Archives de catégorie : Indulgences

L’indulgence est la rémission devant Dieu de la peine temporelle due pour les péchés dont la faute est déjà effacée.

Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 36, 37

Chapitre 36

Motifs d’aider les âmes – Liens intimes qui nous unissent à elles –  Cimon d’Athènes, et son père en prison

Si nous devons aider les âmes à cause de leur nécessité extrême, combien ce motif devient plus pressant quand on songe que ces âmes nous sont unies par les liens les plus sacrés, par les liens du sang, par le sang divin de Jésus-Christ, et par le sang humain d’où nous sommes issus selon la chair ? Oui, il y a au purgatoire des âmes qui nous sont unies par la parenté la plus étroite. C’est un père, c’est une mère qui gémit dans les tourments et me tend les bras ! Que ne ferions-nous pas pour notre père, pour notre mère, s’ils languissaient dans une dure prison ? Un ancien Athénien, le célèbre Cimon, avait eu la douleur de voir emprisonner son père par d’impitoyables créanciers qu’il n’avait pu satisfaire. Pour comble d’infortune il ne put trouver les ressources nécessaires pour le délivrer, et le vieillard mourut dans les fers. Désolé, inconsolable, Cimon court à la prison et demande qu’on lui donne du moins le corps de son père pour l’ensevelir. On le lui refuse, sous prétexte que, n’ayant pas payé ses dettes, il ne pouvait être rendu à la liberté. « Laissez-moi donc d’abord ensevelir mon père, « s’écria Cimon, je viendrai après prendre sa place dans la prison. »

Piété filiale

On admire ce trait de piété filiale; mais ne devons-nous pas l’imiter ? N’avons-nous pas peut-être aussi un père, une mère dans la prison du purgatoire ? Ne devons-nous pas les délivrer au prix de tous les sacrifices? Plus heureux que Cimon, nous sommes à même de payer leurs dettes; nous n’aurons pas à prendre leur place: au contraire, les délivrer de la captivité, c’est nous en affranchir nous-mêmes par anticipation.

Saint Jean de Dieu sauvant les malades de l’incendie.

On admire aussi la charité de S. Jean de Dieu (8 mars), qui affronta la fureur des flammes pour sauver de pauvres malades du milieu d’un incendie. Ce grand serviteur de Dieu mourut à Grenade, l’an 1550, à genoux devant une image de Jésus crucifié, qu’il embrassait et qu’il continua de tenir serrée dans ses bras, après qu’il eut rendu son âme à Dieu. Né de parents fort pauvres, et obligé de garder les troupeaux pour subsister, il était riche de foi et de confiance en Dieu. Son bonheur était de prier et d’entendre la parole de Dieu: ce fut le principe de la sainteté à laquelle il s’éleva bientôt. Un sermon du vénérable Père Jean d’Avila, apôtre de l’Andalousie, le toucha tellement qu’il résolut de consacrer sa vie entière au service des pauvres et des malades. Sans autre ressource que sa charité et sa confiance en Dieu, il parvint à acheter une maison où il recueillit des infirmes abandonnés, pour les nourrir, pour soigner leurs corps et leurs âmes. Cet asile s’élargit bientôt et devint l’hôpital royal de Grenade, vaste établissement, rempli d’une multitude de vieillards et de malades de tout genre.

Un jour le feu ayant pris à cet hôpital, plusieurs malades allaient y périr d’une mort affreuse. Les flammes les environnaient de toutes parts et empêchaient qu’on ne les approchât pour les sauver. Ils poussaient des cris lamentables, appelant le ciel et la terre à leur secours. Jean les a vus, sa charité s’enflamme, il s’élance dans l’incendie, pénètre à travers le feu et la fumée jusqu’au lit des malades; il charge sur ses épaules et porte en lieu de sûreté l’un après l’autre tous ces malheureux. Obligé de traverser à plusieurs reprises ce vaste brasier, courant et travaillant dans le feu pendant toute une demi-heure que dura le sauvetage, le Saint ne souffrit pas la moindre lésion: les flammes respectèrent sa personne, ses vêtements et jusqu’au moindre cheveu de sa tête: Dieu voulut montrer par un miracle combien lui était agréable la charité de son serviteur.

Et ceux qui sauvent, non pas les corps, mais les âmes des flammes du purgatoire, font-ils une œuvre moins agréable au Seigneur ? La nécessité, les cris et gémissements de ces âmes sont-ils moins touchants pour un cœur qui a la foi ? Est-il plus difficile de les secourir ? Est-il nécessaire pour les aider de se jeter soi-même dans les flammes ?

Certes, nous avons les moyens les plus faciles de leur porter secours, et Dieu ne demande pas que nous nous imposions de grandes peines. Toutefois la charité des âmes ferventes va jusqu’aux plus grands sacrifices, jusqu’à partager les douleurs de leurs frères du purgatoire.

Chapitre 37

Motifs d’aider les âmes – la facilité de les secourir – L’exemple des saints et de tous les fervents chrétiens – La servante de Dieu Marie Villani.

Nous avons vu déjà, comment sainte Catherine de Ricci et plusieurs autres portèrent l’héroïsme jusqu’à souffrir à la place des âmes du purgatoire; ajoutons encore quelques exemples d’une si admirable charité. La servante de Dieu Marie Villani, de l’Ordre de S. Dominique, dont la vie a été écrite par le Père Marchi (Cf. Rossig. Merv. 41), s’appliquait nuit et jour à pratiquer des œuvres satisfactoires en faveur des défunts. Un jour, c’était la veille de l’Epiphanie, elle fit pour eux de longues prières, suppliant le Seigneur d’adoucir leurs souffrances en vue de celles de Jésus-Christ, lui offrant à cet effet les cruels tourments du Sauveur, sa flagellation, sa couronne d’épines, ses liens, ses clous et sa croix, toutes les douleurs en un mot, tous les détails et tous les instruments de la passion. La nuit suivante, le ciel se plut à lui manifester combien lui était agréable cette sainte pratique.

Pendant sa prière, étant ravie en extase elle vit une longue procession de personnes vêtues de blancs, éclatantes de lumières, portant dans leurs mains les divers insignes de la passion et faisant leur entrée dans la gloire. La servante de Dieu connut en même temps que c’étaient les âmes délivrées par ses ferventes prières et par les mérites de la passion de Jésus-Christ.

Un autre jour, celui de la Commémoration des Morts, on lui avait ordonné de travailler à un manuscrit et de passer la journée à écrire. Ce travail, imposé par l’obéissance, coûtait à sa piété: elle en éprouvait une sensible répugnance, parce qu’elle aurait voulu consacrer tout ce jour à la prière, à la pénitence et autres exercices de dévotion pour le soulagement des âmes du purgatoire. Elle oubliait un peu que l’obéissance doit l’emporter sur tout et qu’il est écrit: Melior est obedientia quam victimœ, l’obéissance vaut mieux que les victimes et les sacrifices les plus précieux (1 Reg. XV, 22). Le Seigneur, voyant sa grande charité pour les âmes, daigna lui apparaître, l’instruire et la consoler. « Obéissez, ma « fille, lui dit-il, faites le travail que l’obéissance vous impose et offrez-le pour les « âmes: chaque ligne que vous écrirez aujourd’hui en cet esprit d’obéissance et de « charité, procurera la délivrance d’une âme. » – On comprend qu’elle travailla toute la journée avec la plus grande ardeur et qu’elle traça le plus possible de ces lignes si agréables à Dieu.

Sa charité envers les âmes ne se bornait point à des prières et des jeûnes, elle désira endurer elle-même une partie de leurs souffrances. Comme elle priait un jour dans cette intention, elle fut ravie en esprit et conduite en purgatoire. Là parmi la multitude des âmes souffrantes, elle en vit une plus cruellement tourmentée que les autres et qui lui inspira la plus vive compassion.

« Pourquoi, lui demanda-t-elle, avez-vous à souffrir des peines si atroces ? Ne recevez-vous point de soulagement ? – Je suis, répondit-elle, depuis fort longtemps en ce lieu, endurant des tourments effroyables en punition de mes vanités passées et de mon luxe scandaleux. Je n’ai pas obtenu jusqu’à cette heure, le moindre soulagement, parce que le Seigneur a permis que je fusse oubliée de mes parents, de mes enfants, de toute ma famille et de mes amis: ils ne font pour moi aucune prière. Quand j’étais sur la terre, livrée aux toilettes immodérées, aux pompes mondaines, aux fêtes et aux plaisirs, je n’avais de Dieu et de mes devoirs qu’un rare et stérile souvenir. Les seules préoccupations sérieuses de ma vie, étaient d’accroître le renom et les richesses périssables des miens. J’en suis bien punie, vous le voyez, puisqu’ils ne m’accordent pas un souvenir. »

La brûlure au front

Ces paroles firent sur Marie Villani une douloureuse impression. Elle pria cette âme de lui communiquer une partie de ce qu’elle souffrait. A l’instant même il lui semblait qu’on la touchait au front avec un doigt de feu, et la douleur qu’elle en éprouva fut si forte, si aigüe, qu’elle la fit revenir de son extase. La marque lui en resta au front si profondément imprimée, qu’on la voyait encore deux mois après, et elle lui causait une douleur insupportable. La servante de Dieu offrit cette douleur, avec des prières et d’autres œuvres, pour l’âme qui lui avait parlé. Cette âme lui apparut au bout de deux mois, et lui dit que, délivrée par son intercession, elle montait au ciel. Dès ce moment, la brûlure du front s’effaça pour toujours.

Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 34, 35

Chapitre 34

Excellence de cette œuvre

Nous venons de passer en revue les moyens et les ressources que la divine miséricorde nous met entre les mains pour soulager nos frères du purgatoire. Ces moyens sont puissants, ces ressources sont riches, prodigieuses; mais en faisons-nous un abondant usage ? Pouvant aider les pauvres âmes, avons-nous du zèle pour le faire ? Sommes-nous aussi riches en charité que Dieu est riche en miséricorde ? Hélas ! Combien de chrétiens ne font presque rien pour les défunts ! Et ceux qui ne les oublient pas, ceux qui ont assez de charité pour les aider de leurs suffrages, comme ils le font souvent avec peu de zèle et de ferveur ! Comparez le secours qu’on donne aux malades avec celui qu’on accorde aux âmes souffrantes: quand un père ou une mère est affligée de quelque maladie, quand un enfant ou toute autre personne chérie est en proie à la souffrance, quel soin, quelle sollicitude, quel dévouement ne montre-t-on pas pour les aider ! Mais les âmes, qui ne nous sont pas moins chères, et qui gémissent dans les étreintes, non d’une cruelle maladie, mais des tourments mille fois plus cruels de l’expiation, est-ce avec le même zèle, avec le même dévouement qu’on s’applique à les aider ?

Saint François de Sales

 « Non, disait S. François de Sales, nous ne nous souvenons pas assez de « nos chers trépassés. Leur mémoire semble périr, avec le son des cloches; et « nous oublions « que l’amitié qui peut finir, même par la mort, ne fut jamais véritable. »

Motifs d’aider les âmes

D’où vient ce triste et coupable oubli ? La cause principale en est dans le manque de réflexion: Quia nullus est qui recogitat corde, parce que personne ne réfléchit dans son cœur (Jérém. XII, 11). On perd de vue les grands motifs qui nous pressent d’exercer la charité envers les défunts. C’est pourquoi afin de stimuler notre zèle, nous allons rappeler ces motifs et tâcher de les exposer dans tout leur jour.

 On peut dire que tous les motifs se résument dans cette parole du Saint-Esprit: C’est une pensée, une œuvre sainte et salutaire de prier pour les morts, afin qu’ils soient délivrés de leurs péchés, c’est-à-dire des peines temporelles dues à leurs péchés (II Machab. XII, 46). D’abord c’est une œuvre sainte et excellente en elle-même, agréable et méritoire aux yeux de Dieu. Ensuite c’est une œuvre salutaire, souverainement avantageuse pour notre propre salut, pour notre bien en ce monde et en l’autre.

Une des œuvres les plus saintes, un des meilleurs exercices de piété qu’on puisse pratiquer en ce monde, dit S. Augustin, c’est d’offrir des sacrifices, des aumônes et des prières pour les défunts (Homél. 16, alias 50). Le soulagement que nous procurions aux défunts, dit S. Jérôme, nous fait obtenir une miséricorde semblable.

