Prières de Sainte Catherine de Sienne XXII, XXIII, XXIV

 XXII – Prière faite à Borne, le jour de la Circoncision, à la recommandation d’un Cardinal dominicain, pour obtenir la circoncision des pécheurs endurcis.

1.- O Dieu souverain, ineffable Amour, Feu éternel qui éclairez les âmes, qui les embrasez du souffle de votre charité et qui détruisez en elles, autant que vous le pouvez tout ce qui vous est contraire, l’amour vous a forcé de nous donner la vie, et de vous révéler à nous pour l’honneur et la gloire de votre nom; ce même amour vous a forcé de revêtir notre mortalité pour nous retirer de nos égarements, et c’est aujourd’hui surtout que parait cet amour.

2. Pour enseigner l’humilité à ceux que vous aimez, vous vous êtes rendu accessible à la douleur: vous qui avez fait la loi, vous vous y êtes soumis. Que l’homme rougisse clone de la dureté de son cœur, et de la violation de la loi que vous lui avez donnée, puisque vous, notre Dieu, vous avez voulu l’observer. Vous nous avez montré aujourd’hui en vous le néant de notre humanité, pour que nous apprenions à nous anéantir en vous. Vous avez souffert, pour nous racheter et nous renouveler dans l’amour de votre Passion, afin que nous puissions à votre exemple souffrir avec courage.

3. Que toute âme se fonde et se perde dans votre amour, ô Créateur, ô Dieu véritable, qui avez tiré l’homme de vous-même pour qu’il vous connût, vous aimât et vous suivit comme son unique fin. Et nous avons résisté à tant de bienfaits; ô Majesté éternelle! nous avons osé nous éloigner de vous. Encore aujourd’hui, votre bonté présente à nos âmes l’anneau de votre charité pour en faire ses épouses, si elles veulent accepter les conditions qui les fout participer à votre éternité.

4. Aujourd’hui, vous avez donné à mon âme la rémission de ses péchés, par l’intermédiaire de votre ministre, dont la puissance est la vôtre. Vous m’avez créée sans moi, mais vous ne pouvez me sauver sans moi; et c’est par la prière et la confession que j’ai obtenu de votre Vicaire la rémission de mes péchés. Votre indigne servante vous en remercie, Seigneur; et puisque votre grâce m’a purifiée, ô mon Amour et mon Dieu, je vous conjure de faire miséricorde au monde, et de l’éclairer, pour qu’il reconnaisse votre Vicaire dans la pureté de la foi, et qu’il le suive à la clarté de votre lumière.

5. Donnez aussi à votre Vicaire un cœur courageux et tout revêtu de votre sainte humilité. Je vous le demande avec instance, et je ne cesserai de le demander à votre bonté, ô mon Amour, jusqu’à ce que vous m’ayez exaucée. Manifestez en lui votre vertu; que son âme virile brûle sans cesse de vos saints désirs, qu’elle soit pénétrée de votre humilité, et qu’elle agisse avec votre douceur, votre charité, votre pureté, votre sagesse; qu’elle attire à lui l’univers tout entier. Oui, donnez à votre Vicaire l’abondance de votre vérité, afin qu’il connaisse ce qu’il était par lui-même et ce que vous êtes en lui par votre grâce.

6. Éclairez aussi ceux qui le combattent et qui résistent au Saint Esprit et à votre toute-puissance par l’incirconcision de leur cœur. Frappez à la porte de leurs âmes, car ils ne peuvent se sauver sans vous. Pour les convertir, ô mon Dieu, réveillez la vie en eux, et que votre amour ineffable vous force, dans ce jour de grâce, à amollir leur dureté, afin qu’ils reviennent à vous et qu’ils ne périssent pas puisqu’ils vous ont offense, ô Dieu de souveraine clémence, punissez sur moi leurs offenses. Voici mon corps, je vous l’offre, je vous le livre comme une enclume ou leurs fautes doivent être détruites.

