Traité de la prière II – Chapitre CXXXII, CXXXIII, CXXXIV

CXXXII.- De la mort des pécheurs et de leurs peines au dernier moment.

1.- Ma fille bien-aimée, le bonheur de mes ministres fidèles est grand, sans doute; mais le malheur des infortunés dont je t’ai parlé est encore plus grand. Que leur moi-t est affreuse et terrible! Dans leurs derniers instants, les démons les accusent et les épouvantent en leur apparaissant. Tu sais que leur figure est si hideuse, qu’il vaudrait mieux souffrir toutes les peines de la vie que de voir le démon dans sa réalité.

2.- Le remords de la conscience renaît aussi pour ronger et dévorer le pécheur. Tous les plaisirs déréglés, les sens qui étaient les maîtres, et la raison qui était esclave, l’accusent d’une manière terrible, parce qu’il reconnaît la vérité de ce qu’il avait méconnu d’abord; son erreur le couvre de confusion. Pendant toute sa vie il a été infidèle, tandis qu’il devait me servir; mais l’amour-propre avait obscurci dans son intelligence la lumière de la sainte foi. Aussi le démon le poursuit de la pensée dé ses infidélités pour le faire tomber dans le désespoir.

3.- Oh! combien ce combat est dur! Le pécheur est sans défense; il n’est pas armé des sentiments de la charité; il en est complètement privé, parce qu’il est devenu un membre du’ démon. Il n’a pas la lumière surnaturelle, ni celle de la science qu’il ne peut comprendre, parce que son orgueil ne lui permet pas d’en savourer la douceur. Aussi, quand vient le grand combat, il ne sait plus que faire. Il n’est pas soutenu par l’espérance, car il n’a pas espéré en moi, ni dans le Sang dont je l’ai fait ministre; il a espéré en lui-même, dans les honneurs et les délices du monde; ce malheureux ne voyait pas que tout lui était prêté, et qu’il devait m’en rendre compte comme à un créancier. Il se trouve nu et sans vertu, et de quelque côté qu’il se tourne, il ne voit que des sujets de honte et de confusion.

4. L’injustice dont il s’est rendu coupable pendant toute sa vie, l’accuse tellement devant sa conscience, qu’il n’ose demander autre chose que la justice. Sa confusion est si grande, qu’il ne peut plus, comme il faisait pendant sa vie, espérer dans ma miséricorde; ses fautes montraient que cette espérance n’était que présomption car celui qui m’offense en s’appuyant sur ma miséricorde ne peut pas dire qu’il espère en ma miséricorde; il compte seulement sur elle. Si, quand vient l’heure de la mort, il reconnaît ses fautes et décharge sa conscience par une sainte confession, la présomption cesse, et il ne m’offense plus. La miséricorde lui reste, et avec cette miséricorde il peut, s’il le veut, se rattacher à l’espérance. Sans cela il ne pourrait éviter le désespoir, qui l’entraînerait avec les démons dans l’éternelle damnation.

5. C’est ma miséricorde qui fait espérer l’homme en ma miséricorde pendant sa vie. Je ne lui accorde pas cette grâce pour qu’il m’offense, mais pour qu’il se livre à ma charité et à la considération de ma bonté. Celui-là fait le contraire quand il m’offense, parce qu’il compte sur ma miséricorde. Cependant je le conserve dans l’espérance de ma miséricorde, afin qu’au moment de la mort il puisse s’y attacher, et qu’il ne périsse pas en tombant dans le désespoir. Car ce qui est le plus odieux pour moi, et le plus malheureux pour lui, c’est le désespoir.

6. Ce dernier péché est plus grand que tous ceux qu’il a commis. Ce qui fait que ce péché m’irrite et lui nuit plus que les autres, c’est qu’il y a dans les autres péchés un certain plaisir, un entraînement des sens, et qu’on peut en avoir un regret qui attire la miséricorde; mais dans le péché de désespoir, comment prétexter la faiblesses puisqu’on n’y trouve aucune jouissance, mais au contraire une peine insupportable? Le désespoir est le mépris de ma miséricorde; il fait croire la faute plus grande que ma miséricorde et ma bonté. Celui qui tombe dans ce péché ne se repent pas et ne pleure pas véritablement de m’avoir outragé; il pleure son malheur et non mon offense; et c’est pourquoi il tombe dans l’éternelle damnation.

