Traité de la Discrétion – Chapitre XLI, XLII, XLIII, XLIV

XLI. – De la gloire des Bienheureux.

1.- De même l’âme juste qui termine sa vie dans la charité est éternellement liée à l’amour. Elle ne peut plus croître en vertu parce que le temps est passé, mais elle peut toujours aimer avec l’ardeur qu’elle a eue pour venir à moi, et c’est cette ardeur qui est la mesure de sa félicité. Toujours elle me désire, toujours elle aime, et son désir n’est pas trompé: elle a faim et elle est rassasiée, elle est rassasiée et elle a faim, sans jamais éprouver l’ennui de- la satiété ni la peine de la faim.

2.- Les élus de l’amour jouissent de mon éternelle vision; ils participent au bien que j’ai en moi-même, chacun selon sa mesure, et cette mesure est l’amour qu’ils avaient en venant à moi. Parce qu’ils ont eu ma charité et celle du prochain, et qu’ils sont unis ensemble par une charité générale et particulière qui vient du même principe, ils jouissent et participent par la charité au- bien de chacun, et ce bonheur s’ajoute au bonheur universel qu’ils ont tous ensemble; ils jouissent avec les anges, parmi lesquels les saints sont placés selon les différentes vertus qu’ils ont eues dans le monde avant d’être liés dans les liens de la charité.

3.- Ils participent surtout d’une manière particulière au bonheur de ceux qu’ils aimaient plus étroitement sur terre. Cet amour était un moyen d’augmenter en eux la vertu; ils étaient les uns pour les autres des occasions de glorifier mon nom en eux et dans leur prochain, et comme l’amour qui les unissait n’est pas détruit dans le ciel, ils en jouissent avec plus d’abondances, et cet amour augmente leur bonheur.

4.- Ne crois pas que les élus jouissent seuls, de leur bonheur particulier; il est partagé par tous les heureux habitants du ciel, par les anges et par mes enfants bien-aimés. Dès qu’une âme parvient à la vie éternelle, tous participent au bonheur de cette âme, et cette âme participe au bonheur de tous. La coupe de leur bonheur ne s’agrandit pas et elle n’a pas besoin d’être remplie, car elle est pleine et ne peut plus dilater ses bords; mais leur joie, leur félicité, leur ivresse s’augmentent à la vue de cette âme; ils voient que ma miséricorde l’a sauvée de la terre par la plénitude de la grâce, et ils se réjouissent en moi du bonheur que cette âme a reçu de ma bonté.

5.- Cette âme est heureuse en moi, dans les âmes et dans les esprits bienheureux, parce qu’elle voit et goûte en eux la bonté et la douceur de ma charité. Leurs désirs s’élèvent toujours vers moi pour le salut du monde; leur vie a fini dans l’amour du prochain, et cet amour ne les a pas quittés; ils ont passé avec lui par la porte de mon Fils Bien-aimé, en prenant le moyen dont je te parlerai bientôt. Remarque qu’ils conservent et conserveront ce lien de l’amour, que n’a pas brisé la mort.

6.- Ils sont unis à ma volonté, et ils ne peuvent vouloir que ce que je veux, parce que leur libre arbitre est enchaîné par la charité, de sorte que la créature raisonnable qui se sépare du temps et meurt en état de grâce un peut plus pécher. Sa volonté est si unie à la mienne, qu’en voyant un père, une mère, un fils dans l’enfer, – elle ne peut en souffrir: elle est même heureuse de les voir punis, parce que ce sont mes ennemis; elle ne peut être en désaccord avec moi en la moindre chose, et tous ses désirs sont satisfaits.

7.- Le désir des bienheureux est de me voir honoré en vous, pèlerins voyageurs qui précipitez sans cesse vos pas vers la mort. Le désir de ma gloire leur fait désirer votre salut, qu’ils me demandent toujours pour vous. Je satisfais ce désir, pourvu que dans votre aveuglement vous ne résistiez pas à ma miséricorde. Ils désirent aussi avoir la récompense de leurs corps, et ce désir n’est pas une peine quoiqu’il ne soit pas satisfait sur-le-champ, parce qu’ils jouissent de la certitude qu’il le sera un jour; et ils ne souffrent pas d’attendre, car rien ne manque à leur félicité.

