Archives de mot-clé : Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus

Le Dogme du Purgatoire – Première partie – Chapitres 4, 5, 6

Chapitre 4

Lieu du purgatoire

Bien que la foi ne nous dise rien de précis sur le lieu du purgatoire, l’opinion la plus commune, celle qui s’accorde le mieux avec le langage de l’Écriture et qui est plus généralement reçue parmi les théologiens, le place dans les entrailles de la Terre, non loin de l’enfer des réprouvés. Les théologiens sont presque unanimes, dit Bellarmin (Catech. Rom. cap. 6.), à enseigner que le purgatoire, du moins le lieu ordinaire des expiations, est situé dans le sein de la terre, que les âmes du purgatoire et les, réprouvés sont dans les mêmes espaces souterrains, dans ces régions profondes que l’Écriture appelle les enfers.

Doctrine des théologiens – Catéchisme du Concile de Trente.

Quand nous disons dans le Symbole des apôtres, que Jésus-Christ après sa mort est descendu aux enfers, « le nom d’enfers, dit le catéchisme du Concile de Trente, signifie ces lieux cachés, où sont détenues les âmes qui n’ont point encore obtenu la béatitude éternelle. Mais ces lieux sont de plusieurs espèces. L’un est une prison noire et obscure, où les âmes des réprouvés sont continuellement tourmentées, avec les esprits immondes, par un feu qui ne s’éteint jamais. Ce lieu, qui est l’enfer proprement dit, s’appelle encore géhenne et abîme.»

Il y a un autre enfer, où est le feu du purgatoire. C’est là que les âmes des justes souffrent pendant un certain temps, pour être entièrement purifiées, avant que l’entrée leur soit ouverte dans la céleste patrie; car rien de souillé ne saurait y entrer jamais. »

Un troisième enfer, était celui où étaient reçues, avant la venue de Jésus-Christ, les âmes des saints, et dans lequel elles jouissaient d’un repos tranquille, exemptes de douleurs, consolées et soutenues par l’espérance de leur rédemption. Ce sont ces âmes saintes qui attendaient Jésus-Christ dans le sein d’Abraham, et qui furent délivrées lorsqu’il descendit aux enfers. Le Sauveur alors répandit subitement au milieu d’elles une brillante lumière, qui les remplit d’une joie infinie, et les fit jouir de la souveraine béatitude, qui est dans la vision de Dieu. Alors se vérifia cette promesse de Jésus au larron: Aujourd’hui vous serez avec moi dans le paradis. »

Saint Thomas

« Un sentiment très-probable, dit saint Thomas (Supplém. Part. 3. Quest. Ult.), et qui répond d’ailleurs aux paroles des saints et aux révélations particulières, c’est qu’il y aurait pour l’expiation du purgatoire un double lieu. Le premier serait destiné à la généralité des âmes, et il est situé en bas, près de l’enfer; le second serait pour des cas particuliers, et c’est de là que seraient sorties tant d’apparitions. » – Le saint docteur admet donc, comme beaucoup d’autres avec lui, que parfois la justice divine assigne un lieu spécial à la purification de certaines âmes, et permet même qu’elles apparaissent, soit pour instruire les vivants, soit pour procurer aux défunts les suffrages dont ils ont besoin, soit pour d’autres raisons dignes de la sagesse et de la miséricorde de Dieu.

Tel est l’aperçu général de la doctrine sur le lieu du purgatoire. Comme nous ne faisons pas un traité de controverse, nous n’ajoutons ni preuves ni réfutations: on peut les voir dans les auteurs tels que Suarez et Bellarmin. Nous nous contenterons de faire remarquer que l’opinion des enfers souterrains n’a rien à craindre de la science moderne. Une science purement naturelle est incompétente dans les questions, qui appartiennent comme celle-ci à l’ordre surnaturel. Nous savons d’ailleurs que les esprits peuvent se trouver dans un lieu occupé par des corps comme si ces corps n’existaient pas. Quel que soit donc l’intérieur de la terre, qu’il soit tout en feu, comme les géologues le disent communément, ou qu’il soit en tout autre état, rien n’empêche qu’il ne serve de séjour à des esprits, même à des esprits revêtus d’un corps ressuscité. L’apôtre saint Paul nous apprend que l’air est rempli d’une foule d’esprits de ténèbres: Nous avons à combattre, dit-il, contre les puissances des ténèbres, contre les esprits malins répandus dans l’air (Ephes. VI, 12). D’autre part, nous savons que les bons anges qui nous protègent, ne sont pas moins nombreux en ce monde. Or, si les anges et autres esprits peuvent habiter notre atmosphère sans que le monde physique en éprouve la moindre modification, comment les âmes des morts ne pourraient-elles pas demeurer dans le sein de la terre?

