Traité de la prière II – Chapitre CXVII, CXVIII, CXIX

CXVII.- De ceux qui persécutent de différentes manières la sainte Église et ses ministres.

1. Je t’ai dit que plusieurs me frappaient, et c’est la vérité. Ils me frappent dans leur intention autant qu’ils le peuvent. Aucun coup ne peut certainement m’atteindre et me blesser; il arrive pour moi ce qui arrive sur une pierre très dure, le coup qu’elle reçoit ne peut l’entamer et retourne vers celui qui l’a frappée. Les offenses odieuses qui sont dirigées contre moi ne peuvent me nuire: les flèches empoisonnées du péché retournent contre ceux qui le commettent, et les privent de la grâce et du fruit du sang précieux de mon Fils. Si au dernier moment ils ne recourent pas à la sainte confession et à la contrition du cœur, ils arrivent à l’éternelle damnation; ils sont séparés de moi et liés au démon, car ils se sont unis à lui.

2. Dès que l’âme est privée de la grâce, elle est liée dans le péché par la haine de la vertu et l’amour du vice; ce lien, c’est le libre arbitre qui le met dans les mains du démon pour les enchaîner, car sans cela ils ne pourraient l’être. Ce lien unit ensemble tous les persécuteurs du précieux Sang, et comme ils deviennent ainsi les membres du démon, ils font l’office du démon.

3. Le démon s’applique à pervertir mes créatures, à les retirer de la grâce et à les faire tomber dans le péché mortel, pour qu’elles partagent son châtiment. Ainsi font les malheureux qui sont devenus les membres du démon: ils détournent les enfants de l’épouse du Christ, mon Fils unique; ils leur ôtent les liens de la charité pour les charger de leurs tristes chaînes et les priver comme eux des fruits du Sang précieux; ils portent les chaînes de l’orgueil, de la présomption et de la crainte servile. Pour ne pas perdre leur puissance temporelle, ils perdent la grâce et ils tombent dans la plus grande confusion qui puisse leur arriver, puisqu’ils sont privés de la vertu du sang. Ces liens sont scellés avec le sceau des ténèbres, car ils ne connaissent pas dans quels malheurs et quelles misères ils sont tombés et font tomber les autres. Ne le sachant pas, ils ne peuvent se corriger, et ils se glorifient de la ruine de leur âme et de leur corps.

4. O ma fille bien-aimée! pleure, pleure amèrement sur l’aveuglement de ceux qui ont été comme toi lavés dans le sang, ils ont été nourris de ce sang sur le sein de la sainte Église, et maintenant ils se révoltent sous prétexte de corriger les défauts de mes ministres, que j’ai déclarés inviolables; ils ont quitté le sein de leur mère. Tous mes serviteurs doivent trembler en entendant raconter leur odieuse tyrannie, et ta langue ne pourra jamais redire combien je l’ai en horreur. Et ce qui est plus lamentable, c’est que sous le manteau des défauts de mes ministres, ils veulent cacher et couvrir leurs propres défauts; ils ne pensent pas qu’ils ne peuvent, sous aucun voile, rien cacher à mes regards. On peut bien se cacher aux yeux des créatures, mais non pas aux miens, car les choses les plus cachées me sont présentes; je vous aimais et je vous connaissais avant votre naissance.

5. Ce qui empêche ces infortunés mondains de se convertir, c’est qu’ils ne croient pas avec une foi vive que je les vois. S’ils croyaient véritablement que je vois leurs fautes, que je punis tout mal et que je récompense tout bien, ils ne commettraient pas tant de péchés, mais ils se repentiraient de ceux qu’ils ont faits; ils me demanderaient humblement miséricorde, et je leur ferais miséricorde par le sang de mon Fils; mais ils persévèrent dans le mal et sont rejetés par ma bonté à cause de leurs fautes. Pour comble de malheur, ils perdent la lumière, et dans leur aveuglement ils deviennent les persécuteurs du sang de mon Fils, et cette persécution ne peut être excusée par aucune faute de ceux qui administrent ce sang.

CXVIII. – Résumé de ce qui a été dit sur la sainte Église et ses ministres.

1. Je t’ai dit, ma fille bien-aimée, quelque chose du respect qu’on doit avoir pour mes ministres malgré leurs défauts. Ce respect ne leur est pas dû à cause d’eux, mais à cause de l’autorité que je leur ai donnée. Et parce que leurs défauts ne peuvent affaiblir et diviser la vertu des sacrements, ils ne doivent pas non plus diminuer le respect qu’on leur doit, non pour eux, mais pour le trésor du sang dont ils sont dépositaires.

