Traité de la prière II – Chapitre CXXVI, CXXVII, CXXVIII

CXXVI.- De ceux qui s’abandonnent aux plaisirs des sens.

1. Ma fille bien-aimée, je t’ai dit quelque chose de ceux qui vivent en religion avec le vêtement des agneaux, tandis qu’ils sont des loups ravisseurs. Je reviens maintenant aux ecclésiastiques et aux ministres de la sainte Église, pour déplorer avec toi les péchés qu’ils ajoutent à ceux dont je t’ai parlé. Je t’entretiendrai des trois colonnes du vice que je t’ai montré une fois. Ces colonnes sont l’impureté, l’orgueil et la cupidité qui fait vendre la grâce du Saint Esprit. Ces vices se tiennent entre eux, leur fondement commun est l’amour-propre. Tant que ces trois colonnes sont debout et ne sont pas renversées par la force de l’amour des vertus, elles suffisent pour fixer et maintenir l’âme dans tous les vices. Tous les vices naissent de l’amour-propre, qui est lui-même le père de l’orgueil. L’homme orgueilleux est privé du sentiment de la charité; son orgueil l’entraîne à l’impureté et à l’avarice, et il se lie ainsi avec les chaînes du démon.

2. Considère maintenant, ma fille, combien l’orgueil et l’impureté souillent leur âme et leur corps. Je veux ajouter quelque chose pour que tu connaisses mieux l’abondance de ma miséricorde, et que tu aies une plus grande compassion de ces malheureux. Quelques-uns sont si possédés du démon, que non seulement ils outragent les sacrements et ne respectent pas la dignité que je leur ai donnée, mais qu’ils s’oublient et s’égarent dans l’amour des créatures. Quand ils ne peuvent avoir ce qu’ils désirent, ils pratiqueront des sortilèges et se serviront même du Sacrement qui est votre nourriture et votre vie, pour composer des maléfice et satisfaire leurs pensées impures et leurs coupables volontés. Les pauvres brebis dont ils devaient nourrir les âmes et les corps sont ainsi tourmentées par ces détestables moyens, et par d’autres que je passerai sous silence, pour ne pas t’affliger davantage, Tu les as vues ces pauvres brebis, comme folles et hors d’elles-mêmes, sentir leur volonté violentée par ces démons incarnés, et entrai nées à faire ce qu’elles ne voulaient pas. La résistance qu’elles opposaient causait à leur corps d’horribles souffrances. Il est inutile de te rappeler ces malheurs et tant d’autres. Tu sais quelle en est la cause: une vie impure et coupable.

3. O ma fille bien-aimée la chair qui est élevée au-dessus de tous les chœurs des anges par ma nature divine unie à votre nature humaine, ils l’emploient à de telles iniquités! Homme abominable et semblable à la brute, ta chair que j’ai consacrée par l’onction sainte, tu la livres aux prostituées et à des choses plus viles encor. Cette chair, et celle du genre humain, avaient été guéries de la plaie que lui avait faite le péché d’Adam, par le corps de mon Fils torturé sur l’arbre de la Croix. Malheureux! il t’a honoré et tu l’outrages; il a guéri tes plaies avec son sang, il t’a fait son ministre, et tu le poursuis de tes honteux péchés. Le bon Pasteur avait lavé ses brebis dans son sang; tu salis celles qui sont pures, et tu fais tous tes efforts pour les plonger dans la fange.

