Traité de la providence – Chapitre CXLI, CXLII, CXLIII

CXLI.- La Providence nous envoie la tribulation pour notre salut.- Malheur de ceux qui espèrent en eux-mêmes au lieu d’espérer en Dieu.

1. Vois comment ma providence a réparé la ruine de l’homme, J’ai laissé dans le monde les épines nombreuses de la tribulation, et l’homme y a rencontré la révolte en toutes choses. Je l’ai voulu ainsi pour votre bien, car il était très utile que l’homme ne mit pas son espérance dans la vie présente, pour qu’il courût avec ardeur vers moi, son bonheur véritable et sa fin dernière. Les peines et les contrariétés doivent détacher son cœur du inonde et l’élever vers moi. Et cependant l’homme, dans son ignorance, ne voit pas cette vérité. Il est si faible et si porté aux choses du monde, que, malgré les peines et les tribulations qu’il y rencontre, il ne voudrait jamais s’en séparer pour retourner dans la patrie qui lui est préparée.

2. Tu peux comprendre par cela, ma fille bien-aimée, et que ferait l’homme malheureux s’il trouvait dans le monde la jouissance, la satisfaction de ses désirs, et un repos sans orage. Aussi, par un acte miséricordieux de ma douce providence, je permets que le monde produise des peines et des épreuves en abondance; c’est le moyen d’éprouver sa vertu, et je trouve dans la violence qu’il se fait le motif de lui donner une récompense. Ma providence règle ainsi tout avec une souveraine sagesse.

3. J’ai donné beaucoup à l’homme, parce que je suis riche, et je puis lui donner bien davantage, parce que mes richesses sont infinies. Tout a été fait par moi, et sans moi rien ne pourrait être. Si quelqu’un veut voir et posséder la beauté, je suis la beauté suprême; si quelqu’un désire la bonté, je suis l’éternelle Bonté. Je suis la vraie Sagesse, la Douceur, la Tendresse, la Justice, la Miséricorde par excellence. Je suis un Dieu prodigue et non pas avare, j’accorde avec abondance à ceux qui me demandent, j’ouvre avec empressement à ceux qui frappent véritablement, et je réponds à, tous ceux qui m’appellent. Je ne suis pas ingrat, mais reconnaissant, et je récompense avec largesse ceux qui souffrent pour ma gloire. Je suis aimable surtout, et je conserve dans une grande joie l’âme qui s’est revêtue de ma volonté. Je suis cette providence certaine qui ne manque jamais à mes serviteurs qui espèrent en moi; je leur accorde tout ce qui est utile pour l’âme et pour le corps.

4. L’homme infidèle me voit nourrir le ver dans un bois aride, faire vivre les animaux sauvages, les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, régler le soleil, la rosée, les saisons, pour engraisser la terre qui doit porter des plantes et des fruits. Comment peut-il croire que je ne veille pas sur lui, que j’ai créé à mon image et ressemblance, lorsque j’ai tout fait pour ses besoins et son service? De quelque côté qu’il se tourne, spirituellement ou temporellement, il ne pourra trouver autre chose que l’abîme et le feu de mon éternelle charité, qui agit avec une vraie et parfaite sagesse.

5. Mais il ne voit pas, parce qu’il s’est privé de la lumière, et qu’il ne veut pas voir. Il se trouble et limite sa charité envers le prochain, parce qu’il s’inquiète avec avarice du lendemain. Ma Vérité le lui a défendu lorsqu’elle a dit: « Ne pensez pas au lendemain, à chaque jour suffit sa peine » (S. Mt. VI, 34). Cette parole condamne votre infidélité, en vous montrant ma providence et la rapidité du temps; elle vous dit de ne pas penser au lendemain: car pourquoi se tourmenter de ce qu’on n’est pas sûr d’avoir?

6. Il faut, avant tout, chercher le royaume de Dieu et sa justice, c’est-à-dire une vie bonne et sainte. Votre Père, qui est dans l’éternité, ne connaît-il pas les petites choses dont vous pouvez manquer? ne les ai-je pas faites pour vous, et n’ai-je pas dit à la terre de vous donner ses fruits? Le malheureux qui par sa défiance rétrécit le cœur et la main qu’il devait ouvrir à son prochain, n’a pas lu cette loi de ma Vérité, puisqu’il n’en Suit pas les traces; et c’est pour cela qu’il se rend insupportable à lui-même, Tout son mal vient de ce qu’il espère en lui, au lieu d’espérer en moi.