7. Ce péché seul le conduit en enfer, où il sera tourmenté pour ce péché et pour tous ceux qu’il a commis. S’il se fût repenti de l’offense qu’il m’avait faite, s’il avait espéré dans ma miséricorde, il eût trouvé miséricorde. Car, comme je te l’ai dit, ma miséricorde est infiniment plus grande que tous les péchés que peuvent commettre les créatures. Aussi ceux qui la jugent inférieure à leurs péchés me déplaisent plus que tous les autres. C’est là le péché qui n’est pardonné ni en cette vie ni en l’autre. Quand vient l’heure de la mort pour celui qui a vécu dans le désordre et le crime, le désespoir me déplaît tant, que je voudrais le faire espérer dans ma miséricorde; c’est pour cela que, pendant sa vie, je me suis servi d’un doux stratagème, en le laissant trop compter sur ma miséricorde. L’habitude de l’espérance l’expose moins à la perdre au moment de la mort, au milieu des combats terribles qu’il éprouve alors.

8. Cette grâce vient du foyer de mon ineffable charité; mais, parce que l’homme la reçoit avec les ténèbres de l’amour-propre, d’où procède toute faute, il la méconnaît, et la douceur de ma miséricorde n’a été pour son cœur qu’un motif de présomption; c’est ce que sa conscience lui reproche en présence des démons; elle lui rappelle la patience et la grandeur de ma miséricorde, sur laquelle il comptait, Il devait se livrer à la charité et à l’amour des vertus, et employer saintement le temps que lui avait donné mon amour, et il a employé le temps et l’espérance de ma miséricorde pour m’offenser.

9. O aveugle plus qu’aveugle! tu as enterré la perle et le talent que j’avais mis dans tes mains pour les faire profiter. Par présomption, tu n’as pas voulu faire ma volonté; tu as enfoui ton trésor sous la terre de l’amour déréglé de toi-même, et maintenant tu en retires un gain de mort. O malheureux, combien grande est la peine que tu reçois à cette heure dernière! Tes misères ne te sont plus cachées, car le ver de la conscience ne dort plus, mais il ronge. Les démons t’insultent et te payent le prix de ta fidélité à les servir, c’est-à-dire la confusion et les reproches. Pour qu’au moment de la mort tu n’échappes pas à leurs mains, ils veulent te jeter dans le désespoir; ils te troublent, afin de partager ensuite avec toi ce qu’ils ont pour eux-mêmes.

10. Malheureux, la dignité à laquelle je t’avais élevé, tu la vois maintenant sublime comme elle l’est; tu reconnais à ta honte que tu l’as profanée, et que tu as employé les biens de l’Église dans les ténèbres du péché. Tu vois maintenant que tu as dérobé et gardé ce que tu devais rendre aux pauvres et à la sainte Église. Ta conscience te reproche de l’avoir employé à payer tes coupables plaisirs, à enrichir tes parents et à te ruiner en repas, en meubles pour ta maison et en vaisselle d’argent, toi qui devais vivre dans la pauvreté volontaire. Ta conscience te rappelle l’Office divin, que tu as négligé sans t’inquiéter de commettre ainsi un péché mortel, et, quand tu le récitais, c’était de bouche; ton cœur était loin de moi.

11. Et ceux qui t’étaient confiés, la charité, le zèle que tu devais avoir pour les porter à la vertu, t’obligeaient à leur donner de saints exemples et à les battre avec la main de la miséricorde et la verge de la justice. Tu as fait le contraire, et ta conscience te le reproche en présence des démons. Dans ta puissance, tu confiais des charges et des âmes à des sujets indignes, sans y faire attention; ta conscience te le montre maintenant. Tu ne devais pas alors te laisser influencer par des flatteries, par des présents, par le désir de plaire aux autres; tu ne devais considérer que la vertu, mon honneur et le salut des âmes. Tu ne l’as pas fait; ta conscience te le redira pour ta honte, pour ton supplice, et à la lumière de ton intelligence tu verras clairement que tu as fait ce que tu ne devais pas faire, et que tu n’as pas fait ce que tu devais faire.