4. Tu devais donner l’exemple de la pureté, et tu donnes celui de la débauche. Tu emploies toutes les parties de ton corps à commettre le mal, et tu fais le contraire de ce qu’a fait mon Fils. J’ai permis que ses yeux fussent bandés pour t’éclairer, et tu ouvres les tiens pour empoisonner ton âme et le cœur des autres par des regards criminels. J’ai souffert qu’il fût abreuvé de fiel et de vinaigre, et toi tu te repais, comme l’animal, de mets délicats; tu fais un dieu de ton ventre. Ta langue est pleine de paroles frivoles et déshonnêtes, tandis que tu devais l’employer à reprendre le prochain, à enseigner ma vérités et à réciter pieusement ton Office. Je n’en reçois que la corruption. Tu jures et tu blasphèmes souvent comme un libertin. J’ai souffert que les mains de mon Fils fussent liées pour te délivrer et délivrer le genre humain des liens du péché; tes mains, qui ont été consacrées pour administrer la sainte Eucharistie, tu les souilles par tes vices, toutes les œuvres qu’elles font sont mauvaises et destinées au service du démon. Malheureux! Je t’ai élevé cependant à une si grande dignité pour que tu m’honores et que tu serves mes créatures.

5. J’ai voulu que les pieds de mon Fils fussent percés pour te faire parvenir à son corps; j’ai voulu que son côté fût ouvert pour te faire voir le secret de son cœur; je vous l’ai offert comme un asile où vous pouvez contempler et goûter l’amour ineffable que j’ai ressenti pour vous en unissant ainsi ma nature divine à votre nature humaine. Ce sang, dont tu es le ministre, est un bain pour laver vos iniquités, et tu as fait de ton cœur le temple du démon. Tu ne fixes pas en moi ton affection, représentée par les pieds, et tu ne m’offres que la corruption et le blasphème. Tes pieds te portent où le démon t’appelle. Ainsi tout ton corps persécute le corps de mon Fils; tu fais sans cesse le contraire de ce qu’il a fait, et de ce que toi et toutes les autres créatures, êtes obligés de faire.

6. Tous les organes de ton corps sont viciés, parce que les trois puissances de ton âme sont unies au nom du démon, au lieu d’être unies en mon nom, Ta mémoire devrait être pleine des bienfaits que tu as reçus de moi, et elle est pleine de choses déshonnêtes et coupables. Ton intelligence devrait contempler, à la lumière de la foi, Jésus crucifié, mon Fils unique, dont tu es le ministre, et tu l’appliques aux délices, aux honneurs, aux richesses du monde. Ton amour devrait m’appartenir sans partage, et tu le donnes misérablement aux créatures. Tu me préfères ton corps et jusqu’à tes animaux. Qu’est-ce qui le prouve? Ta révolte contre moi quand je t’enlève ce que tu aimes, et ton impatience contre le prochain quand tu crois qu’il t’a fait quelque tort. Tu le hais et tu l’outrages; tu te sépares de ma charité et de la sienne. O infortuné! tu as été choisi pour répandre le feu de la charité divine, et tu la perds à cause de tes plaisirs coupables et des légers, préjudices que tu reçois du prochain. Voilà, ma fille bien-aimée, une de ces trois malheureuses colonnes du mal dont je t’ai parlé.

CXXVII.- De l’avarice et des maux qu’elle cause à l’Église.

1. La seconde colonne du mal est l’avarice. Ce que mon Fils avait donné avec tant de générosité, l’avarice veut le vendre. Son divin corps, sur l’arbre de la croix, était ouvert, et son sang coulait de toute part. C’est avec ce sang que l’amour vous a rachetés, et non pas avec de l’or et de l’argent. Ce n’était pas pour la moitié du monde qu’il était répandu, mais pour tout le genre humain pour tous ceux qui ont été, qui sont et qui seront. Ce sang ne vous a pas été administré sans le feu; car c’est par le feu de l’amour que je vous l’ai donné, et ce feu et ce sang ne sont pas sans ma nature divine, parfaitement unie à la nature humaine. C’est de ce sang qui par l’amour que j’ai fait l’homme ministre.