Considérée en elle-même, la prière pour les défunts est une œuvre de foi, de charité, souvent même de justice, ayant toutes les circonstances qui en portent le prix à son comble. Quelles sont en effet, 1° les personnes qu’il s’agit d’assister ? Ce sont des âmes prédestinées, saintes, très-chères à Dieu et à Notre-Seigneur Jésus-Christ très-chères à l’Église leur mère, qui les recommande sans cesse à notre charité; des âmes qui nous sont aussi bien chères à nous-mêmes, qui nous furent peut-être étroitement unies sur la terre, et qui nous supplient par ces touchantes paroles: Ayez pitié de moi, ayez pitié de moi, vous surtout qui êtes mes amis (Job. XIX, 21). – 2° Quelles sont les nécessités où elles se trouvent ? Hélas ! Ces nécessités sont extrêmes, et les âmes qui les souffrent ont d’autant plus de droit à notre assistance qu’elles sont impuissantes pour s’aider elles-mêmes. – 3° Quel est le bien que nous procurons aux âmes ? C’est le bien suprême, puisque nous les mettons en possession de la béatitude éternelle.

Saint Thomas d’Aquin

Assister les âmes du purgatoire, disait S. François de Sales, c’est faire la plus excellente des œuvres de miséricorde, ou plutôt c’est pratiquer de la manière la plus sublime toutes les œuvres de miséricorde à la fois: « c’est visiter « les malades, c’est donner à boire à ceux qui ont soif de la vision de Dieu, c’est « nourrir les affamés, racheter les prisonniers, revêtir les nus, procurer aux exilés « l’hospitalité dans la Jérusalem céleste; c’est consoler les affligés, éclairer les « ignorants, faire enfin toutes les œuvres de miséricorde en une seule. » – Cette doctrine est d’accord avec celle de S. Thomas, qui dit dans sa Somme: « Les suffrages pour les morts sont plus agréables à Dieu que les suffrages pour les vivants, parce que les premiers se trouvent dans un plus pressant besoin, ne pouvant se secourir eux-mêmes, comme ceux qui vivent encore (Suppelem. q. 71. Art. 5). »

Sainte Brigitte

Notre-Seigneur regarde comme faite à lui-même toute œuvre de miséricorde exercée envers le prochain: C’est à moi, dit-il, que vous l’avez fait, mihi fecistis. Ceci est vrai d’une manière toute particulière de la miséricorde pratiquée envers les âmes. Il fut révélé à sainte Brigitte, que celui qui délivre une âme du purgatoire, a le même mérite que s’il délivrait Jésus-Christ lui-même de la captivité.

Chapitre 35

Motifs d’aider les âmes – Excellence de l’œuvre.

Quand nous élevons si haut le mérite de la prière pour les morts, nous n’en voulons nullement conclure qu’il faut laisser toutes les autres œuvres pour celle-ci; car toutes les bonnes œuvres doivent s’exercer en temps et lieu, selon les circonstances; nous avons uniquement en vue de donner une juste idée de la miséricorde pour les défunts, et d’en faire aimer la pratique.

Du reste, les œuvres de miséricorde spirituelles, qui tendent à sauver les âmes, sont toutes également excellentes; et ce n’est qu’à certains égards qu’on peut mettre l’assistance des défunts au-dessus des œuvres de zèle pour la conversion des pécheurs vivants.

Controverse entre le Frère Benoît et le Frère Bertrand

Il est rapporté dans les Chroniques des Frères-Prêcheurs (Cf. Rossign. Merv. 1), qu’une vive controverse s’éleva entre deux religieux de cet Ordre, Frère Benoît et Frère Bertrand, au sujet des suffrages pour les défunts. En voici l’occasion. Le Frère Bertrand célébrait souvent la sainte Messe pour les pécheurs, et faisait pour leur conversion de continuelles oraisons, jointes à des pénitences rigoureuses; mais rarement on le voyait célébrer en noir pour les défunts. Le Frère Benoît, qui avait une grande dévotion pour les âmes du purgatoire, ayant remarqué sa conduite, lui demanda pourquoi il en agissait ainsi ?

« Parce que les âmes du purgatoire sont sûres de leur salut, répondit-il; tandis que les pécheurs sont exposés continuellement à tomber en enfer. Quel état plus triste que celui d’une âme en état de péché mortel ? Elle est dans l’inimitié de Dieu et dans les chaînes du démon; suspendue sur l’abîme de l’enfer par le fil si fragile de la vie, qui peut se rompre à tout moment. Le pécheur marche dans la voie de la perdition: s’il continue d’avancer, il tombera dans l’abîme éternel. Il faut donc venir à son aide, le préserver de ce malheur suprême en opérant sa conversion. D’ailleurs n’est-ce pas pour sauver les pécheurs que le Fils de Dieu est venu sur la terre et qu’il est mort sur la croix ? Aussi S. Denis nous assure-t-il, que ce qu’il y a de plus divin dans les choses divines, c’est de travailler avec Dieu à sauver les pécheurs. – Quant aux âmes du purgatoire, il n’y a plus à travailler à leur salut, puisque leur salut éternel est assuré. Elles souffrent, il est vrai, elles sont en proie à de grands tourments, mais elles n’ont rien à craindre pour l’enfer, et leurs souffrances finiront. Les dettes qu’elles ont contractées s’acquittent chaque jour, et bientôt elles jouiront de la lumière éternelle; tandis que les pécheurs sont continuellement menacés de la damnation, malheur suprême, le plus effroyable qui puisse arriver à une créature humaine. »

 – « Tout ce que vous venez de dire est vrai, repartit le frère Benoît; mais n’y a-t-il pas une autre considération à faire ? Si les pécheurs sont esclaves de Satan, c’est qu’ils le veulent bien: leurs chaînes sont volontaires, il dépend d’eux de les briser; tandis que les pauvres âmes du purgatoire ne peuvent que gémir et implorer le secours des vivants. Il leur est impossible de briser les fers qui les tiennent enchaînées dans les flammes expiatrices. – Supposez que vous rencontriez deux pauvres qui vous demandent l’aumône: l’un est estropié et perclus de tous ses membres, absolument incapable de rien faire pour gagner sa vie; l’autre au contraire, bien que dans une grande détresse, est jeune et vigoureux. Tous deux implorent votre charité: auquel croirez-vous devoir donner la meilleure part de vos aumônes ?

– « A celui qui ne peut point travailler, répondit le Frère Bertrand.

 – « Hé bien, mon Père, continua Benoît, les âmes du purgatoire sont dans ce cas: elles ne peuvent plus s’aider elles-mêmes. Le temps de la prière, de la confession et des bonnes œuvres est passé pour elles: nous seuls pouvons les soulager. Il est vrai d’autre part, qu’elles souffrent pour leurs fautes passées, mais ces fautes elles les pleurent et les détestent; elles sont dans la grâce de Dieu et les amies de Dieu: tandis que les pécheurs sont des rebelles, des ennemis du Seigneur. Certes nous devons prier pour leur conversion, mais sans préjudice de ce que nous devons aux âmes souffrantes, si chères au Cœur de Jésus. Ayons pitié des pécheurs, mais n’oublions pas qu’ils ont à leur disposition tous les moyens de salut: ils peuvent et ils doivent se soustraire au péril de la damnation qui les menace. Ne vous semble-t-il pas que les âmes souffrantes sont dans une nécessité plus grande et méritent la meilleure part de notre charité ? »

Malgré la force de ces raisons, le Frère Bertrand persista dans sa première idée, et dit que l’œuvre capitale était de sauver les pécheurs. Dieu permit que la nuit suivante une âme du purgatoire lui fit éprouver durant quelque temps les peines qu’elle souffrait elle-même: elles étaient si terribles qu’il lui semblait impossible de les supporter. Alors, comme dit Isaïe, le tourment lui donna l’intelligence: Vexatio intellectum dabit (Isaïe XXVIII, 19), et il comprit qu’il devait faire davantage pour les âmes souffrantes. Dès le lendemain matin, la compassion dans le cœur et les larmes aux yeux, il monta au saint autel revêtu de l’ornement noir et offrit le sacrifice pour les défunts.

Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 32, 33

Chapitre 32

Soulagement des âmes

Nous avons vu les ressources et les nombreux moyens que la divine miséricorde a mis entre nos mains pour soulager les âmes du purgatoire; mais quelles sont les âmes qui sont en ce lieu d’expiation et auxquelles nous devons porter secours ? Pour quelles âmes devons-nous prier et offrir à Dieu nos suffrages ?

Lesquelles doivent être l’objet de notre charité ? Tous les fidèles défunts

A cette question il faut répondre, que nous devons prier pour les âmes de tous les fidèles défunts, omnium fidelium defunctorum, selon l’expression de l’Église. Bien que la piété filiale nous impose des devoirs particuliers envers nos parents et nos proches, la charité chrétienne nous commande de prier pour tous les fidèles défunts en général, parce que tous sont nos frères en Jésus-Christ, tous sont notre prochain, que nous devons aimer comme nous-mêmes.

Par ce mot, fidèles défunts, l’Église entend toutes les âmes qui sont actuellement en purgatoire: c’est-à-dire, celles qui ne sont ni en enfer, ni dignes encore d’être admises à la gloire du paradis. Mais quelles sont ces âmes ? Pouvons-nous les connaître ? – Dieu s’est réservé cette connaissance; et à moins qu’il ne lui plaise de nous le révéler, nous ignorons complètement quel est le sort des âmes dans l’autre vie. Or rarement il fait connaître qu’une âme se trouve au purgatoire ou dans la gloire du ciel; plus rarement encore révèle-t-il une réprobation.

Dans cette incertitude nous devons prier en général, comme le fait l’Église, pour tous les défunts, sans préjudice des âmes que nous voulons secourir plus particulièrement.

Saint André Avellino

Nous pourrions évidemment restreindre notre intention à ceux des défunts qui sont encore dans le besoin, si Dieu nous accordait comme à S. André Avellino le privilège de connaître l’état des âmes dans l’autre vie. Lorsque ce saint religieux de l’Ordre des Théatins suivant sa pieuse coutume, priait avec une angélique ferveur pour les défunts, il lui arrivait parfois d’éprouver en lui-même une sorte de résistance, un sentiment d’invincible répulsion; d’autres fois, c’était au contraire une grande consolation, un attrait particulier. Il comprit bientôt ce que signifiaient ces impressions si différentes: la première marquait que sa prière était inutile, que l’âme qu’il voulait aider était indigne de miséricorde et condamnée au feu éternel; l’autre indiquait que sa prière était efficace pour le soulagement de l’âme au purgatoire. De même, quand il voulait offrir le saint Sacrifice pour quelque défunt, s’il sentait au sortir de la sacristie comme une main irrésistible qui le retenait, il comprenait que cette âme était en enfer; mais quand il était inondé de joie, de lumière, et de dévotion, il était sûr de contribuer à la délivrance d’une âme.

Ce charitable Saint priait donc avec la plus vive ardeur pour les défunts qu’il savait être dans les souffrances, et il ne cessait ses suffrages que lorsque les âmes, en venant le remercier, lui donnaient l’assurance de leur délivrance (Vie du Saint).

Les pécheurs mourant sans sacrements

Pour nous qui n’avons point ces lumières surnaturelles nous devons prier pour tous les défunts, même pour les plus grands pécheurs et pour les chrétiens les plus vertueux. Saint Augustin connaissait la grande vertu de sa mère sainte Monique; néanmoins, non content d’offrir à Dieu ses suffrages pour elle, il demanda à tous ses lecteurs de ne jamais cesser de la recommander à Dieu.

Quant aux grands pécheurs qui meurent sans s’être extérieurement réconciliés avec Dieu, nous ne pouvons les exclure de nos suffrages, parce que nous n’avons pas la certitude de leur impénitence intérieure. La foi nous enseigne que tout homme mourant en état de péché mortel, encourt la damnation; mais quels sont ceux qui de fait meurent en ce triste état ? Dieu seul, qui s’est réservé le jugement suprême des vivants et des morts, en a la certitude. Quant à nous, nous ne pouvons que déduire des circonstances extérieures une conclusion conjecturale, qui peut tromper, et dont nous devons nous abstenir.