7. Seigneur, vous avez donné à votre Vicaire un cœur naturellement fort, je vous demande humblement que vous donniez aussi à son intelligence une lumière surnaturelle qui le porte à la vertu et l’empêche de tomber dans l’orgueil. Détruisez tout amour-propre en lui, en nous et dans tous vos ennemis, afin que nous puissions nous réconcilier avec eux lorsque vous aurez adouci leur dureté, et qu’ils se seront soumis à votre obéissance.

8. Je vous offre ma vie, maintenant et quand il vous plaira; utilisez-la pour votre gloire. Je vous supplie, par les mérites de votre Passion, de purifier votre Épouse de ses anciennes souillures, et de retrancher de son sein les rameaux stériles. Ne tardez pas davantage, je vous en conjure, ô mon Dieu. Je sais que vous pouvez par la force redresser à la longue les branches difformes de vos ennemis; mais hâtez-vous, éternelle Trinité: puisque vous avez fait quelque chose de rien, il ne vous sera pas difficile de vous servir de ce qui existe, et d’en retrancher le mal. Je vous recommande mes enfants, et je présente à votre Majesté sainte celui par le ministère duquel vous vous êtes aujourd’hui donné à moi. Donnez-vous aussi à lui; renouvelez-le à l’intérieur et à l’extérieur, afin que tous ses actes soient conformes à votre bon plaisir. Daignez m’exaucer et recevez mes actions de grâces, ô Vous, le Béni dans tous les siècles des siècles! Ainsi soit-il.

XXIII- Prière faite par sainte Catherine pendant l’extase qui suivit sa communion, le jour de la Conversion de saint Paul, en 1377. Elle fut recueillie par le bienheureux Raymond, son confesseur.

Cette prière ne se trouve pas dans la version latine.

1. O Trinité éternelle, Dieu unique, Dieu un en essence et trine en personnes, permettez-moi de vous comparer à une vigne qui a trois rameaux. Vous avez fait l’homme à votre image et ressemblance. Par les trois puissances qu’il, a en son âme, il ressemble à votre Trinité et à votre unité. Et pour ajouter à cette ressemblance, par la mémoire, il ressemble et s’unit au Père, auquel on attribue la puissance; par l’intelligence, il ressemble et s’unit au Fils, auquel on attribue la sagesse; par la volonté, il ressemble et s’unit au Saint Esprit, auquel on attribue la clémence, et qui est l’amour du Père et du Fils.

2. O Paul, saint Apôtre, vous avez bien connu cette vérité. Vous saviez parfaitement d’où vous veniez, où vous alliez; non seulement où vous alliez, mais par quel chemin vous alliez, car vous avez connu votre principe et votre fin, et par quelle voie vous alliez à votre fin. Aussi, vous avez uni les puissances de votre âme aux personnes divines. Vous avez uni votre mémoire au Père, en Vous rappelant parfaitement qu’il est le principe d’où procède toutes choses, non seulement les choses créées, mais encore, en leur manière, les personnes divines. Et par conséquent, vous n’avez pas douté qu’il ne fût votre principe.

3. Vous avez uni la puissance de votre intelligence au Fils, le Verbe, en comprenant parfaitement l’ordre qui ramène les choses créées à leur fin, qui est le même principe réglé par la sagesse du Verbe. Et pour que cela fût plus clairement manifesté, le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous, afin qu’étant la Vérité, il traçât par ses œuvres la voie qui conduit à la vie pour laquelle nous étions créés, et dont nous étions privés.

4. Vous avez uni votre volonté au Saint Esprit, en aimant parfaitement cet amour, cette clémence que vous voyiez être la cause de votre création et de tous les dons gratuits que vous aviez reçu; et vous saviez que cette divine clémence agissait toujours uniquement pour votre bonheur et votre sanctification.

5. En ce jour le Verbe vous convertit de l’erreur à la vérité; vous avez reçu la grâce d’un ravissement où vous avez vu la divine Essence en trois personnes. Lorsque cette vision finit, et que vous êtes revenu à votre corps ou à vos sens, vous êtes resté revêtu seulement de la vision du Verbe incarné, et en la méditant vous avez compris que ce Verbe incarné, par ses souffrances continuelles, avait été la gloire de son Père et notre salut.