7. Il se fait juge de la volonté des hommes, sans songer que ce droit m’appartient. Il ne tient aucun compte de ma volonté, et ne trouve bien que ce qui est heureux et agréable selon le monde. Si ce bonheur lui manque, il lui semble ne rien éprouver, ne rien recevoir de ma providence et de ma bonté. Il croit être privé de tout bien, parce qu’il a placé tonte son affection dans les joies du monde et dans son propre plaisir. L’amour de lui-même l’aveugle au point qu’il ignore ce que sont les richesses intérieures et les fruits d’une véritable pénitence. Il aspire ainsi la mort, et goûte dès cette vie les arrhes de l’enfer.

8. Malgré cela, ma bonté ne cesse de veiller sur lui, car j’ai commandé à la terre de donner ses fruits au juste et au pécheur. Je leur accorde également la pluie et le soleil (S. Mt., V. 45). Souvent même le pécheur en jouira plus que le juste. Ma bonté agit ainsi pour donner en plus grande abondance les richesses invisibles à l’âme du juste, qui par amour pour moi s’est dépouillé de tous les biens temporels, en renonçant au monde, aux plaisirs et à sa propre volonté. Ceux-là enrichissent leur âme et dilatent leur cœur dans l’abîme de ma charité. Ils perdent tout soin d’eux-mêmes; ils ne se tourmentent plus des choses du monde; et renoncent à tout ce qui les regarde; alors je me charge de leur âme et de leur corps, et j’ai pour eux une providence particulière. L’Esprit Saint devient pour ainsi dire leur serviteur.

9. N’as-tu pas lu dans la vie des saints Pères l’histoire de ce grand solitaire qui avait renoncé à tout pour l’amour de moi? Lorsqu’il tomba malade, je lui envoyai un ange pour le servir et l’assister dans ses besoins rien ne manquait à son corps, et son âme trouvait une joie ineffable dans la conversation de l’envoyé céleste.
10. L’Esprit Saint, comme une mère tendre, nourrit ces hommes sur le sein de sa divine charité; il les rend libres et souverains en les délivrant des chaînes de l’amour-propre. Car, là où se trouve le feu de mon infinie charité, on ne trouve jamais l’eau de l’amour-propre, qui éteint sa douce flamme dans les âmes. Oui, l’Esprit Saint est un bon serviteur, que ma bonté leur a donné; il revêt l’âme, il l’enivre, l’inonde de douceur et la comble de richesses.

11. Celui qui a tout abandonné pour moi retrouve tout en moi. Je revêts avec magnificence sa nudité volontaire, et l’humilité qui le fait servir est la cause de sa puissance. Sa vertu l’élève au dessus du monde et des sens, parce qu’il a renoncé à voir par lui-même. Il jouit d’une lumière parfaite, parce qu’il n’espère pas en lui une ferme espérance, une foi vive l’attachent à moi, et il goûte ainsi la vie éternelle, sans ressentir dans son esprit aucune amertume, aucune douleur. Il juge tout en bien, parce qu’il trouve en tout ma volonté, et qu’il comprend à la lumière de la foi que je cherche en tout sa sanctification. Aussi rien n’altère sa patience.

12. Oh! que cette âme est heureuse, puisque dans un corps mortel elle goûte un bien éternel! Elle reçoit et voit tout avec respect. La main gauche ne lui pèse pas plus que la main droite; elle aime autant la tribulation que la consolation, la faim et la soif que la nourriture et le rafraîchissement, le froid que la chaleur, la nudité qu’un vêtement, la vie que la mort, la gloire que les affronts. En toutes choses elle est calme et inébranlable, parce qu’elle est affermie sur la pierre vivante, et qu’elle voit à la sainte lumière de la foi et avec une forte espérance que je fais tout par amour, dans l’unique but de votre salut:

13. C’est dans les grandes épreuves que je montre la grandeur de ma puissance. Je ne donne les fardeaux pesants qu’à ceux qui peuvent les porter, en les acceptant par amour pour moi. Le sang de mon Fils vous a prouvé que je ne veux pas la mort du pécheur, mais plutôt qu’il se convertisse et qu’il vive; n’est pour cela que je lui domine tout ce qu’il reçoit. Ceci est évident pour l’âme qui se dépouille d’elle-même, qui se réjouit de tout ça qu’elle voit en elle ou dans les autres. Comment craindrait-elle que ces petites choses lui manquent, lorsque dans les grandes et les difficiles, la foi lui montre toujours ma providence? Oh qu’elle est belle la lumière de la très sainte foi, avec laquelle on voit et on comprend ma vérité, la lumière qui vient par les bons soins du Saint Esprit, la, lumière surnaturelle que l’âme acquiert par ma grâce, en usant bien de la lumière naturelle que je lui ai d’abord donnée!

