeur et les vapeurs de l’amour-propre; et alors nous vous méconnaissons, vous et le véritable bien. Nous appelons mal ce qui est bien, et bien ce qui est mai, et nous devenons, par cet abus de la vérité, plus ingrats et plus mauvais que si nous n’avions pas reçu la lumière; car un chrétien qui s’égare est pire qu’un infidèle; il peut seulement recourir plus facilement au remède qui doit le guérir, à cause des lueurs de la foi qui reste encore en lui.

4. Oui, Seigneur, ceux-là sont les ennemis de votre Croix et de votre Sang; car ils ne vous suivent pas dans votre Passion; ils vous persécutent, ils attaquent votre Vicaire, qui a les clefs du cellier où se conservent votre Sang et le sang des martyrs, qui n’a de vertu que par le vôtre. Leur rébellion et leurs péchés viennent de ce qu’il ont perdu la lumière de la Vérités qu’on acquiert par la foi (Sainte Catherine parle ici de la rectitude de jugement que donne la foi.). Aussi les philosophes qui connaissaient les créatures, mais qui n’avaient pas la foi, n’ont-ils pu se sauver.

XIV – Prière faite à Rome.

1. O Dieu éternel, délivrez-moi des chaînes de mon corps, afin que je puisse voir votre Vérité; car maintenant la mémoire ne peut vous saisir, l’intelligence vous comprendre, et la volonté vous aimer comme vous le méritez. O Nature divine, qui ressuscitez les morts, et qui seule donnez la vie, comment vous êtes-vous unie à notre nature mortelle, pour lui rendre la vie? O Verbe éternel! cette union était si parfaite, que rien n’a pu la rompre. Sur la Croix, la nature mortelle souffrait, mais la nature divine vivifiait, et vous étiez à la fois dans la béatitude et la douleur: le tombeau même n’a pu séparer vos deux natures.

2. O Père éternel! vous avez revêtu votre Verbe de notre nature, afin qu’en elle il satisfit pour nous; vous avez voulu punir le Fils véritable pour la faute du fils adoptif. O Père éternel! que vos jugements sont profonds et ineffables! L’homme insensé peut-il les comprendre? Il juge d’après les apparences vos œuvres et celles de vos serviteurs, au lieu de les juger d’après la charité que vous répandez dans les âmes.

3. Homme ignorant et grossier, puisque Dieu t’a fait homme pourquoi te faire animal et abaisser ton jugement au dessous de celui de la brute? Tu sais que ceux qui sont ainsi tombent dans les peines éternelles de l’enfer; et là, l’homme est anéanti, non pas quant à la nature, mais quant à la grâce qui perfectionne la nature, et sans laquelle tout n’est rien.

XV – Prière faite à Rome, le 12 août, jour de l’octave de saint Dominique.

1. O ingratitude de l’homme! ô amour incompréhensible et infini de Dieu! Vous dites, Père éternel, que l’homme qui se regarde vous trouve en lui-même, parce qu’il a été fait à votre image; il a la mémoire pour vous retenir, vous et vos bienfaits, et il participe à votre puissance; il a l’intelligence pour vous connaître, et il participe à votre Sagesse, qui est votre Fils unique, notre Sauveur Jésus-Christ; il a la volonté pour vous aimer, et il participe à la clémence du Saint Esprit. Ainsi, non seulement vous l’avez créé à votre ressemblance, mais vous avez pour ainsi dire en vous sa ressemblance, puisque vous êtes en lui et qu’il est en vous.

2. Je ne me suis pas connue en vous, mon Dieu; je ne vous ai pas connu en moi, et c’est là le malheur des pauvres ignorants qui vous offensent. Sans leur ignorance, pourraient-ils ne pas vous aimer? Cette ignorance est causée par la privation de la lumière de la grâce, et cette privation vient elle-même des nuages que produit l’amour sensitif. La conformité entre les hommes est si grande, que quand ils ne s’aiment pas ils s’éloignent de leur propre nature.

À la fin de cette prière, on lit dans la version latine: « Sainte Catherine pria ensuite pour les siens, afin qu’ils participassent à la nature divine, en s’aimant les uns les autres, car c’est la vraie ressemblance. Et elle ajouta: Mon Dieu, je ne puis avoir une plus grande grâce que de passer ma vie dans les peines, et de la terminer pour vous par le martyre »