6. Alors vous êtes devenu avide et affamé de souffrances; vous oubliiez tout le reste, et vous confessiez que vous ne saviez autre chose que Jésus, et Jésus crucifié. Comme dans le Père et dans l’Esprit Saint ne peut se trouver la souffrance, vous paraissiez oublier ces deux Personnes divines, et vous disiez que vous ne connaissiez que le Fils Jésus, qui souffrit de si grands tourments; vous ajoutiez: Jésus crucifié.

XXIV – Prière faite à Rome.

1. O Dieu éternel, Père tout puissant! Feu qui brûlez toujours, Flamme ardente de charité, mon Dieu, mon Dieu! ce qui montre votre bonté et votre grandeur, c’est le présent que vous avez fait l’ l’homme. Ce présent, c’est vous tout entier, vous l’infinie, l’éternelle Trinité: et le lieu où vous avez daigné descendre pour vous donner, c’est l’étable de notre humanité, qui était devenue le repaire des animaux, c’est-à-dire des péchés mortels. Vous avez voulu y naître pour faire comprendre à quel degré de misère l’homme était parvenu par sa faute. Vous vous êtes donné tout entier en vous faisant semblable à notre humanité, et en vous unissant à elle.

2. O Dieu éternel! Dieu éternel, vous me dites de regarder votre Divinité, afin de me voir en vous, et de mieux connaître, par votre grandeur, ma misère et ma bassesse. Mais si je ne me dépouille pas d’abord de ma volonté propre, je ne puis vous voir. Vous m’avez enseigné qu’il fallait me dépouiller de ma volonté, en me connaissant moi-même, parce qu’en me connaissant je vous connais, et en vous connaissant mon âme se dépouille de sa volonté pour revêtir la vôtre.

3. Nous devons aussi arriver par la lumière à nous connaître en vous. O feu qui brûlez toujours, l’âme qui se connaît en vous, de quelque côté qu’elle se tourne, rencontre votre grandeur jusque dans les plus petites choses, dans les créatures raisonnables et dans tout ce que vous avez créé. Partout elle voit votre puissance, votre sagesse, votre bonté; car si vous n’en aviez pas eu le pouvoir, l’intelligence et la volonté, vous n’auriez pas tout créé vous êtes tout puissant, et vous avez manifesté votre puissance.

4. O âme misérable! tu ne t’es jamais connue en Dieu, parce que tu n’as pas dépouillé ta volonté corrompue, et que tu n’as pas revêtu la sienne. Comment voulez-vous, ô mon doux Amour, que je me regarde en vous? J’y vois que vous nous avez créés à votre image et ressemblance; j’y vois que vous, la Pureté même, vous vous êtes uni à la fange de notre humanité. C’est le feu de votre ineffable charité qui vous contraint et qui vous force à vous donner à nous en nourriture, vous, la Nourriture des anges, la souveraine, l’éternelle Pureté, qui demande tant de pureté, que, s’il était possible à la nature angélique de se purifier davantage, elle devrait le faire pour vous recevoir! Et comment l’âme se purifiera-t-elle? Par le feu de votre charité, en se lavant dans le sang de votre Fils unique.

5. O âme pleine de misère! comment t’approches-tu d’un si grand Sacrement sans mieux te purifier? N’as-tu pas honte, et n’es-tu pas digne d’habiter avec les bêtes et les démons, puisque tu accomplis les actes des bêtes, et que tu suis les inspirations du démon? O Bonté infinie! vous me montrez en vous que vous m’aimez, et que vous m’aimez gratuitement, afin que j’aime aussi d’un amour désintéressé mon prochain, et que je le serve spirituellement et corporellement autant que je le pourrai, sans espoir de récompense. Vous voulez que, malgré ses persécutions et son ingratitude, je ne l’abandonne jamais, et que je le secoure dans tous ses besoins.