CXLII.- Providence de Dieu dans le sacrement de l’Eucharistie.

1. Ne sais-tu pas, ma fille bien-aimée, comment ma providence agit envers mes serviteurs et les âmes qui espèrent en moi? Elle agit de deux manières, pour l’âme et pour le corps; et ce que je fais pour le corps est utile à l’âme, afin que la lumière de la foi croisse et augmente en elle, afin qu’elle espère en moi et qu’elle connaisse clairement que je suis le seul qui ai l’être, le pouvoir, la volonté et l’intelligence, pour subvenir à ses besoins et à son salut.

2. C’est pour la vie de l’âme que j’ai institué les sacrements de la sainte Église, qui sont sa nourriture; car le pain est mi aliment grossier qui convient au corps; mais l’âme incorporelle vit de ma parole. Ma Vérité a dit dans l’Évangile: « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (S. Mt., IV, 4). C’est-à-dire, en suivant de cœur la doctrine de mon Verbe incarné pour vous. C’est par le Verbe et par la vertu du précieux Sang que les sacrements vous donnent la vie. Ces moyens spirituels sont pour l’âme, quoiqu’ils lui arrivent par l’intermédiaire du corps. Mais l’acte extérieur et corporel ne donne la vie de la grâce qu’autant que l’âme l’accepte par une disposition intérieure, par un saint et ardent désir, dont elle est seule capable. C’est pour cela que je t’ai dit que les sacrements étaient les biens spirituels de l’âme, parce qu’il faut son désir pour les recevoir, quoiqu’ils lui soient administrés par l’intermédiaire du corps.

3. Quelquefois, pour augmenter cette faim, ce désir de l’âme, je fais en sorte qu’elle souhaite ces biens sans pouvoir les obtenir. Cette privation augmente son ardeur, et, dans son indigence, elle se connaît mieux elle-même. Elle se trouve indigne de ces biens et alors je l’en rends digne en lui prodiguant les trésors de ma bonté dans mon Sacrement. Tu le sais bien toi-même par expérience; car par mon ordre la grâce du Saint Esprit, qui règle tout, porte le ministre de l’Autel à préparer cette nourriture, et le force intérieurement à en rassasier l’âme. Quelquefois je diffère jusqu’au dernier instant l’accomplissement de son désir, et je le satisfais à l’instant où elle doit perdre toute espérance.

4. Remarque que je pourrais accorder sur-le-champ ce que je fais tant attendre; mais j’agis de cette manière pour augmenter la lumière de la foi dans l’âme et l’habituer à ne jamais se lasser d’espérer en moi. Elle devient ainsi fidèle et prudente; elle ne regarde pas en arrière avec méfiance, et ne laisse pas éteindre l’ardeur de son désir. Souviens-toi que j’ai ainsi éprouvé une âme qui m’aime (Les exemples que Dieu cité sont des faits arrivés à sainte Catherine elle-même.).

5. Cette âme était venue à l’église avec un grand désir de la sainte Communion. Elle demanda humblement au ministre de l’Autel le corps de l’Homme-Dieu parfait; elle fut refusée: mais son cœur grandit au milieu de ses pieux gémissements, et le prêtre ressentit dans sa conscience un tel remords, que quand il voulut offrir le Calice, il fut forcé par le Saint Esprit de lui faire dire que, si elle voulait recevoir le corps de Jésus-Christ, il le lui donnerait avec empressement. Ma bonté voulut ainsi rassasier le désir de cette âme; l’étincelle d’amour et de foi qu’elle ressentit d’abord devint un tel incendie, qu’il lui semblait que la vie allait abandonner son corps. Je n’avais permis ce refus que pour affermir son espérance et détruire en elle tout amour-propre. Je me suis servi de la créature dans cette occasion; mais dans beaucoup d’autres le Saint Esprit veut bien agir sans intermédiaire. Je t’en donnerai deux exemples qui doivent fortifier ta foi et te faire admirer ma providence.

6. Tu sais que le jour de la conversion de mon apôtre Paul, il y avait dans une église une âme qui était dévorée du désir de recevoir la sainte Communion. Presque tous les prêtres qui devaient célébrer la messe lui dirent qu’elle ne pourrait pas communier. Je permis ces refus pour lui montrer que si les hommes lai faisaient défaut, elle ne serait pas abandonnée par le Créateur. J’attendis la dernière messe, et j’employai ce doux stratagème pour la mieux enivrer de ma providence. Voici comment je la trompai: elle avait dit à celui qui allait servir la messe qu’elle voulait communier; mais celui-ci n’avertit pas le prêtre. N’ayant pas reçu de réponse contraire, elle attendait avec ardeur la sainte Communion; quand la messe fut terminée et qu’elle se vit frustrée de son espérance, elle sentit s’augmenter son désir et sa faim de la nourriture des anges; mais son humilité profonde lui persuadait qu’elle en était indigne, et elle se reprochait d’avoir osé demander un si grand Sacrement.