8.- Ne crois pas que la béatitude du corps, après la résurrection, ajoute à la béatitude de l’âme; car il s’ensuivrait que tant qu’elle n’aurait pas son corps, l’âme n’aurait qu’une béatitude imparfaite, ce qui ne peut être, parce que rien ne manque à sa perfection. Ce n’est pas le corps qui donne la béatitude à l’âme, mais c’est l’âme qui donne la béatitude au corps; elle l’enrichira de son abondance, lorsqu’au jour du jugement, elle se revêtira de la chair dont elle s’était séparée;

9.- L’âme est devenue immortelle et immuable en moi; le corps, par cette union, deviendra immortel; il perdra sa pesanteur et sera subtil et léger. Le corps glorifié passera à travers tous les obstacles et ne craindra ni l’eau ni le feu, non par sa vertu, mais par la vertu de l’âme, qui est ma vertu communiquée par la grâce et par cet amour ineffable avec lequel je l’ai créée à mon image et à ma ressemblance. Non, l’œil de ton intelligence ne peut voir, l’oreille entendre, la langue raconter et le cœur comprendre la félicité des bienheureux.

10.- Quel bonheur ils ont de me voir, moi qui suis le souverain bien! Quel bonheur ils auront quand leur corps sera glorifié! Ils n’en jouiront qu’au jugement dernier, mais ils ne souffrent pas d’attendre, parce que rien ne manque à la béatitude dont l’âme déborde et qu’elle épanchera sur son corps.

11.- Que te dire de cette joie ineffable des corps glorifiés dans l’humanité glorifiée de mon Fils unique, qui vous a donné la certitude de votre résurrection! Ils tressailliront dans ses plaies, qui sont restées fraîches et ouvertes sur son corps, afin de crier sans cesse miséricorde pour vous, vers moi le Père éternel et souverain; et tous seront conformes à lui dans la joie et l’allégresse. Oui, par vos yeux, vos mains, votre corps tout entier, vous serez unis aux yeux, aux mains, au corps de l’aimable Verbe, mon Fils bien-aimé. Étant en moi, vous serez en lui, parce qu’il est une même chose avec moi. L’œil de votre corps se dilatera dans l’humanité glorifiée du Verbe mon Fils unique: pourquoi? Parce que la vie qui finit dans les liens de ma charité durera éternellement.

12.- Les bienheureux ne peuvent faire aucun bien, mais ils jouissent de celui qu’ils ont fait; le temps de mériter est passé pour eux, car c’est sur la terre seulement qu’on mérite ou qu’on pèche, selon l’usage que la volonté fait du libre arbitre. Les bienheureux attendent le jugement général, non dans la crainte, mais dans la joie. Le visage de mon Fils ne leur paraîtra pas terrible et plein de haine, parce qu’ils sont morts dans mon- amour et dans l’amour du prochain. Le visage du juge qui viendra dans ma majesté ne changera pas, mais il sera différent pour ceux qui seront jugés: ceux qui seront damnés le verront dans la haine et la justice, ceux qui seront sauvés le contempleront dans l’amour et la miséricorde.

XLII. – Le jugement général augmentera la peine des damnés.

1.- Je t’ai parlé de la gloire des justes pour te faire mieux comprendre le malheur des damnés. Une de leurs peines sera de voir la béatitude des justes; ce spectacle augmentera leurs tourments, comme la vue des damnés augmentera, dans les justes, la jouissance de ma honte: car la lumière se connaît mieux par les ténèbres et les ténèbres par la lumière. La vue du bonheur sera un supplice pour les damnés, et ils attendent avec effroi le jugement -dernier, parce qu’ils comprennent qu’il augmentera leur malheur.

2.- En effet, à cette parole terrible: Levez-vous, morts; venez au jugement! l’âme se réunira au corps pour le glorifier dans les justes et le torturer éternellement dans les méchants. Les damnés seront couverts de honte et de confusion en présence de ma Vérité et de tous les bienheureux.