12. Ma chère fille, on apprécie le blanc près du noir, et le noir près du blanc, mieux que s’ils étaient séparés l’un de l’autre. Il en est de même pour ces malheureux. A leur mort et à celle des autres hommes, l’âme commence à voir plus distinctement son malheur ou sa béatitude. Le coupable voit clairement sa vie criminelle. Personne n’a besoin de la lui montrer, parce que sa conscience le met en présence des fautes qu’il a commises et des vertus qu’il devait pratiquer. Pourquoi des vertus? Pour que sa confusion soit plus grande, parce qu’en rapprochant le vice de la vertu, la vertu fait mieux connaître le vice, et plus il est connu, plus la honte est grande. Le coupable, par la connaissance de ses fautes, connaît mieux la perfection de la vertu, et alors sa douleur augmente, parce qu’il voit que sa vie a été éloignée de toute vertu.

13. Dans la connaissance qu’il a du vice et de la vertu le pécheur voit clairement le bien qui récompense l’homme vertueux, et le châtiment qui punit le coupable, plongé dans les ténèbres du péché mortel. Je ne lui donne pas cette connaissance pour qu’il tombe dans le désespoir, mais pour qu’il ait une connaissance plus parfaite de lui-même, et qu’il rougisse de ses fautes avec espérance; cette honte et cette connaissance le convertiront, et il apaisera ma colère en implorant humblement ma miséricorde.

14. L’homme juste grandit dans la joie et la connaissance de ma charité, parce qu’il attribue non pas à lui, mais à moi, la grâce qu’il a eue de suivre la vertu par la doctrine de ma Vérité, il se réjouit en moi; avec cette lumière et cette connaissance véritable, il goûte et reçoit cette douce fin, dont je t’ai parlé ailleurs. Le juste qui a vécu dans l’ardeur de la charité surabonde de joie, tandis que le coupable qui a vécu dans les ténèbres est accablé par la douleur. Les apparitions des démons ne nuisent point au juste, et il ne les craint pas, parce qu’il n’y a que le péché qu’il redoute et qui puisse lui nuire. Mais ceux qui ont vécu dans le vice et la débauche tremblent et souffrent à la vue des démons; cette vue, s’ils le veulent, ne doit pas entraîner dans le désespoir, mais seulement réveiller leur conscience et les conduire par la crainte au repentir.

15. Tu vois, ma très chère fille, combien sont différents pour le juste et le pécheur les derniers instants de la vie et les combats de la mort. Je t’en ai à peine dit un mot. Ce que j’ai montré aux regards de ton intelligence n’est pour ainsi dire rien en comparaison de la réalité, c’est-à-dire de la peine que le pécheur endure, et du bien que le juste reçoit considère I’aveuglement des hommes et surtout celui des malheureux dont je t’ai parlé: plus ils ont reçu de moi, plus ils sont éclairés par les Saintes Écritures, et plus ils ont d obligations, plus ils recevront une honte intolérable Plus ils auront connu le saint Évangile pendant leur vie, plus ils connaîtront à leur mort les grandes fautes qu’ils ont commises; ils auront à souffrir des tourments plus grands que les autres, comme les bons jouiront au contraire d’une plus douce récompense.

16. Il leur arrive comme au mauvais chrétien, qui dans l’enfer est plus torturé que le païen, parce qu’il a eu la lumière de la foi, et qu’il y a renoncé, tandis que le païen ne l’a pas possédée. Ces malheureux sont plus punis pour chaque faute que tous les autres chrétiens, à cause du ministère que je leur avais confié, en leur donnant à distribuer le Soleil eucharistique: ils avaient la lumière de la science afin de pouvoir discerner la vérité, pour eux et pour les autres s’ils l’avaient voulu; il est bien juste qu’ils reçoivent un plus terrible châtiment.

17. Ces infortunés n’y pensent pas; s’ils réfléchissaient sur leur état, ils ne tomberaient pas dans de telles iniquités; ils seraient ce qu’ils devraient être, et non ce qu’ils sont. Le monde est corrompu, parce qu’ils font pire que les séculiers eux-mêmes. Ils souillent par leur impureté la face de leurs âmes, et corrompent ceux qui leur sont confiés; ils sucent le sang de mon Épouse la sainte Église, tellement, que par leurs fautes elle devient pâle et défaillante. L’amour et le zèle qu’ils devraient avoir pour elle, ils les ont gardés pour eux-mêmes. Ils ne s’occupent qu’à la dépouiller et à en retirer des honneurs et des revenus considérables, tandis qu’ils ne devraient chercher que les âmes. Aussi, leur mauvaise vie rend les hommes du monde sans respect et sans soumission pour l’Église. Ils ne devraient pas le faire, car leurs fautes ne sont jamais excusées par celles des ministres.