Il faut bien avouer pourtant qu’il y a tout à craindre pour ceux qui meurent sans s’être préparés à la mort; et tout espoir semble s’évanouir pour ceux qui refusent les sacrements. Ces derniers quittent la vie avec les signes extérieurs de la réprobation. Toutefois il faut laisser le jugement à Dieu, selon ces paroles: Dei judicium est, c’est à Dieu qu’appartient le jugement (Deut. I, 17). – Il y a plus à espérer pour ceux qui ne sont pas positivement hostiles à la religion, qui sont bienfaisants envers les pauvres, qui conservent quelque pratique de piété chrétienne, ou qui du moins approuvent et favorisent la piété; il y a plus, dis-je, à espérer pour ceux-là, lorsqu’il arrive qu’après avoir ainsi vécu, ils meurent subitement, sans avoir le temps de recevoir les sacrements de l’Église.

Saint François de Sales

Saint François de Sales ne voulait pas qu’on désespérât de la conversion des pécheurs jusqu’au dernier soupir; et même après la mort, il défendait de juger mal de ceux qui avaient mené une mauvaise vie. A l’exception des pécheurs dont la damnation est manifeste par l’Écriture, il ne faut, disait-il, damner personne, mais respecter le secret de Dieu. – Sa raison principale était que, comme la première grâce ne tombe pas sous le mérite, la dernière, qui est la persévérance finale ou la bonne mort, ne se donne pas non plus au mérite. C’est pourquoi il voulait qu’on espérât bien de la personne défunte, quelque fâcheuse mort qu’on lui eût vu faire; parce que nous ne pouvons avoir que des conjectures fondées sur l’extérieur, où les plus habiles peuvent se tromper (Esprit de S. Fr. de Sales, part. 3).

Chapitre 33

Soulagement des âmes – Pour lesquelles devons-nous prier ? les grands pécheurs. Le Père de Ravignan et le général Exelmans.

Le Père de Ravignan, illustre et saint prédicateur de la Compagnie de Jésus, aimait aussi à espérer beaucoup pour les pécheurs surpris par la mort, lorsque d’ailleurs ils n’avaient pas eu au cœur la haine des choses de Dieu. Volontiers il parlait des mystères du moment suprême, et son sentiment paraît avoir été qu’un grand nombre de ces pécheurs se convertissent à leurs derniers instants, et sont réconciliés avec Dieu, sans qu’on puisse le voir à l’extérieur. Il y a dans certaines morts des mystères de miséricorde et des coups de grâce, où l’œil de l’homme ne voit que des coups de justice. A la lueur d’un dernier éclair, Dieu quelquefois se révèle à des âmes dont le plus grand malheur avait été de l’ignorer; et le dernier soupir, compris de Celui qui sonde les cœurs, peut être un gémissement qui appelle le pardon, c’est-à-dire un acte de contrition parfaite. – le général Exelmans, parent du bon Père, fut précipité subitement dans la tombe par un accident de cheval, et malheureusement il ne pratiquait pas la religion. Il avait promis pourtant de se confesser un jour mais il n’en eut pas le temps. Le P. de Ravignan, qui depuis longtemps priait et faisait prier pour lui, demeura dans la consternation quand il apprit cette mort. Or, le jour même, une personne habituée aux communications célestes, crut entendre une voix intérieure qui lui disait: « Qui donc connaît l’étendue de ma miséricorde « ? Sait-on la profondeur de la mer et ce qu’il y a d’eau dans l’océan ? Beaucoup « sera pardonné à certaines âmes qui ont beaucoup ignoré. »

L’historien à qui nous empruntons ce récit, le Père de Ponlevoy, ajoute plus loin: « Chrétiens, placés sous la loi de l’espérance, non moins que de la foi et de l’amour, nous devons nous élever sans cesse du fond de nos peines jusqu’à la pensée de la bonté infinie du Sauveur. Aucune borne, aucune impossibilité, n’est placée ici-bas entre la grâce et l’âme, tant qu’il reste un souffle de vie. Il faut donc toujours espérer, et adresser au Seigneur d’humbles et persévérantes instances. On ne saurait dire jusqu’à quel point elles peuvent être exaucées. De grands saints et de grands docteurs ont été bien loin en parlant de cette efficacité puissante des prières pour des âmes chéries, quelle qu’ait été leur fin. Nous connaîtrons un jour ces ineffables merveilles de la miséricorde divine. Il ne faut jamais cesser de l’implorer avec une profonde confiance. »

Voici un trait qu’on a pu lire dans le Petit Messager du Cœur de Marie, novembre 1880. Un religieux, prêchant une retraite aux Dames de Nancy, avait rappelé dans une conférence qu’il ne faut jamais désespérer du salut d’une âme, et que parfois les actes les moins importants aux yeux des hommes sont récompensés par le Seigneur à l’heure de la mort. – Au moment de quitter l’église, une Dame en deuil s’approcha de lui et lui dit: Mon Père, vous venez de nous recommander la confiance et l’espoir: ce qui m’est arrivé justifie pleinement vos paroles. J’avais un époux, toujours bon, affectueux, irréprochable, mais qui était resté en dehors de toute pratique religieuse. Mes prières, mes paroles bien souvent hasardées, étaient restées sans résultat.

Durant le mois de mai qui précéda sa mort, j’avais élevé, comme j’en avais l’habitude, dans mon appartement, un petit autel à la sainte Vierge, et je l’ornais de fleurs, renouvelées de temps en temps. Mon mari passait le dimanche à la campagne, et chaque fois à son retour, il m’offrait un bouquet qu’il avait lui-même cueilli, j’employais ces fleurs à l’ornementation de mon oratoire. S’en apercevait-il ? Agissait-il uniquement pour m’être agréable ? Ou un sentiment de piété envers la sainte Vierge l’animait-il ? Je l’ignore; mais il ne manqua pas un dimanche de m’apporter des fleurs.

La veuve en deuil et le vénérable Curé d’Ars

Dans les premiers jours du mois suivant, il fut subitement frappé par la mort, sans avoir le temps de recevoir les secours de la religion. J’en fus inconsolable, surtout parce que je voyais s’évanouir toutes mes espérances pour son retour à Dieu. Par suite de ma douleur, ma santé se trouva bientôt profondément altérée, et ma famille me força de partir pour le midi. Comme je passais par Lyon, je voulus voir le curé d’Ars. Je lui écrivis pour demander une audience et recommander à ses prières mon mari, mort subitement. Je ne lui donnai pas d’autres détails.

Arrivée à Ars, à peine étais-je entrée dans l’appartement du vénérable curé, qu’il m’adressa ces étonnantes paroles: « Madame vous êtes désolée; mais « avez-vous donc oublié les bouquets de fleurs de chaque dimanche du mois de « mai ? » – Impossible de dire quel fut mon étonnement en entendant M. Vianney rappeler une circonstance dont je n’avais parlé à personne, et qu’il ne pouvait connaître que par révélation. Il ajouta: « Dieu a eu pitié de celui qui avait honoré « sa sainte Mère: A l’instant de la mort, votre époux a pu se repentir; son âme « est dans le purgatoire: nos prières et nos bonnes œuvres l’en feront sortir. »

La sœur Catherine de Saint-Augustin et la pécheresse morte dans une grotte

On lit dans la vie d’une sainte religieuse, la sœur Catherine de Saint-Augustin (S. Alphonse, Paraphr. du Salve Regina), que dans le lieu qu’elle habitait se trouvait une femme, appelée Marie, qui s’était livrée au désordre pendant sa jeunesse, et qui, devenue âgée, s’obstinait tellement dans le mal, que les habitants du pays, ne pouvant souffrir cette peste au milieu d’eux, la chassèrent honteusement. Elle ne trouva pas d’autre asile qu’une grotte dans les forêts, où elle mourut au bout de quelques mois, sans assistance et sans sacrements. Son corps fut enterré dans un champ comme un objet immonde.

 La sœur Catherine, qui avait coutume de recommander à Dieu les âmes de tous ceux dont elle apprenait la mort, ne songea pourtant point à prier pour celle-ci, jugeant avec tout le monde qu’elle était sûrement damnée. Quatre mois après, la servante de Dieu entendit une voix, qui disait: « Sœur Catherine, quel malheur « est le mien ! Vous recommandez à Dieu les âmes de tous, il n’y a que la mienne « dont vous n’avez point de pitié ! – Qui donc êtes-vous ? répondit la sœur. – Je « suis cette pauvre Marie, morte dans la grotte. – Comment ! Marie, vous êtes « sauvée ? – Oui, je le suis, par la miséricorde divine. Sur le point de mourir, « épouvantée au souvenir de mes crimes et à la vue de mon abandon, je criai vers « la sainte Vierge. Elle fut assez bonne pour m’entendre, et m’obtint une « contrition parfaite, accompagnée du désir de me confesser si je le pouvais. Je « rentrai ainsi dans la grâce de Dieu, et j’échappai à l’enfer; mais il m’a fallu « descendre dans le purgatoire, où je souffre cruellement. Mon temps serait « abrégé et j’en sortirais bientôt, si l’on offrait pour moi quelques messes. Oh ! «Faites-les célébrer, ma bonne sœur, et je vous promets de prier toujours Jésus et « Marie pour vous.»

La sœur Catherine se hâta de faire dire ces messes, et, après quelques jours l’âme se fit voir à elle, brillante comme un astre, montant au ciel et la remerciant de sa charité.

Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 30, 31

Chapitre 30 – Soulagement des âmes

Aumône, miséricorde chrétienne.

L’aumône chrétienne, cette miséricorde, que Jésus-Christ recommande tant dans l’Évangile, ne comprend pas seulement les secours corporels donnés aux indigents; mais encore tout le bien qu’on fait au prochain en travaillant à son salut, en supportant ses défauts, en pardonnant ses offenses. Toutes ces œuvres de charité peuvent être offertes à Dieu pour les défunts et renferment une grande vertu satisfactoire.

Saint François de Sales et la veuve de Padoue

Saint François de Sales rapporte qu’à Padoue, où il fit une partie de ses études, régnait une détestable coutume; les jeunes gens s’amusaient à parcourir pendant la nuit les rues de la ville, armés d’arquebuses, et criant à ceux qu’ils rencontraient: Qui va là ? – Il fallait leur répondre; car ils tiraient sur ceux qui ne répondaient pas; et bien des personnes furent ainsi blessées ou tuées.

Or il arriva un soir, qu’un écolier, n’ayant pas répondu à l’interpellation, fut atteint d’une balle à la tête et tomba mort. L’auteur de ce coup, saisi d’épouvante, prit la fuite et alla se réfugier dans la maison d’une bonne veuve qu’il connaissait et dont le fils était son compagnon d’étude. Il lui confessa avec larmes qu’il venait de tuer un inconnu, et la supplia de lui accorder un asile dans sa maison. Touchée de compassion, et ne soupçonnant pas qu’elle avait devant elle le meurtrier de son fils, la Dame enferma le fugitif dans un cabinet, où les officiers de la justice ne pourraient pas le découvrir.

Une demi-heure ne s’était pas écoulée, lorsqu’un bruit tumultueux se fit entendre à la porte: on apportait un cadavre et on le plaça sous les yeux de la veuve. Hélas ! c’était son fils qui venait d’être tué et dont le meurtrier était caché dans sa maison. La pauvre mère éplorée poussait des cris lamentables, et étant entrée dans la cachette de l’assassin: « Malheureux, dit-elle, que vous avait fait mon fils, pour l’avoir tué si cruellement? » – Le coupable, apprenant qu’il avait tué son ami, se mit à crier, à s’arracher les cheveux, à se tordre les bras de désespoir. Puis, se jetant à genoux, il demanda pardon à sa protectrice, et la supplia de le livrer entre les mains du magistrat pour qu’il expiât un crime si horrible.

Cette mère désolée n’oublia pas en ce moment qu’elle était chrétienne: l’exemple de Jésus-Christ, pardonnant à ses bourreaux, lui inspira un acte héroïque. Elle répondit, pourvu qu’il demandât son pardon à Dieu et changeât de vie, qu’elle le laisserait aller et s’opposerait à toute poursuite contre lui.