2. Quant à ceux qui font le contraire, je ne t’ai presque rien dit de l’indignation qu’ils me causent et du tort qu »ils se font en ne respectant pas et en persécutant le sang de mon Fils, en se liguant contre moi avec le démon, dont ils sont les esclaves. Je t’ai fait connaître ces choses pour que tu les pleures. Ce que je t’ai dit de ceux qui persécutent la sainte Église, je pourrais te le dire de tous Ies chrétiens qui, en restant dans le péché mortel, méprisent le sang de mon Fils, et se privent de la vie de la grâce; tous me sont odieux, mais surtout ceux dont je viens de t’entretenir.

CXIX.- De la perfection, des vertus et des œuvres des saints prêtres.

1. Maintenant, pour reposer un peu ton âme et adoucir la douleur que te causent les ténèbres de ces malheureux pécheurs, je veux t’entretenir de la vie sainte de mes ministres. Je t’ai dit qu’ils avaient les qualités du soleil. Le parfum de leurs vertus corrige l’infection du vice, et leur lumière dissipe les ténèbres. Tu pourras, avec cette lumière, mieux connaître les ténèbres et les défauts de mes autres ministres.

2. Ouvre donc l’œil de ton intelligence et regarde en moi, le Soleil de justice. Tu verras mes glorieux ministres qui, en administrant le Soleil, prennent les qualités du Soleil, comme je te l’ai dit de Pierre, le prince des apôtres, qui a reçu les clefs du royaume céleste. Il en est ainsi des autres qui, dans le jardin de la sainte Église, distribuent la Lumière, c’est-à-dire le corps et le sang de mon Fils, le Soleil unique et indivisible, avec tous les sacrements de l’Église qui donne la vie en vertu de ce précieux sang.

3. Tous, à des degrés différents et selon leurs fonctions, sont appelés à répandre la grâce du Saint Esprit. Et comment la répandent-ils? Avec la lumière de la grâce qu’ils ont tirée de la vraie Lumière. Cette Lumière est-elle seule? Non, car la lumière de la grâce ne peut être seule et ne peut être divisée; il faut qu’on l’ait tout entière ou qu’on en soit complètement privé.

4. Celui qui est en péché mortel est privé de la lumière de la grâce, et celui qui a la grâce est éclairé dans son intelligence pour me connaître, moi qui lui ai donné la grâce et la vertu qui conserve la grâce Il connaît dans cette lumière, la misère du péché et la raison du péché qui est l’amour-propre sensitif. Il le hait et parce qu’il le hait il reçoit dans son cœur l’ardeur de la charité; car l’amour suit l’intelligence et reçoit la couleur de cette glorieuse Lumière, en suivant la doctrine de ma douce Vérité, et la mémoire se remplit ainsi du souvenir des bienfaits du sang.

5. Tu vois qu’on ne peut recevoir la lumière sans recevoir la chaleur et la couleur, car elles sont unies ensemble et forment une même chose. Comme je te l’ai dit, on ne peut avoir une puissance de l’âme disposée à me recevoir, moi, le vrai Soleil, sans que les trois puissances soient toutes disposées et réunies en mon nom. Dès que l’intelligence s’élève avec la lumière de la foi au-dessus de la vision sensitive et me contemple, l’amour suit en aimant ce que l’intelligence voit et con naît; la mémoire se remplit de ce que le cœur aime, et aussitôt toutes les puissances de l’âme participent à moi, le Soleil, et elles sont éclairées par ma puissance, par la sagesse de mon Fils unique, et par l’ardente bonté du Saint Esprit.

6. Ainsi, tu vois que mes ministres fidèles ont les qualités du soleil, puisque les puissances de leur âme sont pleines de moi, le vrai Soleil. Ils font comme le soleil le soleil réchauffe et illumine, et sa chaleur féconde la terre: il en est de même des ministres que j’ai choisis et envoyés au corps mystique de la sainte Église, pour administrer mon Soleil, c’est-à-dire le corps et le sang de mon Fils unique, avec les sacrements qui ont la vie par ce sang. Ils l’administrent réellement et spirituellement en répandant dans le corps mystique de la sainte Église la lumière de la science surnaturelle par la couleur d’une vie pure et sainte, en suivant la doctrine de ma Vérité et en communiquant le feu de la plus ardente charité.