CXXXIII.- Dieu défend aux séculiers de toucher à ses ministres.- Il invite l’âme à pleurer sur ces prévaricateurs.

1. J’aurais bien d’autres vices à te faire connaître, mais je ne veux pas souiller davantage tes oreilles. Je t’ai dit ces choses pour satisfaire ton désir, et pour que tu sois plus ardente à m’offrir pour ces coupables tes doux, tes tendres et bien-aimés désirs. Je t’ai fait connaître la dignité à laquelle je les avais élevés, et le trésor que j’avais confié à leurs mains, le Sacrement du Dieu-Homme que j’ai comparé au soleil pour que tu comprennes que leurs fautes n’en altèrent pas la vertu. Je ne veux pas qu’elles altèrent le respect envers eux. Je t’ai montré l’excellence de mes saints ministres en qui brille la pierre précieuse de la vertu et de la justice.

2. Je t’ai fait voir combien me déplaisent les persécutions contre l’Église, et le mépris qu’on a pour le sang de mon Fils. Ce qu’on fait contre ses ministres, je le considère fait contre ce sang, et non contre eux, parce que j’ai défendu de toucher à mes Christs. Je t’ai entretenu de leur vie coupable, des désordres qu’ils commettent, des peines et de la confusion où ils sont plongés à leur dernière heure, et des tourments qui doivent les punir plus cruellement que les autres après la mort; en te racontant quelque chose de leur vie, j’ai satisfait à la demande que tu m’avais faite en me rappelant ma promesse.

3. Je te dis de nouveau que, malgré tous leurs vices, et lors même qu’ils seraient plus grands encore, je ne veux pas que les séculiers se chargent de les punir. S’ils le font, leur faute ne restera pas sans châtiment, à moins qu’ils ne se purifient par la contrition du cœur, et qu’ils ne changent de conduite. Les mauvais ministres et leurs persécuteurs sont des démons incarnés; la justice divine permet qu’ils se châtient les uns par les autres. Tous sont coupables; les séculiers ne sont pas excusés par les péchés des pasteurs, ni les pasteurs par ceux des séculiers.

4. Maintenant, ma fille aimée, je vous invite tous, toi et mes autres serviteurs, à pleurer sur ces morts, et à rester comme des brebis fidèles dans le jardin de la sainte Église, vous nourrissant sans cesse de saints désirs, et m’offrant pour eux l’encens de vos continuelles prières; car je veux taire miséricorde au monde. Ne vous laissez distraire par rien, ni par l’injure, ni par la prospérité. Ne levez pas la tête ni par l’impatience, ni par une joie déréglée; mais appliquez-vous humblement à procurer mon honneur, le salut des âmes et la réforme de la sainte Église. Vous me prouverez ainsi que vous m’aimez cri vérité. Tu sais bien que je t’ai montré que je voulais que vous soyez les brebis fidèles, et que vous vous nourrissiez toujours dans le jardin de la sainte Église, en supportant la fatigue et la peine, jusqu’à l’heure de la mort. Si tu le fais, j’accomplirai tes désirs.

CXXXIV.- L’âme remercie Dieu et prie pour la sainte Église.

1. Alors cette âme, enivrée, haletante et embrasée d’amour, sentait son cœur inondé d’amertume; elle se tournait vers la souveraine et éternelle Bonté, et lui disait: O Dieu éternel, Ô Lumière au dessus de toutes les lumières, source de toute lumière; Feu au dessus de tout feu, Feu qui seul brûle et ne se consume pas, Feu qui consume tout péché et tout amour-propre dans l’âme, Feu qui ne détruit pas l’âme, mais qui la nourrit d’un amour insatiable; en la rassasiant tu ne la rassasies pas, car toujours elle te désire plus elle a, plus elle te demande; plus elle te désire, plus elle te trouve et te goûte, ô Feu éternel et souverain, abîme de charité!

2. O Bien suprême, Dieu infini, qui vous a porté à m’éclairer de la lumière de votre vérité, moi votre créature bornée? Vous-même, ô Feu d’amour, vous-même en êtes la cause, car c’est toujours l’amour qui vous force à nous créer à votre image et à votre ressemblance, à nous faire miséricorde, à donner à vos créatures raisonnables des grâces infinies et sans mesure; l’amour, car vous nous avez aimés avant que nous fussions. O bonne et éternelle Grandeur, vous vous êtes fait bas et petit pour faire l’homme grand. De quelque côté que je me tourne, je ne trouve qu’abîme et flamme de votre charité.