Ce pardon fut si agréable à Dieu qu’il voulut en donner à la généreuse mère un témoignage éclatant: il permit que l’âme de son fils lui apparût toute glorieuse, disant qu’elle allait jouir de l’éternelle béatitude: « Dieu m’a fait miséricorde, ma mère, ajouta cette âme bienheureuse, parce que vous avez usé de miséricorde envers mon assassin. En considération du pardon que vous avez accordé, j’ai été délivrée du purgatoire, où, sans le secours que vous m’avez ainsi procuré, j’eusse été détenue fort longtemps. »

Chapitre 31 – Soulagement des âmes

L’acte héroïque de charité envers les défunts

Nous avons parlé jusqu’ici des divers genres de bonnes œuvres que nous pouvons offrir à Dieu, comme suffrages pour les défunts. Il nous reste à faire connaître un acte, qui renferme toutes les œuvres et tous les moyens propres à soulager les âmes: c’est le vœu héroïque, ou comme d’autres l’appellent, l’acte héroïque de charité envers les âmes du purgatoire.

Cet acte consiste à céder aux âmes toutes nos satisfactions, c’est-à-dire la valeur satisfactoire de toutes les œuvres de notre vie et de tous les suffrages qui nous seront accordés après notre mort, sans en réserver rien pour nous-mêmes et pour acquitter nos propres dettes. Nous les déposons dans les mains de la Très-Sainte Vierge, afin qu’elle les distribue, selon son gré, aux âmes qu’elle veut délivrer des peines du purgatoire.

C’est une donation totale, en faveur des âmes, de tout ce qu’on peut leur donner: on offre à Dieu pour elles tout le bien qu’on fera en tout genre, pensées, œuvres, paroles; tout le mal qu’on souffrira d’une manière méritoire pendant toute sa vie, sans rien excepter de ce qu’on peut raisonnablement leur donner, et en ajoutant encore les suffrages qu’on recevra soi-même après la mort.

Il faut bien remarquer que la matière de cette sainte donation est la valeur satisfactoire des œuvres (Voir plus haut chap. IX), et nullement le mérite, auquel correspond le degré de gloire dans le ciel; car le mérite est strictement personnel et inaliénable.

Formule de l’Acte héroïque: « O sainte et adorable Trinité, désirant « coopérer à la délivrance des âmes du purgatoire et témoigner mon dévouement « à la très sainte Vierge Marie, je cède et je résigne, au profit de ces âmes « souffrantes, la partie satisfactoire de toutes mes œuvres et tous les suffrages « qu’on pourra m’accorder après ma mort, les abandonnant entre les mains de la « très-sainte Vierge, afin qu’elle les applique, selon son gré, aux âmes des fidèles « défunts qu’elle veut délivrer de leurs peines.

« Daignez, ô mon Dieu, agréer et bénir l’offrande que je vous fais en ce moment. « Ainsi soit-il. »

Les Souverains Pontifes, Benoît XIII, Pie VI, Pie IX, ont approuvé cet Acte héroïque et l’ont enrichi d’indulgences et de privilèges, dont voici les principaux.

  1. Les prêtres qui auront fait cette offrande, pourront jouir de l’autel privilégié personnel, tous les jours de l’année.
  2. Les simples fidèles pourront gagner l’indulgence plénière, applicable seulement aux âmes du purgatoire, chaque fois qu’ils communieront, pourvu qu’ils visitent une église ou un oratoire public, et qu’ils y prient selon l’intention de Sa Sainteté.
  3. Ils peuvent appliquer aux défunts toutes les indulgences qui ne leur sont point applicables en vertu des concessions, et qui ont été accordées jusqu’à ce jour ou qui le seront à l’avenir (Pie IX, Décr. 30 sept. 1852).

Le Père Munford

Je conseille à tout véritable chrétien, dit le P. Munford (Charité envers les défunts), de céder, avec un saint désintéressement, aux âmes des défunts tout le fruit des bonnes œuvres dont il peut disposer. Je ne crois pas qu’il puisse en faire un meilleur usage, puisqu’il les rend par-là plus méritoires, et plus efficaces, tant pour obtenir de Dieu des grâces, que pour expier ses propres péchés et abréger son purgatoire, et même, pour parvenir à en être exempté tout à fait.

Ces paroles résument bien les avantages précieux de l’Acte héroïque; et pour dissiper toute crainte d’inconvénient qui pourrait naître dans l’esprit, nous ajouterons encore trois remarques.

  1. Cet acte nous laisse la pleine liberté de prier pour les âmes auxquelles nous nous intéressons plus particulièrement: l’application de ces prières demeure subordonnée aux dispositions de l’adorable volonté de Dieu, qui est toujours infiniment parfaite et infiniment aimable.
  2. Il n’oblige pas sous peine de péché, et il est toujours révocable. On peut le faire sans prononcer aucune formule; il suffit de le vouloir et de le faire de cœur. Il est cependant utile de réciter de temps en temps la formule d’offrande, pour stimuler notre zèle à soulager les âmes par la pratique de la prière, de la pénitence et des bonnes œuvres.
  3. L’acte héroïque ne nous expose nullement à la fâcheuse conséquence d’avoir à subir nous-mêmes un plus long purgatoire; au contraire, il nous permet de compter avec une confiance plus assurée, sur la miséricorde de Dieu à notre égard, comme le montre l’exemple de sainte Gertrude.

Denis le Chartreux et sainte Gertrude.

Le vénérable Denis le Chartreux (12 mars) rapporte que la vierge sainte Gertrude avait fait donation complète de toutes ses œuvres satisfactoires en faveur des trépassés, sans rien se réserver pour l’acquittement de ses propres dettes devant Dieu. Étant proche de la mort, et d’une part, considérant, comme font les Saints, avec beaucoup de douleur, le grand nombre de ses péchés; de l’autre, se ressouvenant que toutes ses œuvres satisfactoires avaient été employées à l’expiation des péchés d’autrui et non pas des siens; elle commença à s’affliger dans la crainte que, ayant tout donné aux autres et ne s’étant rien réservé, son âme, au sortir du corps, ne fût condamnée à d’horribles peines. Dans le fort de ces inquiétudes, Notre-Seigneur lui apparut et la consola en lui disant: « Rassurez-vous, ma fille, votre charité envers les défunts ne saurait vous attirer « aucun mécompte. Sachez que la généreuse cession que vous avez faite aux « âmes de toutes vos œuvres, m’a été singulièrement agréable; et pour vous en « donner un témoignage, je vous déclare que toutes les peines que vous auriez à « souffrir en l’autre vie, vous sont remises dès maintenant; de plus, pour vous « récompenser de votre charité si généreuse, j’élèverai le prix et le mérite de vos « œuvres pour vous donner dans le ciel un grand surcroît de gloire. »

Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 28, 29

Chapitre 28 Soulagement des âmes – Indulgences

Prières indulgenciées

Il y a certaines indulgences faciles à gagner et applicables aux défunts. Nous croyons faire plaisir au lecteur en indiquant ici les principales (Voir Maurel, Le chrétien éclairé sur les indulgences).

  1. La prière: O bon et très doux Jésus… Indulgence plénière pour quiconque, s’étant confessé et ayant communié, récite cette prière devant une image de Jésus crucifié, et y ajoute quelque autre prière à l’intention du Souverain-Pontife.
  2. Chapelet bénit. De grandes indulgences sont attachées à la récitation du saint Rosaire, si l’on se sert d’un chapelet indulgencié, soit par Notre Saint-Père le Pape, soit par un prêtre qui en a reçu le pouvoir.
  3. Chemin de la Croix. Comme nous l’avons dit plus haut (Chap. XXV), plusieurs indulgences plénières et un grand nombre de partielles sont attachées aux Stations du Chemin de la Croix. Ces indulgences ne requièrent pas la confession et la communion; il suffit d’être en état de grâce et d’avoir un sincère repentir de tous ses péchés. – Quant à l’exercice même du Chemin de la Croix, il ne requiert que deux conditions: 1° de parcourir les quatorze stations, en passant de l’une à l’autre, autant que les circonstances le permettent; 2° de méditer en même temps sur la passion de Jésus-Christ. Les personnes qui ne savent point faire une méditation un peu suivie, peuvent se contenter de penser affectueusement à quelque circonstance de la passion, selon leur capacité. On les exhorte néanmoins, sans leur en imposer l’obligation, à réciter un Pater et un Ave Maria devant chaque croix, et à faire un acte de contrition de leurs péchés (Décret du 16 février 1839).
  4. Les actes de foi, d’espérance et de charité. Indulgence de sept années et sept quarantaines, chaque fois qu’on les récite.
  5. Les litanies de la Sainte Vierge. 300 jours chaque fois.
  6. Le signe de la croix. 50 jours chaque fois; et avec de l’eau bénite 100 jours.
  7. Prières diverses. Mon Jésus, miséricorde ! 100 jours chaque fois. – Jésus, doux et humble de cœur, rendez mon cœur semblable au vôtre. 300 jours, une fois le jour. – Doux cœur de Marie, soyez mon salut. 300 jours, chaque fois.
  8. V Loué soit Jésus-Christ. – R Dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. 50 jours, chaque fois que deux personnes se saluent par ces paroles.
  9. L’Angelus Domini. Indulgence de 100 jours chaque fois qu’on le récite, ou le matin, ou à midi, ou le soir, avec un cœur contrit, à genoux, et au son de la cloche.

Chapitre 29 – Soulagement des âmes

L’aumône – Raban-Maur

Il nous reste à parler d’un dernier moyen très-puissant pour soulager les âmes: c’est l’aumône. Le Docteur Angélique, S. Thomas, préfère au jeûne et à la prière le mérite de l’aumône, quand il s’agit d’expier les fautes passées. « L’aumône, dit-il (In 4. dist. 15, q. 3), possède plus complètement la vertu de la « satisfaction que la prière, et la prière plus complètement que le jeûne. » C’est pourquoi de grands serviteurs de Dieu et de grands Saints l’ont principalement choisie comme moyen de secourir les défunts. Nous pouvons citer parmi eux, comme l’un des plus remarquables, le saint Abbé Raban-Maur (4 février) premier abbé de Fulde au IXe siècles, puis Archevêque de Mayence.

Edélard au monastère de Fulde

L’abbé Trithème, écrivain distingué de l’Ordre de S. Benoît, raconte que Raban faisait distribuer beaucoup d’aumônes pour les trépassés. Il avait établi comme règle que, toutes les fois qu’un des religieux viendrait à mourir, sa portion serait pendant trente jours distribuée aux pauvres, afin que l’âme du défunt fût soulagée par cette aumône. Or il arriva, l’an 830, que le monastère de Fulde fut éprouvé par une sorte de contagion, qui emporta un grand nombre de religieux. Raban-Maur, plein de zèle et de charité pour leurs âmes, fit venir Edélard, économe du monastère et lui rappela la règle des aumônes établie pour les défunts. « Ayez grand soin, lui dit-il, que nos constitutions soient fidèlement « observées, et qu’on gratifie les pauvres pendant un mois entier, de la nourriture « destinée aux frères que nous venons de perdre. »

Edélard manquait tout à la fois d’obéissance et de charité. Sous prétexte que ces largesses étaient excessives et qu’il devait ménager les ressources du monastère, mais en réalité parce qu’il était dominé par une secrète avarice, il négligea de faire les distributions prescrites, ou ne les fit que d’une façon fort incomplète. Or la justice divine ne laissa pas impunie cette infidélité.

Le mois n’était pas écoulé, lorsqu’un soir, après que la communauté s’était retirée, il traversait la salle du chapitre, tenant une lanterne à la main. Quel ne fut pas son étonnement, lorsqu’à une heure où cette salle devait être vide, il y trouva un grand nombre de religieux. Son étonnement changea en effroi quand regardant plus attentivement il reconnut ses frères récemment décédés.

La terreur le saisit, un froid glacial parcourut toutes ses veines et le fixa immobile à sa place comme une statue sans vie. Alors un des morts prenant la parole lui adressa de terribles reproches: « Malheureux ! lui dit-il, pourquoi n’as-tu pas « distribué les aumônes qui devaient soulager les âmes de tes frères défunts ? « Pourquoi nous as-tu privé de ce secours dans les tourments du purgatoire ? « Reçois dès à présent le châtiment de ton avarice: un autre plus terrible t’est « réservé, lorsque dans trois jours tu paraîtras à ton tour devant Dieu. »

A ces mots Edélard tomba comme frappé de la foudre, et resta sans mouvement jusqu’après minuit, à l’heure où la communauté se rendit au chœur. Alors il fut trouvé à demi-mort, dans le même état où fut trouvé l’impie Héliodore, après qu’il eut été flagellé par les anges dans le temple de Jérusalem (II Machab. III).