3.- Alors le ver de la conscience rongera la mœlle de l’arbre, c’est-à-dire l’âme, et sort écorce, c’est-à-dire le corps. Contre eux s’élèvera le sang précieux répandu pour les racheter et leur acquérir les miséricordes spirituelles et temporelles que je leur ai faites par mon Fils. Il leur sera demandé compte des obligations que l’Évangile leur imposait envers le prochain; ils seront convaincus de cruauté pour les autres, d’orgueil, d’amour-propre et de débauche. La vue de la miséricorde dont ils étaient l’objet rendra leur condamnation plus terrible. Au moment de la mort, elle n’attaquait, que leur âme; mais au jugement dernier, elle frappera à la fois leur âme et leur corps. Car le corps est le compagnon, l’instrument de l’âme pour le bien ou le mal, selon le bon plaisir de sa volonté.

4.-Tout acte, bon ou mauvais, s’accomplit par l’intermédiaire du corps. Il est donc juste, ma chère fille, que mes élus jouissent de la gloire et du souverain bien avec leur corps glorifié, pour que le corps et l’âme soient récompensés tous les deux des fatigues qu’ils ont supportées ensemble pour moi. De même, le corps des méchants partagera leurs peines éternelles, parce qu’il a été l’instrument du mal leur supplice se renouvellera et augmentera lorsqu’ils reprendront leur corps en présence de mon Fils.

5.- Leur misérable sensualité et leurs débauches seront condamnées en voyant la nature humaine unie en Jésus-Christ à la pureté de la Divinité, en apercevant la chair d’Adam au-dessus de tous les chœurs des anges, tandis qu’eux, par leur faute, sont plongés dans les profondeurs de l’enfer, ils verront la grandeur de ma miséricorde briller dans les bienheureux qui ont profité du sang de l’Agneau, et ils reconnaîtront que les peines souffertes par amour pour moi sont devenues pour le corps comme une belle frange sur un vêtement; et cela non par la vertu du corps, mais par l’exubérance de l’âme qui donne aux corps le prix de sa peine, parce qu’il l’a aidée à pratiquer la vertu. Cette récompense est visible; elle apparaît sur le corps comme le visage de l’homme se reflète dans un miroir.

6.- En présence de tant de gloire dont ils sont privés, les damnés sentiront augmenter leur peine et leur confusion. Dans leur corps apparaîtront les marques des péchés qu’ils ont commis, et les supplices qu’ils ont mérités. Quand retentira pour eux cette parole épouvantable: Allez, maudits, au feu éternel, l’âme et le corps iront demeurer avec les dénions, sans aucune lueur d’espérance, dans cette sentine du monde, où chacun apportera l’infection de ses iniquités.

7.- L’avare y brûlera, avec les trésors de la terre qu’il a tant aimés; le cruel y sera avec ses cruautés, le débauché avec ses excès, l’envieux avec son envie, et celui qui hait son prochain avec sa haine. Ceux qui se seront aimés de cet amour déréglé qui cause tous les maux, parce qu’il est avec l’orgueil le principe de tous les vices, ceux-là ‘seront dévorés par un feu insupportable; tous, selon leurs fautes, seront punis à la fois dans leur âme et dans leur corps.

8.- Voilà la fin déplorable de ceux qui vont par la route inférieure, et qui suivent le fleuve du monde, sans vouloir se reconnaître et recourir à la miséricorde. Ainsi que je te l’ai dit, ils arrivent à la porte du mensonge, parce qu’ils suivent la doctrine du démon, qui est le père du mensonge; et le démon est la porte par laquelle ils arrivent à la damnation éternelle.

9.- Mes élus, mes enfants bien-aimés, prennent la route supérieure, celle du pont; ils suivent la voie de la vérité, et la vérité est la porte de,la vie; car mon Fils a dit: « Personne ne peut aller à mon Père, si ce n’est par moi « ; il est la porte et la voie qu’il faut prendre pour entrer en moi, l’Océan de la paix.

10.- Les réprouvés, au contraire, qui suivent la voie ténébreuse du mensonge, n’arrivent qu’à une eau morte; le démon les y appelle, comme s’il disait: Que celui qui a soif d’eau morte vienne à moi, et je lui en donnerai. Les aveugles et les insensés ne s’en aperçoivent pas, car ils ont perdu la lumière de la foi.

XLIII.- L’utilité des tentations.- L’âme, au moment de la mort, voit la peine ou la gloire qui lui est destinée, même avant d’être séparée de son corps.