3. Comment moi, misérable, pourrai-je reconnaître ces grâces et cette ardente charité que vous m’avez montrées avec tant d’amour, à moi en particulier, en dehors de tout ce que vous faites pour toutes vos créatures? Non, jamais; mais vous seul, doux et tendre Père, vous seul serez reconnaissant pour moi; c’est l’ardeur de votre charité qui vous rendra grâces, car moi je suis celle qui ne suis pas. Si je disais que je suis quelque chose par moi-même, je mentirais et je serais la fille du démon, qui est le père du mensonge. Mais vous, vous êtes Celui qui êtes l’être; et toutes ces grâces que vous y avez ajoutées, je les tiens de vous, qui me les avez données et me les donnez par amour et non par devoir. O mon très doux Père, l’humanité était malade du péché d’Adam, et vous lui avez envoyé le bon et tendre médecin, le Verbe, votre cher Fils.

4. Et moi je languissais dans la négligence et, dans une profonde ignorance. Vous, très aimable Médecin, Dieu éternel, vous m’avez donné une suave, une douce et amère médecine qui m’a guérie et sauvée de mon infirmité. Elle était suave, parce qu’avec votre ineffable charité vous vous êtes manifesté à moi; elle était douce plus que toutes les douceurs, parce que vous avez éclairé l’œil de mon intelligence avec la lumière de la très sainte foi; et dans cette lumière où il vous a plu de vous manifester, j’ai connu la grâce ineffable que vous avez faite à l’homme en lui donnant, dans le corps mystique de la sainte Église, la divinité et l’humanité parfaite de votre Fils. J’ai connu aussi la dignité des ministres que vous avez choisis pour nous distribuer ce trésor.

5. Je désirais vous voir remplir la promesse que vous m’aviez faite, et vous me donnez beaucoup plus en me donnant ce que je ne savais pas vous demander. Oui, je comprends parfaitement que le cœur de l’homme ne peut demander ni désirer autant que vous lui donnez. Je vois que vous êtes le Bien infini, éternel, et que nous sommes ceux qui ne sommes pas. Vous êtes infini, et nous sommes finis; vous donnez ce que votre créature raisonnable ne peut, ne sait pas désirer. Vous seul savez, pouvez et voulez satisfaire l’âme et la rassasier de toutes les choses qu’elle ne vous a pas demandées; et vous le faites de cette manière si douce et si aimable que vous avez de donner.

6. J’ai donc reçu la lumière dans la grandeur de votre charité, par l’amour que vous avez manifesté à tout le genre humain, et surtout à vos ministres, qui doivent être les anges de la terre en cette vie. Vous m’avez montré la vertu et la béatitude de vos ministres qui ont vécu dans votre Église comme des lampes ardentes et des perles de justice. Par là, j’ai mieux compris la faute de ceux qui vivent misérablement. J’ai ressenti une immense douleur de l’offense qui vous est ainsi faite et du malheur qui en résulte pour le monde; car ils nuisent au monde en étant le miroir du vice, tandis qu’ils devraient être le miroir de la vertu. Vous m’avez montré leurs iniquités, à moi, misérable, qui suis la cause et l’instrument de tant de fautes; et en vous entendant vous plaindre de leurs iniquités, j’ai ressenti une douleur intolérable.

7. O amour ineffable, en me montrant ces choses, vous m’avez donné une médecine douce et amère qui me guérit de mon ignorance et de ma tiédeur, pour que, dans l’ardeur de mon désir, j’aie recours à vous, et que, connaissant votre bonté et tous les outrages qui vous sont faits par les hommes et spécialement par vos ministres, je répande sur moi, pauvre misérable, et sur ces morts qui vivent si mal, un torrent de larmes que me donnera la connaissance de votre bonté infinie. Non, je ne veux pas, ô Père, foyer d’amour, abîme de charité, je ne veux pas cesser un instant de désirer votre honneur et le salut des âmes. Mes yeux ne se lasseront pas de pleurer; je vous demande en grâce qu’ils deviennent deux fontaines de cette eau qui sort de vous, l’océan de la paix! Grâces, grâces vous soient rendues, ô Père, de ce que vous m’avez accordé ce que je vous demandais et ce que je ne connaissais pas, ce que je ne demandais pas, puisque, vous m’avez invitée si doucement à pleurer puisque vous m’avez si puissamment provoquée à offrir devant vous mes ardents désirs avec mes humbles et continuelles prières.