7. Leur chaleur fait fructifier les âmes stériles en les éclairant par la lumière de la science. Leur vie sainte et exemplaire dissipe les ténèbres du péché mortel et de l’infidélité; ils règlent la vie de ceux qui vivent d’une manière déréglée dans les ténèbres du péché et dans la privation de la grâce. Tu vois qu’ils sont des soleils, car ils en ont pris les qualités; ils se sont revêtus de moi, le vrai Soleil, puisque l’amour les rend une même chose avec moi. Tous, selon le degré où je les ai placés, ont répandu la lumière dans l’Église.

8. Pierre l’a répandue par Sa prédication, sa doctrine, et enfin par son sang; Grégoire, par sa science, son intelligence des Saintes Écritures et les exemples de sa vie; Sylvestre la fit briller contre les infidèles par ses discussions et les preuves qu’il a données de la très sainte foi par ses paroles et ses actions. Si tu regardes Augustin, Thomas d’Aquin, Jérôme et tant d’autres, tu verras de quelle lumière ils ont éclairé la divine Épouse, en dissipant les erreurs avec une humilité sincère et parfaite, comme des flambeaux posés sur le candélabre. Ils étaient affamés de mon honneur et du salut des âmes, et ils s’en rassasiaient avec délices au banquet de la très sainte Croix.

9. Les martyrs ont répandu la lumière avec leur sang. Ce sang exhalait son parfum en ma présence, et cette odeur du sang et de la vertu, unie avec la lumière de la science, donnait des fruits à l’Épouse; ils propageaient la foi; ceux qui étaient dans les ténèbres venaient à la lumière, et la lumière de la foi brillait en eux.

10. Les pasteurs établis par mon Christ sur la terre m’offraient un sacrifice de justice par la sainteté de leur vie. La perle précieuse de la justice enchâssée dans une humilité sincère et une ardente charité, brillait en eux et dans ceux qui leur étaient soumis, avec la lumière de la discrétion. Elle brillait en eux surtout parce qu’ils me rendaient ce qui m’est dû, c’est-à-dire gloire et honneur à mon nom, tandis qu’ils détestaient leurs sens, méprisaient le vice et accomplissaient la vertu par amour pour moi et pour le prochain. Ils foulaient aux pieds l’orgueil par l’humilité; ils allaient à l’Autel avec la pureté des anges, et ils m’offraient le Sacrifice dans la sincérité d’une âme tout embrasée des flammes de la charité.

11. Parce qu’ils accomplissaient la justice en eux, ils l’accomplissaient aussi dans ceux qui leur étaient soumis lis voulaient les voir vivre saintement; ils les reprenaient sans aucune crainte servile, parce qu’ils ne pensaient point à eux-mêmes, mais uniquement à mon honneur et au salut des âmes, comme doivent le faire les bons pasteurs qui suivent le bon pasteur, mon Fils, que je vous ai donné pour vous conduire et mourir pour vous. Ils ont suivi ses traces, ils ont agi avec ardeur et n’ont pas laissé les membres se corrompre en ne les corrigeant pas; mais ils les ont charitablement corrigés avec le baume de la douceur. Ils n’ont pas craint de brûler avec le feu la plaie de leur vice; ils ont employé la réprimande et la pénitence, peu ou beaucoup, selon la gravité du péché. La peur de la mort ne les empêchait jamais d’agir et de dire la vérité.

12. Ceux-là sont les vrais jardiniers qui arrachent avec zèle et sollicitude les épines du péché mortel et plantent les fleurs odoriférantes de la vertu. Ceux qui leur sont soumis vivent dans une sainte crainte et s’élèvent comme des fleurs embaumées dans le jardin de l’Église, parce qu’ils les corrigent sans la crainte servile qu’ils ne connaissent pas. Le venin du péché n’est pas en eux; ils demeurent fermes dans la justice, reprenant humblement et avec courage. Ils brillent comme des pierres précieuses et répandent la lumière et la paix dans les âmes de mes créatures, qu’ils conservent dans la crainte et dans l’union de l’amour; car je veux que tu saches que les ténèbres du monde et les divisions qui séparent les séculiers, les religieux, les clercs et les pasteurs de la sainte Église, n’ont d’autre cause que la perte de la lumière de la justice. Les ténèbres de l’injustice ont prévalu.