On le porta à l’infirmerie et on lui prodigua des soins qui le firent un peu revenir à lui. Dès qu’il put parler, en présence de l’Abbé et de tous ses frères il raconta avec larmes le terrible événement, dont son triste état rendait un trop sensible témoignage. Puis, ayant ajouté qu’il devait mourir dans trois jours, il demanda les derniers sacrements, avec toutes les marques du plus humble repentir. Il les reçut très saintement, et trois jours après, il expira au milieu des prières de ses frères.

On chanta aussitôt la messe des morts, et on distribua pour le défunt la part des pauvres. Cependant la punition n’était pas finie. Edélard apparut à son abbé Raban, pâle, défiguré. Raban touché de compassion, lui demanda ce qu’il y avait à faire pour lui. « Ah ! répondit l’âme infortunée, malgré les prières de notre « sainte communauté, je ne puis obtenir ma grâce avant la délivrance de tous « ceux de mes frères que mon avarice a frustrés des suffrages qui leur étaient dus. « Ce qu’on a donné aux pauvres pour moi n’a profité qu’à eux, selon l’ordre de la « divine justice. Je vous supplie donc, ô Père vénéré « et miséricordieux, de faire redoubler les aumônes. J’espère que par ce puissant « moyen la divine clémence daignera nous délivrer tous, eux d’abord, et après « eux moi, qui suis le moins digne de miséricorde. »

Raban-Maur prodigua donc les aumônes, et un autre mois était à peine écoulé, qu’Edélard lui apparut de nouveau, mais vêtu de blanc, entouré de rayons lumineux, la joie peinte sur le visage. Il rendit à son pieux abbé et à tout le monastère les plus touchantes actions de grâces pour la charité dont on avait usé envers lui (Vie de Raban Maur; Rossignoli, merv. 2).

Que d’enseignements se dégagent de cette histoire ! D’abord la vertu des aumônes pour les défunts y paraît avec éclat. On y voit ensuite comment Dieu châtie, même en cette vie, ceux qui par avarice ne craignent pas de priver les morts de leurs suffrages. Je ne parle pas ici des héritiers coupables, qui négligent d’acquitter les fondations pieuses dont ils sont chargés par le défunt, négligence qui constitue une injustice sacrilège; mais des enfants ou des parents qui, par de misérables motifs d’intérêt, font célébrer le moins possible de messes, distribuent le moins possible d’aumônes, sans pitié pour l’âme de leur défunt, qu’ils laissent gémir dans les effroyables supplices du purgatoire. C’est là une noire ingratitude, une dureté de cœur absolument contraire à la charité chrétienne, et qui aura son châtiment, peut-être déjà dès ce monde.

Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 27, 28

Chapitre 28 Soulagement des âmes – Indulgences

Prières indulgenciées

Il y a certaines indulgences faciles à gagner et applicables aux défunts. Nous croyons faire plaisir au lecteur en indiquant ici les principales (Voir Maurel, Le chrétien éclairé sur les indulgences).

  1. La prière: O bon et très doux Jésus… Indulgence plénière pour quiconque, s’étant confessé et ayant communié, récite cette prière devant une image de Jésus crucifié, et y ajoute quelque autre prière à l’intention du Souverain-Pontife.
  2. Chapelet bénit. De grandes indulgences sont attachées à la récitation du saint Rosaire, si l’on se sert d’un chapelet indulgencié, soit par Notre Saint-Père le Pape, soit par un prêtre qui en a reçu le pouvoir.
  3. Chemin de la Croix. Comme nous l’avons dit plus haut (Chap. XXV), plusieurs indulgences plénières et un grand nombre de partielles sont attachées aux Stations du Chemin de la Croix. Ces indulgences ne requièrent pas la confession et la communion; il suffit d’être en état de grâce et d’avoir un sincère repentir de tous ses péchés. – Quant à l’exercice même du Chemin de la Croix, il ne requiert que deux conditions: 1° de parcourir les quatorze stations, en passant de l’une à l’autre, autant que les circonstances le permettent; 2° de méditer en même temps sur la passion de Jésus-Christ. Les personnes qui ne savent point faire une méditation un peu suivie, peuvent se contenter de penser affectueusement à quelque circonstance de la passion, selon leur capacité. On les exhorte néanmoins, sans leur en imposer l’obligation, à réciter un Pater et un Ave Maria devant chaque croix, et à faire un acte de contrition de leurs péchés (Décret du 16 février 1839).
  4. Les actes de foi, d’espérance et de charité. Indulgence de sept années et sept quarantaines, chaque fois qu’on les récite.
  5. Les litanies de la Sainte Vierge. 300 jours chaque fois.
  6. Le signe de la croix. 50 jours chaque fois; et avec de l’eau bénite 100 jours.
  7. Prières diverses. Mon Jésus, miséricorde ! 100 jours chaque fois. – Jésus, doux et humble de cœur, rendez mon cœur semblable au vôtre. 300 jours, une fois le jour. – Doux cœur de Marie, soyez mon salut. 300 jours, chaque fois.
  8. V Loué soit Jésus-Christ. – R Dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. 50 jours, chaque fois que deux personnes se saluent par ces paroles.
  9. L’Angelus Domini. Indulgence de 100 jours chaque fois qu’on le récite, ou le matin, ou à midi, ou le soir, avec un cœur contrit, à genoux, et au son de la cloche.

Chapitre 29 – Soulagement des âmes

L’aumône – Raban-Maur

Il nous reste à parler d’un dernier moyen très-puissant pour soulager les âmes: c’est l’aumône. Le Docteur Angélique, S. Thomas, préfère au jeûne et à la prière le mérite de l’aumône, quand il s’agit d’expier les fautes passées. « L’aumône, dit-il (In 4. dist. 15, q. 3), possède plus complètement la vertu de la « satisfaction que la prière, et la prière plus complètement que le jeûne. » C’est pourquoi de grands serviteurs de Dieu et de grands Saints l’ont principalement choisie comme moyen de secourir les défunts. Nous pouvons citer parmi eux, comme l’un des plus remarquables, le saint Abbé Raban-Maur (4 février) premier abbé de Fulde au IXe siècles, puis Archevêque de Mayence.

Edélard au monastère de Fulde

L’abbé Trithème, écrivain distingué de l’Ordre de S. Benoît, raconte que Raban faisait distribuer beaucoup d’aumônes pour les trépassés. Il avait établi comme règle que, toutes les fois qu’un des religieux viendrait à mourir, sa portion serait pendant trente jours distribuée aux pauvres, afin que l’âme du défunt fût soulagée par cette aumône. Or il arriva, l’an 830, que le monastère de Fulde fut éprouvé par une sorte de contagion, qui emporta un grand nombre de religieux. Raban-Maur, plein de zèle et de charité pour leurs âmes, fit venir Edélard, économe du monastère et lui rappela la règle des aumônes établie pour les défunts. « Ayez grand soin, lui dit-il, que nos constitutions soient fidèlement « observées, et qu’on gratifie les pauvres pendant un mois entier, de la nourriture « destinée aux frères que nous venons de perdre. »

Edélard manquait tout à la fois d’obéissance et de charité. Sous prétexte que ces largesses étaient excessives et qu’il devait ménager les ressources du monastère, mais en réalité parce qu’il était dominé par une secrète avarice, il négligea de faire les distributions prescrites, ou ne les fit que d’une façon fort incomplète. Or la justice divine ne laissa pas impunie cette infidélité.

Le mois n’était pas écoulé, lorsqu’un soir, après que la communauté s’était retirée, il traversait la salle du chapitre, tenant une lanterne à la main. Quel ne fut pas son étonnement, lorsqu’à une heure où cette salle devait être vide, il y trouva un grand nombre de religieux. Son étonnement changea en effroi quand regardant plus attentivement il reconnut ses frères récemment décédés.

La terreur le saisit, un froid glacial parcourut toutes ses veines et le fixa immobile à sa place comme une statue sans vie. Alors un des morts prenant la parole lui adressa de terribles reproches: « Malheureux ! lui dit-il, pourquoi n’as-tu pas « distribué les aumônes qui devaient soulager les âmes de tes frères défunts ? « Pourquoi nous as-tu privé de ce secours dans les tourments du purgatoire ? « Reçois dès à présent le châtiment de ton avarice: un autre plus terrible t’est « réservé, lorsque dans trois jours tu paraîtras à ton tour devant Dieu. »

A ces mots Edélard tomba comme frappé de la foudre, et resta sans mouvement jusqu’après minuit, à l’heure où la communauté se rendit au chœur. Alors il fut trouvé à demi-mort, dans le même état où fut trouvé l’impie Héliodore, après qu’il eut été flagellé par les anges dans le temple de Jérusalem (II Machab. III).

On le porta à l’infirmerie et on lui prodigua des soins qui le firent un peu revenir à lui. Dès qu’il put parler, en présence de l’Abbé et de tous ses frères il raconta avec larmes le terrible événement, dont son triste état rendait un trop sensible témoignage. Puis, ayant ajouté qu’il devait mourir dans trois jours, il demanda les derniers sacrements, avec toutes les marques du plus humble repentir. Il les reçut très saintement, et trois jours après, il expira au milieu des prières de ses frères.

On chanta aussitôt la messe des morts, et on distribua pour le défunt la part des pauvres. Cependant la punition n’était pas finie. Edélard apparut à son abbé Raban, pâle, défiguré. Raban touché de compassion, lui demanda ce qu’il y avait à faire pour lui. « Ah ! répondit l’âme infortunée, malgré les prières de notre « sainte communauté, je ne puis obtenir ma grâce avant la délivrance de tous « ceux de mes frères que mon avarice a frustrés des suffrages qui leur étaient dus. « Ce qu’on a donné aux pauvres pour moi n’a profité qu’à eux, selon l’ordre de la « divine justice. Je vous supplie donc, ô Père vénéré « et miséricordieux, de faire redoubler les aumônes. J’espère que par ce puissant « moyen la divine clémence daignera nous délivrer tous, eux d’abord, et après « eux moi, qui suis le moins digne de miséricorde. »

Raban-Maur prodigua donc les aumônes, et un autre mois était à peine écoulé, qu’Edélard lui apparut de nouveau, mais vêtu de blanc, entouré de rayons lumineux, la joie peinte sur le visage. Il rendit à son pieux abbé et à tout le monastère les plus touchantes actions de grâces pour la charité dont on avait usé envers lui (Vie de Raban Maur; Rossignoli, merv. 2).

Que d’enseignements se dégagent de cette histoire ! D’abord la vertu des aumônes pour les défunts y paraît avec éclat. On y voit ensuite comment Dieu châtie, même en cette vie, ceux qui par avarice ne craignent pas de priver les morts de leurs suffrages. Je ne parle pas ici des héritiers coupables, qui négligent d’acquitter les fondations pieuses dont ils sont chargés par le défunt, négligence qui constitue une injustice sacrilège; mais des enfants ou des parents qui, par de misérables motifs d’intérêt, font célébrer le moins possible de messes, distribuent le moins possible d’aumônes, sans pitié pour l’âme de leur défunt, qu’ils laissent gémir dans les effroyables supplices du purgatoire. C’est là une noire ingratitude, une dureté de cœur absolument contraire à la charité chrétienne, et qui aura son châtiment, peut-être déjà dès ce monde.

Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 26, 27

Chapitre 26 – Soulagement des âmes

Indulgences

Passons aux indulgences applicables aux défunts. C’est ici que la divine miséricorde se révèle avec une sorte de prodigalité. On sait que l’Indulgence est la rémission des peines temporelles dues au péché, accordée par le pouvoir des clefs en dehors du sacrement.

En vertu du pouvoir des clefs qu’elle a reçu de Jésus-Christ, la sainte Église peut délivrer les fidèles soumis à sa juridiction, de tout obstacle à leur entrée dans la gloire. Elle exerce ce pouvoir dans le sacrement de Pénitence, où elle les absout de leurs péchés; elle l’exerce aussi hors du sacrement, pour leur ôter la dette des peines temporelles qui leur reste après l’absolution: dans ce second cas c’est l’indulgence.

La rémission des peines par l’indulgence ne s’accorde qu’aux fidèles vivants; mais l’Église peut, en vertu de la communion des saints, autoriser ses enfants encore en vie, à céder la remise qui leur est faite à leurs frères défunts: c’est l’indulgence applicable aux âmes du purgatoire. Appliquer une indulgence aux défunts, c’est l’offrir à Dieu au nom de sa sainte Église, pour qu’il daigne l’attribuer aux âmes souffrantes. Les satisfactions offertes ainsi à la divine justice au nom de Jésus-Christ et de son Église, sont toujours agréées, et Dieu les applique soit à telle âme en particulier qu’on a l’intention d’aider, soit à certaines âmes qu’il veut lui-même favoriser, soit à toutes en général.