2.- Et toi, tu es avare de ce que mon Fils a gagné sur la Croix, pour ces âmes rachetées avec tant d’amour. Ce qu’il t’a donné en te faisant ministre de son sang, tu le retiens par avarice; tu veux vendre la grâce du Saint Esprit, et tu exiges qu’on t’achète ce que tu as reçu gratuitement tu ne cherches point à te rassasier des âmes pour mon honneur, mais à te repaître d’argent. Tu es, si peu généreux de ce que tu as reçu avec tant de largesse, qu’il est évident que je ne suis pas en toi par la grâce, et que le prochain n’y est pas par l’amour. Les biens temporels que tu reçois à cause de ce sang, tu les reçois en abondance, et, dans ton avarice, tu ne les fais pas servir à d’autres qu’à toi. Voleur digne, de la mort éternelle, tu dépouilles les pauvres et l’Église pour vivre dans le plaisir avec tes parents et avec des gens sans conduite tu les dépouilles pour te procurer des jouissances et élever tes enfants.

3. O misérable, où sont les fils des solides et saintes vertus que tu devais avoir? Où est l’ardente charité que tu devais répandre, et le désir dévorant pour mon honneur et le salut des âmes? Où est cette poignante douleur que tu devrais ressentir en voyant le loup infernal emporter tes brebis? Tu n’éprouves rien; tu n’aimes que toi, et cet amour est un poison pour toi et pour les autres. Tu es toi-même ce loup infernal qui les dévores par ton amour déréglé. Tu n’as d’ardeur que pour cela. Comment craindrais-tu de voir le démon invisible emporter les âmes puisque tu es le démon visible, l’instrument qui les fait tomber en enfer?

4. C’est toi et ceux qui te ressemblent que tu revêts et que tu engraisses des biens de l’Église; tu en nourris même des animaux, ces beaux chevaux que tu as pour tes plaisirs, et non pour tes besoins, tandis que tu devrais te borner au nécessaire. Ces plaisirs sont ceux des hommes du monde; tes jouissances devraient être d’assister les pauvres, de visiter les infirmes et de pourvoir à tous leurs besoins spirituels et temporels; car ce n’est pas pour autre chose que je t’ai fait mon ministre, et que je t’ai revêtu d’une si grande dignité. Mais, parce que tu te fais semblable aux bêtes, tu te plais au milieu des bêtes. Que tu es aveugle! Si tu voyais les supplices qui t’attendent si tu ne changes, tu ne te conduirais pas de la sorte, mais tu te repentirais des fautes passées, et tu emploierais mieux le temps présent.

5. Tu vois, ma fille bien-aimée, combien j’ai raison de me plaindre de ces misérables, combien j’ai été généreux envers eux, et combien ils sont avares envers moi. Que te dire encore? Apprends qu’il y en a qui prêtent à usure. Ils ne mettent pas d’enseignes comme les usuriers publics, mais ils ont une foule de moyens subtils pour vendre le temps à leur prochain avec une coupable avidité, ce qui n’est jamais permis. Si on leur fait un présent, si petit qu’il soit, et s’ils le reçoivent pour prix du service qu’il ont rendu en prêtant de l’argent, cela est une usure, comme tout ce qu’on reçoit pour payer le temps.

6. Je les établis pour qu’ils défendent l’usure aux séculiers, et ils la font eux-mêmes. Bien plus, si quelqu’un va les trouver pour les consulter sur cette matière, parce qu’ils ont ce vice et qu’ils ont perdu la lumière de la raison, le conseil qu’ils donneront sera ténébreux et plein de la passion qui est dans leur âme. Ce défaut, et bien d’autres, naissent dans leur cœur étroit, envieux et avare; on peut bien dire d’eux ce que dit mon Fils lorsqu’il entra dans le Temple et qu’il en chassa avec un fouet de corde ceux qui y vendaient et achetaient: « De la maison de mon Père, qui est une maison de prière, vous avez fait une caverne de voleurs » (S. Mt., XXI, 43).