13. Personne, obéissant à la loi civile ou divine, ne peut se conserver dans l’état de grâce sans la sainte justice, car celui qui ne corrige pas ou n’est pas corrigé ressemble à un membre malade qu’un mauvais médecin soigne avec de l’onguent sans purifier la plaie. Bientôt tout le corps est empoisonné et se corrompt. Ainsi le prélat ou les supérieurs qui voient quelqu’un infecté par la corruption du péché mortel, et qui appliquent seulement sur le mal l’onguent de la flatterie sans employer la réprimande, ne le guérissent jamais, mais gâtent les autres membres qui sont unis au même corps, c’est-à-dire au même pasteur.

14. S’ils étaient, au contraire, de bons et vrais médecins des âmes, comme les saints pasteurs d’autrefois, ils n’emploieraient pas l’onguent sans appliquer aussi le feu de la réprimande; et si le membre persistait dans le vice, ils le retrancheraient du corps pour qu’il ne gâtât pas les autres avec l’infection du péché mortel. Mais les pasteurs ne le font plus aujourd’hui; ils paraissent même ne pas s’apercevoir du mal: et sais-tu pourquoi? La racine de l’amour-propre vit en eux, et produit la crainte servile. Pour ne pas perdre leur position, leur fortune, leur dignité, ils se taisent; mais ils agissent comme dés aveugles et ne savent pas ce qui conserve; car, s’ils savaient que c’est la sainte justice, ils l’observeraient. Mais, parce qu’ils n’ont pas la lumière, ils ne le savent pas.

15. Ils croient conserver avec l’injustice, en ne reprenant pas les défauts de ceux qui leur sont soumis, mais ils sont trompés par l’amour-propre sensitif et par le désir du pouvoir et de la prélature. Ils ne disent rien aussi, parce qu’ils ont eux-mêmes les mêmes vices et de plus grands encore. Ils se sentent coupables des mêmes fautes et ils perdent le zèle et la fermeté, lis Sont retenus par la crainte servile et font semblant de ne pas voir. S’ils voient des choses évidentes, ils ne les reprennent pas et même ils se laissent endormir par des paroles qui les flattent et par des présents. Ils savent trouver des excuses pour ne pas punir. Ainsi s’accomplit en eux la parole de ma Vérité: « Ce sont des aveugles qui conduisent des aveugles; et si un aveugle en conduit un autre, ils tomberont tous les deux dans l’abîme » (S. Mt. XV, 14).

16. Ce n’est pas ainsi que faisaient leurs prédécesseurs, mes ministres bien-aimés, qui avaient les propriétés et les conditions du Soleil. Ceux qui leur ressemblent sont des soleils; en eux ne se trouvent pas les ténèbres du péché et de l’ignorance, car ils suivent la doctrine de ma Vérité. Ils ne sont pas tièdes, car ils sont embrasés du feu de ma charité. Ils méprisent les grandeurs, les richesses et les délices du monde, et ils ne craignent jamais de corriger le vice. Celui qui ne désire pas la puissance et les honneurs ne craint pas de les perdre et agit avec vigueur. Celui qui n’a aucune faute sur la conscience ne craint rien.

17. Voilà pourquoi cette perle précieuse de la justice n’était point obscurcie dans mes Christs fidèles dont je te parlais. Elle y brillait, au contraire; ils embrassaient la pauvreté volontaire; ils cherchaient l’abaissement avec une humilité profonde et ne s’arrêtaient pas aux mépris, aux affronts, aux reproches des hommes, aux injures, aux opprobres, aux peines et aux tourments. On blasphémait contre eux, et ils bénissaient; ils supportaient tout avec une véritable patience, comme des anges de la terre: et ils étaient plus que des anges, non par leur nature, mais par leur ministère, puisqu’ils avaient reçu la grâce surnaturelle de distribuer le corps et le sang de mon Fils unique.

18. Mes ministres étaient vraiment des anges, car comme l’ange que je vous ai donné pour garde, ils communiquaient les saintes et bonnes inspirations. Mes ministres devraient encore faire de même, puisqu’ils vous ont été donnés par ma bonté pour vous garder. Ils avaient continuellement les yeux fixés sur ceux qui leur étaient confiés pour leur communiquer, comme de vrais anges gardiens, leurs saintes et bonnes inspirations; ils les soutenaient par l’enseignement de leur parole et l’exemple de leur vie, et ils m’offraient pour eux dans une continuelle prière l’ardeur de leurs charitables désirs.