Les indulgences sont plénières ou partielles. L’indulgence plénière est la rémission, accordée à celui qui gagne cette indulgence, de toute la peine temporelle dont il est Passible devant Dieu. Supposé que pour acquitter cette dette il faille pratiquer cent ans de pénitence canonique sur la terre, ou souffrir plus longtemps encore les peines du purgatoire; par le fait que l’indulgence plénière est parfaitement gagnée, toutes ces peines sont remises; et l’âme ne présente plus aux yeux de Dieu aucune ombre qui l’empêche de voir sa face divine.

L’indulgence partielle consiste dans la rémission d’un certain nombre de jours ou d’années. Ces jours et ces années ne représentent nullement des jours ou des années de souffrances au purgatoire; il faut les entendre des jours et des années de pénitence publique, canonique, consistant surtout en jeûnes, et telle qu’on l’imposait autrefois aux pécheurs, selon l’ancienne discipline de l’Église. Ainsi une indulgence de quarante jours ou de sept années, c’est la rémission qu’on mériterait devant Dieu par quarante jours ou sept années de pénitence canonique. Quelle est la proportion qui existe entre ces jours de pénitence, et la durée des peines au purgatoire ? C’est un secret qu’il n’a pas plu à Dieu de nous révéler.

La Bienheureuse Marie de Quito et les monceaux d’or

Les indulgences dans l’Église sont un vrai trésor spirituel, exposé publiquement devant les fidèles: il est permis à tous d’y puiser pour acquitter leurs dettes et payer celles des autres. C’est sous cette figure que Dieu daigna les montrer un jour à la Bienheureuse Marie de Quito (26 mai). Elle fut ravie en extase et vit, au milieu d’une grande place, une immense table chargée de monceaux d’argent, d’or, de rubis, de perles, de diamants; en même temps elle entendit une voix qui disait: « Ces richesses sont publiques: chacun peut s’approcher et en recueillir « autant qu’il lui convient. » Dieu lui fit connaître que c’était là une image des indulgences (Rossignoli, Merv. 29). Combien donc, dirons-nous avec le pieux auteur des Merveilles, combien ne sommes-nous pas coupables, dans une abondance pareille, de rester pauvres et dénués pour nous-mêmes, et de ne point songer à aider les autres ? Hélas ! les âmes du purgatoire sont dans une nécessité extrême, elles nous supplient avec larmes au milieu de leurs tourments: nous avons dans les indulgences le moyen d’acquitter leurs dettes, et nous n’en faisons rien !

L’accès de ce trésor exige-t-il des efforts pénibles, des jeûnes, des voyages, des privations insupportables à la nature ? Quand même cela serait, disait avec raison l’éloquent Père Segneri, il faudrait nous y résoudre. Eh ! ne voit-on pas les hommes par amour pour l’or, par zèle pour les arts, afin de conserver une partie de leur fortune ou de sauver une toile précieuse, s’exposer aux flammes d’un incendie ? Ne faudrait-t-il pas au moins en faire autant pour sauver des flammes expiatrices les âmes rachetées par le sang de Jésus-Christ ? Mais la divine bonté ne demande rien de trop pénible: elle n’exige que des œuvres communes et faciles: un chapelet, une prière, une communion, la visite d’un sanctuaire, une aumône, les éléments du catéchisme enseignés à des enfants abandonnés. Et nous négligeons l’acquisition si aisée du plus précieux trésor, et nous n’avons point d’ardeur pour l’appliquer à nos pauvres frères qui gémissent dans les flammes !

Chapitre 27 – Soulagement des âmes – Indulgences

La Mère Françoise de Pampelune

La vénérable Mère Françoise du Saint-Sacrement, religieuse de Pampelune, dont nous avons déjà fait connaître la charité envers les âmes, avait aussi le plus grand zèle à les secourir au moyen des indulgences. Un jour Dieu lui fit voir les âmes de trois Prélats, qui avaient occupé précédemment le siège épiscopal de Pampelune, et qui gémissaient encore dans les souffrances du purgatoire. La servante de Dieu comprit qu’elle devait mettre tout en œuvre pour obtenir leur délivrance. Comme le Saint-Siège avait alors accordé à l’Espagne des Bulles, dites de la Croisade, qui permettaient de gagner une indulgence plénière à certaines conditions, elle crut que le meilleur moyen de venir en aide à ces âmes, serait de leur procurer à chacune l’avantage d’une indulgence plénière.

L’évêque Ribéra

Elle parla donc à son Evêque, Cristophe de Ribéra, lui découvrit le triste état des trois prélats, et lui demanda la faveur de trois indulgences de la croisade. Cristophe de Ribéra, apprenant que trois de ses prédécesseurs étaient encore au purgatoire, s’empressa de procurer à la servante de Dieu les Bulles indulgenciées. Elle remplit aussitôt toutes les conditions requises et appliqua une indulgence plénière à chacun des trois Évêques. La nuit suivante tous les trois apparurent à la Mère Françoise délivrés de toutes leurs peines: ils la remercièrent de sa charité, et la prièrent de remercier aussi l’Évêque Ribéra pour les indulgences qui leur avaient enfin ouvert les portes du ciel (Vie de Françoise du S. Sacrem. Merv. 26).

Sainte Madelaine de Pazzi

Voici ce que rapporte le Père Cépari dans la Vie de sainte Madeleine de Pazzi. Une religieuse professe, qui avait reçu de Madeleine les soins les plus attentifs pendant sa maladie, étant morte, et son corps exposé dans l’église selon l’usage, Madeleine se sentit inspirée d’aller encore une fois la contempler. Elle fut donc se placer à la grille du chapitre d’où elle pouvait l’apercevoir; mais à peine arrivée, elle fut ravie en extase et vit l’âme de cette mère qui prenait son vol vers le ciel. Transportée de joie à ce spectacle, on l’entendit qui disait: « Adieu, ma sœur, adieu, âme bienheureuse ! Comme une très pure colombe, vous volez au céleste séjour, et vous nous laissez dans ce lieu de « misères. Oh ! que vous êtes belle et glorieuse ! Qui pourra expliquer la gloire « dont Dieu a couronné vos vertus ? Que vous avez passé peu de temps dans les « flammes purgatives ! Votre corps n’a pas encore été rendu à la terre, et voilà « que votre âme est déjà reçue dans le sacré palais! Vous connaissez « maintenant la vérité de ces paroles que je vous disais naguère: Que toutes les « peines de la vie présente sont peu de chose en comparaison des biens immenses « que Dieu garde à ses amis. » – Dans cette même vision, le Seigneur lui fit connaître que cette âme n’avait passé que quinze heures en purgatoire, parce qu’elle avait beaucoup souffert pendant la vie, et qu’elle avait été soigneuse de gagner les indulgences, que l’Église accorde à ses enfants en vertu des mérites de Jésus-Christ.

Sainte Thérèse

Sainte Thérèse, dans un de ses ouvrages, parle d’une religieuse qui faisait le plus grand cas des moindres indulgences accordées par l’Église, et s’appliquait à gagner toutes celles qu’elle pouvait. Sa conduite n’avait d’ailleurs rien que de fort ordinaire et sa vertu était très commune. Elle vint à mourir, et la Sainte la vit, à sa grande surprise, monter au ciel presque aussitôt après sa mort, en sorte qu’elle n’eut pas pour ainsi dire de purgatoire à faire. Comme Thérèse en exprimait son étonnement à Notre-Seigneur, le Sauveur lui fit connaître que c’était le fruit du soin qu’elle avait eu de gagner le plus d’indulgences possible pendant sa vie: « C’est par là, ajouta-t-il, qu’elle a acquitté presque entièrement « ses dettes, quoique nombreuses, avant de mourir, et qu’elle a apporté une si « grande pureté au tribunal de Dieu. »

Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 22, 23

Chapitre 22 – Soulagement des âmes

Le Saint Rosaire – Le chapelet – Le Père Nieremberg.

Nous savons que le saint Rosaire occupe la première place parmi les prières que l’Église recommande aux fidèles; cette excellente prière, source de tant de grâces pour les vivants, est aussi singulièrement efficace pour le soulagement des morts. Nous en avons une preuve touchante dans la Vie du Père Nieremberg, dont nous avons fait mention ailleurs. Ce charitable serviteur de Dieu, pour soulager les âmes du purgatoire, s’imposait des mortifications fréquentes accompagnées d’oraisons et de prières. Il ne manquait point de réciter chaque jour le chapelet à leur intention, et de gagner pour elles le plus d’indulgences qu’il se pouvait, dévotion à laquelle il invita les fidèles dans un ouvrage spécial qu’il publia sur cette matière. Le chapelet dont il se servait, était garni de pieuses médailles et enrichi de nombreuses indulgences. Un jour il lui arriva de le perdre, et il en fut désolé: non que ce saint religieux dont le cœur ne tenait plus à rien sur la terre, eût quelque attache matérielle à ce chapelet; mais parce qu’il se voyait empêché par-là de procurer à ses chères âmes les secours habituels.

Il eut beau chercher partout, il eut beau interroger ses souvenirs pour retrouver son pieux trésor; tout fut inutile, et le soir étant venu, il se vit réduit à remplacer sa prière indulgenciée par des oraisons communes. Pendant qu’il priait, seul dans sa cellule, il entendit au plafond un bruit semblable à celui de son chapelet, qui lui était bien connu; et levant les yeux, il vit en effet son chapelet, tenu par des mains invisibles, descendre vers lui et tomber à ses pieds avec toutes les médailles qui y étaient attachées. – Il ne douta pas que les invisibles mains qui le lui rapportaient ne fussent celles des âmes soulagées par ce moyen. Qu’on juge avec quelle ferveur nouvelle il récita les cinq dizaines accoutumées, et combien cette merveille l’encouragea à persévérer dans une pratique si visiblement favorisée du ciel.

La Mère Françoise du Saint-Sacrement

La vénérable Mère Françoise du Saint-Sacrement avait aussi la pieuse habitude de réciter fréquemment le rosaire pour soulager les âmes; et Dieu daigna par des faveurs sensibles marquer à sa servante combien cette prière lui était agréable.

Françoise du Saint-Sacrement (sa vie par le P. Joachim. Voir Rossignoli, merv. 26) avait eu dès son enfance la plus grande dévotion aux âmes souffrantes, et elle y persévéra tant qu’elle vécut. Elle était tout cœur, tout dévouement envers ces pauvres et saintes âmes: pour les aider, elle récitait chaque jour le rosaire, qu’elle avait coutume d’appeler son aumônier, et elle en terminait chaque dizaine par le Requiescant in pace. Les jours de fête où elle était plus libre de son temps, elle y ajoutait l’Office des morts. A la prière elle joignait les pénitences. La meilleure partie de l’année elle jeûnait au pain et à l’eau, elle pratiquait des veilles et d’autres austérités; elle avait à endurer beaucoup de travaux et de fatigues, des peines et des persécutions: or toutes ces œuvres tournaient au profit des âmes, Françoise offrait tout à Dieu pour leur soulagement.

Non contente de les assister elle-même, elle engageait tant qu’elle pouvait, les autres à le faire: si des prêtres venaient au monastère, elle les exhortait à célébrer la messe; si c’étaient des laïques, elle les engageait à distribuer beaucoup d’aumônes pour les fidèles trépassés. En récompense de sa charité, Dieu permettait aux âmes de la visiter fréquemment, tant pour solliciter ses suffrages que pour l’en remercier. Des témoins ont assuré que, plusieurs fois, elles l’attendirent visiblement à sa porte, quand elle se rendait à l’office de matines, pour se recommander à elle; d’autres fois, elles pénétrèrent dans sa chambre, afin de lui présenter leur requête; elles se rangeaient autour de son lit jusqu’à ce qu’elle s’éveillât. Ces apparitions, auxquelles elle était habituée, ne lui causaient aucune frayeur; et afin qu’elle ne se crût point le jouet de quelque rêve ou d’une illusion du démon, elles lui disaient en entrant: « Salut, servante de Dieu, épouse du Seigneur ! que Jésus « soit avec vous toujours ! » – Puis, elles témoignaient leur vénération pour une grande croix et pour les reliques des Saints, que leur bienfaitrice conservait dans sa cellule. – Si elles la trouvaient récitant le rosaire, ajoutent les mêmes témoins, elles le lui prenaient des mains et le baisaient avec amour, comme l’instrument de leur délivrance.