6. Que ferai-je pour vous obéir? Je dépouillerai la corruption de ma volonté, je me regarderai en vous à la lumière le la foi, je me revêtirai de votre éternelle volonté, et je verrai que vous êtes, ô adorable Trinité, notre table, notre nourriture, notre serviteur. Oui, ô Père, vous êtes la table où nous est servi l’Agneau sans tache, votre Fils unique. Cet Agneau est notre suave et délicieuse nourriture; car il nous nourrit de sa doctrine, et il se donne dans la sainte communion pour nous soutenir et nous fortifier pendant le pèlerinage de cette vie. Le Salut Esprit est notre serviteur; car il nous sert cette doctrine qui éclaire notre intelligence et qui attire nos cœurs; il nous donne aussi cet amour du prochain, cette faim des âmes et du salut du monde pour l’honneur du Père. Aussi voyons-nous les âmes, éclairées en vous de la véritable lumière, ne laisser jamais s’écouler un instant sans se nourrir de cet amour et de ce désir du salut des âmes.

7. O infinie Bonté, vous nous montrez en vous les nécessités du monde, et surtout celles de la sainte Église, votre Épouse. Vous nous montrez l’amour que vous lui portez, puisque vous l’avez fondée dans le sang de votre Fils, et que vous l’y conservez. Vous montrez aussi votre amour pour votre Vicaire, puisque vous le rendez le dispensateur de ce précieux Sang. Je me regarderai en vous afin de devenir pure; et, lorsque vous m’aurez purifiée, je demanderai à votre miséricorde de jeter des regards de compassion sur les besoins de votre Église, et d’éclairer, de fortifier votre Vicaire. Éclairez aussi, ô Père très clément, vos serviteurs, pour qu’ils vous consultent en toute chose, et qu’ils soient fidèles aux lumières que vous leur donnez.

8. O souveraine Sagesse, non seulement vous avez créé l’âme, mais vous l’avez enrichie de trois puissances, de la mémoire, de l’intelligence et de la volonté; et ces puissances sont tellement unies, qu’il suffit d’une seule pour entraîner les autres. Si la mémoire s’occupe à voir votre bonté, aussitôt l’intelligence veut la comprendre, et la volonté veut l’aimer et suivre votre volonté. Pourquoi ne l’avez-vous pas créée seule? Parce que vous n’avez pas voulu qu’elle fût sans votre amour et sans celui du prochain; et quand elle est ainsi accompagnée, elle devient une même chose avec vous et avec le prochain. Alors s’accomplit cette parole de saint Paul: « Il y en a beaucoup qui courent dans la carrière, mais le prix n’appartient qu’à un seul ». (I Cor. IX, 24), c’est-à-dire à la charité.

9. Quand l’âme s’associe au péché, elle reste seule, parce qu’elle s’éloigne de vous, qui êtes le seul bien; et en s’éloignant de vous, elle se sépare de la charité du prochain et s’associe au néant du péché. J’ai péché, Seigneur, ayez pitié de moi. Jamais je n’ai su me connaître en vous; c’est votre lumière qui fait voir tout le bien qu’on connaît. Dans votre nature, Dieu éternel, je connaîtrai ma nature. Et quelle est votre nature, ô Amour ineffable? C’est un feu, et vous avez donné de cette nature à l’homme en le créant par le feu de l’amour, ainsi que toutes les autres créatures. Homme ingrat, ton Dieu t’a donné sa nature, et tu n’as pas honte de détruire en toi cette noblesse, en commettant le péché.

10. O Dieu, mon doux Amour, comment ce qui n’a pas l’apparence du feu est-il un feu? Oui, tout est feu, parce que vous avez tout créé par le feu de la charité. La plante que porte la terre n’est pas la terre, elle tire cependant de la terre sa substance. Il est donc Vrai que vous n’êtes autre chose qu’un feu (Ce paragraphe se trouve dans le latin seulement).

11. Trinité éternelle, mon doux Amour, vous la Lumière véritable, donnez-nous la lumière: vous la Sagesse, donnez-nous la sagesse; vous la Force infinie, donnez-nous la force. Dissipez, je vous en conjure, nos ténèbres, afin que nous puissions vous connaître parfaitement, et suivre votre Vérité dans la sincérité et la simplicité du cœur. O Dieu, venez à notre aide, hâtez-vous de nous secourir. Ainsi soit-il.