7. Tu le vois, ma douce fille, mon Église, qui est le lieu de la prière, est devenue une caverne de voleurs; ils y vendent et ils y achètent; ils trafiquent de la grâce du Saint Esprit. Celui qui désire les dignités et les bénéfices de la sainte ‘Église, les achète par de nombreux présents qui ressemblent beaucoup à des marchandises et à de l’argent: les malheureux ne regardent pas si ceux qui les sollicitent sont bons ou mauvais; mais, pour leur plaire et par amour des cadeaux qu’ils ont reçus, ils font tous leurs efforts pour mettre ces plantes vénéneuses dans le jardin de la sainte Église. Ils les recommanderont au Vicaire de Jésus Christ. Ainsi le protecteur et le protégé tromperont le Christ de Dieu sur terre, tandis qu’ils devaient lui dire toute la vérité.

8. Mais si le Vicaire de mon Fils s’aperçoit de leur faute, il doit les punir et retirer les pouvoirs de celui qui ne se corrige pas et n’amende pas sa mauvaise vie. Quant à celui qui achète un bénéfice, il serait bon de le mettre en prison pour qu’il change, et que la crainte empêche les autres de suivre son exemple. Si le Christ de la terre agit de la sorte, il fait son devoir. S’il ne le fait pas, son péché ne restera pas impuni, lorsqu’il paraîtra devant moi pour rendre compte de ses brebis.

9. Ma fille, sois persuadée que ce désordre existe à cette époque; et c’est ce qui a fait tomber l’Église dans une si grande désolation. On n’examine pas la vie de ceux qu’on élève aux chargés, et on ne demande pas s’ils sont bons ou mauvais, Si l’on prend quelques informations, c’est auprès de ceux qui sont complices de leurs vices et qui donnent toujours des témoignages favorables, parce qu’ils ont les mêmes défauts. On, ne regarde qu’à la naissance, aux belles manières, aux richesses et au talent de bien dire en plein consistoire et, ce qui est pire, quelquefois on vantera la beauté de la personne. Entends-tu cet acte infernal? Lorsqu’on devrait rechercher l’ornement et la beauté de la vertu, on regarde à la beauté du corps.

10. Ils devraient choisir les pauvres, les humbles qui fuient les honneurs, et ils prennent ceux qui les recherchent avec orgueil. Ils se préoccupent aussi de la science. La science est bonne en elle-même; elle est parfaite lorsque celui qui la possède y joint une vie sainte et une humilité sincère. Mais si la science se trouve dans un orgueilleux et un libertin, elle est empoisonnée. Ce savant n’entend plus que la lettre des Saintes Écritures; il est dans les ténèbres, parce qu’il a perdu la lumière de la raison et qu’il a obscurci l’œil de son intelligence. C’est avec la lumière de la raison, aidée de la lumière surnaturelle, que la Sainte Écriture peut être expliquée et comprise, comme je te l’ai dit ailleurs.

11. Ainsi, tu vois que la science est bonne en elle-même, mais non, pas en celui qui s’en sert comme il ne devrait pas s’en servir; car elle sera pour lui un feu dévorant, s’il ne change pas de vie. Il faut plutôt s’arrêter à une vie bonne et sainte qu’à la science d’un homme qui a une conduite déréglée. On fait le contraire ceux qui sont bons et vertueux sans avoir grande science, sont regardés comme des sots; ils sont méprisés et rebutés, parce qu’ils n’ont rien à donner.

12. Dans,ma maison, qui devrait être la maison de la prière, où devraient briller la perle de la justice, la lumière de la science, la sainteté de la vie; dans ma maison, qui devrait être pleine du parfum de la vérité, abonde, le mensonge. On devrait y voir la pauvreté volontaire, avec un ardent désir de sauver les âmes, de les tirer des mains du démon; et ces ministres infidèles désirent les richesses, ils s’occupent tant des choses temporelles, qu’ils abandonnent le soin des choses spirituelles. Ils ne font que jouer, rire, augmenter et multiplier leurs biens. Les malheureux ne s’aperçoivent pas que c’est le moyen de les perdre; car s’ils. étaient riches en vertu, et s’ils s’appliquaient aux choses spirituelles comme ils le doivent, ils auraient les choses temporelles en abondance, et beaucoup de révoltes contre l’Église, mon épouse, n’auraient pas lieu.