19. Tu vois que mes ministres étaient des anges placés par mon infinie bonté, comme des flambeaux dans le corps mystique de la sainte Église, pour vous garder, afin que dans votre aveuglement vous ayez des guides qui vous dirigent dans la voie de la Vérité, en vous donnant de saintes inspirations et eh vous aidant, comme je l’ai dit, de leurs prières, de leurs exemples et de leurs enseignements. Avec quelle humilité ils gouvernaient et entretenaient ceux qui leur étaient soumis!

20. Avec quelle espérance et quelle foi ils vivaient! Ils lie craignaient pas de voir les biens temporels manquer pour eux et leur troupeau, et ils distribuaient avec largesse aux pauvres les biens de la Sainte Église. Ils observaient parfaitement l’obligation où ils étaient de faire trois parts, pour leurs besoins, pour les pauvres et pour l’Église. Ils n’avaient pas de testament à faire; car il ne restait rien après leur mort, et quelques-uns même laissaient l’Église endettée pour les pauvres. Cela venait de la générosité de l’amour et de l’espérance qu’ils avaient en ma providence. Ils n’avaient pas de crainte servile et ne redoutaient jamais que rien leur manquât pour le spirituel ou le temporel.

21. Ce qui prouve que la créature espère en moi et non pas en elle, c’est de ne pas avoir de crainte servile. Ceux qui espèrent en eux-mêmes craignent toujours et ont peur de leur ombre; ils s’imaginent que le ciel et la terre vont, leur manquer. Avec cette crainte et la fausse assurance qu’ils placent dans leur faible savoir, ils se tourmentent si misérablement pour acquérir et conserver les biens temporels, qu’ils semblent ne pas se soucier des biens spirituels, dont personne ne paraît s’inquiéter.

22. Ils ne pensent pas, les pauvres orgueilleux, que moi seul je pourvois à toutes les choses nécessaires à l’âme et au corps, et que ma providence mesure son assistance selon l’espérance que vous avez cri moi. Ces misérables présomptueux ne songent pas que je suis Celui qui suis, tandis qu’eux ne sont rien par eux-mêmes, et qu’ils ont reçu de ma bonté l’être et toutes les grâces qui, y sont ajoutées. C’est bien en vain que se fatigue, celui qui garde la cité, sue ne la garde moi-même; tous ses efforts sont stériles s’il compte sur ses efforts et son zèle pour la garder; car il n’y a que moi qui la garde. Il est vrai que je veux vous voir faire fructifier pour la vertu, pendant la vie, l’être et les grâces que je vous ai donnés, en vous servant du libre arbitre que vous avez reçu avec la lumière de la raison; car je vous ai créés sans vous, mais je ne puis vous sauver sans vous.

23. Je vous ai aimés avant votre naissance. Mes bien-aimés serviteurs le savaient, et c’est pour cela qu’ils m’aimaient d’un si grand amour. Cet amour faisait qu’ils espéraient fermement en moi et qu’ils ne redoutaient jamais rien. Sylvestre ne tremblait pas devant l’empereur Constantin lorsqu’il disputait avec douze Juifs, en présence de la multitude; mais il croyait fermement que si j’étais pour lui, personne ne pourrait lui nuire. Mes autres serviteurs bannissaient ainsi toute crainte; car ils n’étaient jamais seuls, mais toujours accompagnés. En restant dans la charité, ils étaient en moi et recevaient de moi la lumière de la sagesse de mon Fils; ils recevaient de moi la puissance pour être forts contre les princes et les tyrans du monde; ils recevaient de moi le feu de l’Esprit Saint et participaient à sa clémence, à son amour, Cet amour était toujours accompagné de la lumière de la foi, de l’espérance, de la force, de la vraie patience et de la persévérance jusqu’à l’heure de la mort.