Chapitre 5 – Lieu du purgatoire – Révélations des saints

Sainte Thérèse

Sainte Thérèse avait une grande charité pour les âmes du purgatoire et les aidait autant qu’il était en elle par ses prières et ses bonnes œuvres. Pour la récompenser Dieu lui montrait fréquemment les âmes qu’elle avait délivrées; elle les voyait au moment de leur sortie de l’expiation et de leur entrée dans le ciel. Or, elles sortaient généralement du sein de la terre.

« On m’annonça, écrit-elle (Vie de sainte Thérèse écrite par elle-même, chap. 38. Fête, 15 octobre p.26 fin p.27), la mort d’un religieux, qui avait été jadis provincial de cette province, et qui l’était alors d’une autre; j’avais eu des rapports avec lui, et il m’avait rendu de bons offices. Cette nouvelle me causa un grand trouble. Quoique ce fût un homme recommandable par bien des vertus, j’appréhendais pour le salut de son âme, parce qu’il avait été durant vingt ans supérieur, et que je crains toujours beaucoup pour ceux qui ont charge d’âmes. Je m’en allai fort triste à un oratoire; là je conjurai Notre Seigneur d’appliquer à ce religieux le peu de bien que j’eusse fait en ma vie, et de suppléer au reste par ses mérites infinis, afin de tirer son âme du purgatoire. »

Pendant que je demandais cette grâce avec toute la ferveur dont j’étais capable, je vis, à mon côté droit, cette âme sortir du fond de la terre et monter au ciel dans des transports d’allégresse. Bien que ce Père fût fort âgé, il m’apparut sous les traits d’un homme qui n’avait pas encore trente ans, et avec un visage tout resplendissant de lumière. Cette vision fort courte dans sa durée me laissa inondée de joie, et sans ombre de doute sur la vérité de ce que j’avais vu. Comme j’étais séparée par une grande distance de l’endroit où ce serviteur de Dieu avait fini ses jours, je n’appris qu’après un certain temps les particularités de sa mort édifiante: tous ceux qui en furent témoins ne purent voir sans admiration la connaissance qu’il garda jusqu’au dernier moment, les larmes qu’il versait, et les sentiments d’humilité dans lesquels il rendit son âme à Dieu. »

Une religieuse de ma communauté, grande servante de Dieu, était décédée il n’y avait pas encore deux jours. On célébrait l’office des morts pour elle dans le chœur; une sœur disait une leçon, et j’étais debout pour dire le verset: à la moitié de la leçon, je vis l’âme de cette religieuse sortir, comme celle dont je viens de parler, du fond de la terre, et s’en aller au ciel. Cette vision fut purement intellectuelle, tandis que la précédente s’était présentée à moi sous des images. Mais l’une et l’autre laissent à l’âme une égale certitude.»

Dans ce même monastère venait de mourir, à l’âge de dix-huit ou vingt ans, une autre religieuse, vrai modèle de ferveur, de régularité et de vertu. Sa vie n’avait été qu’un tissu de maladies et de souffrances patiemment supportées. Je ne doutais point qu’après avoir ainsi vécu, elle n’eût plus de mérites qu’il ne lui en fallait pour être exempte du purgatoire. Cependant, tandis que j’étais à l’office, avant qu’on la portât en terre, et environ quatre heures après sa mort, je vis son âme sortir également de terre et monter au ciel. » – Voilà ce qu’écrit sainte Thérèse.

Saint Louis Bertrand

Un fait analogue est rapporté dans la vie de saint Louis Bertrand, de l’Ordre de saint Dominique. Cette vie écrite par le P. Antist, religieux du même ordre, qui avait vécu avec le saint, est insérée dans les Acta Sanctorum, sous le 10 octobre. – L’an 1557, lorsque saint Louis Bertrand résidait au couvent de Valence, la peste se déclara dans cette ville. Le terrible fléau multipliant ses coups, menaçait tous les habitants et chacun tremblait pour sa vie. Un religieux de la communauté, le P. Clément Benet, voulant se préparer avec ferveur à la mort, fit au saint une confession générale de toute sa vie; et en le quittant, « mon Père, lui dit-il, s’il plaît maintenant à Dieu de m’appeler, je viendrai vous faire connaître mon état dans l’autre vie.»