1.- Le démon est le bourreau que ma justice a chargé de tourmenter les âmes qui m’ont misérablement offensé. Je lui permets pendant cette vie de tenter et d’inquiéter mes créatures, non pas pour qu’elles soient vaincues, mais au contraire pour qu’elles triomphent et qu’elles reçoivent de moi la palme de la victoire qu’elles auront gagnée par la vertu. Personne ne doit craindre de combattre et d’être vaincu par les tentations du démon, parce que j’ai fait l’homme fort, en lui donnant la force de la volonté fortifiée dans le sang de mon Fils.

2.- Cette volonté, ni le démon ni la créature ne peuvent la changer, parce qu’elle est à vous et que je vous l’ai donnée. Vous pouvez donc, avec le libre arbitre, résister ou céder, selon votre bon plaisir. La volonté est une arme que vous livrez au démon pour vous frapper et vous tuer. Mais si l’homme ne met pas cette arme entre les mains du démon, c’est-à-dire s’il ne cède pas à ses tentations et à ses attaques, il ne sera jamais blessé par le péché dans aucune tentation; il sera fortifié, au contraire, parce que l’œil de son intelligence verra que ma charité permet la tentation pour éprouver et augmenter la vertu.

3.- L’homme acquiert la vertu en connaissant sa faiblesse et ma bonté. Cette connaissance est plus parfaite au temps de la tentation, parce qu’alors il comprend qu’il n’a pas l’être par lui-même, puisqu’il ne peut éviter les peines et les tentations qu’il voudrait fuir. Il me connaît dans sa volonté, à laquelle ma bonté donne la force de résister à ses tentations. Il comprend pourquoi ma charité les envoie. Le démon est impuissant; il ne peut rien sans mon consentement, et si je le donne, c’est par amour, non par haine; c’est pour que vous soyez vainqueur et non vaincu; c’est pour que vous parveniez à une connaissance plus parfaite de vous-même et de moi, et que votre vertu soit éprouvée, car elle n’est éprouvée que par son contraire.

4.- Tu vois donc que les démons sont mes ministres chargés de tourmenter les damnés en enfer, et d’exercer, d’éprouver la vertu des âmes en cette vie. Leur intention n’est certainement pas d’éprouver la vertu, car ils n’ont pas la charité; ils veulent la détruire en vous, mais ils ne pourront jamais le faire, si vous ne voulez pas y consentir.

5.- Maintenant, considère la folie de l’homme qui se rend faible par le moyen que je lui avais donné pour être fort, et qui se livre lui-même aux mains du démon. Aussi je veux que tu saches ce qui arrive au moment de la mort à ceux qui, pendant leur vie, ont volontairement accepté le joug du démon qui ne pouvait les y contraindre. Quand la mort les surprend dans ce honteux esclavage, ils n’ont d’autres juges qu’eux-mêmes; l’arrêt de leur conscience suffit, et ils se précipitent avec désespoir dans l’éternelle damnation. Avant d’en passer les limites, ils l’acceptent par haine de la vertu et choisissent l’enfer pour le partager avec les démons, leurs maîtres.

6.- Les justes, au contraire, qui ont vécu dans la charité meurent dans l’amour. Quand vient leur dernier instant, s’ils ont pratiqué parfaitement la vertu, éclairés par la lumière de la foi et soutenu par l’espérance du sang de l’Agneau, ils voient le bien que je leur ai préparé; ils l’embrassent avec amour et m’attirent à eux avec tendresse, moi, l’éternel et souverain Bonheur. Ils jouissent ainsi du ciel même avant que leur âme se sépare de leur corps.

7.- Pour ceux qui ont passé leur vie dans une charité moins parfaite, lorsqu’ils arrivent à la mort, ils se jettent dans les bras de ma miséricorde avec la même lumière de la foi et la même espérance qu’ils ont eue a un degré inférieur. Malgré leur imperfection, ils embrassent ma miséricorde, parce qu’ils la trouvent plus grande que leurs fautes. Les pécheurs font le contraire: ils voient avec désespoir la place qui les attend, et ils l’acceptent avec haine.

8.- Les uns et les autres n’attendent pas leur jugement. Chacun, au sortir de la vie, prend lui-même possession de son sort; il l’éprouve même avant de quitter son corps. Les damnés suivent la haine et le désespoir; les parfaits suivent l’amour, la lumière de la foi, l’espérance du sang de l’Agneau; les imparfaits se confient à ma miséricorde et vont en purgatoire.