24. Tu vois donc que mes ministres n’étaient pas seuls, mais qu’ils étaient accompagnés; aussi n’avaient-ils aucune crainte. Celui-là craint qui se sent seul, qui espère en lui-même et qui n’a pas la charité. La moindre chose lui fait peur; car il est seul et privé de moi, qui donne l’assurance parfaite à l’âme qui me possède par l’amour. Ces glorieux et chers serviteurs ont bien éprouvé que rien ne pouvait nuire à leur âme; car, au contraire, ils étaient forts contre les hommes et les démons, qui souvent étaient enchaînés par la vertu et la puissance que je leur donnais sur eux; et cela était parce que je répondais à l’amour, à la foi, à l’espérance qu’ils avaient placés en moi.

25. Ta langue ne pourrait raconter leur vertu, et l’œil de ton intelligence est incapable de voir la récompense qu’ils ont reçue dans le ciel et que recevront tous ceux qui suivront leurs traces. Ils sont comme des pierres précieuses en ma présence, parce que leurs travaux m’ont été agréables et qu’ils ont éclairé et embaumé de leurs vertus le corps mystique de la sainte Église. Je les ai comblés d’honneurs dans la vie éternelle, où ils ont reçu la béatitude et la gloire de ma vision, parce qu’ils ont donné l’exemple d’une vie sainte, et distribué la lumière du corps et du sang de mon Fils dans les sacrements.

26. Je les aime d’un amour particulier, parce que je les ai élevés à la dignité de mon sacerdoce, et parce qu’ils n’ont pas enfoui, par leur négligence et leur ignorance, le trésor que je leur ai confié; ils ont reconnu qu’il venait de moi et ils l’ont fait valoir avec zèle et humilité par de solides et véritables vertus. Je les avais revêtus d’une haute dignité pour le salut des hommes, et ces bons pasteurs ont travaillé sans cesse à ramener les brebis dans la bergerie de la sainte Église. Leur ardent amour et leur faim des âmes leur faisaient affronter la mort pour les retirer des mains du démon. Ils étaient faibles, ou paraissaient l’être avec les faibles. Souvent pour empêcher le désespoir du prochain ou pour mieux lui faire comprendre sa misère, ils disaient: Je suis faible comme vous l’êtes.

27. Ils pleuraient avec ceux qui pleurent; ils se réjouissaient avec ceux qui se réjouissent. Ils savaient doucement donner à chacun la nourriture qui lui convenait; ils conservaient les bons, dont les vertus les remplissaient d’allégresse; car ils n’étaient pas dévorés par l’envie, mais leur cœur se dilatait dans l’ardeur de la charité pour le prochain, et surtout pour ceux qui leur étaient confiés.

28. Quant à ceux qui étaient pécheurs, il les retiraient du péché, en se prêtant à leur faiblesse et à leur infirmité par une sainte et vraie compassion; ils les corrigeaient des fautes où ils tombaient, et partageaient charitablement avec eux leur pénitence. L’amour qu’ils portaient à ces pénitents leur rendait la pénitence qu’ils donnaient plus pénible à eux-mêmes qu’à ceux qui la recevaient. Quelquefois même il y en avait qui s’en chargeaient réellement, surtout quand ils voyaient qu’elle répugnait trop à ceux qu’ils dirigeaient, et par ce moyen la rigueur de la pénitence devenait douce.

29. Ces bien-aimés ministres abaissaient humblement leur dignité devant ceux qui leur étaient soumis. Ils étaient les maîtres, et ils se faisaient les serviteurs; ils étaient exempts de toute infirmité, purs de tout mal, et ils se faisaient infirmes; ils étaient forts, et ils se faisaient faibles. Ils se montraient simples avec les simples, petits avec les petits, et savaient ainsi, par humilité et charité, se proportionner à tous, et donner à chacun la nourriture qui lui convenait.

30. Qu’est-ce qui les faisait agir de la sorte? La faim, le désir qu’ils avaient de mon honneur et du salut des âmes. Ils couraient pour se rassasier au banquet de la sainte Croix; ils ne fuyaient, ne refusaient aucune fatigue; mais, pleins de zèle pour les âmes, le bien de la sainte Église et l’expansion de la foi, ils se jetaient au milieu des épines de la tribulation et affrontaient tous les dangers avec une véritable patience, en m’offrant le parfum précieux de leur ardent désir et de leurs humbles et continuelles prières. Leurs larmes et leurs pleurs étaient un baume salutaire pour les plaies que le péché mortel avait faites au prochain, et ceux qui recevaient humblement ce remède précieux y trouvaient une santé parfaite.