– Il mourut en effet peu de temps après, et la nuit suivante il apparut au saint. Il lui dit qu’il était retenu au purgatoire pour quelques fautes légères qui lui restaient à expier, et le supplia de le faire recommander à la communauté. Le saint communiqua aussitôt cette demande au père prieur, qui s’empressa de recommander l’âme du défunt aux prières et aux saints sacrifices de tous les Frères réunis au chapitre.

Six jours après, un homme de la ville, qui ne savait rien de ce qui s’était passé au couvent, étant venu se confesser au père Louis, lui dit « que l’âme du P. Clément lui était apparue. Il avait vu, disait-il, la terre s’entrouvrir et l’âme du Père défunt en sortir toute glorieuse: elle ressemblait, ajoutait-il, à un astre resplendissant et s’élevait dans les airs vers le ciel.»

Sainte Madeleine de Pazzi

Nous lisons dans la vie de sainte Madeleine de Pazzi (25 mai), écrite par son confesseur, le P. Cépari de la Compagnie de Jésus, que cette servante de Dieu fut rendue témoin de la délivrance d’une âme dans les circonstances suivantes. Une de ses sœurs en religion était morte depuis quelque temps, lorsque la sainte, se trouvant en prière devant le très-saint Sacrement, vit sortir de terre l’âme de cette sœur, captive encore dans les prisons du purgatoire. Elle était enveloppée d’un manteau de flammes, au-dessous duquel une robe d’une éblouissante blancheur la protégeait contre les trop vives ardeurs du feu; et elle demeura une heure entière au pied de l’autel, adorant, dans un anéantissement indicible, le Dieu caché sous les espèces eucharistiques. Cette heure d’adoration que Madeleine lui voyait faire, était la dernière de sa pénitence; cette heure expirée, elle se leva et prit son vol vers le ciel.

Chapitre 6 – Lieu du purgatoire

Sainte Françoise de Rome

Il a plu à Dieu de faire voir en esprit les tristes demeures du purgatoire à quelques âmes privilégiées, qui devaient ensuite révéler ces douloureux mystères pour l’édification de tous les fidèles. De ce nombre fut l’illustre sainte Françoise (1), fondatrice des Oblates, qui mourut en 1440 à Rome, où ses vertus et ses miracles jetèrent le plus vif éclat. Dieu la favorisa de grandes lumières sur l’état des âmes dans l’autre vie. Elle vit l’enfer et ses horribles supplices; elle vit aussi l’intérieur du purgatoire, et l’ordre mystérieux, je dirais presque la hiérarchie des expiations, qui règne dans cette partie de l’Église de Jésus-Christ. Pour obéir à ses supérieurs, qui crurent devoir lui imposer cette obligation, elle fit connaître tout ce que Dieu lui avait manifesté; et ses visions, écrites sous sa dictée par le vénérable chanoine Matteotti, directeur de son âme, ont toute l’authenticité qu’on peut demander en ces matières.

Or la servante de Dieu déclara qu’après avoir subi avec un inexprimable effroi la vision de l’enfer, elle sortit de cet abîme et fut conduite par son guide céleste, l’archange Raphaël, dans les régions du purgatoire. Là ne régnait plus ni l’horreur du désordre, ni le désespoir, ni les ténèbres éternelles; la divine espérance y répandait sa lumière, et on lui dit que ce lieu de purification s’appelait aussi séjour de l’espérance. Elle y vit des âmes qui souffraient cruellement, mais des anges les visitaient et les assistaient dans leurs souffrances.

Le purgatoire, dit-elle, est divisé en trois parties distinctes, qui sont comme les trois grandes provinces de ce royaume de la douleur. Elles sont situées l’une au-dessus de l’autre, et occupées par des âmes de diverses catégories. Ces âmes sont ensevelies d’autant plus profondément qu’elles sont plus souillées et plus éloignées de la délivrance.

La région inférieure est remplie d’un feu très ardent, mais qui n’est pas ténébreux comme celui de l’enfer: c’est une vaste mer embrasée, jetant d’immenses flammes. D’innombrables âmes y sont plongées: ce sont celles qui se sont rendues coupables de péchés mortels, qu’elles ont dûment confessés, mais non suffisamment expiés durant la vie. La servante de Dieu appris alors que, pour tout péché mortel pardonné il reste à subir une peine de sept années de purgatoire. – Ce terme ne peut se prendre évidemment comme une mesure fixe, puisque les péchés mortels diffèrent d’énormité; mais comme une taxe moyenne. Quoique les âmes soient enveloppées dans les mêmes flammes, leurs souffrances ne sont pas les mêmes; elles diffèrent selon le nombre et la qualité de leurs anciens péchés.