Chapitre 23 – Soulagement des âmes

Le jeûne, les pénitences et les mortifications, même légères

Après la prière vient le jeûne, c’est-à-dire non seulement le jeûne proprement dit, qui consiste dans l’abstinence de la nourriture; mais encore toutes les œuvres de pénitence de quelque nature qu’elles soient. Il faut bien remarquer qu’il ne s’agit pas seulement ici des grandes austérités pratiquées par les Saints; mais de toutes les tribulations, de toutes les contrariétés de la vie, ainsi que des moindres mortifications, des plus petits sacrifices, qu’on s’impose ou qu’on accepte en vue de Dieu, et qu’on offre à sa divine miséricorde pour le soulagement des âmes.

Un verre d’eau

Un verre d’eau qu’on se refuse quand on a soif, c’est bien peu de chose; et si l’on considère cet acte en lui-même on ne voit guère quelle efficacité il possède pour adoucir les terribles peines du purgatoire. Mais telle est la divine bonté, qu’elle daigne l’accepter comme un sacrifice de grande valeur. Qu’on me permette, dit à ce sujet l’abbé Louvet, de citer un exemple presque personnel. Une de mes parentes était religieuse dans une communauté, qu’elle édifiait, non par l’héroïsme des vertus qui éclatent dans les saints, mais par une vertu toute commune et une conduite régulière. Or il arriva qu’elle perdît une amie qu’elle avait dans le monde; et dès qu’elle apprit la nouvelle de sa mort, elle se fit un devoir de la recommander à Dieu. Le soir étant venu, comme elle se sentit pressée de soif, son premier mouvement fut de vouloir se rafraîchir, sa règle d’ailleurs ne s’y opposait nullement; mais se rappelant son amie défunte, elle eut la bonne pensée de se refuser ce petit soulagement en faveur de son âme, et au lieu de boire le verre d’eau qu’elle tenait à la main, elle la répandit en priant Dieu de faire miséricorde à la défunte. – Ceci rappelle comment le roi David, se trouvant avec son armée en un endroit sans eau, pressé par la soif, refusa de boire l’eau fraîche qu’on lui apportait de la citerne de Bethlehem: au lieu de la porter à ses lèvres, il la répandit en libation au Seigneur; et l’Écriture cite ce trait du saint Roi comme une action agréable à Dieu. – Or la légère mortification que s’imposa notre religieuse en se privant de ce verre d’eau, plut tellement au Seigneur, qu’il permit à la défunte de le manifester par une apparition. Elle se montra la nuit suivante à la sœur, en la remerciant vivement de ce qu’elle avait fait pour elle. Ces quelques gouttes d’eau, dont la mortification avait fait le sacrifice, s’étaient changées en un bain rafraîchissant, pour tempérer les ardeurs du purgatoire.

Et, qu’on veuille bien le remarquer, ce que nous disons ici ne doit nullement se restreindre aux actes de mortification surérogatoires; il faut l’étendre à la mortification obligée, c’est-à-dire à toutes les peines qu’on doit se donner pour remplir ses devoirs; et généralement, à toutes les bonnes œuvres auxquelles nous sommes tenus par devoir de chrétiens, ou par devoir d’état particulier.

La Bienheureuse Marguerite

Ainsi tout chrétien est tenu, en vertu de la loi de Dieu de s’abstenir de paroles lascives, de paroles de médisance, de paroles de murmure; ainsi tout religieux doit garder le silence, la charité, l’obéissance prescrite par sa règle; or ces observances, quoiqu’obligatoires, pratiquées chrétiennement, en vue de Dieu, en union avec les œuvres et les souffrances de Jésus-Christ, peuvent devenir des suffrages et servir à assister les âmes. Dans cette célèbre apparition, où la Bienheureuse Marguerite Marie vit une religieuse défunte, souffrant cruellement pour avoir vécu dans la tiédeur; la pauvre âme, après avoir fait connaître en détail les tourments qu’elle endurait, ajouta ces paroles: « Hélas ! un jour d’exactitude au « silence, gardé par toute la communauté, guérirait ma bouche altérée; un autre, « passé dans la pratique de la sainte charité, guérirait ma langue; un troisième, « passé sans aucun murmure ni désapprobation à l’égard de la Supérieure, « guérirait mon cœur déchiré… »

On le voit, cette âme ne demande pas des œuvres surérogatoires; mais seulement qu’on lui applique celles auxquelles les religieuses étaient obligées.

Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 20, 21

Chapitre 20 – Soulagement des âmes par la sainte Messe

Sainte Thérèse – Bernardin de Mendoza

Terminons ce que nous avons à dire sur la sainte messe, par le récit de sainte Thérèse, concernant Bernardin de Mendoza. Elle raconte ce fait dans son livre des Fondations, chapitre X.

Le jour des Trépassés, don Bernardin de Mendoza avait donné à sainte Thérèse une maison et un beau jardin, situés à Valladolid, pour y fonder un monastère en l’honneur de la Mère de Dieu. « Deux mois après, écrit la Sainte, ce gentilhomme tomba malade subitement et perdit tout d’un coup la parole; en sorte qu’il ne put se confesser, encore qu’il témoignât par signes le désir de le faire, et la vive contrition qu’il ressentait de ses péchés.

« Il ne tarda pas à mourir, loin de l’endroit où j’étais à cette époque; mais Notre-Seigneur me parla et me fit connaître qu’il était sauvé, quoiqu’il eût couru grand risque de ne pas l’être: la miséricorde de Dieu s’était étendue sur lui, à cause des dons qu’il avait faits au couvent de la Sainte-Vierge; toutefois son âme ne devait pas sortir du purgatoire avant que la première messe fût célébrée dans la nouvelle maison.

« Je ressentis si profondément les souffrances de cette âme, que, malgré mon vif désir d’achever dans le plus court délai la fondation de Tolède, je partis immédiatement pour Valladolid.

« Un jour que j’étais en prière à Médina del Campo, Notre-Seigneur me dit de me hâter; car l’âme de Mendoza était en proie aux plus vives souffrances. Je repartis donc sur-le-champ, bien que je n’y fusse pas préparée, et j’arrivai à Valladolid le jour de la fête de S. Laurent.

« Aussitôt j’appelai des maçons pour élever sans tarder les murs de clôture; mais comme cela devait prendre beaucoup de temps, je demandai au Seigneur Évêque, l’autorisation de faire une chapelle provisoire à l’usage des sœurs qui m’avaient accompagné. L’ayant obtenue, j’y fis célébrer la messe; et, à la communion, au moment où je quittai ma place pour m’approcher de la sainte Table, je vis notre bienfaiteur, qui, les mains jointes et le visage resplendissant, me remerciait de ce que j’avais fait pour le tirer du purgatoire. Je le vis ensuite monter plein de gloire au ciel. Je fus d’autant plus joyeuse que je n’osais espérer un tel succès. Car, bien que Notre-Seigneur m’eût révélé que la délivrance de cette âme suivrait la première messe célébrée dans la maison, je pensais que cela devait s’entendre de la première messe, où le Saint-Sacrement serait renfermé dans le tabernacle. »

Multiplicité des Messes, pompe des obsèques

Ce beau trait nous fait voir, non seulement l’efficacité de la sainte Messe; mais aussi la tendre bonté avec laquelle Jésus-Christ s’intéresse aux âmes et en vient jusqu’à solliciter nos suffrages en leur faveur.

Puisque le divin Sacrifice est d’un si grand prix, on pourrait ici demander si un grand nombre de messes procure aux âmes plus de soulagement qu’un moindre nombre, mais en compensation, des obsèques magnifiques et d’abondantes aumônes ? – La réponse à cette question se déduit de l’esprit de l’Église, qui est l’esprit de Jésus-Christ lui-même, et l’expression de sa volonté.

Or l’Église engage les fidèles à faire pour les défunts des prières, des aumônes et autres bonnes œuvres, à leur appliquer des indulgences, mais surtout à faire célébrer la sainte Messe et à y assister. Tout en donnant une place à part au divin Sacrifice, elle approuve et emploie les divers genres de suffrages, selon les circonstances, la dévotion et la condition sociale du défunt ou de ses héritiers.

C’est une coutume catholique, que les fidèles ont religieusement observée depuis la plus haute antiquité, de célébrer pour les défunts un service solennel et des funérailles aussi splendides que le comportent leurs moyens. La dépense qu’ils font à cet effet est une aumône à l’Église, aumône qui élève grandement aux yeux de Dieu le prix du divin Sacrifice et sa valeur satisfactoire pour le défunt.

Il est bon cependant de régler de telle manière le degré des funérailles, qu’il laisse encore assez de ressources pour un nombre convenable de messes et pour des aumônes aux pauvres.

Ce qu’il faut éviter, c’est d’oublier le caractère chrétien des funérailles, et d’envisager le service funèbre, moins comme un grand acte de religion, que comme un étalage de vanité mondaine.

Cérémonies saintes de l’Église et couronnes profanes dont on couvre le cercueil.

Ce qu’il faut éviter encore, ce sont des symboles de deuil tout profanes, et qui ne sont pas conformes aux traditions chrétiennes. Telles sont les couronnes de fleurs, dont on charge à grands frais le cercueil du défunt. C’est là une innovation justement désapprouvée par l’Église, à qui Jésus-Christ a confié le soin du culte et des cérémonies saintes, sans excepter les cérémonies funèbres. Celles dont elle se sert à la mort de ses enfants, sont vénérables par leur antiquité, pleines de sens et de consolation pour la foi. Tout l’appareil déployé aux yeux des fidèles, la croix et l’eau bénite, le luminaire et l’encens, les larmes et les prières, respirent la compassion pour les âmes, la foi à la divine miséricorde et l’espérance de l’immortalité.

Qu’y a-t-il de semblable dans les froides couronnes de violettes ? Elles ne disent rien à l’âme chrétienne, elles ne présentent tout au plus qu’un symbole profane de la vie mortelle, symbole qui contraste avec la sainte image de la croix et qui est étranger aux rites sacrés de l’Église.

Chapitre 21 – Soulagement des âmes

La prière – Le Frère Corrado d’Offida.

– L’hameçon d’or et le fil d’argent

Après le saint sacrifice de la Messe, nous avons pour soulager les âmes une foule de moyens secondaires, mais bien efficaces aussi, quand on les emploie en esprit de foi et de ferveur.

D’abord c’est la prière, la prière sous toutes les formes. Les annales de l’Ordre séraphique parlent avec admiration du Frère Corrado d’Offida, un des premiers disciples de S. François. Il se distinguait par un esprit de prière et de charité qui contribuait grandement à l’édification de ses frères. Parmi ceux-ci il y en avait un, jeune encore, dont la conduite relâchée et turbulente troublait la sainte communauté; mais grâce aux prières et aux charitables exhortations de Corrado, il se corrigea entièrement et devint un modèle de régularité. Bientôt après cette heureuse conversion, il vint à mourir, et ses frères firent pour son âme les suffrages ordinaires.

Peu de jours s’étaient écoulés, lorsque le Frère Corrado se trouvant en prière devant l’autel, entendit une voix qui lui demandait le secours de ses prières. – « Qui êtes-vous ? dit le serviteur de Dieu. » – « Je suis, répondit la voix, « l’âme du jeune religieux que vous avez si bien ramené à la ferveur. – Mais « n’êtes-vous pas mort saintement ? Avez-vous encore tant besoin de prières ? – « Ma mort a été bonne, en effet, et je suis sauvé; mais à cause de mes anciens « péchés que je n’ai pas eu le temps d’expier, je souffre les plus rigoureux « châtiments, et je vous en supplie, ne me refusez pas le secours de vos prières. » Aussitôt le bon Frère s’inclinant devant le tabernacle récita un Pater suivi du Requiem aeternam. « O mon bon Père, s’écria l’apparition » que votre prière me procure de rafraîchissement ! Oh ! comme elle me soulage!