13. Ils, doivent laisser les morts ensevelir leurs morts (S. Luc, IX, 60), pour suivre la doctrine de mon Fils et accomplir en eux ma volonté, c’est-à-dire, faire ce que je les ai chargés de faire, mais ils font tout le contraire, car ils s’appliquent à ensevelir, avec un amour déréglé, les choses mortes et passagères, et ils font ce qui regarde les hommes du monde; ce qui me déplaît grandement, et nuit beaucoup à la sainte Église. Il faut laisser aux séculiers leurs affaires. Un mort doit ensevelir l’autre, c’est-à-dire que ceux qui sont placés pour gouverner les choses temporelles doivent les gouverner.

14. Pourquoi t’ai-je dit qu’un mort doit ensevelir l’autre? Apprends que cela doit s’entendre de deux manières. La première quand on administre les choses temporelles en état de péché mortel, avec un amour déréglé; la seconde, quand on le fait seulement avec le corps sans s’y attacher; car le corps est une chose morte: il n’a pas la vie en lui-même, il la tient de l’âme, et participe à sa vie tant qu’il n’en est pas séparé. Il faut donc que mes ministres, qui doivent vivre comme des anges, laissent les choses mortes aux morts, et gouvernent les âmes, qui sont des choses vivantes et qui ne meurent jamais quant à l’être.

15. Ils doivent les gouverner, leur administrer les sacrements, les dons et les grâces du Saint Esprit, et leur distribuer la nourriture spirituelle en vivant saintement. De cette manière, ma maison sera la maison de la prière; ils la rempliront de grâces et de vertus. Mais comme ils ne le font pas et qu’ils font le contraire, je puis dire qu’elle est devenue une caverne de voleurs; car ils se sont faits marchands par avarice; ils vendent, ils achètent (Et est effecta receptaculum animalium, ex eo quia vivunt ut animalia bruta cum inhonestate fetida. Et hoc enim ex illa fecerunt veluti stabulum, quoniam jacent in luto miserabilis inhonestais. Et ita, tenent in ecclesia daemoniacas concubinas suas, absque verecundia, sicut sponsus honorifice sponsam in domo sua retinet). Tu vois combien ces désordres sont plus grands que ceux dont je t’ai parlé. Ils viennent des deux colonnes de mort qui sont l’impureté et l’avarice.

CXXVIII.- De l’orgueil qui détruit la connaissance de la vérité.

1. Je veux maintenant te parler de la troisième colonne qui est l’orgueil: je l’ai placé le dernier, mais il est le dernier et le premier des vices; car tous les vices sont basés sur l’orgueil, comme toutes les vertus ont pour base et pour vie la charité. L’orgueil naît et se nourrit de l’amour-propre sensitif, qui est le fondement de ces trois colonnes et de tous les péchés que commettent les créatures. Celui qui s’aime d’un amour déréglé est privé de mon amour, puisqu’il ne m’aime pas; et en ne m’aimant pas, il m’offense, puisqu’il n’observe pas le commandement de la loi qui lui ordonne de m’aimer par dessus toute chose, et d’aimer le prochain comme moi-même.

2. Aussi, parce qu’il s’aime d’un amour sensitif, il ne m’aime pas et ne me sert pas; mais il aime et sert le monde par l’amour sensitif et le monde n’ont aucune conformité avec moi; et parce qu’il n’y a aucune conformité entre ces deux amours, il faut nécessairement que celui qui aime le monde d’un amour sensitif et le sert d’une manière sensuelle, me haïsse. Celui qui m’aime en vérité hait le monde. Ma Vérité a dit que personne ne pouvait servir deux maîtres contraires. Dès qu’il en sert un, il sera opposé à l’autre (S. Mt., VI, 24).