Dans ce purgatoire inférieur la sainte distingua des laïques et des personnes consacrées à Dieu. Les laïques étaient celles qui, après une vie de péché, avaient eu le bonheur de se convertir sincèrement; les personnes consacrées à Dieu étaient celles qui n’avaient pas vécu selon la sainteté de leur état: elles se trouvaient dans la partie la plus profonde. En ce moment même, elle y vit descendre l’âme d’un prêtre qu’elle connaissait, mais dont elle s’abstient de révéler le nom. Elle remarqua qu’il avait la tête enveloppée d’un voile qui couvrait une souillure, la souillure de la sensualité. Bien qu’il eût mené une vie édifiante, ce prêtre n’avait pas toujours gardé une stricte tempérance et avait trop cherché les satisfactions de la table.

La sainte fut conduite alors dans le purgatoire inter- médiaire, destiné aux âmes qui ont mérité des peines moins rigoureuses. Il y avait là trois espaces distincts: l’un ressemblait à une vaste glacière, où régnait un froid inexprimable; la seconde, au contraire, était comme une chaudière immense remplie d’huile et de poix bouillantes; la troisième, comme un étang de métal liquide, qui ressemblait à de l’or ou de l’argent en fusion. Le purgatoire supérieur, que la sainte ne décrit pas, est le séjour des âmes qui, ayant été purifiées par les peines du sens, ne souffrent plus guère que la peine du dam, et approchent de l’heureux moment de leur délivrance.

Telle est en substance la vision de sainte Françoise relative au purgatoire.

Sainte Madeleine de Pazzi

Voici maintenant celle de sainte Madeleine de Pazzi, carmélite de Florence, telle qu’elle est rapportée dans sa vie par le P. Cépari. C’est un tableau détaillé du purgatoire, tandis que la vision précédente n’en a tracé que les grandes lignes.

Quelque temps avant sa sainte mort, qui arriva en 1607, la servante de Dieu Madeleine de Pazzi, se trouvant sur le soir avec plusieurs religieuses dans le jardin du couvent, fut ravie en extase et vit le purgatoire s’ouvrir devant elle. En même temps, comme elle le fit connaître plus tard, une voix l’invita à visiter toutes les prisons de la divine justice, afin de voir de près combien sont dignes de pitié les pauvres âmes qui les habitent.

En ce moment on l’entendit dire: Oui, j’en ferai le tour. Elle acceptait de faire ce douloureux voyage.

En effet, elle commença à circuler autour du jardin qui est fort grand, pendant deux heures entières, en s’arrêtant de temps en temps. Toutes les fois qu’elle interrompait sa marche, elle considérait attentivement les peines qu’on lui montrait. On la voyait alors se tordre les mains par commisération: son visage devenait pâle, son corps se courbait sous le poids de la douleur en présence du spectacle qu’elle avait sous les yeux.

Elle commença par s’écrier d’une voix lamentable: « Miséricorde, mon Dieu, miséricorde! Descendez, ô Sang précieux, et délivrez ces âmes de leur prison. Pauvres âmes, vous souffrez si cruellement, et cependant vous êtes contentes et joyeuses. Les cachots des martyrs, en comparaison de ceux-ci, étaient des jardins délicieux. Cependant il en est de plus profonds encore. Que je m’estimerais heureuse si l’on ne m’y faisait pas descendre!»

Cependant elle y descendit, car on la vit continuer sa route. Mais quand elle eut fait quelques pas, elle s’arrêta épouvantée, et, poussant un grand soupir, elle s’écria: Eh quoi! des religieux aussi dans ces tristes lieux ! Bon Dieu, comme ils sont tourmentés ! Ah, Seigneur ! Elle n’expliquait pas leurs souffrances; mais l’horreur qu’elle éprouvait en les contemplant, la faisait soupirer presque à chaque pas.