« Je vous en prie continuez. » – Corrado répéta dévotement les mêmes prières. « Père bien-aimé, reprit l’âme, je vous en conjure, encore ! encore! J’éprouve « tant de soulagement quand vous priez! » – Le charitable religieux continua ses prières avec une nouvelle ferveur, et répéta jusqu’à cent fois l’Oraison dominicale. Alors, avec un accent d’indicible joie, le défunt lui dit: « Je vous « rends grâces de la part de Dieu, ô Père chéri: je suis entièrement délivré; voici « que je me rends au royaume des cieux. »

On voit par l’exemple précédent combien les moindres prières, les plus courtes supplications sont efficaces pour adoucir les souffrances des pauvres âmes. J’ai lu quelque part, dit le P. Rossignoli, qu’un saint Évêque, ravi en esprit, vit un enfant, lequel, avec un hameçon d’or et un fil d’argent, tirait du fond d’un puits une femme qui s’y noyait. – Après son oraison, comme il se rendait à l’église, il aperçut ce même enfant agenouillé, priant sur une tombe du cimetière. « Que fais-tu là, mon petit ami, lui demanda-t-il ? – Je dis, répondit l’enfant, « Notre Père et Je vous salue Marie pour l’âme de ma mère, dont le corps repose « en ce lieu. » – Le prélat comprit aussitôt que Dieu avait voulu lui montrer l’efficacité de la prière la plus simple; il connut que l’âme de cette mère venait d’être délivrée, que l’hameçon d’or était le Pater, et que l’Ave était le fil d’argent de cette ligne mystique.

Le Dogme du Purgatoire – Seconde partie – Chapitres 18, 19

Chapitre 18 – Soulagement des âmes

Saint Malachie à Clairvaux

Nous ne devons point ici omettre le récit de la grâce toute particulière, qui valut à S. Malachie sa grande charité envers les âmes du purgatoire. Un jour qu’il se trouvait avec plusieurs personnes pieuses et les entretenait familièrement des choses spirituelles, il vint à parler du dernier passage. « Si on laissait, dit-il, à « chacun de vous le choix, à quel jour et en quel lieu souhaiteriez-vous de mourir ? » A cette question les uns indiquaient une fête, les autres une autre; ceux-ci tel endroit et ceux-là tel autre. Quand ce fut au tour du Saint de manifester sa pensée, il dit qu’il ne finirait nulle part plus volontiers sa vie qu’au monastère de Clairvaux, gouverné par S. Bernard, afin de jouir tout de suite des sacrifices de ces fervents religieux; et quant au temps, il préférerait, disait-il, le jour de la Fête des morts, afin d’avoir part à toutes les messes, à toutes les prières, qui se font ce jour-là pour les défunts dans tout le monde catholique.

Ce souhait de sa piété fut accompli de point en point. Il se rendait à Rome auprès du Pape Eugène III, quand, arrivé à Clairvaux, peu avant la Toussaint, il fut surpris par une grave maladie, qui l’obligea de s’arrêter dans cette pieuse maison. Il comprit bientôt que le Seigneur avait exaucé ses vœux, et s’écria avec le prophète: C’est ici le lieu de mon repos pour toujours: j’y demeurerai parce que je l’ai choisi (Psalm. 131). En effet le lendemain de la Toussaint, tandis que toute l’Église priait pour les défunts, il rendit son âme au Créateur.

La sœur Zénaïde

Nous avons connu, dit l’abbé Postel, une sainte religieuse, la sœur Zénaïde P. qui, attaquée d’une maladie affreuse depuis plusieurs années, demandait à Notre-Seigneur la grâce de mourir le jour de la Commémoration des morts, pour lesquels elle avait eu toujours une grande dévotion. Il lui fut accordé comme elle désirait. Le 2 novembre au matin, après deux ans de souffrances, supportées avec le courage le plus chrétien, elle se mit à chanter un cantique d’action de grâces, et expira doucement quelques instants avant l’heure où commence la célébration des messes dans toutes les églises.

Le sacrifice de la Messe – Le vénérable Joseph Anchieta et la messe de Requiem

On sait qu’il y a dans la liturgie catholique une messe spéciale pour les défunts: elle se célèbre en ornement noir et on la nomme messe de Requiem. On pourrait demander si cette messe est plus profitable aux âmes que les autres ? – Le sacrifice de la Messe, malgré la diversité des cérémonies est toujours le même, le sacrifice infiniment saint du Corps et du Sang de Jésus-Christ. Mais comme la messe des morts contient des prières particulières pour les âmes, elle leur obtient aussi des secours particuliers, du moins toutes les fois que les règles liturgiques permettent au prêtre de célébrer en noir. Cette opinion fondée sur l’institution et la pratique de l’Église, se trouve confirmée par un fait que nous lisons dans la vie du vénérable Père Joseph Anchieta.

Ce saint religieux de la Compagnie de Jésus, surnommé à juste titre le thaumaturge du Brésil, avait comme tous les saints une grande charité pour les âmes du purgatoire. Un jour, c’était pendant l’octave de Noël, où l’Église défend les messes de Requiem, le 27 décembre, fête de S Jean l’Évangéliste, cet homme de Dieu au grand étonnement de tous, monta à l’autel en ornement noir et célébra une messe de morts.

Son supérieur, le Père Nobréga, connaissant la sainteté d’Anchieta, ne doutait point qu’il n’agit par inspiration divine; néanmoins pour ôter à cette conduite le caractère d’irrégularité qu’elle paraissait avoir, il le reprit devant tous ses confrères. « Eh ! Quoi, mon Père, lui dit-il, ne savez-vous pas que l’Église « défend de célébrer en noir aujourd’hui ? Avez-vous donc oublié les règles « liturgiques ? » – Le bon Père, humble et obéissant, répondit avec une respectueuse simplicité que Dieu lui avait fait connaître la mort d’un Père de la Compagnie. Ce Père, son ancien condisciple à l’université de Coïmbre, et qui résidait pour lors en Italie au collège de la sainte Maison de Lorette, était mort cette nuit-là même. « Dieu, ajouta-t-il, en m’en donnant connaissance, m’a fait « comprendre que je devais aussitôt offrir pour lui le saint Sacrifice et faire tout « ce qui était en mon pouvoir pour soulager cette âme. – Mais, continua le « supérieur, savez-vous si la sainte Messe célébrée, comme vous l’avez fait, lui a « été utile ? – Oui, repris modestement Anchieta: immédiatement après la « commémoraison des morts, lorsque je disais ces paroles: A Dieu le Père Tout-Puissant, dans l’unité du Saint-Esprit, tout honneur et gloire ! le Seigneur m’a « fait voir cette chère âme, délivrée de toute peine, monter au ciel, où l’attendait « la couronne. »

Chapitre 19 – Soulagement des âmes

Le sacrifice de la Messe

Nous venons de parler de l’efficacité du saint Sacrifice de la Messe pour le soulagement des âmes. C’est la foi vive à ce consolant mystère qui enflamme la dévotion des vrais fidèles, et adoucit l’amertume de leur deuil. La mort leur enlève-t-elle un père, une mère, un ami ? Ils tournent leurs yeux mouillés vers l’autel, qui leur offre le moyen de témoigner au cher défunt leur amour et leur reconnaissance. De là ces messes nombreuses qu’ils font célébrer, de là cet empressement pieux à assister en faveur des défunts au sacrifice de propitiation.

La vénérable Mère Agnès et la sœur Séraphique

La vénérable Mère Agnès de Langeac, religieuse Dominicaine dont nous avons déjà parlé, assistait à la sainte Messe avec la plus grande dévotion, et engageait ses sœurs à la même ferveur. Elle leur disait que ce divin sacrifice est l’action la plus sainte de la religion, l’œuvre de Dieu par excellence; et elle leur rappelait la parole des Livres saints: maudit soit celui qui fait l’œuvre de Dieu négligemment. Une sœur de la communauté, nommée sœur Séraphique, vint à mourir: elle n’avait pas assez tenu compte des salutaires avis de sa supérieure, et fut condamnée à un rude purgatoire.

La mère Agnès en eut connaissance. Dans un ravissement, elle se trouva en esprit au lieu des expiations, y vit beaucoup d’âmes dans les flammes, et reconnut parmi elles la sœur Séraphique, qui d’une voix lamentable lui demandait du secours. Touchée de la plus vive compassion, la charitable Supérieure fit tout ce qu’elle put pendant huit jours: elle jeûnait, communiait et assistait à la sainte Messe, pour la chère défunte. Comme elle priait avec beaucoup de larmes et de gémissements, conjurant la divine miséricorde par le précieux sang de Jésus-Christ, qu’il lui plût de tirer sa chère fille des flammes, et de l’admettre au bonheur de voir sa face; elle entendit une voix qui lui disait: Continue encore de prier, il n’est pas temps de la délivrer. La mère Agnès persévéra avec confiance, et deux jours après, tandis qu’elle assistait au divin sacrifice, au moment de l’élévation, elle vit l’âme de sœur Séraphique monter au ciel avec une extrême joie. Cette vue si consolante fut la récompense de sa charité et enflamma d’une nouvelle ardeur sa dévotion au saint Sacrifice de la messe.

Marguerite d’Autriche – L’archiduc Albert

Les familles, chrétiennes, où règne l’esprit de foi, se font un devoir de faire célébrer un grand nombre de messes pour leurs morts, selon leur condition et leur fortune: elles s’épuisent en de saintes prodigalités, pour multiplier les suffrages de l’Église et soulager ainsi les âmes. Il est rapporté dans la Vie de la reine Marguerite d’Autriche, femme de Philippe III, qu’en un seul jour, qui fut celui de ses obsèques, on célébra dans la ville de Madrid, près de onze cents messes pour le repos de son âme. Cette Princesse avait demandé mille messes dans son testament; le roi en fit ajouter vingt mille. – Quand l’archiduc Albert mourut à Bruxelles, sa veuve, la pieuse Isabelle, fit célébrer pour lui quarante mille messes; et pendant un mois tout entier, elle-même en entendit dix par jour, avec la plus grande piété (Le Père Munford, Charité envers les défunts).

Le Père Mancinelli

Un des plus parfaits modèles de la dévotion à la sainte messe et de la charité envers les âmes du purgatoire, fut le Père Jules Mancinelli de la Compagnie de Jésus. Les Sacrifices offerts par ce digne religieux, dit le P. Rossignoli (Merveille 23), semblaient avoir auprès du Seigneur une efficacité particulière pour le soulagement des défunts.

Les âmes lui apparaissaient fréquemment pour lui demander la grâce d’une seule messe.

César Costa, oncle du P. Mancinelli, était archevêque de Capoue. Un jour rencontrant son saint neveu fort pauvrement vêtu, malgré la rigueur du froid, il lui donna avec beaucoup de charité une aumône pour se procurer un manteau. A quelque temps de là, l’Archevêque mourut; et le Père étant sorti pour visiter ses malades, couvert de son nouveau vêtement, vit son oncle défunt venir à lui tout entouré de flammes, le suppliant de lui prêter son manteau. Le Père le lui donna, et le défunt s’en étant enveloppé, ses flammes s’éteignirent aussitôt. Mancinelli comprit que cette âme souffrait dans le purgatoire et qu’elle lui demandait de la soulager dans ses peines, en retour de la charité dont elle avait usé à son égard. Aussi, reprenant son manteau, il lui promit de prier pour elle avec le plus grand zèle, surtout à l’autel du Seigneur.

Ce fait fut si notoire et produisit une si salutaire impression, qu’après la mort du Père, on le reproduisit sur un tableau qui se conserve au collège de Macerata, sa patrie. On y voit le P. Jules Mancinelli à l’autel, revêtu des ornements sacerdotaux; il est un peu élevé au-dessus du marchepied de l’autel, pour signifier les ravissements dont Dieu le favorisait. De sa bouche sortent des étincelles, image de ses brûlantes prières et de sa ferveur pendant le saint Sacrifice. Au-dessous de l’autel on aperçoit le purgatoire et les âmes qui y reçoivent le bienfait des suffrages. Au-dessus, deux anges puisent dans des vases précieux et répandent une pluie d’or, qui marque les bénédictions, les grâces, les délivrances accordées à ces pauvres âmes, en vertu des Sacrifices du pieux célébrant. On y voit aussi le manteau, dont il a été parlé, et une inscription en vers dont voici le sens: O miraculeux vêtement, donné pour garantir des rigueurs du froid et qui a servi ensuite à tempérer les ardeurs du feu. C’est ainsi que la charité réchauffe ou rafraîchit, suivant la nature des maux qu’elle doit soulager.