3. Tu vois que l’amour propre prive l’âme de ma charité et le revêt du vice de l’orgueil. L’amour-propre est la source de tout péché. Je me plains de toute créature raisonnable coupable d’amour-propre, mais je me plains bien davantage de mes ministres, qui devraient être humbles. Tous doivent avoir cette vertu de l’humilité, que nourrit la charité, mais surtout ceux qui sont les ministres de l’humble Agneau sans tache, mon Fils bien-aimé. Comment eux et tous les hommes n’ont-ils pas honte de s’enorgueillir, lorsqu’ils me voient humilié jusqu’à l’homme par l’union du Verbe mon Fils à votre chair?

4. Ils voient le Verbe se soumettre avec ardeur à l’obéissance que je leur ai imposée, et s’abaisser jusqu’à la mort ignominieuse de la Croix. Il a la tête inclinée pour vous saluer, la couronne sur la tête pour vous orner, les bras étendus pour vous embrasser, les pieds percés pour ne pas vous quitter. Et toi, malheureux, qu’il a fait son ministre avec tant de générosité et d’humilité, tu devrais embrasser la croix, et tu la fuis pour t’unir à de coupables et immondes créatures; tu devrais être ferme et inébranlable dans la voie de ma Vérité, lui livrant ton cœur et ton esprit, et tu flottes comme la feuille emportée par le vent. Tu vas au gré du temps; la prospérité t’agite d’une joie déréglée, l’adversité te jette dans l’impatience; car, comme la patience est la moelle de la charité, l’impatience est celle, de l’orgueil. Tout agite et scandalise ceux qui sont orgueilleux et colères.

5. L’orgueil me déplait tant, que je l’ai précipité du ciel lorsque l’ange voulut s’élever. L’orgueil ne monte pas au ciel, il tombe au fond des enfers. Ma Vérité a dit: Celui qui s’élèvera, c’est-à-dire l’orgueilleux, sera humilié, et celui qui s’humiliera sera élevé (S. Luc XIV, 11). Dans toutes les classes d’hommes, l’orgueil me déplaît; mais il me déplaît plus dans mes ministres, que j’ai choisis pour servir l’humble Agneau. Ils font tout le contraire. Comment ce malheureux prêtre n’a-t-il pas honte d’être orgueilleux, lorsqu’il me voit descendre jusqu’à vous en vous donnant mon Fils unique, et en le prenant pour ministre? Le Verbe ne s’est-il pas humilié pal obéissance jusqu’à la mort ignominieuse de la Croix? Sa tête est couronnée d’épines, et son ministre lève la tète contre moi et contre son prochain. Au lieu d’être un humble agneau, c’est un bélier avec des cornes d’orgueil, et il frappe tous ceux qui l’approchent.

6. Infortuné, tu ne penses pas que tu ne peux m’échapper. T’ai-je chargé de me frapper avec les cornes de l’orgueil, de m’injurier et d’outrager le prochain sans raison? Où est la douceur que tu devrais avoir pour célébrer le Mystère du corps et du sang de mon fils Jésus? Tu es devenu comme une bête féroce, sans aucune crainte de moi. Tu dévores ton prochain; tu mets la division partout et tu favorises les personnes qui te servent, qui te sont utiles, ou celles qui te plaisent, parce qu’elles vivent comme toi. Tu devrais les corriger et combattre leurs défauts; mais tu fais le contraire en leur donnant des exemples qu’elles suivent et qu’elles dépassent. Si tu étais bon, agirais-tu de la sorte? Parce que tu es mauvais tu ne sais pas corriger et haïr les fautes d’autrui.

7. Tu méprises les humbles et les pauvres vertueux. Tu les fuis, et tu as des motifs pour les fuir, quoique tu ne doives pas le faire. Tu les fuis parce que la corruption de tes vices ne peut supporter l’odeur de la vertu. Tu rougis de voir mes pauvres à ta porte, et tu refuses d’aller les visiter dans leurs besoins. Tu les vois mourir de faim, et tu ne les secours pas. C’est la grandeur de ton orgueil qui en est cause; ton orgueil refuse de se plier au moindre acte d’humilité. Pourquoi? Parce que l’amour-propre qui nourrit l’orgueil, règne en toi, et veut pas consentir à donner gratuitement aux pauvres les secours temporels et spirituels.