8. Maintenant je vous demande de faire miséricorde au inonde et à votre sainte Église. Je vous supplie d’accomplir ce que vous me faites demander. Oh! combien ma pauvre âme souffre d’être cause de tant de mal! Ne tardez plus à faire miséricorde au monde; laissez vous fléchir, et accomplissez le désir de vos serviteurs. Oui, c’est vous qui les faites crier; entendez donc leur voix. Votre Vérité a dit d’appeler, et il nous serait répondu de frapper, et il nous serait ouvert; de demander, et il nous serait donné. O Père éternel, vos serviteurs appellent votre miséricorde, qu’elle leur réponde donc. Je sais bien que la miséricorde vous est propre, et que vous mie pouvez vous défendre de la donner à qui vous la demande. Ils frappent à la porte de votre Vérité, parce que dans votre Fils ils connaissent l’amour ineffable que vous avez eu pour l’homme. Ils frappent à la porte; l’ardeur de votre charité ne doit pas, ne peut pas refuser d’ouvrir à qui frappe avec persévérance.

9. Ouvrez donc, brisez, élargissez les cœurs endurcis de vos créatures. Que ce ne soit pas à cause d’elles, qui ne frappent pas, mais faites-le à cause de votre infinie bonté et à cause de l’amour de vos, serviteurs, qui frappent pour elles; faites-le, ô Père, car vous voyez qu’ils sont à la porte de votre Vérité et qu’ils demandent. Que demandent-ils? Ils demandent le sang de votre Fils, qui est la porte de la Vérité; parce que dans ce sang vous avez lavé l’iniquité et effacé la tache du péché d’Adam. Ce Sang est à nous, car vous nous en avez fait un bain, et vous ne pouvez, vous ne devez pas le refuser à qui vous le demande. Donnez donc le fruit de ce Sang à vos créatures; mettez dans la balance le prix du Sang de votre Fils, afin que les démons de l’enfer ne puissent emporter vos brebis.

10. Vous êtes le bon Pasteur, car vous nous avez donné pour nous conduire votre Fils bien-aimé, qui, par obéissance, est mort pour vos brebis et nous a fait un bain de son Sang. C’est ce Sang que vous demandent vos serviteurs qui frappent à la porte avec un si grand désir lis vous demandent par ce Sang de faire miséricorde au monde, et de remplir de nouveau votre sainte Église des fleurs odoriférantes de vos bons et saints pasteurs, pour que leur parfum corrige l’infection des fleurs corrompues. Vous avez dit, ô Père éternel, que vous écouteriez votre amour pour les créatures raisonnables; que vous vous laisseriez fléchir par les prières de vos serviteurs et par les peines qu’ils souffrent sans les mériter, que vous feriez miséricorde au monde, et que vous réformeriez l’Église. Donnez-nous cette consolation; ne tardez pas à jeter sur nous regard de miséricorde; mais répondez, car vous voulez nous répondre avant même que nous vous appelions avec la voix de votre miséricorde.

11. Ouvrez la porte de votre ineffable charité que vous nous avez donnée dans la personne de votre Fils. Je sais déjà que vous ouvrez avant que nous frappions; car c’est avec l’amour que vous avez donné à vos serviteurs qu’ils frappent, qu’ils vous appellent, en cherchant votre honneur et le salut des âmes. Donnez-leur donc le Pain de vie, c’est-à-dire le fruit du sang de votre Fils bien-aimé, qu’ils vous demandent pour la gloire et la louange de votre nom et pour le salut des âmes; car il me semble qu’il vous revient plus de gloire et de louange à sauver tant de créatures qu’à les laisser périr dans leur endurcissement.

12. Tout vous est possible, Ô Père. Je sais que vous nous avez créés sans nous, mais que vous ne pouvez nous sauver sans nous. Je ne vous le demande pas, mais je vous conjure de forcer leur volonté, de les disposer à vouloir ce qu’elles ne veulent pas; et je vous le demande au nom de votre miséricorde. Vous nous avez créés de rien; mais maintenant que nous existons, faites-nous miséricorde; réparez les vases que vous avez façonnés à votre image et à votre ressemblance; rétablissez-les dan la grâce par la miséricorde et le sang de votre Fils, le Christ, le doux Jésus.