XLIV. – Le démon trompe toujours l’âme sous l’apparence de quelque bien.

1.- Je t’ai dit que le démon invite les hommes à boire l’eau morte qui est son partage; il les trompe avec les délices et les honneurs du monde, il les séduit par l’apparence de quelque bien. Il ne pourrait réussir autrement, car ils ne se laisseraient pas attirer s’ils ne trouvaient quelque avantage personnel, quelque jouissance.

2.- L’âme, par sa nature, recherche toujours le bien; mais comme elle est aveuglée par l’amour-propre, elle ne connaît et ne discerne pas le vrai bien, ce qui est utile à l’âme et au corps. Et alors le démon, dans sa méchanceté, voyant l’homme aveuglé par l’amour-propre sensitif, lui propose des fautes qui sont colorées de quelque utilité et de quelque bien, il les propose selon l’état de chacun et selon les vices auxquels il paraît le plus enclin. II tente diversement le séculier, le religieux et ceux qui ont des dignités spirituelles ou temporelles.

3.- Je t’ai déjà parlé de ceux qui se noient dans le fleuve, parce qu’ils ne pensent qu’à eux et m’outragent par leur coupable amour-propre. Tu verras combien ils se trompent. En voulant fuir la peine, ils tombent en de plus grandes. Il leur semble qu’il est bien dur de me suivre par la voie que mon Fils vous a tracée; ils reculent devant quelques épines. Qu’ils sont aveugles! ils ne voient pas la vérité et la méconnaissent. Je te l’ai expliquée au commencement de ta vie, quand tu me priais de faire, miséricorde,au monde et de le retirer des ténèbres du péché mortel.

4.- Tu sais que je me suis révélé à toi sous la figure d’un arbre dont tu n’apercevais pas le principe et la fin; tu voyais seulement que sa racine s’unissait à la terre. C’était la nature divine unie à la terre de votre humanité. Au pied de l’arbre, s’il t’en souvient, il y avait quelques épines qui éloignaient tous ceux qui aiment leur sensualité; ceux-là couraient à une montagne d’épis battus, qui représentait tous les plaisirs du monde. Ces épis paraissaient contenir du bon grain, mais ils étaient vides; et les pauvres âmes périssaient de faim. Beaucoup reconnaissaient les tromperies du monde; ils retournaient à l’arbre et traversaient les épines, c’est-à-dire les résolutions de la volonté.

5.- Ces résolutions, avant d’être prises, semblent des épices qui embarrassent le chemin de la vérité, parce qu’il y a un combat entre la conscience et la sensualité; mais dès que la haine et le mépris de soi-même font dire avec courage: Je veux suivre Jésus crucifié, aussitôt ces épines s’émoussent et deviennent d’une douceur extrême. Chacun les sent plus ou moins, selon ses dispositions particulières.

6.- Je te disais alors: Je suis votre Dieu immuable; je ne change pas, et je ne me retire jamais de la créature qui veut venir à moi. Je montre à tous la vérité; je me rends visible, quoique je sois invisible; et je fais voir ce que c’est que d’aimer quelque chose sans moi. Mais ceux qu’aveuglent les ténèbres de l’amour-propre ne me connaissent pas et ne se connaissent pas. Vois combien ils sont dans l’erreur, puisqu’ils aiment mieux mourir de faim que de traverser quelques épines. Et pourtant, ils ne peuvent éviter de souffrir des peines; car, en cette vie, personne ne peut vivre sans souffrir, excepté ceux qui suivent le chemin d’en haut; ceux-là rencontrent aussi la souffrance, mais cette souffrance leur devient une consolation.

7.- C’est le péché d’Adam qui a fait naître dans le monde les épines et les ronces; c’est lui qui est la source de ce fleuve qui se précipite comme une mer orageuse; et je vous ai donné un pont pour que vous n’y soyez pas engloutis. Ainsi, tu vois combien se trompent ceux qui craignent sans raison. Je suis votre Dieu, et je ne change pas; je ne m’arrête pas aux personnes, mais aux saints désirs. C’est ce que je t’ai fait comprendre par la figure de cet arbre.