8. O maudit orgueil qui vient de l’amour-propre!! comme tu as aveuglé l’œil de l’intelligence! Ils ne voient pas qu’en s’aimant avec cette tendresse, ils sont cruels envers eux-mêmes, et qu’ils perdent ce qu’ils croient gagner. Ils croient être dans les plaisirs, les richesses, les grandeurs, et ils sont plongés dans la misère et la plus extrême pauvreté; ils sont privés des richesses de la vertu; ils sont tombés des hauteurs de la grâce dans l’abaissement du péché mortel. Ils paraissent voir et ils sont aveugles; car ils ne se connaissent pas et ne me connaissent pas; ils ne connaissent pas leur état et la dignité à laquelle je les avais élevés; ils ne connaissent pas la fragilité du monde et son peu de solidité; car s’ils le connaissaient s’en feraient-ils un dieu?

9. Qu’est-ce qui leur ôte cette connaissance? L’orgueil, qui les a rendus des démons, tandis que je les avais choisis pour être les anges de la terre en cette vie. Ils sont tombés de la hauteur des cieux au fond des ténèbres; et ces ténèbres se sont tellement multipliées avec leurs iniquités, qu’ils commettent quelquefois une faute que je veux te faire connaître.

10. Quelques-uns sont tellement possédés du démon, qu’ils font semblant de consacrer, et ne consacrent pas, par crainte de mes jugements et pour faire plus librement le mal; ils ont quitté te matin la débauche, et le soir les excès de la table, lorsqu’il leur faut, pour satisfaire le peuple, célébrer tes saints Mystères. Alors la vue de leurs iniquités et le cri de leur conscience les arrêtent, et ils ne consacrent pas par une sorte de crainte de ma justice que leur cause, non pas la haine du vice, mais l’amour d’eux-mêmes

11. Vois, ma fille bien-aimée, quel aveuglement. Au lieu de recourir à la contrition du cœur, au lieu de détester leurs vices et de prendre la résolution de se corriger, ils ont recours à un autre moyen, ils ne consacrent pas. Ils lie voient pas que le mal devient plus grand encore, puisque le peuple prend une hostie non consacrée pour le corps et le sang de Jésus, mon Fils unique, vrai Dieu et vrai homme. Il adore cette hostie comme sI elle était consacrée, tandis qu’elle n’est que du pain. Combien est grande cette abomination, et quelle patience il me faut pour la supporter? S’ils ne se corrigent, toutes mes grâces retourneront contre eux (Populus autem ad vitandum illud inconveniens, debet adorare cum ista conditione, dicens:In quantum iste minister omnia quae debet, dixerit atque fecerit, ego credo quod tu es Jesus Christus Filius Dei vivi, mihi datus in cibum ah inaestjmabili charitate divina, in memoriam tuae dulcissimae passionis et excellentissimi beneficii sanguinis effusi, cum inestimabili charitatis igne, ad abluendas iniquitates meas atque totius universi. Itaque faciendo sic ex aliqua caecitate cujuscumque, nullus effendet adorando unam rem pro alia, quamvis illa culpa peccati solum est illius iniqui ministri, tamen actualiter ibi fieret quod est omnino prohibitum.).

12. O ma fille bien-aimée! qui empêche la terre de les engloutir, et ma puissance de les arrêter et de les rendre immobiles pour les couvrir de confusion devant le peuple? C’est ma miséricorde; je me retiens moi-même, c’est-à-dire que ma miséricorde contient ma justice, afin de les vaincre à force de miséricorde. Mais ils ne connaissent rien dans leur obstination diabolique; ils ne voient pas ma miséricorde, et ils paraissent croire que je leur dois ce que je leur donne; ils sont si aveugles, qu’ils ne voient pas qu’ils reçoivent tout de ma grâce sans y avoir aucun droit.