7. Alors moi qui me plais à élever les humbles, je l’attirai vers moi, en lui faisant connaître l’abîme de l’éternelle Trinité. Je montrai à l’œil de son intelligence la puissance du Père, la sagesse du Fils, la douceur du Saint Esprit, qui ne font qu’un par essence. Et cette âme tut ravie à un tel degré d’union, que son corps était élevé de terre; car, comme je te l’ai dit, dans cette union, l’âme est plus unie à moi par l’amour qu’elle ne l’est, naturellement au corps. Alors, pour satisfaire enfin son désir, je lui donnai moi-même la sainte Communion; et comme preuve de cette grâce, pendant plusieurs jours elle ressentit d’une manière ineffable le goût et l’odeur du corps et du sang de mon Fils unique, Jésus crucifié. Elle fut toute renouvelée et fortifiée par la lumière de ma providence, qu’elle avait, dans cette occasion, si délicieusement éprouvée. Le monde ignora cette grâce; mais elle la comprit d’une manière claire et sensible.

8. Le second fait que je veux te citer eut pour témoin le prêtre qui célébrait à l’Autel. Cette âme avait ardemment désiré entendre la messe et y communier; mais la maladie la retarda, et elle ne put arriver qu’au moment de la Consécration. La messe se disait près du grand autel, au chevet de l’église; elle se mit en prière à l’autre extrémité, parce qu’on le lui avait ordonné; et elle disait au milieu de ses larmes et de ses pieux gémissements: Âme infortunée, ne vois-tu pas la grâce que Dieu a bien voulu te faire, en te permettant d’entrer dans son église sainte, et d’apercevoir le ministre qui consacre à l’Autel? Ne mériterais-tu pas plutôt par tes fautes d’être en enfer? Mais en s’abaissant ainsi dans les profondeurs de son humilité, son désir au lieu de diminuer, augmentait toujours, parce qu’elle croyait fermement à ma bonté, et qu’elle espérait de l’Esprit Saint la consolation qu’elle attendait.

9. Je la lui accordai d’une manière qu’elle ne pouvait prévoir et demander; car, au moment où, selon les rites de l’Église, le prêtre divise l’Hostie, une fraction de cette hostie s’éloigna de l’autel par un acte de ma puissance, et alla à l’autre extrémité de l’Église vers la personne qui priait et qui put ainsi communier. Elle pensa d’abord que j’avais satisfait l’ardeur de son désir d’une manière invisible, comme je l’avais déjà fait plusieurs fois; mais le prêtre savait le contraire, car il fut profondément affligé de ne pas trouver cette fraction de l’Hostie, jusqu’à ce que le Saint Esprit lui eût révélé ce qu’elle était devenue; son inquiétude ne fut calmée que par l’assurance de la personne qui l’avait reçue.

10. Ne pouvais-je pas facilement détruire l’obstacle de la maladie et permettre à cette personne d’arriver à temps pour entendre la messe et communier comme à l’ordinaire? Je le pouvais certainement; mais je voulus prouver par expérience à cette âme qu’avec ou sans l’intermédiaire des créatures, en quelque lieu et de quelque manière qu’il me plaise, je puis, je veux et je sais satisfaire admirablement, et plus qu’elle ne saurait l’imaginer, les saintes ardeurs de son désir. Que ce que je viens de dire sur ce sujet, ma fille bien-aimée, te suffise pour te faire connaître ma providence. Je vais maintenant t’expliquer les moyens que j’emploie au dedans de l’âme sans l’intermédiaire du corps ou des agents extérieurs. Je t’en ai déjà dit quelque chose eu t’entretenant des états de l’âme.

CXLIII.- Providence de Dieu à l’égard de ceux qui sont en péché mortel.

1. L’âme est en état de péché mortel ou en état de grâce; et en état de grâce, elle est parfaite ou imparfaite. Dans tous ces états, ma providence agit avec sagesse et diversement, selon ce que je vois être le plus utile. Quant aux hommes du monde qui dorment dans l’obscurité du péché mortel, je réveille leur conscience par la douleur de l’aiguillon qu’ils ressentent au fond de leur cœur, et par des moyens si variés que la parole humaine ne saurait les dire; les remords et les peines intérieures qu ils éprouvent les éloignent bien souvent du maI.