Elle passa de là dans des lieux moins lugubres: c’était les cachots des âmes simples et des enfants, dont l’ignorance et le peu de raison atténuent beaucoup les fautes. Aussi leurs tourments lui parurent beaucoup plus tolérables que ceux des autres. Il n’y avait là que de la glace et du feu. Elle remarqua que ces âmes avaient auprès d’elles leurs anges gardiens, qui les fortifiaient beaucoup par leur présence; mais elle voyait aussi des démons, dont l’aspect horrible aggravait leurs souffrances. Ayant fait quelques pas elle vit des âmes beaucoup plus malheureuses, et on l’entendit s’écrier: « Oh ! que ce lieu est horrible ! il est plein de démons hideux et d’incroyables tourments ! Quels sont donc, mon Dieu, les tristes victimes si cruellement torturées ? Hélas ! on les perce avec des glaives aigus, et on les coupe en pièces. » – Il lui fut répondu que c’étaient les âmes dont la conduite avait été entachée d’hypocrisie. En avançant un peu, elle vit une grande multitude d’âmes qui étaient foulées et comme écrasées sous un pressoir; et elle comprit que c’étaient des âmes qui pendant la vie, avaient été sujettes à l’impatience et à la désobéissance. En les contemplant, son regard, ses soupires, toute en attitude exprimait la compassion et l’effroi.

Un moment après, elle parut plus consternée et poussa un cri d’épouvante: c’était le cachot du mensonge qui venait de s’ouvrir à ses regards. Après l’avoir considéré avec attention, elle dit d’une voix fort haute: « Les menteurs sont placés dans un lieu voisin de l’enfer, et leurs peines sont bien grandes. On leur verse dans la bouche du plomb fondu; je les vois brûler et trembler de froid en même temps. »

Elle arriva ensuite à la prison des âmes qui avaient péché par faiblesse, et on l’entendit s’écrier: « Hélas ! je vous croyais avec celles qui ont péché par ignorance: mais je me trompais, vous brûlez dans un feu plus ardent. »

Plus loin, elle aperçut les âmes qui furent trop attachées aux biens de ce monde et péchèrent par avarice. « Quel aveuglement, dit-elle, de tant chercher une fortune périssable ! Ceux qui autrefois étaient insatiables de richesses, sont rassasiés ici de tourments: ils se liquéfient comme le métal dans la fournaise. »

De là passant au lieu où sont renfermées les âmes qui se souillèrent jadis du vice de l’impureté, elle les vit dans un cachot si sale et si infect qu’il lui faisait soulever le cœur. Elle détourna promptement les yeux de cette vue dégoûtante.

Ayant aperçu les ambitieux et les superbes, elle dit: « Voilà ceux qui voulaient paraître avec éclat parmi les hommes: maintenant ils sont condamnés à vivre dans cette effrayante obscurité. »

On lui fit voir ensuite les âmes ingrates envers Dieu. Elles étaient en proie à des tourments indicibles et comme noyées dans un lac de plomb fondu, pour avoir desséché par leur ingratitude la source de la piété.

Enfin, on lui montra, dans un dernier cachot, les âmes qui n’eurent aucun vice bien saillant, mais qui, ne veillant pas assez sur elles-mêmes, avaient commis toutes sortes de fautes légères; elle remarqua que ces âmes avaient part aux châtiments de tous les vices, dans un degré mitigé, parce que les fautes commises, comme en passant, rendent moins coupables que les habitudes.

Après cette dernière station, la sainte sortit du jardin, en priant Dieu de ne plus la rendre témoin d’un si déchirant spectacle: elle ne sentait plus la force de le supporter. Cependant son extase durait encore, et, conversant avec son Jésus, elle lui dit: « Apprenez-moi, Seigneur, quel a été votre dessein en me découvrant ces prisons terribles que je connaissais si peu et que je comprenais encore moins?

Ah ! je le vois à cette heure: vous avez voulu me faire connaître votre infinie sainteté et me faire haïr davantage les moindres péchés, si abominables à vos yeux. »

Prière à la Sainte Face

Ô Jésus, qui dans votre cruelle Passion êtes devenu «l’opprobre des hommes et l’homme de douleurs», je vénère votre divin visage, sur lequel brillaient la beauté et la douceur de la divinité, maintenant devenu pour moi comme le visage d’un «lépreux» !

Mais sous ses traits défigurés, je reconnais votre amour infini et je me consume du désir de vous aimer et de vous faire aimer de tous les hommes. Les larmes qui coulèrent si abondamment de vos yeux m’apparaissent comme des perles précieuses que j’aime à recueillir, afin d’acheter avec leur valeur infinie les âmes des pauvres pêcheurs.

Ô Jésus, dont le visage est la seule beauté qui ravit mon cœur, j’accepte de ne pas voir ici-bas, la douceur de votre regard, de ne pas sentir l’inexprimable baiser de votre bouche sainte; mais je vous supplie d’imprimer en moi votre divine ressemblance, de m’embraser de votre amour, afin qu’il me consume rapidement et que j’arrive bientôt à voir votre glorieux visage dans le Ciel.

Amen.