2. Quelquefois aussi je cueille les roses sur les épines. Lorsque je vois l’homme qui penche vers le péché mortel et vers l’amour désordonné de la créature, ma bonté lui ôte l’occasion et le temps de céder à sa volonté mauvaise; et alors la tristesse qu’il en éprouve trouble son âme, réveille le cri de sa conscience et le guérit de la folie où il était tombé; car ne peut-on pas appeler une folie cette affection pour une chose dont on reconnaît ensuite le néant? La créature qu’il aimait d’un amour corrompu est bien quelque chose; mais l’usage qu’il voulait en faire n’était rien, parce que le péché n’est que la privation de la grâce, comme l’aveuglement est la privation de la vue.
3. Ainsi, de la faute même qu’on peut bien appeler une épine, puisqu’elle déchire cruellement, je tire une rose en y trouvant un moyen de salut. Qui me fait agir de la sorte? Ce n’est pas le pécheur, qui ne me cherche pas et qui me demande le secours de ma providence que pour pécher, ou jouir des richesses, des plaisirs et des honneurs du monde; c’est mon amour, ma tendresse paternelle qui me poussent; car je vous ai aimés avant votre naissance, et je, désire être aimé de vous.

4. Je suis aussi excité et forcé par les prières de mes serviteurs et de mes amis, qui, par la grâce du Saint Esprit, pour ma gloire et pour le salut du prochain, demandent avec ardeur leur conversion, s’efforçant d’apaiser ma colère et de lier les mains de ma justice sous les coups de laquelle le pécheur devrait tomber. Leurs larmes et leurs humbles supplications me retiennent et me font pour ainsi dire violence Qui les pousse à crier ainsi vers moi? C’est ma providence, qui veille aux besoins de ceux que tue te péché; car il est écrit: « Je ne veux pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive » (Ézéchiel XXXIII, 11).

5. O ma fille bien-aimée, passionne-toi pour ma providence; ouvre les yeux de ton esprit et de ton corps, tu verras les hommes coupables auxquels la lèpre du péché communique la corruption de la mort. Ils sont plongés dans les ténèbres, parce qu’ils sont privés de la lumière de la grâce; ils marchent en chantant et en riant; ils perdent le temps que ma bonté leur accorde, dans la vanité, les plaisirs et les honteuses jouissances; ils se gorgent de vin et d’aliments avec une telle avidité, qu’ils semblent avoir fait un dieu de leur ventre. Ils vivent dans ces haines, ces vengeances, cet orgueil et ces vices que je t’ai déjà fait connaître; ils ignorent leur état et courent vers la mort éternelle qui les attend s’ils ne se convertissent; les infortunés se réjouissent au milieu d’un si grand péril!

6. Ne devrait-on pas croire bien insensés des condamnés à mort qui iraient au supplice en chantant, en dansant et en donnant les signes d’une folle joie? Ne sont-ils pas aussi insensés, ces malheureux, et ne le sont-ils même pas davantage, puisque la mort de l’âme est bien plus à craindre que la mort du corps? Ils perdent la vie de la grâce et courent à une peine infinie, s’ils meurent dans cet, état; tandis que les autres ne perdent que la vie du corps et n’endurent qu’une peine finie et passagère. Et cependant ils chantent, dans leur délire, comme des insensés et des fous.
7. Mes serviteurs, au contraire, sont dans les gémissements et la douleur; ils persévèrent dans les veilles, dans la prière, dans les larmes et les jeûnes, afin d’obtenir leur salut. Les hommes les tournent en dérision, mais leurs insultes retombent sur leur tête; la punition suit nécessairement la faute, tandis que toutes les peines que les justes souffrent pour mon amour auront leurs joies et leur récompenses. Ne suis-je pas un Dieu juste, qui rendra à chacun selon ses œuvres.

8. Mes vrais serviteurs, malgré ces injures, cette ingratitude et ces persécutions, ne cessent pas de prier; ils crient, au contraire, vers moi, avec plus de force, et redoublent de charité. Qui les pousse à frapper avec tant d’ardeur à la porte de la miséricorde? C’est mon ineffable providence, parce qu’ainsi je procure le salut de ces malheureux, et j’augmente en même temps la vertu et les fruits de la charité dans le cœur de mes amis. Je multiplie ainsi et je varie sans cesse les moyens que ma providence emploie pour retirer les âmes des ténèbres du péché mortel. Maintenant je te dirai ce que fait ma providence pour ceux qui se sont retirés du mal, mais qui sont encore imparfaits; sans cependant répéter ce que j’ai dit des états de l’âme, je t’expliquerai ce sujet rapidement.